Étiquette : solidarité

  • dialogue d’anabaptistes militants

    Mikhael Ardiyanto (à droite) et Zachary Shields (au centre) lors du 500e anniversaire de l’anabaptisme à Zurich, en Suisse, en compagnie de Camila Perez-Diener, participante au Sommet mondial de la jeunesse (GYS).

    Un chemin de résistance

    Cet article est adapté d’une conversation entre deux jeunes anabaptistes, menée à partir de questions posées par la rédactrice de Courrier. Ils y partagent leur compréhension de la solidarité et expliquent comment ils la mettent en pratique aujourd’hui.

    Je vis à Langley, en Colombie-Britannique, au Canada et suis membre de la Langley Mennonite Fellowship.

    Je suis actuellement étudiant de licence en études sur la paix et les conflits à l’Université de la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique, au Canada. J’ai également étudié pendant un an au Goshen College, dans l’Indiana, aux États-Unis. Actuellement, je crée, avec d’autres étudiants, un club pour la paix à l’Université de la vallée du Fraser.

    Je suis organisateur régional pour Mennonite Action Canada en Colombie Britannique et coordinateur de Young Adult Anabaptists for Peace (YAAP), une initiative née de discussions entre de jeunes mennonites adultes, qui a évolué pour devenir un groupe de travail de la Mennonite Church British Columbia, et qui milite pour que la Mennonite Church Canada s’engage auprès des jeunes adultes à l’échelle nationale.

    Je viens d’une petite ville (environ 800000 habitants) appelée Kudus, dans le centre de Java, en Indonésie.

    J’ai grandi dans la tradition anabaptistemennonite, mais la réalité que recouvre le terme « mennonite » là-bas est différente de celle que je connais aujourd’hui aux Pays-Bas.

    La théologie était au cœur de mes études de licence. L’année dernière, j’ai obtenu mon master en paix et traumatismes à la Vrij Universiteit (liée au séminaire mennonite d’Amsterdam, aux Pays-Bas). Actuellement, je travaille au Centre d’études sur la religion, la paix et la justice d’Amsterdam.

    Durant mon séjour ici, je participe également aux manifestations étudiantes et j’écris des articles liés à ce combat. Je participe aussi à la réalisation de documentaires sur l’injustice écologique en Indonésie, en collaboration avec Kerk in Actie (une organisation protestante néerlandaise d’aide humanitaire et de développement).

    Comment votre foi, votre culture et votre formation anabaptistes vous influencent-elles?

    La tradition anabaptiste a vraiment influencé ma façon de voir les questions sociales et les problèmes structurels.

    Quand j’étais enfant, on m’a toujours enseigné que ce qui distingue les mennonites, c’est que nous sommes une Église de paix. Chaque fois que je me présentais comme mennonite, cela suscitait souvent de l’admiration pour le mouvement pacifiste.

    Pourtant, les choses ne sont pas si simples. Nous avons tendance à comprendre la «paix» de manière réductrice : tant qu’il n’y a pas de violence apparente, on suppose que tout va bien. De plus, il y a souvent un fossé entre la façon dont la foi est comprise et la façon dont elle est vécue. Nous enseignons et apprenons beaucoup de choses, mais cela ne se traduit pas toujours dans les actes.

    En étudiant aux Pays-Bas, au sein d’une communauté diversifiée, j’apprends que la paix est toujours liée aux questions écologiques, à la violence domestique, à l’injustice liée au genre, etc.

    Nous (Mikhael & Zachary) avons fait connaissance l’année dernière à Zurich. Des gens étaient venus du monde entier pour le 500e anniversaire de l’anabaptisme. Nous nous reconnaissions tous comme membres de l’Église de paix. C’est quelque chose que nous partageons au sein du mouvement anabaptiste.

    Quand je parle à des amis chrétiens issus de milieux non mennonites, la paix n’est absolument pas abordée dans leurs Églises.

    Et pourtant, pour nous, que signifie la paix au-delà de « l’absence de guerre », au-delà de la doctrine ? Même dans notre propre tradition, nous parlons de paix mais nous ne parvenons souvent pas à l’incarner.

    Nous pouvons être réfractaires au conflit, ce qui est différent de la violence. En essayant d’éviter le conflit, nous créons des problèmes plus profonds qui deviennent néfastes sur les plans verbal, émotionnel et spirituel.

    Un cadre anabaptiste de la paix, du point de vue de la foi, guide tout ce que je fais, de ma vie quotidienne à mon travail professionnel en passant par le poste que j’occupe au sein de MC BC ; il s’agit de construire une paix positive bénéfique à tous.

    Une paix positive, c’est la solidarité entre les peuples à travers le monde ainsi que dans le contexte local.

    Mikhael, tu t’es spécialisé dans les traumatismes : comment penses-tu que la foi anabaptiste t’éclaire dans ce domaine d’étude ?

    Parfois, notre formation chrétienne entre en conflit avec nos cultures.

    Quand je suis arrivé aux Pays-Bas, j’ai pris conscience du traumatisme collectif que nous vivons en Indonésie en raison d’événements survenus dans le passé. En même temps, je peux en quelque sorte comprendre pourquoi cela se produit dans un contexte plus large. Je pense néanmoins qu’il existe d’autres façons d’aborder la question.

    Par exemple, le traumatisme peut se transmettre à la génération suivante. Il devient collectif lorsque la génération suivante se construit sur ce traumatisme. Les gens ne veulent pas parler de ce traumatisme, mais cela finit par perturber la société elle-même.

    S’efforcer de comprendre la paix au-delà de l’absence de violence : je pense que c’est là un défi mondial pour les anabaptistes.

    Ayant grandi dans l’Église, je pensais que la paix, c’était comme l’aide humanitaire, que la paix consistait simplement à lutter contre la guerre et les conflits à l’étranger.

    Mais souvent, les gens ignoraient les conflits au sein de l’Église. Les gens n’abordaient pas leurs propres traumatismes personnels, leurs traumatismes familiaux, les traumatismes de l’Église.

    Je pense qu’il est important que l’Église reconnaisse que nous avons des traumatismes qui entravent parfois notre capacité à tendre la main et à travailler avec des personnes d’horizons différents.

    Les gens ne sont peut-être pas physiquement violents, mais ils peuvent parler des autres dans leur dos.

    Lorsque nous nous engageons dans les enseignements de Jésus, nous trouvons la solidarité. Dans les Évangiles, Jésus s’asseyait avec des personnes de tous horizons. L’une des premières personnes choisies par Jésus pour répandre la bonne nouvelle était la femme au puits (Jean 4).

    Pour moi, ces récits fondamentaux ouvrent la voie au travail de solidarité.

    Il y a aussi mon propre défi. Quand nous apprenons beaucoup de choses, nous avons le sentiment d’avoir été appelé. Quand je vois ce que Jésus a fait dans la Bible, cela me donne l’envie d’agir.

    Mais en même temps, je réalise que je ne suis pas un messie, celui qui peut tout résoudre. Je veux être solidaire avec les autres.

    Je suis là, mais je ne suis pas le sujet de l’histoire. Le centre de l’histoire, ce sont les personnes qui œuvrent elles aussi pour réparer l’injustice. Mais même si nous travaillons ensemble, nous occupons des positions différentes en termes de privilèges.

    Quand nous disposons de connaissances et d’un peu de pouvoir pour faire la différence, nous ressentons un instinct salutaire d’aider. Ce n’est pas une mauvaise impulsion, mais nous devons y prêter attention et écouter.

    Par notre écoute, nous pouvons en quelque sorte développer une pratique semblable à la prière. Si je n’écoute pas les autres, comment pourrais-je espérer entendre les paroles de Dieu qui me guident ?

    Que penses-tu de la solidarité lorsqu’il s’agit de travailler avec des personnes qui traversent des moments difficiles : à quoi ressemble la solidarité pour toi ?

    Il est important de reconnaître que l’envie d’« aider » peut facilement s’éloigner de son intention initiale. L’impulsion en soi n’est pas mauvaise, mais sans la pratique d’une véritable écoute, le désir de s’impliquer peut se transformer en une tendance à dominer. Dans ce processus souvent inconscient, ceux qui devraient rester des sujets sont progressivement réduits à des objets, n’étant plus des compagnons de route, mais plutôt les destinataires de nos interventions.

    Mais le problème ne se limite pas à cela. Ce glissement risque également de mettre à rude épreuve les relations avec ceux qui vivent la réalité pour laquelle on se bat. Au lieu de se sentir partie prenante de la lutte, ils peuvent se sentir distanciés, voire déplacés.

    La solidarité, en ce sens, risque d’être perçue comme une intrusion — ou pire : comme une menace. À ce stade, la question est de savoir si nous sommes véritablement présents pour cheminer ensemble, ou si nous nous positionnons inconsciemment comme le centre ?

    Et plus encore : cela pourrait-il devenir, de manière insidieuse, une nouvelle forme de domination ?

    Établir des liens avec ceux qui sont différents de nous est fondamental pour ceux qui cherchent à s’engager dans la solidarité. Cela peut être une chose magnifique.

    Une partie de la solidarité consiste à laisser ces mondes différents se rencontrer. Nous avons besoin de « micro-réformes », non pas dans la foi, mais dans l’esprit.

    Lorsque vous découvrez que des intérêts communs se rejoignent véritablement, la paix et l’amour commencent à s’épanouir. Nous voyons les fruits de l’Esprit s’épanouir lorsque nous nous rassemblons, écoutons, nous engageons et entendons également les rêves d’avenir des personnes qui souffrent.

    Pensons aux premiers anabaptistes : ils discutaient de leurs problèmes, se réunissaient régulièrement, puis ont eu des révélations radicales et sont devenus mennonites, n’est-ce pas ?

    Lorsque les gens se rassemblent en groupes et parlent des questions qui leur tiennent à cœur, il est beaucoup plus difficile pour les empires et autres forces répressives de sévir.

    En pensant à mon contexte en tant que mennonite en Colombie-Britannique, je constate que nous aimons organiser des repas-partage et chanter en quatuor.

    Cela a constitué un puissant outil de solidarité. Au sein de Mennonite Action, nous avons pu être solidaires en chantant et en partageant notre musique avec d’autres.

    Je pense que l’Esprit agit vraiment lorsque les gens utilisent leurs voix collectives pour dénoncer la violence et les atrocités. Que la paix et la justice jaillissent comme un torrent.

    La solidarité est quelque chose que nous construisons à travers des relations justes. Et je pense que c’est un effort à faire, car autrement, nous nous précipitons vers les solutions. Nous devons y parvenir, mais nous devons aussi apprendre à connaître les besoins de chacun.

    Lorsque l’écoute fait défaut au sein d’un mouvement, les actions collectives se réduisent souvent à de simples actes de violence, tandis que les manifestants s’enlisent dans des reproches et des accusations mutuelles.

    Ce pour quoi on se bat concerne les droits fondamentaux qui découlent de l’expérience même de l’injustice. Pourtant, dans la sphère publique, alors que l’espace d’écoute se rétrécit de plus en plus, ce qui émerge n’est pas seulement la suspicion ou la présence de « fauteurs de troubles », mais aussi le risque d’une méconnaissance plus profonde — voire d’une domination — de la part de ceux qui devraient être les sujets mêmes de la lutte ; comme si la lutte ne leur appartenait plus, mais venait d’ailleurs.

    Sans la volonté de se montrer vulnérable, c’est-à-dire le courage de s’ouvrir, d’écouter, d’apprendre et de désapprendre, cette situation ne fera que tourner en rond dans le même cycle d’incompréhension.

    Lorsque nous écoutons les autres, nous apprenons pourquoi ils agissent de telle ou telle manière. Nous pouvons découvrir qu’ils ont peur.

    Et nous désapprenons aussi. Après cela, il est possible d’avoir des conversations plus fructueuses.

    Parfois, quand nous essayons de lutter contre l’injustice tout seul, nous avons l’impression que le monde est tellement cruel. Comme si nous ne pouvions pas y échapper, comme si l’injustice était partout. C’est pourquoi j’essaie de trouver une communauté avec laquelle travailler.

    Quand nous descendons dans la rue, que nous mettons en place des structures, que nous rencontrons des gens d’horizons divers, nous avons une perspective différente. Nous pouvons partager, travailler ensemble. Et quand surgissent les questions, nous pouvons nous tourner les uns vers les autres et les poser.

    Et alors, nous ressentons de l’espoir.

    Ce n’est pas seulement une question de sentiment, mais d’être présent avec les autres, et eux aussi sont présents avec vous.

    Dans ma communauté mennonite, en particulier parmi les jeunes adultes, lorsque je parle des questions de paix et de justice, l’enthousiasme est palpable. Parler de solidarité est extrêmement mobilisateur.

    Les jeunes ont de l’énergie et veulent agir. Mais souvent, nous manquons d’expérience. Trouver ces moyens de travailler ensemble peut donc être stimulant pour les assemblées, d’une manière qui élargit véritablement la communauté ecclésiale, s’attaque à l’impuissance que ressentent les gens et les aide à grandir.

    Nous savons que l’Église peut être un lieu de transformation et je pense que nous avons besoin de cette Église transformatrice pour la paix dans le monde, en particulier pour ceux qui traversent des moments difficiles. Alors laissons l’énergie de l’Esprit qui anime les gens s’exprimer et créons des liens de solidarité.

    La solidarité n’est pas un acte solitaire. Parfois, on se sent paralysé, dépassé ; on ne peut pas tenir le coup tout seul.

    Tout commence toujours par la communauté.

    En Indonésie, nous avons le mot tongkrongan, un lieu de rencontre informel et décontracté. Les gens peuvent y échanger des idées dans une ambiance détendue.

    Le rassemblement en lui-même est important, car c’est là que nous commençons à nous connaître. L’atmosphère peut être tendue, mais lorsque nous partageons un repas, il y a de la place pour entamer des conversations.

    Lors de ce genre de rassemblement informel, la conversation peut aller de vos histoires personnelles à la situation politique, et la discussion peut prendre de l’ampleur. C’est une façon de partager pour transmettre ces histoires à d’autres.

    Quand nous ne trouvons pas d’espace pour aborder un sujet dans des lieux comme l’Église, ce genre de rassemblement informel pour partager des histoires devient une forme de résistance.

    Oui, tout cela nécessite de s’appuyer sur différentes personnes. Si vous n’êtes pas très à l’aise avec les médias ou la prise de parole en public, trouvez un ami qui puisse vous aider à parler de cette violence dans votre quartier dans une région du monde qui vous préoccupe vraiment.

    Et allez aussi à la rencontre de personnes qui ne font pas partie de votre Église. Un élément essentiel de la solidarité est que nous devons dépasser nos limites habituelles, même si cela nous met un peu mal à l’aise.

    En Indonésie, les discussions sur l’injustice structurelle risquent d’être perçues comme « trop politiques », et c’est précisément pour cette raison que l’Église a tendance à se distancier de ces débats.

