Catégorie : Courrier

  • Perspectives — Amérique du Nord 

    Chanter les cantiques du recueil de la CMM en Pennsylvanie

    « Toutes les nations que tu as faites viendront se prosterner devant toi, Seigneur, et glorifier ton nom » (Psaumes 86.9). 

    Lorsque nous entonnons des chants issus du Recueil international de la Conférence mennonite mondiale, nous mettons en pratique l’hospitalité et l’accueil. Chanter des chants d’autres cultures nous relie également à l’Église mondiale. 

    Des chants tels que « Here I am to worship », « Way Maker » et « How great thou art » s’intègrent parfaitement dans le répertoire musical de l’Église mennonite de Neffsville. D’autres, comme « Cantai ao Senhor », « Kwake Yesu Nasimama » et « Tú Eres Todopoderso », sont plus difficiles à intégrer. 

    Notre assemblée est majoritairement blanche, et beaucoup de ses membres sont d’origine mennonite suisse ou allemande. Cependant, nous avons également des membres originaires de Porto Rico, d’Haïti, du Kenya et d’Ouganda. Chanter des chants dans leur langue maternelle est une façon de leur montrer qu’ils ont vraiment leur place parmi nous. 

    De plus, bon nombre de nos membres ont été missionnaires en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Chanter des chants du recueil de la CMM les encourage également.  

    Permettez-moi de vous donner deux exemples illustrant comment les chants ont exprimé concrètement l’accueil et la solidarité.  

    Un chant préféré dans sa « langue de cœur »  

    Il y a environ trois ans, un missionnaire péruvien que nous soutenons s’est rendu à Neffsville pour y prêcher un dimanche. Ce matin-là, nous avons entonné « Tu Estas Aqui ». Alors que nous chantions, des larmes ont commencé à couler sur ses joues. Il n’aurait jamais pensé entendre un chant dans sa langue maternelle dans une église mennonite de Lancaster, en Pennsylvanie !  

    J’ai appris plus tard que « Tu Estas Aqui » était l’un de ses cantiques préférés. Lui et sa famille se sont sentis accueillis de manière plus profonde, simplement parce que nous avons chanté dans sa langue maternelle pendant le culte.  

    Dieu accueille un invité à sa manière 

    Le deuxième exemple est récent. Nous avons chanté « Cantai ao Senhor » lors de notre culte en portugais et en anglais.  

    Ce dimanche-là, une famille originaire du Brésil, qui parle portugais à la maison, rendait visite à notre Église pour la première fois ! 

    Certains membres de notre assemblée se sont demandé pourquoi nous chantions en portugais. Ils ne connaissaient personne dans notre communauté originaire d’un pays lusophone. 

    Mais voilà comment Dieu agit ! Cette famille était ravie qu’une Église de Lancaster, en Pennsylvanie, chante dans leur langue maternelle.  

    Ils se sont sentis accueillis d’une manière qui dépassait largement ce qu’une simple poignée de main aurait pu exprimer. Ils se sont sentis reconnus. 

    La musique relie le monde entier 

    L’un des objectifs que je me suis fixé cette année est que nous chantions en Église, dans la plupart de nos cultes, au moins un chant issu d’une culture non majoritaire. Les cantiques du recueil de la CMM nous aident à le faire et nous relient ainsi profondément à nos frères et sœurs anabaptistes du monde entier. Lorsque, comme le dit le Psaume 86.9, nous « glorifions le nom de Dieu », nous le faisons avec les chants de « toutes les nations ».  

    Après tout, lorsque nous arriverons au ciel, il y aura des personnes de toutes les nations : tous celles et ceux qui, en Christ, auront vécu. Nous tous, avec nos cultures, nos langues et nos origines diverses, chanterons : « Le salut est à notre Dieu qui siège sur le trône et à l’Agneau » (Apocalypse 7.10b).  

    Chanter des cantiques d’autres cultures et langues (en particulier ceux du recueil de chants de la CMM, dont beaucoup figurent également dans notre propre recueil, Voices Together) est un bon exercice pour nous.  

    Rashard Allen est directeur musical et responsable du culte à l’Église mennonite de Neffsville, à Lancaster, en Pennsylvanie (États-Unis). Il a découvert le recueil de chants de la CMM en participant à l’ensemble international pour l’Assemblée de la CMM en Indonésie en 2022. Depuis, il a animé des ateliers sur la louange dans des assemblées mennonites en Ouganda et a coordonné les cinq chorales internationales lors de la commémoration « 500 ans d’anabaptisme » à Zurich en 2025. 


  • Courrier : « Un messager… chargé de transmettre des nouvelles. » C’est ainsi que Paul N. Kraybill, Secrétaire général, a présenté le nouveau magazine de la CMM dans son premier numéro en 1986. 

    « L’Assemblée de la Conférence mennonite mondiale de 1984 à Strasbourg a fait écho à un cri souvent entendu auparavant et depuis. Nous ne nous connaissons pas assez les uns les autres. Nous formons une communauté mondiale, mais nos connaissances sont locales et limitées. Malgré nos presses, nos éditeurs et nos publications, il n’y a pas de messager international ! », écrivait-il. 

    Ainsi : « La Conférence mennonite mondiale est heureuse de présenter Courrier, une nouvelle revue. 

    Courrier est spécialement conçu pour être un messager relayant des nouvelles vers et depuis toutes les parties de la communauté mondiale mennonite. 

    Nous accueillons avec reconnaissance vos réponses, commentaires, suggestions, critiques et contributions — afin que ce magazine devienne véritablement un “courrier”, portant des messages dans les deux sens, à travers toutes les régions du monde. » 

    Depuis lors et jusqu’en 2026, le magazine a connu des changements et continuera d’en connaître ! Mais notre objectif reste d’être un lieu où la famille mondiale peut apprendre à se connaître. 

    Votre point de vue 

    Et nous souhaitons toujours entendre votre point de vue :  

    En quoi Courrier vous forme-t-il, vous inspire-t-il et vous aide-t-il à mieux comprendre la famille anabaptiste ? 

    Quelles réflexions et quels témoignages tirés de vos lectures vous ont marqué longtemps après avoir posé le magazine ? 

    Rejoignez la discussion  

    Nous vous invitons à vous joindre à nous pour échanger. Les membres de notre famille mondiale possèdent une riche expérience et une grande sagesse qui leur permettent de partager au-delà des frontières géographiques et culturelles. Nous travaillons actuellement à la mise en place d’une initiative visant à apprendre ensemble dans le cadre d’un webinaire. Restez à l’écoute pour les prochaines annonces concernant ce webinaire. 

    Alors que nous constatons la désunion et les désaccords autour de nous, y compris dans l’Église, puissions-nous apprendre à vivre la grâce et à accueillir la diversité. 


  • Perspectives — Allemagne 

    Comment la musique des rencontres mondiales enrichit mon Église 

    Depuis qu’un animateur de colo m’a appris mes premiers accords de guitare, il y a bien des années, la musique occupe une place importante dans ma vie. J’aime également rencontrer des chrétiens issus d’autres cultures. 

    J’ai à ce jour participé à quatre Assemblées mondiales de la Conférence mennonite mondiale. Je suis émerveillé de voir comment notre foi partagée fait surgir la diversité au sein de notre unité. Le chant de bénédiction japonais « Kirisuto no heiwa ga » a trouvé sa place dans mon cœur, tout comme le chant latino-américain « Adorad a Jesus » et le chant en anglais « Way Maker ». 

    Les rythmes et les mélodies évoquent en moi des images de rencontres et des sentiments de joie et de proximité. 

    Avec ma guitare, j’ai été invité à faire partie du groupe de musique international lors du culte monumental commémorant le 500e anniversaire du mouvement anabaptiste à Zurich. Un esprit de respect mutuel nous a conduit à apprendre les différents styles musicaux qui caractérisent les chants. 

    Pendant les répétitions communes et le culte, j’ai eu l’impression que le paradis était descendu parmi nous. Une communauté mondiale a rendu gloire à notre Dieu digne de louange dans de nombreuses langues et expressions musicales. 

    Le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale est l’une des occasions où les chants de la famille mondiale peuvent exprimer leur capacité à unir. Je suis heureux de partager mes propres récits de rencontres lors des Assemblées de la CMM en Indonésie (2022), aux États-Unis (2015), au Paraguay (2009) et en Inde (1997). 

    En chantant les cantiques dans leur langue originale, nous ressentons une proximité particulière avec la famille mondiale. Pour certains chants, j’ai également développé des textes en allemand. Les paroles allemandes rendent audibles certains aspects de notre foi commune. 

    En ce moment, je me prépare pour la CMERK* qui aura lieu cette année, en mai, aux Pays-Bas. En plus des chants européens, nous profiterons également de cette occasion pour chanter des chants des Assemblées de la CMM. 

