Mais la fidélité du Seigneur, depuis toujours et pour toujours, est sur ceux qui le craignent, et sa justice pour les fils de leurs fils, pour ceux qui gardent son alliance et pensent à exécuter ses ordres.
Psaumes 103. 17–18 (TOB)
Respecter l’alliance de Dieu et accomplir ses commandements signifie d’abord aimer Dieu de tout son cœur, puis aimer son prochain comme soi-même (Matthieu 22. 37–40).
En tendant la main à celles et ceux qui sont dans le besoin, que ce soit par un soutien, une parole de réconfort, un kit d’hygiène ou même simplement un courriel ou un message sur une application disant : « Nous prions pour vous » ou « Que Dieu soit avec vous », nous manifestons cet amour.
En formant un cercle de croyants autour d’une synagogue ou d’une mosquée qui a été attaquée ; en utilisant des sifflets pour prévenir les habitants d’un quartier d’un risque d’arrestation illégale ; en manifestant pacifiquement contre la guerre et la discrimination ; en ouvrant les portes de nos églises à tous — nous montrons notre solidarité avec celles et ceux qui sont opprimés.
En écoutant au lieu de juger et d’exclure les autres ; en acceptant que les gens soient différents à bien des égards ; en abandonnant nos préjugés et en nous ouvrant aux autres cultures, nous pouvons montrer que chaque membre du corps est tout aussi importante.
Une main posée sur une épaule, une étreinte, un conseil bienveillant, servir au lieu d’attendre d’être servi, rendre visite, se laver les pieds les uns les autres ou simplement demander : « Comment vas-tu ? » — il existe tant de façons de dire : « Tu n’es pas seul ! »
Si nous voulons être de véritables disciples du Christ, nous devons suivre sa prière afin de vivre dans l’unité, même si cela est parfois difficile et exigeant. Ce n’est qu’alors, dans la solidarité, que nous pourrons œuvrer pour la paix.
– Henk Stenvers est le président de la CMM (2022-2028). Il vit à Naarden, aux Pays-Bas.
« Je ne suis pas un activiste social » est le titre d’un livre de Ronald Sider. En plaçant Jésus au cœur de notre programme, il démontre que les questions de richesse, de pauvreté, de paix et de non-violence, ainsi que l’action sociale et la politique, sont tout aussi spirituelles que l’évangélisation, la famille et le mariage. Citant Abraham Kuyper, il affirme qu’il n’y a pas un seul centimètre carré sur toute cette terre qui n’appartienne pas au Seigneur ressuscité.
C’est pourquoi pratiquer la justice et prendre soin des autres ne sont pas des préoccupations réservées aux seuls activistes sociaux. Il s’agit d’un ministère essentiel pour ceux qui suivent Jésus. Plus encore, comme le souligne Sider, toute action sociale efficace dépend de la puissance de la résurrection de Jésus.
Nous comprenons mieux l’importance de nous appuyer sur le Saint-Esprit et sur la puissance de la résurrection de Jésus dans l’action sociale de l’Église lorsque nous saisissons le sens biblique du mot « solidarité ». Le terme « solidarité » peut être utilisé pour traduire le mot hébreu hesed dans l’Ancien Testament. Prenons un exemple :
« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la hesed[la solidarité inébranlable] et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » Michée 6. 8 (TOB).
Hesed allie l’amour pur, la générosité et l’engagement durable. C’est l’expression d’un caractère ; par conséquent, cela ne dépend pas de la manière dont les autres réagissent. Cela implique d’être ouvert au pardon et d’agir pour aider l’autre. Cela renvoie à la fois à l’attitude et aux actions.
Par conséquent, la solidarité – comprise comme hesed – ne se pratique pas verticalement, d’en haut. Elle est horizontale, impliquant un respect mutuel. En tant que telle, elle ne peut résulter de la seule volonté humaine. Elle est la conséquence d’une rencontre personnelle et authentique avec Dieu. Après tout, nous aimons parce que nous avons d’abord été aimés (1 Jean 4. 19).
L’une des raisons pour lesquelles la Conférence mennonite mondiale a été fondée il y a un siècle était de se montrer solidaire de nos Églises confrontées à la guerre, à la violence et à la persécution. La Conférence mennonite mondiale est notre Église mondiale, au sein de laquelle nous suivons Jésus, vivons l’unité et construisons la paix. Nous formons un corps composé de plus de 10 000 assemblées locales, organisées en 110 synodes ou unions d’Églises. Nous comptons environ 1,5 million de membres baptisés. Nous avons besoin les uns des autres pour suivre Jésus ; nous avons besoin les uns des autres pour vivre l’unité ; nous avons besoin les uns des autres pour construire la paix.
Dieu nous invite à agir comme lui, avec un amour pur, de la générosité et un engagement durable. Dieu nous appelle à répondre aux besoins des autres membres de notre Église mondiale par la solidarité et l’action désintéressée, afin que nous puissions faire l’expérience de la solidarité au sein de notre famille spirituelle et la transmettre au monde – un monde qui subit les conséquences de son éloignement de Dieu, source d’amour fidèle et de solidarité tenace.
Aujourd’hui, alors que nous réfléchissons à la solidarité dans ce numéro du Courrier, souvenons-nous de nos frères et sœurs confrontés à la guerre, à la violence, à la pauvreté et à la persécution. Prions pour eux. Partageons nos ressources avec eux. Défendons leur cause. Marchons à leurs côtés. Demandons à Dieu que le Saint-Esprit soit présent dans notre Église afin que nous puissions continuer à répondre par la solidarité.
César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, dans l’Ontario, au Canada.
Histoires de collectes de fonds anabaptistes autour du monde
A quel moment tombe votre anniversaire ? Êtes-vous prêts à collecter des fonds pour une bonne cause ? Si vous êtes membre de l’Eglise des Frères en Christ au Zimbabwe, ces questions pourraient se poser.
Tout autour du monde, les membres des assemblées collectent des fonds pour différents projets, pour le fonctionnement des églises ou pour des besoins particuliers. Nous avons demandé aux représentants régionaux des exemples de manière de collecter des fonds sur leur continent.
Danisa Ndlovu, responsable des relations inter-Églises
Au Zimbabwe, l’une des manières de collecter les fonds est de regrouper les membres de l’église par mois d’anniversaire et de leur demander de collecter une certaine somme d’argent.
On leur donne un montant cible et un délai dans lequel réaliser la collecte de fonds.
Le groupe se choisit alors un responsable et un secrétaire en charge de la comptabilité. La manière de collecter les fonds se fera de la manière dont ils le décident.
Le groupe peut choisir de monter un projet pour collecter cette somme définie, ou ils peuvent se mettre d’accord ensemble pour payer un certain montant pendant une certaine période.
Arriver au montant défini est une responsabilité collective. Certains groupes arrivent à collecter bien davantage de fonds que le montant initial prévu !
Cette méthode crée des liens entre les membres de l’église, en même temps qu’elle permet d’exercer de la créativité. Elle suscite également, d’une certaine manière, un esprit de compétition sain – et en plus, de l’argent est récolté !
Note: appelée “nsinsani,” cette compétition est aussi une manière assez commune de récolter des fonds en RDC et enAngola.
Pablo Stucky, représentant régional, Amérique latine – région andine
Certaines assemblées gèrent une boutique de seconde-main. Ils reçoivent, sous forme de dons, toute sortes d’objets imaginables de la part des personnes de l’église ou extérieures à l’église. Ces objets sont ensuite mis en vente à des prix très abordables.
Cela répond à un double objectif. Cela permet d’une part de recycler les objets de ceux qui n’en ont plus besoin au profit de ceux qui en ont l’utilité. D’autre part, cela permet de récolter des fonds.
Et le fait que cette activité soit permanente, les donneurs et les acheteurs savent qu’ils peuvent recourir au magasin à tout moment.
George Broughton, représentant régional, Caraïbes
En Jamaïque, un évènement qu’on appelle “moisson” a lieu tous les ans. Chaque membre de l’église fait don de quelque chose de spécial à l’église, par exemple, une grappe de bananes ou de plantains, du sucre de canne, divers fruits ou légumes, des plats cuisinés, des objets artisanaux, des vêtements, etc.
Un comité d’organisation fixe les prix et supervise la collecte des fonds issus de la vente. La vente n’est pas faite à l’intérieur de l’église, il n’y a pas de commissaire-priseur ou de marchandages sur les prix. Les dons monétaires sont placés dans une enveloppe.
Les items vendus sont de la meilleure qualité, car, en les donnant, les membres de l’église montrent leur reconnaissance et leur gratitude envers Dieu pour ses bénédictions.
D’autres églises sont invitées à participer à l’évènement, en présentant un moment musical dans le programme. Il y a souvent un orateur invité pour partager une prédication. La vente prend place après un culte de louange et de reconnaissance.
Gomes João de Miranda, représentant régional, Afrique du centre et de l’ouest
En Angola, l’une des manières de collecter des fonds consiste à utiliser des enveloppes.
Chaque enveloppe contient un montant de don suggéré, et sont cachées tout autour de l’église. Parfois, l’enveloppe contient le coût d’un objet spécifique, par exemple, le prix d’un sac de ciment, d’une fenêtre, d’une porte, etc, pour la construction d’une paroisse.
Les membres de l’assemblée sont alors invités à choisir une enveloppe et de faire un don s’ils trouvent l’enveloppe.
David Chow, représentant régional, Amérique du Nord
Parfois, nous sollicitons une entreprise de parrainer un projet en faisant un don matériel ou monétaire. Nous commençons par les entreprises avec lesquelles nous avons des relations préexistantes. Puis nous écrivons des lettres pour inviter d’autres entreprises à investir.
Par exemple, nous demandons à nos jeunes qui participent à des voyages missionnaires annuels d’écrire des lettres d’appels aux dons : ils commencent d’abord par leur cercle proche, puis s’en éloignent progressivement.
Le parrainage, pour nous, ce n’est pas seulement recevoir des fonds pour un projet particulier, c’est aussi un geste de bonne volonté et un investissement dans la vie des gens. Lorsque nous demandons à quelqu’un de donner, nous renforçons les liens affectifs, la collégialité, le bon voisinage et l’esprit de communauté.
Voici quelques idées supplémentaires utilisées par nos églises à travers le monde pour collecter des fonds.
Un repas ou un barbecue « collecte de fonds »
Une tombola
Un appel de dons à l’église, ou un appel de dons en plus des dons réguliers
Un appel aux membres de la diaspora pour soutenir un projet dans le pays d’origine
Un concert dont les bénéfices sont reversés pour un projet d’église
Une vente de pâtisseries
Une lettre d’engagement où les membres, individuellement ou par familles, promettent de soutenir financièrement une initiative majeure ou un projet particulier
Une personne invite les membres de l’église à l’aider à couvrir les dépenses liées à un ministère, un événement ou un déplacement missionnaire spécifique
Des dons en nature, comme des produits alimentaires ou des jouets pour enfants, à des occasions particulières
Des concerts de chorale
Et chez vous ? Est-ce que votre église collecte des fonds de manière similaire ? Partagez vos témoignages, sur un moment où vos efforts pour collecter des fonds a non seulement été couronnée de succès sur le plan monétaire, mais aussi qui a permis de renforcer les liens et le sentiment de communauté de votre assemblée.
Avec le cœur rempli de reconnaissance pour toute la beauté et la subsistance dont Dieu nous comble à travers la création, nous sommes ravis d’annoncer que la Fête de la Création aura lieu le 6 septembre 2026.
