Une nouvelle série de livres sur l’histoire mondiale des anabaptistes nous aide à voir Dieu à l’œuvre dans le monde
En 1922, alors qu’elle avait environ 14 ans, Rebecca Sengu désobéit à ses parents et s’inscrivit à l’école mennonite pour filles de la mission de Nyanga, dans l’actuelle République démocratique du Congo (RDC). Elle rassembla son courage après avoir entendu parler de Dieu, qui aimait autant les filles que les garçons, et elle était prête à braver les normes sociales pour suivre un tel Dieu.
Devenue mère, elle reçut le surnom de Kasasashiye (celle qui élève les orphelins) car elle ouvrait sa maison aux enfants vulnérables, s’occupait d’eux et les aidait à faire leurs études. Son foyer était rythmé par la louange, le travail et la prière.
À l’église, elle débattait avec les responsables masculins lors des réunions sur l’importance pour les femmes de prendre la place que Dieu leur avait donnée dans l’Église. Parfois, elle prêchait.
L’histoire de Rebecca Sengu fait partie d’une nouvelle série biographique de la Conférence Mennonite Mondiale, Précurseurs Anabaptistes dans le monde, éditée par Anicka Fast, Secrétaire de la Commission Foi & Vie de la CMM, qui travaille également pour le Mennonite Mission Network (Réseau Missionnaire Mennonite, MMN).
Dans le cadre de sa thèse de doctorat sur les débuts de l’Église mennonite en RDC, Anicka Fast a voulu savoir qui étaient les précurseurs anabaptistes africains.
Comment vivaient-ils leur foi ? Quelles questions se posaient les premiers anabaptistes africains ? Quelles étaient leurs difficultés ?
Mais Anicka Fast était frustrée par l’absence de voix congolaises dans les histoires et les archives.
« J’ai remarqué que les femmes étaient très absentes des récits officiels, tant les missionnaires que les Congolaises. J’ai remarqué que les hommes congolais étaient également très absents », a déclaré Anicka Fast dans un entretien avec le Mennonite Mission Network en 2025.
Dans le cadre de ses études sur le christianisme mondial à l’université de Boston, elle s’est rendu compte que les biographies étaient un bon moyen d’entendre la voix des personnes marginalisées dans les récits historiques écrits par les missionnaires européens et nord-américains. Elle a donc recherché des sources primaires dans les archives et a mené des entretiens avec des mennonites de la RDC sur les débuts de l’Église mennonite dans ce pays.
En 2021, après avoir obtenu son doctorat, Anicka Fast a enseigné l’histoire de l’Église au Burkina Faso et a encouragé ses étudiants à écrire l’histoire de leurs assemblées locales et les biographies des premiers membres de l’Église, hommes et femmes. Les mennonites de RDC l’ont également invitée à enseigner et à animer des ateliers d’historiographie.
« J’avais la conviction que ces récits écrits par des historiens locaux pourraient contribuer à donner une image plus fidèle de ce que signifie être une Église anabaptiste mondiale », explique Anicka Fast. « Nous avons besoin d’une nouvelle génération de manuels scolaires [qui nous présentent] nos ancêtres, en prenant conscience que beaucoup de nos précurseurs dans la foi viennent d’autres continents que celui où nous vivons.
Il y a des femmes dans l’Église en Afrique qui ont joué un rôle très important en tant que figures de proue du renouveau et du réveil », a déclaré Anicka Fast. « Il y a eu des prophètes et des guérisseuses. Elles ont [prié et vu] des miracles, chassés des démons. Elles se sont beaucoup impliquées dans la médiation entre le christianisme et la religion traditionnelle et dans la recherche de façons d’exprimer le message de l’Évangile dans des termes adaptés au contexte. »
« Nous devons les reconnaître comme des semblables. »
Certaines des biographies rédigées par les étudiants et les participants à l’atelier ont été publiées dans le Dictionary of African Christian Biography, dont la directrice, Michèle Sigg, a collaboré étroitement avec Anicka Fast pour affiner une méthode d’enseignement construire autour d’ateliers.
Quand Anicka Fast a vu à quel point certains historiens burkinabés et congolais étaient enthousiastes à l’idée de voir leur travail publié, elle a élargi sa vision pour y inclure une série de livres sur les biographies anabaptistes mondiales, avec des volumes sur l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine.
Le premier volume, consacré aux mennonites congolais (hommes et femmes), est le fruit d’un atelier organisé en 2023 par Anicka Fast et Michèle Sigg et sera publié en 2026 par Regnum Books.
« [Les historiens africains ont] une bien meilleure compréhension du contexte sociopolitique et une bien meilleure compréhension des responsabilités exercées par les femmes. Ils abordent également certaines des dynamiques douloureuses de l’inégalité dans les relations entre les dirigeants religieux africains et les missionnaires nord-américains avec lesquels ils travaillaient », a déclaré Anicka Fast.
Si vous souhaitez participer à la diffusion d’une histoire anabaptiste plus englobante, vous pouvez faire un don au ministère d’Anicka Fast et au Global Anabaptist Histories Fund par l’intermédiaire de l’université de Boston, l’alma mater de Anicka Fast. Si vous résidez au Canada et souhaitez recevoir un reçu fiscal pour votre don, vous pouvez également faire un don via la Conférence Mennonite Mondiale, en fléchant votre don comme « Global Mennonite History Project ». La CMM transfère 100 % des dons au Fonds pour l’histoire anabaptiste mondiale de l’Université de Boston.
Article rédigé par Lynda Hollinger-Janzen, rédactrice au Mennonite Mission Network. Publié pour la première fois sur mmnworld.net
Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale 2026
Voici quelques-unes des façons dont les églises d’Europe célèbrent leur culte ensemble, avec des actions symboliques pour démontrer leur solidarité.
Lors du culte
Dans les assemblées doopsgezinde (mennonites) des Pays-Bas, le président du culte allume une bougie sur une table à l’avant au début du service et l’éteint à la fin du service.
Accompagnant ces gestes, le responsable du culte prononce une version des paroles suivantes :
Nous allumons cette bougie pour nous rappeler la lumière qui nous guide et nous réconforte. Vivons dans la lumière de l’éternité.
OU
Nous allumons cette bougie en signe de notre lien les uns avec les autres, avec Dieu, avec nous-mêmes et avec le monde.
Nous soufflons la bougie, mais nous emportons la lumière dans nos cœurs à travers le monde.
Après le culte
Repas en commun
Une fois par mois, nous célébrons le Gemeinschaftssonntag (dimanche de la fraternité). Chacun apporte quelque chose à manger (par exemple, une salade, un gâteau, un dessert ou un pot-au-feu) et nous préparons un grand buffet. Après le culte, nous retirons les chaises de la salle de culte et installons des tables.
Tout le monde est invité à manger, y compris les invités, et jusqu’à présent, tout le monde a toujours eu assez à manger ! Il y a généralement beaucoup de restes, et beaucoup de gens en emportent chez eux.
Après le repas, certaines personnes passent tout l’après-midi à l’église. Les enfants et les adultes jouent dehors sur la pelouse ou s’assoient ensemble.
Parfois, nous ouvrons également un café l’après-midi pour les personnes qui vivent à proximité de notre église ou qui font de la randonnée dans la région. Cela crée une communauté colorée composée d’inconnus, de familles, d’habitants de la région et de membres de l’église. Il y a de nombreuses occasions de conversations et de rencontres dans lesquelles l’Esprit de Dieu peut agir.
— Joel Driedger, Mennonitengemeinde Karlsruhe-Thomashof e.V., Karlsruhe, Allemagne
Depuis plusieurs années, nous nous réunissons pour un repas en commun après le culte à l’église mennonite de Ratisbonne. Toute personne qui souhaite partager un délicieux repas en bonne compagnie est la bienvenue.
Le repas est organisé de manière très informelle via un groupe WhatsApp.
Le groupe est composé de personnes qui participent régulièrement au repas et qui sont heureuses d’apporter leur contribution. Trois à quatre jours avant le culte, nous décidons ensemble de ce que nous voulons manger. Il peut s’agir, par exemple, d’un dimanche soupe, de pâtes ou riz avec différentes sauces, ou simplement de hot-dogs avec des salades. Bien sûr, le dessert est indispensable.
Tout le monde peut se joindre à nous pour le repas, même à la dernière minute. Nous aimons particulièrement inviter les nouveaux visiteurs au culte.
Même si cela signifie que le nombre de personnes qui mangent ensemble varie, tout le monde a toujours été satisfait jusqu’à présent.
Nous trouvons ces repas communautaires très précieux pour notre assemblée. Ils sont l’occasion de mieux se connaître et d’avoir de bonnes conversations. L’échange entre les générations est particulièrement agréable. La bonne cuisine rassemble les gens, des enfants de maternelle aux seniors.
— Lena Schmutz, Mennonitengemeinde Regensburg, Allemagne
Recettes
Allemagne
Gâteau aux pommes englouties
Mélangez 125 g de margarine et 125 g de sucre, ajoutez 3 œufs et continuez à mélanger.
