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  • Après une conversation de 5 ans avec des théologiens des traditions catholique romaine et luthérienne, le Comité Foi et Vie a invité les membres de la Conférence Mennonite Mondiale à examiner ensemble leurs pratiques anabaptistes pour Renouveau 2028 dans deux webinaires intitulés « Croyez et soyez baptisés : une conversation sur le baptême. »


    Contexte biblique, théologique et historique du baptême des croyants

    Le 21 janvier 1525, un petit groupe de jeunes hommes se rassembla secrètement dans la ville suisse de Zurich pour un culte inhabituel. Ils avaient été élevés dans la religion catholique, mais depuis plusieurs années, ils se réunissaient pour étudier la Bible et discuter avec leur mentor, Ulrich Zwingli, le prêtre de l’église principale de la ville, la Grossmünster.

    En lisant les Écritures, le groupe a commencé à remettre en question certaines pratiques de l’Église catholique, y compris le baptême des enfants, mais ils étaient divisés sur les étapes suivantes. Zwingli, soutenu par le conseil municipal de Zurich, demanda que soient faites progressivement une série de réformes modérées. Les membres du groupe d’étude biblique résistèrent. Si les Écritures étaient claires, ont-ils soutenu, des changements dans la pratique de l’Église devraient être immédiates, quelles que soient les conséquences politiques ou sociales.

    Ainsi, le 21 janvier 1525, le petit groupe renonça formellement à leur baptême d’enfant et, de la même manière que Jésus et Jean-Baptiste, reçut le baptême à l’âge adulte. C’était pour eux le symbole de leur engagement volontaire à suivre le Christ et à se soutenir mutuellement dans ce nouveau pas de foi.

    action semble presque banale. Après tout, qu’y a-t-il de si dérangeant dans le fait qu’un groupe de personnes se rassemble pour la prière et se verse ensuite de l’eau sur la tête ? Pourtant, cette action – qui marqua le début du mouvement anabaptiste (ou des ‘rebaptisés’) – eut de profondes conséquences. Quelques jours plus tard, le conseil municipal de Zurich ordonna l’arrestation et l’emprisonnement de toute personne participant à de tels baptêmes. En 1526, les autorités déclarèrent que le baptême des adultes était un crime capital. Et en janvier 1527, Félix Manz, chez qui le groupe s’était rencontré, subit l’ultime conséquence de ses convictions. Mains et pieds attachés à un poteau en bois, il fut ‘baptisé’ une fois de plus – poussé dans les eaux glacées de la rivière Limmat lors d’une exécution publique.

    Le mouvement anabaptiste s’étendant, les responsables religieux et politiques les condamnèrent comme étant des hérétiques. Au cours des décennies suivantes, environ 3 000 croyants furent exécutés pour le crime d’être ‘anabaptistes’ ou ‘rebaptiseurs’.

    Pourtant, ce mouvement perdure. Aujourd’hui, environ 2,2 millions de chrétiens dans le monde s’identifient à la tradition anabaptiste, y compris les 107 associations d’églises qui font partie de la Conférence Mennonite Mondiale.

    Les éléments (du baptême) semblent assez simples : de l’eau, des témoins, et quelques mots soigneusement choisis. Pour un laïc regardant de l’extérieur, il peut sembler difficile de comprendre pourquoi la pratique chrétienne du baptême est si importante. Mais malgré sa simplicité, presque tous les groupes chrétiens considèrent le baptême comme un événement fondateur – un rituel qui exprime les convictions fondamentales de leur foi.

    Église chrétienne, pourtant elles ont été la source de nombreux désaccords et de débats parmi les chrétiens.

    • Le baptême est-il essentiel pour le salut ?
    • Quel est l’âge approprié pour être baptisé ?
    • Comment le rituel doit-il être pratiqué ?
    • Le baptême confère-t-il le salut en soi ou est-il un symbole du salut déjà reçu ?

    Le baptême dans la tradition chrétienne

    Un baptême en plein air en République Dominicaine.
    Photo: Mariano Ramírez

    Les racines du baptême chrétien puisent profondément dans les images bibliques de l’eau – un symbole permanent de purification, de rafraîchissement et de vie elle-même. Dans l’Ancien Testament, l’eau est souvent associée à la puissance de guérison de Dieu : une source dans le désert, un puits vivifiant, ou la justice qui coule ‘comme un fleuve puissant’.