La CMM invite les assemblées anabaptistes à célébrer ensemble l’acte créateur de Dieu, chaque premier dimanche de septembre.
La Fête de la Création devient une journée où tous les chrétiens dans le monde célèbrent en même temps un élément central de l’histoire de notre foi, comme la naissance de Jésus à Noël, la résurrection de Christ à Pâques ou le don du Saint-Esprit à Pentecôte.
Nous voulons encourager votre Église locale à rejoindre d’autres églises anabaptistes (en lien aussi avec d’autres traditions chrétiennes*) en célébrant Dieu créateur ce dimanche, et en témoignant comment nous pouvons être des intendants fidèles partout dans ce monde si riche, si diversifié.
*Denominational bodies who are collaborating on the Creation Sunday (Feast of Creation) are the Anglican Communion, Baptist World Alliance, Coptic Orthodox Church, Ecumenical Patriarchate of Constantinople, The Lutheran World Federation, Mennonite World Conference, Pentecostal World Fellowship (Creation Care Taskforce), The Salvation Army, World Communion of Reformed Churches, World Evangelical Alliance, World Methodist Council.
Faits saillants de la Semaine de la fraternité des YABs 2026
« De même, la foi qui n’aurait pas d’œuvres est morte dans son isolement. 18Mais quelqu’un dira : ‘ Tu as de la foi ; moi aussi, j’ai des œuvres ; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi.’ » —Jacques 2.17-18
Au cours de la troisième semaine de juin 2026, de jeunes anabaptistes se sont réunis en ligne et dans leurs communautés locales pour réfléchir au thème choisi cette année pour la Semaine de la fraternité des jeunes anabaptistes (YABs) : « La solidarité en action : de la communion à l’action ».
Entre moments de prière, de témoignages, temps de réflexion, engagements, projets artistiques collaboratifs, repas en commun et jeux, les jeunes ont pris le temps de découvrir que la solidarité va au-delà du simple fait d’être ensemble et de créer des liens. Partout dans le monde, de jeunes adultes ont organisé des rencontres dans leur région. De plus, le Comité YABs a animé deux rencontres enligne.
« La solidarité, c’est adhérer à une même cause, s’encourager mutuellement, partager les joies et les défis, et passer à l’action ensemble. Il s’agit de rendre notre unité visible et transformatrice grâce à des actions qui ont un impact », explique Valentina Kunze (Uruguay). La présidente du Comité YABs et représentante de l’Amérique latine précise que c’est la raison pour laquelle ce thème a été choisi.
Pendant la rencontre en ligne, les jeunes adultes ont prié pour les succès et les défis rencontrés par les jeunes du monde entier ; ils ont écouté les témoignages de Napoleon Chance Bisi (RDC) de la plateforme Mennonite Voice, et de Shifa Sidh (Inde), de l’Église mennonite de Rajnandgaon, en Inde ; et ils ont réfléchi sur le sens de la solidarité.
« Dans notre discussion de groupe, nous croyons que l’écoute est importante pour vivre la solidarité, affirme Liam Kachkar (Canada), représentant de l’Amérique du Nord au sein du Comité YABs. « En écoutant, nous devons également être prêts à nous montrer vulnérables et à instaurer un climat de confiance au-delà de nos différences. C’est un processus continu. La solidarité n’est pas une démarche ponctuelle. »
Valary Otieno (Kenya) déclare : « La solidarité, c’est être suffisamment vulnérable pour partager sa vie avec les autres tout en faisant preuve de respect, en se mettant à la place des autres et en essayant de comprendre ce qu’ils vivent. Ce n’est que lorsque cela se produit que les gestes de solidarité peuvent avoir un impact réel grâce à la compréhension. »
Faith Fernandez (Philippines) et Maagi Manyama (Tanzanie) s’accordent à dire que la solidarité, c’est se soutenir mutuellement, s’encourager sans relâche et mener des actions collectives.
Selon Aman Ganjboir (Inde), son groupe considère que la solidarité consiste à partager les fardeaux les uns des autres par une aide concrète, à faire preuve d’hospitalité et à établir des relations avec humilité.
Blessing Joy Turqueza (Philippines), représentante de l’Asie au sein du Comité YABs, a conclu la réunion en ligne en ces termes : « Réjouissons-nous de nos liens, célébrons ce que Dieu accomplit dans chacun de nos contextes et rendons notre unité visible par nos actions. »
Quelques aperçus de la Semaine de la fraternité des YABs dans le monde
GKMI de Kudus et de Semarang, Indonésie : temps de fraternité, de réflexion et de prière et inscription sur une croix de notre engagement envers la solidarité. —Daniel Talenta
Église mennonite, Shantipur, Inde : temps de fraternité et art collaboratif. —Rechal Kalihari
Frères en Christ, Zimbabwe : Plus de 30 jeunes ont participé à la Semaine de la fraternité des YABs. Tout le culte du dimanche a été dirigé par des jeunes. —Sipho Moyo
Église mennonite, Durg Chhattisgarh, Inde : communion fraternelle, prière et art collaboratif. —Anisha Nand
La solidarité est un autre mot pour désigner le lien que nous entretenons au sein du corps du Christ. L’unité exprimée par nos actions a des répercussions qui vont au-delà de nos efforts : nous élevons nos voix et mobilisons nos finances pour apporter notre soutien; nous restons unis et nous nous soutenons mutuellement; nous veillons à ce que personne ne soit laissé pour compte.
Mikhael Ardiyanto (à droite) et Zachary Shields (au centre) lors du 500e anniversaire de l’anabaptisme à Zurich, en Suisse, en compagnie de Camila Perez-Diener, participante au Sommet mondial de la jeunesse (GYS).
Un chemin de résistance
Cet article est adapté d’une conversation entre deux jeunes anabaptistes, menée à partir de questions posées par la rédactrice de Courrier. Ils y partagent leur compréhension de la solidarité et expliquent comment ils la mettent en pratique aujourd’hui.
Zachary Shields
Je vis à Langley, en Colombie-Britannique, au Canada et suis membre de la Langley Mennonite Fellowship.
Je suis actuellement étudiant de licence en études sur la paix et les conflits à l’Université de la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique, au Canada. J’ai également étudié pendant un an au Goshen College, dans l’Indiana, aux États-Unis. Actuellement, je crée, avec d’autres étudiants, un club pour la paix à l’Université de la vallée du Fraser.
Je suis organisateur régional pour Mennonite Action Canada en Colombie Britannique et coordinateur de Young Adult Anabaptists for Peace (YAAP), une initiative née de discussions entre de jeunes mennonites adultes, qui a évolué pour devenir un groupe de travail de la Mennonite Church British Columbia, et qui milite pour que la Mennonite Church Canada s’engage auprès des jeunes adultes à l’échelle nationale.
Mikhael Ardiyanto
Je viens d’une petite ville (environ 800000 habitants) appelée Kudus, dans le centre de Java, en Indonésie.
J’ai grandi dans la tradition anabaptistemennonite, mais la réalité que recouvre le terme « mennonite » là-bas est différente de celle que je connais aujourd’hui aux Pays-Bas.
La théologie était au cœur de mes études de licence. L’année dernière, j’ai obtenu mon master en paix et traumatismes à la Vrij Universiteit (liée au séminaire mennonite d’Amsterdam, aux Pays-Bas). Actuellement, je travaille au Centre d’études sur la religion, la paix et la justice d’Amsterdam.
Durant mon séjour ici, je participe également aux manifestations étudiantes et j’écris des articles liés à ce combat. Je participe aussi à la réalisation de documentaires sur l’injustice écologique en Indonésie, en collaboration avec Kerk in Actie (une organisation protestante néerlandaise d’aide humanitaire et de développement).
La tradition anabaptiste a vraiment influencé ma façon de voir les questions sociales et les problèmes structurels.
Quand j’étais enfant, on m’a toujours enseigné que ce qui distingue les mennonites, c’est que nous sommes une Église de paix. Chaque fois que je me présentais comme mennonite, cela suscitait souvent de l’admiration pour le mouvement pacifiste.
Pourtant, les choses ne sont pas si simples. Nous avons tendance à comprendre la «paix» de manière réductrice : tant qu’il n’y a pas de violence apparente, on suppose que tout va bien. De plus, il y a souvent un fossé entre la façon dont la foi est comprise et la façon dont elle est vécue. Nous enseignons et apprenons beaucoup de choses, mais cela ne se traduit pas toujours dans les actes.
En étudiant aux Pays-Bas, au sein d’une communauté diversifiée, j’apprends que la paix est toujours liée aux questions écologiques, à la violence domestique, à l’injustice liée au genre, etc.
Zachary
Nous (Mikhael & Zachary) avons fait connaissance l’année dernière à Zurich. Des gens étaient venus du monde entier pour le 500e anniversaire de l’anabaptisme. Nous nous reconnaissions tous comme membres de l’Église de paix. C’est quelque chose que nous partageons au sein du mouvement anabaptiste.
Quand je parle à des amis chrétiens issus de milieux non mennonites, la paix n’est absolument pas abordée dans leurs Églises.
Et pourtant, pour nous, que signifie la paix au-delà de « l’absence de guerre », au-delà de la doctrine ? Même dans notre propre tradition, nous parlons de paix mais nous ne parvenons souvent pas à l’incarner.
Nous pouvons être réfractaires au conflit, ce qui est différent de la violence. En essayant d’éviter le conflit, nous créons des problèmes plus profonds qui deviennent néfastes sur les plans verbal, émotionnel et spirituel.
Un cadre anabaptiste de la paix, du point de vue de la foi, guide tout ce que je fais, de ma vie quotidienne à mon travail professionnel en passant par le poste que j’occupe au sein de MC BC ; il s’agit de construire une paix positive bénéfique à tous.
Une paix positive, c’est la solidarité entre les peuples à travers le monde ainsi que dans le contexte local.
Mikhael, tu t’es spécialisé dans les traumatismes : comment penses-tu que la foi anabaptiste t’éclaire dans ce domaine d’étude ?
Mikhael
Parfois, notre formation chrétienne entre en conflit avec nos cultures.
Quand je suis arrivé aux Pays-Bas, j’ai pris conscience du traumatisme collectif que nous vivons en Indonésie en raison d’événements survenus dans le passé. En même temps, je peux en quelque sorte comprendre pourquoi cela se produit dans un contexte plus large. Je pense néanmoins qu’il existe d’autres façons d’aborder la question.
Par exemple, le traumatisme peut se transmettre à la génération suivante. Il devient collectif lorsque la génération suivante se construit sur ce traumatisme. Les gens ne veulent pas parler de ce traumatisme, mais cela finit par perturber la société elle-même.
Zachary
S’efforcer de comprendre la paix au-delà de l’absence de violence : je pense que c’est là un défi mondial pour les anabaptistes.
Ayant grandi dans l’Église, je pensais que la paix, c’était comme l’aide humanitaire, que la paix consistait simplement à lutter contre la guerre et les conflits à l’étranger.
Mais souvent, les gens ignoraient les conflits au sein de l’Église. Les gens n’abordaient pas leurs propres traumatismes personnels, leurs traumatismes familiaux, les traumatismes de l’Église.
Je pense qu’il est important que l’Église reconnaisse que nous avons des traumatismes qui entravent parfois notre capacité à tendre la main et à travailler avec des personnes d’horizons différents.