Mélangez 200 g de farine et 2 cuillères à café de levure chimique, puis incorporez-les à la pâte.
Ajoutez 2 cuillères à soupe de lait.
Épluchez et coupez en deux 5 pommes, retirez les trognons et incisez-les à l’aide d’une fourchette.
Beurrez un moule rond, versez-y la pâte, puis disposez les moitiés de pommes sur la pâte.
Faites cuire 40 à 50 minutes à 200 °C ou 390 °F.
—Liesa Unger,Directora de eventos Internacionales del CMM
Portugal
Lavadas (gaspacho)
Ingrédients
3 tomates
3 poivrons verts et rouges (pas des piments)
3 gousses d’ail
Huile d’olive extra vierge (de préférence du Portugal, d’Espagne, d’Italie ou de Grèce)
200 grammes de prosciutto
1 miche de pain dur (plus il est vieux, mieux c’est…)
Eau
Glaçons
Instructions
Commencez dans un grand saladier. Écrasez les 3 gousses d’ail, puis ajoutez l’huile d’olive. (Je mettrais 2 ou 3 cuillères à soupe.)
Coupez les tomates en petits morceaux. Coupez les poivrons en lamelles (enlevez les graines). Coupez le prosciutto en cubes. Mettez le tout dans le saladier.
Coupez le pain en cubes de taille moyenne.
Avant d’ajouter le pain, versez de l’eau froide dans le saladier et mélangez le tout à l’aide d’une grande cuillère.
Lorsque tout est bien mélangé, ajoutez le pain pour qu’il s’imprègne.
Ajoutez quelques glaçons pour garder le tout au frais.
C’est un excellent repas d’été frais. J’ai appris cette recette de ma mère bien-aimée. Elle venait de l’intérieur de l’Alentejo, au Portugal. Là-bas, on ne parlait pas de gaspacho mais de « Lavadas ». À l’époque, les ingrédients étaient rares et les gens mangeaient ce qu’ils avaient sous la main.
— José Arrais, Représentant régional de la CMM, Europe
Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale 2026
Sur une table à l’avant, placez cinq bougies de couleurs différentes pour chaque continent sur une carte du monde (ou à côté d’un globe terrestre), ainsi qu’une bougie blanche représentant le Christ au centre.
Au début du culte, nommez chaque continent au fur et à mesure que la bougie correspondante est allumée, en saluant les frères et sœurs de chaque continent.
Allumez la bougie du Christ en dernier (ou en premier) comme source de lumière pour l’Église partout dans le monde.
Pendant le culte ou à la fin de celui-ci, des prières peuvent être dites pour bénir les frères et sœurs des différentes régions du monde.
Ressources supplémentaires pour montrer le lien avec la famille anabaptiste mondiale :
Utilisez l’invocation et la bénédiction pour l’allumage des bougies dans la section « idées de célébration »
Regardez les vidéos de bienvenue dans la section ressources multimédia
Affichez la carte de la CMM (sous forme d’affiche ou de version interactive en ligne).
Prière de rassemblement
D’après le Psaume 40.1-11
Seigneur, nous avons mis tout notre espoir en toi,En nous préparant à faire de la place pour toi,Sachant que tu prêtes l’oreille à nos supplications.
Tu nous as fait remonter du puits de la destruction, et du fond de la boue ;Tu nous as remis debout, les pieds sur un rocher, et tu as affermi nos pas.
Tu as mis dans nos bouches un cantique nouveau,Et la louange pour notre Dieu.
Quand ils verront ce qu’il a fait, ils seront nombreux à le craindre Et à mettre leur confiance en l’Eternel.Heureux l’homme qui fait confiance à l’Eternel !
O Eternel, notre Dieu, toi, tu as accompli tant d’œuvres merveilleuses,Et combien de projets tu as formés pour nous !Nul n’est semblable à toi,
Nous voulons publier, redire tes merveilles, mais leur nombre est trop grand.Seigneur, ce n’est pas un sacrifice ou une offrande que tu demandes de nous,Mais notre être tout entier.Nous prenons plaisir à faire ta volonté, notre Dieu,Et ta Loi est gravée tout au fond de nos cœurs.Dans la grande assemblée, nous annonçons la bonne nouvelle de ta justice.Nous ne nous retenons pas d’annoncer que tu es juste, que ton amour est sans limites.
Nous proclamons bien haut combien tu es fidèle, et que tu nous as sauvés.Tu es celui qui nous aide et celui qui nous sauve.
Seigneur, nous te louons, nous te servons, nous te prions.
Amen.
Bienvenue à vous…
Bienvenue à vous qui avez un cœur de pauvre !Bienvenue à vous qui pleurez !Bienvenue à vous qui avez faim et soif de justice !Bienvenue à vous les faiseurs de paix !Bienvenue à vous qui souffrez et supportez l’insupportable au nom de Jésus-Christ !
Dieu, en Jésus, souhaite à chacun de vous la bienvenue.C’est lui qui veut porter, avec nous, les fardeaux de nos jours.Ouvrons-nous à sa présence et que sa joie, ce matin, nous saisissePar la grâce de son Esprit !
—De Nathalie Werner, de Paroles et prières pour le culte (Éditions Mennonites)
Repentance – Pardon
Seigneur, nous t’adorons et te louons, nous nous tenons humblement devant toi.
Nous reconnaissons que tu accomplis tes desseins pour le monde.
Nous confessons notre refus de voir la promesse d’une nouvelle humanité.
Nous sommes submergés par les affaires du monde.
Nous sommes distraits de nos engagements par d’autres appels.
Nous sommes victimes de nos préjugés, de nos peurs et de notre vision à courte terme.
Nous te prions de nous transformer à l’image du Christ.
Nous te prions de nous prendre à ton service et de nous utiliser, pour que tous les peuples, toutes les races et toutes les nations puissent grandir ensemble en paix et en bonne intelligence.
Nous te le demandons au nom du Christ qui, seul, peut faire de notre fraternité une réalité.
— De Michel Sommer, de Paroles et prières pour le culte (Éditions Mennonites)
Confession de foi – Engagement – Consécration
Partager avec ceux qui vivent la précarité
Tous ceux qui sont nés de Dieu, ont reçu les dons de l’Esprit du Seigneur,
appelés à être un seul corps et s’aimant en Jésus-Christ,
sont bien préparés par un tel amour
à aider leurs voisins, non seulement avec de l’argent et des biens,
mais aussi en suivant l’exemple de leur Seigneur,
d’une manière évangélique,
par leur sang et leur vie.
Ils font montre de miséricorde et de piété autant que possible.
Ils prennent à cœur les besoins des saints.
Ils reçoivent ceux qui sont dans la détresse.
Ils reçoivent l’étranger dans leurs maisons.
Ils consolent les affligés, assistent les nécessiteux,
habillent ceux qui sont nus, nourrissent les affamés,
et ne détournent pas leur visage des pauvres…
— Menno Simons (1496–1561), de Paroles et prières pour le culte (Éditions Mennonites)
Une prière pour l’offrande
Notre Dieu, notre Père, le Père des lumières chez qui il n’y a pas d’avarice… apprends-nous à nous confectionner un trésor dans le ciel et non sur cette terre. Apprends-nous à placer notre foi en toi uniquement, et non dans ces biens matériels passagers. Comme tu nous l’as enseigné, nous prions pour que ta volonté se fasse sur cette terre comme aux cieux. Nous t’apportons maintenant une partie des biens dont tu nous as confié la gestion. Permets, nous t’en prions, que cette offrande contribue à la manifestation de ta volonté sur cette terre. Amen
— De Nicolas Widmer, de Paroles et prières pour le culte (Éditions Mennonites)
La prière d’intercession
Donne-nous le pouvoir
Dieu,
Donne-nous le pouvoir de faire confiance aux autres Et de choisir la durabilité environnementaleQui libère ta création de la souffrance.
Donne-nous le pouvoir de partager nos connaissancesEt de rechercher des solutions durablesQui permettent aux futures générations de vivre.
Donne-nous le pouvoir de coopérerPour prendre des décisions et entreprendre des actionsQui donnent un fruit durable.
Donne-nous ce pouvoirPar ton Saint Esprit.
Toi qui as vu que cela était bon.
Après-demain comme au commencement.
Pour que ton règne vienne Et que ta gloire rayonne À jamais.
Amen
— Traduction libre d’une prière extraite de Dancing with the Golden Frog: Global Warming and the Lord’s Prayer, de Herman Heijn, pasteur à Doopsgezinde Gemeente Haarlem, Pays-Bas.
Poème pour entrer en méditation
J’aimerais créer une compagnie de deuilPour partager ensemble la solitude du chagrinSans dire quoi que ce soit qui n’ait vraiment d’importanceMais simplement pour pleurer ensembleCe qui n’est plus là.
J’aimerais créer une compagnie de deuil : Un groupe, un club ou juste une personne Qui puisse rester et demeurer sans se soucier de l’heure Aussi longtemps qu’il le faudra
Même si cela dure et dure encore.