    Avec des chants comme « Ewe Tina » et « Hakuna Akaita Sa Jesu », nous aimerions inciter les gens à participer à la prochaine Assemblée de la CMM, qui devrait se tenir en Afrique en 2028. C’est en tout cas mon espoir, car ces chants déploient leur esprit de guérison et de joie — bien sûr — dans la communauté mondiale. 

    *CMERK, une rencontre régionale pour toutes les Églises mennonites européennes, est une combinaison de deux noms pour l’événement : Conférence Mennonite Européenne (français) + Mennonitische Europäische
    Regionale Konferenz (allemand).

    La rencontre aura lieu du 14 au 17 mai 2026 aux Pays-Bas. 

    Wilhelm Unger est pasteur des Églises mennonites de Friedelseim et Limburgerhof-Kohlhof (qui font partie de l’union d’Églises membre de la CMM Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer
    Gemeinden in Deutschland) en Allemagne. 


  • À la fin du Sommet mondial de la jeunesse (GYS) en Allemagne, les participants se sont
    rassemblés autour d’un feu de joie pour chanter et faire du pain ensemble. Photo: Irma Sulistyorini

    La colonne des responsables de la CMM 

    Les possibilités qui s’offrent à nous sont extraordinaires : un monde dans lequel les gens sont suffisamment guéris pour connaître leur valeur et donc capables d’entretenir des relations marquées par une intimité, une dignité et un respect authentiques. Un monde dans lequel de puissantes technologies et des connexions mondiales comblent les fossés plutôt que de les creuser, devenant des outils de compréhension mutuelle et d’épanouissement partagé. 

    En même temps, nous reconnaissons la réalité de notre époque. Partout dans le monde, de nombreuses personnes vivent dans des endroits où règne la peur, des endroits marqués par la violence, les déracinements, l’incertitude économique, la crise climatique et une profonde polarisation sociale. La peur résonne fort. Elle nous incite à nous replier sur nous-mêmes, à protéger ce qui nous appartient et à imaginer que la survie est le mieux que nous puissions espérer. 

    Et pourtant, il ne s’agit pas seulement de difficultés à subir. Ce sont aussi des moments qui éveillent notre courage. 

    Au sein de la famille anabaptiste mondiale, les communautés redécouvrent leur voix, leur capacité d’action et leur vocation à vivre différemment. La solidarité, telle que la comprend la Conférence mennonite mondiale, n’est pas un accord passif ou une préoccupation lointaine. C’est un choix fidèle de rester connecté : choisir la relation plutôt que l’isolement, l’accompagnement plutôt que le contrôle, et l’espoir plutôt que la peur. 

    Cette solidarité se vit lorsque nous écoutons attentivement à travers les cultures, lorsque l’expérience vécue façonne notre discernement commun et lorsque nous choisissons de ne pas nous retirer malgré l’incertitude de l’avenir. 

    Elle nous rappelle que la guérison est possible, qu’une nouvelle vie peut émerger des situations difficiles et que l’unité est quelque chose qui se travaille avec patience et attention. 

    À l’aube de 2026, nous sommes invités à prendre soin de ce qui nous a été confié : construire des espaces de confiance, renforcer les liens d’amour et façonner un avenir marqué par la paix du Christ. 

    Ce que nous construirons ne sera pas parfait, mais peut être empreint de fidélité. 

    Puissions-nous nous ouvrir à la grâce que Dieu nous a déjà donnée et la vivre à travers la solidarité, en marchant ensemble dans l’humilité, en nous choisissant les uns les autres avec courage et en faisant confiance à l’Esprit qui nous unit. 

    2025 headshot

    Lisa Carr-Pries est vice-présidente de la CMM (2022-2031). Elle est directrice des soins spirituels à Parkwood Community (établissement de soins de longue durée/maison de retraite) à Waterloo, dans l’Ontario, au Canada, et est membre de l’Église mennonite Nith Valley, dans l’Ontario, au Canada. 


  • Binuangan Mennonite Christian Church, aux Philippines, a célébré le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale en chantant «What a Friend We Have in Jesus», «Blessed Assurance», «Trust and Obey» et «God You’re Good». Certains de ces cantiques ont été chantés en ilocano, une langue couramment utilisée parallèlement à d’autres dialectes locaux tels que le kankanaey, le bugkalot, l’ibaloi, le kalanguya et d’autres encore.

    Secrétaire Général

    La créativité nous aide à avoir l’imagination nécessaire pour visualiser des choses que nous n’avons encore jamais vu ni expérimenté. 

    Lorsque j’ai découvert l’histoire de Dirk Willems, cet anabaptiste emprisonné qui sauva son poursuivant tombé à travers la glace, je devais autrefois me représenter la scène par l’imagination. Depuis mon installation au Canada en 2019, j’ai vu de mes propres yeux des lacs et des rivières figés par le gel. Marcher sur la glace est une réalité tangible — tout aussi réelle que l’Esprit du Dieu d’amour à l’œuvre dans la vie de Dirk Willems et dans celle de son poursuivant. 

    Aujourd’hui, face à ce monde fracturé, rempli de colère, de violence et de désaccords — hélas, même au sein de l’Église — mettons notre imagination au défi de vivre dans le monde de shalom auquel Dieu nous appelle. 

    • À quoi ressemblerait le monde s’il était peuplé de personnes comme Dirk Willems ? 
    • Et si nous apprenions à reconnaître Jésus dans le visage de ceux que nous considérons comme nos ennemis ? 
    • Comment devenir une Église mondiale dont la pierre angulaire serait l’amour mutuel entre chrétiens, un amour prêt à aller jusqu’au don de sa propre vie ? 
    • Comment vivre concrètement cet amour dans nos familles, sur nos lieux de travail et au cœur de nos quartiers ? 

    C’est cette manière de vivre qui nous permet de comprendre profondément l’autre, en l’écoutant et en lui parlant dans l’amour. 

    Lorsque nous chantons, comme on le découvre dans ce numéro, nous éveillons notre imagination. Nous chantons notre amour pour Dieu et pour les autres, et la musique nous émeut et nous fait ressentir cet amour. Dans l’harmonie, nous donnons corps à notre imagination en manifestant l’unité au cœur même de la diversité. 

    Demandons à Dieu sa présence pour nous aider à vivre selon cette imagination dans chacune de nos relations. 

    headshot: César García

    César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario (Canada). Cette réflexion est adaptée d’une lettre du secrétaire général à l’occasion des fêtes religieuses.


    group of  Filipino singing at a church
  • Perspectives — Paraguay 

    Chaque semaine, lors du culte à la chapelle du campus de l’IBA, nous consacrons un temps pour louer Dieu à travers la musique. Étant donné que nous sommes un institut biblique où convergent différentes traditions théologiques et divers arrière-plans culturels, d’aucuns pourraient penser que les différences auraient plus de poids que ce que nous partageons. Malgré cela, chanter ensemble joue un rôle important dans le renforcement de notre unité en tant que peuple de Dieu. 

    Communauté et unité 

    Pendant les cultes, nous chantons des cantiques classiques, mais aussi des chants contemporains aux rythmes latino-américains et anglo-saxons. Cette variété reflète la diversité de notre corps étudiant, qui participe activement à nos temps musicaux. 

    Bien entendu, en tant qu’institut anabaptiste, nous accordons une grande importance à la communauté et à l’unité en Christ. 

    C’est pourquoi le chant d’assemblée n’est pas simplement un « moment musical » pendant le culte, mais un acte communautaire qui façonne notre identité. Lorsque nous chantons, plus que d’accompagner un groupe de musique, nous cherchons à adorer notre Seigneur d’une seule voix. Il est intéressant de constater que la musique peut transcender des barrières que la théologie, avec ses débats et ses formulations, ne parvient parfois pas à franchir aussi facilement. 

    Cela ne signifie pas que la théologie ne soit pas importante – au contraire, elle est vitale pour la santé de l’Église -, mais nous reconnaissons qu’il existe, au sein du monde évangélique, différentes interprétations sur des questions secondaires. En classe, nous pouvons dialoguer, débattre et approfondir divers sujets qui mettent en lumière nos désaccords. Mais dans la chapelle, en chantant les vérités centrales de notre foi, nous nous retrouvons sur un terrain commun où l’essentiel résonne plus fortement que le secondaire. 

    À de nombreuses reprises, j’ai vu des étudiants issus d’Églises aux styles et traditions différents élever leurs voix ensemble avec une profonde conviction. Même s’ils ne formulent pas certains points doctrinaux de la même manière, ils sont capables de déclarer ensemble : « Christ est Seigneur » ou « Nous sommes le peuple de Dieu ». Dans ces moments-là, la musique devient un espace où nous pouvons réaffirmer notre accord, non pas sur des sujets secondaires, mais sur les fondements centraux de notre foi. 