    Mais quand je vois comment des personnes qui ne sont pas en situation de souffrance prennent conscience de leur condition privilégiée et du lien qui les unit à des structures qui perpétuent la violence, et qu’elles trouvent des moyens de protester dans leur propre contexte (par exemple, le plaidoyer de Mennonite Action pour la Palestine), cela m’encourage. Je peux aussi entrer en contact avec des gens pour défendre la cause de l’Indonésie de manière créative, même si je vis aux Pays-Bas.

    J’ai un message à adresser aux gens du monde entier. N’ayez pas peur d’élargir le champ d’action de l’Église dans votre travail de solidarité, d’élargir ce que signifie l’Église.

    C’est aussi ça la solidarité : l’effusion d’amour dans la coopération, le fait de travailler ensemble pour la paix, mais aussi d’écouter et de recevoir.

    Nous devons accueillir cette paix de la part des personnes confrontées à l’injustice, afin d’entendre quels sont leurs combats et de pouvoir ainsi œuvrer pour résoudre les problèmes qui les font souffrir.

    La solidarité commence par nos prises de conscience : ce que j’ai, ce que nous avons, ce que nous portons et à quel point nous sommes privilégiés.

    Mais il ne s’agit pas seulement de conscience de soi. À partir de ces prises de conscience, nous commençons à voir comment nos luttes croisent celles des autres, ce qui relie nos luttes à d’autres luttes.

    La solidarité, c’est quand je choisis de laisser la souffrance des autres me changer, me toucher. Et à partir de là, nous agissons ensemble, en défendant quelque chose de différent, en apprenant de nouvelles choses et en désapprenant les anciennes habitudes qui ne servaient à rien, et en marchant aux côtés des autres.

    *Retour au début

    « Pan y Paz » (pain et paix) est une initiative de l’Église mennonite colombienne. Son objectif est d’inviter les Églises locales, les personnes de bonne volonté et la société civile à réfléchir au lien entre justice économique et paix, ainsi qu’entre le bien-être fondamental des personnes et la possibilité d’une paix durable. Elle fait entendre au monde entier la voix de l’Église sur les enjeux cruciaux liés aux conflits et à la paix dans le pays. Photo: Anna Vogt

    Sommes-nous prêts à assumer le véritable coût de la solidarité ?

    Cet article est tiré d’une conversation entre deux personnes engagées de longue date dans la construction de la paix en Colombie, qui incarnent la solidarité par l’action, et Andrés Pacheco Lozano, président de la Commission paix.

    Je m’appelle Martha Inés Cortés. Depuis que j’ai entendu la bonne nouvelle, je suis membre de l’Église des frères mennonites de la ville de Cali, en Colombie. J’ai exercé la fonction de pasteure au sein de cette Église et je fais actuellement partie de l’équipe de direction de l’Iglesia Misión Jesucristo Luz y Vida.

    Je suis théologienne et gérontologue. J’ai étudié la théologie au Séminaire théologique baptiste ici à Cali, et j’ai également suivi des études sur la construction de la paix.

    Lorsque je parle de travail pour la paix, je l’aborde sous plusieurs angles, notamment la lutte contre la violence conjugale, la résolution des conflits dans les écoles et la prévention des abus sexuels envers les enfants et les jeunes.

    Je suis également la directrice de la Fondation Edupaz : Éducation pour la paix et la résolution des conflits. Depuis 14 ans, je m’engage en faveur de la paix au sein des écoles et des communautés locales.

    Je m’appelle Jenny Neme Neiva, je suis originaire de Bogotá.

    J’ai grandi au sein de l’Église catholique. J’ai été baptisée, j’ai fait ma première communion, j’ai été confirmée, etc. J’étais adolescente lorsque j’ai découvert pour la première fois l’Église mennonite de Colombie (IMCOL) et c’est à ce moment-là que je suis devenue mennonite.

    C’est par le biais du militantisme que j’ai découvert l’Église mennonite. Un mouvement social très fort a vu le jour dans les années 90 à la suite des modifications apportées à la Constitution colombienne. Parallèlement à cela est apparue une cause importante, en particulier parmi les jeunes, visant à faire reconnaître le droit à l’objection de conscience au service militaire obligatoire. Il y avait également un mouvement en faveur de la reconnaissance de la liberté religieuse. Ces deux droits ont été inscrits dans la nouvelle Constitution colombienne.

    Au début, j’ai trouvé étrange qu’une Église milite en faveur de ces changements, qui plus est au sein de l’Assemblée constituante nationale. Les groupes religieux n’avaient pas pour habitude d’intervenir dans ce genre de contextes en utilisant un langage religieux.

    Cela m’a incitée à en savoir plus, et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans de nouveaux espaces de réflexion religieuse autour de questions sociopolitiques. C’était fascinant et cela a été pour moi une porte d’entrée vers l’Église.

    Parlez-moi de la solidarité que vous observez dans les contextes où vous travaillez, et que signifie pour vous cette notion de solidarité en tant qu’expression de la foi ?

    Je pense que la solidarité fait partie de la vie. Je ne sais pas si c’est inné ou si cela s’acquiert avec le temps. Ce que je remarque dans presque tous les domaines de ma vie, c’est que lorsqu’il y a un problème, je me demande comment je peux agir.

    Actuellement, j’occupe plusieurs fonctions, notamment celle de déléguée spéciale du Conseil œcuménique des Églises aux pourparlers pour la paix que le gouvernement mène avec l’un des groupes armés. À ce titre, nous devons interagir avec la délégation gouvernementale, avec le groupe armé, avec les civils, avec les acteurs internationaux, entre autres.

    Des difficultés surgissent dans ce contexte. C’est là que je me demande de quelle manière je peux contribuer. Cependant, la question et la réponse ne sont pas toujours simples.

    Par exemple, sachant que l’État est tenu de protéger nos droits, et lorsque les droits d’une personne sont bafoués et qu’elle traverse une épreuve difficile, il est tentant d’intervenir pour résoudre le problème. Mais il n’est pas toujours possible d’intervenir directement et de résoudre la situation, car la solution échappe souvent à mon contrôle. Je devrais plutôt réfléchir à la manière de mettre en œuvre les mécanismes spécifiques déjà disponibles pour trouver des solutions possibles.

    Nous interagissons également avec les victimes. Étant donné que je suis à la fois une femme et que je suis membre d’une Église, cela crée un certain climat de confiance qui amène les gens à me confier leurs besoins. De plus, ils ont confiance en ma capacité à trouver une solution viable.

    Un autre rôle que je joue consiste à participer à des programmes de justice restaurative avec les auteurs de violences commises dans le cadre du conflit armé. Dans ce contexte, il est primordial d’écouter et de prendre en compte les besoins tant des victimes que des auteurs. Et il est important de travailler avec eux pour concevoir et mettre en place des moyens de réduire les préjudices, de réparer les torts, d’offrir des réparations pour les dommages qu’ils ont causés, ainsi que des modes de vie qui s’éloignent de la violence qu’ils ont connue.

    Au vu de ces rôles, je crois que la solidarité est une attitude et une volonté d’accompagner les femmes et les hommes dans leur recherche commune de solutions. En d’autres termes, la solidarité ne consiste pas à faire la charité.

    Pour moi, la solidarité est étroitement liée à l’empathie. Il s’agit d’une communion et d’un soutien immédiat. Nous sommes liés par l’action : la manière dont nous réagissons aux réalités auxquelles nous devons faire face et qui exigent une réponse immédiate.

    Par exemple, une femme victime de violences conjugales souffre de la faim et doit nourrir ses enfants qui sont avec elle. Elle ne sait pas quoi faire. Dans une telle situation, nous devons nous demander : que va-t-on faire et comment pouvons-nous agir de manière solidaire ?

    L’empathie est essentielle dans des moments comme celui-ci. En même temps, il est important de l’orienter vers les procédures juridiques appropriées qui la soutiennent en tant que femme et mère.

    Il ne s’agit donc pas seulement de faire preuve d’empathie et de répondre à ses besoins physiques immédiats, comme la faim, ni simplement de signaler aux autorités ce qui s’est passé. Il s’agit aussi de l’accompagner et de l’encourager à prendre conscience qu’elle peut aller de l’avant sans que son identité se résume à celle d’une femme victime de violences. La solidarité consiste à l’orienter et à l’accompagner tout en répondant à ses besoins fondamentaux immédiats. C’est la soutenir en lui proposant des idées et des alternatives pour aller de l’avant, y compris financièrement.

    Ainsi, la solidarité signifie soutenir la communauté, tout en lui apprenant à connaître ses droits et à les protéger. Elle me permet de m’unir à une autre personne et de collaborer.

    Un mot qui me vient à l’esprit quand je pense à la solidarité, c’est la miséricorde.

    Je pense que différents acteurs ont des intérêts divergents et des motivations politiques, économiques et égoïstes variées en matière de solidarité. Cependant, pour les personnes croyantes, notre solidarité repose sur la miséricorde.

    C’est la miséricorde qui me pousse à la solidarité, car ce qui arrive aux autres femmes et aux autres hommes me touche profondément. Elle m’invite à me mettre à la place de l’autre et à l’aider à se libérer de son fardeau, tout en réfléchissant à des solutions possibles.

    Si je comprends bien, la solidarité va au-delà de l’empathie. Elle consiste plutôt à rechercher et à fournir des outils qui permettent aux personnes de changer, voire de transformer leur réalité.

    C’est intéressant, car on considère parfois la solidarité comme une seule chose qui répond à une situation spécifique et immédiate. Or, d’après ce que j’entends, il s’agit plutôt d’un processus qui consiste à accompagner les gens ; cela demande du temps et de l’engagement, et implique d’instaurer la confiance.

    Je pense que ce qui motive notre pratique de la solidarité, c’est ce qui est contenu dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5–6). Ce texte me permet de comprendre mon identité en Christ, d’où je viens et où je vais, et c’est cela qui me permet de servir.

    C’est mon identité de foi qui m’a poussée à servir. Et c’est un modèle que d’autres personnes peuvent observer et qui leur permet de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement de religiosité, mais d’un mode de vie.

    Y a-t-il donc quelque chose de particulier ou de distinct dans la solidarité lorsqu’on l’aborde sous l’angle anabaptiste ?

    Dans les moments difficiles, je pense qu’il existe de nombreuses organisations et de nombreux espaces prêts à accompagner les gens. Cependant, la grande différence réside dans le fait que, tandis que beaucoup d’organisations s’en vont au bout d’un certain temps, en tant qu’anabaptistes, nous restons. Le monde anabaptiste reste présent et poursuit l’accompagnement sur la durée.

    Pour nous, disciples de Jésus, il n’est pas possible de simplement partir ou d’abandonner les gens ; nous devons répondre à l’appel de continuer à marcher avec eux.

    Je pense qu’il est un peu risqué d’affirmer qu’il existe un élément de solidarité qui soit proprement anabaptiste. Cela dit, je pense que notre engagement en faveur de la non-violence pourrait constituer une caractéristique distinctive.

    Il peut arriver qu’au départ, on apporte son aide dans une situation spécifique sans en connaître les conséquences futures. Par exemple, essayer d’aider une famille qui demande un soutien pour reconstruire sa maison perdue lors d’une inondation, eh bien, d’accord. Mais peut-être que la maison était à l’origine construite trop près de la plaine inondable et que la reconstruire à cet endroit risque de la voir emportée à nouveau lors de la prochaine inondation.

    C’est un exemple simpliste. Mais le fait est qu’il y a tant de risques dans des contextes où les situations de violence sont si nombreuses, comme Martha l’a déjà mentionné : violence conjugale, violence sociopolitique, conflit armé. Ces contextes exigent la non-violence.

    En d’autres termes, comment puis-je vivre en solidarité sans causer davantage de tort ?

    C’est une bonne question. Parfois, la solidarité semble être quelque chose d’unilatéral, où l’on fait quelque chose pour les autres dans une situation spécifique sans mesurer le coût des répercussions. Ainsi, nous pouvons avoir de bonnes intentions, mais nos manifestations de solidarité peuvent causer d’autres types de préjudice.

    Compte tenu de votre accompagnement des communautés anabaptistes et mennonites en Colombie, qu’est-ce qui ressort pour vous dans la solidarité que vous pratiquez dans le contexte colombien ?

    Il y a un esprit d’entraide, une volonté d’être présent. La culture colombienne et ce que nous avons vécu nous ont endurcis, et nous cherchons des moyens d’aider et de faire face ; nous nous aidons mutuellement à aller de l’avant.

    C’est difficile. Je pense à la violence dans notre pays et à la concentration des richesses entre les mains d’une poignée de personnes. Vraiment, les gens doivent penser les uns aux autres. Je pense que les actes de solidarité se forgent dans un contexte de contraintes, de violence et de précarité. Dans une certaine mesure, la foi (ou les différentes confessions) favorise ce sentiment de solidarité.

    Dans le cadre de la construction de la paix, le gouvernement, les ambassades et d’autres acteurs internationaux commencent à reconnaître les efforts locaux en faveur de la paix, ainsi que le travail important que les communautés accomplissent elles-mêmes.

    Cela me touche. Cela n’est toutefois pas une nouveauté pour moi, car nous sommes nombreux à avoir eu l’occasion d’accompagner des communautés dans leur cheminement vers la paix. Depuis longtemps, nous insistons sur le fait que la construction de la paix doit émaner de nos communautés locales, en fonction de leur réalité sociale. C’est là que la solidarité des Églises et de nos communautés de foi prend tout son sens.

    Quel est le lien entre solidarité et activisme ?

    Pour moi, l’activisme peut nous mener à la solidarité ; les deux sont donc liés.

    Je repense aux débuts d’Edupaz dans les années 90, à une époque marquée par une grande violence. À l’époque, il était clair qu’il fallait agir face à la violence que nous subissions, même dans les écoles. C’était une action concrète, et bien que le travail d’Edupaz ait commencé dans les écoles, il a rapidement dépassé les murs de l’école pour nous amener à rejoindre les universités dans la rue.

    Nous avons défilé, nous avons milité et nous avons parlé de paix en de nombreux endroits, à la recherche de liens de solidarité. Cela nous a aidés à comprendre que nous devions renforcer l’ensemble des membres. Et nous avons commencé à réfléchir à la manière dont nous pouvions nous organiser en tant que collectif et communauté de foi.

    Cette réflexion est née de l’activisme. 

    En même temps, je pense aussi que l’activisme est l’une des façons dont nous concrétisons la solidarité. 

    Je pense que l’expression de la solidarité doit aller au-delà des bonnes intentions. La solidarité doit se matérialiser en quelque chose. Peut-être que l’activisme est ce qui nous aide à concrétiser nos bonnes intentions. Nous avons appris que l’activisme ne se résume pas à des réponses décousues et à de simples actions.

