Catégorie : Courrier

  • Perspectives — Bolivie

    Ces dernières années, nous avons été témoins de guerres et de conflits dans de nombreuses régions du monde. Les conflits armés se sont intensifiés, provoquant le déplacement de milliers de personnes, plongeant des millions d’autres dans la pauvreté et semant le désespoir et la détresse.

    Il nous semble vivre aujourd’hui les signes que Jésus a décrits dans Matthieu 24 comme annonçant « la fin du monde » (v. 3).

    Les paroles de Jésus résonnent dans nos esprits et nos âmes : « Par suite de l’iniquité croissante, l’amour du grand nombre se refroidira » (v. 12).

    C’est dans ce genre de circonstances que nous, croyants, sommes appelés à manifester notre foi en incarnant la solidarité comme un mode de vie et non pas seulement comme un concept. Lorsque la méchanceté s’intensifie, l’amour de Dieu doit briller davantage en nous et à travers nous.

    Porter les fardeaux les uns des autres

    Dans l’épître aux Galates, l’apôtre Paul affirme que si nous voulons accomplir « la loi du Christ », nous devons porter les fardeaux les uns des autres. En d’autres termes, Paul nous demande simplement de rester attentifs aux besoins qui nous entourent.

    Lorsque je pense à l’Église accomplissant cette mission, je me revois grandir dans une extrême pauvreté dans le sud de la République dominicaine.

    Il n’y avait pas de conflit armé, mais la pauvreté était si extrême que, souvent, notre seul repas de la journée se composait de bananes vertes bouillies, et rien d’autre. D’autres jours, un simple verre d’eau sucrée était tout ce dont nous disposions.

    Le pasteur de notre assemblée locale avait pris à cœur cet appel à partager les fardeaux. Non seulement il partageait avec nous tout ce qu’il possédait, mais il a aussi sollicité le soutien d’une organisation humanitaire internationale afin de mettre en place un programme de parrainage pour notre communauté. Cela a permis à beaucoup d’entre nous de bénéficier de nourriture, de vêtements et d’une éducation.

    À partir de ce moment-là, notre fardeau s’est allégé et nos journées ont commencé à offrir un peu plus que de simples bananes vertes bouillies ou un verre d’eau sucrée.

    Partager l’espérance

    « Demain sera un jour meilleur ! »

    C’était une phrase que ma mère répétait souvent lorsque j’allais la voir en sanglotant et en me plaignant, allant même jusqu’à dire que je n’irais pas à l’école ce jour-là parce que j’avais trop faim. Elle m’expliquait sans cesse que Dieu avait déjà prévu un avenir bien meilleur pour nous. Puis elle ajoutait : « S’il te plaît, va à l’école, car l’éducation est ta chance de réussir. »

    J’ai appris plus tard que le « jour meilleur » que Dieu a prévu pour quelqu’un est souvent lié au fait qu’une autre personne réponde à l’appel de Galates 6.10 :

    « Donc, tant que nous disposons de temps, travaillons pour le bien de tous, surtout celui de nos proches dans la foi. »

    C’est un couple anabaptiste des États-Unis qui a saisi l’occasion de parrainer un enfant dans le sud de la République dominicaine. Ils ont utilisé les ressources que Dieu leur avait données pour partager le fardeau de ce jeune garçon. Ils lui ont fourni les moyens d’avoir davantage de nourriture, de vêtements et d’éducation.

    Ils sont devenus une source d’espérance qui a irrigué l’avenir de ce jeune garçon, Francis Pérez de Léon, ainsi que celui de mes parents et de mes frères et sœurs.

    Partager l’espérance est une décision, un engagement que nous, membres de la famille du Christ, sommes appelés à mettre en pratique.

    Nous avons une formidable occasion de permettre à l’amour de Dieu d’être présent et transformateur dans la vie de nombreuses personnes qui souffrent. Et si nous constatons que nos ressources financières ne suffisent pas pour venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, alors utilisons une ressource encore plus grande dont nous disposons : la prière.

    Prier les uns pour les autres

    En Éphésiens 6.18, l’apôtre Paul nous exhorte :

    « Que l’Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances ; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints. »

    Lorsque nous partageons les fardeaux et l’espérance de nos frères et sœurs dans le besoin, nous ouvrons la voie à un avenir meilleur, non seulement pour ceux qui reçoivent ou bénéficient directement de nos actions, mais aussi pour ceux qui seront touchés par les personnes que nous avons aidées en premier lieu.

    Pour ce couple anabaptiste qui m’a parrainé, cela se traduit par toutes les personnes que Dieu m’a permis d’atteindre au cours de plus de trente ans de ministère.

    Nous formons la famille du Christ, et vous n’êtes pas seuls.

    —Francis Pérez de Léon est un responsable de l’Iglesia Evangélica Menonita Boliviana. Il est l’un des représentants de l’Amérique latine au sein du Comité exécutif de la CMM. Il a présenté cette réflexion lors de la rencontre ‘Renouveau 2026’ aux Philippines en mars 2026, sous le titre « La solidarité dans la famille en Christ : partager les fardeaux, partager l’espérance ».


  • Perspectives — Canada

    L’Église mennonite du Canada compte 205 communautés réparties sur le vaste territoire canadien. 5 300 km séparent notre communauté la plus à l’est de celle la plus à l’ouest.

    J’ai débuté mon ministère pastoral en 1992 en tant que pasteur jeunesse. J’aimais les jeunes de mon Église, leur énergie, la sincérité avec laquelle ils vivaient leur foi et l’espoir sincère qu’ils nourrissaient pour l’avenir.

    Cela fait maintenant près de 34 ans que j’exerce mon ministère et ai contribué, ces sept dernières années, à diriger notre union d’Églises.

    Ce qui va bien : les jeunes

    Mon expérience dans la pastorale des jeunes m’a fait comprendre combien il est important que l’Église mennonite du Canada accorde une place prioritaire aux jeunes. Je suis profondément convaincu que le plus beau cadeau que nous puissions leur offrir est une foi ancrée dans une assemblée locale et nourrie par la richesse de l’Église mondiale.

    Au Canada, de nombreux jeunes perçoivent l’Église comme une institution vieillissante. Beaucoup pensent que l’Église est une activité réservée aux personnes âgées. Ils n’en voient pas la pertinence. Cependant, nous avons constaté que lorsque nous donnons aux jeunes un aperçu de ce qui se passe au sein de l’Église mondiale, leur point de vue change.

    À l’occasion de l’Assemblée de la CMM en Indonésie, il y a trois ans, nous avons envoyé un jeune de chacune des régions de notre union d’Églises et assumé l’ensemble de leurs frais de participation.

    Lorsque mon conseil d’administration m’a demandé combien cela allait coûter, j’ai répondu que nous pouvions considérer cette initiative soit comme une dépense, soit comme un investissement. Aujourd’hui, nous constatons déjà les fruits de cet investissement. Nous formons des responsables pour notre Église, des responsables qui portent une perspective mondiale.

    Je voudrais également partager avec vous un défi auquel nous sommes confrontés. Au fil des années, en Amérique du Nord, de nombreux chercheurs ont écrit d’excellents ouvrages sur le thème de la paix. Beaucoup d’entre nous ont lu leurs livres et suivi leurs cours.

    Un défi : la paix

    Nous avons également connu de nombreuses années de paix dans notre pays. Il n’y a pas de conflits en cours. Le Canada n’est plus activement impliqué dans des guerres depuis de nombreuses années.

    Nous en sommes très reconnaissants, mais cette situation comporte aussi un défi. La construction de la paix s’apprend et exige de la pratique. Il en va de même lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi nous croyons en la paix. C’est comme un muscle : si on ne l’exerce pas régulièrement, il s’affaiblit.

    En novembre, le gouvernement canadien a annoncé qu’il souhaitait recruter davantage de soldats afin d’être prêt au cas où l’un des conflits mondiaux s’étendrait au Canada. Nous nous posons la question : et si la situation empirait vraiment et que le gouvernement recourait à la conscription ? Quelle serait la réaction des Églises mennonites ?

    Il y a quatre-vingts ans, pendant la Seconde Guerre mondiale, bon nombre de nos jeunes avaient demandé le statut d’objecteur de conscience. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr de ce que la plupart d’entre nous feraient.

    Nous devons tirer les leçons des Églises mennonites de Colombie. Nous avons besoin que les mennonites du Myanmar nous enseignent ce que nous savions autrefois. Nous avons besoin que le témoignage de paix de l’Église mondiale nous parvienne sous un jour nouveau.

    Priez pour nous, s’il vous plaît. Priez pour que nous n’ayons pas peur. Priez pour que nous ayons les yeux ouverts afin de voir à quel point tant d’Églises mennonites du Sud ont été d’incroyables témoins de la voie pacifique de l’Évangile.

    Priez pour que nous puissions redécouvrir, au plus profond de nos cœurs, notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, qui, par son amour sacrificiel, a vaincu le monde et nous a montré le chemin du Royaume de Dieu.

    Doug Klassen est le pasteur exécutif de l’Église mennonite du Canada. Il est l’un des représentants de l’Amérique du Nord au sein du Comité exécutif de la CMM. Il a présenté cette réflexion lors de la rencontre ‘Renouveau 2026’ aux Philippines en mars 2026, intitulée « La solidarité dans la famille en Christ : partager les fardeaux, partager l’espérance ».


  • Perspectives — Suisse

    Mon Église locale en Suisse est née d’une implantation mennonite. À une époque où les voitures et les tracteurs étaient encore rares, les mennonites se rassemblaient dans les collines rurales de toute la région, dans des fermes et des lieux de rencontre qui offraient un enseignement, un abri et une chapelle rudimentaire pour le culte communautaire.

    Au bout de quelques années, ces communautés ont quitté les sommets montagneux isolés où elles avaient autrefois trouvé refuge et se sont progressivement intégrées à la vie dans les vallées. Cette intégration s’est aussi traduite par un changement de langue : les écoles et les communautés mennonites, autrefois germanophones, ont progressivement adopté le français.

    Ce passage d’un mode de vie rural à un mode de vie plus urbain a été un choix délibéré de deux communautés mennonites qui ont pris conscience de la nécessité d’un changement de paradigme. Elles sont descendues des montagnes, principalement peuplées de mennonites, pour rencontrer de nouveaux voisins, côtoyer d’autres confessions chrétiennes et découvrir de nouvelles perspectives. Le fait de porter les fardeaux de son prochain a pris une nouvelle dimension lorsque ce prochain n’était plus un proche parent, mais peut-être un parfait inconnu.

    La communauté s’est élargie, les perspectives se sont élargies, mais l’identité anabaptiste est restée. Pour illustrer cela, permettez-moi de partager une histoire qui nous encourage aujourd’hui à porter les fardeaux les uns des autres.

    La communauté se mobilise

    Une jeune mère de notre ville a récemment appris la terrible nouvelle qu’elle souffrait d’une grave maladie cardiaque. Sa maladie a tellement sapé son énergie qu’elle avait du mal à s’occuper de son foyer ; même cuisiner devenait difficile. Elle a choisi de confier ce fardeau à une femme de notre Église, et la communauté s’est aussitôt mobilisée.

    Dans notre Église, un groupe de femmes et d’hommes assure un service de livraison de repas à toute personne dans le besoin. Qu’elles appartiennent ou non à notre communauté, ces personnes peuvent recevoir des repas. Des veuves âgées, des hommes qui n’ont jamais appris à cuisiner, des familles qui viennent d’accueillir un nouveau-né et des personnes en deuil après une perte douloureuse sollicitent toutes l’aide de ce réseau de solidarité.

    Ce service de livraison de repas repose sur une petite équipe de bénévoles qui contribue à alléger le fardeau de personnes traversant une période difficile. La jeune mère atteinte d’une maladie cardiaque a été profondément émue ; elle n’aurait jamais imaginé que des femmes qu’elle ne connaissait même pas, issues de sa propre ville, cuisineraient pour elle chaque jour, lui fournissant un repas et même un dessert, pour elle et sa famille.