    Le symbole du baptême chrétien vient directement de l’histoire de l’Exode (Ancien Testament) lorsque Dieu a séparé les eaux de la mer Rouge pour permettre aux enfants d’Israël de fuir l’esclavage en Égypte et d’échapper aux armées du Pharaon. Cet acte dramatique ‘la traversée les eaux’ marque la renaissance des enfants d’Israël. Après avoir traversé les eaux, ils n’étaient plus esclaves – ils étaient devenus la nouvelle communauté du peuple de Dieu, liés les uns aux autres par le don de la Loi et par leur dépendance à Dieu pour les guider et les nourrir.

    Les échos de l’histoire de l’Exode peuvent être clairement entendus dans le Nouveau Testament, dans le récit de Jean, qui a été surnommé ‘Le Baptiste’. La prédication enflammée de Jean appelait à la repentance – une transformation du cœur symbolisée par une purification rituelle dans les eaux du Jourdain. Selon les évangiles, Jésus n’a commencé son ministère officiel qu’après avoir été baptisé par Jean. Cet acte – accompagné de la bénédiction de Dieu et de la présence claire du Saint-Esprit – a marqué un ‘traversée’ pour Jésus vers un nouveau ministère de guérison et d’enseignement, qui a culminé trois ans plus tard lors de sa crucifixion, sa mort et sa résurrection.

    rucifixion, sa mort et sa résurrection. Les premiers chrétiens considéraient le baptême comme un symbole riche de significations tirées à la fois de l’Ancien Testament et de la vie de Jésus. Comme l’Exode, le baptême dans l’Église primitive symbolisait le renoncement à une vie asservie au péché et une ‘traversée’ vers une nouvelle identité avec une communauté de croyants qui, comme les enfants d’Israël, s’engageaient à vivre dans la dépendance de Dieu.

    Nombre de premiers chrétiens considéraient également le baptême comme une sorte de répétition de la mort et de la résurrection du Christ. Les candidats au baptême entraient nus dans l’eau, dépouillés et vulnérables, comme le Christ sur la croix, mourant ainsi à leur ancien moi. Après être sortis de l’eau, ils étaient vêtus de robes blanches comme symbole de la résurrection et de leur nouvelle identité en tant que disciples de Jésus.

    Des preuves solides datant des deuxièmes et troisièmes siècles suggèrent que les premiers chrétiens ne baptisaient que les adultes, et ce, seulement après une longue période d’instruction et de formation sévères. En d’autres termes, l’Église primitive réservait le baptême à ceux qui avaient connu une transformation du cœur, étaient engagés dans une vie quotidienne de disciple et étaient prêts à faire partie d’une nouvelle communauté de croyants.

    Du baptême volontaire au baptême des enfants

    Cependant, au cours du IVe siècle, cette pratique a commencé à changer. La cause en est principalement la conversion de l’empereur romain Constantin en 312 après J.C., un événement qui a lentement transformé la nature même de l’Église chrétienne. Pendant le siècle suivant la conversion de Constantin, d’une petite minorité persécutée, éloignée du centre du pouvoir politique, l’Église est devenue une puissante institution. Ses évêques en sont venus à s’appuyer sur les armées de l’empire romain pour leur protection et pour éliminer l’hérésie.

    Peu à peu, le christianisme est devenu la religion ‘officielle’ des empereurs romains – une sorte de colle religieuse et culturelle aidant à unir un empire en train de se fragmenter

    Puisque tous les habitants étaient désormais obligés de devenir chrétiens, il n’y avait plus de raison d’associer le baptême à la repentance, à une transformation de vie ou à une nouvelle identité au sein d’une communauté de croyants.

    √Ä peu près à la même époque, de nouvelles discussions ont eu lieu pour défendre la pratique du baptême des enfants. Par exemple, à la fin du IVe siècle, saint Augustin (354-430) a insisté sur le fait qu’à partir du moment même de la naissance, les êtres humains étaient esclaves du péché. Le baptême des enfants, affirmait-il, était nécessaire pour le salut de l’âme de l’enfant. Dans son enseignement, l’acte du baptême lui-même conférait un don spirituel de grâce à l’enfant. Le sacrement du baptême incorporait l’enfant dans l’Église, sauvant son âme de la tâche du péché originel et du pouvoir de l’enfer.

    Dans la société médiévale postérieure, le baptême marquait également l’appartenance d’un enfant à la communauté civique ; l’enfant était enregistré pour, plus tard, payer des imp√¥ts et faire allégeance au seigneur féodal local.