    L’activisme devient de plus en plus exigeant, car il nous invite à aller au-delà de notre solidarité et à nous mettre à la place des autres afin qu’ensemble, nous puissions envisager diverses voies de transformation et différents types de transformation. Parmi les nouveaux critères de l’activisme, on peut citer « ne pas nuire » et « accueillir la différence », qui illustrent les coûts inhérents à la solidarité.

    Il me semble que notre tâche nécessite davantage de réflexion. À cet égard, notre tradition anabaptiste nous est d’un grand secours, car notre foi nous appelle également à une réflexion théologique et contextuelle approfondie. C’est pourquoi nous ne pouvons pas tomber dans le piège qui consiste à mettre en œuvre nos bonnes intentions d’une manière qui finisse par nuire aux autres.

    Nous avons besoin de davantage de ressources, notamment de notre foi anabaptiste, afin que nos réflexions et nos actions soient efficaces. Je crois que ces apports renforcent le lien entre militantisme et solidarité.

    Je me demande également si la solidarité relève d’une vision individuelle ou collective. Et je m’interroge sur la manière de vivre la non-violence, en particulier lorsque notre réaction inclut une indignation face à des injustices qui suscitent la colère et la rage.

    Certaines personnes pourraient nous demander : « N’avez-vous pas dit que vous étiez non-violents ? », comme si nous n’avions pas le droit de ressentir de l’indignation et du malaise face à ce qui ne va pas et avec quoi nous ne sommes pas d’accord. Ou de lancer des actions et des processus en réponse.

    Par exemple, je pense à la manière dont la solidarité implique de prendre soin des personnes qui travaillent sur les questions de violence conjugale, qui sont si complexes. Il y a tant à faire, mais je sais que le poids de ce travail engendre une fatigue émotionnelle, physique et économique, en plus des risques pour la sécurité. Cela exige une position beaucoup plus ferme de la part des Églises.

    Nous avons tant à apporter grâce à notre perspective théologique et à notre compréhension de l’Évangile. Grâce à ce que notre Seigneur inspire en nous.

    Dans le monde où nous vivons, il semble que l’activisme soit souvent stigmatisé. Que pensez-vous du fait que l’activisme soit perçu négativement ou avec une certaine réticence ?

    Je pense que tout ne doit pas être considéré comme de l’activisme. Il y a des initiatives que les gens lancent et qui n’ont peut-être aucun effet, même s’ils affirment transformer le monde par leurs actions. Cela arrive même au sein de notre famille mennonite.

    Par exemple, ici en Colombie, de profondes tensions sont apparues autour des situations liées à l’arrivée de colons mennonites ces dernières années. Et, certes, ils ont fait des dons et proposé du travail aux Colombiens vivant sur les terres qu’ils ont achetées, mais des procédures judiciaires sont également en cours contre eux pour violation des droits des communautés autochtones. Cela contraste avec la longue histoire de l’Église mennonite colombienne, qui œuvre depuis longtemps à la défense des droits humains et à la construction de la paix.

    Aujourd’hui, nous constatons que des communautés mennonites sont impliquées non seulement dans des expropriations foncières, mais aussi dans des atteintes à l’environnement. Je pense qu’une réflexion théologique contextualisée s’impose. Je crois que si nous partageons une vision anabaptiste, où nous laissons place au discernement au sein de la communauté, cela devrait nous aider à déterminer si ces actions produisent le bien ou le mal. Nous devons discerner en toute honnêteté, en affrontant ces tensions de front, car elles sont désormais une réalité constante.

    Grâce aux médias et aux réseaux sociaux, nous avons désormais accès à des informations qui nous étaient auparavant cachées. Il est désormais possible d’accéder à l’information en quelques minutes, voire en direct, au moment même où les événements se produisent. Ainsi, lorsque nos jeunes ont perdu leur chemin ou qu’au lieu d’incarner leur histoire, ils incarnent ce que ces sources d’information leur racontent quotidiennement, il est facile pour eux de perdre leurs repères. C’est pourquoi les questions d’identité et ce qui nous motive et nous guide deviennent primordiales. Surtout lorsqu’il s’agit d’activisme.

    En ce qui concerne le monde mennonite, certaines formes de violence transparaissent parfois dans la manière dont les gens dirigent. Au sein de notre propre famille spirituelle, nous avons omis de reconnaître des épisodes de violence, comme l’a évoqué Jenny, et nous avons manqué à notre devoir envers les personnes et les victimes au sein de notre propre communauté.

    De mon point de vue, la solidarité semble souvent une belle idée lorsque nous regardons vers l’extérieur. Le véritable défi consiste à reconnaître les implications de la solidarité au sein de notre famille, envers celles et ceux qui ont été victimes.

    Jenny et Martha, merci beaucoup pour ce dialogue, pour vos réflexions, les leçons tirées et vos témoignages de solidarité. Merci également d’avoir attiré notre attention sur les dilemmes et les conflits qui existent au sein de notre propre famille mennonite. Et de nous avoir exhortés à assumer la responsabilité qui nous incombe envers les victimes et les personnes qui ont souffert au sein de notre propre famille spirituelle. C’est là que notre engagement à marcher dans la solidarité, à l’exemple de Jésus, comme vous nous l’avez rappelé, doit également se concrétiser.

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    Peace Club Committee and facilitators at Wanezi Mission School, Zimbabwe.

    Le pardon et la création d’un cadre sûr

    Comme confié à Courrier par le président du Comité pour la paix et la justice sociale au Zimbabwe.

    Je suis passionné par le ministère pastoral, la construction de la paix et le développement du leadership. J’occupe actuellement le poste de superviseur au sein de l’Église des Frères en Christ (BICC) au Zimbabwe, dans le district de Nono, au Matabeleland Nord. Je suis marié à Thobekile Ncube, qui est directrice du programme pour les femmes et chargée de cours au Theological College of Zimbabwe. Nous avons la chance d’avoir deux fils, Nathan et Neville.

    Après avoir entendu mon appel, j’ai suivi une formation à notre école biblique locale, l’Ekuphileni Bible Institute (1993–1995). Je suis devenu évangéliste bénévole, puis pasteur à plein temps (1997–2014) dans les assemblées de Maphisa et de Nkulumane.

    Lorsque l’Église m’a demandé de présider le Comité pour la paix et la justice sociale, j’ai découvert que mes compétences en matière de travail pour la paix présentaient certaines limites. Je me suis alors inscrit à l’Eastern Mennonite University à Harrisonburg, en Virginie (États-Unis), où j’ai suivi une formation (2015–2017). À mon retour au Zimbabwe, j’ai commencé à animer des ateliers et des séminaires sur le travail pour la paix et la transformation des conflits.

    Après avoir découvert les « clubs de paix » grâce à des amis au Kenya, en Zambie et en Tanzanie, nous avons entamé en 2017 un dialogue sur le travail pour la paix dans nos écoles chrétiennes, et nous avons lancé les clubs de paix en 2023-2024. Ils sont désormais implantés dans six lycées de la BICC et dans cinq écoles primaires.

    La BICC au Zimbabwe est reconnaissante du soutien financier reçu de notre partenaire, le Centre mennonite pour la paix (Mennonitische Friedenszentrum) à Berlin, en Allemagne.

    Le leadership du club de paix

    Dans les écoles de la BICC, le comité du club de paix est composé d’un pasteur missionnaire, d’un parrain (enseignant) et d’une marraine (enseignante), ainsi que d’élèves élus. L’implication des pasteurs missionnaires relie directement le club de paix à l’Église.

    Au sein des clubs de paix, les élèves élisent un président, un vice-président et d’autres membres du comité, qui sont supervisés par la marraine, le parrain et le pasteur. Les clubs de paix entretiennent des relations avec les administrations scolaires.

    La tâche principale du comité paix et justice sociale consiste à former les membres des clubs de paix à travers des ateliers afin qu’ils mènent des activités hebdomadaires pour la paix.

    Transformation chez les élèves

    Certaines de nos écoles nous ont signalé que les élèves des classes supérieures harcelaient les plus jeunes et faisaient usage de drogues et d’alcool. Les clubs de paix ont donc été mis en place pour faire face à la montée des conflits, de la violence et des défis sociaux.

    Les clubs de paix ont pour objectif de transformer la mentalité des jeunes et de les aider à faire des choix éclairés afin de construire un avenir prometteur. Jeux de rôle, dialogues, débats, poèmes et chants font partie des outils utilisés pour apprendre à construire la paix et favoriser la résilience, la réconciliation, le pardon et la guérison.

    Après la formation, une certaine transformation s’est opérée chez les élèves.

    Désormais, les élèves se réunissent autour d’une table pour dialoguer dès qu’un malentendu survient. Grâce aux activités des clubs de paix, les cas de destruction des biens scolaires, les bagarres ainsi que la consommation de drogues ont considérablement diminué.

    Un pasteur a noté que « le comportement des membres des clubs de paix à l’Église a changé : ils sont plus attentifs et participent aux cultes, y compris en faisant des dons. Les comportements tels que le bavardage ou le fait de s’endormir pendant les cultes sont désormais beaucoup moins fréquents. »

    Solidarité

    Jésus a enseigné à ses disciples la miséricorde, la compassion et la solidarité, tout en leur montrant l’exemple. Il leur a également demandé d’être miséricordieux et d’aimer leur prochain (Luc 6.36 et 10).

    Nous voyons que Jésus a guéri les malades, nourri ceux qui étaient dans le besoin et ressuscité les morts. Jésus a enseigné la repentance, en aidant les gens à reconnaître leur nature pécheresse et en les amenant à confesser leurs péchés. Il a mis en œuvre des principes de travail pour la paix et de transformation des conflits. Nous essayons d’inciter les membres des clubs de paix à suivre cet exemple.

    Par exemple, les lycéens de Mtshabezi ont acheté 100 cahiers, 150 stylos et 10 paires de chaussures dans un élan de solidarité envers des élèves de primaire vulnérables et dans le besoin.

    Les membres des clubs de paix prennent les devants 

    L’engagement et le dévouement des membres des clubs de paix dépassent nos attentes et notre imagination. Dans certains cas, ils se sont encouragés mutuellement à parler délibérément à leurs camarades de classe de la nécessité de mener une vie engagée pour la paix.

    Un lycée a fait l’objet d’une publicité négative à un moment donné. Il a été accusé d’être un repaire de toxicomanes. Les membres du club de paix se sont mobilisés pour réfuter ces allégations.

    Le président du club de paix a utilisé son appareil photo pour documenter les activités positives des élèves et a envoyé les photos au bulletin d’information lu par les parents et les autres parties prenantes.

    De plus, les membres du club de paix ont utilisé leur argent pour acheter et imprimer des t-shirts portant des messages sur le travail pour la paix et un message contre la drogue et la toxicomanie.

    Pratiquer le pardon

    J’ai pris conscience que le plus important est d’offrir à ces jeunes un espace sûr où ils peuvent parler de leurs conflits, de leurs peurs, de leurs traumatismes et se confesser. Et nous avons enseigné aux jeunes à s’excuser lorsqu’ils ont fait du tort à d’autres personnes.

    L’épître à Philémon a été l’un des outils utilisés pour enseigner les principes du pardon, du dialogue et de la réconciliation. Paul incarne ces principes à travers la manière dont il gère la relation entre Philémon et Onésime.

    Au-delà des clubs

    Actuellement, les clubs de paix ne sont présents que dans nos écoles, mais nous constatons également des conflits au sein de l’Église. Nous avons organisé des ateliers dans des paroisses locales, des districts et même au niveau de la conférence pour aider les gens à comprendre les principes du travail pour la paix et de la transformation des conflits.

    Nous avons identifié et formé un groupe de praticiens de la paix qui ont joué un rôle déterminant dans l’équipement tant de l’Église que de la communauté. Ils ont été chargés d’animer des sessions et de sensibiliser les communautés, y compris les groupes d’hommes, de femmes et de jeunes, lors de leurs camps et conférences.

    De plus, nous allons à la rencontre des communautés par le biais d’ateliers, et nous avons également été invités à aider à résoudre des conflits au niveau communautaire. J’ai également co-rédigé un manuel pour le travail pour la paix qui est actuellement utilisé par la BICC au Zimbabwe.

    Les anabaptistes accordent une grande importance au travail pour la paix ! Ils forment une communauté de paix.

    D’après mon expérience, je pense qu’il est essentiel d’identifier les défis actuels et les personnes clés, puis de concevoir un programme ou un manuel pour la paix afin d’y répondre. Identifier les besoins aidera l’Église à mettre le doigt là où ça fait mal. Le travail en réseau et la collaboration aideront l’Église à lutter collectivement contre la violence structurelle et la marginalisation. Des moyens pratiques comme la musique, le sport, le théâtre et l’art ont également prouvé leur efficacité.

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  • J’ai le privilège d’occuper au sein de la CMM un poste qui consiste à inviter les gens à s’investir dans l’Église mondiale en partenariat avec la CMM. Soucieux de bien remplir ma mission, je me suis plongé dans des ouvrages qui parlent de la générosité. Je voudrais partager ici une partie de l’inspiration que j’ai tirée de mes récentes lectures.

    « Ne privez jamais autrui de son droit à la générosité »

    Mère Teresa

    Cette citation de Mère Teresa est tirée d’un épisode raconté dans Imagining Abundance: Fundraising, Philanthropy, and a Spiritual Call to Service (2014) de Kerry Alys Robinson. Mère Teresa comprenait la dignité qui découle du fait d’être celui qui donne. Elle voyait comment chacun peut trouver des moyens d’être généreux, peu importe ce qu’il possède, que ce soit beaucoup ou peu.

    L’abondance

    En réfléchissant à Jean 10, j’ai été encouragé par l’invitation de Kerry A. Robinson à cultiver « la capacité divine d’imaginer l’abondance ».

    « Gérer des ressources, c’est une question d’abondance, pas de pénurie », écrit Kerry Alys Robinson. Cette approche de la gestion des ressources nous oriente vers le désir de Dieu. Comme dans les paroles de Jésus rapportées dans Jean 10, elle nous oriente vers le potentiel d’une vie abondante pour tous les enfants de Dieu. Une vie remplie de sens, de gratitude et de générosité.

    Lorsque nous choisissons la générosité d’esprit, nous découvrons la liberté. Il y a de la joie et du bonheur à porter du fruit dans nos vies.

    Rendre son amour à Dieu

    La collecte de fonds, une spiritualité (2010) s’appuie sur les écrits et les conférences de l’auteur chrétien Henri Nouwen. Il parlait souvent de trouver des moyens de « rendre son amour à Dieu » pour toutes les bénédictions que nous recevons.

    « Nous rendons l’amour à Dieu en portant du fruit avec nos vies, c’est-à-dire en prenant tout ce qui nous a été donné et en le mettant au service des autres, de la création, de la vie elle-même », écrit Nouwen. Quelle illustration claire de la gestion des ressources !