    Mon Église continue d’offrir ce service de livraison de repas à toute personne de la communauté qui en a besoin. Elle soutient les familles après des événements heureux tels que la naissance d’un enfant, mais aussi pendant les moments difficiles où la force ou les moyens financiers font défaut pour préparer les repas. Des femmes et quelques hommes préparent des repas pour ceux qui en ont besoin et s’efforcent d’alléger, ne serait-ce qu’un peu, le fardeau de leurs prochains.

    Cette pratique est profondément ancrée dans notre tradition. Dans les communautés mennonites rurales, les familles nombreuses cuisinaient et mangeaient souvent ensemble, partageant ainsi leur vie de manière concrète. S’entraider dans les moments de douleur comme dans les temps de joie est depuis longtemps au cœur de la vie de l’Église. Aujourd’hui encore, cette solidarité demeure une expression vivante de notre identité anabaptiste et de notre volonté de tendre la main à notre prochain.

    –Raphaël Burkhalter est membre de la Konferenz der Mennoniten der Schweiz/Conférence mennonite suisse. Il est le représentant européen au sein du Comité YABs (Jeunes anabaptistes) (2025–2028). Il a présenté cette réflexion lors de la rencontre ‘Renouveau 2026’ aux Philippines en mars 2026, intitulée « La solidarité dans la famille en Christ : partager les fardeaux, partager l’espérance ».


  • La colonne des responsables de la CMM

    Le mot « solidarité » vient du latin solidus — entier, solide, uni. C’est bien plus que de la sympathie (« Je suis désolé pour toi ») ou de l’empathie (« Je comprends ce que tu ressens »). La solidarité, c’est dire : « Je serai à tes côtés. » C’est la volonté de porter les fardeaux les uns des autres.

    Récemment, notre Église a étudié Matthieu 9.9-13. Un passage qui nous donne une image claire de cette solidarité à l’image du Christ. Jésus ne sauve pas à distance. Il se fait homme et s’assoit à table avec les publicains et les pécheurs. Il se tient aux côtés de ceux que les autres évitent.

    Comme l’a observé John Stott, la croix révèle d’abord l’identification de Dieu avec les pécheurs avant de révéler le jugement de Dieu contre le péché.

    La solidarité est le témoignage même de l’Incarnation.

    Maranatha, notre Église locale, a goûté à cette grâce. Lorsque notre communauté, composée d’Indonésiens et d’Américains, a commencé à célébrer le culte aux côtés d’immigrés issus de diverses origines ethniques, nous avons découvert que la solidarité n’est pas un programme, mais une table.

    Nous avons écouté des récits de déracinement, partagé des repas, prié dans plusieurs langues et porté des fardeaux qui n’étaient pas les nôtres à l’origine. À ces moments-là, les paroles de Bonhoeffer ont résonné avec force : « L’Église n’est l’Église que lorsqu’elle existe pour les autres. »

    Tout au long des Évangiles, Jésus forme une communauté qui se tient aux côtés des pauvres, de ceux qui pleurent, des humbles, des malades et des oubliés. La solidarité, c’est se tenir les uns aux côtés des autres : c’est la force qui fait du corps du Christ un tout.

    Puisse la famille mondiale de la Conférence mennonite mondiale incarner, en 2026, cette solidarité ferme, unie et à l’image du Christ, avec courage et joie.

    —Sunoko Lin est trésorier de la CMM et est membre du bureau du Comité exécutif. Il est également pasteur de la Maranatha Christian Fellowship, une Église membre de la LMC située en Californie.


  • Un rassemblement mondial des mennonites aux Philippines met en avant la solidarité, la foi et le témoignage commun

    Près de 300 participants venus de plus d’une douzaine de pays se sont réunis sur la place historique de Lumban le 14 mars 2026, à l’occasion de la 9e édition annuelle de la rencontre ‘ Renouveau’ de la Conférence mennonite mondiale (CMM). Axée sur le thème « Solidarité dans la famille du Christ : partager les fardeaux, partager l’espérance », cette rencontre a mis en avant l’appel à « porter les fardeaux les uns des autres » (Galates 6.2-10).

    La rencontre ‘Renouveau’ a réuni des membres de l’Integrated Mennonite Church of the Philippines (IMC), du Comité exécutif de la CMM et du Comité YABs (Jeunes anabaptistes).

    À travers la louange, les témoignages, les célébrations culturelles et la prière, les participants ont témoigné de l’unité, de la résilience et du soutien mutuel au-delà des cultures et des continents.

    Bayanihan

    L’un des moments forts de la cérémonie d’ouverture a été un défilé symbolique mettant en scène une hutte traditionnelle en nipa (bahay kubo), incarnant la valeur philippine du bayanihan. Cette pratique culturelle — où des voisins travaillent ensemble pour déplacer une maison en cas de besoin — a servi de métaphore vivante au thème de ce rassemblement.

    Ancrée dans l’unité, la compassion (malasakit) et la coopération, la bayanihan incarne une caractéristique déterminante de la conception anabaptiste de l’Évangile.

    « Dieu nous appelle à répondre par la solidarité et l’action désintéressée aux besoins des autres au sein de notre Église mondiale », a déclaré César García, Secrétaire général de la CMM. « Ce faisant, nous vivons la bayanihan au sein de notre famille spirituelle et la diffusons dans un monde qui aspire à un amour fidèle et à une solidarité durable. »

    Le programme a également célébré l’héritage des Philippines à travers la musique et la danse.

    Plusieurs Églises régionales ont présenté des spectacles traditionnels de danse et de musique, alliant foi et identité locale. Parmi les danses présentées figurait le Pandanggo sa Ilaw, une danse folklorique symbolisant la lumière dans les ténèbres, inspirée de Matthieu 5. 4-16. D’autres spectacles comprenaient la Cariñosa, reflétant les thèmes de l’amour et de la connexion, ainsi que des danses des moissons célébrant la générosité de Dieu à travers l’agriculture.

    « Bayanihan » n’était pas seulement une métaphore pour Renouveau 2026 : il a été vécu concrètement. Des responsables de l’IMC, dont le pasteur Joel De Leon, le président de l’IMC Zaldy Magansay et le pasteur Richard Rancap, ont transporté une hutte en nipa jusqu’au lieu de la rencontre.

    « Cela incarne l’esprit d’unité communautaire, de coopération et de soutien mutuel », explique l’évêque Eladio Mondez, de l’IMC. « Au-delà de son sens littéral, Bayanihan symbolise le puissant sens de la communauté qui anime le peuple philippin, où chacun aide volontiers son prochain sans rien attendre en retour, en particulier en cas de besoin, de catastrophe ou lors d’activités communautaires. Cela reflète la profonde importance que revêtent l’effort collectif et le soutien mutuel dans la société philippine. »

     La solidarité repose sur un témoignage commun

    Les témoignages et la prière ont constitué un élément central du programme.

    « En écoutant [les récits des pasteurs de l’IMC], j’ai perçu la foi, la persévérance et une profonde confiance en Dieu », a déclaré Blessing Joy Turqueza, représentante pour l’Asie au sein du Comité YABs. « Même dans l’adversité, ils continuent à servir. Même dans l’incertitude, ils continuent à faire confiance à Dieu pour subvenir à leurs besoins. Et à travers tout cela, j’ai vu l’espoir au sein de la communauté des croyants. »

    Blessing Turqueza a souligné que la solidarité au sein de l’Église ne repose pas sur la perfection, mais sur un engagement commun. « L’Église est marquée par des blessures et des questions », a-t-elle déclaré, « mais nous portons aussi quelque chose de plus grand : la foi, l’espérance et l’amour du Christ. Lorsque nous nous tenons ensemble en tant que famille du Christ, en nous soutenant et en nous encourageant mutuellement, nous commençons à voir la fidélité de Dieu. »

    Sindah Ngulube, évêque de l’Église des frères en Christ au Zimbabwe, a évoqué la solidarité après un incendie dévastateur dans un internat pour garçons. Fait remarquable, tous les enfants s’en sont sortis indemnes. Au lendemain de la catastrophe, les Églises locales se sont rapidement mobilisées pour apporter des soins et entamer les efforts de reconstruction.

    Doug Klassen, ministre exécutif de l’Église mennonite du Canada, a appelé à la solidarité pour discerner l’engagement anabaptiste en faveur de la paix, dans le contexte des discussions sur la préparation militaire et la conscription potentielle au Canada.

    « Il y a soixante-dix ans, de nombreux mennonites ont revendiqué le statut d’objecteur de conscience », a déclaré Doug Klassen. « Aujourd’hui, nous devons nous demander ce que nous ferions. Nous devons tirer les leçons du témoignage des mennonites en Colombie et au Myanmar, qui continuent d’incarner la paix dans des contextes difficiles. L’Église mondiale a beaucoup à nous apprendre. »

    Le caractère interconnecté de la famille des Églises de la CMM

    Les participants ont été officiellement accueillis par Eladio Mondez, président de l’IMC, et Belen Raga, maire de Lumban, qui ont tous deux exprimé leur gratitude d’avoir l’occasion d’accueillir un rassemblement international. La présence de responsables mondiaux d’Églises aux côtés des assemblées locales a mis en évidence le caractère interconnecté de la famille des Églises de la CMM.

    Le rassemblement ‘Renouveau’ s’inscrit dans une série de manifestations pluriannuelles organisées dans différentes régions du monde, chacune visant à célébrer l’histoire commune et les diverses expressions de la foi anabaptiste. Les membres du Comité exécutif de la CMM se joignent aux participants locaux lors d’un culte collectif où les hôtes et les invités partagent leurs dons. Outre le culte et l’enseignement, ces rassemblements offrent un espace pour le partage de témoignages, le renforcement des relations et la prière pour l’Église mondiale.

    L’offrande recueillie lors du culte a été affectée à la contribution « part équitable » de l’IMC à la CMM.

    La rencontre s’est conclue par un repas partagé et un moment de fraternité, ainsi que par un sentiment renouvelé de solidarité. « À travers le culte, le chant, la prière et les échanges culturels, nous nous rappelons que l’Église mondiale est appelée à porter les fardeaux les uns des autres », a déclaré John D. Roth, coordonnateur de ‘Renouveau’. « J’ai été particulièrement inspiré par l’énergie et l’engagement des jeunes de l’IMC à témoigner de l’amour de Dieu dans un monde fracturé. Leur foi est un puissant signe d’espoir pour l’avenir de l’Église. »

    Prière de clôture

    Dieu miséricordieux, Prince de la Paix,

    Nous te rendons grâce pour ce cœur qui bat à l’unisson au sein de cette famille mondiale. Alors que nous clôturons ce temps de renouveau, nos cœurs sont comblés. Nous te rendons grâce pour la diversité des voix, la variété des langues et l’Esprit unique qui nous a rassemblés à l’ombre de ta grâce.

    Seigneur, nous te demandons de ne pas laisser s’éteindre le feu du renouveau que nous avons ressenti ici aujourd’hui. Comme des lampes dans les ténèbres, que la vérité de ta Parole demeure ferme en nous et éclaire nos pas. Que ton Esprit reste notre guide et source de notre force.

    Alors que nous retournons aux quatre coins du monde, accorde-nous le courage d’être tes mains et tes pieds. Là où règnent les conflits, fais de nous des artisans de paix. Là où règne l’injustice, fais de nous des chercheurs de ta justice. Et là où règne le désespoir, fais de nous des porteurs de la lumière de ton espérance.

    Puissions-nous marcher à la suite de Jésus – enracinés dans la communauté, engagés à servir et débordants de ton amour. Nous partons maintenant, non seulement en tant qu’individus, mais en tant que corps mondial de croyants, renouvelés et prêts à servir.