J’aimerais créer une compagnie de deuil ;Alors je viendrai, si je peuxAvec des mouchoirs supplémentaires et des signes de compassion, en silenceEt ici et là, un soupir profond,
Pour, peut-être, un moment de calme et de respiration.
— Adapté librement d’un poème d’Annegreet van der Wijk, pasteure à DoopsgezindBussum-Naarden, aux Pays-Bas. Extrait de BijEb & BijVloed : negentiggedichten/gebeden en meer (À marée haute et à marée basse : poèmes, prières et plus encore), publié par DoopsgezindBruderschapshuisDopersduin.
Bénédiction
Notre Dieu, nous prions que rien ne soit perdu, Mais : cherche-nous, Regarde-nous, Pour que nous soyons trouvés.
Seigneur, nous te prions, Inspire-nous par ton Esprit, Car il est temps maintenant de redécouvrir, de mettre de l’ordre, de purifier.
Avec ton souffle, mets-nous en mouvement, Que nous puissions nous engager à nouveau à vivre, et à oser vivre avec toi et par toi, Et d’être artisan de paix.
— adapté librement d’un texte de Hans Marseille, extrait de BijEb & BijVloed : negentiggedichten/gebeden en meer (À marée haute et à marée basse : poèmes, prières et plus encore), publié par DoopsgezindBruderschapshuisDopersduin.
Qu’a regardé notre famille anabaptiste mondiale en 2025 ?
La chaîne YouTube de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM) révèle les quatre catégories de vidéos les plus regardées par les anabaptistes du monde entier. L’une de ces catégories est-elle aussi votre préférée?
Le culte commémoratif des 500 ans d’Anabaptisme
Naturellement, en tête de liste figurent le culte commémoratif des 500 ans d’anabaptisme et ses moments forts. Disponibles avec interprétation en français, espagnol et allemand, les quatre vidéos ont été visionnées 5 400 fois.
« De nombreuses églises et familles ont organisé une soirée pour regarder les vidéos, donc chaque visionnage a pu être suivi par plusieurs personnes », explique Kristina Toews, responsable de la communication de la CMM. « Je suis heureuse que, même si tout le monde n’a pas pu se rendre à l’église Grossmünster de Zurich pour le culte commémoratif, ce moment ait pu être apprécié par les anabaptistes du monde entier, y compris ceux qui vivent dans des fuseaux horaires rendant difficile le visionnage en direct. »
Cantiques du monde entier
En deuxième position, avec un peu plus de 5 000 vues, viennent les vidéos des cinq chorales qui se sont produites à différents endroits à Zurich le 29 mai 2025: les Eastern Mennonite UniversityChamber Singers des États-Unis, l’Eastleigh Fellowship Centre Mennonite Church Choir du Kenya, TIARA d’Indonésie, Songs of Peace de Suisse et Ágape Band duParaguay.
Le nombre de vues comprend les vidéos des chansons interprétées par les cinq chorales lors du culte commémoratif à l’église Grossmünster.
« Le chant transcende la barrière de la langue. On peut apprécier les chansons même quand on ne comprend pas les paroles », explique Kristina Toews.
Vidéos « Découvrez la CMM »
La troisième catégorie de vidéos les plus regardées concerne les supports d’orientation sur la CMM : notre histoire, notre vision et notre mission, notre structure et notre mode de prise de décision par consensus. Totalisant quelque 2 800 vues réparties entre 28 vidéos en 3 langues, ces supports ont été initialement créés pour les membres du Conseil Général. Cependant, ces vidéos peuvent aider toute personne de la famille anabaptiste mondiale à comprendre l’histoire de la CMM et notre mode de fonctionnement.
Panorama de l’année
Les vidéos « Panorama de l’année » sont toujours très appréciées. La vidéo de 2024 a été visionnée plus de 1 200 fois. Chaque année, une nouvelle vidéo présente un rapport visuel des activités de la CMM, des succès, des défis, des projets et des liens que nous avons tissés.
La nouvelle vidéo « Panorama de l’année » sera bientôt disponible. Nous encourageons les communautés locales du monde entier à partager notre vidéo du panorama de l’année « 2025 » autour de la semaine du Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale, afin d’aider les membres de l’Église à se connecter avec la famille mondiale.
« L’équipe de communication de la CMM a publié davantage de vidéos ces dernières années. Les vidéos les plus populaires, celles où l’on chante et prie ensemble, montrent notre désir de nous connecter avec nos frères et sœurs au-delà de nos Églises locales. C’est une impulsion tirée du Psaume 133.1 : « Oh ! quel plaisir, quel bonheur de se trouver entre frères ! », explique Kristina Toews.
« L’un des trésors éprouvés de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM) est son engagement en faveur de la prise de décision par consensus », déclare Janet Plenert. En tant que vice-présidente de 2009 à 2015 et coordinatrice des représentants régionaux depuis 2024, elle a l’expérience de cette pratique.
La prise de décision par consensus est une méthode qui consiste à prendre des décisions à l’unanimité ou à prendre acte soigneusement des voix dissidentes avant d’aller de l’avant.
« Le consensus ne signifie pas l’uniformité. Il signifie que chaque voix a été entendue, que chaque préoccupation a été prise en compte et que chaque membre est prêt à aller de l’avant pour le bien commun, même si la décision ne reflète pas nécessairement ses propres préférences. »
« Nous utilisons la prise de décision par consensus au sein de la CMM parce qu’elle est conforme à nos valeurs. Elle renforce la communauté en offrant un cadre collaboratif et harmonieux pour la prise de décisions », explique César García, Secrétaire General de la CMM.
La prise de décision par consensus cherche à entendre, à comprendre et à respecter toutes les préoccupations et tous les points de vue.
La prise de décision par consensus cherche à entendre, à comprendre et à respecter toutes les préoccupations et tous les points de vue. Cette méthode encourage la consultation, l’exploration, une réflexion qui s’inscrit dans le questionnement et la prière. Elle valorise et cherche à utiliser l’expérience et le point de vue de tous les membres.
En faisant ainsi, on encourage la participation de toutes les églises pour arriver à une décision.
« Utiliser la prise de décision par consensus habilite les délégués à discerner ensemble la volonté de Dieu (Éphésiens 5. 17) pour l’église et la CMM », déclare Henk Stenvers, président de la CMM.
Lors des réunions du Conseil Général et du Comité Exécutif de la CMM, la prise de décision par consensus est facilitée par trois cartons de couleur : orange (oui), jaune (incertain ; préoccupations ou besoin de clarification), bleu (non/arrêt).
Si tous les cartons levés sont orange, la décision est prise et aucune autre discussion n’est nécessaire.
Si un ou plusieurs cartons jaunes sont levés, nous nous arrêtons et demandons à ceux qui ont émis des réserves de faire part de leurs préoccupations.
Une carte bleue indique une opposition à la proposition. Si une seule carte bleue est levée, la motion ne peut être adoptée par consensus telle quelle. Cela signifie que des discussions et un discernement supplémentaires sont nécessaires.
La CMM a utilisé cette méthode dans divers espaces décisionnels, s’il arrive parfois qu’un membre brandisse un carton bleu ; le plus souvent, les membres brandissent des cartons jaunes.
Un carton jaune au sein de la CMM n’est pas considéré comme un signe de division. Il s’agit plutôt d’un appel à davantage de dialogue et de discernement.
« Chaque carton jaune est un signal important : nous devons écouter plus attentivement, prendre en compte d’autres facteurs, prendre un peu plus de temps, nous devons prier ensemble », explique César García.
« C’est un appel à une meilleure compréhension, à une responsabilité plus grande et plus profonde, et à une communion plus complète les uns avec les autres. Mais nous devons prendre le temps de faire une pause et d’écouter les préoccupations. »
« Invariablement, la discussion ou l’action qui suit un carton jaune généré par une proposition entraîne un carton orange “plus intense” lorsque la proposition est à nouveau soulevée », explique Janet Plenert.
Le carton jaune invite tout le monde à se réunir une fois de plus autour de la table afin que ce qui semble être des actions d’exclusion puisse être transformé à nouveau en communion.
« La CMM a appris à ne pas avoir peur du carton jaune. »
« Participer à une Assemblée est une expérience formidable. C’est l’occasion de découvrir une autre partie du monde et de rencontrer beaucoup de gens. Nous apprenons de nouvelles façons de travailler ensemble, nous nous adaptons à des situations imprévues et, surtout, nous tissons des liens », explique César García, secrétaire général de la CMM.