    La gestion des ressources, c’est à la fois prendre soin comme il se doit de tout ce qui a été confié à une personne et reconnaître le potentiel qui s’offre à nous et y répondre.

    Une solidarité tenace

    Le théologien spécialiste de l’Ancien Testament Walter Brueggemann (1933-2025) préférait décrire l’engagement de Dieu à se tenir aux côtés de ses enfants comme une solidarité tenace. Ce concept biblique est souvent traduit par « amour inébranlable » dans nos Bibles. Cet appel à une « persistance obstinée » dans nos engagements les plus profonds les uns envers les autres jette les bases du partage mutuel.

    Notre famille spirituelle anabaptiste mondiale au sein de la CMM nous offre l’occasion de mettre cela en pratique. L’ouvrage de Robinson se termine par un défi lancé à notre intention : cultiver des habitudes qui nous permettent d’être plus généreux et d’agir comme des catalyseurs pour inspirer les autres à faire de même.

    La CMM est une communauté où nous sommes solidaires de nos sœurs et frères. Nous avons tous des dons à partager – tant à donner qu’à recevoir. Nos relations, au-delà des différences et de la diversité, exigent une générosité d’esprit radicale et une foi tenace.

    En tant que membres de la famille de la CMM, nous sommes invités, en tant que communauté, à adhérer à une vision de fécondité et à un espace de passion joyeuse. Pour être de bons intendants du potentiel qui s’offre à nous, il faut cultiver un cœur joyeux.

    Transformation 

    La générosité est un marqueur essentiel de la vie chrétienne. Nous modelons nos vies sur le mode de vie généreux de Jésus et recevons sa promesse d’une vie abondante. 

    Je pense à Romains 12, qui nous appelle à offrir nos corps en sacrifice vivant, comme un culte raisonnable, tandis que nous invitons l’Esprit de Dieu à transformer nos esprits. 

    « Notre transformation n’est jamais pour nous-mêmes seuls. Elle est toujours pour le bien des autres », écrit Ruth Haley Barton, autrice et directrice spirituelle. 

    Alors que nous vivons notre foi, puissions-nous suivre l’exemple de Jésus pour mener une vie généreuse qui inspire également la générosité chez les autres. 

    Bruce Campbell Janz

    Bruce Campbell-Janz est directeur de la communication et de l’engagement au sein de la Conférence Mennonite Mondiale.


    church members giving offering during service
  • Le don comme mode de vie, ancré dans la foi, la famille et un engagement profond envers la famille mondiale

    Pour Ruth et Timothy Stoltzfus Jost, la générosité n’a jamais été uniquement un acte de don : c’est un mode de vie, ancré dans la foi, la famille et un engagement profond envers la famille mondiale.

    Ruth et Timothy ont tous deux grandi dans des familles qui incarnaient une intendance fidèle et un engagement actif au sein de l’Église. Le père de Ruth enseignait à l’Eastern Mennonite University, en Virginie, tandis que sa mère dirigeait une station de radio chrétienne et un journal, tout en exerçant la fonction de pasteure.

    Le père de Timothy a occupé le poste d’administrateur d’un hôpital mennonite spécialisé en santé mentale en Californie et est devenu l’un des dirigeants des Mennonite Mental Health Services et de la Mennonite Mutual Aid. Sa mère était enseignante et écrivaine.

    Dans ces deux familles, la foi s’incarnait à travers le service, l’hospitalité et l’engagement à partager les dons de Dieu avec les autres.

    Timothy se souvient que l’assemblée des Frères mennonites de Reedley, en Californie (États-Unis), accueillait des réfugiés de l’Union soviétique et des immigrants du Paraguay. Ruth se souvient de membres de sa famille engagés dans des missions mennonites à travers le monde. Dès leur plus jeune âge, tous deux ont appris qu’appartenir à l’Église signifiait prendre soin des personnes au-delà de sa propre communauté.

    Timothy et Ruth, tous deux avocats, se sont rencontrés en 1981 lors d’un colloque explorant la relation entre la loi et la Bible, organisé dans un séminaire mennonite. Ils se sont mariés peu après et ont commencé à construire une vie centrée sur la foi, le service et la communauté.

    Une expérience marquante 

    L’une des expériences marquantes de la jeunesse de Ruth a été sa participation à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale à Amsterdam en 1967. Hébergée par une famille mennonite néerlandaise vivant sur une péniche, elle a pu découvrir par elle-même la convivialité et les liens qui unissent la famille mennonite mondiale. À l’issue de la conférence, sa famille s’est rendue en Tchécoslovaquie pour rendre visite à des membres de l’Église Frères mennonites, ce qui a renforcé sa conviction que la foi transcende les frontières nationales.

    Au fil des décennies, la Conférence Mennonite Mondiale a continué à façonner la conception que leur famille se faisait de l’Église. En 1997, alors qu’ils vivaient en Allemagne et faisaient partie d’une assemblée mennonite allemande, ils ont assisté, avec leurs trois fils, à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale à Calcutta, en Inde.

    En 2009, Ruth et Timothy ont participé à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale au Paraguay et ont rendu visite à des communautés mennonites à travers le Chaco. Ruth a été particulièrement émue par un ministère en milieu carcéral qui témoignait de l’engagement actif de l’Église au sein des communautés urbaines. Ce voyage a remis en question leurs idées reçues et leur a révélé une foi vivante qui s’exprimait à travers un service empreint de compassion.

    Ruth a ensuite participé à l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale de 2015 à Harrisburg, en Pennsylvanie (États-Unis), poursuivant ainsi un lien de toute une vie avec la communauté mondiale des croyants mennonites.

    Vivre modestement pour donner généreusement 

     Tout au long de leur vie, Ruth et Timothy ont adopté les valeurs d’une vie simple et d’un don généreux.

    Timothy a passé une partie des années 1970 au sein de communautés mennonites intentionnelles où les ressources étaient partagées dans l’esprit de l’Église primitive.

    Ruth se souvient souvent de la simple consigne de sa mère chaque fois que les enfants recevaient de l’argent : « Dépensez-en une partie, économisez-en une partie et donnez-en une partie. »

    Ces valeurs ont été transmises à la génération suivante. Aujourd’hui, leur plus jeune fils œuvre au sein de l’Association mennonite allemande pour la paix, en animant des voyages d’accompagnement en Palestine.

    Tout au long de leur mariage, Ruth et Timothy ont considéré leurs ressources comme des dons que Dieu leur avait confiés. Ils se sont efforcés de vivre modestement afin de pouvoir donner généreusement, pour soutenir l’Église, venir en aide aux personnes dans le besoin et faire avancer l’œuvre de paix et de justice.

    Solidarité spirituelle 

    Pour eux, la Conférence Mennonite Mondiale incarne la vision biblique que l’on trouve dans 2 Corinthiens 8 : une communauté où les croyants partagent leurs ressources, leurs fardeaux, leurs encouragements et leur espoir au-delà des cultures et des continents.

    Ce partage inclut un soutien matériel, mais il englobe également la solidarité spirituelle. Ils se souviennent très bien avoir reçu des messages de prière et d’encouragement de la part d’Églises mennonites d’autres pays lors de périodes difficiles aux États-Unis, un rappel puissant qu’ils font partie de quelque chose de bien plus grand qu’eux-mêmes.

    C’est pourquoi ils soutiennent la Conférence Mennonite Mondiale.

    La Conférence Mennonite Mondiale renforce les relations au-delà des frontières, met en relation des croyants de cultures diverses et construit une communauté mondiale où la foi, la générosité et l’entraide s’épanouissent. Grâce à la CMM, les Églises apprennent les unes des autres, se soutiennent mutuellement et témoignent ensemble de l’amour de Dieu dans le monde.

    Ruth et Timothy Stoltzfus Jost invitent d’autres personnes à se joindre à ce ministère du partage.

    En soutenant la Conférence Mennonite Mondiale, vous contribuez à faire grandir une famille spirituelle mondiale, une famille qui incarne l’appel du Christ à l’unité, à la générosité et à l’espoir pour les générations à venir. 


    offering during worship service
  • Ces nouvelles ont été finalisées juste avant que deux tremblements de terre ne frappent le Venezuela. Cliquez ici pour lire l’appel à la prière urgent en réponse à cet événement. 

    « Père céleste, créateur du ciel et de la terre…
    Touche le cœur des nations et de nos prochains afin qu’ils réagissent avec urgence et compassion pour suivre les paroles de Jésus :
    “Aime ton prochain”…
    Que les communautés s’unissent, partageant le peu qu’elles possèdent,
    en faisant confiance à Ton abondance.
    Accorde-leur guérison, restauration et espoir.
    Dans Ta miséricorde, Seigneur, écoute notre prière. Amen. » 

    Le président de la Conférence Mennonite Mondiale a lancé un appel pastoral à la prière il y a quelques mois, d’abord pour le Venezuela après l’intervention violente des États-Unis dans sa gouvernance, puis pour Cuba qui souffre de pénuries alimentaires et de carburant en raison d’un blocus américain sur le carburant. Des responsables locaux de la famille anabaptiste ont expliqué comment leurs communautés avaient été touchées. 

    La prière ci-dessus, émanant d’une église membre de la CMM en Inde, est un exemple des messages que les destinataires envoient en réponse à ces appels à la prière, explique Kristina Toews, responsable de la communication. Des lettres pastorales sont envoyées aux délégués du Conseil Général afin qu’ils les diffusent à leurs membres, aux abonnés de la liste de diffusion du Réseau de prière, ainsi qu’aux représentants régionaux pour qu’ils les transmettent à leurs contacts. Elles sont également publiées dans « CMM Infos », la lettre d’information électronique mensuelle, et mises en ligne sur le site web, où les membres du monde entier peuvent partager des paroles de prière et d’encouragement. 

    Quelques mois plus tard, les représentants régionaux de la CMM ont demandé aux responsables d’Église de leur faire part des dernières nouvelles : 

    Cuba 

    Au cours des deux dernières années, la situation est devenue de plus en plus instable, avec une recrudescence de la violence et des vols, selon le pasteur Luis Hernández, de l’église membre de la CMM, « Sociedad Misionera Cubana Hermanos en Cristo » (Frères en Christ). 

    Il rapporte que l’accès à la nourriture diminue de jour en jour, que les prix sont élevés et que certaines personnes passent plusieurs jours sans manger. Le gouvernement ne dispose d’aucune ressource à distribuer. L’église partage ses maigres ressources avec les communautés environnantes. 

    « La situation peut être qualifiée de désastreuse », déclare George Broughton, Représentant régional de la CMM pour l’Amérique latine et les Caraïbes. 

    L’Église continue de tisser des liens et d’accompagner les communautés. Malgré les difficultés, Luis Hernández affirme que l’Église montre des signes positifs de croissance : des baptêmes fréquents et une fréquentation accrue des offices. La perte des jeunes — en particulier des jeunes responsables formés par l’Église — qui émigrent à la recherche d’un avenir offrant davantage d’opportunités, reste toutefois un défi permanent. 

    Quel message Luis Hernández adresse-t-il à l’Église mondiale au nom de sa communauté à Cuba ? 

    « Malgré la souffrance, la douleur, la pénurie, les problèmes de transport et les difficultés économiques, l’Église anabaptiste à Cuba voit ses effectifs croître. Nous aimerions être soutenus non seulement par la prière, mais aussi sur le plan économique et émotionnel. » 

    Venezuela 

    Ces nouvelles ont été finalisées juste avant que deux tremblements de terre ne frappent le Venezuela. Cliquez ici pour lire l’appel à la prière urgent en réponse à cet événement. 

    Le Venezuela connaissait déjà de graves difficultés économiques depuis des années avant le coup d’État de 2026. C’est pourquoi certains l’ont accueilli avec l’espoir d’un changement. Des prisonniers politiques ont été libérés et certaines améliorations économiques ont été observées. 

    Cependant, les prix augmentent, les réseaux d’approvisionnement en eau sont hors service dans certaines régions, et le gaz et l’électricité se font rares. 

    Le gouvernement a procédé à la nationalisation de certains biens immobiliers, mais les recettes profitent généralement à des proches du pouvoir. Certaines Églises ont cherché à en tirer profit en s’alignant sur les intérêts du gouvernement et en utilisant les rencontres religieuses à des fins de campagne, tandis que d’autres s’y opposent. 

    De nombreux pasteurs ne perçoivent pas de salaire pour leur travail, et certains jettent l’éponge. Le pasteur Euclides Bauza, de la Red de Misiones Menonitas au Venezuela, continue de rendre visite aux assemblées de toute la région et bénéficie de l’hospitalité de celles-ci. 

    Quel message Euclides Bauza adresse-t-il à l’Église mondiale au nom de sa communauté au Venezuela ? 

    « En tant que mennonites, nous persévérons, nous nous entraidons et bénéficions d’un certain soutien de l’étranger. Nous créons une nouvelle assemblée. À chaque réunion de l’assemblée, nous partageons un repas. 

    Nous nous entraidons et sommes en contact avec les pompiers et la protection civile pour aider les gens à se rendre à l’hôpital. De nombreuses personnes sont dans le besoin. Les maladies sont nombreuses et l’alimentation est insuffisante. Nous mettons de côté une partie de l’argent qui entre à l’église pour aider les gens à se procurer des médicaments, etc. » 

    Selon la dernière enquête statistique de la CMM, 390 membres baptisés étaient recensés dans les assemblées anabaptistes au Venezuela. La Casa de Restauración y Vida Shalom est membre associé de la CMM. Les Églises de Cuba ont déclaré 5 200 membres, dont la Sociedad Misionera Cubana Hermanos en Cristo (Frères en Christ), membre de la CMM. 

    Pour que chacun ait assez 

    Malheureusement, en plus d’une instabilité politique et de perturbations dues au changement climatique, une disparité économique croissante accompagne notre grande famille anabaptiste-mennonite mondiale. 

    Inspirée par l’enseignement biblique du « jubilé » (dans Lévitique 25), la Conférence Mennonite Mondiale a mis en place le Fonds de Partage de l’Église Mondiale. Le but est de mettre en pratique les paroles de l’apôtre Paul dans 2 Corinthiens 8. 13—15 : « Il s’agit d’établir l’égalité. Cela fera l’égalité comme il est écrit : Qui avait beaucoup recueilli n’a eu de trop, qui avait peu recueilli n’a manqué de rien. » 

    Grâce au soutien du Fonds de partage de l’église mondiale de la CMM, la Sociedad
    Misionera Cubana Hermanos en Cristo a pu installer des panneaux solaires sur un site afin d’alimenter en électricité une église et la communauté environnante. 