    Au nom de Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Paix,

    Amen.

    Felipe Magbuhos Jr., directeur de l’éducation à l’IMC, pasteur 

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    Brève histoire des mennonites aux Philippines

    L’engagement mennonite aux Philippines a débuté peu après la Seconde Guerre mondiale, principalement par l’intermédiaire du Comité central mennonite (MCC).

    Le Comité central mennonite (MCC) a commencé son travail aux Philippines vers 1947 en apportant une aide d’urgence d’après-guerre, une assistance médicale et un soutien à la reconstruction. Cette action a fait connaître les mennonites auprès des communautés philippines, en particulier dans les régions rurales et économiquement défavorisées.

    En 1965, Missions Now, Inc. (MNI) a été fondée et a débuté en tant qu’organisation missionnaire philippine indépendante, ancrée dans le travail d’évangélisation local, notamment au sein des communautés rurales et tribales du nord de Luzon.

    Au fil du temps, MNI a développé des partenariats avec des agences missionnaires mennonites nord-américaines. Ces collaborations comprenaient le soutien d’agences telles que Eastern Mennonite Missions (anciennement Eastern Mennonite Board of Missions and Charities), qui a travaillé avec MNI au développement des responsables et à l’implantation d’Églises.

    En 1987, MNI a connu des conflits internes et des changements d’orientation. En 1991, les membres du mouvement qui restaient fermement attachés aux enseignements mennonites se sont réorganisés pour former l’Église mennonite intégrée (IMC).

    L’IMC a rejoint la grande famille mennonite mondiale en adhérant à la Conférence mennonite mondiale en 1992.


  • Lors de ‘Renouveau 2026’, les danses sont l’expression de la culture et de l’unité

    « La danse utilise des mouvements familiers pour entrer en communion avec Dieu, créer des liens au sein de la communauté et exprimer notre gratitude, tout en mettant en valeur nos pratiques culturelles, en particulier lors des célébrations », explique Marcial Arenos, de l’Église chrétien mennonite de Binuangan, district Nord de l’Integrated Mennonite Church aux Philippines. « C’est une expression corporelle de la célébration qui implique une participation collective. »

    Le programme de ‘Renouveau 2026’ aux Philippines a été ponctué de danses culturelles issues de plusieurs districts de l’IMC aux origines culturelles distinctes. Les représentations de groupes de danse locaux issus de ces districts constituent également un élément caractéristique des rassemblements régionaux et culturels de l’IMC.

    Ces danses mettent en scène des costumes traditionnels (cousus par les membres de l’Église), des gestes symboliques et des mouvements répétitifs qui racontent une histoire. Ces éléments reflètent les traditions et les valeurs des communautés, explique Blessing Joy Turqueza, représentante des YABs pour l’Asie et l’un des responsables de l’Association des jeunes mennonites des Philippines (IMC).

    « Le recours à la danse enrichit le culte, la prière ou les lectures bibliques ; nous pouvons nous exprimer dans notre langue, à travers nos traditions et notre culture », déclare Marcial Arenos. C’est également un moyen de s’ouvrir à la communauté, où la préservation de la culture et du dialecte par la danse crée des liens avec les communautés autochtones.

    « Ces danses traditionnelles symbolisent pour nous, aux Philippines, l’unité et la célébration. La Bible dit également que ‘tout genou fléchira devant Jésus et que toute langue célébrera la gloire de Dieu’ (Philippiens 2.10-11). C’est pourquoi nous célébrons Dieu par notre danse », explique Shammah Micah B. Abadier, de l’Église mennonite de Red Cross Village, dans le district central, IMC.

    Pandanggo sa Ilaw

    L’une des danses au programme était le Pandanggo sa Ilaw. Cette danse folklorique originaire de l’île de Lubang, à Mindoro, est dérivée du fandango espagnol de l’époque coloniale. Elle met en scène la cour amoureuse à travers un jeu d’équilibre avec des lampes allumées symbolisant des lucioles.

    « La beauté de la danse dépend de la clarté et de la stabilité de la flamme portée par le danseur », explique Felipe Magbuhos, Jr., de l’Église mennonite ‘Bible’ de Lacao à Lumban. À l’origine, on utilisait des bougies, mais aujourd’hui, on utilise une lampe à piles.

    « Comme il est dit : ‘Vous êtes la lumière du monde […] que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux’ (Matthieu 5.14-16). »

    « Cette danse nous rappelle qu’au milieu des situations sombres, nos vies — la ‘lumière’ que nous tenons entre nos mains — doivent être une source d’inspiration et témoigner de la bonté de Dieu », ajoute-t-il.

    À la fin du programme ‘Renouveau’, tous les participants et invités internationaux ont été invités à participer ensemble à la danse de l’unité. Cette danse fait régulièrement partie du congrès annuel de l’IMC.

    « En agitant et en tendant nos mains ainsi, nous louons notre Dieu », explique Shammah Micah B. Abadier.


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  • « Je ne suis pas un activiste social » est le titre d’un livre de Ronald Sider. En plaçant Jésus au cœur de notre programme, il démontre que les questions de richesse, de pauvreté, de paix et de non-violence, ainsi que l’action sociale et la politique, sont tout aussi spirituelles que l’évangélisation, la famille et le mariage. Citant Abraham Kuyper, il affirme qu’il n’y a pas un seul centimètre carré sur toute cette terre qui n’appartienne pas au Seigneur ressuscité.

    C’est pourquoi pratiquer la justice et prendre soin des autres ne sont pas des préoccupations réservées aux seuls activistes sociaux. Il s’agit d’un ministère essentiel pour ceux qui suivent Jésus. Plus encore, comme le souligne Sider, toute action sociale efficace dépend de la puissance de la résurrection de Jésus.

    Nous comprenons mieux l’importance de nous appuyer sur le Saint-Esprit et sur la puissance de la résurrection de Jésus dans l’action sociale de l’Église lorsque nous saisissons le sens biblique du mot « solidarité ». Le terme « solidarité » peut être utilisé pour traduire le mot hébreu hesed dans l’Ancien Testament. Prenons un exemple :

    « On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la hesed [la solidarité inébranlable] et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » Michée 6. 8 (TOB).

    Hesed allie l’amour pur, la générosité et l’engagement durable. C’est l’expression d’un caractère ; par conséquent, cela ne dépend pas de la manière dont les autres réagissent. Cela implique d’être ouvert au pardon et d’agir pour aider l’autre. Cela renvoie à la fois à l’attitude et aux actions.

    Par conséquent, la solidarité – comprise comme hesed – ne se pratique pas verticalement, d’en haut. Elle est horizontale, impliquant un respect mutuel. En tant que telle, elle ne peut résulter de la seule volonté humaine. Elle est la conséquence d’une rencontre personnelle et authentique avec Dieu. Après tout, nous aimons parce que nous avons d’abord été aimés (1 Jean 4. 19).

    L’une des raisons pour lesquelles la Conférence mennonite mondiale a été fondée il y a un siècle était de se montrer solidaire de nos Églises confrontées à la guerre, à la violence et à la persécution. La Conférence mennonite mondiale est notre Église mondiale, au sein de laquelle nous suivons Jésus, vivons l’unité et construisons la paix. Nous formons un corps composé de plus de 10 000 assemblées locales, organisées en 110 synodes ou unions d’Églises. Nous comptons environ 1,5 million de membres baptisés. Nous avons besoin les uns des autres pour suivre Jésus ; nous avons besoin les uns des autres pour vivre l’unité ; nous avons besoin les uns des autres pour construire la paix.

    Dieu nous invite à agir comme lui, avec un amour pur, de la générosité et un engagement durable. Dieu nous appelle à répondre aux besoins des autres membres de notre Église mondiale par la solidarité et l’action désintéressée, afin que nous puissions faire l’expérience de la solidarité au sein de notre famille spirituelle et la transmettre au monde – un monde qui subit les conséquences de son éloignement de Dieu, source d’amour fidèle et de solidarité tenace.

    Aujourd’hui, alors que nous réfléchissons à la solidarité dans ce numéro du Courrier, souvenons-nous de nos frères et sœurs confrontés à la guerre, à la violence, à la pauvreté et à la persécution. Prions pour eux. Partageons nos ressources avec eux. Défendons leur cause. Marchons à leurs côtés. Demandons à Dieu que le Saint-Esprit soit présent dans notre Église afin que nous puissions continuer à répondre par la solidarité.

    César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, dans l’Ontario, au Canada.


  • Mais la fidélité du Seigneur, depuis toujours et pour toujours, est sur ceux qui le craignent, et sa justice pour les fils de leurs fils, pour ceux qui gardent son alliance et pensent à exécuter ses ordres.

    Psaumes 103. 17–18 (TOB)

    Respecter l’alliance de Dieu et accomplir ses commandements signifie d’abord aimer Dieu de tout son cœur, puis aimer son prochain comme soi-même (Matthieu 22. 37–40).

    En tendant la main à celles et ceux qui sont dans le besoin, que ce soit par un soutien, une parole de réconfort, un kit d’hygiène ou même simplement un courriel ou un message sur une application disant : « Nous prions pour vous » ou « Que Dieu soit avec vous », nous manifestons cet amour.

    En formant un cercle de croyants autour d’une synagogue ou d’une mosquée qui a été attaquée ; en utilisant des sifflets pour prévenir les habitants d’un quartier d’un risque d’arrestation illégale ; en manifestant pacifiquement contre la guerre et la discrimination ; en ouvrant les portes de nos églises à tous — nous montrons notre solidarité avec celles et ceux qui sont opprimés.

    En écoutant au lieu de juger et d’exclure les autres ; en acceptant que les gens soient différents à bien des égards ; en abandonnant nos préjugés et en nous ouvrant aux autres cultures, nous pouvons montrer que chaque membre du corps est tout aussi importante.

    Une main posée sur une épaule, une étreinte, un conseil bienveillant, servir au lieu d’attendre d’être servi, rendre visite, se laver les pieds les uns les autres ou simplement demander : « Comment vas-tu ? » — il existe tant de façons de dire : « Tu n’es pas seul ! »

    Si nous voulons être de véritables disciples du Christ, nous devons suivre sa prière afin de vivre dans l’unité, même si cela est parfois difficile et exigeant. Ce n’est qu’alors, dans la solidarité, que nous pourrons œuvrer pour la paix.

    – Henk Stenvers est le président de la CMM (2022-2028). Il vit à Naarden, aux Pays-Bas.


  • dialogue d’anabaptistes militants

    Mikhael Ardiyanto (à droite) et Zachary Shields (au centre) lors du 500e anniversaire de l’anabaptisme à Zurich, en Suisse, en compagnie de Camila Perez-Diener, participante au Sommet mondial de la jeunesse (GYS).

    Un chemin de résistance

    Cet article est adapté d’une conversation entre deux jeunes anabaptistes, menée à partir de questions posées par la rédactrice de Courrier. Ils y partagent leur compréhension de la solidarité et expliquent comment ils la mettent en pratique aujourd’hui.

    Je vis à Langley, en Colombie-Britannique, au Canada et suis membre de la Langley Mennonite Fellowship.

    Je suis actuellement étudiant de licence en études sur la paix et les conflits à l’Université de la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique, au Canada. J’ai également étudié pendant un an au Goshen College, dans l’Indiana, aux États-Unis. Actuellement, je crée, avec d’autres étudiants, un club pour la paix à l’Université de la vallée du Fraser.

    Je suis organisateur régional pour Mennonite Action Canada en Colombie Britannique et coordinateur de Young Adult Anabaptists for Peace (YAAP), une initiative née de discussions entre de jeunes mennonites adultes, qui a évolué pour devenir un groupe de travail de la Mennonite Church British Columbia, et qui milite pour que la Mennonite Church Canada s’engage auprès des jeunes adultes à l’échelle nationale.