Lorsque les responsables de la Meserete Kristos Church ont informé la Conférence Mennonite Mondiale qu’ils ne pourraient pas accueillir l’Assemblée en 2028, il était évident pour chacun qu’il fallait arrêter le projet en Éthiopie. « Accueillir une Assemblée est censé être une bénédiction pour l’Église », explique César García. « Si cette tâche est un fardeau, alors nous devons trouver une autre solution. »
« La MKC déclare clairement que si [certains membres de la CMM autorisent les assemblées à approuver les relations homosexuelles], la Meserete Kristos Church ne pourra pas accueillir l’Assemblée 2028 en Éthiopie. Cette décision est fondée sur des convictions théologiques et le respect des Écritures et ne doit pas être interprétée comme un acte de rejet, de condamnation ou de haine envers un individu ou une église. Il s’agit plutôt d’une mesure prise pour défendre la conception de la MKC de l’enseignement biblique sur le mariage tout en conservant son intégrité dans sa participation à la communauté anabaptiste mondiale… », déclare Desalegn Abebe, président de la MKC.
« Nous continuons à chérir la communion, le dialogue et le respect mutuel avec tous les partenaires anabaptistes qui partagent notre engagement envers le Christ et ses enseignements. La MKC prie et espère que, malgré ces discernements difficiles, la communauté anabaptiste dans son ensemble restera unie dans l’amour, la vérité et sa mission commune, et que toutes les décisions refléteront l’intégrité, la fidélité et la compassion. »
« MKC est un membre précieux de la Conférence Mennonite Mondiale », ajoute César Garcia.
« Nous respectons le processus de discernement qu’elle a déjà suivi pour arriver aux positions théologiques qu’elle défend. Les principes fondamentaux auxquels tous les membres de la CMM adhèrent sont nos Convictions Communes, qui ont été définies ensemble et approuvées à l’unanimité lors du Conseil Général de 2006. »
La plus grande église membre nationale de la CMM a apporté une contribution significative à la direction de la CMM. Le premier président de la CMM qui ne provenait pas des premiers membres d’Amérique du Nord et d’Europe était issu de la MKC (1973-1978). Par la suite, le vice-président était membre de la MKC en Éthiopie (1997-2003).
La MKC a toujours été représentée au sein des commissions, notamment à la présidence de la Commission Paix (2009-2012), parmi les membres de la Commission Foi & Vie, des diacres, dans les groupes de travail des réseaux GASN et GAHEN, et au secrétariat des diacres (depuis 2022).
Les questions qui menacent de diviser peuvent changer, mais « chaque nouvelle génération doit se poser la question suivante : allons-nous rester ensemble malgré nos différences ? », déclare César García.
« Notre appel à l’unité ne vise pas à maintenir le fonctionnement d’une institution ; c’est un appel de l’Évangile à vivre l’unité comme une manifestation du corps du Christ », explique César García. « Nous ne sommes rien si nous maintenons l’unité institutionnelle, mais que les Églises ne peuvent pas s’exprimer ensemble. »
« C’est précisément parce que les relations sont si importantes que le Comité Exécutif a décidé de chercher un autre lieu pour accueillir l’Assemblée en 2028 », explique Henk Stenvers, président de la CMM. « Les relations se construisent lorsque nous passons du temps ensemble, non seulement lors de réunions (qui peuvent se tenir sur Zoom), mais aussi lors de repas partagés, lorsque nous adorons ensemble, partageons la communion, prions, chantons les chants les uns des autres, voyageons ensemble en bus ou en taxi, servons côte à côte dans la préparation des repas ou la peinture d’une école. Nous avons besoin de l’Assemblée pour mettre en pratique l’unité ensemble. »
« Nous invitons nos églises membres, en particulier celles d’Afrique, à envisager cette opportunité d’accueillir la famille mondiale réunie », déclare Liesa Unger, responsable des événements internationaux. « Nous examinerons les propositions d’accueil au cours des prochains mois et, espérons-le, annoncerons en 2026 une nouvelle date et un nouveau lieu. »
Au début de l’été, je profite du soleil dans le champ de fraises de la famille Loosli à Moron, dans le Jura, et je passe au crible les petits buissons à la recherche des fraises les plus mûres et les plus belles.
En cette belle matinée de juin, je pense à la devise du prochain week-end d’automne réservé aux femmes : « On gagne plus à partager ».
L’inspiration vient du cours « Just People » de Stop Poverty. Les valeurs dont nous allons parler sont la charité, la soutenabilité, la justice et la miséricorde. Notre texte clé sera Michée 6. 8.
« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »
Prenons une grande inspiration. Dieu a déjà défini ce qui est important dans ses commandements. Il n’y a rien à ajouter.
Il s’agit maintenant de combiner la devise du week-end femmes, « On gagne plus à partager », avec Michée 6. 8.
Cette devise nous interpelle, non seulement ce qu’elle affirme, mais aussi parce qu’elle est contradictoire : une partie est moins que le tout, et non plus ! Moins, c’est moins, pas plus.
Quand quelque chose est paradoxal et semble absurde, cela peut renvoyer à une signification plus profonde.
Quelle pourrait être cette signification ?
Lorsque je partage ou donne une partie des fraises que j’ai cueillies à la sueur de mon front sous le soleil de Moron, j’ai moins de fraises, pas plus. Le « plus » ne peut donc pas se référer aux fraises, mais alors à quoi ? Quelle est la valeur ajoutée ?
Changement de décor
Voici la carte du monde telle que nous la connaissons. Les couleurs représentent les différents continents :
Il s’agit d’une carte du monde dans laquelle les contours naturels sont déformés. L’Europe, l’Amérique du Nord et certaines parties de l’Asie sont gonflées parce qu’elles consomment plus de ressources naturelles en termes relatifs.
Mais les ressources mondiales sont limitées.
Ce que certains consomment pour la production alimentaire, l’espace de vie par habitant, l’extraction minière, etc.
Sur cette carte, l’Afrique, l’Inde et le Pakistan sont agrandis. Il s’agit de la carte de la malnutrition infantile. Il y a beaucoup plus d’enfants souffrant de malnutrition dans les continents agrandis, alors qu’il n’y en a pratiquement pas en Europe et en Amérique. La répartition inégale des ressources est un fait.
Mani Matter, le chanteur suisse, a résumé cette réalité de manière ingénieuse et pertinente dans un court poème ou une chanson.
« Ceux qui sont bien lotis Seraient mieux lotis Si ceux qui sont moins bien lotis Étaient mieux lotis Mais cela n’est pas possible Sans que ceux Qui sont bien lotis Soient moins bien lotis… »
En Suisse, nous sommes vraiment très bien lotis. La Suisse est l’un des pays les plus riches du monde. La plupart d’entre nous ne connaissent que très peu de privations. De l’autre côté du globe, des gens travaillent dur et dans des conditions précaires pour garantir notre prospérité matérielle. Notre prospérité a un prix, mais ce n’est pas nécessairement nous qui le payons.
Si les biens étaient répartis plus équitablement dans le monde, tout le monde serait mieux loti. Mais comment pouvons-nous nous résoudre à partager ce que nous avons ?
Selon les recherches sur le bonheur et le Rapport mondial sur le bonheur des Nations Unies, cela devrait être assez simple : partager nous rend heureux.
Vous augmentez votre propre bonheur en augmentant celui des autres. Ainsi, si nous veillions à ce que la malnutrition dans les pays du Sud diminue et que les gens aient accès à plus de ressources, à plus de nourriture, à plus de possibilités d’éducation, etc., nous serions plus heureux.
En ce sens, vous gagne plus lorsque vous partagez.
Revenons au champ de fraises
Lorsque je partage les fraises que j’ai cueillies moi-même et que je les apporte à quelqu’un, je rends cette personne heureuse. Il y a le moment de plaisir pour le destinataire et la joie de recevoir un cadeau. Comme je suis témoin de cela, je suis moi-même plus heureuse. Et ce n’est pas tout.
D’une certaine manière, cela ne me satisfait toujours pas complètement.
Il y a certainement beaucoup de vérité dans cela, mais c’est en fait une idée vertueuse au sens où l’entendaient les Grecs anciens. Mais nous parlons ici d’un week-end entre femmes mennonites.
Voici à nouveau Michée 6. 8 :
« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la fidélité et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. »
Selon Michée, les éléments suivants sont importants :
respecter la loi (certaines traductions parlent de pratiquer la justice, de faire ce qui est juste, de ne pas permettre l’injustice) ;
être bienveillant envers nos semblables (certaines traductions parlent de solidarité, d’attention) ;
vivre en communion constante avec Dieu (certaines traductions disent « marcher attentivement avec Dieu, être compréhensifs et conscients, vivre dans le respect de Dieu »).
Dieu fera miséricorde à ceux qui vivent ainsi.
Ce texte met l’accent sur une foi pratique et vécue. Examinons-le de plus près :
Justice et droiture
Le thème de la justice est un fil conducteur dans la Bible. Quand nous pensons à la justice, nous pouvons d’abord penser que chacun reçoit ce qu’il mérite, que chacun devrait recevoir une punition juste pour ses mauvaises actions.
Mais la justice de Dieu ne concerne pas principalement le jugement. La justice de Dieu consiste à créer des conditions favorables à la vie, des relations équilibrées entre les personnes, entre Dieu et les êtres créés. Comme nous sommes faillibles, la justice de Dieu a beaucoup en commun avec la miséricorde.
