Comment la musique des rencontres mondiales enrichit mon Église
Depuis qu’un animateur de colo m’a appris mes premiers accords de guitare, il y a bien des années, la musique occupe une place importante dans ma vie. J’aime également rencontrer des chrétiens issus d’autres cultures.
J’ai à ce jour participé à quatre Assemblées mondiales de la Conférence mennonite mondiale. Je suis émerveillé de voir comment notre foi partagée fait surgir la diversité au sein de notre unité. Le chant de bénédiction japonais « Kirisuto no heiwa ga » a trouvé sa place dans mon cœur, tout comme le chant latino-américain « Adorad a Jesus » et le chant en anglais « Way Maker ».
Les rythmes et les mélodies évoquent en moi des images de rencontres et des sentiments de joie et de proximité.
Avec ma guitare, j’ai été invité à faire partie du groupe de musique international lors du culte monumental commémorant le 500e anniversaire du mouvement anabaptiste à Zurich. Un esprit de respect mutuel nous a conduit à apprendre les différents styles musicaux qui caractérisent les chants.
Pendant les répétitions communes et le culte, j’ai eu l’impression que le paradis était descendu parmi nous. Une communauté mondiale a rendu gloire à notre Dieu digne de louange dans de nombreuses langues et expressions musicales.
Le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale est l’une des occasions où les chants de la famille mondiale peuvent exprimer leur capacité à unir. Je suis heureux de partager mes propres récits de rencontres lors des Assemblées de la CMM en Indonésie (2022), aux États-Unis (2015), au Paraguay (2009) et en Inde (1997).
En chantant les cantiques dans leur langue originale, nous ressentons une proximité particulière avec la famille mondiale. Pour certains chants, j’ai également développé des textes en allemand. Les paroles allemandes rendent audibles certains aspects de notre foi commune.
En ce moment, je me prépare pour la CMERK* qui aura lieu cette année, en mai, aux Pays-Bas. En plus des chants européens, nous profiterons également de cette occasion pour chanter des chants des Assemblées de la CMM.
Avec des chants comme « Ewe Tina » et « Hakuna Akaita Sa Jesu », nous aimerions inciter les gens à participer à la prochaine Assemblée de la CMM, qui devrait se tenir en Afrique en 2028. C’est en tout cas mon espoir, car ces chants déploient leur esprit de guérison et de joie — bien sûr — dans la communauté mondiale.
*CMERK, une rencontre régionale pour toutes les Églises mennonites européennes, est une combinaison de deux noms pour l’événement : Conférence Mennonite Européenne (français) + Mennonitische Europäische Regionale Konferenz (allemand). La rencontre aura lieu du 14 au 17 mai 2026 aux Pays-Bas.
Wilhelm Unger est pasteur des Églises mennonites de Friedelseim et Limburgerhof-Kohlhof (qui font partie de l’union d’Églises membre de la CMM Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Gemeinden in Deutschland) en Allemagne.
Binuangan Mennonite Christian Church, aux Philippines, a célébré le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale en chantant «What a Friend We Have in Jesus», «Blessed Assurance», «Trust and Obey» et «God You’re Good». Certains de ces cantiques ont été chantés en ilocano, une langue couramment utilisée parallèlement à d’autres dialectes locaux tels que le kankanaey, le bugkalot, l’ibaloi, le kalanguya et d’autres encore.
Secrétaire Général
La créativité nous aide à avoir l’imagination nécessaire pour visualiser des choses que nous n’avons encore jamais vu ni expérimenté.
Lorsque j’ai découvert l’histoire de Dirk Willems, cet anabaptiste emprisonné qui sauva son poursuivant tombé à travers la glace, je devais autrefois me représenter la scène par l’imagination. Depuis mon installation au Canada en 2019, j’ai vu de mes propres yeux des lacs et des rivières figés par le gel. Marcher sur la glace est une réalité tangible — tout aussi réelle que l’Esprit du Dieu d’amour à l’œuvre dans la vie de Dirk Willems et dans celle de son poursuivant.