    Je viens d’une petite ville (environ 800000 habitants) appelée Kudus, dans le centre de Java, en Indonésie.

    J’ai grandi dans la tradition anabaptistemennonite, mais la réalité que recouvre le terme « mennonite » là-bas est différente de celle que je connais aujourd’hui aux Pays-Bas.

    La théologie était au cœur de mes études de licence. L’année dernière, j’ai obtenu mon master en paix et traumatismes à la Vrij Universiteit (liée au séminaire mennonite d’Amsterdam, aux Pays-Bas). Actuellement, je travaille au Centre d’études sur la religion, la paix et la justice d’Amsterdam.

    Durant mon séjour ici, je participe également aux manifestations étudiantes et j’écris des articles liés à ce combat. Je participe aussi à la réalisation de documentaires sur l’injustice écologique en Indonésie, en collaboration avec Kerk in Actie (une organisation protestante néerlandaise d’aide humanitaire et de développement).

    Comment votre foi, votre culture et votre formation anabaptistes vous influencent-elles?

    La tradition anabaptiste a vraiment influencé ma façon de voir les questions sociales et les problèmes structurels.

    Quand j’étais enfant, on m’a toujours enseigné que ce qui distingue les mennonites, c’est que nous sommes une Église de paix. Chaque fois que je me présentais comme mennonite, cela suscitait souvent de l’admiration pour le mouvement pacifiste.

    Pourtant, les choses ne sont pas si simples. Nous avons tendance à comprendre la «paix» de manière réductrice : tant qu’il n’y a pas de violence apparente, on suppose que tout va bien. De plus, il y a souvent un fossé entre la façon dont la foi est comprise et la façon dont elle est vécue. Nous enseignons et apprenons beaucoup de choses, mais cela ne se traduit pas toujours dans les actes.

    En étudiant aux Pays-Bas, au sein d’une communauté diversifiée, j’apprends que la paix est toujours liée aux questions écologiques, à la violence domestique, à l’injustice liée au genre, etc.

    Nous (Mikhael & Zachary) avons fait connaissance l’année dernière à Zurich. Des gens étaient venus du monde entier pour le 500e anniversaire de l’anabaptisme. Nous nous reconnaissions tous comme membres de l’Église de paix. C’est quelque chose que nous partageons au sein du mouvement anabaptiste.

    Quand je parle à des amis chrétiens issus de milieux non mennonites, la paix n’est absolument pas abordée dans leurs Églises.

    Et pourtant, pour nous, que signifie la paix au-delà de « l’absence de guerre », au-delà de la doctrine ? Même dans notre propre tradition, nous parlons de paix mais nous ne parvenons souvent pas à l’incarner.

    Nous pouvons être réfractaires au conflit, ce qui est différent de la violence. En essayant d’éviter le conflit, nous créons des problèmes plus profonds qui deviennent néfastes sur les plans verbal, émotionnel et spirituel.

    Un cadre anabaptiste de la paix, du point de vue de la foi, guide tout ce que je fais, de ma vie quotidienne à mon travail professionnel en passant par le poste que j’occupe au sein de MC BC ; il s’agit de construire une paix positive bénéfique à tous.

    Une paix positive, c’est la solidarité entre les peuples à travers le monde ainsi que dans le contexte local.

    Mikhael, tu t’es spécialisé dans les traumatismes : comment penses-tu que la foi anabaptiste t’éclaire dans ce domaine d’étude ?

    Parfois, notre formation chrétienne entre en conflit avec nos cultures.

    Quand je suis arrivé aux Pays-Bas, j’ai pris conscience du traumatisme collectif que nous vivons en Indonésie en raison d’événements survenus dans le passé. En même temps, je peux en quelque sorte comprendre pourquoi cela se produit dans un contexte plus large. Je pense néanmoins qu’il existe d’autres façons d’aborder la question.

    Par exemple, le traumatisme peut se transmettre à la génération suivante. Il devient collectif lorsque la génération suivante se construit sur ce traumatisme. Les gens ne veulent pas parler de ce traumatisme, mais cela finit par perturber la société elle-même.

    S’efforcer de comprendre la paix au-delà de l’absence de violence : je pense que c’est là un défi mondial pour les anabaptistes.

    Ayant grandi dans l’Église, je pensais que la paix, c’était comme l’aide humanitaire, que la paix consistait simplement à lutter contre la guerre et les conflits à l’étranger.

    Mais souvent, les gens ignoraient les conflits au sein de l’Église. Les gens n’abordaient pas leurs propres traumatismes personnels, leurs traumatismes familiaux, les traumatismes de l’Église.

    Je pense qu’il est important que l’Église reconnaisse que nous avons des traumatismes qui entravent parfois notre capacité à tendre la main et à travailler avec des personnes d’horizons différents.

    Les gens ne sont peut-être pas physiquement violents, mais ils peuvent parler des autres dans leur dos.

    Lorsque nous nous engageons dans les enseignements de Jésus, nous trouvons la solidarité. Dans les Évangiles, Jésus s’asseyait avec des personnes de tous horizons. L’une des premières personnes choisies par Jésus pour répandre la bonne nouvelle était la femme au puits (Jean 4).

    Pour moi, ces récits fondamentaux ouvrent la voie au travail de solidarité.

    Il y a aussi mon propre défi. Quand nous apprenons beaucoup de choses, nous avons le sentiment d’avoir été appelé. Quand je vois ce que Jésus a fait dans la Bible, cela me donne l’envie d’agir.

    Mais en même temps, je réalise que je ne suis pas un messie, celui qui peut tout résoudre. Je veux être solidaire avec les autres.

    Je suis là, mais je ne suis pas le sujet de l’histoire. Le centre de l’histoire, ce sont les personnes qui œuvrent elles aussi pour réparer l’injustice. Mais même si nous travaillons ensemble, nous occupons des positions différentes en termes de privilèges.

    Quand nous disposons de connaissances et d’un peu de pouvoir pour faire la différence, nous ressentons un instinct salutaire d’aider. Ce n’est pas une mauvaise impulsion, mais nous devons y prêter attention et écouter.

    Par notre écoute, nous pouvons en quelque sorte développer une pratique semblable à la prière. Si je n’écoute pas les autres, comment pourrais-je espérer entendre les paroles de Dieu qui me guident ?

    Que penses-tu de la solidarité lorsqu’il s’agit de travailler avec des personnes qui traversent des moments difficiles : à quoi ressemble la solidarité pour toi ?

    Il est important de reconnaître que l’envie d’« aider » peut facilement s’éloigner de son intention initiale. L’impulsion en soi n’est pas mauvaise, mais sans la pratique d’une véritable écoute, le désir de s’impliquer peut se transformer en une tendance à dominer. Dans ce processus souvent inconscient, ceux qui devraient rester des sujets sont progressivement réduits à des objets, n’étant plus des compagnons de route, mais plutôt les destinataires de nos interventions.

    Mais le problème ne se limite pas à cela. Ce glissement risque également de mettre à rude épreuve les relations avec ceux qui vivent la réalité pour laquelle on se bat. Au lieu de se sentir partie prenante de la lutte, ils peuvent se sentir distanciés, voire déplacés.

    La solidarité, en ce sens, risque d’être perçue comme une intrusion — ou pire : comme une menace. À ce stade, la question est de savoir si nous sommes véritablement présents pour cheminer ensemble, ou si nous nous positionnons inconsciemment comme le centre ?

    Et plus encore : cela pourrait-il devenir, de manière insidieuse, une nouvelle forme de domination ?

    Établir des liens avec ceux qui sont différents de nous est fondamental pour ceux qui cherchent à s’engager dans la solidarité. Cela peut être une chose magnifique.

    Une partie de la solidarité consiste à laisser ces mondes différents se rencontrer. Nous avons besoin de « micro-réformes », non pas dans la foi, mais dans l’esprit.

    Lorsque vous découvrez que des intérêts communs se rejoignent véritablement, la paix et l’amour commencent à s’épanouir. Nous voyons les fruits de l’Esprit s’épanouir lorsque nous nous rassemblons, écoutons, nous engageons et entendons également les rêves d’avenir des personnes qui souffrent.

    Pensons aux premiers anabaptistes : ils discutaient de leurs problèmes, se réunissaient régulièrement, puis ont eu des révélations radicales et sont devenus mennonites, n’est-ce pas ?

    Lorsque les gens se rassemblent en groupes et parlent des questions qui leur tiennent à cœur, il est beaucoup plus difficile pour les empires et autres forces répressives de sévir.

    En pensant à mon contexte en tant que mennonite en Colombie-Britannique, je constate que nous aimons organiser des repas-partage et chanter en quatuor.

    Cela a constitué un puissant outil de solidarité. Au sein de Mennonite Action, nous avons pu être solidaires en chantant et en partageant notre musique avec d’autres.

    Je pense que l’Esprit agit vraiment lorsque les gens utilisent leurs voix collectives pour dénoncer la violence et les atrocités. Que la paix et la justice jaillissent comme un torrent.

    La solidarité est quelque chose que nous construisons à travers des relations justes. Et je pense que c’est un effort à faire, car autrement, nous nous précipitons vers les solutions. Nous devons y parvenir, mais nous devons aussi apprendre à connaître les besoins de chacun.

    Lorsque l’écoute fait défaut au sein d’un mouvement, les actions collectives se réduisent souvent à de simples actes de violence, tandis que les manifestants s’enlisent dans des reproches et des accusations mutuelles.

    Ce pour quoi on se bat concerne les droits fondamentaux qui découlent de l’expérience même de l’injustice. Pourtant, dans la sphère publique, alors que l’espace d’écoute se rétrécit de plus en plus, ce qui émerge n’est pas seulement la suspicion ou la présence de « fauteurs de troubles », mais aussi le risque d’une méconnaissance plus profonde — voire d’une domination — de la part de ceux qui devraient être les sujets mêmes de la lutte ; comme si la lutte ne leur appartenait plus, mais venait d’ailleurs.

    Sans la volonté de se montrer vulnérable, c’est-à-dire le courage de s’ouvrir, d’écouter, d’apprendre et de désapprendre, cette situation ne fera que tourner en rond dans le même cycle d’incompréhension.

    Lorsque nous écoutons les autres, nous apprenons pourquoi ils agissent de telle ou telle manière. Nous pouvons découvrir qu’ils ont peur.

    Et nous désapprenons aussi. Après cela, il est possible d’avoir des conversations plus fructueuses.

    Parfois, quand nous essayons de lutter contre l’injustice tout seul, nous avons l’impression que le monde est tellement cruel. Comme si nous ne pouvions pas y échapper, comme si l’injustice était partout. C’est pourquoi j’essaie de trouver une communauté avec laquelle travailler.

    Quand nous descendons dans la rue, que nous mettons en place des structures, que nous rencontrons des gens d’horizons divers, nous avons une perspective différente. Nous pouvons partager, travailler ensemble. Et quand surgissent les questions, nous pouvons nous tourner les uns vers les autres et les poser.

    Et alors, nous ressentons de l’espoir.

    Ce n’est pas seulement une question de sentiment, mais d’être présent avec les autres, et eux aussi sont présents avec vous.

    Dans ma communauté mennonite, en particulier parmi les jeunes adultes, lorsque je parle des questions de paix et de justice, l’enthousiasme est palpable. Parler de solidarité est extrêmement mobilisateur.

    Les jeunes ont de l’énergie et veulent agir. Mais souvent, nous manquons d’expérience. Trouver ces moyens de travailler ensemble peut donc être stimulant pour les assemblées, d’une manière qui élargit véritablement la communauté ecclésiale, s’attaque à l’impuissance que ressentent les gens et les aide à grandir.

    Nous savons que l’Église peut être un lieu de transformation et je pense que nous avons besoin de cette Église transformatrice pour la paix dans le monde, en particulier pour ceux qui traversent des moments difficiles. Alors laissons l’énergie de l’Esprit qui anime les gens s’exprimer et créons des liens de solidarité.