Et cette justice ne concerne pas seulement l’individu, mais vise l’ensemble de la coexistence sociale : Nous pensons à l’exemple à l’année du Jubilé, où tous les sept fois sept ans, toutes les dettes sont effacées (Lévitique 25).
Faire preuve d’humanité, de solidarité et d’affection
Beaucoup d’entre nous savent ce que l’on ressent lorsqu’on est accueilli par des personnes qui, selon nos critères, n’ont rien, mais qui veulent partager le peu qu’elles peuvent offrir à leurs hôtes. C’est très impressionnant, parfois même embarrassant, car on ne peut rien leur rendre en échange.
Mais peut-être décidez-vous d’imiter cet exemple. Grâce à l’exemple des plus pauvres, nous apprenons à partager et un effet domino se crée.
Vivre en connexion constante avec Dieu, marcher attentivement avec Dieu
Cela signifie que Dieu nous montre le chemin et que nous le suivons.
Ce n’est pas nous qui décidons où aller et Dieu qui nous suit, mais plutôt Dieu qui trace le chemin que nous devons parcourir attentivement avec lui.
Si nous ne faisons pas attention et nous laissons distraire, nous risquons de manquer un tournant en cours de route et de nous retrouver soudainement dans les broussailles. « Vivre en communion constante avec Dieu » signifie, idéalement, prendre la main de Dieu comme un petit enfant et la tenir aussi fermement que possible.
C’est donc ce qui préoccupait Michée en 700 avant J.-C. Est-ce toujours le cas aujourd’hui, même dans la vie avec Jésus ?
En cherchant un verset qui résume aussi succinctement que Michée 6. 8 ce qui importe dans la vie avec Dieu, et qui aborde également la question du sacrifice et du partage, je suis tombé sur un verset dans l’épître aux Hébreux. La Lettre aux Hébreux s’adresse à une communauté dont l’enthousiasme initial semble s’estomper. Il est donc nécessaire de lui rappeler ce qui est important. Dans les exhortations finales du chapitre 13, nous lisons (13. 15) :
« Par [Jésus], offrons sans cesse à Dieu un sacrifice de louange, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom. »
Et puis vient le verset qui résume si bien cela (13. 16) :
« N’oubliez pas la bienfaisance et l’entraide communautaire, car ce sont de tels sacrifices qui plaisent à Dieu. »
Dieu se réjouit lorsque nous faisons le bien et partageons. C’est ainsi que nous voulons comprendre la devise « On gagne plus à partager ».
Ce « plus » est le lien étroit avec notre Seigneur Jésus, l’attention sans partage, le questionnement reconnaissant, l’écoute de ce que nous devons et pouvons partager et comment.
Et lorsque nous prions, chantons et écoutons, nous sentons que le partage est un besoin qui vient du plus profond de nous-mêmes. C’est le besoin de marcher attentivement avec Dieu et de partager nos forces, nos ressources, nos expériences de foi, tout ce qui fait de nous ce que nous, et d’autres avec nous, sommes.
— Mathild Gyger est membre de l’Assemblée évangélique mennonite Schanzli, en Suisse. Adapté d’un sermon qu’elle a prononcé le 1er octobre 2023.
Un repas en commun après le culte à l’église mennonite de Ratisbonne, Allemagne. Photo fournie
Le Samaritain en moi
Luc 10. 25-37
Nous connaissons tous et toutes l’histoire du bon Samaritain. La morale de cette histoire est très simple. Jésus la résume lui-même après la parabole : « Va et, toi aussi, fais de même » (10. 37).
Cependant, je pense à une histoire qui pourrait en quelque sorte se rattacher à la parabole du bon Samaritain.
L’automne dernier, Alfred, originaire du Ghana, a vécu cinq mois chez mes parents dans le cadre d’un semestre à l’étranger à l’université de Bâle, où il étudie la théologie. Pendant son séjour en Suisse, il est rentré deux fois à la maison très bouleversé parce qu’il avait vu des gens tomber dans l’escalator de la gare de Bâle. Ce qui le dérangeait particulièrement, ce n’était pas les blessures subies par les personnes qui étaient tombées, mais le fait qu’il n’y avait pratiquement personne à côté de lui qui aide les victimes.
Cela montre que le courage civique n’est finalement pas si simple. Même si la situation, comme dans ce cas, ne présente en réalité aucun danger, il faut beaucoup d’efforts pour décider d’aimer. Beaucoup semblent échouer à « aller et faire de même » !
Il vaut alors peut-être la peine d’examiner de plus près ce texte biblique.
Dans cette parabole, presque tout est inversé. Le héros de l’histoire n’est pas le prêtre, ni le Lévite, ni le Juif ordinaire.
Non, le héros est le Samaritain, quelqu’un qui, du point de vue juif de l’époque, s’était égaré et suivait une croyance erronée.
On peut presque entendre le légiste grincer des dents lorsqu’il répond à la question de Jésus après l’histoire : « Lequel des trois s’est montré compagnon d’humanité (prochain) envers l’homme qui a été attaqué ? » (10. 36). Il ne peut se résoudre à dire : « Le Samaritain ! » Au lieu de cela, il dit : « Celui qui a fait preuve de bonté » (10. 37).
Quel héros nous mettrait aujourd’hui mal à l’aise si Jésus nous racontait personnellement cette histoire ? Nous avons également des groupes de personnes qui sont plus ou moins largement rejetés dans notre société. Même si nous ne le voulons pas, nous avons nous aussi nos réserves et nos préjugés, qui sont souvent difficiles à surmonter.
Jésus raconte délibérément cette histoire de façon à mettre ses auditeurs mal à l’aise. Je vous invite donc à prendre un bref instant pour remplacer le Samaritain par quelqu’un qui vous mettrait mal à l’aise.
Essayez de garder cette personne ou ce groupe de personnes à l’esprit pendant le reste du sermon.
Lorsque l’on raconte l’histoire du bon Samaritain, on met généralement l’accent sur la compassion pour l’humanité.
Cependant, Kenneth E. Bailey, un expert de la culture du Moyen-Orient, m’a montré au cours de ma préparation comment un manque de courage d’aimer joue un rôle dans cette histoire.
Commençons par le prêtre, qui rentrait probablement chez lui à Jéricho après deux semaines de ministère à Jérusalem. S’il s’était approché de l’homme blessé, dont il ne savait pas s’il était mort ou encore en vie, il aurait couru le risque d’être rituellement impur, ce qui aurait entraîné un long processus de purification durant lequel lui, ses serviteurs et sa famille auraient dû faire face à des conséquences désagréables. S’il s’était rendu impur et avait ensuite esquivé le processus de purification, cela aurait signifié qu’il officiait à l’autel en état d’impureté, ce qui aurait pu entraîner une accusation aux conséquences encore plus graves.
Pour le prêtre, cette situation comportait donc certains dangers ou inconvénients. Il lui manquait manifestement le courage nécessaire et il lui était plus facile de passer son chemin.
Dans l’histoire d’Alfred à la gare de Bâle, beaucoup de ceux qui n’ont pas aidé avaient probablement aussi leurs raisons. « Si je m’arrête maintenant, je vais être en retard à ma réunion et mon patron est déjà en colère contre moi. » « Et si je ne peux pas aider, je ne connais rien aux premiers secours. Tout le monde le verrait, ce serait tellement embarrassant ! »
Après le prêtre vient le Lévite, assistant du prêtre dans le temple. Kenneth Bailey pense que le Lévite devait savoir qu’un prêtre avait emprunté ce chemin peu avant lui. Le Lévite était subordonné au prêtre. Aurait-il dû dénoncer le prêtre comme quelqu’un qui n’avait pas agi comme il le devait ? Cela aurait également demandé beaucoup de courage.
De plus, comme le prêtre qui était déjà passé connaissait mieux le bien et le mal, le Lévite pouvait donc continuer presque sans remords.
Dans le cas d’Alfred, certains se sont peut-être demandé : « Pourquoi devrais-je aider ? Il y en a tellement d’autres. Ils pourraient probablement le faire encore mieux que moi. »
Et maintenant vient le Samaritain.
Ce qu’il fait est inimaginable : il a le courage d’agir avec amour.
En tant qu’ennemi des Juifs de l’époque, il prend soin de l’homme blessé et l’emmène dans une auberge voisine, probablement dans une ville juive.
Les personnes qui écoutaient cette histoire à l’époque s’attendaient probablement à ce que le Samaritain laisse le blessé à la périphérie de la ville et s’enfuie. Même en tant que sauveur de ce Juif, un Samaritain n’aurait pas été à l’abri d’une éventuelle vengeance.
De plus, en amenant l’homme blessé à l’auberge et en fournissant de l’argent pour ses soins, le Samaritain a non seulement sauvé la vie du Juif, mais probablement aussi sa liberté. Étant donné que l’homme n’avait plus rien après le vol, il aurait pu être vendu comme esclave pour payer ses dettes.