Aujourd’hui, face à ce monde fracturé, rempli de colère, de violence et de désaccords — hélas, même au sein de l’Église — mettons notre imagination au défi de vivre dans le monde de shalom auquel Dieu nous appelle.
À quoi ressemblerait le monde s’il était peuplé de personnes comme Dirk Willems ?
Et si nous apprenions à reconnaître Jésus dans le visage de ceux que nous considérons comme nos ennemis ?
Comment devenir une Église mondiale dont la pierre angulaire serait l’amour mutuel entre chrétiens, un amour prêt à aller jusqu’au don de sa propre vie ?
Comment vivre concrètement cet amour dans nos familles, sur nos lieux de travail et au cœur de nos quartiers ?
C’est cette manière de vivre qui nous permet de comprendre profondément l’autre, en l’écoutant et en lui parlant dans l’amour.
Lorsque nous chantons, comme on le découvre dans ce numéro, nous éveillons notre imagination. Nous chantons notre amour pour Dieu et pour les autres, et la musique nous émeut et nous fait ressentir cet amour. Dans l’harmonie, nous donnons corps à notre imagination en manifestant l’unité au cœur même de la diversité.
Demandons à Dieu sa présence pour nous aider à vivre selon cette imagination dans chacune de nos relations.
César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario (Canada). Cette réflexion est adaptée d’une lettre du secrétaire général à l’occasion des fêtes religieuses.
Chaque semaine, lors du culte à la chapelle du campus de l’IBA, nous consacrons un temps pour louer Dieu à travers la musique. Étant donné que nous sommes un institut biblique où convergent différentes traditions théologiques et divers arrière-plans culturels, d’aucuns pourraient penser que les différences auraient plus de poids que ce que nous partageons. Malgré cela, chanter ensemble joue un rôle important dans le renforcement de notre unité en tant que peuple de Dieu.
Communauté et unité
Pendant les cultes, nous chantons des cantiques classiques, mais aussi des chants contemporains aux rythmes latino-américains et anglo-saxons. Cette variété reflète la diversité de notre corps étudiant, qui participe activement à nos temps musicaux.
Bien entendu, en tant qu’institut anabaptiste, nous accordons une grande importance à la communauté et à l’unité en Christ.
C’est pourquoi le chant d’assemblée n’est pas simplement un « moment musical » pendant le culte, mais un acte communautaire qui façonne notre identité. Lorsque nous chantons, plus que d’accompagner un groupe de musique, nous cherchons à adorer notre Seigneur d’une seule voix. Il est intéressant de constater que la musique peut transcender des barrières que la théologie, avec ses débats et ses formulations, ne parvient parfois pas à franchir aussi facilement.
Cela ne signifie pas que la théologie ne soit pas importante – au contraire, elle est vitale pour la santé de l’Église -, mais nous reconnaissons qu’il existe, au sein du monde évangélique, différentes interprétations sur des questions secondaires. En classe, nous pouvons dialoguer, débattre et approfondir divers sujets qui mettent en lumière nos désaccords. Mais dans la chapelle, en chantant les vérités centrales de notre foi, nous nous retrouvons sur un terrain commun où l’essentiel résonne plus fortement que le secondaire.
À de nombreuses reprises, j’ai vu des étudiants issus d’Églises aux styles et traditions différents élever leurs voix ensemble avec une profonde conviction. Même s’ils ne formulent pas certains points doctrinaux de la même manière, ils sont capables de déclarer ensemble : « Christ est Seigneur » ou « Nous sommes le peuple de Dieu ». Dans ces moments-là, la musique devient un espace où nous pouvons réaffirmer notre accord, non pas sur des sujets secondaires, mais sur les fondements centraux de notre foi.
Le peuple du Seigneur
Un aspect clé de cette expérience a été la démarche intentionnelle dans le choix des chants. Nous nous efforçons d’inclure des cantiques qui exaltent Jésus non seulement comme notre sauveur individuel, mais aussi comme le sauveur de la communauté. Les paroles parlent de « nous », l’Église en tant que corps, et de marcher ensemble dans la lumière. De telles paroles nous aident à développer une spiritualité moins privée et plus enracinée dans la communauté. Cela est profondément cohérent avec notre héritage anabaptiste qui comprend la foi comme le fait de suivre visiblement le Christ dans la communauté.