Les gens ne sont peut-être pas physiquement violents, mais ils peuvent parler des autres dans leur dos.
Lorsque nous nous engageons dans les enseignements de Jésus, nous trouvons la solidarité. Dans les Évangiles, Jésus s’asseyait avec des personnes de tous horizons. L’une des premières personnes choisies par Jésus pour répandre la bonne nouvelle était la femme au puits (Jean 4).
Pour moi, ces récits fondamentaux ouvrent la voie au travail de solidarité.
Mikhael
Il y a aussi mon propre défi. Quand nous apprenons beaucoup de choses, nous avons le sentiment d’avoir été appelé. Quand je vois ce que Jésus a fait dans la Bible, cela me donne l’envie d’agir.
Mais en même temps, je réalise que je ne suis pas un messie, celui qui peut tout résoudre. Je veux être solidaire avec les autres.
Je suis là, mais je ne suis pas le sujet de l’histoire. Le centre de l’histoire, ce sont les personnes qui œuvrent elles aussi pour réparer l’injustice. Mais même si nous travaillons ensemble, nous occupons des positions différentes en termes de privilèges.
Zachary
Quand nous disposons de connaissances et d’un peu de pouvoir pour faire la différence, nous ressentons un instinct salutaire d’aider. Ce n’est pas une mauvaise impulsion, mais nous devons y prêter attention et écouter.
Par notre écoute, nous pouvons en quelque sorte développer une pratique semblable à la prière. Si je n’écoute pas les autres, comment pourrais-je espérer entendre les paroles de Dieu qui me guident ?
Que penses-tu de la solidarité lorsqu’il s’agit de travailler avec des personnes qui traversent des moments difficiles : à quoi ressemble la solidarité pour toi ?
Mikhael
Il est important de reconnaître que l’envie d’« aider » peut facilement s’éloigner de son intention initiale. L’impulsion en soi n’est pas mauvaise, mais sans la pratique d’une véritable écoute, le désir de s’impliquer peut se transformer en une tendance à dominer. Dans ce processus souvent inconscient, ceux qui devraient rester des sujets sont progressivement réduits à des objets, n’étant plus des compagnons de route, mais plutôt les destinataires de nos interventions.
Mais le problème ne se limite pas à cela. Ce glissement risque également de mettre à rude épreuve les relations avec ceux qui vivent la réalité pour laquelle on se bat. Au lieu de se sentir partie prenante de la lutte, ils peuvent se sentir distanciés, voire déplacés.
La solidarité, en ce sens, risque d’être perçue comme une intrusion — ou pire : comme une menace. À ce stade, la question est de savoir si nous sommes véritablement présents pour cheminer ensemble, ou si nous nous positionnons inconsciemment comme le centre ?
Et plus encore : cela pourrait-il devenir, de manière insidieuse, une nouvelle forme de domination ?
Zachary
Établir des liens avec ceux qui sont différents de nous est fondamental pour ceux qui cherchent à s’engager dans la solidarité. Cela peut être une chose magnifique.
Une partie de la solidarité consiste à laisser ces mondes différents se rencontrer. Nous avons besoin de « micro-réformes », non pas dans la foi, mais dans l’esprit.
Lorsque vous découvrez que des intérêts communs se rejoignent véritablement, la paix et l’amour commencent à s’épanouir. Nous voyons les fruits de l’Esprit s’épanouir lorsque nous nous rassemblons, écoutons, nous engageons et entendons également les rêves d’avenir des personnes qui souffrent.
Pensons aux premiers anabaptistes : ils discutaient de leurs problèmes, se réunissaient régulièrement, puis ont eu des révélations radicales et sont devenus mennonites, n’est-ce pas ?
Lorsque les gens se rassemblent en groupes et parlent des questions qui leur tiennent à cœur, il est beaucoup plus difficile pour les empires et autres forces répressives de sévir.
En pensant à mon contexte en tant que mennonite en Colombie-Britannique, je constate que nous aimons organiser des repas-partage et chanter en quatuor.
Cela a constitué un puissant outil de solidarité. Au sein de Mennonite Action, nous avons pu être solidaires en chantant et en partageant notre musique avec d’autres.
Je pense que l’Esprit agit vraiment lorsque les gens utilisent leurs voix collectives pour dénoncer la violence et les atrocités. Que la paix et la justice jaillissent comme un torrent.
La solidarité est quelque chose que nous construisons à travers des relations justes. Et je pense que c’est un effort à faire, car autrement, nous nous précipitons vers les solutions. Nous devons y parvenir, mais nous devons aussi apprendre à connaître les besoins de chacun.
Mikhael
Lorsque l’écoute fait défaut au sein d’un mouvement, les actions collectives se réduisent souvent à de simples actes de violence, tandis que les manifestants s’enlisent dans des reproches et des accusations mutuelles.
Ce pour quoi on se bat concerne les droits fondamentaux qui découlent de l’expérience même de l’injustice. Pourtant, dans la sphère publique, alors que l’espace d’écoute se rétrécit de plus en plus, ce qui émerge n’est pas seulement la suspicion ou la présence de « fauteurs de troubles », mais aussi le risque d’une méconnaissance plus profonde — voire d’une domination — de la part de ceux qui devraient être les sujets mêmes de la lutte ; comme si la lutte ne leur appartenait plus, mais venait d’ailleurs.
Sans la volonté de se montrer vulnérable, c’est-à-dire le courage de s’ouvrir, d’écouter, d’apprendre et de désapprendre, cette situation ne fera que tourner en rond dans le même cycle d’incompréhension.
Lorsque nous écoutons les autres, nous apprenons pourquoi ils agissent de telle ou telle manière. Nous pouvons découvrir qu’ils ont peur.
Et nous désapprenons aussi. Après cela, il est possible d’avoir des conversations plus fructueuses.
Parfois, quand nous essayons de lutter contre l’injustice tout seul, nous avons l’impression que le monde est tellement cruel. Comme si nous ne pouvions pas y échapper, comme si l’injustice était partout. C’est pourquoi j’essaie de trouver une communauté avec laquelle travailler.
Quand nous descendons dans la rue, que nous mettons en place des structures, que nous rencontrons des gens d’horizons divers, nous avons une perspective différente. Nous pouvons partager, travailler ensemble. Et quand surgissent les questions, nous pouvons nous tourner les uns vers les autres et les poser.
Et alors, nous ressentons de l’espoir.
Ce n’est pas seulement une question de sentiment, mais d’être présent avec les autres, et eux aussi sont présents avec vous.
Zachary
Dans ma communauté mennonite, en particulier parmi les jeunes adultes, lorsque je parle des questions de paix et de justice, l’enthousiasme est palpable. Parler de solidarité est extrêmement mobilisateur.
Les jeunes ont de l’énergie et veulent agir. Mais souvent, nous manquons d’expérience. Trouver ces moyens de travailler ensemble peut donc être stimulant pour les assemblées, d’une manière qui élargit véritablement la communauté ecclésiale, s’attaque à l’impuissance que ressentent les gens et les aide à grandir.
Nous savons que l’Église peut être un lieu de transformation et je pense que nous avons besoin de cette Église transformatrice pour la paix dans le monde, en particulier pour ceux qui traversent des moments difficiles. Alors laissons l’énergie de l’Esprit qui anime les gens s’exprimer et créons des liens de solidarité.
Mikhael
La solidarité n’est pas un acte solitaire. Parfois, on se sent paralysé, dépassé ; on ne peut pas tenir le coup tout seul.
Tout commence toujours par la communauté.
En Indonésie, nous avons le mot tongkrongan, un lieu de rencontre informel et décontracté. Les gens peuvent y échanger des idées dans une ambiance détendue.
Le rassemblement en lui-même est important, car c’est là que nous commençons à nous connaître. L’atmosphère peut être tendue, mais lorsque nous partageons un repas, il y a de la place pour entamer des conversations.
Lors de ce genre de rassemblement informel, la conversation peut aller de vos histoires personnelles à la situation politique, et la discussion peut prendre de l’ampleur. C’est une façon de partager pour transmettre ces histoires à d’autres.
Quand nous ne trouvons pas d’espace pour aborder un sujet dans des lieux comme l’Église, ce genre de rassemblement informel pour partager des histoires devient une forme de résistance.
Zachary
Oui, tout cela nécessite de s’appuyer sur différentes personnes. Si vous n’êtes pas très à l’aise avec les médias ou la prise de parole en public, trouvez un ami qui puisse vous aider à parler de cette violence dans votre quartier dans une région du monde qui vous préoccupe vraiment.
Et allez aussi à la rencontre de personnes qui ne font pas partie de votre Église. Un élément essentiel de la solidarité est que nous devons dépasser nos limites habituelles, même si cela nous met un peu mal à l’aise.
Mikhael
En Indonésie, les discussions sur l’injustice structurelle risquent d’être perçues comme « trop politiques », et c’est précisément pour cette raison que l’Église a tendance à se distancier de ces débats.
Mais quand je vois comment des personnes qui ne sont pas en situation de souffrance prennent conscience de leur condition privilégiée et du lien qui les unit à des structures qui perpétuent la violence, et qu’elles trouvent des moyens de protester dans leur propre contexte (par exemple, le plaidoyer de Mennonite Action pour la Palestine), cela m’encourage. Je peux aussi entrer en contact avec des gens pour défendre la cause de l’Indonésie de manière créative, même si je vis aux Pays-Bas.
Zachary
J’ai un message à adresser aux gens du monde entier. N’ayez pas peur d’élargir le champ d’action de l’Église dans votre travail de solidarité, d’élargir ce que signifie l’Église.
C’est aussi ça la solidarité : l’effusion d’amour dans la coopération, le fait de travailler ensemble pour la paix, mais aussi d’écouter et de recevoir.
Nous devons accueillir cette paix de la part des personnes confrontées à l’injustice, afin d’entendre quels sont leurs combats et de pouvoir ainsi œuvrer pour résoudre les problèmes qui les font souffrir.
Mikhael
La solidarité commence par nos prises de conscience : ce que j’ai, ce que nous avons, ce que nous portons et à quel point nous sommes privilégiés.
Mais il ne s’agit pas seulement de conscience de soi. À partir de ces prises de conscience, nous commençons à voir comment nos luttes croisent celles des autres, ce qui relie nos luttes à d’autres luttes.
La solidarité, c’est quand je choisis de laisser la souffrance des autres me changer, me toucher. Et à partir de là, nous agissons ensemble, en défendant quelque chose de différent, en apprenant de nouvelles choses et en désapprenant les anciennes habitudes qui ne servaient à rien, et en marchant aux côtés des autres.
« Pan y Paz » (pain et paix) est une initiative de l’Église mennonite colombienne. Son objectif est d’inviter les Églises locales, les personnes de bonne volonté et la société civile à réfléchir au lien entre justice économique et paix, ainsi qu’entre le bien-être fondamental des personnes et la possibilité d’une paix durable. Elle fait entendre au monde entier la voix de l’Église sur les enjeux cruciaux liés aux conflits et à la paix dans le pays. Photo: Anna Vogt
Sommes-nous prêts à assumer le véritable coût de la solidarité ?
Cet article est tiré d’une conversation entre deux personnes engagées de longue date dans la construction de la paix en Colombie, qui incarnent la solidarité par l’action, et Andrés Pacheco Lozano, président de la Commission paix.