Le courage d’agir du Samaritain montre comment l’amour peut changer la vie des autres.
Revenons à la question de Jésus : « Lequel des trois s’est montré le prochain de l’homme qui a été volé ? »
Jésus formule la question différemment. On pourrait penser que la question ne devrait pas être « Qui est mon prochain ? », mais « Pour qui devrais-je être un prochain ? ».
Il ne répond pas à la question : « Qui est celui que je suis censé aimer pour gagner ma vie éternelle ? », mais plutôt : « À qui puis-je tendre la main ? Qui puis-je soutenir ? Qui devrait pouvoir compter sur moi ? ».
L’accent est davantage mis sur « être ensemble » plutôt que sur « je dois assurer ma vie éternelle ». Et la réponse à la question du prochain dans la parabole est presque révolutionnaire. Elle brise les frontières religieuses, linguistiques et ethniques et fait sortir le légiste de sa zone de confort. Elle montre la vision de Dieu d’un monde nouveau.
Jésus dit au légiste : « Va et, toi aussi, fais de même » (10. 37).
De par notre nature même, nous ne sommes pas en mesure d’aimer à la fois Dieu et nos semblables comme Dieu l’exige. Et pourtant, je veux m’orienter vers cette vision divine d’un monde nouveau dans lequel nous aidons de manière sacrificielle les personnes dans le besoin : nous apportons les premiers secours aux blessés, nous donnons aux pauvres une partie de ce dont nous avons trop, nous nous opposons au racisme, nous tendons la main aux personnes marginalisées, nous nous rangeons du côté des opprimés.
Malheureusement, le monde n’est pas noir ou blanc.
Ai-je toutes les informations nécessaires pour savoir qui je dois défendre ? Les situations sont souvent nuancées et l’on ne peut pas simplement dire quelle est la bonne chose à faire.
Jésus ne s’attend pas à ce que nous fassions toujours tout correctement. Et pourtant, je ne veux pas m’arrêter à la grâce. Le Samaritain de notre histoire peut et doit être un modèle pour moi. Il doit m’enseigner l’humilité, me faire descendre de mes grands chevaux, m’aider à voir au-delà des frontières et m’encourager à trouver le courage d’aimer tous mes semblables, même si cela semble impossible à première vue.
Parfois, il est facile d’aimer. Et parfois, cela demande du courage.
Mais si nous parvenons à aimer sincèrement, alors nous pouvons changer la vie de nos voisins et devenir un compagnon d’humanité à leurs yeux.
Pour résumer, comme le dit une chanson d’Unspoken : « If we’re gonna be known for something let it be love » (Si nous devons être connus pour quelque chose, que ce soit pour l’amour.)
Amen.
— Hanna Sagesser est membre de la Evangelische Mennonitengemeinde Schänzli, à Muttenz, en Suisse. Cette prédication est adaptée de celle qu’elle a prononcé devant des invités internationaux et l’assemblée le 1er juin 2025.
Les membres du Conseil Général se réunissent pour prier pour Roman Rakhuba, délégué d’Ukraine au Conseil Général, avant son départ. Photo : Irma Sulistyorini
La vie au service des autres de Kathryn Good se poursuit au-delà de sa mort grâce au legs qu’elle a arrangé. Un legs est une façon de faire un don à la fin de sa vie dans le cadre d’un plan successoral ou testamentaire. Il permet au donateur de soutenir une organisation en laquelle il croit, même après son décès. Kathryn Good a choisi la CMM comme bénéficiaire de son legs.
Kathryn Good (que certains surnommaient Kathy) est décédée à Stratford, en Ontario (Canada), le 1er octobre 2025, à l’âge de 85 ans, après avoir lutté contre le cancer. Elle a occupé le poste de directrice administrative de la CMM pendant 17 ans (1988-2005). Lors de ses funérailles, elle a été décrite comme « un véritable cadeau pour la CMM », ce qui était vrai tant dans la vie que dans la mort.
La vie de Kathryn Good a commencé dans une ferme de l’Ontario, au Canada, en 1940, où elle était l’aînée de la famille. Elle a ensuite passé près de trois décennies dans l’entraide mondiale aux États-Unis, en Inde, au Bangladesh et au Canada.
Le souci du détail de Kathryn Good et son approche précise et minutieuse de son travail d’administration ont été essentiels au progrès de la CMM au fil des ans, ponctués par les assemblées de Winnipeg (Canada) en 1990, de Kolkata (Inde) en 1997 et de Bulawayo (Zimbabwe) en 2003.
C’est sa demande de se rapprocher de sa famille qui a motivé le déménagement du bureau nord-américain de Carol Stream, dans l’Illinois, aux États-Unis, à Kitchener, en Ontario, au Canada.
Où qu’elle ait vécu, Kathryn Good s’est toujours distinguée par son hospitalité et sa capacité à rester en contact avec ceux qu’elle aimait.
« Pour Eleanor et moi, l’amitié fidèle de Kathryn a toujours été une source de réconfort et d’espoir », a déclaré Larry Miller, Secrétaire General émérite (1990-2011).
Kathryn Good savait habilement concilier travail et aventure. « Elle gérait les tracas et les aléas liés aux voyages et aux visas des délégués avec fermeté, compassion et compétence », a déclaré Peter Rempel, qui a travaillé avec elle à la CMM. Elle a montré « comment faire preuve d’une grande tolérance face aux malentendus linguistiques et culturels », a déclaré Elina Ciptadi, alors responsable des jeunes adultes, aujourd’hui coordinatrice de projet.
Sa famille se souvient que Kathryn Good était toujours à la recherche de la joie. Elle aimait les gens, comme ses nièces, qui ont déclaré qu’elle les avait intégrées dans sa vie tissée de foi, d’aventure et d’amour.
La toile de la vie de Kathryn Good s’est également entrelacée avec celle de la CMM.
« L’engagement et le dévouement de Kathryn, qui a continué à donner même après sa retraite, continuent de bénir la famille spirituelle anabaptiste mondiale réunie au sein de la CMM. Nous lui en sommes reconnaissants », déclare Bruce Campbell-Janz, responsable du développement. Cliquez ici pour en savoir plus sur les legs.
Comment maintenir des relations au sein d’une communion mondiale diversifiée composée de 110 églises membres nationales réparties dans 61 pays, avec des situations économiques et des contextes politiques et culturels très différents, parlant plus de 30 langues différentes ?
« La Conférence Mennonite Mondiale est une communauté organique et non une institution bureaucratique. En tant qu’Église mondiale, nous nous engageons à servir les personnes plutôt qu’à construire une infrastructure pour maintenir notre institution » déclare César García, secrétaire général de la CMM.
Mettre autour de la table toute la diversité géographique, théologique, de genre et d’âge au sein de l’Église mondiale est un défi permanent qui stimule le discernement. Les dirigeants de la communion anabaptiste mondiale se réunissent de différentes manières.
Conseil Général
La table du banquet de la communion la CMM est le Conseil général. Chaque église membre nomme son propre délégué au Conseil général (jusqu’à trois pour les unions d’églises comptant plus de 25 000 membres).
Au cours des réunions triennales du Conseil général, ces délégués régissent la vie, le travail et l’organisation de la CMM. Réunis autour d’une table, ils participent aux discussions et à la prise de décisions.
Comité exécutif
Afin d’assurer la continuité entre ces réunions, le Comité Exécutif se réunit au moins une fois par an. Les cinq groupes continentaux du Conseil Général sélectionnent chacun deux personnes parmi leurs membres respectifs pour siéger au Comité.
À cette table, le Comité Exécutif élabore des plans à long terme conformément à la mission et à la vision, autorise des programmes, nomme des groupes de travail, approuve des comités et approuve des budgets.
Bureau
Le Comité Exécutif est dirigé par des membres du Bureau : le Secrétaire General (un membre du personnel), un trésorier (nommé par le Comité Exécutif), un président et un vice-président élus par le Conseil Général. Un cinquième membre sans droit de vote a été ajouté afin de garantir que chaque continent soit représenté au Bureau.
Un membre du bureau doit faire partie d’une église membre de la CMM, et doit être approuvé par son église membre, mais ne doit pas forcément être délégué au Conseil General au moment de son élection ou de sa nomination.
Les membres du bureau se rencontrent deux fois par an en personne et une fois par mois en ligne.
Tandis que ces membres s’occupent de la vision et de la gouvernance de la communion, un autre groupe de représentants se réunit autour de la table pour se concentrer sur la mise en œuvre de la mission de la communion.
Commissions, Groupe de travail pour la protection de la création, YABs
Une autre table ronde dont les membres sont sélectionnés de différentes manières, mais avec un souci particulier de diversité géographique et confessionnelle : commissions, groupe de travail pour la protection de la création (CCTF), comité YABs (Jeunes anabaptistes) et délégués YABs. Chaque membre de la CMM est invité à nommer un délégué YABs pour ses réunions triennales.