    Le peuple du Seigneur 

    Un aspect clé de cette expérience a été la démarche intentionnelle dans le choix des chants. Nous nous efforçons d’inclure des cantiques qui exaltent Jésus non seulement comme notre sauveur individuel, mais aussi comme le sauveur de la communauté. Les paroles parlent de « nous », l’Église en tant que corps, et de marcher ensemble dans la lumière. De telles paroles nous aident à développer une spiritualité moins privée et plus enracinée dans la communauté. Cela est profondément cohérent avec notre héritage anabaptiste qui comprend la foi comme le fait de suivre visiblement le Christ dans la communauté. 

    En même temps, les chants d’abandon et de dévouement à Jésus jouent un rôle unificateur. Lorsque l’assemblée chante des paroles d’abandon – « Prends ma vie », « Je me donne à toi », « Je veux te rester fidèle » – nous nous alignons spirituellement. Nous n’affirmons pas nos préférences personnelles ni ne défendons nos propres points de vue ; nous nous soumettons ensemble à la souveraineté du Christ. Cette attitude commune d’humilité devant lui nous aligne sur la vérité centrale selon laquelle Jésus est Seigneur et que nous devenons tous ses disciples. 

    J’ai également remarqué que la musique crée des souvenirs collectifs. Des années plus tard, d’anciens étudiants reviennent sur le campus et sont émus en entendant un chant que nous chantions à la chapelle. Ils ne se souviennent pas seulement de la mélodie, mais aussi du temps passé à étudier, des amitiés profondes et des rencontres avec Dieu au sein de la communauté. 

    Par tout cela, je ne veux pas dire que la musique ne puisse pas être une cause de division – elle l’est souvent. Mais, d’après ce que nous vivons chaque semaine sur le Campus IBA, la musique chantée comme un peuple et consacrée au Seigneur a le pouvoir de nous unir. Et peut-être même, qui sait, la capacité de formuler la théologie avec un cœur juste. 

    Fernando Miranda est actuellement professeur à l’Institut biblique Campus IBA, situé à Mariano Roque Alonso, au Paraguay. Il est marié à Miriam Sawatzky et ils ont deux enfants, Andrea et Sebastián. En plus de ses fonctions académiques, il coordonne et dirige les moments de louange sur le campus, en particulier la musique. 


    singing and playing music on stage
  • Inspiration et réflexion

    Louer ensemble, et particulièrement chanter ensemble, est souvent cité comme l’un des moments forts des Assemblées de la Conférence mennonite mondiale. Après tout, rien ne vaut le fait de chanter avec plusieurs milliers de frères et sœurs en Christ réunis. Même lorsque tout le monde ne parle pas la même langue, la musique a ce pouvoir d’unir que d’autres moments n’ont pas. 

    Le chant est annoncé, et sur l’écran apparaissent les mots d’une langue que beaucoup dans la salle ne parlent pas couramment, voire pas du tout. 

    La mélodie peut sembler inconnue, le rythme légèrement différent de ce à quoi le corps s’attend. 

    Des choristes du monde entier aident à lancer le chant. Puis, progressivement, le son communautaire prend forme. 

    Des milliers de voix, portant des accents différents, des formes de voyelles variées et des instincts musicaux distincts, commencent à résonner ensemble. 

    Lors des Assemblées de la Conférence mennonite
    mondiale, l’unité est quelque chose que l’on peut entendre. 

    Le son n’est jamais impeccable : certains mots sont mal prononcés, certaines harmonies sont floues, mais, dans ces instants, il se passe quelque chose d’indéniable. Des personnes qui vivent leur culte différemment, qui ont des perspectives différentes et qui viennent de contextes très différents s’engagent à chanter le même chant au même moment. 

    Personne ne chante seul. Personne ne chante exactement de la même manière. Une vérité plus profonde est mise en lumière : l’unité dans une Église mondiale ne se découvre pas en effaçant les différences, mais en apprenant à les maintenir ensemble dans un son. 

    Le but de cet article est d’explorer le rôle que la musique a joué au cours d’un siècle d’Assemblées de la CMM, comment elle a évolué à mesure que la communion mennonite s’est mondialisée, et comment le fait de chanter ensemble continue de façonner un sentiment d’unité vécu. 

    La première rencontre de la Conférence mennonite
    mondiale a eu lieu en 1925 à Bâle, en Suisse, pour commémorer le 400ème anniversaire de la Réforme anabaptiste. Alors que l’Église mondiale vient de célébrer son 500ème anniversaire, le moment semble opportun pour réfléchir aux Assemblées du siècle dernier, à travers le prisme particulier de la musique. 

    Les recueils de chants créés pour chaque rassemblement permettent de retracer ce qui a été chanté lors des Assemblées de la CMM. Bien qu’aucun recueil ne reprenne tout ce qui a été chanté ou entendu (et que certains chants imprimés ne soient jamais utilisés), ils offrent un aperçu concret de la vision que l’Église mondiale a d’elle-même, de son unité et des voix qui sont invitées à participer au culte communautaire. 

    choir at MWC assembly
    7ème Assemblée, 1962, Kitchener (Canada)

    Chanter ensemble notre foi, l’importance de la musique 

    Chanter ensemble exige de nous quelque chose que peu d’autres pratiques collectives demandent. Cela requiert de la vulnérabilité et de la confiance, et ne peut se faire en privé au sein d’une foule. 

    Les voix sont révélées, le souffle est partagé et le tempo est négocié en temps réel. Chanter ensemble, c’est autant écouter que se faire entendre. 

    Pour une communion mondiale comme la Conférence mennonite mondiale, cela revêt une importance capitale. L’unité au sein de la CMM ne signifie pas une uniformité totale des croyances, des pratiques ou des perspectives. La communauté s’étend sur plusieurs continents, cultures et histoires façonnées par des réalités sociales et politiques très différentes.  

    Pourtant, encore et encore, l’Église se rassemble et choisit de louer. Ce faisant, elle pratique une forme d’unité qui ne dépend pas de l’effacement de toutes les différences, mais de l’engagement envers des convictions communes, même si ces convictions s’incarnent de diverses manières. 

    Lors des Assemblées de la CMM, cette unité s’exprime souvent à travers ce que l’on pourrait appeler des « chants du cœur » : des chants chers à certaines communautés et qui racontent leur témoignage de foi, de souffrance, d’espoir et de joie. 

    Ces chants n’ont pas nécessairement la même signification pour tous ceux qui les chantent. Au contraire, ils invitent à prendre conscience des différents styles musicaux, des nuances théologiques, des langues utilisées dans les textes et des pratiques cultuelles. Chanter les « chants du cœur » les uns des autres devient un moyen d’apprendre qui nous sommes, ensemble. 

    Cette pratique comporte des risques : les mots peuvent être mal prononcés ou mal compris, les formes musicales peuvent sembler inhabituelles ou dérangeantes : Pourtant, c’est précisément dans cette vulnérabilité que la musique joue son rôle le plus important. 

    Une unité qui ne coûte rien n’exige pas grand-chose de nous. En revanche, chanter malgré les différences apprend à l’Église à écouter avant de diriger, à suivre avant de façonner et à remettre en question ses convictions profondes sur le culte et la musique. 

    group of Africa singing
    10ème Assemblée, 1978, Wichita (États-Unis)

    Recueils de chants et tournant décisif : 1967-1972 

    Un recueil de chants n’est jamais une compilation neutre. Chaque inclusion ou omission reflète un ensemble de valeurs : quelle théologie est mentionnée, quelle langue est entendue et quels styles musicaux sont considérés comme chantables par une communauté mondiale. 

    À mesure que la Conférence mennonite mondiale s’est internationalisée, ses recueils de chants sont devenus de plus en plus complexes. 

    Les procès-verbaux de la première Assemblée de la CMM en 1925 mentionnent des chorales et des chefs de chœurs, mais le premier recueil de chants imprimé spécifiquement pour une Assemblée date de 1936, lors du rassemblement à Amsterdam et Elspeet, aux Pays-Bas. Avant cela, les Assemblées chantaient probablement à partir des recueils de cantiques existants disponibles dans les lieux de culte. 

    Ces premiers recueils de chants de l’Assemblée contenaient exclusivement des cantiques européens et nord-américains, généralement en anglais, allemand, français et néerlandais. 

    À mesure que la représentation au sein de la CMM se diversifiait, en particulier suite à l’expansion significative dans les pays du Sud, ce panorama musical devenait de plus en plus incongru. Lors de l’Assemblée de 1967 à Amsterdam, qui réunissait des délégués de plus de 30 pays, les participants ont pris conscience que la communion mennonite était en train de changer. 