    Les leaders de la Réforme, Luther, Zwingli, Calvin et d’autres ont convenu que les enfants devaient être baptisés à la naissance. Luther affirmait que le baptême des enfants confirme que nous sommes totalement dépendants du don gratuit de la grâce de Dieu pour notre salut – et n’est pas le résultat de nos propres actions. Zwingli a fait remarquer que Jésus enseignait que nous devons devenir « comme des enfants » pour entrer dans le royaume de Dieu. Le baptême des enfants, comme la circoncision pour les Juifs de l’Ancien Testament, était un signe d’inclusion dans le corps des croyants et un engagement de la part des croyants à élever cet enfant dans les voies de Dieu.

    Convictions anabaptistes-mennonites sur le baptême

    Ainsi, lorsque les responsables anabaptistes commencèrent à contester la pratique du baptême des enfants, il y eut des réactions de confusion, de colère et finalement de violence.

    Pour les anabaptistes, le principal argument en faveur du baptême des croyants, par opposition au baptême des enfants, repose sur un principe fondamental de la Réforme elle-même : « l’ Écriture seule ». Les anabaptistes du XVIe siècle ne trouvèrent aucune justification scripturaire de la pratique du baptême des bébés dans le Nouveau Testament. Mais les enseignements de Jésus liaient explicitement le baptême à la repentance et à la foi – ce qui n’était évidemment pas possible pour un enfant. En ordonnant aux disciples de prêcher la bonne nouvelle de l’évangile, par exemple, Jésus a promis : « Quiconque croit et est baptisé sera sauvé » (Marc 16/16). L’ordre ici est clair : la foi d’abord, puis le baptême.

    √Ä la fin de son ministère, dans un dernier avertissement aux disciples, Jésus parla à nouveau du baptême. « Allez donc », dit-il aux disciples dans Matthieu 28 :19-20, « et faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à obéir à tout ce qui je vous ai commandé. »

    Là encore, l’ordre est important. Jésus a commandé à ses disciples de « faire des disciples », puis de les baptiser dans l’espoir que les nouveaux convertis apprendraient aussi à obéir aux commandements du Christ. En d’autres termes, on devient disciple de Jésus en entendant, en comprenant et en répondant à un appel – tout comme l’avaient fait les premiers disciples

    Ce même ordre se reproduit dans l’histoire des premiers baptêmes de l’Église apostolique telle qu’elle est rapportée dans Actes 2. L’histoire commence avec Pierre prêchant à une foule de juifs qui se sont rassemblés à Jérusalem pour la célébration annuelle de la Pâque. Il termina son sermon par un appel à la repentance. « Ceux qui ont accepté son message », conclut le récit « furent baptisés ».

    Pour les anabaptistes (et les groupes qui leur ont succédé) l’engagement à suivre Jésus impliquait une conversion ou un « retournement » – une réorientation radicale des priorités, symbolisée par le baptême, ce qui pouvait conduire à la persécution et même à la mort. Ce n’était pas une décision qui pouvait être prise par un nourrisson !

    Le sens du baptême : une corde à trois brins

    Le pasteur Sang Nguyen Minh
    baptise Nguyen Thi Lien au Vietnam.
    Photo: l’église mennonite de Hoi An

    Les anabaptistes ne croyaient pas que l’acte du baptême en lui-même faisait d’une personne un chrétien. Au contraire, le baptême était le ‘signe’ extérieur ou le ‘symbole’ d’une transformation intérieure.

    Bien s√ªr, les symboles peuvent avoir plusieurs significations. S’appuyant sur le verset de 1 Jean 5, les anabaptistes décrivaient fréquemment le baptême comme une sorte de corde à trois brins : l’esprit, l’eau et le sang représentaient les éléments essentiels du baptême :

    Les enfants de Dieu sont ceux qui croient que Jésus est le Christ et qui suivent ses commandements. Trois choses, dit Jean, témoignent que Jésus est le Fils de Dieu : « l’Esprit, l’eau et le sang ; et les trois s’accordent » (1 Jean 5/8).

    1. √Ä son niveau le plus élémentaire, le baptême est un signe visible de l’œuvre transformatrice du Saint-Esprit. C’est une reconnaissance publique que le croyant s’est repenti de ses péchés, a accepté le pardon de Dieu et a « remis sa vie entre les mains du Christ ». Le baptême célèbre le don du salut : le don de la grâce : amour, pardon et nouvelle vie.

    2.En même temps, le baptême est aussi signe d’appartenance à une nouvelle communauté. Dans le baptême d’eau, nous nous joignons une communauté, ce qui implique l’accompagnement, la discipline et la fraternité. Lors du baptême, nous promettons de donner et de recevoir les avis et conseils des autres, de partager nos biens et d’être au service dans la mission plus large de l’église. Dans la tradition anabaptistemennonite, le salut n’est jamais purement privé ou intérieur ; notre foi s’exprime toujours dans les relations avec les autres.