    « Prier les uns pour les autres est l’une des façons dont nous mettons en pratique notre vocation à former une communion d’Églises d’inspiration anabaptiste, unies au sein d’une communauté spirituelle mondiale pour la communion fraternelle, le culte, le service et le témoignage », déclare Henk Stenvers, président de la CMM. « C’est une manière d’apporter notre soutien à distance. Mais puissent nos prières nous pousser également à agir, à mesure que l’Esprit nous montre comment nous pouvons soutenir nos frères et sœurs lointains. » 


  • « J’apprécie beaucoup de voir comment l’ordre du jour des réunions des commissions est établi par les églises membres. En tant que nouveau venu à ce poste, je trouve vraiment intéressant d’observer cette approche qui part de base, qui exige de l’écoute. L’essence même de notre réunion était le discernement collectif des questions importantes soulevées lors du Conseil Général, ainsi que la réflexion sur la manière de mieux doter notre Église mondiale en ressources », déclare Nelson Okanya, directeur des commissions

    Les quatre Commissions de la CMM se sont réunies à Mennorode, à Elspeet, aux Pays-Bas, du 12 au 14 mai 2026, en amont de la CMERK*. Au cours de cette réunion de trois jours, elles ont fait le point sur leurs travaux à la lumière de la stratégie de la CMM approuvée en 2025 et ont discuté des priorités pour les trois prochaines années. 

    Diacres 

    « Nous avons eu de nombreuses conversations importantes, notamment sur le renforcement des relations, l’approfondissement des liens d’amitié et la redéfinition du rôle futur de la Commission Diacres en tant que l’une des “quatre cavités du cœur”. Nous avons réfléchi à la manière dont la Commission Diacres peut accompagner les membres des églises de la CMM dans les moments de souffrance et de crise, en signe de notre solidarité », explique Tigist Tesfaye, secrétaire de la Commission Diacres. 

    L’heure de prière virtuelle (OPH), organisée tous les deux mois, continue de susciter un vif intérêt, avec une moyenne de plus de 60 participants. 

    Dans le cadre de voyages de solidarité, une petite délégation composée de diacres et de spécialistes se rend dans une église membre située dans un pays en difficulté. Trois voyages sont en cours de planification. 

    Les diacres continuent d’affiner le Fonds de partage de l’église mondiale afin de répondre au mieux aux besoins des églises membres de la CMM. 

    Un axe majeur des discussions a porté sur le renforcement des ressources en matière d’accompagnement pastoral pour les églises. La Commission Diacres a également reconnu le besoin croissant d’un accompagnement pastoral tenant compte des traumatismes et a discuté du développement d’outils pratiques et de suivi à l’intention des Églises. 

    Foi & Vie 

    Sous la houlette d’un nouveau président, la Commission Foi & Vie relève le défi d’étudier la Bible et d’interpréter l’enseignement de Jésus en tant que communion mondiale unique, alors que de multiples perspectives coexistent sur des questions qui menacent de nous diviser. 

    « Mon espoir et ma prière sont que nous apprenions à dialoguer avec respect et confiance sur une multitude de questions, et que nous prenions conscience à quel point il est bien plus important de construire ensemble une communauté que de persuader tout le monde de croire la même chose », déclare Tim Geddert, Président de la Commission Foi & Vie. 

    La Commission « Foi et Vie » a également collaboré avec le service de la communication pour créer des vidéos mettant en avant les ressources disponibles sur le site web de la CMM et au-delà. 

    « La CMM a déjà produit de nombreuses ressources utiles pour les responsables d’Églises. Ne manquez pas cette série sur les réseaux sociaux dans les mois à venir. Nous espérons qu’elle vous inspirera à découvrir des outils qui vous aideront dans votre foi et votre ministère », déclare Tim Geddert. 

    a group photo of MWC Commissions and staff

    Paix 

    Que signifie être une Église de paix dans le monde d’aujourd’hui ? La Commission Paix prévoit de lancer un parcours de sept ans pour renouveler notre compréhension de cette question. Ce parcours débutera en 2028, à l’issue de la décennie du Renouveau, et se poursuivra jusqu’en 2036, date du 500e anniversaire de la conversion de Menno Simons à l’anabaptisme. 

    Par ailleurs, la Commission Paix représente la Conférence Mennonite Mondiale et participe à une initiative œcuménique intitulée « Heureux les artisans de paix », lancée par les Quakers pour commémorer en 2030 le 2000e anniversaire symbolique du Sermon sur la montagne. 

    La Commission Paix a également reçu une demande visant à élaborer une déclaration sur la liberté de religion, qu’elle est en train de rédiger. Elle a par ailleurs revu et révisé les lignes directrices relatives au plaidoyer politique, afin de pouvoir répondre aux demandes de soutien formulées par les églises membres lorsque ce plaidoyer s’avère nécessaire. 

    De plus, la Commission Paix élabore actuellement des protocoles régissant la participation de la CMM à des visites de solidarité dans des zones de conflit. 

    « Lorsque nos églises membres sollicitent et invitent à des actions de solidarité, nous voulons savoir comment nous pouvons au mieux les soutenir et leur témoigner notre solidarité dans leur combat. Cela implique également d’être conscients des risques auxquels s’exposent ceux qui participent à de telles visites et de faire preuve de sagesse dans notre manière d’agir. En fin de compte, il est important de montrer que nos églises membres ne sont pas seules dans leur cheminement vers une paix holistique dont notre monde a si désespérément besoin », déclare Andrew Suderman, secrétaire de la Commission Paix. 

    Mission 

    La Commission Mission met à jour ses ressources sur la mission, qui comprennent des récits, des témoignages et des articles. 

    En collaboration avec les Réseaux de mission et d’entraide, elle prévoit d’organiser régulièrement des webinaires afin de renforcer le lien entre la paix et la mission au sein de la famille anabaptiste mondiale. 

    « Dans le cadre de ce programme, les églises membres peuvent s’attendre à un webinaire des Réseaux de mission ou d’entraide tous les deux mois, contre quatre webinaires par an actuellement », explique James Krabill, Président de la Commission Mission. 

    Elles ont également commencé à planifier des ateliers et des interventions lors de la 18e Assemblée en Tanzanie. 

    « Les Commissions de la CMM sont au service de l’Église mondiale qui cherche à suivre Jésus, vivre l’unité et construire la paix. Travaillant en étroite collaboration, à l’image des quatre cavités du cœur, les Commissions promeuvent un évangile et une vision holistiques, en fournissant des orientations et en proposant des ressources aux églises membres de la CMM, et facilitent la collaboration des réseaux liés à la CMM sur des questions d’intérêt commun », déclare Nelson Okanya. 


    *CMERK, une rencontre régionale pour toutes les Églises mennonites européennes, est une combinaison de deux noms pour l’événement : Conférence Mennonite Européenne (français) + Mennonitische Europäische Regionale Konferenz (allemand).

    general meeting of group of diverse people
  • Image : un poing levé en signe de solidarité brandit une serviette. 
    Crédit : peinture d’Emme Schreiner, du groupe de jeunes de l’Église mennonite de Pasadena, aux États-Unis 

    Passer d’avoir le pouvoir sur quelqu’un à avoir le pouvoir avec quelqu’un

    Dans Jean 13, Jésus et ses disciples sont accoudés à une table avant la fête de la Pâque. Soudain, Jésus abandonne son rôle d’hôte et de maître : il se dépouille de ses vêtements, noue une serviette autour de la taille et commence à laver les pieds sales de ses disciples. 

    Qu’il s’abaisse ainsi pour leur laver les pieds est choquant ! Ce geste bouleverse complètement les normes et les hiérarchies établies. 

    Laver les pieds des invités était une tâche réservée aux serviteurs à cette époque. Seuls les subordonnés rendaient ce genre de service et nettoyaient la poussière des pieds salis par la marche en sandales sur les routes non pavées de Palestine. 

    Les disciples sont déconcertés de voir leur chef s’abaisser comme un serviteur. Pierre proteste d’abord en disant :
    « Me laver les pieds à moi ! Jamais ! » (v. 8) avant de finalement accepter. 

    Un appel à la solidarité 

    Nous entendons souvent ce passage biblique comme un appel au service, et c’est une façon de le comprendre. En effet, Jésus encourage ses disciples à assumer le rôle de serviteurs, en s’abaissant par l’acte du lavement des pieds. 

    Pourtant, je pense que Jésus appelle ses disciples (et nous avec aujourd’hui) à quelque chose de plus réciproque que le simple service. Il leur demande de se laver les pieds les uns aux autres — de faire partie d’un cercle où l’on donne et où l’on reçoit de l’amour, un cercle de réciprocité et de bienveillance. Le mot qui s’en rapproche le plus, à mon sens, est solidarité

    Aussi significatif que puisse être le fait de servir les autres, la conception du service est souvent unidirectionnelle : un groupe de personnes, souvent celles qui ont le plus de pouvoir, donne à celles qui ont moins. Et parfois, le service peut renforcer une dynamique « nous/eux » qui nous sépare de ceux « dans le besoin ». 

    Une posture de solidarité repose sur des relations mutuelles où l’on voit les difficultés de l’autre, où l’on entend ses cris, et où l’on comprend son chagrin (comme Dieu le fait pour ceux qui sont réduits en esclavage dans Exode 2. 23–25). 

    La réciprocité de la solidarité 

    Ma compréhension de la solidarité s’est approfondie lorsque les agents de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, service de l’immigration étasunien) ont envahi Los Angeles en 2025, arrêtant plus de 14 000 personnes dans la région cette seule année-là. Un matin de juin dernier, je me suis réveillé au son des cris de détresse de nos fenêtres. Des hommes masqués, armés de fusils d’assaut et conduisant des véhicules banalisés, sont venus dans notre quartier et ont enlevé plusieurs de nos voisins alors qu’ils partaient travailler. Ce fut une période très effrayante pour notre quartier. 

    Mon conjoint et des membres de notre communauté se sont relayés pendant des mois pour effectuer des patrouilles non armées au sein d’équipes d’intervention rapide, afin d’alerter la communauté si l’ICE revenait. Nous pensons que de nombreux cas de détention injuste et de séparation familiale ont probablement été évités grâce à ces réseaux d’intervention rapide. 

    Pendant cette période éprouvante, la générosité et l’entraide ont abondé. Les gens ont commencé à déposer de la nourriture et d’autres dons pour les familles de migrants détenus et d’autres personnes trop effrayées pour quitter leur domicile. 

    Nos voisins savaient que nous avions un bébé et ont commencé à nous offrir des couches qui leur avaient été données. En tant que pasteur qui se trouve si souvent dans le rôle de celui qui donne aux autres, j’ai été frappé par leur gentillesse envers ma famille, qui recevait cette aide sous la forme de couches dont nous avions tant besoin ! C’est là la réciprocité de la solidarité ; les divisions « nous/eux » s’estompent, et nous accédons à un nouveau sentiment d’unité en tant que communauté bien-aimée. 

    La vulnérabilité de la solidarité 

    Lorsque nous recherchons la solidarité, nous reconnaissons que notre sécurité et notre liberté sont intimement liées. Nos besoins, nos intérêts et notre bien-être sont étroitement liés aux besoins, aux intérêts et au bien-être des autres, en particulier de ceux qui sont considérés comme vulnérables. 

    Jésus embrasse la vulnérabilité avec amour lorsqu’il s’agenouille pour laver les pieds sales de ses disciples. Il se met dans une position inconfortable et se salit. Son statut d’hôte pourrait le maintenir à l’écart et au-dessus de ses disciples, mais il choisit activement de se mettre dans une position vulnérable. 

    Parfois, nos différents rapports de force et de vulnérabilité font que nous avons besoin qu’on nous lave les pieds. Et parfois, nous devons laver les pieds des autres. 

    Photo : IMC Philippines

    Lorsque nous pratiquons la solidarité, nous passons consciemment d’une position de pouvoir sur (ou sous) les autres à un pouvoir avec les autres. 

    C’est ce que Dieu accomplit en s’incarnant, comme le décrit Philippiens 2. 5–11. Jésus ne considère pas la divinité (l’égalité avec Dieu, v. 6) comme quelque chose à exploiter. Au contraire, il se joint à l’humanité dans la solidarité, jusqu’à la mort sur la croix. La tendresse du lavement des pieds préfigure son acte final d’amour du don de soi. Plutôt qu’une démonstration de puissance et de domination, il choisit le chemin humiliant de la croix, le chemin de la solidarité avec ceux qui sont vulnérables ou opprimés. 

    Jésus parcourt le chemin de la croix parce qu’il ne fait qu’un avec le Dieu de l’Exode, le Dieu de la libération qui dit : « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée. Oui, je connais ses souffrances. » (Exode 3. 7). Dieu voit, entend, connaît et, enfin, descend (v. 8). 

    La direction de la solidarité 

    Telle est la direction de la solidarité : le pouvoir se tournant avec compassion vers ceux qui sont opprimés. 

    En lisant ces passages aujourd’hui, un point de friction pour les interprètes anabaptistes pourrait être Exode 3. 8, où Dieu décrit la terre promise : « un pays ruisselant de lait et de miel, vers le lieu du Cananéen, du Hittite, de l’Amorite, du Perizzite, du Hivvite et du
    Jébusite. » La terre est déjà habitée par d’autres peuples. 

    Nous savons que l’histoire de l’Exode ne s’achève pas par le sauvetage et la libération d’un seul peuple ; elle se poursuit par la destruction et l’anéantissement des habitants de la Terre promise. Le théologien osage Robert Allen Warrior, dans son essai « Canaanites, Cowboys, and Indians », nous invite à lire l’histoire de l’Exode à travers les « yeux des Cananéens » et à reconnaître que ceux qui sont opprimés peuvent aussi se tourner vers l’oppression d’autrui. Il déplore qu’un Dieu de délivrance puisse si rapidement devenir un Dieu de conquête. 

    Libération pour les opprimés et les oppresseurs 

    En tant qu’anabaptistes, nous cherchons à lire ces passages à travers le prisme de la vie, de la mort et de la résurrection non violentes de Jésus. Bon nombre des Écritures hébraïques que Jésus a dû entendre offrent des alternatives aux récits de conquête et ont sans aucun doute façonné le message libérateur de Jésus pour tous les peuples. 

    Par exemple, dans Amos 9. 7, Dieu implore Israël : « Pour moi, n’êtes-vous pas comme des fils de Nubiens, fils d’Israël ? […]N’ai-je pas fait monter Israël du pays d’Égypte, les Philistins de Kaftor et Aram de Qir ? » Amos offre une vision plus large de la solidarité, de la compassion et de la libération de Dieu pour ceux qui sont considérés comme les ennemis d’Israël, dont le prophète affirme qu’ils ont leurs propres récits d’exode. 

    En tant que chrétiens qui cherchent à pratiquer la solidarité avec les opprimés, nous pourrions réfléchir à la manière dont la libération et l’amour de Dieu doivent en fin de compte s’étendre à ceux que nous considérons comme des oppresseurs et des ennemis, de peur que la spirale des opprimés et des oppresseurs ne se poursuive à l’infini. 