    La diversité des cultures, des langues et des couleurs de peau n’était plus un élément marginal : elle était bien présente dans la salle. 

    Ce moment a marqué un tournant. 

    L’Assemblée suivante, qui s’est tenue en 1972 à Curitiba, au Brésil, a été la première Assemblée de la CMM dans l’hémisphère sud. L’historien Cornelius Dyck a saisi le défi auquel l’Église était confrontée en posant une question pertinente : « Quel type d’unité est possible et souhaitable dans une fraternité mondiale où chaque Assemblée n’est finalement responsable que d’elle-même ? » 

    L’Assemblée au Brésil s’est déroulée dans un contexte difficile, marqué notamment par la répression politique sous le régime militaire et des difficultés de traduction et d’accès linguistique. 

    Pourtant, les comptes rendus font état d’une impression particulièrement positive concernant la musique. Les chants communs ont été accueillis par des applaudissements enthousiastes et, pour la première fois, des groupes d’Amérique du Sud se sont produits. Seul un tiers des participants venait d’Europe et d’Amérique du Nord. Un groupe de travail sur la musique a reconnu la nécessité d’avoir des chants de différentes époques, styles et cultures afin de mieux refléter l’Église mondiale. 

    Des changements organisationnels ont également suivi. Les réunions du Conseil général ont commencé à se tenir dans les pays du Sud, des conférences régionales ont été organisées et les réseaux missionnaires se sont étendus à plus de 50 pays où les Églises connaissaient souvent une croissance plus rapide que celles du Nord. 

    La Conférence mennonite mondiale a clarifié son objectif en tant que « canal de communion et de témoignage », mettant l’accent sur la communication, l’encouragement mutuel et la responsabilité partagée. Elle a également créé par la suite un poste de Secrétaire général rémunéré, passant d’une direction de la CMM assurée principalement par des historiens à une direction assurée par des personnes ayant une expérience dans le domaine de la mission. 

    choir group from Africa at MWC assembly
    14ème Assemblée, 2003, Bulawayo (Zimbabwe)

    Ce que nous apprenons en chantant ensemble 

    À partir des années 1970, les Assemblées de la CMM ont continué à croître en taille et en diversité. Des recueils internationaux de chants, représentant délibérément le monde entier, ont été développés à partir de l’Assemblée de 1978 à Wichita. 

    Davantage de langues sont apparues sur les pages et dans les cultes, parfois avec l’aide d’une traduction simultanée. À partir de ce recueil, les « chants du cœur » de chaque continent ont été privilégiés. Les femmes ont joué un rôle de plus en plus visible dans la musique, notamment des personnalités telles que Mary Oyer en tant que cheffe de chœur. Pour la première fois, le président n’était ni américain ni allemand, mais éthiopien. 

    Lors de l’Assemblée de 1984 à Strasbourg, la forme de l’Assemblée moderne de la CMM avait commencé à se dessiner : un comité du programme, un sous-comité musique et culte, une structure thématique rythmée par les journées et une musique tissée tout au long de l’Assemblée. Des musiciens du monde entier se sont produits, montrant que l’unité nécessite une intention et une pratique. 

    L’unité formée par le chant lors des Assemblées de la CMM n’est pas permanente. Lorsque le dernier chant s’éteint, les participants retournent dans leur contexte d’origine, emportant avec eux différentes questions, convictions et défis. Pourtant, quelque chose subsiste : le souvenir d’avoir chanté ensemble remodèle la façon dont les différences sont portées par la suite. 

    diversity group of people singing
    17ème Assemblée, 2022, Indonesia

    La musique enseigne à l’Église mondiale que l’unité n’exige pas de résoudre tous les désaccords. Elle exige d’être présent. 

    En chantant, l’Église s’entraîne à rester ensemble dans le temps présent, à écouter attentivement, à s’adapter si nécessaire et à s’engager dans une action commune, même lorsque cela nous demande des efforts. L’unité, en ce sens, n’est pas un idéal abstrait, mais une discipline pratiquée. 

    Les Assemblées de la CMM fonctionnent comme des espaces de répétition pour ce type d’appartenance. Elles offrent un aperçu de ce qui est possible lorsque la diversité n’est pas gérée ou minimisée, mais accueillie dans un rythme partagé. 

    Chaque voix compte, précisément parce qu’elle est distincte. Et dans l’acte partagé du chant, l’Église mondiale réapprend ce que signifie d’appartenir ensemble. 

    Benjamin Bergey est professeur agrégé de musique à l’Eastern Mennonite University, à Harrisonburg, en Virginie (États-Unis), où il dirige les chœurs et l’orchestre et enseigne la théorie musicale et la direction d’orchestre. Il a été coordinateur musical pour l’Assemblée 2022 en Indonésie et dirige les EMU Chamber Singers, qui se sont produits lors de la commémoration du 500ème anniversaire à Zurich. Benjamin Bergey a également été rédacteur musical pour Voices Together, un recueil de cantiques pour l’Église mennonite aux États-Unis et au Canada. Il est membre de l’Église mennonite Harrisonburg. 

    Aperçu historique 

    #1 – 1925 Bâle et Zurich 

    • Objectif : se réunir pour célébrer le 400ème anniversaire et publier un livre commémoratif 
    • Les chorales de la région de Bâle (Holee et Schänzli) se produisent, et de nombreux cantiques sont mentionnés, notamment « Gott grüße Dich », « Große Gott », « Die Sach ist Dein » et « Nun danket alle Gott ». 

    #2 – 1930 Danzig 

    • « Conférence mennonite
      mondiale humanitaire ». 
    • Objectif : recevoir des rapports de diverses communautés et organisations mennonites sur les activités humanitaires,
      recevoir des conseils sur la situation difficile des communautés mennonites en Union soviétique et échanger des informations sur d’autres mesures d’aide coordonnées. 
    • Le chant est référencé et des cantiques précis sont indiqués. (« Wach auf, du Geist der ersten Zeugen, » « Kein schöner Land in dieser Zeit, » « Innsbruck, ich muß dich lassen ». 

    #3 – 1936 Amsterdam et Elspeet 

    • Objectif : poursuivre ce type de rassemblement, renforcer les liens entre les membres, célébrer les 400 ans de la conversion de Menno Simons aux Pays-Bas. 
    • Le premier recueil de chants est imprimé, avec les cantiques classés dans l’ordre prévu pour chaque cultes (textes en allemand et en néerlandais). 
    • Sont mentionnés des chants informels sur le bateau alors que les participants traversaient l’Ijsselmeer pour se rendre à Elspeet sous une forte pluie 

    #4 – 1948 Goshen et North Newton 

    • Objectif : maintenir les liens de fraternité mondiale, de l’appréciation et de l’apprentissage mutuels. 
    • L’excellence des chants interprétés par l’Assemblée, les chorales et les quatuors (divers chorales et ensembles des régions hôtes mentionnés) est soulignée. 
    • Les archives de la MC USA conservent 43 bobines de bandes magnétiques contenant les enregistrements audio de cette Assemblée. 

    #5 – 1952 Bâle (St. Chrischona) 

    • Objectif : continuer à partager et à communier, et « mieux connaître les assemblées mennonites largement dispersées à travers le monde » (JC Wenger). 
    • Des chorales venues de France, de Suisse, d’Allemagne et du Kansas (États-Unis) sont mentionnées. 
    • Deuxième recueil de chants imprimé pour une Assemblée. 
    • Le cantique « Faith of our fathers » (la foi de nos pères) est entonné près de la Limmat, où Felix Manz fut noyé. 

    #6 – 1957 Karlsruhe 

    • Une conférence davantage populaire, avec une
      participation plus importante (environ 1 300 personnes ont eu besoin d’un hébergement). Moins de la moitié des participants viennent
      des États-Unis et du Canada. 
    • Des questionnaires sont
      distribués afin de recueillir des retours et des
      suggestions ; une constitution
      est rédigée et votée ; un Comité exécutif et un Conseil général (présidium)
      sont créés. 
    • Création d’un troisième recueil de chants comprenant 30 cantiques en français, allemand, anglais et néerlandais. 

    #7 – 1962 Kitchener 

    • Un comité de musique est mentionné pour la première fois. 
    • De nombreuses chorales nord-américaines sont mentionnées. 
    • Un plus grand nombre de chefs de chœur et d’organistes sont mentionnés (là où il n’y en avait qu’un ou deux seulement lors des Assemblées précédentes). 
    • Quatrième recueil de chants comprenant 40 cantiques en allemand et en anglais. 