    3. Enfin, par le baptême, les nouveaux croyants promettent de suivre le chemin de Jésus : vivre comme il a vécu et enseigné, même si cela a pour conséquence (comme pour Jésus) l’incompréhension, la persécution, la souffrance ou même la mort. Il ne suffit pas de proclamer le pardon des péchés ou d’avoir son nom inclus dans une liste de membres d’église. Le baptême implique également un mode de vie modelé sur celui de Jésus : aimer Dieu de tout son cœur et aimer son prochain comme soi-même.

    Les anabaptistes du XVIe siècle ont cherché à retrouver ces enseignements qui étaient devenus vagues dans l’histoire de l’Église. Sur la base de ces principes bibliques, ils ont conçu le baptême comme un signe de la présence transformatrice de l’Esprit, comme une marque d’appartenance à une communauté et comme une volonté de suivre le Christ, quelles qu’en soient les conséquences.


     

    John Roth est secrétaire de la Commission Foi et Vie. Professeur d’histoire à Goshen College, il est membre de Berkey Avenue Mennonite Church, Goshen, Indiana, (États-Unis).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2021 de Courier/Correo/Courrier.
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  • « La majorité des membres n’ont pas d’emploi, la survie est très difficile. »  
    Leontina Mahamba, Paroisse Alegria de Malanje, igreja Comunidade Menonita em Angola  

    « La maladie mentale est le principal élément qui maintient les personnes à la rue. La chaleur, la sécheresse et la pollution aggravent leur situation. L’insécurité alimentaire est un autre problème auquel nous nous attaquons… Les gens sont obligés de choisir entre le loyer et la nourriture. »  
    Duane Ruth Heffelbower, USA  

    « Répondre aux besoins liés à la faim et à la pénurie économique ; prendre soin des populations migrantes ; soutenir les initiatives qui génèrent des revenus ; faire preuve de prudence et se protéger au milieu de la violence, et pratiquer la non-violence ; lutter contre la corruption et les inégalités socio-économiques ; répondre aux problèmes dans la prière ; contribuer aux initiatives de paix. »  
    Grupo Cuidado de la Creación Iglesia Menonita de Teusaquillo, Colombia 

    Leontina Mahamba

    Nos églises répondent à un large éventail de besoins, comme l’illustrent ces trois réponses à notre question « Quels sont les autres problèmes (outre le changement climatique et la dégradation de l’environnement) qui constituent une priorité élevée pour vous en tant qu’église dans votre quartier ou votre communauté ? »  
    Alors pourquoi est-il important pour ceux qui prennent soin de la création de réfléchir à d’autres questions ? 

    Les résultats de l’enquête soulignent pourquoi le soin de la création ne peut être séparé des autres aspects de la vie communautaire.

    1. La pauvreté et la violence sont des problèmes sociaux majeurs dans les régions les plus touchées par le changement climatique 

    Comme nous l’avons déjà vu dans nos deux précédents articles (ici et là), les préoccupations des régions moins riches sont différentes de celles des régions du monde les plus riches.  

    Sans surprise, les sondés africains et latino-américains se préoccupent davantage de la pauvreté, de l’emploi, de l’insécurité alimentaire et de la violence que les sondés européens et nord-américains.  

    Il est encore plus frappant de constater que les personnes interrogées qui sont confrontées à de multiples indicateurs de dégradation de l’environnement sont deux fois plus susceptibles de signaler également les effets de multiples problèmes sociaux (pauvreté, santé, violence ou migration) dans leur communauté.  
    Ces résultats font écho aux avertissements d’organisations mondiales telles que le Forum économique mondial. 

    Dans son dernier rapport, le Forum économique mondial a classé le climat et la perte de biodiversité parmi les quatre principaux risques mondiaux, et a noté comment ceux-ci aggravent les crises sanitaires et sociales dans le monde.   

    Les communautés vulnérables sont plus durement touchées par le changement climatique.  

    2.Les régions riches se mobilisent sur des questions sociales différentes qui sont aussi étroitement liées à la justice climatique et environnementale. 

    Duane Ruth Heffelbower

    Les réponses ont été sensiblement différentes dans les régions les plus riches d’Europe et d’Amérique du Nord.  

    Premièrement, les migrations étaient mentionnées plus souvent qu’en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Certes, les migrations existent aussi dans ces régions. Cependant, les répondants d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie se sont davantage concentrés sur les causes profondes du phénomène.  