    Katerina Gea est membre de la Commission Paix de la CMM. Elle est également pasteure à l’Église mennonite de Pasadena, située sur les terres traditionnelles des Gabrielino/Tongva, en Californie (États-Unis).

    Dimanche de la Paix 2026

    Lorsque nous pratiquons la solidarité, nous passons consciemment d’une position de pouvoir sur (ou sous) les autres à un pouvoir avec les autres. 


  • Un rassemblement mondial des mennonites aux Philippines met en avant la solidarité, la foi et le témoignage commun 

    Près de 300 participants venus de plus d’une douzaine de pays se sont réunis sur la place historique de Lumban le 14 mars 2026, à l’occasion de la 9ème édition annuelle de la rencontre « Renouveau » de la Conférence mennonite mondiale (CMM). Axée sur le thème « Solidarité dans la famille du Christ : partager les fardeaux, partager l’espérance », cette rencontre a mis en avant l’appel à « porter les fardeaux les uns des autres » (Galates 6.2-10). 

    La rencontre « Renouveau » a réuni des membres de l’Integrated Mennonite Church of the Philippines (IMC), du Comité exécutif de la CMM et du Comité YABs (Jeunes anabaptistes). 

    À travers la louange, les témoignages, les célébrations culturelles et la prière, les participants ont témoigné de l’unité, de la résilience et du soutien mutuel au-delà des cultures et des continents. 

    Bayanihan

    L’un des moments forts de la cérémonie d’ouverture a été un défilé symbolique mettant en scène une hutte traditionnelle en nipa (bahay kubo), incarnant la valeur philippine du bayanihan. Cette pratique culturelle — où des voisins travaillent ensemble pour déplacer une maison en cas de besoin — a servi de métaphore vivante au thème de ce rassemblement. 

    Ancrée dans l’unité, la compassion (malasakit) et la coopération, la bayanihan incarne une caractéristique déterminante de la conception anabaptiste de l’Évangile. 

    « Dieu nous appelle à répondre par la solidarité et l’action désintéressée aux besoins des autres au sein de notre Église mondiale », a déclaré César García, Secrétaire général de la CMM. « Ce faisant, nous vivons la bayanihan au sein de notre famille spirituelle et la diffusons dans un monde qui aspire à un amour fidèle et à une solidarité durable. » 

    Le programme a également célébré l’héritage des Philippines à travers la musique et la danse. 

    Plusieurs Églises régionales ont présenté des spectacles traditionnels de danse et de musique, alliant foi et identité locale. Parmi les danses présentées figurait le Pandanggo sa Ilaw, une danse folklorique symbolisant la lumière dans les ténèbres, inspirée de Matthieu 5. 4-16. D’autres spectacles comprenaient la Cariñosa, reflétant les thèmes de l’amour et de la connexion, ainsi que des danses des moissons célébrant la générosité de Dieu à travers l’agriculture.

    La solidarité repose sur un témoignage commun 

    Les témoignages et la prière ont constitué un élément central du programme. 

    « En écoutant [les récits des pasteurs de l’IMC], j’ai perçu la foi, la persévérance et une profonde confiance en Dieu », a déclaré Blessing Joy Turqueza, représentante pour l’Asie au sein du Comité YABs. « Même dans l’adversité, ils continuent à servir. Même dans l’incertitude, ils continuent à faire confiance à Dieu pour subvenir à leurs besoins. Et à travers tout cela, j’ai vu l’espoir au sein de la communauté des croyants. » 

    Blessing Turqueza a souligné que la solidarité au sein de l’Église ne repose pas sur la perfection, mais sur un engagement commun. « L’Église est marquée par des blessures et des questions », a-t-elle déclaré, « mais nous portons aussi quelque chose de plus grand : la foi, l’espérance et l’amour du Christ. Lorsque nous nous tenons ensemble en tant que famille du Christ, en nous soutenant et en nous encourageant mutuellement, nous commençons à voir la fidélité de Dieu. » 

    Sindah Ngulube, évêque de l’Église des frères en Christ au Zimbabwe, a évoqué la solidarité après un incendie dévastateur dans un internat pour garçons. Fait remarquable, tous les enfants s’en sont sortis indemnes. Au lendemain de la catastrophe, les Églises locales se sont rapidement mobilisées pour apporter des soins et entamer les efforts de reconstruction. 

    Doug Klassen, Pasteur exécutif de l’Église mennonite du Canada, a appelé à la solidarité pour discerner l’engagement anabaptiste en faveur de la paix, dans le contexte des discussions sur la préparation militaire et la conscription potentielle au Canada. 

     « Il y a soixante-dix ans, de nombreux mennonites ont revendiqué le statut d’objecteur de conscience », a déclaré Doug Klassen. « Aujourd’hui, nous devons nous demander ce que nous ferions. Nous devons tirer les leçons du témoignage des mennonites en Colombie et au Myanmar, qui continuent d’incarner la paix dans des contextes difficiles. L’Église mondiale a beaucoup à nous apprendre. » 

    IMC 

    Eladio Mondez, évêque moderateur de l’IMC
    Belen Raga, maire de Lumban

    Les participants ont été officiellement accueillis par Eladio Mondez, évêque moderateur de l’IMC, et Belen Raga, maire de Lumban, qui ont tous deux exprimé leur gratitude d’avoir l’occasion d’accueillir un rassemblement international. La présence de responsables mondiaux d’Églises aux côtés des assemblées locales a mis en évidence le caractère interconnecté de la famille des Églises de la CMM. 

    Le rassemblement « Renouveau » s’inscrit dans une série de manifestations pluriannuelles organisées dans différentes régions du monde, chacune visant à célébrer l’histoire commune et les diverses expressions de la foi anabaptiste. Les membres du Comité exécutif de la CMM se joignent aux participants locaux lors d’un culte collectif où les hôtes et les invités partagent leurs dons. Outre le culte et l’enseignement, ces rassemblements offrent un espace pour le partage de témoignages, le renforcement des relations et la prière pour l’Église mondiale. 

    La présence mennonite aux Philippines a débuté après la Seconde Guerre mondiale grâce à des actions de secours, d’aide médicale et de reconstruction menées par le Comité central mennonite (MCC). En 1965, Missions Now, Inc. (MNI) a été fondée en tant qu’organisation missionnaire dirigée par des Philippins et axée sur l’évangélisation et l’implantation d’Églises, en particulier dans les communautés rurales et tribales. Après une période de transition interne, l’Église mennonite intégrée (IMC) a été créée en 1991 et a rejoint la Conférence mennonite mondiale en 1993, intégrant ainsi la famille anabaptiste mondiale. 

    L’offrande recueillie lors du culte a été affectée à la contribution « part équitable » de l’IMC à la CMM. 

    La rencontre s’est conclue par un repas partagé et un moment de fraternité, ainsi que par un sentiment renouvelé de solidarité. « À travers le culte, le chant, la prière et les échanges culturels, nous nous rappelons que l’Église mondiale est appelée à porter les fardeaux les uns des autres », a déclaré John D. Roth, coordonnateur de « Renouveau ».

    « J’ai été particulièrement inspiré par l’énergie et l’engagement des jeunes de l’IMC à témoigner de l’amour de Dieu dans un monde fracturé. Leur foi est un puissant signe d’espoir pour l’avenir de l’Église. » 

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    Lisez les témoignages sur Renouveau et découvrez-en davantage sur cette rencontre dans le numéro 41.3 du Courrier (uniquement en version numérique).



    Mise à jour 25 avril 2026 : titre de Eladio Mondez

  • À la fin du Sommet mondial de la jeunesse (GYS) en Allemagne, les participants se sont
    rassemblés autour d’un feu de joie pour chanter et faire du pain ensemble. Photo: Irma Sulistyorini

    La colonne des responsables de la CMM 

    Les possibilités qui s’offrent à nous sont extraordinaires : un monde dans lequel les gens sont suffisamment guéris pour connaître leur valeur et donc capables d’entretenir des relations marquées par une intimité, une dignité et un respect authentiques. Un monde dans lequel de puissantes technologies et des connexions mondiales comblent les fossés plutôt que de les creuser, devenant des outils de compréhension mutuelle et d’épanouissement partagé. 

    En même temps, nous reconnaissons la réalité de notre époque. Partout dans le monde, de nombreuses personnes vivent dans des endroits où règne la peur, des endroits marqués par la violence, les déracinements, l’incertitude économique, la crise climatique et une profonde polarisation sociale. La peur résonne fort. Elle nous incite à nous replier sur nous-mêmes, à protéger ce qui nous appartient et à imaginer que la survie est le mieux que nous puissions espérer. 

    Et pourtant, il ne s’agit pas seulement de difficultés à subir. Ce sont aussi des moments qui éveillent notre courage. 

    Au sein de la famille anabaptiste mondiale, les communautés redécouvrent leur voix, leur capacité d’action et leur vocation à vivre différemment. La solidarité, telle que la comprend la Conférence mennonite mondiale, n’est pas un accord passif ou une préoccupation lointaine. C’est un choix fidèle de rester connecté : choisir la relation plutôt que l’isolement, l’accompagnement plutôt que le contrôle, et l’espoir plutôt que la peur. 

    Cette solidarité se vit lorsque nous écoutons attentivement à travers les cultures, lorsque l’expérience vécue façonne notre discernement commun et lorsque nous choisissons de ne pas nous retirer malgré l’incertitude de l’avenir. 

    Elle nous rappelle que la guérison est possible, qu’une nouvelle vie peut émerger des situations difficiles et que l’unité est quelque chose qui se travaille avec patience et attention. 

    À l’aube de 2026, nous sommes invités à prendre soin de ce qui nous a été confié : construire des espaces de confiance, renforcer les liens d’amour et façonner un avenir marqué par la paix du Christ. 

    Ce que nous construirons ne sera pas parfait, mais peut être empreint de fidélité. 

    Puissions-nous nous ouvrir à la grâce que Dieu nous a déjà donnée et la vivre à travers la solidarité, en marchant ensemble dans l’humilité, en nous choisissant les uns les autres avec courage et en faisant confiance à l’Esprit qui nous unit. 

    2025 headshot

    Lisa Carr-Pries est vice-présidente de la CMM (2022-2031). Elle est directrice des soins spirituels à Parkwood Community (établissement de soins de longue durée/maison de retraite) à Waterloo, dans l’Ontario, au Canada, et est membre de l’Église mennonite Nith Valley, dans l’Ontario, au Canada. 


  • Agir avec solidarité

    Il est légitime d’être frustré face à ce monde où les tensions politiques ne cessent de s’aggraver. Les églises membres de la Conférence Mennonite Mondiale de chaque région continentale appellent à la prière et à la solidarité. Beaucoup sont victimes de la corruption ou la violence dans leur pays.

    En tant qu’anabaptistes engagés dans le travail pour la paix, que pouvons-nous faire ?

    « Dans une période comme celle-ci, nous devons prier. En privé et en communauté. Faire connaître à Dieu notre colère, notre frustration, nos lamentations, notre espoir et notre angoisse », déclare Nindyo Sasongko. Il est théologien en résidence à la Manhattan Mennonite Fellowship, aux États-Unis, et pasteur de la Gereja Kristen Muria Indonesia (GKMI).

    Pour lui, la période était fin août 2025. Des manifestations de grande ampleur ont éclaté en Indonésie lorsque les opposants à la forte augmentation des impôts ont été réduits au silence. Un incident au cours duquel un véhicule blindé de la police a percuté et tué un chauffeur de moto-taxi devant la foule des manifestants a suscité la colère.

    C’est ainsi que le 5 septembre 2025, Nindyo Sasongko a lu sa prière représentant le christianisme (l’une des six religions reconnues en Indonésie) devant le consulat général de la République d’Indonésie à New York. Cette manifestation pacifique a été observée par le consul général Winanto Adi.

    C’est ainsi que le 5 septembre 2025, Nindyo Sasongko a lu sa prière représentant le christianisme (l’une des six religions reconnues en Indonésie) devant le consulat général de la République d’Indonésie à New York. Cette manifestation pacifique a été observée par le consul général Winanto Adi.

    (Ceci est une version abrégée de la prière)

    Ce soir, nous nous réunissons en Ta présence,
    avec sincérité dans notre appel
    pour le peuple indonésien.
    Unis d’une seule voix :
    non par rébellion,
    mais parce que leurs cris ne peuvent plus être contenus.

    Nous pleurons !
    Non, soyons audacieux en ta présence :
    nous sommes affligés !
    Non par jalousie, ou par rancune,
    Mais par une juste colère née de l’angoisse,
    De l’amour et de l’espérance des enfants de cette terre,
    Errant à travers des mers inconnues.
    Nous t’implorons : combien de temps encore, ô Dieu ?

    Ouvre les portes de ta miséricorde,
    Afin que tous ceux qui sont dans la tourmente puissent voir qu’il existe des valeurs plus importantes :
    Pas l’indifférence, mais la fraternité,
    Pas le cynisme, mais la compassion,
    Pas la cupidité, mais l’espérance pour chaque membre de la nation.

    Ouvre les voies de la réconciliation,
    Afin que chacun puisse reconstruire la confiance
    Déchirée par la méfiance et les conflits.
    Panses les blessures de cette nation —
    Les blessures physiques des conflits,
    Les cicatrices affectives du vide,
    Et la colère profonde et silencieuse qui l’habite.

    Que cette douleur se transforme
    En la naissance d’une nouvelle ère,
    Marquée par la justice, l’intégrité
    Et une paix durable pour tout le peuple indonésien.
    Ô toi dont l’amour fidèle est sans fin,
    Que les cris des pauvres ne restent pas sans réponse,
    Que leurs souffrances soient apaisées,
    Et que leur avenir soit assuré.

    La prière s’est terminée par un appel lancé à l’administration actuelle pour qu’elle obéisse à la Constitution, fasse preuve d’humilité en écoutant les cris de la foule et ouvre la voie à plus de justice.

    Persévérer même lorsque nous ne voyons pas de changements

    Malheureusement, depuis la vague de manifestations, rien n’a changé en Indonésie. Six mois après les manifestations, la situation semble même s’être aggravée. Alors pourquoi prier pour les nations ?

    « Parce que la prière nous transforme d’abord nous-mêmes. Elle adoucit nos cœurs, remodèle nos désirs et nous relie à la confiance sacrée envers le Seigneur et la communauté qui nous entoure », explique Nindyo Sasongko.

    « Je crois en un Dieu qui choisit activement la solidarité avec les plus vulnérables et protège les veuves et les orphelins », déclare Nindyo Sasongko. « Jésus a enseigné la paix et la non-violence non seulement comme des concepts, mais comme un mode de vie. Je reste convaincu que la non-violence est l’arme la plus puissante pour démanteler les inégalités sociales. »

    « Deuxièmement, mon optimisme est alimenté par une génération de jeunes [de la diaspora] qui se soucient profondément de l’Indonésie. Dans leur regard critique et leur quête de vérité, je vois la main de Dieu – le Dieu de la paix – œuvrer en coulisses pour restaurer l’Indonésie. »

    « Dans cette vérité, je trouve le courage et l’optimisme nécessaires pour relever les défis qui nous attendent. J’espère que davantage de croyants se joindront à nous dans la prière », déclare Nindyo Sasongko.