    #8 – 1967 Amsterdam 

    • L’Église connaît une croissance dans les pays du Sud, avec plus de 30 pays représentés (voir « tournant décisif » dans l’article ci-dessus). 
    • Plusieurs chorales universitaires américaines et européennes sont mentionnées.
    • Cinquième recueil de chants comprenant 38 cantiques en allemand, anglais, français et néerlandais. 
    • Premier recueil de chants à inclure la notation musicale occidentale. 

    #9 – 1972 Curitiba 

    • Première Assemblée avec plus de participants du Sud que du Nord. 
    • La musique se
      distingue positivement grâce aux chants collectifs et aux représentations des groupes mennonites d’Amérique du Nord et du Sud. 
    • Le sixième recueil de chants comprend pour la première fois des chants en espagnol et en portugais, en plus de l’anglais et de l’allemand. 

    # 10 – 1978 Wichita — « Le Royaume de Dieu dans un monde qui change » 

    • Des chorales du monde entier se produisent pour la première fois (dont la Russie, chaleureusement applaudie). 
    • Publication du premier « Recueil international de chants », marquant le lancement du nouveau modèle (avec une préface et une introduction). 
    • 63 cantiques avec notation musicale occidentale, organisés en cinq chapitres par continent. 
    • Conclusion avec « Praise God from whom ». 

    #11 – 1984 Strasbourg – « Servir Dieu dans l’espérance » 

    • Utilisation du Recueil international de chants de 1978 avec un nouveau supplément. 
    • L’oratorio « The abiding place » d’Esther Wiebe et Barbara
      Smucker est composé et interprété pour cette Assemblée. 
    • « Je louerai l’Éternel »
      devient un « chant du cœur ». 

    #12 – 1990 Winnipeg – « Être des témoins de Christ dans le monde d’aujourd’hui » 

    #13 – 1997 Calcutta – « Écoutez ce que l’Esprit dit aux Églises » 

    • Le recueil comprenait des réimpressions du recueil de 1990 et de cantiques
      américains, ainsi que quelques traductions locales. 
    • Un chant pour cette Assemblée est écrit par l’évêque Shant Kunjam : « Sun Aatma kya kahta hai sab Mandliyon se ». 
    • Le village de l’Église mondiale débute, avec une scène offrant ainsi l’occasion de partager de la musique. 

    #14 – 2003 Bulawayo – « Mettons nos dons en commun dans la souffrance et la joie » 

    • Publication du troisième Recueil international de chants, avec un comité de musique qui comprend cette fois-ci des représentants des cinq continents, ainsi que plusieurs chants écrits dans des notations musicales non occidentales. 
    • La première chorale internationale lance le modèle d’ensemble avec deux chanteurs de chaque continent. Un enregistrement réalisé à l’avance permet aux participants d’apprendre les chants de l’Assemblée. 
    • « Hakuna akaita », toujours autant apprécié, est présenté et fréquemment chanté. 

    #15 – 2009 Asuncion – « Marchons ensemble sur le chemin de Jésus-Christ » 

    • Publication du quatrième
      Recueil international de chants, avec une préface reconnaissant que tout le monde ne sait pas lire la musique et que des dizaines de langues sont utilisées, mais que la musique est une force unificatrice. 
    • « Tengan la Mente de Cristo » (N° 9), composé en lien avec le thème de cette Assemblée. 
    • Moment de chant spontané lors d’une coupure de courant : « Siyahamba ». 
    • Pour la première fois, toutes les séances plénières sont retransmises en direct. 

    #16 – 2015 Harrisburg – « En marche avec Dieu » 

    •  Publication du cinquième Recueil international de chants
    • « Tú eres todopoderoso » devient un chant très apprécié. 
    • Un couplet de « El Senyor és la meva força » (N° 37) est interprété en langue des signes pour un grand nombre de participants sourds ou malentendants. 
    • De nombreuses vidéos de cette Assemblée sont disponibles.  

    #17 – 2022 Salatiga – « Suivre Jésus ensemble à travers les frontières » 

    • Publication du sixième Recueil international de chants, le premier à inclure la notation musicale orientale. 
    • La version numérique est également utilisée par de nombreux participants en ligne en raison de la pandémie mondiale. 
    • Le chant N° 2, « Dhuh
      pangeran
       », composé par le mennonite indonésien
      Saptojoadi pour l’Assemblée de 1978, devient un « chant du cœur ». 

    2025 Zurich – « Le courage d’aimer » 

    • Bien qu’il ne s’agisse pas tout à fait d’une Assemblée, cette rencontre commémore le 500ème anniversaire de l’anabaptisme. 
    • Cinq groupes musicaux venus du monde entier donnent des concerts et participent au culte au Grossmünster. 
    • Des chants tirés du Recueil international de chants 2022
      sont interprétés, ainsi que « We want peace », un chant trilingue composé par un mennonite et spécialement arrangé pour l’occasion. 

    singing at MWC assembly
  • La colonne des responsables de la CMM

    Le 21 janvier 1525, un petit groupe de croyants se réunit en secret à Zurich, en Suisse, animé par une conviction enracinée dans les Écritures.

    Ils aspiraient à une Église fidèle à la suite de Jésus, une communauté où le baptême marquait une décision personnelle et consciente de suivre le Christ. Cet acte de courage, qui défiait la tradition et risquait la persécution, marque la naissance du mouvement anabaptiste mennonite.

    Alors que nous célébrons notre 500ème anniversaire, nous nous souvenons de ces origines avec gratitude et humilité à travers le thème « Le courage d’aimer », inspiré de 1 Jean 4.7-21 et du Psaume 136.

    1 Jean 4.7-21 nous appelle à nous aimer les uns les autres, « car l’amour vient de Dieu ». C’est au cœur de notre identité : nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier en Christ. Le courage des premiers anabaptistes d’agir selon leur foi était une réponse à l’amour parfait de Dieu, qui « chasse la peur ».

    De même, le psalmiste chante à plusieurs reprises : « La fidélité du Seigneur dure à toujours » (Psaume 136). Ce refrain nous rappelle que l’amour de Dieu a porté notre Église à travers les persécutions, les souffrances et le renouveau.

    Aujourd’hui, la Conférence Mennonite Mondiale perpétue cet héritage. En commémorant la date de 1525, nous nous rappelons que notre mouvement n’a pas commencé par une dispute, mais par un acte d’amour. Les premiers anabaptistes ont tout risqué. Leur amour n’est pas timide, mais constant et actif.

    Incarnons cet acte : le courage d’aimer. Le courage de pardonner quand on vous fait du tort. Le courage de résister à la violence par la paix. Et le courage de suivre Jésus même quand le chemin est difficile.

    Sunoko Lin est trésorier de la CMM. Originaire d’Indonésie, il vit aujourd’hui à Los Angeles, en Californie (États-Unis), où il est pasteur de la Maranatha Christian Fellowship, une paroisse de la LMC : A Fellowship of Anabaptist Churches (Communauté des Églises anabaptistes).


    sharing food
  • Les 100 ans de la CMM et les Commissions

    Dans la constitution de 2009 de la CMM, le Conseil Général a établi des commissions permanentes — Diacres, Foi & Vie, Mission, Paix — « d’importance vitale pour la communauté d’Églises de la CMM ».

    Les commissions préparent des questions ou documents à étudier par le Conseil Général, conseillent et proposent des outils à la CMM ou à ses églises membres, et peuvent aussi aider les réseaux de la CMM ou des lieux de communion fraternelle à travailler ensemble sur des questions d’intérêt commun. 

    À travers le regard de la Commission Paix, Joji Pantoja souligne comment celle-ci a contribué à la fraternité, au culte, à l’entraide et au témoignage au sein de la communion anabaptiste mondiale, et comment elle a aidé la CMM à devenir une communauté spirituelle mondiale dans la tradition anabaptiste.

    Lorsque j’étais présidente, la Commission s’est efforcée de traduire notre théologie de la paix en un témoignage concret mondial. Trois moments ont marqué cette période, chacun illustrant une facette différente de notre témoignage pour la paix.

    Le premier a été notre travail avec les Wounaan au Panama, où une visite communautaire a conduit la CMM à plaider auprès de leur gouvernement pour protéger leurs arbres sacrés, les cocobolos, et leur rôle de protecteurs de la forêt.

    Il s’agissait là d’une action concrète et enracinée en faveur de la paix : défendre la création de Dieu et les communautés qui la soutiennent.

    Le deuxième moment a été la rédaction d’une déclaration générale de la CMM affirmant notre soutien aux droits des peuples autochtones dans le monde entier. Il s’agissait là d’une prise de position prophétique en faveur de la paix. La Commission a joué un rôle déterminant dans la rédaction de cette déclaration, en s’appuyant sur les principes bibliques de justice.

    Cette déclaration nous a permis de passer d’une réaction aux crises à une définition proactive de notre identité mondiale, donnant à chaque Église membre un fondement théologique pour la solidarité.