La sélection de ces représentants est un ballet de diversité. Les serviteurs potentiels doivent être approuvés par leur Église. En outre, les aptitudes et les intérêts, la situation géographique, l’identité dénominationnelle et le genre sont également pris en compte. Et enfin, la disponibilité pour servir influe également sur la composition de la table.
Représentants régionaux
Notre vaste réseau d’Églises est non seulement uni par des Convictions Communes et des liens historiques, mais aussi par des relations. Représentant la CMM auprès des églises membres, 13 représentants régionaux facilitent ces liens en établissant des relations avec les responsables d’Églises.
Bien que la plupart d’entre eux soient bénévoles, cette fonction est considérée comme un membre du personnel. Les églises membres proposent des candidats potentiels, puis un processus de discernement permet de recommander un seul candidat aux églises membres de la région. Un processus d’approbation, similaire à la recherche d’un consensus, est ensuite mis en place avec les églises membres de la région.
Ces bénévoles à temps partiel ont pour rôle de développer et d’entretenir les relations entre les membres de la CMM, les membres associés et les membres potentiels, les assemblées locales, les organisations liées à la CMM et ses partenaires.
Deux représentants régionaux prendront place à la table en décembre 2025 : Vikal Pravin Rao, représentant l’Asie du Sud avec neuf églises membres dans deux pays (pour en savoir plus, cliquez ici), et Rosalina Vasco Santana, qui co-représentera la région du Cône Sud de l’Amérique latine avec 18 églises membres dans six pays.
Rosalina Vasco Santana est membre de l’église AEM (Aliança Evangélica Menonita) au Brésil. Elle est pasteure de l’église mennonite de Samambaia, près de Brasilia, au Brésil. Rosalina a été présidente d’église régionale et présidente d’union d’églises, et a été membre du Conseil général de la CMM.
« Rosalina apporte à son rôle un cœur pastoral et un amour pour l’Église », déclare Janet Plenert, coordinatrice des représentants régionaux.
Lorsque j’ai participé au tour à Zurich, et alors que nous approchions de l’arrêt de bus, au dernier virage, j’ai eu une réaction brutale en apercevant la rivière dans laquelle Felix Manz a été noyé.
Tout à coup, sans crier gare, j’ai été submergé par l’émotion et j’ai un peu transpiré pendant quelques minutes en imaginant que j’assistais, impuissant, à la ‘cérémonie’ de noyade. J’ai sangloté en silence.
Ce rassemblement extraordinaire a rassemblé des personnes de toutes origines, venues des quatre coins du monde, dont la majorité était des anabaptistes. D’autres invités œcuméniques, catholiques, luthériens et croyants de la Communion mondiale d’Églises réformées, ainsi que des passants, s’y sont joints.
Les reproductions de situations vécues par les anabaptistes ont réveillé mes sentiments et m’ont fait réfléchir à ce que j’aurais fait. En découvrant les différentes préoccupations des anabaptistes, qui vont jusqu’à rejeter d’autres comme des groupes égarés, je me rends compte que dans le monde actuel, nous faisons tous des analogies différentes, mais que nous coexistons dans la même communauté en toute liberté religieuse.
Nous participons souvent à des discussions religieuses ou à des débats théologiques difficiles. Dans ces discussions, alors que nous nous débattons avec les différences qui apparaissent entre nous, puissions-nous tous comprendre clairement que la mission à laquelle nous sommes appelés n’est pas la nôtre, mais celle de Dieu.
L’origine de l’anabaptisme me pousse à m’engager pleinement envers le Christ en toutes circonstances. Le baptême de sang infligé à Manz est très douloureux. Cependant, le fait qu’il ait prié pour le pardon dans ses derniers instants est tellement bouleversant que je souhaite que tous les croyants en viennent à accepter Jésus malgré ce qui ‘peut arriver’ !
Le 500e anniversaire de l’anabaptisme nous invite à apprécier les autres membres en Christ, et notre objectif est de les accueillir avec leurs différences et avec des prières pour que Dieu leur parle. Nous devons les accueillir, leur offrir notre amour, en notant nos différences mais en appréciant leur mission comme étant fidèle au Christ.
—Nyangore Christopher est membre de l’église mennonite du Kenya. Il a été le délégué des YABs pour son église lors des réunions de 2025.
Sous le titre Standing between the Lines in a World on Fire (Être entre les lignes de front dans un monde en feu), des voix de cinq continents se sont fait entendre lors d’une réunion le 29 mai à la Friedenskirche. À l’occasion du 500e anniversaire, elles ont débattu d’un sujet brûlant : comment rester fidèle à l’héritage anabaptiste de paix et de non-violence dans un monde déchiré par les conflits, les injustices et les traumatismes ?
Face à une salle comble, la discussion s’est déroulée en deux temps : une première partie où chaque intervenant a apporté un témoignage de terrain, suivie d’une discussion collective. La modératrice Judith Wipfler, journaliste suisse, a présenté chaque orateur, autour des thèmes communs de la vulnérabilité, du courage et de l’engagement.
La science du traumatisme au service de la paix
Carolyn Yoder, auteure de ‘Little Book of Trauma Healing’ et créatrice du programme STAR (Strategies for Trauma Awareness and Resilience), a ouvert la séance.
Venue des États-Unis, elle a débuté en racontant l’histoire d’un père confronté à la violence et ayant choisi une réponse pacifique, brisant ainsi un cycle destructeur.
S’appuyant sur les apports récents des neurosciences, elle a ensuite expliqué que face à la menace, le cerveau humain bascule en mode survie – fuite, combat ou tétanisation – ce qui entrave notre capacité à réguler nos émotions, à raisonner et à être en relation avec les autres.
Mais il existe des ‘antidotes communautaires’ : le chant, le culte, la solidarité. Ces pratiques, enracinées dans l’histoire anabaptiste, nous permettent de nous réengager dans une dynamique de résilience et de guérison.
« Nous devons protéger notre esprit pour ne pas transmettre la violence que nous avons subie », a-t-elle affirmé avec émotion, évoquant les larmes d’un père de Gaza, image poignante de l’humanité blessée. « Quand nous devenons conscients de nos blessures, nous pouvons choisir de ne pas reproduire la souffrance. »
Migrants et dignité : accompagner ceux qui souffrent
S’appuyant sur le Psaume 137, Rebeca González Torres a évoqué la perte, l’exil et la nostalgie des temps paisibles, que ressentent les migrants qu’elle accompagne à Mexico. Dans cette lamentation biblique, elle a nommé les sentiments de ces personnes : être déracinés, vulnérables, souvent invisibilisés.
Avec son mari, elle a fondé une ‘Maison de Paix’ proche d’un centre de détention pour migrants à la frontière avec les États-Unis. « À leur sortie, nous recevons des gens qui sont parfois pieds nus et qui n’ont absolument rien. » Au-delà de l’accueil matériel, Rebeca Gonzalez a insisté sur l’importance d’écouter : « Parfois je faisais à manger, mais ils ne mangeaient pas. Il fallait d’abord comprendre ce dont ils avaient besoin. »
Installée aujourd’hui dans l’État de Morelos (près de la ville de Mexico), elle continue de soutenir les familles à la recherche de proches disparus. Son message est clair : l’église a une vocation de proximité, de compassion active, et doit être un lieu d’écoute des souffrances.
« Même sans argent, on peut accompagner ceux qui cherchent. »
Servir avec humilité en Afrique de l’Ouest
Siaka Traoré, du Burkina Faso, a proposé une réflexion profonde sur ce que signifie être un ‘mentor’ ou un ‘encourageur’ dans son contexte.
Représentant régional pour la Conférence Mennonite Mondiale (MWC), il est en lien avec 10 communautés réparties dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, rassemblant plus de 240 000 fidèles.
Dans une région marquée par l’instabilité politique, les tensions communautaires et les enjeux linguistiques (français, anglais, portugais, en plus des langues tribales), il œuvre à la consolidation des églises par la transparence, l’humilité et la fraternité. « Un responsable n’est pas là pour être servi, mais pour servir », a-t-il rappelé, citant Marc 10.45.
Au-delà des conflits internes dans les églises, il avertit : « Beaucoup voient la Conférence Mennonite Mondiale comme une ONG. Il faut rappeler qu’elle est avant tout une communion d’églises. »
Par son travail sur le terrain, il incarne la médiation, l’unité et la paix, soulignant combien l’encouragement mutuel est un levier puissant dans les contextes de crise.