    La CMM facilite la prière communautaire pour les nations et les unions d’églises grâce à l’e-mail bimestriel de son réseau de prière et à son Heure de prière virtuelle. Rejoignez-nous.


    Indonesian man teaching
  • « En cette période où l’Église et ses membres sont persécutés, victimes des guerres qui endeuillent de nombreuses familles, il devient urgent de placer l’unité, la paix et la solidarité au cœur de l’œuvre d’évangélisation » écrit le pasteur Ernest MUSOBWA KISHAKU.  Ce dernier est le représentant du Kivu, quatrième district de la Communauté des Églises de frères mennonites au Congo, une union d’Églises membre de la CMM, dans l’est de la République démocratique du Congo, région qui fait face actuellement à de nombreuses violences. 

    « Le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale constitue une occasion précieuse de nous rapprocher du peuple, de panser les blessures internes, de contribuer à la guérison des traumatismes et à la restauration du tissu social profondément marqué par les conséquences de la guerre » poursuit-il. 

    Chaque année, la Conférence mennonite mondiale (CMM) diffuse des ressources pour le culte pour aider les assemblées du monde entier à célébrer cette journée. À travers un thème commun, des textes bibliques, des prières et des témoignages, elles sont invitées à vivre plus intensément la communion, l’intercession et l’action de grâce avec, et pour, l’ensemble de la famille spirituelle mondiale.

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    À la paroisse Lingwaka de la Communauté Mennonite de Kinshasa, union d’Églises membre de la CMM, les membres ont célébré la communion lors de leur culte du dimanche de la Fraternité anabaptiste mondiale.  

    Cette année, les assemblées ont célébré cette fête le 19 ou le 26 janvier, les dimanches les plus proches du 21 janvier. À la même date en 1525, avait lieu à Zurich, en Suisse, le premier baptême anabaptiste.


    Voici quelques échos de la manière dont le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale a été célébré dans nos assemblées membres à travers le monde. 

    L’Église mennonite de Bhilai, en Inde, a célébré avec beaucoup d’enthousiasme le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale. Des prières ont été élevées pour les cinq continents par divers groupes, notamment le groupe de jeunes, le groupe de femmes, le conseil d’Église et le pasteur. Un repas en commun a également été organisé dans le cadre de cette célébration. 


    La Casa da Comunidade, qui fait partie de l’Église des frères mennonites de Lisbonne, au Portugal, a utilisé l’histoire du bon Samaritain tirée du dossier pour le culte du Dimanche de la fraternité anabaptise mondiale. 


    À l’Église anabaptiste Castañeda aux Philippines, les membres ont été répartis en cinq groupes représentant les cinq régions continentales de la CMM. Au sein de ces groupes, ils ont échangé autour de témoignages mettant en lumière la solidarité vécue dans la paix, l’écoute et le pardon, ainsi que le soutien mutuel et la persévérance. 


    À l’Église mennonite de Bussum-Naarden, aux Pays-Bas, sept assemblées de la région (Ring Midden-Nederland) ont organisé un culte en commun au cours duquel elles ont allumé des bougies pour chaque continent. 


    Binuangan Mennonite Christian Church, aux Philippines, a célébré le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale en chantant « What a Friend We Have in Jesus », « Blessed Assurance », « Trust and Obey » et « God You’re Good ». Certains de ces cantiques ont été chantés en ilocano, une langue couramment utilisée parallèlement à d’autres dialectes locaux tels que le kankana-ey, le bugkalot, l’ibaloi, le kalanguya et d’autres encore.


    L’assemblée de la Mennnonitengemeinde Worms-Ibersheim, en Allemagne, a prolongé la célébration du Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale par un moment convivial autour d’un café et de gâteaux. L’église a été édifiée sur un terrain offert à la paroisse par un mennonite à la fin du XIXᵉ siècle. Le vitrail central, l’un des trois qui ornent le bâtiment, représente le Christ debout sur « une fondation mennonite », précise le pasteur Andreas Kohrn.


    « Nous sommes très reconnaissants à la Conférence mennonite mondiale de partager les ressources pour le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale afin que nous puissions tous prier dans un même esprit. C’est le moment pour nous de nous unir et de relever le défi qui consiste à avoir le courage d’aimer tout le monde et de grandir dans la solidarité », déclare Ashisha Kumar Milap, pasteur de l’Église mennonite Sunderganj Dhamtari en Inde. 

    Ils ont organisé un concours de coloriage à l’école du dimanche à partir du dessin partagé pour le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale

    Après un repas partagé, les membres ont échangé sur les facteurs qui fragilisent la solidarité ou, au contraire, la renforcent. 


    À la Level Ground Mennonite Church à Abbotsford, en Colombie-Britannique (Canada), les enfants ont apprécié les coloriages pendant que l’assemblée priait pour la fraternité anabaptiste mondiale, soulignant en particulier sa solidarité avec le peuple vénézuélien. 


    Comment avez-vous célébré le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale ? Envoyez-nous vos photos ! Partagez vos témoignages ! Envoyez-les à photos@mwc-cmm.org


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    Continuer avec la solidarité

    Que nos prières nous poussent à agir. En 2026, la Conférence Mennonite Mondiale mettra l’accent sur la solidarité. Nous vous invitons, en particulier pendant cette période de réflexion avant Pâques, à vivre la solidarité avec les anabaptistes du monde entier par la prière. 

    Prenez une photo ou une vidéo pour faire connaître à la famille mondiale comment vous priez en solidarité. Utilisez le texte ci-dessous. Envoyez votre photo ou vidéo à photos@mwc-cmm.org.

    Nous prions en solidarité avec nos sœurs et frères de ____________ (écrire le nom du pays).

    OU

    __________ (écrire le nom de votre église locale) prie en solidarité avec nos sœurs et frères de __________ (écrire le nom du pays).

  • Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale 2026

    Voici quelques-unes des façons dont les églises d’Europe célèbrent leur culte ensemble, avec des actions symboliques pour démontrer leur solidarité. 

    Lors du culte 

    Dans les assemblées doopsgezinde (mennonites) des Pays-Bas, le président du culte allume une bougie sur une table à l’avant au début du service et l’éteint à la fin du service. 

    Accompagnant ces gestes, le responsable du culte prononce une version des paroles suivantes : 

    Nous allumons cette bougie pour nous rappeler la lumière qui nous guide et nous réconforte. Vivons dans la lumière de l’éternité. 

    OU 

    Nous allumons cette bougie en signe de notre lien les uns avec les autres, avec Dieu, avec nous-mêmes et avec le monde

    Nous soufflons la bougie, mais nous emportons la lumière dans nos cœurs à travers le monde. 


    Après le culte 

    Repas en commun 

    Une fois par mois, nous célébrons le Gemeinschaftssonntag (dimanche de la fraternité). Chacun apporte quelque chose à manger (par exemple, une salade, un gâteau, un dessert ou un pot-au-feu) et nous préparons un grand buffet. Après le culte, nous retirons les chaises de la salle de culte et installons des tables. 

    Tout le monde est invité à manger, y compris les invités, et jusqu’à présent, tout le monde a toujours eu assez à manger ! Il y a généralement beaucoup de restes, et beaucoup de gens en emportent chez eux.

    Après le repas, certaines personnes passent tout l’après-midi à l’église. Les enfants et les adultes jouent dehors sur la pelouse ou s’assoient ensemble. 

    Parfois, nous ouvrons également un café l’après-midi pour les personnes qui vivent à proximité de notre église ou qui font de la randonnée dans la région. Cela crée une communauté colorée composée d’inconnus, de familles, d’habitants de la région et de membres de l’église. Il y a de nombreuses occasions de conversations et de rencontres dans lesquelles l’Esprit de Dieu peut agir. 

    — Joel Driedger, Mennonitengemeinde Karlsruhe-Thomashof e.V., Karlsruhe, Allemagne 


    Depuis plusieurs années, nous nous réunissons pour un repas en commun après le culte à l’église mennonite de Ratisbonne. Toute personne qui souhaite partager un délicieux repas en bonne compagnie est la bienvenue. 

    Le repas est organisé de manière très informelle via un groupe WhatsApp. 

    Le groupe est composé de personnes qui participent régulièrement au repas et qui sont heureuses d’apporter leur contribution. Trois à quatre jours avant le culte, nous décidons ensemble de ce que nous voulons manger. Il peut s’agir, par exemple, d’un dimanche soupe, de pâtes ou riz avec différentes sauces, ou simplement de hot-dogs avec des salades. Bien sûr, le dessert est indispensable. 

    Tout le monde peut se joindre à nous pour le repas, même à la dernière minute. Nous aimons particulièrement inviter les nouveaux visiteurs au culte. 

    Même si cela signifie que le nombre de personnes qui mangent ensemble varie, tout le monde a toujours été satisfait jusqu’à présent. 

    Nous trouvons ces repas communautaires très précieux pour notre assemblée. Ils sont l’occasion de mieux se connaître et d’avoir de bonnes conversations. L’échange entre les générations est particulièrement agréable. La bonne cuisine rassemble les gens, des enfants de maternelle aux seniors.  

    — Lena Schmutz, Mennonitengemeinde Regensburg, Allemagne 


    Recettes 

    Allemagne 

    Gâteau aux pommes englouties 

    • Mélangez 125 g de margarine et 125 g de sucre, ajoutez 3 œufs et continuez à mélanger. 
    • Mélangez 200 g de farine et 2 cuillères à café de levure chimique, puis incorporez-les à la pâte. 
    • Ajoutez 2 cuillères à soupe de lait. 
    • Épluchez et coupez en deux 5 pommes, retirez les trognons et incisez-les à l’aide d’une fourchette. 
    • Beurrez un moule rond, versez-y la pâte, puis disposez les moitiés de pommes sur la pâte. 
    • Faites cuire 40 à 50 minutes à 200 °C ou 390 °F. 

    —Liesa Unger, Directora de eventos Internacionales del CMM


    Portugal 

    Lavadas (gaspacho) 

    Ingrédients

    • 3 tomates 
    • 3 poivrons verts et rouges (pas des piments) 
    • 3 gousses d’ail 
    • Huile d’olive extra vierge (de préférence du Portugal, d’Espagne, d’Italie ou de Grèce) 
    • 200 grammes de prosciutto 
    • 1 miche de pain dur (plus il est vieux, mieux c’est…) 
    • Eau 
    • Glaçons 

    Instructions 

    • Commencez dans un grand saladier. Écrasez les 3 gousses d’ail, puis ajoutez l’huile d’olive. (Je mettrais 2 ou 3 cuillères à soupe.) 
    • Coupez les tomates en petits morceaux. Coupez les poivrons en lamelles (enlevez les graines). Coupez le prosciutto en cubes. Mettez le tout dans le saladier. 
    • Coupez le pain en cubes de taille moyenne.  
    • Avant d’ajouter le pain, versez de l’eau froide dans le saladier et mélangez le tout à l’aide d’une grande cuillère. 
    • Lorsque tout est bien mélangé, ajoutez le pain pour qu’il s’imprègne. 
    • Ajoutez quelques glaçons pour garder le tout au frais. 

    C’est un excellent repas d’été frais. J’ai appris cette recette de ma mère bien-aimée. Elle venait de l’intérieur de l’Alentejo, au Portugal. Là-bas, on ne parlait pas de gaspacho mais de « Lavadas ». À l’époque, les ingrédients étaient rares et les gens mangeaient ce qu’ils avaient sous la main. 

    — José Arrais, Représentant régional de la CMM, Europe 


  • Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale 2026

    Prédications


    On gagne plus à partager 

    Michée 6. 8 

    Au début de l’été, je profite du soleil dans le champ de fraises de la famille Loosli à Moron, dans le Jura, et je passe au crible les petits buissons à la recherche des fraises les plus mûres et les plus belles. 

    En cette belle matinée de juin, je pense à la devise du prochain week-end d’automne réservé aux femmes : « On gagne plus à partager ». 

    L’inspiration vient du cours « Just People » de Stop Poverty. Les valeurs dont nous allons parler sont la charité, la soutenabilité, la justice et la miséricorde. Notre texte clé sera Michée 6. 8. 

    « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » 

    Prenons une grande inspiration. Dieu a déjà défini ce qui est important dans ses commandements. Il n’y a rien à ajouter. 

    Il s’agit maintenant de combiner la devise du week-end femmes, « On gagne plus à partager », avec Michée 6. 8. 

    Cette devise nous interpelle, non seulement ce qu’elle affirme, mais aussi parce qu’elle est contradictoire : une partie est moins que le tout, et non plus ! Moins, c’est moins, pas plus. 

    Quand quelque chose est paradoxal et semble absurde, cela peut renvoyer à une signification plus profonde. 

    Quelle pourrait être cette signification ? 

    Lorsque je partage ou donne une partie des fraises que j’ai cueillies à la sueur de mon front sous le soleil de Moron, j’ai moins de fraises, pas plus. Le « plus » ne peut donc pas se référer aux fraises, mais alors à quoi ? Quelle est la valeur ajoutée ? 

    Changement de décor 

    Voici la carte du monde telle que nous la connaissons. Les couleurs représentent les différents continents : 

    Il s’agit d’une carte du monde dans laquelle les contours naturels sont déformés. L’Europe, l’Amérique du Nord et certaines parties de l’Asie sont gonflées parce qu’elles consomment plus de ressources naturelles en termes relatifs. 

    Mais les ressources mondiales sont limitées. 

    Ce que certains consomment pour la production alimentaire, l’espace de vie par habitant, l’extraction minière, etc. 

    Sur cette carte, l’Afrique, l’Inde et le Pakistan sont agrandis. Il s’agit de la carte de la malnutrition infantile. Il y a beaucoup plus d’enfants souffrant de malnutrition dans les continents agrandis, alors qu’il n’y en a pratiquement pas en Europe et en Amérique. La répartition inégale des ressources est un fait. 

    Mani Matter, le chanteur suisse, a résumé cette réalité de manière ingénieuse et pertinente dans un court poème ou une chanson. 

    « Ceux qui sont bien lotis 
    Seraient mieux lotis 
    Si ceux qui sont moins bien lotis 
    Étaient mieux lotis 
    Mais cela n’est pas possible 
    Sans que ceux 
    Qui sont bien lotis 
    Soient moins bien lotis… » 

    En Suisse, nous sommes vraiment très bien lotis. La Suisse est l’un des pays les plus riches du monde. La plupart d’entre nous ne connaissent que très peu de privations. De l’autre côté du globe, des gens travaillent dur et dans des conditions précaires pour garantir notre prospérité matérielle. Notre prospérité a un prix, mais ce n’est pas nécessairement nous qui le payons. 