    La troisième a été notre intervention directe en faveur d’un objecteur de conscience en Corée, membre de notre famille mondiale et emprisonné pour avoir refusé, en raison de sa foi, de participer à l’entraînement militaire. Ici, notre témoignage de paix s’est transformé en plaidoyer pastoral. La Commission a mobilisé toute la CMM pour plaider en faveur de sa libération, affirmant que notre position théologique sur la paix a des conséquences concrètes pour nos membres.

    Cette action a démontré que la Commission ne se contente pas de faire de grandes déclarations, mais qu’elle soutient également les personnes dont la vie incarne nos convictions fondamentales, garantissant ainsi que notre communion mondiale est une source tangible de soutien et de témoignage.

    Souvenir précieux

    Je me souviens du silence complet qui régnait dans la salle après que l’ancien Wounaan eut parlé de la forêt comme d’un membre de la famille. Ce moment de conviction partagée, où notre théologie rencontrait leur réalité vécue, a été sacré.

    De même, je chéris le cheminement, dans la patience et la prière, qui a mené à la rédaction de la Déclaration de Solidarité avec les Peuples Autochtones. Ce processus n’a pas été rapide ; il a fallu près de deux ans pour finaliser le document de prise de position. Cette longue période n’était pas synonyme de retard, mais une « saison » nécessaire de communion fraternelle. Nous avons écouté, débattu et affiné le texte afin de nous assurer qu’il représentait véritablement notre famille mondiale dans toute sa diversité.

    Le moment où tout a finalement été harmonisé et où nous l’avons adopté a été incroyablement puissant. Nous n’avons pas seulement approuvé un document ; nous avons été témoins du fruit d’un discernement collectif soutenu, vivant véritablement l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix.

    Avenir

    Je rêve que la Commission crée des boîtes à outils pratiques pour les Églises sur la manière de s’engager dans les processus locaux de vérité et de réconciliation, ou qu’elle facilite les partenariats dans lesquels les Églises ayant une expérience en matière de justice foncière peuvent encadrer d’autres Églises.

    Passons des déclarations percutantes à l’autonomisation d’un millier de témoins locaux, tous reliés et renforcés par notre communion mondiale.

    – Felicitas (Joji) Pantoja (Philippines), Commission Paix, présidente (2015-2022)

    Remarques formulées par d’autres commissions :

    Diacres

    Le travail très important et significatif de la Commission Diacres, qui consiste à accompagner les Églises dans les moments de souffrance et de détresse ainsi que dans les moments de joie pour encourager nos frères et sœurs, a été et continuera d’être tel qu’il a commencé dans Actes 6.1-7. Ces expériences ont véritablement rapproché nos communautés et continueront de le faire afin qu’elles soient le « sel de la terre » et la « lumière du monde. »
    – Cynthia Peacock (Inde), présidente (2009-2015)

    Foi et Vie

    Nous avons mis en place une méthode de travail dynamique dans laquelle différents membres ont préparé des études de cas sur des sujets importants qui avaient été choisis (parfois avec beaucoup de difficultés ou de conflits) dans des Églises de chaque pays. J’ai été reconnaissante de cette occasion de travailler avec l’ensemble de la Commission sur cette tâche, en tirant parti de l’expérience rassemblée sur les cinq continents et en apprenant beaucoup sur nous-mêmes au cours du processus.
    – Anicka Fast (Canada), secrétaire (2023-)

    Mission

    Il nous semblait juste et bon, à nous et à l’Esprit, de réunir enfin les organisations anabaptistes du monde entier engagés dans la mission. Pourquoi ne coopérerions-nous pas ? Pourquoi ne collaborerions-nous pas ?
    – Janet Plenert (Canada), présidente du Fraternité Missionnaire Mondiale (GMF) (2009)


    diversity group discussion
  • CMM : Cent ans de communion

    Dans des circonstances remarquablement similaires à celles d’aujourd’hui, un groupe de mennonites a entrepris un pèlerinage depuis le sud de la Russie (aujourd’hui l’Ukraine) jusqu’à Zurich, en Suisse, en 1925. Ils transportaient un message de la Conférence mennonite panrusse à présenter lors du premier rassemblement mondial de la Conférence Mennonite Mondiale.

    La délégation a exprimé ces aspirations dans sa lettre : « Nous accueillons favorablement l’idée de créer une union mennonite mondiale, dont l’expression unanime devrait être une réunion des représentants de tous les mennonites du monde ».

    La création d’une organisation mennonite mondiale et diversifiée renforcerait l’Église, en particulier parmi les petits groupes dispersés. Elle pourrait faciliter le financement des écoles chrétiennes, encourager les activités missionnaires, aider les nécessiteux et les souffrants, relever les défis de la migration et établir un annuaire mondial.

    La lettre apporte un message inspirant de mutualité, de solidarité mondiale et d’espoir d’unité au milieu d’une diversité dramatique.

    Les temps ont-ils changé ? Ou avons-nous encore besoin qu’on nous rappelle l’importance cruciale de l’unité compte tenu de la diversité de nos propres expériences ?

    Il y a plus de 2 500 ans, un autre groupe a entamé un pèlerinage à Jérusalem depuis une région plus à l’Est, porteur d’un message à partager entre les communautés d’autres groupes juifs exilés. Nous connaissons aujourd’hui ce message sous le nom de Psaume 133, qui se commence avec :

    « Oh ! Quel plaisir c’est, pour des frères, et quel bonheur que d’être ensemble ! »  (Psaume 133.1, SEM)

    En chantant ce cantique chaque année, les exilés ont découvert que le fait « d’être ensemble » est un don de Dieu, une réalité concrète et attrayante.

    Un don de Dieu

    Le passage explique comment l’huile et la rosée descendent. Ces images illustrent la manière dont le psalmiste envisage l’unité des Israélites : elle est accordée par Dieu. La véritable unité ne peut être construite ou atteinte par des accords humains sur des doctrines ou des pratiques ; c’est un don divin.

    Une réalité attrayante

    L’unité est une bénédiction qui attire d’autres bénédictions. C’est une vie épanouie qui s’étend vers l’extérieur – un parfum qui se répand, une rosée qui imprègne. Tout comme un arôme agréable attire l’attention, l’unité du peuple de Dieu est quelque chose que tout le monde souhaite expérimenter. Lorsqu’on la découvre, elle devient irrésistible.

    Une réalité concrète

    Le premier mot après le titre du Psaume 133, le mot hébreu hinneh – qui signifie « regarder » ou « contempler » – revêt une grande importance. En nous invitant à « regarder », le texte suggère que l’unité du peuple de Dieu n’est pas simplement un concept « spirituel ». Ce n’est pas non plus quelque chose que nous ne connaîtrons qu’après la mort. L’unité du peuple de Dieu est une réalité tangible qui peut être vue et ressentie ici et maintenant.

    Pendant des siècles, les théologiens chrétiens ont vu dans ce psaume un avant-goût du concept néotestamentaire d’être un ou de communion, où l’unité n’est pas comprise comme l’uniformité ou l’unisson, mais comme l’harmonie au sein de la diversité.

    Comme les Israélites en exil, la délégation mennonite de 1925 espérait que l’unité deviendrait une réalité tangible. Ils espéraient faire partie d’un organisme mondial plus grand qu’eux même.

    Ils ont imaginé une organisation qui incarnerait cette unité.

    Et aujourd’hui ?

    Nous vivons ce que la délégation avait envisagé il y a 100 ans.

    Cette communauté tant espérée a pris la forme de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM).

    Nous nous efforçons d’incarner la communion.

    Nous facilitons le travail en interdépendance dans les ministères de l’éducation, de la mission et de la paix.

    Nous aidons les Églises qui souffrent et nous nous engageons dans de nombreuses autres initiatives visant à renforcer l’unité.

    Alors que nous célébrons le centenaire de la CMM, rappelons-nous que l’unité est un don de Dieu. Soyons attirés par elle comme par un aimant. Rendons-la tangible. Prions pour que notre unité soit source d’espoir pour nos Églises dans les moments de souffrance et d’oppression, et pour un monde qui se désagrège sous le poids de la violence, du nationalisme, de la fragmentation et de la polarisation.

    César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario (Canada). Cet article est adapté de son sermon prononcé à Schönblick, en Allemagne, le 25 mai 2025, à l’occasion du 100ème anniversaire.

    family in Christ photo group
  • À l’occasion du 100ème anniversaire de la Conférence Mennonite Mondiale, les responsables se sont réunis à Schönblick, en Allemagne, au mois de mai, pour célébrer cet événement et poursuivre le travail de la CMM à travers la réunion du Conseil Général.