Martha Inés Cortés
Je m’appelle Martha Inés Cortés. Depuis que j’ai entendu la bonne nouvelle, je suis membre de l’Église des frères mennonites de la ville de Cali, en Colombie. J’ai exercé la fonction de pasteure au sein de cette Église et je fais actuellement partie de l’équipe de direction de l’Iglesia Misión Jesucristo Luz y Vida.
Je suis théologienne et gérontologue. J’ai étudié la théologie au Séminaire théologique baptiste ici à Cali, et j’ai également suivi des études sur la construction de la paix.
Lorsque je parle de travail pour la paix, je l’aborde sous plusieurs angles, notamment la lutte contre la violence conjugale, la résolution des conflits dans les écoles et la prévention des abus sexuels envers les enfants et les jeunes.
Je suis également la directrice de la Fondation Edupaz : Éducation pour la paix et la résolution des conflits. Depuis 14 ans, je m’engage en faveur de la paix au sein des écoles et des communautés locales.
Jenny Neme Neiva
Je m’appelle Jenny Neme Neiva, je suis originaire de Bogotá.
J’ai grandi au sein de l’Église catholique. J’ai été baptisée, j’ai fait ma première communion, j’ai été confirmée, etc. J’étais adolescente lorsque j’ai découvert pour la première fois l’Église mennonite de Colombie (IMCOL) et c’est à ce moment-là que je suis devenue mennonite.
C’est par le biais du militantisme que j’ai découvert l’Église mennonite. Un mouvement social très fort a vu le jour dans les années 90 à la suite des modifications apportées à la Constitution colombienne. Parallèlement à cela est apparue une cause importante, en particulier parmi les jeunes, visant à faire reconnaître le droit à l’objection de conscience au service militaire obligatoire. Il y avait également un mouvement en faveur de la reconnaissance de la liberté religieuse. Ces deux droits ont été inscrits dans la nouvelle Constitution colombienne.
Au début, j’ai trouvé étrange qu’une Église milite en faveur de ces changements, qui plus est au sein de l’Assemblée constituante nationale. Les groupes religieux n’avaient pas pour habitude d’intervenir dans ce genre de contextes en utilisant un langage religieux.
Cela m’a incitée à en savoir plus, et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans de nouveaux espaces de réflexion religieuse autour de questions sociopolitiques. C’était fascinant et cela a été pour moi une porte d’entrée vers l’Église.
Andrés Pacheco Lozano
Parlez-moi de la solidarité que vous observez dans les contextes où vous travaillez, et que signifie pour vous cette notion de solidarité en tant qu’expression de la foi ?
Jenny
Je pense que la solidarité fait partie de la vie. Je ne sais pas si c’est inné ou si cela s’acquiert avec le temps. Ce que je remarque dans presque tous les domaines de ma vie, c’est que lorsqu’il y a un problème, je me demande comment je peux agir.
Actuellement, j’occupe plusieurs fonctions, notamment celle de déléguée spéciale du Conseil œcuménique des Églises aux pourparlers pour la paix que le gouvernement mène avec l’un des groupes armés. À ce titre, nous devons interagir avec la délégation gouvernementale, avec le groupe armé, avec les civils, avec les acteurs internationaux, entre autres.
Des difficultés surgissent dans ce contexte. C’est là que je me demande de quelle manière je peux contribuer. Cependant, la question et la réponse ne sont pas toujours simples.
Par exemple, sachant que l’État est tenu de protéger nos droits, et lorsque les droits d’une personne sont bafoués et qu’elle traverse une épreuve difficile, il est tentant d’intervenir pour résoudre le problème. Mais il n’est pas toujours possible d’intervenir directement et de résoudre la situation, car la solution échappe souvent à mon contrôle. Je devrais plutôt réfléchir à la manière de mettre en œuvre les mécanismes spécifiques déjà disponibles pour trouver des solutions possibles.
Nous interagissons également avec les victimes. Étant donné que je suis à la fois une femme et que je suis membre d’une Église, cela crée un certain climat de confiance qui amène les gens à me confier leurs besoins. De plus, ils ont confiance en ma capacité à trouver une solution viable.
Un autre rôle que je joue consiste à participer à des programmes de justice restaurative avec les auteurs de violences commises dans le cadre du conflit armé. Dans ce contexte, il est primordial d’écouter et de prendre en compte les besoins tant des victimes que des auteurs. Et il est important de travailler avec eux pour concevoir et mettre en place des moyens de réduire les préjudices, de réparer les torts, d’offrir des réparations pour les dommages qu’ils ont causés, ainsi que des modes de vie qui s’éloignent de la violence qu’ils ont connue.
Au vu de ces rôles, je crois que la solidarité est une attitude et une volonté d’accompagner les femmes et les hommes dans leur recherche commune de solutions. En d’autres termes, la solidarité ne consiste pas à faire la charité.
Martha
Pour moi, la solidarité est étroitement liée à l’empathie. Il s’agit d’une communion et d’un soutien immédiat. Nous sommes liés par l’action : la manière dont nous réagissons aux réalités auxquelles nous devons faire face et qui exigent une réponse immédiate.
Par exemple, une femme victime de violences conjugales souffre de la faim et doit nourrir ses enfants qui sont avec elle. Elle ne sait pas quoi faire. Dans une telle situation, nous devons nous demander : que va-t-on faire et comment pouvons-nous agir de manière solidaire ?
L’empathie est essentielle dans des moments comme celui-ci. En même temps, il est important de l’orienter vers les procédures juridiques appropriées qui la soutiennent en tant que femme et mère.
Il ne s’agit donc pas seulement de faire preuve d’empathie et de répondre à ses besoins physiques immédiats, comme la faim, ni simplement de signaler aux autorités ce qui s’est passé. Il s’agit aussi de l’accompagner et de l’encourager à prendre conscience qu’elle peut aller de l’avant sans que son identité se résume à celle d’une femme victime de violences. La solidarité consiste à l’orienter et à l’accompagner tout en répondant à ses besoins fondamentaux immédiats. C’est la soutenir en lui proposant des idées et des alternatives pour aller de l’avant, y compris financièrement.
Ainsi, la solidarité signifie soutenir la communauté, tout en lui apprenant à connaître ses droits et à les protéger. Elle me permet de m’unir à une autre personne et de collaborer.
Jenny
Un mot qui me vient à l’esprit quand je pense à la solidarité, c’est la miséricorde.
Je pense que différents acteurs ont des intérêts divergents et des motivations politiques, économiques et égoïstes variées en matière de solidarité. Cependant, pour les personnes croyantes, notre solidarité repose sur la miséricorde.
C’est la miséricorde qui me pousse à la solidarité, car ce qui arrive aux autres femmes et aux autres hommes me touche profondément. Elle m’invite à me mettre à la place de l’autre et à l’aider à se libérer de son fardeau, tout en réfléchissant à des solutions possibles.
Andrés
Si je comprends bien, la solidarité va au-delà de l’empathie. Elle consiste plutôt à rechercher et à fournir des outils qui permettent aux personnes de changer, voire de transformer leur réalité.
C’est intéressant, car on considère parfois la solidarité comme une seule chose qui répond à une situation spécifique et immédiate. Or, d’après ce que j’entends, il s’agit plutôt d’un processus qui consiste à accompagner les gens ; cela demande du temps et de l’engagement, et implique d’instaurer la confiance.
Martha
Je pense que ce qui motive notre pratique de la solidarité, c’est ce qui est contenu dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5–6). Ce texte me permet de comprendre mon identité en Christ, d’où je viens et où je vais, et c’est cela qui me permet de servir.
C’est mon identité de foi qui m’a poussée à servir. Et c’est un modèle que d’autres personnes peuvent observer et qui leur permet de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement de religiosité, mais d’un mode de vie.
Andrés
Y a-t-il donc quelque chose de particulier ou de distinct dans la solidarité lorsqu’on l’aborde sous l’angle anabaptiste ?
Martha
Dans les moments difficiles, je pense qu’il existe de nombreuses organisations et de nombreux espaces prêts à accompagner les gens. Cependant, la grande différence réside dans le fait que, tandis que beaucoup d’organisations s’en vont au bout d’un certain temps, en tant qu’anabaptistes, nous restons. Le monde anabaptiste reste présent et poursuit l’accompagnement sur la durée.
Pour nous, disciples de Jésus, il n’est pas possible de simplement partir ou d’abandonner les gens ; nous devons répondre à l’appel de continuer à marcher avec eux.
Jenny
Je pense qu’il est un peu risqué d’affirmer qu’il existe un élément de solidarité qui soit proprement anabaptiste. Cela dit, je pense que notre engagement en faveur de la non-violence pourrait constituer une caractéristique distinctive.
Il peut arriver qu’au départ, on apporte son aide dans une situation spécifique sans en connaître les conséquences futures. Par exemple, essayer d’aider une famille qui demande un soutien pour reconstruire sa maison perdue lors d’une inondation, eh bien, d’accord. Mais peut-être que la maison était à l’origine construite trop près de la plaine inondable et que la reconstruire à cet endroit risque de la voir emportée à nouveau lors de la prochaine inondation.
C’est un exemple simpliste. Mais le fait est qu’il y a tant de risques dans des contextes où les situations de violence sont si nombreuses, comme Martha l’a déjà mentionné : violence conjugale, violence sociopolitique, conflit armé. Ces contextes exigent la non-violence.
En d’autres termes, comment puis-je vivre en solidarité sans causer davantage de tort ?
Andrés
C’est une bonne question. Parfois, la solidarité semble être quelque chose d’unilatéral, où l’on fait quelque chose pour les autres dans une situation spécifique sans mesurer le coût des répercussions. Ainsi, nous pouvons avoir de bonnes intentions, mais nos manifestations de solidarité peuvent causer d’autres types de préjudice.
Compte tenu de votre accompagnement des communautés anabaptistes et mennonites en Colombie, qu’est-ce qui ressort pour vous dans la solidarité que vous pratiquez dans le contexte colombien ?
Martha
Il y a un esprit d’entraide, une volonté d’être présent. La culture colombienne et ce que nous avons vécu nous ont endurcis, et nous cherchons des moyens d’aider et de faire face ; nous nous aidons mutuellement à aller de l’avant.
Jenny
C’est difficile. Je pense à la violence dans notre pays et à la concentration des richesses entre les mains d’une poignée de personnes. Vraiment, les gens doivent penser les uns aux autres. Je pense que les actes de solidarité se forgent dans un contexte de contraintes, de violence et de précarité. Dans une certaine mesure, la foi (ou les différentes confessions) favorise ce sentiment de solidarité.
Dans le cadre de la construction de la paix, le gouvernement, les ambassades et d’autres acteurs internationaux commencent à reconnaître les efforts locaux en faveur de la paix, ainsi que le travail important que les communautés accomplissent elles-mêmes.
Cela me touche. Cela n’est toutefois pas une nouveauté pour moi, car nous sommes nombreux à avoir eu l’occasion d’accompagner des communautés dans leur cheminement vers la paix. Depuis longtemps, nous insistons sur le fait que la construction de la paix doit émaner de nos communautés locales, en fonction de leur réalité sociale. C’est là que la solidarité des Églises et de nos communautés de foi prend tout son sens.
Andrés
Quel est le lien entre solidarité et activisme ?
Martha
Pour moi, l’activisme peut nous mener à la solidarité ; les deux sont donc liés.
Je repense aux débuts d’Edupaz dans les années 90, à une époque marquée par une grande violence. À l’époque, il était clair qu’il fallait agir face à la violence que nous subissions, même dans les écoles. C’était une action concrète, et bien que le travail d’Edupaz ait commencé dans les écoles, il a rapidement dépassé les murs de l’école pour nous amener à rejoindre les universités dans la rue.