En même temps, les chants d’abandon et de dévouement à Jésus jouent un rôle unificateur. Lorsque l’assemblée chante des paroles d’abandon – « Prends ma vie », « Je me donne à toi », « Je veux te rester fidèle » – nous nous alignons spirituellement. Nous n’affirmons pas nos préférences personnelles ni ne défendons nos propres points de vue ; nous nous soumettons ensemble à la souveraineté du Christ. Cette attitude commune d’humilité devant lui nous aligne sur la vérité centrale selon laquelle Jésus est Seigneur et que nous devenons tous ses disciples.
J’ai également remarqué que la musique crée des souvenirs collectifs. Des années plus tard, d’anciens étudiants reviennent sur le campus et sont émus en entendant un chant que nous chantions à la chapelle. Ils ne se souviennent pas seulement de la mélodie, mais aussi du temps passé à étudier, des amitiés profondes et des rencontres avec Dieu au sein de la communauté.
Par tout cela, je ne veux pas dire que la musique ne puisse pas être une cause de division – elle l’est souvent. Mais, d’après ce que nous vivons chaque semaine sur le Campus IBA, la musique chantée comme un peuple et consacrée au Seigneur a le pouvoir de nous unir. Et peut-être même, qui sait, la capacité de formuler la théologie avec un cœur juste.
Fernando Miranda est actuellement professeur à l’Institut biblique Campus IBA, situé à Mariano Roque Alonso, au Paraguay. Il est marié à Miriam Sawatzky et ils ont deux enfants, Andrea et Sebastián. En plus de ses fonctions académiques, il coordonne et dirige les moments de louange sur le campus, en particulier la musique.
Louer ensemble, et particulièrement chanter ensemble, est souvent cité comme l’un des moments forts des Assemblées de la Conférence mennonite mondiale. Après tout, rien ne vaut le fait de chanter avec plusieurs milliers de frères et sœurs en Christ réunis. Même lorsque tout le monde ne parle pas la même langue, la musique a ce pouvoir d’unir que d’autres moments n’ont pas.
Le chant est annoncé, et sur l’écran apparaissent les mots d’une langue que beaucoup dans la salle ne parlent pas couramment, voire pas du tout.
La mélodie peut sembler inconnue, le rythme légèrement différent de ce à quoi le corps s’attend.
Des choristes du monde entier aident à lancer le chant. Puis, progressivement, le son communautaire prend forme.
Des milliers de voix, portant des accents différents, des formes de voyelles variées et des instincts musicaux distincts, commencent à résonner ensemble.
Le son n’est jamais impeccable : certains mots sont mal prononcés, certaines harmonies sont floues, mais, dans ces instants, il se passe quelque chose d’indéniable. Des personnes qui vivent leur culte différemment, qui ont des perspectives différentes et qui viennent de contextes très différents s’engagent à chanter le même chant au même moment.
Personne ne chante seul. Personne ne chante exactement de la même manière. Une vérité plus profonde est mise en lumière : l’unité dans une Église mondiale ne se découvre pas en effaçant les différences, mais en apprenant à les maintenir ensemble dans un son.
Le but de cet article est d’explorer le rôle que la musique a joué au cours d’un siècle d’Assemblées de la CMM, comment elle a évolué à mesure que la communion mennonite s’est mondialisée, et comment le fait de chanter ensemble continue de façonner un sentiment d’unité vécu.
La première rencontre de la Conférence mennonite mondiale a eu lieu en 1925 à Bâle, en Suisse, pour commémorer le 400ème anniversaire de la Réforme anabaptiste. Alors que l’Église mondiale vient de célébrer son 500ème anniversaire, le moment semble opportun pour réfléchir aux Assemblées du siècle dernier, à travers le prisme particulier de la musique.