    La solidarité n’est pas un acte solitaire. Parfois, on se sent paralysé, dépassé ; on ne peut pas tenir le coup tout seul.

    Tout commence toujours par la communauté.

    En Indonésie, nous avons le mot tongkrongan, un lieu de rencontre informel et décontracté. Les gens peuvent y échanger des idées dans une ambiance détendue.

    Le rassemblement en lui-même est important, car c’est là que nous commençons à nous connaître. L’atmosphère peut être tendue, mais lorsque nous partageons un repas, il y a de la place pour entamer des conversations.

    Lors de ce genre de rassemblement informel, la conversation peut aller de vos histoires personnelles à la situation politique, et la discussion peut prendre de l’ampleur. C’est une façon de partager pour transmettre ces histoires à d’autres.

    Quand nous ne trouvons pas d’espace pour aborder un sujet dans des lieux comme l’Église, ce genre de rassemblement informel pour partager des histoires devient une forme de résistance.

    Oui, tout cela nécessite de s’appuyer sur différentes personnes. Si vous n’êtes pas très à l’aise avec les médias ou la prise de parole en public, trouvez un ami qui puisse vous aider à parler de cette violence dans votre quartier dans une région du monde qui vous préoccupe vraiment.

    Et allez aussi à la rencontre de personnes qui ne font pas partie de votre Église. Un élément essentiel de la solidarité est que nous devons dépasser nos limites habituelles, même si cela nous met un peu mal à l’aise.

    En Indonésie, les discussions sur l’injustice structurelle risquent d’être perçues comme « trop politiques », et c’est précisément pour cette raison que l’Église a tendance à se distancier de ces débats.

    Mais quand je vois comment des personnes qui ne sont pas en situation de souffrance prennent conscience de leur condition privilégiée et du lien qui les unit à des structures qui perpétuent la violence, et qu’elles trouvent des moyens de protester dans leur propre contexte (par exemple, le plaidoyer de Mennonite Action pour la Palestine), cela m’encourage. Je peux aussi entrer en contact avec des gens pour défendre la cause de l’Indonésie de manière créative, même si je vis aux Pays-Bas.

    J’ai un message à adresser aux gens du monde entier. N’ayez pas peur d’élargir le champ d’action de l’Église dans votre travail de solidarité, d’élargir ce que signifie l’Église.

    C’est aussi ça la solidarité : l’effusion d’amour dans la coopération, le fait de travailler ensemble pour la paix, mais aussi d’écouter et de recevoir.

    Nous devons accueillir cette paix de la part des personnes confrontées à l’injustice, afin d’entendre quels sont leurs combats et de pouvoir ainsi œuvrer pour résoudre les problèmes qui les font souffrir.

    La solidarité commence par nos prises de conscience : ce que j’ai, ce que nous avons, ce que nous portons et à quel point nous sommes privilégiés.

    Mais il ne s’agit pas seulement de conscience de soi. À partir de ces prises de conscience, nous commençons à voir comment nos luttes croisent celles des autres, ce qui relie nos luttes à d’autres luttes.

    La solidarité, c’est quand je choisis de laisser la souffrance des autres me changer, me toucher. Et à partir de là, nous agissons ensemble, en défendant quelque chose de différent, en apprenant de nouvelles choses et en désapprenant les anciennes habitudes qui ne servaient à rien, et en marchant aux côtés des autres.

    *Retour au début

    « Pan y Paz » (pain et paix) est une initiative de l’Église mennonite colombienne. Son objectif est d’inviter les Églises locales, les personnes de bonne volonté et la société civile à réfléchir au lien entre justice économique et paix, ainsi qu’entre le bien-être fondamental des personnes et la possibilité d’une paix durable. Elle fait entendre au monde entier la voix de l’Église sur les enjeux cruciaux liés aux conflits et à la paix dans le pays. Photo: Anna Vogt

    Sommes-nous prêts à assumer le véritable coût de la solidarité ?

    Cet article est tiré d’une conversation entre deux personnes engagées de longue date dans la construction de la paix en Colombie, qui incarnent la solidarité par l’action, et Andrés Pacheco Lozano, président de la Commission paix.

    Je m’appelle Martha Inés Cortés. Depuis que j’ai entendu la bonne nouvelle, je suis membre de l’Église des frères mennonites de la ville de Cali, en Colombie. J’ai exercé la fonction de pasteure au sein de cette Église et je fais actuellement partie de l’équipe de direction de l’Iglesia Misión Jesucristo Luz y Vida.

    Je suis théologienne et gérontologue. J’ai étudié la théologie au Séminaire théologique baptiste ici à Cali, et j’ai également suivi des études sur la construction de la paix.

    Lorsque je parle de travail pour la paix, je l’aborde sous plusieurs angles, notamment la lutte contre la violence conjugale, la résolution des conflits dans les écoles et la prévention des abus sexuels envers les enfants et les jeunes.

    Je suis également la directrice de la Fondation Edupaz : Éducation pour la paix et la résolution des conflits. Depuis 14 ans, je m’engage en faveur de la paix au sein des écoles et des communautés locales.

    Je m’appelle Jenny Neme Neiva, je suis originaire de Bogotá.

    J’ai grandi au sein de l’Église catholique. J’ai été baptisée, j’ai fait ma première communion, j’ai été confirmée, etc. J’étais adolescente lorsque j’ai découvert pour la première fois l’Église mennonite de Colombie (IMCOL) et c’est à ce moment-là que je suis devenue mennonite.

    C’est par le biais du militantisme que j’ai découvert l’Église mennonite. Un mouvement social très fort a vu le jour dans les années 90 à la suite des modifications apportées à la Constitution colombienne. Parallèlement à cela est apparue une cause importante, en particulier parmi les jeunes, visant à faire reconnaître le droit à l’objection de conscience au service militaire obligatoire. Il y avait également un mouvement en faveur de la reconnaissance de la liberté religieuse. Ces deux droits ont été inscrits dans la nouvelle Constitution colombienne.

    Au début, j’ai trouvé étrange qu’une Église milite en faveur de ces changements, qui plus est au sein de l’Assemblée constituante nationale. Les groupes religieux n’avaient pas pour habitude d’intervenir dans ce genre de contextes en utilisant un langage religieux.

    Cela m’a incitée à en savoir plus, et c’est ainsi que je me suis retrouvée dans de nouveaux espaces de réflexion religieuse autour de questions sociopolitiques. C’était fascinant et cela a été pour moi une porte d’entrée vers l’Église.

    Parlez-moi de la solidarité que vous observez dans les contextes où vous travaillez, et que signifie pour vous cette notion de solidarité en tant qu’expression de la foi ?

    Je pense que la solidarité fait partie de la vie. Je ne sais pas si c’est inné ou si cela s’acquiert avec le temps. Ce que je remarque dans presque tous les domaines de ma vie, c’est que lorsqu’il y a un problème, je me demande comment je peux agir.

    Actuellement, j’occupe plusieurs fonctions, notamment celle de déléguée spéciale du Conseil œcuménique des Églises aux pourparlers pour la paix que le gouvernement mène avec l’un des groupes armés. À ce titre, nous devons interagir avec la délégation gouvernementale, avec le groupe armé, avec les civils, avec les acteurs internationaux, entre autres.

    Des difficultés surgissent dans ce contexte. C’est là que je me demande de quelle manière je peux contribuer. Cependant, la question et la réponse ne sont pas toujours simples.

    Par exemple, sachant que l’État est tenu de protéger nos droits, et lorsque les droits d’une personne sont bafoués et qu’elle traverse une épreuve difficile, il est tentant d’intervenir pour résoudre le problème. Mais il n’est pas toujours possible d’intervenir directement et de résoudre la situation, car la solution échappe souvent à mon contrôle. Je devrais plutôt réfléchir à la manière de mettre en œuvre les mécanismes spécifiques déjà disponibles pour trouver des solutions possibles.

    Nous interagissons également avec les victimes. Étant donné que je suis à la fois une femme et que je suis membre d’une Église, cela crée un certain climat de confiance qui amène les gens à me confier leurs besoins. De plus, ils ont confiance en ma capacité à trouver une solution viable.

    Un autre rôle que je joue consiste à participer à des programmes de justice restaurative avec les auteurs de violences commises dans le cadre du conflit armé. Dans ce contexte, il est primordial d’écouter et de prendre en compte les besoins tant des victimes que des auteurs. Et il est important de travailler avec eux pour concevoir et mettre en place des moyens de réduire les préjudices, de réparer les torts, d’offrir des réparations pour les dommages qu’ils ont causés, ainsi que des modes de vie qui s’éloignent de la violence qu’ils ont connue.

    Au vu de ces rôles, je crois que la solidarité est une attitude et une volonté d’accompagner les femmes et les hommes dans leur recherche commune de solutions. En d’autres termes, la solidarité ne consiste pas à faire la charité.

    Pour moi, la solidarité est étroitement liée à l’empathie. Il s’agit d’une communion et d’un soutien immédiat. Nous sommes liés par l’action : la manière dont nous réagissons aux réalités auxquelles nous devons faire face et qui exigent une réponse immédiate.

    Par exemple, une femme victime de violences conjugales souffre de la faim et doit nourrir ses enfants qui sont avec elle. Elle ne sait pas quoi faire. Dans une telle situation, nous devons nous demander : que va-t-on faire et comment pouvons-nous agir de manière solidaire ?

    L’empathie est essentielle dans des moments comme celui-ci. En même temps, il est important de l’orienter vers les procédures juridiques appropriées qui la soutiennent en tant que femme et mère.

    Il ne s’agit donc pas seulement de faire preuve d’empathie et de répondre à ses besoins physiques immédiats, comme la faim, ni simplement de signaler aux autorités ce qui s’est passé. Il s’agit aussi de l’accompagner et de l’encourager à prendre conscience qu’elle peut aller de l’avant sans que son identité se résume à celle d’une femme victime de violences. La solidarité consiste à l’orienter et à l’accompagner tout en répondant à ses besoins fondamentaux immédiats. C’est la soutenir en lui proposant des idées et des alternatives pour aller de l’avant, y compris financièrement.

    Ainsi, la solidarité signifie soutenir la communauté, tout en lui apprenant à connaître ses droits et à les protéger. Elle me permet de m’unir à une autre personne et de collaborer.

    Un mot qui me vient à l’esprit quand je pense à la solidarité, c’est la miséricorde.

    Je pense que différents acteurs ont des intérêts divergents et des motivations politiques, économiques et égoïstes variées en matière de solidarité. Cependant, pour les personnes croyantes, notre solidarité repose sur la miséricorde.

    C’est la miséricorde qui me pousse à la solidarité, car ce qui arrive aux autres femmes et aux autres hommes me touche profondément. Elle m’invite à me mettre à la place de l’autre et à l’aider à se libérer de son fardeau, tout en réfléchissant à des solutions possibles.

    Si je comprends bien, la solidarité va au-delà de l’empathie. Elle consiste plutôt à rechercher et à fournir des outils qui permettent aux personnes de changer, voire de transformer leur réalité.

    C’est intéressant, car on considère parfois la solidarité comme une seule chose qui répond à une situation spécifique et immédiate. Or, d’après ce que j’entends, il s’agit plutôt d’un processus qui consiste à accompagner les gens ; cela demande du temps et de l’engagement, et implique d’instaurer la confiance.

    Je pense que ce qui motive notre pratique de la solidarité, c’est ce qui est contenu dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5–6). Ce texte me permet de comprendre mon identité en Christ, d’où je viens et où je vais, et c’est cela qui me permet de servir.

    C’est mon identité de foi qui m’a poussée à servir. Et c’est un modèle que d’autres personnes peuvent observer et qui leur permet de comprendre qu’il ne s’agit pas simplement de religiosité, mais d’un mode de vie.