Nous avons défilé, nous avons milité et nous avons parlé de paix en de nombreux endroits, à la recherche de liens de solidarité. Cela nous a aidés à comprendre que nous devions renforcer l’ensemble des membres. Et nous avons commencé à réfléchir à la manière dont nous pouvions nous organiser en tant que collectif et communauté de foi.
Cette réflexion est née de l’activisme.
En même temps, je pense aussi que l’activisme est l’une des façons dont nous concrétisons la solidarité.
Jenny
Je pense que l’expression de la solidarité doit aller au-delà des bonnes intentions. La solidarité doit se matérialiser en quelque chose. Peut-être que l’activisme est ce qui nous aide à concrétiser nos bonnes intentions. Nous avons appris que l’activisme ne se résume pas à des réponses décousues et à de simples actions.
L’activisme devient de plus en plus exigeant, car il nous invite à aller au-delà de notre solidarité et à nous mettre à la place des autres afin qu’ensemble, nous puissions envisager diverses voies de transformation et différents types de transformation. Parmi les nouveaux critères de l’activisme, on peut citer « ne pas nuire » et « accueillir la différence », qui illustrent les coûts inhérents à la solidarité.
Il me semble que notre tâche nécessite davantage de réflexion. À cet égard, notre tradition anabaptiste nous est d’un grand secours, car notre foi nous appelle également à une réflexion théologique et contextuelle approfondie. C’est pourquoi nous ne pouvons pas tomber dans le piège qui consiste à mettre en œuvre nos bonnes intentions d’une manière qui finisse par nuire aux autres.
Nous avons besoin de davantage de ressources, notamment de notre foi anabaptiste, afin que nos réflexions et nos actions soient efficaces. Je crois que ces apports renforcent le lien entre militantisme et solidarité.
Je me demande également si la solidarité relève d’une vision individuelle ou collective. Et je m’interroge sur la manière de vivre la non-violence, en particulier lorsque notre réaction inclut une indignation face à des injustices qui suscitent la colère et la rage.
Certaines personnes pourraient nous demander : « N’avez-vous pas dit que vous étiez non-violents ? », comme si nous n’avions pas le droit de ressentir de l’indignation et du malaise face à ce qui ne va pas et avec quoi nous ne sommes pas d’accord. Ou de lancer des actions et des processus en réponse.
Par exemple, je pense à la manière dont la solidarité implique de prendre soin des personnes qui travaillent sur les questions de violence conjugale, qui sont si complexes. Il y a tant à faire, mais je sais que le poids de ce travail engendre une fatigue émotionnelle, physique et économique, en plus des risques pour la sécurité. Cela exige une position beaucoup plus ferme de la part des Églises.
Nous avons tant à apporter grâce à notre perspective théologique et à notre compréhension de l’Évangile. Grâce à ce que notre Seigneur inspire en nous.
Andrés
Dans le monde où nous vivons, il semble que l’activisme soit souvent stigmatisé. Que pensez-vous du fait que l’activisme soit perçu négativement ou avec une certaine réticence ?
Jenny
Je pense que tout ne doit pas être considéré comme de l’activisme. Il y a des initiatives que les gens lancent et qui n’ont peut-être aucun effet, même s’ils affirment transformer le monde par leurs actions. Cela arrive même au sein de notre famille mennonite.
Par exemple, ici en Colombie, de profondes tensions sont apparues autour des situations liées à l’arrivée de colons mennonites ces dernières années. Et, certes, ils ont fait des dons et proposé du travail aux Colombiens vivant sur les terres qu’ils ont achetées, mais des procédures judiciaires sont également en cours contre eux pour violation des droits des communautés autochtones. Cela contraste avec la longue histoire de l’Église mennonite colombienne, qui œuvre depuis longtemps à la défense des droits humains et à la construction de la paix.
Aujourd’hui, nous constatons que des communautés mennonites sont impliquées non seulement dans des expropriations foncières, mais aussi dans des atteintes à l’environnement. Je pense qu’une réflexion théologique contextualisée s’impose. Je crois que si nous partageons une vision anabaptiste, où nous laissons place au discernement au sein de la communauté, cela devrait nous aider à déterminer si ces actions produisent le bien ou le mal. Nous devons discerner en toute honnêteté, en affrontant ces tensions de front, car elles sont désormais une réalité constante.
Martha
Grâce aux médias et aux réseaux sociaux, nous avons désormais accès à des informations qui nous étaient auparavant cachées. Il est désormais possible d’accéder à l’information en quelques minutes, voire en direct, au moment même où les événements se produisent. Ainsi, lorsque nos jeunes ont perdu leur chemin ou qu’au lieu d’incarner leur histoire, ils incarnent ce que ces sources d’information leur racontent quotidiennement, il est facile pour eux de perdre leurs repères. C’est pourquoi les questions d’identité et ce qui nous motive et nous guide deviennent primordiales. Surtout lorsqu’il s’agit d’activisme.
En ce qui concerne le monde mennonite, certaines formes de violence transparaissent parfois dans la manière dont les gens dirigent. Au sein de notre propre famille spirituelle, nous avons omis de reconnaître des épisodes de violence, comme l’a évoqué Jenny, et nous avons manqué à notre devoir envers les personnes et les victimes au sein de notre propre communauté.
De mon point de vue, la solidarité semble souvent une belle idée lorsque nous regardons vers l’extérieur. Le véritable défi consiste à reconnaître les implications de la solidarité au sein de notre famille, envers celles et ceux qui ont été victimes.
Andrés
Jenny et Martha, merci beaucoup pour ce dialogue, pour vos réflexions, les leçons tirées et vos témoignages de solidarité. Merci également d’avoir attiré notre attention sur les dilemmes et les conflits qui existent au sein de notre propre famille mennonite. Et de nous avoir exhortés à assumer la responsabilité qui nous incombe envers les victimes et les personnes qui ont souffert au sein de notre propre famille spirituelle. C’est là que notre engagement à marcher dans la solidarité, à l’exemple de Jésus, comme vous nous l’avez rappelé, doit également se concrétiser.
Peace Club Committee and facilitators at Wanezi Mission School, Zimbabwe.
Le pardon et la création d’un cadre sûr
Comme confié à Courrier par le président du Comité pour la paix et la justice sociale au Zimbabwe.
Pasteur Dr Notsen Ncube
Je suis passionné par le ministère pastoral, la construction de la paix et le développement du leadership. J’occupe actuellement le poste de superviseur au sein de l’Église des Frères en Christ (BICC) au Zimbabwe, dans le district de Nono, au Matabeleland Nord. Je suis marié à Thobekile Ncube, qui est directrice du programme pour les femmes et chargée de cours au Theological College of Zimbabwe. Nous avons la chance d’avoir deux fils, Nathan et Neville.
Après avoir entendu mon appel, j’ai suivi une formation à notre école biblique locale, l’Ekuphileni Bible Institute (1993–1995). Je suis devenu évangéliste bénévole, puis pasteur à plein temps (1997–2014) dans les assemblées de Maphisa et de Nkulumane.
Lorsque l’Église m’a demandé de présider le Comité pour la paix et la justice sociale, j’ai découvert que mes compétences en matière de travail pour la paix présentaient certaines limites. Je me suis alors inscrit à l’Eastern Mennonite University à Harrisonburg, en Virginie (États-Unis), où j’ai suivi une formation (2015–2017). À mon retour au Zimbabwe, j’ai commencé à animer des ateliers et des séminaires sur le travail pour la paix et la transformation des conflits.
Après avoir découvert les « clubs de paix » grâce à des amis au Kenya, en Zambie et en Tanzanie, nous avons entamé en 2017 un dialogue sur le travail pour la paix dans nos écoles chrétiennes, et nous avons lancé les clubs de paix en 2023-2024. Ils sont désormais implantés dans six lycées de la BICC et dans cinq écoles primaires.
La BICC au Zimbabwe est reconnaissante du soutien financier reçu de notre partenaire, le Centre mennonite pour la paix (Mennonitische Friedenszentrum) à Berlin, en Allemagne.
Le leadership du club de paix
Dans les écoles de la BICC, le comité du club de paix est composé d’un pasteur missionnaire, d’un parrain (enseignant) et d’une marraine (enseignante), ainsi que d’élèves élus. L’implication des pasteurs missionnaires relie directement le club de paix à l’Église.
Au sein des clubs de paix, les élèves élisent un président, un vice-président et d’autres membres du comité, qui sont supervisés par la marraine, le parrain et le pasteur. Les clubs de paix entretiennent des relations avec les administrations scolaires.
La tâche principale du comité paix et justice sociale consiste à former les membres des clubs de paix à travers des ateliers afin qu’ils mènent des activités hebdomadaires pour la paix.
Transformation chez les élèves
Certaines de nos écoles nous ont signalé que les élèves des classes supérieures harcelaient les plus jeunes et faisaient usage de drogues et d’alcool. Les clubs de paix ont donc été mis en place pour faire face à la montée des conflits, de la violence et des défis sociaux.
Les clubs de paix ont pour objectif de transformer la mentalité des jeunes et de les aider à faire des choix éclairés afin de construire un avenir prometteur. Jeux de rôle, dialogues, débats, poèmes et chants font partie des outils utilisés pour apprendre à construire la paix et favoriser la résilience, la réconciliation, le pardon et la guérison.
Après la formation, une certaine transformation s’est opérée chez les élèves.
Désormais, les élèves se réunissent autour d’une table pour dialoguer dès qu’un malentendu survient. Grâce aux activités des clubs de paix, les cas de destruction des biens scolaires, les bagarres ainsi que la consommation de drogues ont considérablement diminué.
Un pasteur a noté que « le comportement des membres des clubs de paix à l’Église a changé : ils sont plus attentifs et participent aux cultes, y compris en faisant des dons. Les comportements tels que le bavardage ou le fait de s’endormir pendant les cultes sont désormais beaucoup moins fréquents. »
Solidarité
Jésus a enseigné à ses disciples la miséricorde, la compassion et la solidarité, tout en leur montrant l’exemple. Il leur a également demandé d’être miséricordieux et d’aimer leur prochain (Luc 6.36 et 10).
Nous voyons que Jésus a guéri les malades, nourri ceux qui étaient dans le besoin et ressuscité les morts. Jésus a enseigné la repentance, en aidant les gens à reconnaître leur nature pécheresse et en les amenant à confesser leurs péchés. Il a mis en œuvre des principes de travail pour la paix et de transformation des conflits. Nous essayons d’inciter les membres des clubs de paix à suivre cet exemple.
Par exemple, les lycéens de Mtshabezi ont acheté 100 cahiers, 150 stylos et 10 paires de chaussures dans un élan de solidarité envers des élèves de primaire vulnérables et dans le besoin.
Les membres des clubs de paix prennent les devants
L’engagement et le dévouement des membres des clubs de paix dépassent nos attentes et notre imagination. Dans certains cas, ils se sont encouragés mutuellement à parler délibérément à leurs camarades de classe de la nécessité de mener une vie engagée pour la paix.
Un lycée a fait l’objet d’une publicité négative à un moment donné. Il a été accusé d’être un repaire de toxicomanes. Les membres du club de paix se sont mobilisés pour réfuter ces allégations.