    Courrier a réuni d’anciens dirigeants (Danisa Ndlovu, J. Nelson Kraybill, Larry Miller, Nancy Heisey) pour réfléchir aux « doux souvenirs » de la transformation de la CMM en une communion mondiale et à notre appel à avoir le courage d’aimer et de faire entendre notre voix d’Église pacifiste face aux conflits qui secouent le monde aujourd’hui.


    Danisa Ndlovu, président (2009-2015)

    J. Nelson Kraybill, président (2015-2022)

    Larry Miller, secrétaire général (1990-2012)

    Nancy Heisey, présidente (2003-2009)


    Convictions

    Les Convictions Communes de la CMM sont le fruit d’un processus qui a duré 13 ans, depuis le début jusqu’à l’approbation par le Conseil Général, en passant par les différentes ébauches.

    Environ 34 confessions de foi, voire plus, ont été recueillies auprès des Églises membres à travers le monde.

    « Nous avons échangé de nombreux courriels » — « peut-être même des fax ! » ajoute Larry Miller — « à la recherche de points communs », explique Nelson Kraybill, qui a participé à la rédaction du document.

    « Ce fut un instant spirituel que de voir dans ces documents : voici ce que nous avons en commun », raconte Nelson Kraybill. « Suivre le Christ ; œuvrer pour la paix ; mission. »

    « Nous avons déplacé la déclaration “nous sommes anabaptistes” du début à la fin », ajoute Nancy Heisey. « Le début dit : “Sachant que nous faisons partie du corps unique du Christ en tout temps et en tout lieu…” Plutôt que de commencer par “Nous sommes anabaptistes”, nous avons commencé par “l’Église de Jésus-Christ”.

    « Au final, en les adoptant, nous nous inspirons des ancêtres anabaptistes du 16ème siècle. C’était une décision vraiment déterminante », précise Nancy Heisey.

    « Nous voulions que le début et la fin soient tout aussi importants que les sept points », explique Nelson Kraybill.

    La réunion à Pasadena, où le Conseil Général a approuvé les Convictions Communes en 2006, a été la première à utiliser le modèle du consensus.

    « Nancy (alors présidente) était assise à gauche, Danisa (alors vice-présidente) à droite, et un mot posait encore problème. Jésus-Christ incarné », se souvient Larry Miller.

    « Les délégués nord-américains étaient à l’arrière et défendaient le mot incarné, qui avait été inséré lors des réunions du Conseil Général au Zimbabwe.

    « Joren Basumata était un Indien chaleureux, calme et souriant. Il ne parlait pas beaucoup pendant les réunions. Mais il s’est alors levé pour dire : Si vous inscrivez ce mot, je ne pourrai pas utiliser cela en Inde. Tous les dieux en Inde sont incarnés. »

    « Toutes les cartes bleues (désaccord) sont instantanément passées à l’orange (accord). »

    Tout le processus qui a conduit à l’élaboration des Convictions Communes illustre la manière dont la CMM peut travailler ensemble conformément à sa mission d’être une communauté spirituelle mondiale.

    « Les Convictions Communes n’avaient pas pour but de remplacer ce que les Églises avaient déjà discerné, mais d’affirmer ce que nous partageons ensemble », explique Larry Miller. « Ce que nous avons en commun », ajoute Nelson Kraybill.

    « Je prie pour que nous continuions à les utiliser de cette manière et qu’elles ne deviennent pas une pomme de discorde », déclare Nancy Heisey.

    « Nous ne devrions pas être un lieu où l’on crée une synthèse par vote majoritaire, en essayant de concilier différentes opinions. Au contraire, c’est un lieu où l’assemblée reçoit sa révélation, l’offre au monde et voit ce qui se passe », explique Larry Miller.

    « Il est étonnant de voir à quel point les Convictions Communes ont été largement utilisées », ajoute Larry Miller. « C’est très significatif d’affirmer ce que nous partageons ensemble alors que nous essayons de déterminer comment être le peuple de Dieu dans le monde. »

    Les responsables actuels et passés de la CMM lors d’une réception œcuménique à Zurich en 2025 (de gauche à droite) : Janet Plenert, ancienne vice-présidente (Canada); Rebecca Osiro, ancienne vice-présidente (Kenya); Henk Stenvers, président (Pays-Bas); Lisa Carr-Pries, viceprésidente (Canada); Danisa Ndlovu, ancien président (Zimbabwe); César García, secrétaire général (Colombie); J. Nelson Kraybill, ancien président (États-Unis); Ernst Bergen, ancien trésorier (Paraguay); Nancy Heisey, ancienne présidente (États-Unis); Larry Miller, secrétaire général émérite (États-Unis/France); Sunoko Lin, trésorière (Indonésie/États-Unis). Photo : Kristina Toews

    Communauté

    L’Assemblée mondiale qui s’est tenue au Zimbabwe en 2003 a été déterminante pour la mission de la CMM de favoriser la dimension communautaire entre les Églises anabaptistes dans le monde. Le pays était sous un régime dictatorial. Il traversait une crise économique avec tous les défis qui accompagnent l’hyperinflation. Pourtant, les anabaptistes du monde entier voulaient se réunir pour prier ensemble.

    « Nous avons longuement discuté pour savoir si nous devions y aller », déclare Nancy Heisey.

    « Nous ne voulions pas imposer davantage de souffrances à l’Église locale », ajoute Larry Miller. « Mais les Frères en Christ nous ont dit : Où est votre foi ? »

    L’Église BIC (BICC) a envoyé une lettre aux Pays-Bas où les Doopsgezind s’inquiétaient (comme ils l’avaient fait pour l’Assemblée au Brésil en 1974) de donner l’impression de soutenir le régime en y participant.

    « Ce n’est pas le gouvernement qui vous invite, c’est l’Église ! » a répondu la BICC Zimbabwe. Les mennonites néerlandais sont venus.

    Les organisateurs ont encouragé les participants à apporter un petit cadeau, comme du thé ou du sucre, pour leurs hôtes. « Je n’oublierai jamais ces trois angolais qui avaient apporté des sacs de poisson séché. Quel signe extraordinaire de ce que nous voulons être les uns pour les autres », dit Nancy Heisey.

    « Nous avions deux visions différentes de la situation », explique Danisa Ndlovu. « Dans le contexte africain zimbabwéen, nous avons un dicton qui dit : Le ventre d’un étranger est aussi grand que la corne d’un dieu. Quand un étranger arrive, il y a communion, fraternité. On ne dit pas : Pourquoi vient-il ici pour manger le peu que j’ai ! »

    « Le monde a ses propres problèmes, mais en tant qu’Église, nous pouvons toujours nous rassembler et être une Église ensemble », a déclaré Danisa Ndlovu. « Le thème de l’Assemblée, Partager les dons dans la souffrance et dans la joie, a contribué à synthétiser tout cela. Les gens sont repartis avec le sentiment qu’ils avaient bien fait de venir. »

    « Cela a été une expérience fondamentale dans notre cheminement vers la compréhension de notre corps mondial comme une communion », dit Larry Miller.

    Unité

    Une partie de la mission de la CMM consiste à maintenir des liens avec les autres communions et organisations chrétiennes mondiales.

    Le premier secrétaire rémunéré de la CMM, Paul Kraybill, s’est impliqué dans la conférence des secrétaires des communions chrétiennes mondiales. Il s’agit d’un rassemblement des responsables des organismes chrétiens mondiaux.

    Depuis lors, tous les Secrétaires Généraux de la CMM ont rejoint le groupe. César García et Larry Miller ont également été appelés à présider le groupe. « Nous avons consciemment décidé de nous engager dans ces espaces. Quand ils font appel à nous, c’est une reconnaissance des dons du monde mennonite », dit Larry Miller.

    « Une partie du travail de la CMM consiste à favoriser les moments de réconciliation dans le mouvement œcuménique, tant au niveau des dialogues internationaux et nationaux que des défis permanents pour les faire vivre là où les gens vivent et pratiquent leur culte », dit-il.

    « On commence avec une graine de moutarde », dit Nancy Heisey.

    Les premières graines de la réconciliation en 2025 de la CMM avec la Communion mondiale d’Églises réformées ont été semées en 1952, lorsque le président de l’époque, H.S. Bender, a assisté à une rencontre officielle au Grossmünster.

    Une autre graine a été ce que les luthériens appellent « l’action mennonite » lors de l’assemblée de la Fédération luthérienne mondiale (FLM) à Stuttgart, en Allemagne, en 2010. Ces excuses pour la répudiation des anabaptistes dans la Confession d’Augsbourg ont été l’aboutissement d’un long processus.

    Le président de la FLM a présenté la motion aux délégués et a déclaré : « Nous aimerions que vous approuviez cette motion en vous levant ou en vous agenouillant en prière », se souvient Larry Miller.