    Y a-t-il donc quelque chose de particulier ou de distinct dans la solidarité lorsqu’on l’aborde sous l’angle anabaptiste ?

    Dans les moments difficiles, je pense qu’il existe de nombreuses organisations et de nombreux espaces prêts à accompagner les gens. Cependant, la grande différence réside dans le fait que, tandis que beaucoup d’organisations s’en vont au bout d’un certain temps, en tant qu’anabaptistes, nous restons. Le monde anabaptiste reste présent et poursuit l’accompagnement sur la durée.

    Pour nous, disciples de Jésus, il n’est pas possible de simplement partir ou d’abandonner les gens ; nous devons répondre à l’appel de continuer à marcher avec eux.

    Je pense qu’il est un peu risqué d’affirmer qu’il existe un élément de solidarité qui soit proprement anabaptiste. Cela dit, je pense que notre engagement en faveur de la non-violence pourrait constituer une caractéristique distinctive.

    Il peut arriver qu’au départ, on apporte son aide dans une situation spécifique sans en connaître les conséquences futures. Par exemple, essayer d’aider une famille qui demande un soutien pour reconstruire sa maison perdue lors d’une inondation, eh bien, d’accord. Mais peut-être que la maison était à l’origine construite trop près de la plaine inondable et que la reconstruire à cet endroit risque de la voir emportée à nouveau lors de la prochaine inondation.

    C’est un exemple simpliste. Mais le fait est qu’il y a tant de risques dans des contextes où les situations de violence sont si nombreuses, comme Martha l’a déjà mentionné : violence conjugale, violence sociopolitique, conflit armé. Ces contextes exigent la non-violence.

    En d’autres termes, comment puis-je vivre en solidarité sans causer davantage de tort ?

    C’est une bonne question. Parfois, la solidarité semble être quelque chose d’unilatéral, où l’on fait quelque chose pour les autres dans une situation spécifique sans mesurer le coût des répercussions. Ainsi, nous pouvons avoir de bonnes intentions, mais nos manifestations de solidarité peuvent causer d’autres types de préjudice.

    Compte tenu de votre accompagnement des communautés anabaptistes et mennonites en Colombie, qu’est-ce qui ressort pour vous dans la solidarité que vous pratiquez dans le contexte colombien ?

    Il y a un esprit d’entraide, une volonté d’être présent. La culture colombienne et ce que nous avons vécu nous ont endurcis, et nous cherchons des moyens d’aider et de faire face ; nous nous aidons mutuellement à aller de l’avant.

    C’est difficile. Je pense à la violence dans notre pays et à la concentration des richesses entre les mains d’une poignée de personnes. Vraiment, les gens doivent penser les uns aux autres. Je pense que les actes de solidarité se forgent dans un contexte de contraintes, de violence et de précarité. Dans une certaine mesure, la foi (ou les différentes confessions) favorise ce sentiment de solidarité.

    Dans le cadre de la construction de la paix, le gouvernement, les ambassades et d’autres acteurs internationaux commencent à reconnaître les efforts locaux en faveur de la paix, ainsi que le travail important que les communautés accomplissent elles-mêmes.

    Cela me touche. Cela n’est toutefois pas une nouveauté pour moi, car nous sommes nombreux à avoir eu l’occasion d’accompagner des communautés dans leur cheminement vers la paix. Depuis longtemps, nous insistons sur le fait que la construction de la paix doit émaner de nos communautés locales, en fonction de leur réalité sociale. C’est là que la solidarité des Églises et de nos communautés de foi prend tout son sens.

    Quel est le lien entre solidarité et activisme ?

    Pour moi, l’activisme peut nous mener à la solidarité ; les deux sont donc liés.

    Je repense aux débuts d’Edupaz dans les années 90, à une époque marquée par une grande violence. À l’époque, il était clair qu’il fallait agir face à la violence que nous subissions, même dans les écoles. C’était une action concrète, et bien que le travail d’Edupaz ait commencé dans les écoles, il a rapidement dépassé les murs de l’école pour nous amener à rejoindre les universités dans la rue.

    Nous avons défilé, nous avons milité et nous avons parlé de paix en de nombreux endroits, à la recherche de liens de solidarité. Cela nous a aidés à comprendre que nous devions renforcer l’ensemble des membres. Et nous avons commencé à réfléchir à la manière dont nous pouvions nous organiser en tant que collectif et communauté de foi.

    Cette réflexion est née de l’activisme. 

    En même temps, je pense aussi que l’activisme est l’une des façons dont nous concrétisons la solidarité. 

    Je pense que l’expression de la solidarité doit aller au-delà des bonnes intentions. La solidarité doit se matérialiser en quelque chose. Peut-être que l’activisme est ce qui nous aide à concrétiser nos bonnes intentions. Nous avons appris que l’activisme ne se résume pas à des réponses décousues et à de simples actions.

    L’activisme devient de plus en plus exigeant, car il nous invite à aller au-delà de notre solidarité et à nous mettre à la place des autres afin qu’ensemble, nous puissions envisager diverses voies de transformation et différents types de transformation. Parmi les nouveaux critères de l’activisme, on peut citer « ne pas nuire » et « accueillir la différence », qui illustrent les coûts inhérents à la solidarité.

    Il me semble que notre tâche nécessite davantage de réflexion. À cet égard, notre tradition anabaptiste nous est d’un grand secours, car notre foi nous appelle également à une réflexion théologique et contextuelle approfondie. C’est pourquoi nous ne pouvons pas tomber dans le piège qui consiste à mettre en œuvre nos bonnes intentions d’une manière qui finisse par nuire aux autres.

    Nous avons besoin de davantage de ressources, notamment de notre foi anabaptiste, afin que nos réflexions et nos actions soient efficaces. Je crois que ces apports renforcent le lien entre militantisme et solidarité.

    Je me demande également si la solidarité relève d’une vision individuelle ou collective. Et je m’interroge sur la manière de vivre la non-violence, en particulier lorsque notre réaction inclut une indignation face à des injustices qui suscitent la colère et la rage.

    Certaines personnes pourraient nous demander : « N’avez-vous pas dit que vous étiez non-violents ? », comme si nous n’avions pas le droit de ressentir de l’indignation et du malaise face à ce qui ne va pas et avec quoi nous ne sommes pas d’accord. Ou de lancer des actions et des processus en réponse.

    Par exemple, je pense à la manière dont la solidarité implique de prendre soin des personnes qui travaillent sur les questions de violence conjugale, qui sont si complexes. Il y a tant à faire, mais je sais que le poids de ce travail engendre une fatigue émotionnelle, physique et économique, en plus des risques pour la sécurité. Cela exige une position beaucoup plus ferme de la part des Églises.

    Nous avons tant à apporter grâce à notre perspective théologique et à notre compréhension de l’Évangile. Grâce à ce que notre Seigneur inspire en nous.

    Dans le monde où nous vivons, il semble que l’activisme soit souvent stigmatisé. Que pensez-vous du fait que l’activisme soit perçu négativement ou avec une certaine réticence ?

    Je pense que tout ne doit pas être considéré comme de l’activisme. Il y a des initiatives que les gens lancent et qui n’ont peut-être aucun effet, même s’ils affirment transformer le monde par leurs actions. Cela arrive même au sein de notre famille mennonite.

    Par exemple, ici en Colombie, de profondes tensions sont apparues autour des situations liées à l’arrivée de colons mennonites ces dernières années. Et, certes, ils ont fait des dons et proposé du travail aux Colombiens vivant sur les terres qu’ils ont achetées, mais des procédures judiciaires sont également en cours contre eux pour violation des droits des communautés autochtones. Cela contraste avec la longue histoire de l’Église mennonite colombienne, qui œuvre depuis longtemps à la défense des droits humains et à la construction de la paix.

    Aujourd’hui, nous constatons que des communautés mennonites sont impliquées non seulement dans des expropriations foncières, mais aussi dans des atteintes à l’environnement. Je pense qu’une réflexion théologique contextualisée s’impose. Je crois que si nous partageons une vision anabaptiste, où nous laissons place au discernement au sein de la communauté, cela devrait nous aider à déterminer si ces actions produisent le bien ou le mal. Nous devons discerner en toute honnêteté, en affrontant ces tensions de front, car elles sont désormais une réalité constante.

    Grâce aux médias et aux réseaux sociaux, nous avons désormais accès à des informations qui nous étaient auparavant cachées. Il est désormais possible d’accéder à l’information en quelques minutes, voire en direct, au moment même où les événements se produisent. Ainsi, lorsque nos jeunes ont perdu leur chemin ou qu’au lieu d’incarner leur histoire, ils incarnent ce que ces sources d’information leur racontent quotidiennement, il est facile pour eux de perdre leurs repères. C’est pourquoi les questions d’identité et ce qui nous motive et nous guide deviennent primordiales. Surtout lorsqu’il s’agit d’activisme.

    En ce qui concerne le monde mennonite, certaines formes de violence transparaissent parfois dans la manière dont les gens dirigent. Au sein de notre propre famille spirituelle, nous avons omis de reconnaître des épisodes de violence, comme l’a évoqué Jenny, et nous avons manqué à notre devoir envers les personnes et les victimes au sein de notre propre communauté.

    De mon point de vue, la solidarité semble souvent une belle idée lorsque nous regardons vers l’extérieur. Le véritable défi consiste à reconnaître les implications de la solidarité au sein de notre famille, envers celles et ceux qui ont été victimes.

    Jenny et Martha, merci beaucoup pour ce dialogue, pour vos réflexions, les leçons tirées et vos témoignages de solidarité. Merci également d’avoir attiré notre attention sur les dilemmes et les conflits qui existent au sein de notre propre famille mennonite. Et de nous avoir exhortés à assumer la responsabilité qui nous incombe envers les victimes et les personnes qui ont souffert au sein de notre propre famille spirituelle. C’est là que notre engagement à marcher dans la solidarité, à l’exemple de Jésus, comme vous nous l’avez rappelé, doit également se concrétiser.

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    Peace Club Committee and facilitators at Wanezi Mission School, Zimbabwe.

    Le pardon et la création d’un cadre sûr

    Comme confié à Courrier par le président du Comité pour la paix et la justice sociale au Zimbabwe.

    Je suis passionné par le ministère pastoral, la construction de la paix et le développement du leadership. J’occupe actuellement le poste de superviseur au sein de l’Église des Frères en Christ (BICC) au Zimbabwe, dans le district de Nono, au Matabeleland Nord. Je suis marié à Thobekile Ncube, qui est directrice du programme pour les femmes et chargée de cours au Theological College of Zimbabwe. Nous avons la chance d’avoir deux fils, Nathan et Neville.

    Après avoir entendu mon appel, j’ai suivi une formation à notre école biblique locale, l’Ekuphileni Bible Institute (1993–1995). Je suis devenu évangéliste bénévole, puis pasteur à plein temps (1997–2014) dans les assemblées de Maphisa et de Nkulumane.

    Lorsque l’Église m’a demandé de présider le Comité pour la paix et la justice sociale, j’ai découvert que mes compétences en matière de travail pour la paix présentaient certaines limites. Je me suis alors inscrit à l’Eastern Mennonite University à Harrisonburg, en Virginie (États-Unis), où j’ai suivi une formation (2015–2017). À mon retour au Zimbabwe, j’ai commencé à animer des ateliers et des séminaires sur le travail pour la paix et la transformation des conflits.

    Après avoir découvert les « clubs de paix » grâce à des amis au Kenya, en Zambie et en Tanzanie, nous avons entamé en 2017 un dialogue sur le travail pour la paix dans nos écoles chrétiennes, et nous avons lancé les clubs de paix en 2023-2024. Ils sont désormais implantés dans six lycées de la BICC et dans cinq écoles primaires.