Le président du club de paix a utilisé son appareil photo pour documenter les activités positives des élèves et a envoyé les photos au bulletin d’information lu par les parents et les autres parties prenantes.
De plus, les membres du club de paix ont utilisé leur argent pour acheter et imprimer des t-shirts portant des messages sur le travail pour la paix et un message contre la drogue et la toxicomanie.
Pratiquer le pardon
J’ai pris conscience que le plus important est d’offrir à ces jeunes un espace sûr où ils peuvent parler de leurs conflits, de leurs peurs, de leurs traumatismes et se confesser. Et nous avons enseigné aux jeunes à s’excuser lorsqu’ils ont fait du tort à d’autres personnes.
L’épître à Philémon a été l’un des outils utilisés pour enseigner les principes du pardon, du dialogue et de la réconciliation. Paul incarne ces principes à travers la manière dont il gère la relation entre Philémon et Onésime.
Au-delà des clubs
Actuellement, les clubs de paix ne sont présents que dans nos écoles, mais nous constatons également des conflits au sein de l’Église. Nous avons organisé des ateliers dans des paroisses locales, des districts et même au niveau de la conférence pour aider les gens à comprendre les principes du travail pour la paix et de la transformation des conflits.
Nous avons identifié et formé un groupe de praticiens de la paix qui ont joué un rôle déterminant dans l’équipement tant de l’Église que de la communauté. Ils ont été chargés d’animer des sessions et de sensibiliser les communautés, y compris les groupes d’hommes, de femmes et de jeunes, lors de leurs camps et conférences.
De plus, nous allons à la rencontre des communautés par le biais d’ateliers, et nous avons également été invités à aider à résoudre des conflits au niveau communautaire. J’ai également co-rédigé un manuel pour le travail pour la paix qui est actuellement utilisé par la BICC au Zimbabwe.
Les anabaptistes accordent une grande importance au travail pour la paix ! Ils forment une communauté de paix.
D’après mon expérience, je pense qu’il est essentiel d’identifier les défis actuels et les personnes clés, puis de concevoir un programme ou un manuel pour la paix afin d’y répondre. Identifier les besoins aidera l’Église à mettre le doigt là où ça fait mal. Le travail en réseau et la collaboration aideront l’Église à lutter collectivement contre la violence structurelle et la marginalisation. Des moyens pratiques comme la musique, le sport, le théâtre et l’art ont également prouvé leur efficacité.
J’ai le privilège d’occuper au sein de la CMM un poste qui consiste à inviter les gens à s’investir dans l’Église mondiale en partenariat avec la CMM. Soucieux de bien remplir ma mission, je me suis plongé dans des ouvrages qui parlent de la générosité. Je voudrais partager ici une partie de l’inspiration que j’ai tirée de mes récentes lectures.
« Ne privez jamais autrui de son droit à la générosité »
Mère Teresa
Cette citation de Mère Teresa est tirée d’un épisode raconté dans Imagining Abundance: Fundraising, Philanthropy, and a Spiritual Call to Service (2014) de Kerry Alys Robinson. Mère Teresa comprenait la dignité qui découle du fait d’être celui qui donne. Elle voyait comment chacun peut trouver des moyens d’être généreux, peu importe ce qu’il possède, que ce soit beaucoup ou peu.
L’abondance
En réfléchissant à Jean 10, j’ai été encouragé par l’invitation de Kerry A. Robinson à cultiver « la capacité divine d’imaginer l’abondance ».
« Gérer des ressources, c’est une question d’abondance, pas de pénurie », écrit Kerry Alys Robinson. Cette approche de la gestion des ressources nous oriente vers le désir de Dieu. Comme dans les paroles de Jésus rapportées dans Jean 10, elle nous oriente vers le potentiel d’une vie abondante pour tous les enfants de Dieu. Une vie remplie de sens, de gratitude et de générosité.
Lorsque nous choisissons la générosité d’esprit, nous découvrons la liberté. Il y a de la joie et du bonheur à porter du fruit dans nos vies.
Rendre son amour à Dieu
La collecte de fonds, une spiritualité (2010) s’appuie sur les écrits et les conférences de l’auteur chrétien Henri Nouwen. Il parlait souvent de trouver des moyens de « rendre son amour à Dieu » pour toutes les bénédictions que nous recevons.
« Nous rendons l’amour à Dieu en portant du fruit avec nos vies, c’est-à-dire en prenant tout ce qui nous a été donné et en le mettant au service des autres, de la création, de la vie elle-même », écrit Nouwen. Quelle illustration claire de la gestion des ressources !
La gestion des ressources, c’est à la fois prendre soin comme il se doit de tout ce qui a été confié à une personne et reconnaître le potentiel qui s’offre à nous et y répondre.
Une solidarité tenace
Le théologien spécialiste de l’Ancien Testament Walter Brueggemann (1933-2025) préférait décrire l’engagement de Dieu à se tenir aux côtés de ses enfants comme une solidarité tenace. Ce concept biblique est souvent traduit par « amour inébranlable » dans nos Bibles. Cet appel à une « persistance obstinée » dans nos engagements les plus profonds les uns envers les autres jette les bases du partage mutuel.
Notre famille spirituelle anabaptiste mondiale au sein de la CMM nous offre l’occasion de mettre cela en pratique. L’ouvrage de Robinson se termine par un défi lancé à notre intention : cultiver des habitudes qui nous permettent d’être plus généreux et d’agir comme des catalyseurs pour inspirer les autres à faire de même.
La CMM est une communauté où nous sommes solidaires de nos sœurs et frères. Nous avons tous des dons à partager – tant à donner qu’à recevoir. Nos relations, au-delà des différences et de la diversité, exigent une générosité d’esprit radicale et une foi tenace.
En tant que membres de la famille de la CMM, nous sommes invités, en tant que communauté, à adhérer à une vision de fécondité et à un espace de passion joyeuse. Pour être de bons intendants du potentiel qui s’offre à nous, il faut cultiver un cœur joyeux.
Transformation
La générosité est un marqueur essentiel de la vie chrétienne. Nous modelons nos vies sur le mode de vie généreux de Jésus et recevons sa promesse d’une vie abondante.
Je pense à Romains 12, qui nous appelle à offrir nos corps en sacrifice vivant, comme un culte raisonnable, tandis que nous invitons l’Esprit de Dieu à transformer nos esprits.
« Notre transformation n’est jamais pour nous-mêmes seuls. Elle est toujours pour le bien des autres », écrit Ruth Haley Barton, autrice et directrice spirituelle.
Alors que nous vivons notre foi, puissions-nous suivre l’exemple de Jésus pour mener une vie généreuse qui inspire également la générosité chez les autres.
Bruce Campbell-Janz est directeur de la communication et de l’engagement au sein de la Conférence Mennonite Mondiale.
Le don comme mode de vie, ancré dans la foi, la famille et un engagement profond envers la famille mondiale
Pour Ruth et Timothy Stoltzfus Jost, la générosité n’a jamais été uniquement un acte de don : c’est un mode de vie, ancré dans la foi, la famille et un engagement profond envers la famille mondiale.
Ruth et Timothy ont tous deux grandi dans des familles qui incarnaient une intendance fidèle et un engagement actif au sein de l’Église. Le père de Ruth enseignait à l’Eastern Mennonite University, en Virginie, tandis que sa mère dirigeait une station de radio chrétienne et un journal, tout en exerçant la fonction de pasteure.
Le père de Timothy a occupé le poste d’administrateur d’un hôpital mennonite spécialisé en santé mentale en Californie et est devenu l’un des dirigeants des Mennonite Mental Health Services et de la Mennonite Mutual Aid. Sa mère était enseignante et écrivaine.
Grâce à la CMM, les Églises apprennent les unes des autres, se soutiennent mutuellement et témoignent ensemble de l’amour de Dieu dans le monde.
Ruth et Timothy Stoltzfus
Dans ces deux familles, la foi s’incarnait à travers le service, l’hospitalité et l’engagement à partager les dons de Dieu avec les autres.
Timothy se souvient que l’assemblée des Frères mennonites de Reedley, en Californie (États-Unis), accueillait des réfugiés de l’Union soviétique et des immigrants du Paraguay. Ruth se souvient de membres de sa famille engagés dans des missions mennonites à travers le monde. Dès leur plus jeune âge, tous deux ont appris qu’appartenir à l’Église signifiait prendre soin des personnes au-delà de sa propre communauté.
Timothy et Ruth, tous deux avocats, se sont rencontrés en 1981 lors d’un colloque explorant la relation entre la loi et la Bible, organisé dans un séminaire mennonite. Ils se sont mariés peu après et ont commencé à construire une vie centrée sur la foi, le service et la communauté.
Une expérience marquante
L’une des expériences marquantes de la jeunesse de Ruth a été sa participation à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale à Amsterdam en 1967. Hébergée par une famille mennonite néerlandaise vivant sur une péniche, elle a pu découvrir par elle-même la convivialité et les liens qui unissent la famille mennonite mondiale. À l’issue de la conférence, sa famille s’est rendue en Tchécoslovaquie pour rendre visite à des membres de l’Église Frères mennonites, ce qui a renforcé sa conviction que la foi transcende les frontières nationales.
Au fil des décennies, la Conférence Mennonite Mondiale a continué à façonner la conception que leur famille se faisait de l’Église. En 1997, alors qu’ils vivaient en Allemagne et faisaient partie d’une assemblée mennonite allemande, ils ont assisté, avec leurs trois fils, à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale à Calcutta, en Inde.
En 2009, Ruth et Timothy ont participé à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale au Paraguay et ont rendu visite à des communautés mennonites à travers le Chaco. Ruth a été particulièrement émue par un ministère en milieu carcéral qui témoignait de l’engagement actif de l’Église au sein des communautés urbaines. Ce voyage a remis en question leurs idées reçues et leur a révélé une foi vivante qui s’exprimait à travers un service empreint de compassion.
Ruth a ensuite participé à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale de 2015 à Harrisburg, en Pennsylvanie (États-Unis), poursuivant ainsi un lien de toute une vie avec la communauté mondiale des croyants mennonites.
Vivre modestement pour donner généreusement
Tout au long de leur vie, Ruth et Timothy ont adopté les valeurs d’une vie simple et d’un don généreux.
Timothy a passé une partie des années 1970 au sein de communautés mennonites intentionnelles où les ressources étaient partagées dans l’esprit de l’Église primitive.
Ruth se souvient souvent de la simple consigne de sa mère chaque fois que les enfants recevaient de l’argent : « Dépensez-en une partie, économisez-en une partie et donnez-en une partie. »
Ces valeurs ont été transmises à la génération suivante. Aujourd’hui, leur plus jeune fils œuvre au sein de l’Association mennonite allemande pour la paix, en animant des voyages d’accompagnement en Palestine.
Tout au long de leur mariage, Ruth et Timothy ont considéré leurs ressources comme des dons que Dieu leur avait confiés. Ils se sont efforcés de vivre modestement afin de pouvoir donner généreusement, pour soutenir l’Église, venir en aide aux personnes dans le besoin et faire avancer l’œuvre de paix et de justice.
Solidarité spirituelle
Pour eux, la Conférence Mennonite Mondiale incarne la vision biblique que l’on trouve dans 2 Corinthiens 8 : une communauté où les croyants partagent leurs ressources, leurs fardeaux, leurs encouragements et leur espoir au-delà des cultures et des continents.