Les recueils de chants créés pour chaque rassemblement permettent de retracer ce qui a été chanté lors des Assemblées de la CMM. Bien qu’aucun recueil ne reprenne tout ce qui a été chanté ou entendu (et que certains chants imprimés ne soient jamais utilisés), ils offrent un aperçu concret de la vision que l’Église mondiale a d’elle-même, de son unité et des voix qui sont invitées à participer au culte communautaire.
7ème Assemblée, 1962, Kitchener (Canada)
Chanter ensemble notre foi, l’importance de la musique
Chanter ensemble exige de nous quelque chose que peu d’autres pratiques collectives demandent. Cela requiert de la vulnérabilité et de la confiance, et ne peut se faire en privé au sein d’une foule.
Les voix sont révélées, le souffle est partagé et le tempo est négocié en temps réel. Chanter ensemble, c’est autant écouter que se faire entendre.
Pour une communion mondiale comme la Conférence mennonite mondiale, cela revêt une importance capitale. L’unité au sein de la CMM ne signifie pas une uniformité totale des croyances, des pratiques ou des perspectives. La communauté s’étend sur plusieurs continents, cultures et histoires façonnées par des réalités sociales et politiques très différentes.
Pourtant, encore et encore, l’Église se rassemble et choisit de louer. Ce faisant, elle pratique une forme d’unité qui ne dépend pas de l’effacement de toutes les différences, mais de l’engagement envers des convictions communes, même si ces convictions s’incarnent de diverses manières.
Lors des Assemblées de la CMM, cette unité s’exprime souvent à travers ce que l’on pourrait appeler des « chants du cœur » : des chants chers à certaines communautés et qui racontent leur témoignage de foi, de souffrance, d’espoir et de joie.
Ces chants n’ont pas nécessairement la même signification pour tous ceux qui les chantent. Au contraire, ils invitent à prendre conscience des différents styles musicaux, des nuances théologiques, des langues utilisées dans les textes et des pratiques cultuelles. Chanter les « chants du cœur » les uns des autres devient un moyen d’apprendre qui nous sommes, ensemble.
Cette pratique comporte des risques : les mots peuvent être mal prononcés ou mal compris, les formes musicales peuvent sembler inhabituelles ou dérangeantes : Pourtant, c’est précisément dans cette vulnérabilité que la musique joue son rôle le plus important.
Une unité qui ne coûte rien n’exige pas grand-chose de nous. En revanche, chanter malgré les différences apprend à l’Église à écouter avant de diriger, à suivre avant de façonner et à remettre en question ses convictions profondes sur le culte et la musique.
10ème Assemblée, 1978, Wichita (États-Unis)
Recueils de chants et tournant décisif : 1967-1972
Un recueil de chants n’est jamais une compilation neutre. Chaque inclusion ou omission reflète un ensemble de valeurs : quelle théologie est mentionnée, quelle langue est entendue et quels styles musicaux sont considérés comme chantables par une communauté mondiale.
À mesure que la Conférence mennonite mondiale s’est internationalisée, ses recueils de chants sont devenus de plus en plus complexes.
Les procès-verbaux de la première Assemblée de la CMM en 1925 mentionnent des chorales et des chefs de chœurs, mais le premier recueil de chants imprimé spécifiquement pour une Assemblée date de 1936, lors du rassemblement à Amsterdam et Elspeet, aux Pays-Bas. Avant cela, les Assemblées chantaient probablement à partir des recueils de cantiques existants disponibles dans les lieux de culte.
Ces premiers recueils de chants de l’Assemblée contenaient exclusivement des cantiques européens et nord-américains, généralement en anglais, allemand, français et néerlandais.
À mesure que la représentation au sein de la CMM se diversifiait, en particulier suite à l’expansion significative dans les pays du Sud, ce panorama musical devenait de plus en plus incongru. Lors de l’Assemblée de 1967 à Amsterdam, qui réunissait des délégués de plus de 30 pays, les participants ont pris conscience que la communion mennonite était en train de changer.