    La BICC au Zimbabwe est reconnaissante du soutien financier reçu de notre partenaire, le Centre mennonite pour la paix (Mennonitische Friedenszentrum) à Berlin, en Allemagne.

    Le leadership du club de paix

    Dans les écoles de la BICC, le comité du club de paix est composé d’un pasteur missionnaire, d’un parrain (enseignant) et d’une marraine (enseignante), ainsi que d’élèves élus. L’implication des pasteurs missionnaires relie directement le club de paix à l’Église.

    Au sein des clubs de paix, les élèves élisent un président, un vice-président et d’autres membres du comité, qui sont supervisés par la marraine, le parrain et le pasteur. Les clubs de paix entretiennent des relations avec les administrations scolaires.

    La tâche principale du comité paix et justice sociale consiste à former les membres des clubs de paix à travers des ateliers afin qu’ils mènent des activités hebdomadaires pour la paix.

    Transformation chez les élèves

    Certaines de nos écoles nous ont signalé que les élèves des classes supérieures harcelaient les plus jeunes et faisaient usage de drogues et d’alcool. Les clubs de paix ont donc été mis en place pour faire face à la montée des conflits, de la violence et des défis sociaux.

    Les clubs de paix ont pour objectif de transformer la mentalité des jeunes et de les aider à faire des choix éclairés afin de construire un avenir prometteur. Jeux de rôle, dialogues, débats, poèmes et chants font partie des outils utilisés pour apprendre à construire la paix et favoriser la résilience, la réconciliation, le pardon et la guérison.

    Après la formation, une certaine transformation s’est opérée chez les élèves.

    Désormais, les élèves se réunissent autour d’une table pour dialoguer dès qu’un malentendu survient. Grâce aux activités des clubs de paix, les cas de destruction des biens scolaires, les bagarres ainsi que la consommation de drogues ont considérablement diminué.

    Un pasteur a noté que « le comportement des membres des clubs de paix à l’Église a changé : ils sont plus attentifs et participent aux cultes, y compris en faisant des dons. Les comportements tels que le bavardage ou le fait de s’endormir pendant les cultes sont désormais beaucoup moins fréquents. »

    Solidarité

    Jésus a enseigné à ses disciples la miséricorde, la compassion et la solidarité, tout en leur montrant l’exemple. Il leur a également demandé d’être miséricordieux et d’aimer leur prochain (Luc 6.36 et 10).

    Nous voyons que Jésus a guéri les malades, nourri ceux qui étaient dans le besoin et ressuscité les morts. Jésus a enseigné la repentance, en aidant les gens à reconnaître leur nature pécheresse et en les amenant à confesser leurs péchés. Il a mis en œuvre des principes de travail pour la paix et de transformation des conflits. Nous essayons d’inciter les membres des clubs de paix à suivre cet exemple.

    Par exemple, les lycéens de Mtshabezi ont acheté 100 cahiers, 150 stylos et 10 paires de chaussures dans un élan de solidarité envers des élèves de primaire vulnérables et dans le besoin.

    Les membres des clubs de paix prennent les devants 

    L’engagement et le dévouement des membres des clubs de paix dépassent nos attentes et notre imagination. Dans certains cas, ils se sont encouragés mutuellement à parler délibérément à leurs camarades de classe de la nécessité de mener une vie engagée pour la paix.

    Un lycée a fait l’objet d’une publicité négative à un moment donné. Il a été accusé d’être un repaire de toxicomanes. Les membres du club de paix se sont mobilisés pour réfuter ces allégations.

    Le président du club de paix a utilisé son appareil photo pour documenter les activités positives des élèves et a envoyé les photos au bulletin d’information lu par les parents et les autres parties prenantes.

    De plus, les membres du club de paix ont utilisé leur argent pour acheter et imprimer des t-shirts portant des messages sur le travail pour la paix et un message contre la drogue et la toxicomanie.

    Pratiquer le pardon

    J’ai pris conscience que le plus important est d’offrir à ces jeunes un espace sûr où ils peuvent parler de leurs conflits, de leurs peurs, de leurs traumatismes et se confesser. Et nous avons enseigné aux jeunes à s’excuser lorsqu’ils ont fait du tort à d’autres personnes.

    L’épître à Philémon a été l’un des outils utilisés pour enseigner les principes du pardon, du dialogue et de la réconciliation. Paul incarne ces principes à travers la manière dont il gère la relation entre Philémon et Onésime.

    Au-delà des clubs

    Actuellement, les clubs de paix ne sont présents que dans nos écoles, mais nous constatons également des conflits au sein de l’Église. Nous avons organisé des ateliers dans des paroisses locales, des districts et même au niveau de la conférence pour aider les gens à comprendre les principes du travail pour la paix et de la transformation des conflits.

    Nous avons identifié et formé un groupe de praticiens de la paix qui ont joué un rôle déterminant dans l’équipement tant de l’Église que de la communauté. Ils ont été chargés d’animer des sessions et de sensibiliser les communautés, y compris les groupes d’hommes, de femmes et de jeunes, lors de leurs camps et conférences.

    De plus, nous allons à la rencontre des communautés par le biais d’ateliers, et nous avons également été invités à aider à résoudre des conflits au niveau communautaire. J’ai également co-rédigé un manuel pour le travail pour la paix qui est actuellement utilisé par la BICC au Zimbabwe.

    Les anabaptistes accordent une grande importance au travail pour la paix ! Ils forment une communauté de paix.

    D’après mon expérience, je pense qu’il est essentiel d’identifier les défis actuels et les personnes clés, puis de concevoir un programme ou un manuel pour la paix afin d’y répondre. Identifier les besoins aidera l’Église à mettre le doigt là où ça fait mal. Le travail en réseau et la collaboration aideront l’Église à lutter collectivement contre la violence structurelle et la marginalisation. Des moyens pratiques comme la musique, le sport, le théâtre et l’art ont également prouvé leur efficacité.

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  • Un rassemblement mondial des mennonites aux Philippines met en avant la solidarité, la foi et le témoignage commun 

    Près de 300 participants venus de plus d’une douzaine de pays se sont réunis sur la place historique de Lumban le 14 mars 2026, à l’occasion de la 9ème édition annuelle de la rencontre « Renouveau » de la Conférence mennonite mondiale (CMM). Axée sur le thème « Solidarité dans la famille du Christ : partager les fardeaux, partager l’espérance », cette rencontre a mis en avant l’appel à « porter les fardeaux les uns des autres » (Galates 6.2-10). 

    La rencontre « Renouveau » a réuni des membres de l’Integrated Mennonite Church of the Philippines (IMC), du Comité exécutif de la CMM et du Comité YABs (Jeunes anabaptistes). 

    À travers la louange, les témoignages, les célébrations culturelles et la prière, les participants ont témoigné de l’unité, de la résilience et du soutien mutuel au-delà des cultures et des continents. 

    Bayanihan

    L’un des moments forts de la cérémonie d’ouverture a été un défilé symbolique mettant en scène une hutte traditionnelle en nipa (bahay kubo), incarnant la valeur philippine du bayanihan. Cette pratique culturelle — où des voisins travaillent ensemble pour déplacer une maison en cas de besoin — a servi de métaphore vivante au thème de ce rassemblement. 

    Ancrée dans l’unité, la compassion (malasakit) et la coopération, la bayanihan incarne une caractéristique déterminante de la conception anabaptiste de l’Évangile. 

    « Dieu nous appelle à répondre par la solidarité et l’action désintéressée aux besoins des autres au sein de notre Église mondiale », a déclaré César García, Secrétaire général de la CMM. « Ce faisant, nous vivons la bayanihan au sein de notre famille spirituelle et la diffusons dans un monde qui aspire à un amour fidèle et à une solidarité durable. » 

    Le programme a également célébré l’héritage des Philippines à travers la musique et la danse. 

    Plusieurs Églises régionales ont présenté des spectacles traditionnels de danse et de musique, alliant foi et identité locale. Parmi les danses présentées figurait le Pandanggo sa Ilaw, une danse folklorique symbolisant la lumière dans les ténèbres, inspirée de Matthieu 5. 4-16. D’autres spectacles comprenaient la Cariñosa, reflétant les thèmes de l’amour et de la connexion, ainsi que des danses des moissons célébrant la générosité de Dieu à travers l’agriculture.

    La solidarité repose sur un témoignage commun 

    Les témoignages et la prière ont constitué un élément central du programme. 

    « En écoutant [les récits des pasteurs de l’IMC], j’ai perçu la foi, la persévérance et une profonde confiance en Dieu », a déclaré Blessing Joy Turqueza, représentante pour l’Asie au sein du Comité YABs. « Même dans l’adversité, ils continuent à servir. Même dans l’incertitude, ils continuent à faire confiance à Dieu pour subvenir à leurs besoins. Et à travers tout cela, j’ai vu l’espoir au sein de la communauté des croyants. » 

    Blessing Turqueza a souligné que la solidarité au sein de l’Église ne repose pas sur la perfection, mais sur un engagement commun. « L’Église est marquée par des blessures et des questions », a-t-elle déclaré, « mais nous portons aussi quelque chose de plus grand : la foi, l’espérance et l’amour du Christ. Lorsque nous nous tenons ensemble en tant que famille du Christ, en nous soutenant et en nous encourageant mutuellement, nous commençons à voir la fidélité de Dieu. » 

    Sindah Ngulube, évêque de l’Église des frères en Christ au Zimbabwe, a évoqué la solidarité après un incendie dévastateur dans un internat pour garçons. Fait remarquable, tous les enfants s’en sont sortis indemnes. Au lendemain de la catastrophe, les Églises locales se sont rapidement mobilisées pour apporter des soins et entamer les efforts de reconstruction. 

    Doug Klassen, Pasteur exécutif de l’Église mennonite du Canada, a appelé à la solidarité pour discerner l’engagement anabaptiste en faveur de la paix, dans le contexte des discussions sur la préparation militaire et la conscription potentielle au Canada. 

     « Il y a soixante-dix ans, de nombreux mennonites ont revendiqué le statut d’objecteur de conscience », a déclaré Doug Klassen. « Aujourd’hui, nous devons nous demander ce que nous ferions. Nous devons tirer les leçons du témoignage des mennonites en Colombie et au Myanmar, qui continuent d’incarner la paix dans des contextes difficiles. L’Église mondiale a beaucoup à nous apprendre. » 

    IMC 

    Eladio Mondez, évêque moderateur de l’IMC
    Belen Raga, maire de Lumban

    Les participants ont été officiellement accueillis par Eladio Mondez, évêque moderateur de l’IMC, et Belen Raga, maire de Lumban, qui ont tous deux exprimé leur gratitude d’avoir l’occasion d’accueillir un rassemblement international. La présence de responsables mondiaux d’Églises aux côtés des assemblées locales a mis en évidence le caractère interconnecté de la famille des Églises de la CMM. 

    Le rassemblement « Renouveau » s’inscrit dans une série de manifestations pluriannuelles organisées dans différentes régions du monde, chacune visant à célébrer l’histoire commune et les diverses expressions de la foi anabaptiste. Les membres du Comité exécutif de la CMM se joignent aux participants locaux lors d’un culte collectif où les hôtes et les invités partagent leurs dons. Outre le culte et l’enseignement, ces rassemblements offrent un espace pour le partage de témoignages, le renforcement des relations et la prière pour l’Église mondiale. 

    La présence mennonite aux Philippines a débuté après la Seconde Guerre mondiale grâce à des actions de secours, d’aide médicale et de reconstruction menées par le Comité central mennonite (MCC). En 1965, Missions Now, Inc. (MNI) a été fondée en tant qu’organisation missionnaire dirigée par des Philippins et axée sur l’évangélisation et l’implantation d’Églises, en particulier dans les communautés rurales et tribales. Après une période de transition interne, l’Église mennonite intégrée (IMC) a été créée en 1991 et a rejoint la Conférence mennonite mondiale en 1993, intégrant ainsi la famille anabaptiste mondiale. 