Présentation de Carolyn Yoder (États-Unis) : ‘La Guérison des Traumatismes’/CMM
Présentation de Rebeca Gonzáles Torres (Mexique) : ‘Mon Travail avec les Migrants’/Irma Sulistyorini
Présentation de Siaka Traoré (Burkina Faso) : ‘le Rôle de Mentor’/Irma Sulistyorini
Présentation de Amos Chin (Myanmar) : ‘La Vie sous le Régime militaire’/CMM
Présentation de Hans Ueli (John) Gerber (Suisse) : ‘les Conflits et la Paix’/Irma Sulistyorini
Être pacifiste au Myanmar est un acte de foi
La seule présence à Zurich d’Amos Chin, pasteur au Myanmar, relevait du miracle, au vu des obstacles administratifs et politiques à franchir pour quitter un pays en guerre. « Le Myanmar est sous régime militaire. Pour aller à l’église, il faut du courage. »
Issu d’une famille bouddhiste, il a dû faire face au rejet pour suivre le Christ : « Quand je me suis fait baptiser, j’ai été exclu de ma famille. »
Aujourd’hui, il accompagne une jeune génération de mennonites menacés par la conscription. Certains sont arrêtés, d’autres vivent cachés. Malgré cela, son message reste ancré dans la non-violence. « Nous enseignons le pacifisme, même dans ce contexte extrême. »
Son cri du cœur a résonné dans l’assemblée : « Pourquoi le monde oublie-t-il le Myanmar alors qu’il se mobilise tant pour l’Ukraine ? Notre souffrance est tout aussi réelle. »
Une foi active dans un monde de feu
Hans Ueli (John) Gerber, un mennonite suisse, a proposé une synthèse apaisante mais lucide. Il a rappelé que les conflits font partie de la vie humaine et qu’ils ne sont pas en soi problématiques. Ce qui compte, c’est ce que l’on en fait.
« Le conflit est neutre. La violence, elle, est toujours destructrice. »
Citant Alexandre Soljenitsyne et Friedrich Hacker, il a invité à se méfier des solutions violentes : « La violence prétend résoudre le mal, mais elle est le mal qu’elle prétend résoudre. »
Il a également évoqué la confusion fréquente entre la paix comme absence de conflit, et la paix comme dynamique de justice. Et de mentionner que la paix, dans la tradition anabaptiste, est exigeante : elle demande vérité, courage et communauté.
« Ce qui nous soutient, c’est l’amour. Mais ce qui nous guide, c’est l’humilité. »
La discussion
La discussion finale a permis d’échanger différentes perspectives.
Amos Chin a rappelé l’importance d’une solidarité globale et équitable.
Carolyn Yoder a plaidé pour une culture de la non-violence active et fondée sur des recherches solides. Elle a notamment souligné que les conflits non violents se résolvent en moyenne trois fois plus vite que ceux qui impliquent la violence.
Rebeca González Torres, pour sa part, a exhorté les églises à sortir d’une posture purement spirituelle pour s’engager concrètement auprès des personnes en souffrance. « Souvent, nous disons seulement ‘Dieu te bénisse’, mais cela ne suffit pas. »
Cette table ronde restera dans les mémoires comme ayant illustré avec force que la tradition anabaptiste peut continuer à apporter une voix prophétique dans un monde tourmanté.
— Maude Burkhalter est rédactrice chez Alliance Presse, un groupe d’édition chrétien suisse, et membre de l’église évangélique mennonite de Tavannes (Suisse).
Cet article a été publié pour la première fois dans le bulletin d’information de la Konferenz Der Mennoniten Der Schweiz / Conférence Mennonite Suisse.
Des YABs au Conseil Général : un parcours mené grâce à l’accompagnement par des mentors
« La force des jeunes et la sagesse des anciens, le Seigneur veut les deux », a déclaré Timo Doetsch, de l’Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Brüdergemeinden in Deutschland (AMBD) (Allemagne).
Il répète là avec conviction ce que lui ont transmis de nombreuses années auparavant Lawrence Warkentin (implanteur d’église), ainsi que les responsables de sa dénomination. Timo Doetsch a été délégué des Jeunes Anabaptistes (YABs) de l’AMBD au Sommet Mondial de la Jeunesse 2015 ; il est ensuite devenu membre du Conseil Général en 2022.
Plusieurs autres délégués des YABs au Sommet Mondial de la Jeunesse (GYS) de la CMM sont aussi devenus membres du Conseil Général, représentant leurs Églises nationales dans les prises de décision au niveau mondial de la CMM.
Lydia Adi, déléguée YABs 2009 de l’Église Jemaat Kristen Indonesia (JKI) (Indonésie), est devenue membre du Conseil Général en 2015. Elle a ensuite été nommée spécialiste à la Commission Foi et Vie (2018-2025). « Le GYS m’a appris l’importance de l’humilité et de l’interdépendance. Des personnes du monde entier priaient les unes pour les autres, l’une d’elles m’a même dit qu’elle avait rêvé de moi avant l’événement », a-t-elle déclaré.
« Grâce au GYS, j’ai vu que l’Esprit de Dieu est sans limites, qu’il agit à travers diverses cultures et expressions de foi. Dieu parle et agit d’une manière qui transcende nos attentes. »
Gracia Felo, de la Communauté des Églises de Frères Mennonites au Congo (CEFMC) (République démocratique du Congo), était déléguée YABs en 2015. Il est devenu il aussi membre du Conseil Général en 2022.
« Même si je n’ai pas pu me rendre au GYS en Pennsylvanie en 2015 en raison de problèmes de visa, j’ai tout de même été touché par le fait que nous formions une grande famille dispersée à travers le monde. Nous ne sommes pas seuls. Nous sommes un seul peuple, les enfants d’un seul Père, malgré nos différences culturelles », a-t-il déclaré.
« En tant qu’anabaptistes, nos valeurs communes sont universelles et interculturelles. Cela a façonné ma pensée alors que je continue à servir à travers l’Église. »
Intentionnalité de l’accompagnement par les mentors
Chacun des récits transmis par les jeunes responsables laisse une grande part à l’intentionnalité de former des leaders dans l’accompagnement mis en place par le MCC.
La CEFMC a mis en place un système de mentorat et de formation des jeunes au leadership. Elle a mis en place des programmes d’échange pour les jeunes de différentes provinces et des formations visant à renforcer les capacités de leadership des jeunes aux niveaux local et national.
« Toutes ces pratiques nous permettent d’avoir des jeunes très engagés dans nos églises et dans d’autres structures de l’église », a déclaré le pasteur Antoine Kimbila, délégué de la CEFMC.
« Les jeunes apportent du courage et de la force, ainsi que des compétences technologiques », a déclaré Gracia Felo. « En contribuant au fonctionnement de l’Église aujourd’hui, nous apprenons à mieux la gérer demain, lorsque nous serons appelés à assumer des responsabilités plus importantes. »
« Il est important de faire participer les jeunes dans les décisions de l’Eglises car ils sont la force de l’Eglise et aussi, c’est une manière de bien préparer l’avenir de l’Eglise. Si les jeunes ne savent rien de ce que l’église fait aujourd’hui, comment aideront-ils l’église à se développer aujourd’hui, et comment prendront-ils de bonnes décisions pour l’Eglise demain ? » questionne le révérend Antoine Kimbila.
Lydia Adi est du même avis. «Avec le recul, je me rends compte que la JKI a délibérément créé un espace où les jeunes peuvent servir, échouer pour mieux rebondir et grandir. Dans notre Église nationale, les jeunes ont apporté une contribution significative en développant une base de données numérique et un système d’archivage, en révisant d’importants documents gouvernementaux et en trouvant de nouvelles façons de gérer les finances de l’Église avec plus d’intégrité et d’efficacité. Les jeunes n’ont jamais été traités comme de simples assistants chargés de remplir un rôle; ils étaient considérés comme des disciples et des responsables en devenir.»
Des générations qui servent ensemble
Que ce soit dans l’Église locale ou dans notre communion mondiale, ces délégués au Conseil Général soulignent l’importance du partenariat entre les différentes générations pour étendre le royaume de Dieu. « Nous sommes des générations qui servent ensemble, et non l’une après l’autre », a déclaré Lydia Adi.
« Au niveau institutionnel, un responsable expérimenté peut inviter un jeune à assister aux réunions des leaders : la première fois, le jeune observe. La deuxième fois, le jeune aide à accomplir une tâche. La troisième fois, le jeune accomplit la tâche tandis que le leader l’assiste. Enfin, le jeune participe pleinement tandis que le mentor observe », a déclaré Timo Doetsch. « Et pendant même que nous servons le Seigneur, nous devons aussi rechercher nos successeurs et les former. »
« C’est exactement comme dans Luc 10.1-3, où Jésus a préparé ses apôtres en les envoyant deux par deux pour proclamer la bonne nouvelle et chasser les mauvais esprits », a déclaré Gracia Felo.
S’adressant aux responsables d’églises au sein de la CMM, Lydia Adi a déclaré: «Vous êtes les mieux placés pour atteindre votre génération – et la suivante.»
Elle se tourne ensuite vers les jeunes de la CMM : « Vous pouvez toucher des personnes que vos aînés ne peuvent pas atteindre. Votre génération et celle qui vous suit ont besoin que vous répondiez à votre appel, que vous dirigiez avec intégrité, créativité et conviction. Lorsqu’ils sont responsabilisés, équipés et encadrés, les dirigeants plus jeunes que vous ne se contentent pas de suivre votre vision, ils l’élargissent, garantissant ainsi que la mission de Dieu se poursuive et se développe de génération en génération.