Ce partage inclut un soutien matériel, mais il englobe également la solidarité spirituelle. Ils se souviennent très bien avoir reçu des messages de prière et d’encouragement de la part d’Églises mennonites d’autres pays lors de périodes difficiles aux États-Unis, un rappel puissant qu’ils font partie de quelque chose de bien plus grand qu’eux-mêmes.
C’est pourquoi ils soutiennent la Conférence Mennonite Mondiale.
La Conférence Mennonite Mondiale renforce les relations au-delà des frontières, met en relation des croyants de cultures diverses et construit une communauté mondiale où la foi, la générosité et l’entraide s’épanouissent. Grâce à la CMM, les Églises apprennent les unes des autres, se soutiennent mutuellement et témoignent ensemble de l’amour de Dieu dans le monde.
Ruth et Timothy Stoltzfus Jost invitent d’autres personnes à se joindre à ce ministère du partage.
En soutenant la Conférence Mennonite Mondiale, vous contribuez à faire grandir une famille spirituelle mondiale, une famille qui incarne l’appel du Christ à l’unité, à la générosité et à l’espoir pour les générations à venir.
Ces nouvelles ont été finalisées juste avant que deux tremblements de terre ne frappent le Venezuela. Cliquez ici pour lire l’appel à la prière urgent en réponse à cet événement.
« Père céleste, créateur du ciel et de la terre… Touche le cœur des nations et de nos prochains afin qu’ils réagissent avec urgence et compassion pour suivre les paroles de Jésus : “Aime ton prochain”… Que les communautés s’unissent, partageant le peu qu’elles possèdent, en faisant confiance à Ton abondance. Accorde-leur guérison, restauration et espoir. Dans Ta miséricorde, Seigneur, écoute notre prière. Amen. »
Le président de la Conférence Mennonite Mondiale a lancé un appel pastoral à la prière il y a quelques mois, d’abord pour le Venezuela après l’intervention violente des États-Unis dans sa gouvernance, puis pour Cuba qui souffre de pénuries alimentaires et de carburant en raison d’un blocus américain sur le carburant. Des responsables locaux de la famille anabaptiste ont expliqué comment leurs communautés avaient été touchées.
La prière ci-dessus, émanant d’une église membre de la CMM en Inde, est un exemple des messages que les destinataires envoient en réponse à ces appels à la prière, explique Kristina Toews, responsable de la communication. Des lettres pastorales sont envoyées aux délégués du Conseil Général afin qu’ils les diffusent à leurs membres, aux abonnés de la liste de diffusion du Réseau de prière, ainsi qu’aux représentants régionaux pour qu’ils les transmettent à leurs contacts. Elles sont également publiées dans « CMM Infos », la lettre d’information électronique mensuelle, et mises en ligne sur le site web, où les membres du monde entier peuvent partager des paroles de prière et d’encouragement.
Quelques mois plus tard, les représentants régionaux de la CMM ont demandé aux responsables d’Église de leur faire part des dernières nouvelles :
Cuba
Au cours des deux dernières années, la situation est devenue de plus en plus instable, avec une recrudescence de la violence et des vols, selon le pasteur Luis Hernández, de l’église membre de la CMM, « Sociedad Misionera Cubana Hermanos en Cristo » (Frères en Christ).
Il rapporte que l’accès à la nourriture diminue de jour en jour, que les prix sont élevés et que certaines personnes passent plusieurs jours sans manger. Le gouvernement ne dispose d’aucune ressource à distribuer. L’église partage ses maigres ressources avec les communautés environnantes.
« La situation peut être qualifiée de désastreuse », déclare George Broughton, Représentant régional de la CMM pour l’Amérique latine et les Caraïbes.
L’Église continue de tisser des liens et d’accompagner les communautés. Malgré les difficultés, Luis Hernández affirme que l’Église montre des signes positifs de croissance : des baptêmes fréquents et une fréquentation accrue des offices. La perte des jeunes — en particulier des jeunes responsables formés par l’Église — qui émigrent à la recherche d’un avenir offrant davantage d’opportunités, reste toutefois un défi permanent.
Quel message Luis Hernández adresse-t-il à l’Église mondiale au nom de sa communauté à Cuba ?
« Malgré la souffrance, la douleur, la pénurie, les problèmes de transport et les difficultés économiques, l’Église anabaptiste à Cuba voit ses effectifs croître. Nous aimerions être soutenus non seulement par la prière, mais aussi sur le plan économique et émotionnel. »
Venezuela
Ces nouvelles ont été finalisées juste avant que deux tremblements de terre ne frappent le Venezuela. Cliquez ici pour lire l’appel à la prière urgent en réponse à cet événement.
Le Venezuela connaissait déjà de graves difficultés économiques depuis des années avant le coup d’État de 2026. C’est pourquoi certains l’ont accueilli avec l’espoir d’un changement. Des prisonniers politiques ont été libérés et certaines améliorations économiques ont été observées.
Cependant, les prix augmentent, les réseaux d’approvisionnement en eau sont hors service dans certaines régions, et le gaz et l’électricité se font rares.
Le gouvernement a procédé à la nationalisation de certains biens immobiliers, mais les recettes profitent généralement à des proches du pouvoir. Certaines Églises ont cherché à en tirer profit en s’alignant sur les intérêts du gouvernement et en utilisant les rencontres religieuses à des fins de campagne, tandis que d’autres s’y opposent.
De nombreux pasteurs ne perçoivent pas de salaire pour leur travail, et certains jettent l’éponge. Le pasteur Euclides Bauza, de la Red de Misiones Menonitas au Venezuela, continue de rendre visite aux assemblées de toute la région et bénéficie de l’hospitalité de celles-ci.
Quel message Euclides Bauza adresse-t-il à l’Église mondiale au nom de sa communauté au Venezuela ?
« En tant que mennonites, nous persévérons, nous nous entraidons et bénéficions d’un certain soutien de l’étranger. Nous créons une nouvelle assemblée. À chaque réunion de l’assemblée, nous partageons un repas.
Nous nous entraidons et sommes en contact avec les pompiers et la protection civile pour aider les gens à se rendre à l’hôpital. De nombreuses personnes sont dans le besoin. Les maladies sont nombreuses et l’alimentation est insuffisante. Nous mettons de côté une partie de l’argent qui entre à l’église pour aider les gens à se procurer des médicaments, etc. »
Selon la dernière enquête statistique de la CMM, 390 membres baptisés étaient recensés dans les assemblées anabaptistes au Venezuela. La Casa de Restauración y Vida Shalom est membre associé de la CMM. Les Églises de Cuba ont déclaré 5 200 membres, dont la Sociedad Misionera Cubana Hermanos en Cristo (Frères en Christ), membre de la CMM.
Pour que chacun ait assez
Malheureusement, en plus d’une instabilité politique et de perturbations dues au changement climatique, une disparité économique croissante accompagne notre grande famille anabaptiste-mennonite mondiale.
Inspirée par l’enseignement biblique du « jubilé » (dans Lévitique 25), la Conférence Mennonite Mondiale a mis en place le Fonds de Partage de l’Église Mondiale. Le but est de mettre en pratique les paroles de l’apôtre Paul dans 2 Corinthiens 8. 13—15 : « Il s’agit d’établir l’égalité. Cela fera l’égalité comme il est écrit : Qui avait beaucoup recueilli n’a eu de trop, qui avait peu recueilli n’a manqué de rien. »
Grâce au soutien du Fonds de partage de l’église mondiale de la CMM, la Sociedad Misionera Cubana Hermanos en Cristo a pu installer des panneaux solaires sur un site afin d’alimenter en électricité une église et la communauté environnante.
« Prier les uns pour les autres est l’une des façons dont nous mettons en pratique notre vocation à former une communion d’Églises d’inspiration anabaptiste, unies au sein d’une communauté spirituelle mondiale pour la communion fraternelle, le culte, le service et le témoignage », déclare Henk Stenvers, président de la CMM. « C’est une manière d’apporter notre soutien à distance. Mais puissent nos prières nous pousser également à agir, à mesure que l’Esprit nous montre comment nous pouvons soutenir nos frères et sœurs lointains. »
« J’apprécie beaucoup de voir comment l’ordre du jour des réunions des commissions est établi par les églises membres. En tant que nouveau venu à ce poste, je trouve vraiment intéressant d’observer cette approche qui part de base, qui exige de l’écoute. L’essence même de notre réunion était le discernement collectif des questions importantes soulevées lors du Conseil Général, ainsi que la réflexion sur la manière de mieux doter notre Église mondiale en ressources », déclare Nelson Okanya, directeur des commissions.
Les quatre Commissions de la CMM se sont réunies à Mennorode, à Elspeet, aux Pays-Bas, du 12 au 14 mai 2026, en amont de la CMERK*. Au cours de cette réunion de trois jours, elles ont fait le point sur leurs travaux à la lumière de la stratégie de la CMM approuvée en 2025 et ont discuté des priorités pour les trois prochaines années.
Diacres
« Nous avons eu de nombreuses conversations importantes, notamment sur le renforcement des relations, l’approfondissement des liens d’amitié et la redéfinition du rôle futur de la Commission Diacres en tant que l’une des “quatre cavités du cœur”. Nous avons réfléchi à la manière dont la Commission Diacres peut accompagner les membres des églises de la CMM dans les moments de souffrance et de crise, en signe de notre solidarité », explique Tigist Tesfaye, secrétaire de la Commission Diacres.
L’heure de prière virtuelle (OPH), organisée tous les deux mois, continue de susciter un vif intérêt, avec une moyenne de plus de 60 participants.
Dans le cadre de voyages de solidarité, une petite délégation composée de diacres et de spécialistes se rend dans une église membre située dans un pays en difficulté. Trois voyages sont en cours de planification.
Un axe majeur des discussions a porté sur le renforcement des ressources en matière d’accompagnement pastoral pour les églises. La Commission Diacres a également reconnu le besoin croissant d’un accompagnement pastoral tenant compte des traumatismes et a discuté du développement d’outils pratiques et de suivi à l’intention des Églises.
Foi & Vie
Sous la houlette d’un nouveau président, la Commission Foi & Vie relève le défi d’étudier la Bible et d’interpréter l’enseignement de Jésus en tant que communion mondiale unique, alors que de multiples perspectives coexistent sur des questions qui menacent de nous diviser.
« Mon espoir et ma prière sont que nous apprenions à dialoguer avec respect et confiance sur une multitude de questions, et que nous prenions conscience à quel point il est bien plus important de construire ensemble une communauté que de persuader tout le monde de croire la même chose », déclare Tim Geddert, Président de la Commission Foi & Vie.
La Commission « Foi et Vie » a également collaboré avec le service de la communication pour créer des vidéos mettant en avant les ressources disponibles sur le site web de la CMM et au-delà.
« La CMM a déjà produit de nombreuses ressources utiles pour les responsables d’Églises. Ne manquez pas cette série sur les réseaux sociaux dans les mois à venir. Nous espérons qu’elle vous inspirera à découvrir des outils qui vous aideront dans votre foi et votre ministère », déclare Tim Geddert.
Paix
Que signifie être une Église de paix dans le monde d’aujourd’hui ? La Commission Paix prévoit de lancer un parcours de sept ans pour renouveler notre compréhension de cette question. Ce parcours débutera en 2028, à l’issue de la décennie du Renouveau, et se poursuivra jusqu’en 2036, date du 500e anniversaire de la conversion de Menno Simons à l’anabaptisme.