La diversité des cultures, des langues et des couleurs de peau n’était plus un élément marginal : elle était bien présente dans la salle.
Ce moment a marqué un tournant.
L’Assemblée suivante, qui s’est tenue en 1972 à Curitiba, au Brésil, a été la première Assemblée de la CMM dans l’hémisphère sud. L’historien Cornelius Dyck a saisi le défi auquel l’Église était confrontée en posant une question pertinente : « Quel type d’unité est possible et souhaitable dans une fraternité mondiale où chaque Assemblée n’est finalement responsable que d’elle-même ? »
L’Assemblée au Brésil s’est déroulée dans un contexte difficile, marqué notamment par la répression politique sous le régime militaire et des difficultés de traduction et d’accès linguistique.
Pourtant, les comptes rendus font état d’une impression particulièrement positive concernant la musique. Les chants communs ont été accueillis par des applaudissements enthousiastes et, pour la première fois, des groupes d’Amérique du Sud se sont produits. Seul un tiers des participants venait d’Europe et d’Amérique du Nord. Un groupe de travail sur la musique a reconnu la nécessité d’avoir des chants de différentes époques, styles et cultures afin de mieux refléter l’Église mondiale.
Des changements organisationnels ont également suivi. Les réunions du Conseil général ont commencé à se tenir dans les pays du Sud, des conférences régionales ont été organisées et les réseaux missionnaires se sont étendus à plus de 50 pays où les Églises connaissaient souvent une croissance plus rapide que celles du Nord.
La Conférence mennonite mondiale a clarifié son objectif en tant que « canal de communion et de témoignage », mettant l’accent sur la communication, l’encouragement mutuel et la responsabilité partagée. Elle a également créé par la suite un poste de Secrétaire général rémunéré, passant d’une direction de la CMM assurée principalement par des historiens à une direction assurée par des personnes ayant une expérience dans le domaine de la mission.
14ème Assemblée, 2003, Bulawayo (Zimbabwe)
Ce que nous apprenons en chantant ensemble
À partir des années 1970, les Assemblées de la CMM ont continué à croître en taille et en diversité. Des recueils internationaux de chants, représentant délibérément le monde entier, ont été développés à partir de l’Assemblée de 1978 à Wichita.
Davantage de langues sont apparues sur les pages et dans les cultes, parfois avec l’aide d’une traduction simultanée. À partir de ce recueil, les « chants du cœur » de chaque continent ont été privilégiés. Les femmes ont joué un rôle de plus en plus visible dans la musique, notamment des personnalités telles que Mary Oyer en tant que cheffe de chœur. Pour la première fois, le président n’était ni américain ni allemand, mais éthiopien.
Lors de l’Assemblée de 1984 à Strasbourg, la forme de l’Assemblée moderne de la CMM avait commencé à se dessiner : un comité du programme, un sous-comité musique et culte, une structure thématique rythmée par les journées et une musique tissée tout au long de l’Assemblée. Des musiciens du monde entier se sont produits, montrant que l’unité nécessite une intention et une pratique.
L’unité formée par le chant lors des Assemblées de la CMM n’est pas permanente. Lorsque le dernier chant s’éteint, les participants retournent dans leur contexte d’origine, emportant avec eux différentes questions, convictions et défis. Pourtant, quelque chose subsiste : le souvenir d’avoir chanté ensemble remodèle la façon dont les différences sont portées par la suite.
17ème Assemblée, 2022, Indonesia
La musique enseigne à l’Église mondiale que l’unité n’exige pas de résoudre tous les désaccords. Elle exige d’être présent.
En chantant, l’Église s’entraîne à rester ensemble dans le temps présent, à écouter attentivement, à s’adapter si nécessaire et à s’engager dans une action commune, même lorsque cela nous demande des efforts. L’unité, en ce sens, n’est pas un idéal abstrait, mais une discipline pratiquée.
Les Assemblées de la CMM fonctionnent comme des espaces de répétition pour ce type d’appartenance. Elles offrent un aperçu de ce qui est possible lorsque la diversité n’est pas gérée ou minimisée, mais accueillie dans un rythme partagé.