    Si les biens étaient répartis plus équitablement dans le monde, tout le monde serait mieux loti. Mais comment pouvons-nous nous résoudre à partager ce que nous avons ? 

    Selon les recherches sur le bonheur et le Rapport mondial sur le bonheur des Nations Unies, cela devrait être assez simple : partager nous rend heureux. 

    Vous augmentez votre propre bonheur en augmentant celui des autres. Ainsi, si nous veillions à ce que la malnutrition dans les pays du Sud diminue et que les gens aient accès à plus de ressources, à plus de nourriture, à plus de possibilités d’éducation, etc., nous serions plus heureux. 

    En ce sens, vous gagne plus lorsque vous partagez. 

    Revenons au champ de fraises 

    Lorsque je partage les fraises que j’ai cueillies moi-même et que je les apporte à quelqu’un, je rends cette personne heureuse. Il y a le moment de plaisir pour le destinataire et la joie de recevoir un cadeau. Comme je suis témoin de cela, je suis moi-même plus heureuse. Et ce n’est pas tout. 

    D’une certaine manière, cela ne me satisfait toujours pas complètement. 

    Il y a certainement beaucoup de vérité dans cela, mais c’est en fait une idée vertueuse au sens où l’entendaient les Grecs anciens. Mais nous parlons ici d’un week-end entre femmes mennonites. 

    Voici à nouveau Michée 6. 8 : 

    « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » 

    Selon Michée, les éléments suivants sont importants : 

    • respecter la loi (certaines traductions parlent de pratiquer la justice, de faire ce qui est juste, de ne pas permettre l’injustice) ; 
    • être bienveillant envers nos semblables (certaines traductions parlent de solidarité, d’attention) ; 
    • vivre en communion constante avec Dieu (certaines traductions disent « marcher attentivement avec Dieu, être compréhensifs et conscients, vivre dans le respect de Dieu »). 

    Dieu fera miséricorde à ceux qui vivent ainsi. 

    Ce texte met l’accent sur une foi pratique et vécue. Examinons-le de plus près : 

    Justice et droiture 

    Le thème de la justice est un fil conducteur dans la Bible. Quand nous pensons à la justice, nous pouvons d’abord penser que chacun reçoit ce qu’il mérite, que chacun devrait recevoir une punition juste pour ses mauvaises actions. 

    Mais la justice de Dieu ne concerne pas principalement le jugement. La justice de Dieu consiste à créer des conditions favorables à la vie, des relations équilibrées entre les personnes, entre Dieu et les êtres créés. Comme nous sommes faillibles, la justice de Dieu a beaucoup en commun avec la miséricorde. 

    Et cette justice ne concerne pas seulement l’individu, mais vise l’ensemble de la coexistence sociale : Nous pensons à l’exemple à l’année du Jubilé, où tous les sept fois sept ans, toutes les dettes sont effacées (Lévitique 25). 

    Faire preuve d’humanité, de solidarité et d’affection 

    Beaucoup d’entre nous savent ce que l’on ressent lorsqu’on est accueilli par des personnes qui, selon nos critères, n’ont rien, mais qui veulent partager le peu qu’elles peuvent offrir à leurs hôtes. C’est très impressionnant, parfois même embarrassant, car on ne peut rien leur rendre en échange. 

    Mais peut-être décidez-vous d’imiter cet exemple. Grâce à l’exemple des plus pauvres, nous apprenons à partager et un effet domino se crée. 

    Vivre en connexion constante avec Dieu, marcher attentivement avec Dieu 

    Cela signifie que Dieu nous montre le chemin et que nous le suivons. 

    Ce n’est pas nous qui décidons où aller et Dieu qui nous suit, mais plutôt Dieu qui trace le chemin que nous devons parcourir attentivement avec lui. 

    Si nous ne faisons pas attention et nous laissons distraire, nous risquons de manquer un tournant en cours de route et de nous retrouver soudainement dans les broussailles. « Vivre en communion constante avec Dieu » signifie, idéalement, prendre la main de Dieu comme un petit enfant et la tenir aussi fermement que possible. 

    C’est donc ce qui préoccupait Michée en 700 avant J.-C. Est-ce toujours le cas aujourd’hui, même dans la vie avec Jésus ? 

    En cherchant un verset qui résume aussi succinctement que Michée 6. 8 ce qui importe dans la vie avec Dieu, et qui aborde également la question du sacrifice et du partage, je suis tombé sur un verset dans l’épître aux Hébreux. La Lettre aux Hébreux s’adresse à une communauté dont l’enthousiasme initial semble s’estomper. Il est donc nécessaire de lui rappeler ce qui est important. Dans les exhortations finales du chapitre 13, nous lisons (13. 15) : 

    « Par [Jésus], offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom. » 

    Et puis vient le verset qui résume si bien cela (13. 16) : 

    « N’oubliez pas la bienfaisance et l’entraide communautaire, car ce sont de tels sacrifices qui plaisent à Dieu. » 

    Dieu se réjouit lorsque nous faisons le bien et partageons. C’est ainsi que nous voulons comprendre la devise « On gagne plus à partager ». 

    Ce « plus » est le lien étroit avec notre Seigneur Jésus, l’attention sans partage, le questionnement reconnaissant, l’écoute de ce que nous devons et pouvons partager et comment. 

    Et lorsque nous prions, chantons et écoutons, nous sentons que le partage est un besoin qui vient du plus profond de nous-mêmes. C’est le besoin de marcher attentivement avec Dieu et de partager nos forces, nos ressources, nos expériences de foi, tout ce qui fait de nous ce que nous, et d’autres avec nous, sommes. 

    — Mathild Gyger est membre de l’Assemblée évangélique mennonite Schanzli, en Suisse. Adapté d’un sermon qu’elle a prononcé le 1er octobre 2023. 

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    Un repas en commun après le culte à l’église mennonite de Ratisbonne, Allemagne. Photo fournie

    Le Samaritain en moi 

    Luc 10. 25-37 

    Nous connaissons tous et toutes l’histoire du bon Samaritain. La morale de cette histoire est très simple. Jésus la résume lui-même après la parabole : « Va et, toi aussi, fais de même » (10. 37). 

    Cependant, je pense à une histoire qui pourrait en quelque sorte se rattacher à la parabole du bon Samaritain. 

    L’automne dernier, Alfred, originaire du Ghana, a vécu cinq mois chez mes parents dans le cadre d’un semestre à l’étranger à l’université de Bâle, où il étudie la théologie. Pendant son séjour en Suisse, il est rentré deux fois à la maison très bouleversé parce qu’il avait vu des gens tomber dans l’escalator de la gare de Bâle. Ce qui le dérangeait particulièrement, ce n’était pas les blessures subies par les personnes qui étaient tombées, mais le fait qu’il n’y avait pratiquement personne à côté de lui qui aide les victimes. 

    Cela montre que le courage civique n’est finalement pas si simple. Même si la situation, comme dans ce cas, ne présente en réalité aucun danger, il faut beaucoup d’efforts pour décider d’aimer. Beaucoup semblent échouer à « aller et faire de même » ! 

    Il vaut alors peut-être la peine d’examiner de plus près ce texte biblique. 

    Dans cette parabole, presque tout est inversé. Le héros de l’histoire n’est pas le prêtre, ni le Lévite, ni le Juif ordinaire. 

    Non, le héros est le Samaritain, quelqu’un qui, du point de vue juif de l’époque, s’était égaré et suivait une croyance erronée. 

    On peut presque entendre le légiste grincer des dents lorsqu’il répond à la question de Jésus après l’histoire : « Lequel des trois s’est montré compagnon d’humanité (prochain) envers l’homme qui a été attaqué ? » (10. 36). Il ne peut se résoudre à dire : « Le Samaritain ! » Au lieu de cela, il dit : « Celui qui a fait preuve de bonté » (10. 37). 

    Quel héros nous mettrait aujourd’hui mal à l’aise si Jésus nous racontait personnellement cette histoire ? Nous avons également des groupes de personnes qui sont plus ou moins largement rejetés dans notre société. Même si nous ne le voulons pas, nous avons nous aussi nos réserves et nos préjugés, qui sont souvent difficiles à surmonter. 

    Jésus raconte délibérément cette histoire de façon à mettre ses auditeurs mal à l’aise. Je vous invite donc à prendre un bref instant pour remplacer le Samaritain par quelqu’un qui vous mettrait mal à l’aise. 

    Essayez de garder cette personne ou ce groupe de personnes à l’esprit pendant le reste du sermon. 

    Lorsque l’on raconte l’histoire du bon Samaritain, on met généralement l’accent sur la compassion pour l’humanité. 

    Cependant, Kenneth E. Bailey, un expert de la culture du Moyen-Orient, m’a montré au cours de ma préparation comment un manque de courage d’aimer joue un rôle dans cette histoire. 

    Commençons par le prêtre, qui rentrait probablement chez lui à Jéricho après deux semaines de ministère à Jérusalem. S’il s’était approché de l’homme blessé, dont il ne savait pas s’il était mort ou encore en vie, il aurait couru le risque d’être rituellement impur, ce qui aurait entraîné un long processus de purification durant lequel lui, ses serviteurs et sa famille auraient dû faire face à des conséquences désagréables. S’il s’était rendu impur et avait ensuite esquivé le processus de purification, cela aurait signifié qu’il officiait à l’autel en état d’impureté, ce qui aurait pu entraîner une accusation aux conséquences encore plus graves. 

    Pour le prêtre, cette situation comportait donc certains dangers ou inconvénients. Il lui manquait manifestement le courage nécessaire et il lui était plus facile de passer son chemin. 

    Dans l’histoire d’Alfred à la gare de Bâle, beaucoup de ceux qui n’ont pas aidé avaient probablement aussi leurs raisons. « Si je m’arrête maintenant, je vais être en retard à ma réunion et mon patron est déjà en colère contre moi. » « Et si je ne peux pas aider, je ne connais rien aux premiers secours. Tout le monde le verrait, ce serait tellement embarrassant ! » 

    Après le prêtre vient le Lévite, assistant du prêtre dans le temple. Kenneth Bailey pense que le Lévite devait savoir qu’un prêtre avait emprunté ce chemin peu avant lui. Le Lévite était subordonné au prêtre. Aurait-il dû dénoncer le prêtre comme quelqu’un qui n’avait pas agi comme il le devait ? Cela aurait également demandé beaucoup de courage. 

    De plus, comme le prêtre qui était déjà passé connaissait mieux le bien et le mal, le Lévite pouvait donc continuer presque sans remords. 

    Dans le cas d’Alfred, certains se sont peut-être demandé : « Pourquoi devrais-je aider ? Il y en a tellement d’autres. Ils pourraient probablement le faire encore mieux que moi. » 

    Et maintenant vient le Samaritain. 

    Ce qu’il fait est inimaginable : il a le courage d’agir avec amour. 

    En tant qu’ennemi des Juifs de l’époque, il prend soin de l’homme blessé et l’emmène dans une auberge voisine, probablement dans une ville juive. 

    Les personnes qui écoutaient cette histoire à l’époque s’attendaient probablement à ce que le Samaritain laisse le blessé à la périphérie de la ville et s’enfuie. Même en tant que sauveur de ce Juif, un Samaritain n’aurait pas été à l’abri d’une éventuelle vengeance. 

    De plus, en amenant l’homme blessé à l’auberge et en fournissant de l’argent pour ses soins, le Samaritain a non seulement sauvé la vie du Juif, mais probablement aussi sa liberté. Étant donné que l’homme n’avait plus rien après le vol, il aurait pu être vendu comme esclave pour payer ses dettes. 

    Le courage d’agir du Samaritain montre comment l’amour peut changer la vie des autres. 

    Revenons à la question de Jésus : « Lequel des trois s’est montré le prochain de l’homme qui a été volé ? » 

    Jésus formule la question différemment. On pourrait penser que la question ne devrait pas être « Qui est mon prochain ? », mais « Pour qui devrais-je être un prochain ? ». 

    Il ne répond pas à la question : « Qui est celui que je suis censé aimer pour gagner ma vie éternelle ? », mais plutôt : « À qui puis-je tendre la main ? Qui puis-je soutenir ? Qui devrait pouvoir compter sur moi ? ». 

    L’accent est davantage mis sur « être ensemble » plutôt que sur « je dois assurer ma vie éternelle ». Et la réponse à la question du prochain dans la parabole est presque révolutionnaire. Elle brise les frontières religieuses, linguistiques et ethniques et fait sortir le légiste de sa zone de confort. Elle montre la vision de Dieu d’un monde nouveau. 

    Jésus dit au légiste : « Va et, toi aussi, fais de même » (10. 37). 

    De par notre nature même, nous ne sommes pas en mesure d’aimer à la fois Dieu et nos semblables comme Dieu l’exige. Et pourtant, je veux m’orienter vers cette vision divine d’un monde nouveau dans lequel nous aidons de manière sacrificielle les personnes dans le besoin : nous apportons les premiers secours aux blessés, nous donnons aux pauvres une partie de ce dont nous avons trop, nous nous opposons au racisme, nous tendons la main aux personnes marginalisées, nous nous rangeons du côté des opprimés. 

    Malheureusement, le monde n’est pas noir ou blanc. 

    Ai-je toutes les informations nécessaires pour savoir qui je dois défendre ? Les situations sont souvent nuancées et l’on ne peut pas simplement dire quelle est la bonne chose à faire. 

    Jésus ne s’attend pas à ce que nous fassions toujours tout correctement. Et pourtant, je ne veux pas m’arrêter à la grâce. Le Samaritain de notre histoire peut et doit être un modèle pour moi. Il doit m’enseigner l’humilité, me faire descendre de mes grands chevaux, m’aider à voir au-delà des frontières et m’encourager à trouver le courage d’aimer tous mes semblables, même si cela semble impossible à première vue. 

    Parfois, il est facile d’aimer. Et parfois, cela demande du courage. 

    Mais si nous parvenons à aimer sincèrement, alors nous pouvons changer la vie de nos voisins et devenir un compagnon d’humanité à leurs yeux. 

    Pour résumer, comme le dit une chanson d’Unspoken : « If we’re gonna be known for something let it be love » (Si nous devons être connus pour quelque chose, que ce soit pour l’amour.) 

    Amen. 

    — Hanna Sagesser est membre de la Evangelische Mennonitengemeinde Schänzli, à Muttenz, en Suisse. Cette prédication est adaptée de celle qu’elle a prononcé devant des invités internationaux et l’assemblée le 1er juin 2025. 

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    Les membres du Conseil Général se réunissent pour prier pour Roman Rakhuba, délégué d’Ukraine au Conseil Général, avant son départ. Photo : Irma Sulistyorini