Par ailleurs, la Commission Paix représente la Conférence Mennonite Mondiale et participe à une initiative œcuménique intitulée « Heureux les artisans de paix », lancée par les Quakers pour commémorer en 2030 le 2000e anniversaire symbolique du Sermon sur la montagne.
La Commission Paix a également reçu une demande visant à élaborer une déclaration sur la liberté de religion, qu’elle est en train de rédiger. Elle a par ailleurs revu et révisé les lignes directrices relatives au plaidoyer politique, afin de pouvoir répondre aux demandes de soutien formulées par les églises membres lorsque ce plaidoyer s’avère nécessaire.
De plus, la Commission Paix élabore actuellement des protocoles régissant la participation de la CMM à des visites de solidarité dans des zones de conflit.
« Lorsque nos églises membres sollicitent et invitent à des actions de solidarité, nous voulons savoir comment nous pouvons au mieux les soutenir et leur témoigner notre solidarité dans leur combat. Cela implique également d’être conscients des risques auxquels s’exposent ceux qui participent à de telles visites et de faire preuve de sagesse dans notre manière d’agir. En fin de compte, il est important de montrer que nos églises membres ne sont pas seules dans leur cheminement vers une paix holistique dont notre monde a si désespérément besoin », déclare Andrew Suderman, secrétaire de la Commission Paix.
Mission
La Commission Mission met à jour ses ressources sur la mission, qui comprennent des récits, des témoignages et des articles.
En collaboration avec les Réseaux de mission et d’entraide, elle prévoit d’organiser régulièrement des webinaires afin de renforcer le lien entre la paix et la mission au sein de la famille anabaptiste mondiale.
« Dans le cadre de ce programme, les églises membres peuvent s’attendre à un webinaire des Réseaux de mission ou d’entraide tous les deux mois, contre quatre webinaires par an actuellement », explique James Krabill, Président de la Commission Mission.
Elles ont également commencé à planifier des ateliers et des interventions lors de la 18e Assemblée en Tanzanie.
« Les Commissions de la CMM sont au service de l’Église mondiale qui cherche à suivre Jésus, vivre l’unité et construire la paix. Travaillant en étroite collaboration, à l’image des quatre cavités du cœur, les Commissions promeuvent un évangile et une vision holistiques, en fournissant des orientations et en proposant des ressources aux églises membres de la CMM, et facilitent la collaboration des réseaux liés à la CMM sur des questions d’intérêt commun », déclare Nelson Okanya.
*CMERK, une rencontre régionale pour toutes les Églises mennonites européennes, est une combinaison de deux noms pour l’événement : Conférence Mennonite Européenne (français) + Mennonitische Europäische Regionale Konferenz (allemand).
La Conférence Mennonite Mondiale a nommé de nouveaux responsables pour assurer la relève de ceux et celles qui changent de poste ou prennent leur retraite. « Chaque responsable au service de la CMM possède des dons qui enrichissent notre communion mondiale », affirme César García, secrétaire général de la CMM. « Je suis heureux d’annoncer l’arrivée de nouveaux responsables au sein de l’équipe de la CMM. Je tiens également à remercier Jeanette et Ron pour les dons qu’ils ont mis au service de la CMM dans le cadre de leurs fonctions précédentes. »
Commissions
Nelson Okanya a été nommé directeur des commissions, succédant ainsi à J. Ron Byler, qui a pris sa retraite à la fin du mois de mai. Nelson Okanya a commencé ses nouvelles fonctions le 1er mai 2026 et supervisera les quatre commissions de la CMM dans la planification, la mise en œuvre des programmes et la création de ressources.
Nelson Okanya est coach en gestion et en leadership animé d’une profonde passion pour l’Église, les principes anabaptistes et notre communauté mondiale. Il possède une vaste expérience dans les relations interculturelles, le développement de partenariats internationaux et la formation de leaders au service des autres. Auparavant, il a occupé le poste de président de la division à but non lucratif du Center for Serving Leadership. Avant cela, il a été président d’Eastern Mennonite Missions pendant plus de sept ans, pasteur d’une Église mennonite interculturelle dans le Maryland et pasteur adjoint par intérim à l’Église mennonite James Street, à Lancaster, en Pennsylvanie (États-Unis).
Ce n’est pas la première fois que Nelson Okanya occupe un poste au sein de la CMM ; il a en effet présidé la Fraternité missionnaire mondiale de 2018 à 2025.
Nelson Okanya a grandi au Kenya et a déménagé aux États-Unis à l’âge de 25 ans. Il est titulaire d’une maîtrise en théologie de l’Eastern Mennonite Seminary, à Harrisonburg, en Virginie (États-Unis), et d’un doctorat en études interculturelles de la School of Mission and Theology du Fuller Seminary, à Pasadena, en Californie (États-Unis).
Nelson et son épouse, Carmen Horst Okanya, vivent avec leurs deux fils à Lancaster, en Pennsylvanie (États-Unis). Ils sont membres de l’Église mennonite de James Street.
Opérations
Depuis le 1er juin 2026, Mark Baboolal occupe le poste de directeur des opérations de la CMM, succédant ainsi à Jeanette Bissoon, qui prendra sa retraite à la fin du mois de juin 2026. Ce poste consiste à superviser les opérations et l’infrastructure interne de la CMM ainsi qu’à soutenir la mise en œuvre des principaux objectifs stratégiques.
Mark Baboolal possède plus de 20 ans d’expérience en leadership dans les domaines des opérations, des finances, de la planification stratégique et de la transformation numérique. Il a exercé ces responsabilités dans les secteurs des services financiers, des technologies et de l’industrie manufacturière, ainsi que dans le secteur public.
Il est titulaire d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de Western University, à London, en Ontario (Canada).
« Ce qui m’enthousiasme le plus dans le fait de me joindre à la CMM, c’est la possibilité de perpétuer l’héritage familial en matière d’édification de l’Église et d’expansion du royaume de Dieu dans le monde, dans un contexte international de plus en plus difficile », déclare Mark Baboolal.
« J’ai hâte de collaborer avec tous les membres de l’équipe pour concrétiser notre vision et notre mission communes », dit-il.
Mark Baboolal fréquente l’Église des frères mennonites de Waterloo, en Ontario (Canada), et a par le passé été bénévole au sein des équipes chargées du stationnement, du conseil d’administration et des événements spéciaux à l’Église Creekside et à l’Église des frères mennonites Grace. Lui et son épouse vivent à Waterloo.
Représentant régional
Gomes João de Miranda a rejoint l’équipe du service du renforcement de la communion de la CMM en tant que représentant régional pour l’Afrique centrale et occidentale, en remplacement de Siaka Traoré, qui occupe désormais le poste de conseiller continental auprès des responsables de la CMM.
Gomes de Miranda est professeur en technologies de l’information à l’Université de Luanda (UNIL), en Angola. Il accompagne des étudiants et des chercheurs angolais dans des universités partout en Europe, principalement en Angleterre, en Irlande du Nord et en Écosse.
Il a occupé le poste de secrétaire exécutif de la Communauté intermennonite des Églises angolaises (CIMA) de 2020 à 2025, et de secrétaire de l’Africa Inter-Mennonite Mission (AIMM) de 2024 à 2026.
Gomes de Miranda parle plusieurs langues, notamment le portugais, le français, le russe, l’anglais et le lingala.
« Je me réjouis de vivre l’unité dans la foi chrétienne au sein de la diversité des coutumes et des traditions de ses membres. Cette occasion est vraiment enthousiasmante, car elle me permettra d’en apprendre davantage sur les différentes façons de servir le Seigneur et de faire connaître des témoignages qui fortifient notre foi commune », déclare Gomes de Miranda.
Gomes de Miranda vit en Angola avec son épouse, Nsamba de Miranda, et fréquente la paroisse centrale de l’Église Hoji ya Henda. Ils ont quatre enfants.
Dieu est pour nous un refuge et un fort, un secours toujours offert dans la détresse. Aussi nous ne craignons rien quand la terre bouge, et quand les montagnes basculent au cœur des mers.
Psaume 46.1-3
Sœurs et frères bien-aimés
Nous vous invitons à prier et à manifester votre solidarité envers nos membres au Venezuela.
Le 24 juin 2026, le Venezuela a été frappé par deux séismes d’une magnitude supérieure à 7,0 chacun, suivis de répliques.
Ces séismes ont touché une grande partie du pays, mais c’est à La Guaira et dans la capitale, Caracas, que les dégâts ont été les plus importants.
Au moment où nous écrivons ces lignes, le bilan s’élève à près de 200 morts et environ 1 000 blessés. Cependant, des milliers de personnes sont portées disparues et de nombreux bâtiments se sont effondrés.
Situation au 29 juin 2026 : près de 1 500 décès ont été confirmés. Des dizaines de milliers de personnes sont toujours portées disparues.
Situation au 3 juillet 2026 : Les Nations Unies font état de plus de 2 000 morts, plus de 10 000 blessés et plus de 10 000 personnes déplacées. Alors qu’autour de 60 000 bâtiments ont été détruits, de nombreuses personnes réinstallent leur famille dans d’autres régions du pays.
« J’ai été en contact avec tous les responsables au Venezuela », déclare Pablo Stucky, représentant régional pour l’Amérique latine – région andine. Il a mis en relation les responsables mennonites, Frères mennonites et Frères en Christ de Colombie, pays voisin, avec leurs homologues au Venezuela.
Plus de 35 anabaptistes du Venezuela, de Colombie, d’Équateur et du Guatemala ont participé à une réunion de prière en ligne le 29 juin 2026.
« Il y a des endroits qui n’ont même pas encore reçu d’eau. Dans de nombreuses régions, on a besoin de tapis de sol, de couvertures, d’articles d’hygiène personnelle, et même de jouets ou de crayons de couleur pour occuper les enfants, car beaucoup d’entre eux sont déprimés et refusent de manger », explique un membre d’une église de Caracas.
Cette catastrophe survient alors que la grande majorité de la population attend encore une amélioration de la situation économique et sociale après un changement de gouvernement imposé par les États-Unis et après des années d’hyperinflation.
Parmi les Églises se réclamant de l’anabaptisme au Venezuela figurent les Frères mennonites, les Frères en Christ et les Mennonites. La Casa de Restauración y Vida Shalom est membre associé de la CMM. Les responsables anabaptistes au Venezuela indiquent que leurs membres sont généralement sains et saufs, bien que certains d’entre eux aient trouvé refuge dans le bâtiment d’un église après que leurs maisons ont été endommagées.
« Le choc émotionnel a été particulièrement fort pour les habitants de la région de Caracas », explique Pablo Stucky, Représentant régional de la CMM pour l’Amérique latine — région andine. « Les dégâts matériels et les pertes humaines ont été très importants, sans compter les coupures de communication, par exemple. Tout cela nécessite un effort de reconstruction dans un pays déjà fragile sur le plan économique. »
Seigneur, réconforte le peuple vénézuélien.
Console ceux qui ont perdu des proches.
Guéris les blessés. Sauve ceux qui sont pris au piège.
Apporte la paix à ceux qui sont anxieux et qui souffrent.
Donne à ton peuple la résilience nécessaire pour venir en aide à ses prochains et guide les gouvernements afin qu’ils réagissent avec sagesse, équité et compassion.
Seigneur, entends notre appel à l’aide et aie pitié.
Dans le nom de Jésus,
Président, Conférence Mennonite Mondiale
Tigist Tesfaye
secrétaire,
Commission Diacres
Pablo Stucky Représentant régional, Amérique latine – Région Andine