    L’offrande recueillie lors du culte a été affectée à la contribution « part équitable » de l’IMC à la CMM. 

    La rencontre s’est conclue par un repas partagé et un moment de fraternité, ainsi que par un sentiment renouvelé de solidarité. « À travers le culte, le chant, la prière et les échanges culturels, nous nous rappelons que l’Église mondiale est appelée à porter les fardeaux les uns des autres », a déclaré John D. Roth, coordonnateur de « Renouveau ».

    « J’ai été particulièrement inspiré par l’énergie et l’engagement des jeunes de l’IMC à témoigner de l’amour de Dieu dans un monde fracturé. Leur foi est un puissant signe d’espoir pour l’avenir de l’Église. » 

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    Lisez les témoignages sur Renouveau et découvrez-en davantage sur cette rencontre dans le numéro 41.3 du Courrier (uniquement en version numérique).



    Mise à jour 25 avril 2026 : titre de Eladio Mondez

  • Perspectivas — Inde 

    Ce que m’a apporté ma participation à l’ensemble international 

    Je rends grâce à Dieu pour le don de la musique dans nos vies. Je considère comme une grâce divine d’avoir pu faire partie de l’ensemble international de la Conférence mennonite mondiale pour l’Assemblée 2022 en Indonésie. J’en rêvais depuis que j’avais assisté à l’Assemblée de 2003 au Zimbabwe. 

    Participer à la musique lors des Assemblées mondiales de la CMM m’a permis d’apprendre des chants dans différentes langues. De prime abord, je me suis dit que la prononciation des paroles était étrange. Il arrive que des mots dans d’autres langues présentent des similitudes avec ma langue, mais cela donne un sens très amusant ! 

    À mesure que je me suis habitué à chanter ces chants dans différentes langues, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Apprendre ces chants est devenu mon activité préférée. 

    Une grande famille mondiale 

    En chantant des cantiques dans différentes langues, j’ai le sentiment de faire partie de la famille de mes frères et sœurs qui parlent la langue chantée. Je me sens uni à eux, à leur style musical et à leur culture.  

    Chanter dans différentes langues avec la chorale de l’Assemblée, avec des frères et sœurs de différents continents, me donne également une image du paradis. 

    Des chansons comme « Dalam Yesu/En Jésus, nous sommes une seule famille » m’aident à prendre conscience que je fais partie d’une grande famille mondiale. J’ai de nombreux frères et sœurs qui me soutiennent dans toutes les situations que je traverse. 

    Le chant « True Evangelical Faith » m’a particulièrement marqué, car il me rappelle toujours d’examiner ma foi et m’encourage à vivre comme un véritable disciple du Christ. 

    Chanter ces cantiques a également uni ma famille. Lorsque je m’entraînais à chanter des chants pour l’Assemblée, en particulier des chants dans d’autres langues, mes jeunes filles se joignaient à moi pour les chanter. Elles ont appris la prononciation bien plus vite que moi. En famille, nous avons passé de nombreuses heures à apprendre ces chants ensemble, dans l’unité. 

    Cultiver le respect et la curiosité 

    Ce que j’ai appris à l’Assemblée a été transmis à l’Église où j’étais engagé. J’ai enseigné de nombreux chants dans différentes langues, tels que « Som’Landela », « We want peace », « Hakuna akaita », « Solo el amor », « Siyahamba », « Alabare », « Tapaiko cheuma » (Je suis ton enfant), « Segala puji syukur » (Criez de joie), « Kirisuto no heiwa ga » (Que la paix du Christ), etc. 

    J’ai traduit certains de ces cantiques en hindi afin que les membres de l’Église puissent facilement les apprendre et les chanter. Chanter en anglais et en hindi nous apporte de la clarté quant au message du chant, ce qui est important pour la conviction et la participation. Les gens sont généralement plus à l’aise lorsqu’ils chantent dans une langue qu’ils comprennent. 

    Cependant, j’encourage généralement les gens à chanter au moins un couplet ou le refrain dans la langue originale. 

    Lorsque les membres de notre Église apprennent différents mots dans une langue étrangère, cela aide les gens à ressentir la dimension mondiale du chant, cela suscite le respect et la curiosité pour les autres cultures et donne au moment un sentiment plus fort de communion et de sens. En fin de compte, cela aide l’assemblée à se sentir unie avec la famille mondiale.  

    Comprendre l’Esprit de Dieu 

    L’une des membres de mon assemblée a partagé que le fait de chanter dans différentes langues l’aidait à comprendre la gratitude de Dieu. Cela se reflète dans la langue, la structure musicale et la culture. Même si nous ne comprenons pas toujours pleinement le sens des chants dans différentes langues, nous ressentons que Dieu a insufflé sa joie et son Esprit dans les paroles et la musique. 

    Chanter des chants tels que « You’re not alone » (Tu n’es pas seul) l’a aidée à comprendre que nous sommes unis. 

    Nous partageons nos peines et nos joies les uns avec les autres et nous nous soutenons mutuellement dans les situations difficiles. 

    Chanter les cantiques de l’Assemblée l’a aidée à comprendre qu’elle a sa place dans l’assemblée en tant que membre de la famille, pour prendre soin des autres membres qui sont dans le besoin. 

    En conclusion, je voudrais dire que les chants de l’Assemblée ont été une force très efficace pour unir l’Église dans sa compréhension de Dieu, de sa place et de son rôle au sein de la famille mondiale. 

    Ashish Kumar Milap est pasteur à l’Église mennonite de Sunderganj à Dhamtari, en Inde, où il sert une assemblée de 1 040 membres baptisés. En 2022, il a participé à l’Assemblée en Indonésie en tant que membre d’une chorale internationale. 


  • Perspectives — Zimbabwe  

    Ma première véritable rencontre avec la CMM a eu lieu lors de l’Assemblée de 2003, qui s’est tenue à Bulawayo, au Zimbabwe, ici en Afrique. Ce fut une expérience de louange internationale et multiculturelle tout à fait extraordinaire. Les mélodies issues de cultures et de traditions variées se sont harmonisées, laissant une empreinte indélébile dans mon âme. 

    Cette expérience a suscité en moi une passion pour la louange mondiale qui continue de m’inspirer, ainsi que la plupart des membres de l’Église des frères en Christ, encore aujourd’hui ! 

    L’Assemblée de 2003 de la CMM au Zimbabwe a marqué un événement important dans la communauté anabaptiste mondiale. L’un des impacts durables s’est fait ressentir sur les styles musicaux des Églises locales au Zimbabwe. Cette influence se manifeste dans le mélange des rythmes traditionnels zimbabwéens avec les hymnes occidentaux et la musique chrétienne contemporaine. 

    Musique traditionnelle zimbabwéenne et culte anabaptiste 

    Au Zimbabwe, la musique traditionnelle fait partie intégrante de l’identité culturelle. Les instruments à percussion, tels que les tambours, les hochets et les maracas, sont couramment utilisés dans le culte. 

    Après 2003, certaines Églises des Frères en Christ ont commencé à intégrer ces éléments dans leurs cultes, en les fusionnant avec des instruments occidentaux, tels que la guitare et le synthétiseur, créant ainsi un son unique qui trouve un écho auprès des fidèles de la région. 

    En réalité, la majorité des assemblées zimbabwéennes a généralisé l’usage d’instruments de musique pour accompagner la louange. Cette pratique s’est même étendue aux assemblées des zones rurales, où les fidèles se limitaient auparavant au chant a cappella. 

    L’influence de la musique anabaptiste 

    L’Assemblée de la CMM a réuni des musiciens issus de diverses traditions anabaptistes. Cette rencontre a conduit à l’adoption de chants tels que « Over my head, I hear music in the air ! » (Une chanson folklorique afro-américaine adaptée à un rythme zimbabwéen dans les assemblées locales). 

    De nombreuses Églises ont commencé à utiliser des chants mêlant cantiques traditionnels et chants de louange contemporains d’Afrique et d’Amérique latine. 

    Le recours à des éléments traditionnels s’est révélé particulièrement évident pour favoriser l’épanouissement et la louange dans un contexte africain. Cela a renforcé l’utilisation du mouvement dans le chant, celui-ci venant naturellement aux populations autochtones d’Afrique. Des interprétations telles que « Hakuna akaita sa Jesu » (Il n’y a vraiment personne comme Jésus) et « Jes’ uya khazimula » (Jésus brille toujours) ont pris un sens nouveau et ont gagné en popularité sous l’influence directe de la musique anabaptiste. 

    Un certain nombre d’autres refrains en langues « étrangères », tels que « Obrigado Senhor » (Merci, Jésus) et des chants de l’Assemblée au Zimbabwe de 2003, ont également été intégrés à la musique du culte local. 

    Impact sur le culte 

    Le mélange des styles musicaux a influencé les pratiques cultuelles. Les cultes sont plus participatifs, les fidèles chantant en ndébélé, en shona et en anglais. Certaines Églises ont introduit la danse, intégrant ainsi des mouvements traditionnels zimbabwéens. 

    Ce changement a rendu le culte plus expressif et plus adapté à la culture locale. 

    L’Assemblée de la CMM au Zimbabwe a largement contribué à inciter indirectement les assemblées locales à apprécier la diversité culturelle dans la musique de culte. 

    Le fait de chanter des chants tirés d’un recueil commun comme le livre de chants de la CMM a eu plusieurs effets sur les assemblées. Les chants communs favorisent un sentiment d’unité et une expérience de foi partagée parmi les membres de l’assemblée. Ils les relient à une communauté plus large de croyants et croyantes de différentes cultures et de différents endroits. 

    Défis et opportunités 

    Si cette fusion musicale a enrichi le culte, elle a également posé des défis. Certaines assemblées ont du mal à trouver un équilibre entre tradition et nouveauté. Il arrive que les membres plus âgés préfèrent les cantiques traditionnels, alors que les plus jeunes privilégient souvent les styles contemporains. Ce fossé générationnel nécessite une navigation prudente de la part des jeunes membres et des responsables d’Églises. 

    Les jeunes du district de Bulawayo, de l’Église des frères en Christ, ont pris une initiative proactive pour s’efforcer de satisfaire tout le monde en formant la chorale des jeunes du district de Bulawayo. 

    Le groupe a transformé les cantiques traditionnels afin de les rendre plus accessibles à tous les âges, en utilisant des instruments locaux et occidentaux dans leurs groupes de louange dirigés par des jeunes. 

    L’Assemblée 2003 de la CMM a encouragé une louange davantage adaptée au contexte local dans les assemblées BICC du Zimbabwe. En adoptant les traditions musicales locales, les Églises ont créé des expériences de louange à la fois authentiquement zimbabwéennes et connectées au reste du monde. 

    Ce mélange de styles reflète l’importance accordée par les anabaptistes à la communauté et à la pertinence culturelle. 

    Alors que les assemblées zimbabwéennes continuent d’évoluer, leur musique reste un témoignage de la puissance de la foi exprimée à travers la culture locale. 

    Les effets les plus durables laissés par la CMM sont l’engagement émotionnel et spirituel, les liens et les échanges culturels, et surtout les sentiments de joie, de dévotion et de contemplation qui ont été suscités, améliorant ainsi efficacement la manière de vivre le culte. 

    Nelson G. Muzarabani est membre de la BICC Entumbane à Bulawayo, au Zimbabwe, et ancien de la BICC Zimbabwe, où il a occupé le poste de secrétaire de la conférence pendant près de 10 ans. Musicien de formation, il est actif dans le ministère de la musique de l’Église ainsi que dans d’autres activités. Il a pris sa retraite des secteurs public et privé, où il a travaillé pendant un peu plus de 35 ans en tant qu’éducateur, chercheur/historien/archiviste, administrateur et gestionnaire.