Chaque voix compte, précisément parce qu’elle est distincte. Et dans l’acte partagé du chant, l’Église mondiale réapprend ce que signifie d’appartenir ensemble.
Benjamin Bergey est professeur agrégé de musique à l’Eastern Mennonite University, à Harrisonburg, en Virginie (États-Unis), où il dirige les chœurs et l’orchestre et enseigne la théorie musicale et la direction d’orchestre. Il a été coordinateur musical pour l’Assemblée 2022 en Indonésie et dirige les EMU Chamber Singers, qui se sont produits lors de la commémoration du 500ème anniversaire à Zurich. Benjamin Bergey a également été rédacteur musical pour Voices Together, un recueil de cantiques pour l’Église mennonite aux États-Unis et au Canada. Il est membre de l’Église mennonite Harrisonburg.
L’unité dans une Église mondiale nese découvre pas en effaçant les différences, mais en apprenant à les maintenir ensemble en harmonie.
Benjamin Bergey
Aperçu historique
#1 – 1925 Bâle et Zurich
Objectif : se réunir pour célébrer le 400ème anniversaire et publier un livre commémoratif
Les chorales de la région de Bâle (Holee et Schänzli) se produisent, et de nombreux cantiques sont mentionnés, notamment « Gott grüße Dich », « Große Gott », « Die Sach ist Dein » et « Nun danket alle Gott ».
#2 – 1930 Danzig
« Conférence mennonite mondiale humanitaire ».
Objectif : recevoir des rapports de diverses communautés et organisations mennonites sur les activités humanitaires, recevoir des conseils sur la situation difficile des communautés mennonites en Union soviétique et échanger des informations sur d’autres mesures d’aide coordonnées.
Le chant est référencé et des cantiques précis sont indiqués. (« Wach auf, du Geist der ersten Zeugen, » « Kein schöner Land in dieser Zeit, » « Innsbruck, ich muß dich lassen ».
#3 – 1936 Amsterdam et Elspeet
Objectif : poursuivre ce type de rassemblement, renforcer les liens entre les membres, célébrer les 400 ans de la conversion de Menno Simons aux Pays-Bas.
Le premier recueil de chants est imprimé, avec les cantiques classés dans l’ordre prévu pour chaque cultes (textes en allemand et en néerlandais).
Sont mentionnés des chants informels sur le bateau alors que les participants traversaient l’Ijsselmeer pour se rendre à Elspeet sous une forte pluie
#4 – 1948 Goshen et North Newton
Objectif : maintenir les liens de fraternité mondiale, de l’appréciation et de l’apprentissage mutuels.
L’excellence des chants interprétés par l’Assemblée, les chorales et les quatuors (divers chorales et ensembles des régions hôtes mentionnés) est soulignée.
Les archives de la MC USA conservent 43 bobines de bandes magnétiques contenant les enregistrements audio de cette Assemblée.
#5 – 1952 Bâle (St. Chrischona)
Objectif : continuer à partager et à communier, et « mieux connaître les assemblées mennonites largement dispersées à travers le monde » (JC Wenger).
Des chorales venues de France, de Suisse, d’Allemagne et du Kansas (États-Unis) sont mentionnées.
Deuxième recueil de chants imprimé pour une Assemblée.
Le cantique « Faith of our fathers » (la foi de nos pères) est entonné près de la Limmat, où Felix Manz fut noyé.
#6 – 1957 Karlsruhe
Une conférence davantage populaire, avec une participation plus importante (environ 1 300 personnes ont eu besoin d’un hébergement). Moins de la moitié des participants viennent des États-Unis et du Canada.
Des questionnaires sont distribués afin de recueillir des retours et des suggestions ; une constitution est rédigée et votée ; un Comité exécutif et un Conseil général (présidium) sont créés.
Création d’un troisième recueil de chants comprenant 30 cantiques en français, allemand, anglais et néerlandais.