    « Soudain, tout le monde s’est agenouillé ou s’est levé. Les seuls à rester assis étaient les invités mennonites. »

    « Je n’ai pas pu retenir mes larmes », raconte Danisa Ndlovu. « C’était incroyable de voir tous ces gens à genoux. C’était comme une décharge électrique, un choc ; ils sont tous tombés à genoux. »

    « Alors que cette histoire se répandait dans le monde œcuménique, les personnes qui étudient ces questions l’ont présentée comme une nouvelle forme d’accueil : non seulement nous approuvons des documents, mais nous nous accueillons aussi les uns les autres dans notre culte », explique Larry Miller.

    Le culte célébré à Zurich le 29 mai 2025 est une représentation dramatique de cet « accueil » comme une unité vécue, et non nécessairement une unité d’accord. Ce jour-là, dans le Grossmünster, ce n’étaient pas seulement des théologiens et des autorités ecclésiastiques qui discutaient, mais des gens ordinaires dans le culte, dans la liturgie, dans la vie ; des mennonites et des réformés dans ce lieu de division historique.

    L’Église des Frères Mennonite au Panama (Iglesia Evangélica Unida Hermanos Menonitas de Panamá) célèbre un culte lors d’une visite de solidarité des Commissions Paix et Diacres en 2015. Photo : Henk Stenvers

    Témoigner

    Notre cheminement vers la communion s’est accompagné d’une attention mutuelle et d’un apprentissage pour parler d’une seule voix.

    « Les situations peuvent être diverses, mais il est essentiel de s’exprimer à leur sujet. Les déclarations publiques doivent être mûrement réfléchies ; les personnes qui les lisent doivent percevoir notre intégrité », affirme Danisa Ndlovu. « Des mots choisis à la hâte peuvent attiser les tensions au lieu de favoriser la réconciliation. »

    « Après des décennies passées dans le mouvement œcuménique, je ne suis pas convaincu de l’impact des déclarations, sauf peut-être sur nous-mêmes. Elles sont peut-être plus efficaces lorsque nous parlons d’une souffrance qui touche une partie de notre corps. Elles peuvent avoir un impact, surtout si elles découlent de notre propre pathos », précise Larry Miller.

    Lorsque le Conseil Général s’est réuni au Guatemala en 2000, le groupe africain a demandé une déclaration sur la violence dans l’est de la République démocratique du Congo. Bien qu’il n’y ait pas d’Églises membres de la CMM dans cette région à l’époque, « nous avons décidé que, comme de nombreuses Églises membres avaient le sentiment qu’il était nécessaire de parler de ce conflit et de s’y engager, nous devions dire quelque chose », explique Nancy Heisey.

    « Il y avait beaucoup de prudence, mais je me souviens avoir dit avec force : nous devons écrire cette lettre », raconte Danisa Ndlovu.

    Un an plus tard, l’Église de la RDC a écrit une lettre fraternelle à l’Église des États-Unis juste après le 11 septembre (les attentats contre les tours du World Trade Center à New York et le Pentagone à Washington).

    « Cela a été très marquant », se souvient Nancy Heisey.

    En tant que résidente des États-Unis, elle a de nouveau été touchée par un message de l’Église mondiale juste après les élections américaines de 2024. « Je veux que vous sachiez que je prie pour vous », a écrit un professeur du CEMTA (Centro Evangélico Menonita de Teología Asunción) au Paraguay.

    Ayant vécu sous une dictature militaire, « il comprend ce que l’autoritarisme signifie pour l’Église, avec toute la complexité de la manière dont les mennonites ont navigué dans cette situation », explique Nancy Heisey.

    « Je ne sais pas où va le monde, mais je pense que les Nord-Américains – les Églises – vont devoir être beaucoup plus à l’écoute de la sagesse d’autres régions si nous voulons continuer à être une Église. »

    « J’apprécie l’utilisation actuelle des lettres pastorales qui appellent à la prière. J’encourage l’utilisation de ce format pour aborder non seulement nos préoccupations immédiates, mais aussi la prière pour obtenir la sagesse nécessaire pour avancer ; la manière dont nous devrions réfléchir à ce que nous devons faire ; nous encourager à interroger notre cœur sur notre mission ; la manière dont nous exprimons notre témoignage de paix face aux situations concrètes d’aujourd’hui », déclare Nancy Heisey.

    « Ces appels à la prière ont une large portée. Les membres ordinaires des assemblées peuvent réellement les écouter. Ce qui ressort de nos groupes de discussion lors de l’heure de prière en ligne, par exemple, est frappant. »

    « Cela consiste en partie à aider l’ensemble de nos membres en termes de communication. Cela donne une direction et une certaine forme d’unification, de ralliement autour d’une question », explique Danisa Ndlovu.

    « Cela rejoint notre rôle en tant qu’Église de paix », ajoute Nelson Kraybill. « Nous devons continuer à renforcer les relations et les liens d’amour et de fraternité au sein de la Communion Anabaptiste Mondiale, en gardant toujours à l’esprit la paix et la mission.

    « Si nous pouvons continuer à renforcer ces relations au sein du corps mondial, la théologie du shalom, alors chaque partie régionale de l’Église doit l’incarner dans sa région. Nous sommes à leurs côtés. Nous prions avec eux. Nous sommes appelés à prier lorsqu’il y a un sujet de préoccupation. C’est le lien spirituel qui aura l’effet le plus durable, plutôt que les déclarations politiques », dit-il.

    « Je ne pense pas que nous devrions politiser, mais nous pouvons être des personnes qui essaient de faire ce que leur foi les appelle à faire », dit Nancy Heisey. « Je précise dans chaque lettre que j’écris [à mes représentants politiques] que je suis chrétienne mennonite et que mes semblables se soucient de cette question. Il y a une force dans le fait de pouvoir dire : « Mon Église mondiale nous appelle à prier pour cette question. Comme l’a dit l’évêque Charles Nseemani de la BICC Zambie : « Nous pouvons aller parler à nos dirigeants, mais ils doivent savoir que nous venons en tant que chrétiens et non en tant que partisans. »

    « Quand vous dites mennonite, les gens pensent à la paix », explique Danisa Ndlovu. « Nous sommes connus comme une Église historique de paix. Si nous utilisons cela à bon escient, c’est un bon témoignage. »


  • La colonne du président

    Il y a quelques années, nous avions organisé une réunion des Commissions aux Pays-Bas. Avec d’autres personnes, j’étais chargé d’aller chercher les participants à l’aéroport. Nous étions en train de dîner lorsque mon téléphone a sonné. C’était quelqu’un qui appelait au nom d’un membre d’une Commission originaire d’Angola dont le vol avait été retardé. La personne m’a informé que l’Angolais était prêt et attendait que son frère vienne le chercher.

    Lorsque je suis arrivé au point de rendezvous, la personne qui avait appelé était toujours là. Je n’oublierai jamais la surprise sur son visage lorsqu’il a réalisé que j’étais le ‘frère’ de cet Africain.

    Nous ne correspondions pas à l’image qu’il se faisait des frères. Mon frère angolais et moi ne correspondions pas au stéréotype.

    N’est-ce pas cela, être chrétien, et particulièrement, anabaptiste, dans le monde d’aujourd’hui?

    Dans ce monde, les gens haïssent les autres parce qu’ils sont différents, parce qu’ils ont des idées politiques différentes, parce qu’ils parlent une autre langue, parce que… parce que… Il y a tant de raisons.

    diversity staff faces
    Les responsables passés et présents de la CMM célèbrent les 100 ans de la CMM (de gauche à droite) : Sandra Báez, César García, Henk Stenvers, Larry Miller, Eleanor Miller, Janet Plenert et Danisa Ndlovu.

    Nous avons besoin de courage

    Si nous voulons suivre le Christ, qui nous a enseigné à aimer notre prochain comme nous-mêmes, nous avons besoin de courage.

    Le courage de dire NON à la haine et OUI à l’amour, même si cela va à l’encontre de nos propres intérêts.

    Le courage d’aimer, même si les autres ne nous aiment pas.

    Le courage de ne pas nous conformer, mais de montrer qu’une autre voie est possible, une voie qui mène à la paix plutôt qu’à la guerre.

    Nous avons besoin du courage dont ont fait preuve ceux qui, il y a 500 ans à Zurich, ont défié les pouvoirs en place parce qu’ils voulaient être de véritables disciples du Christ.

    J’espère, et je prie pour, voir encore beaucoup de visages surpris, comme celui de cet homme à l’aéroport, lorsque nous, communauté de disciples du Christ, nous nous aimons les uns les autres, vivons l’unité malgré nos différences et proclamons ainsi un message de paix.

    —Henk Stenvers est président de la Conférence Mennonite Mondiale (2022-2028). Il vit aux Pays-Bas.