#7 – 1962 Kitchener
Un comité de musique est mentionné pour la première fois.
De nombreuses chorales nord-américaines sont mentionnées.
Un plus grand nombre de chefs de chœur et d’organistes sont mentionnés (là où il n’y en avait qu’un ou deux seulement lors des Assemblées précédentes).
Quatrième recueil de chants comprenant 40 cantiques en allemand et en anglais.
#8 – 1967 Amsterdam
L’Église connaît une croissance dans les pays du Sud, avec plus de 30 pays représentés (voir « tournant décisif » dans l’article ci-dessus).
Plusieurs chorales universitaires américaines et européennes sont mentionnées.
Cinquième recueil de chants comprenant 38 cantiques en allemand, anglais, français et néerlandais.
Premier recueil de chants à inclure la notation musicale occidentale.
#9 – 1972 Curitiba
Première Assemblée avec plus de participants du Sud que du Nord.
La musique se distingue positivement grâce aux chants collectifs et aux représentations des groupes mennonites d’Amérique du Nord et du Sud.
Le sixième recueil de chants comprend pour la première fois des chants en espagnol et en portugais, en plus de l’anglais et de l’allemand.
# 10 – 1978 Wichita — « Le Royaume de Dieu dans un monde qui change »
Des chorales du monde entier se produisent pour la première fois (dont la Russie, chaleureusement applaudie).
Publication du premier « Recueil international de chants », marquant le lancement du nouveau modèle (avec une préface et une introduction).
63 cantiques avec notation musicale occidentale, organisés en cinq chapitres par continent.
Le village de l’Église mondiale débute, avec une scène offrant ainsi l’occasion de partager de la musique.
#14 – 2003 Bulawayo – « Mettons nos dons en commun dans la souffrance et la joie »
Publication du troisième Recueil international de chants, avec un comité de musique qui comprend cette fois-ci des représentants des cinq continents, ainsi que plusieurs chants écrits dans des notations musicales non occidentales.
La première chorale internationale lance le modèle d’ensemble avec deux chanteurs de chaque continent. Un enregistrement réalisé à l’avance permet aux participants d’apprendre les chants de l’Assemblée.
« Hakuna akaita », toujours autant apprécié, est présenté et fréquemment chanté.
#15 – 2009 Asuncion – « Marchons ensemble sur le chemin de Jésus-Christ »
Publication du quatrième Recueil international de chants, avec une préface reconnaissant que tout le monde ne sait pas lire la musique et que des dizaines de langues sont utilisées, mais que la musique est une force unificatrice.
« Tengan la Mente de Cristo » (N° 9), composé en lien avec le thème de cette Assemblée.
Moment de chant spontané lors d’une coupure de courant : « Siyahamba ».
Pour la première fois, toutes les séances plénières sont retransmises en direct.
#16 – 2015 Harrisburg – « En marche avec Dieu »
Publication du cinquième Recueil international de chants.
« Tú eres todopoderoso » devient un chant très apprécié.
Un couplet de « El Senyor és la meva força » (N° 37) est interprété en langue des signes pour un grand nombre de participants sourds ou malentendants.
#17 – 2022 Salatiga – « Suivre Jésus ensemble à travers les frontières »
Publication du sixième Recueil international de chants, le premier à inclure la notation musicale orientale.
La version numérique est également utilisée par de nombreux participants en ligne en raison de la pandémie mondiale.
Le chant N° 2, « Dhuh pangeran », composé par le mennonite indonésien Saptojoadi pour l’Assemblée de 1978, devient un « chant du cœur ».
2025 Zurich – « Le courage d’aimer »
Bien qu’il ne s’agisse pas tout à fait d’une Assemblée, cette rencontre commémore le 500ème anniversaire de l’anabaptisme.
Cinq groupes musicaux venus du monde entier donnent des concerts et participent au culte au Grossmünster.
Des chants tirés du Recueil international de chants 2022 sont interprétés, ainsi que « We want peace », un chant trilingue composé par un mennonite et spécialement arrangé pour l’occasion.