    En outre, l’accent mis sur la migration en Europe et en Amérique du Nord s’inscrit généralement dans le contexte de la manière dont l’Eglise doit accueillir les immigrants, et les réfugiés en particulier. De nombreuses églises qui ont répondu à notre enquête travaillent avec les migrants et les réfugiés.  

    Un deuxième résultat frappant est l’accent mis sur l’identité et l’intolérance en Amérique du Nord. Nous avons utilisé cette catégorie pour les réponses indiquant que les communautés sont confrontées à des conflits concernant l’identité sociale (par exemple, ethnique, raciale ou religieuse).  

    La forte préoccupation pour ces questions aux États-Unis et au Canada en particulier reflète probablement la conscience accrue des inégalités causées par la discrimination raciale, mais les réponses d’autres régions suggèrent que ces questions d’identité et d’intolérance sont répandues.  

    La migration et la justice raciale sont de plus en plus identifiées comme des aspects importants du changement climatique. Les résultats de l’enquête de la CMM montrent à quel point ce lien est pertinent pour les communautés anabaptistes avec ses valeurs de soutien mutuel et de travail pour la paix.  

    Donna Bender

    3.Les Eglises se sentent appelées à réagir 

    « Actuellement, avec les restrictions liées à la COVID-19, nous sommes obligés de constater que la pandémie a des répercussions très inégales que ce soit au niveau local ou mondial. Comment Dieu veut-il que nous réagissions ? » (Eleanor Nash, Canada) 

    Les réponses à l’enquête montrent clairement que les assemblées cherchent à prendre soin de leurs membres, des communautés locales et de leurs prochains de diverses manières. Elles se soucient beaucoup du bien-être des enfants et des jeunes, accordent une grande importance à la migration et s’engagent souvent dans les luttes de leurs prochains, qu’ils soient proches ou plus lointains.   

    Dans notre monde en rapide évolution, aux prises avec la COVID-19, le changement climatique et bien d’autres problèmes, les églises anabaptistes-mennonites redéfinissent la suivance du Christ face à de nouveaux défis. 

    Response 

    Tous les regards sont tournés vers la COP26, la réunion internationale sur le climat de cette année, qui a débuté le 31 octobre et se terminera le 12 novembre. Découvrez ici pourquoi cette réunion est importante et ce à quoi vous devez vous attendre. 

    Le groupe de travail pour la protection de la création (CCTF) de la CMM se joint aux responsables religieux du monde entier qui appellent les dirigeants des nations à répondre avec urgence, justice et compassion à la crise climatique. 

    Nous reconnaissons l’échec collectif de l’humanité à prendre soin de la création de Dieu.  

    Nous reconnaissons qu’une réponse juste devrait d’abord reconna√Ætre que certains, en particulier dans le Nord, ont une part disproportionnée dans la production de la crise. Les autres, en particulier ceux qui, dans le monde, manquent de pouvoir et de ressources, sont touchés de manière disproportionnée.  

    Tout le monde peut participer à la lutte pour le changement ; la CCTF invite la communauté anabaptiste mondiale à se joindre à la solidarité, à prier pour une action significative lors de la COP26 et à être d’audacieux disciples de Jésus.  


    Ceci est une série de publications sur les problèmes environnementaux et l’Église mondiale.

    Ces témoignages mettent en lumière : 

    a) l’impact des dégradations environnementales sur les anabaptistes-mennonites,
    b) ce que les anabaptistes-mennonites pensent des problèmes environnementaux,
    c) ce que font les anabaptiste-mennonites en réponse. 

    Histoire #1: L’impact des crises environmentales sur la communauté des églises
    Histoire #2: Que ressent-on face aux problèmes environnementaux ?
    Histoire #3: Quelles sont les interactions entre le changement climatique et les autres enjeux communautaires ?
    Histoire #4: Nos églises et nos responsables sont-ils actifs au service de la création ?
    Histoire #5: Comment les églises prennent-elles soin de la Création ?
    Histoire #6: Qu’est-ce qui aiderait les Églises à s’engager davantage dans la protection de la création ?
  • (…Et pourquoi c’est important)

    « Je suis très triste de voir les conséquences de la détérioration de l’environnement à travers le monde. Nous n’avons pas bien pris soin de ce que Dieu nous a laissé, de sa création, au contraire, nous la détruisons et je me sens coupable parce que je participe aussi au problème et non pas à la solution, » témoigne Sara Viteri, membre de Iglesia Evangélica Mennonita Jesús el Buen Pastor, Guayaquil, Équateur.

    Que ressentez-vous face au changement climatique ou à d’autres problèmes environnementaux comme la pollution ? Ces sentiments vous motivent-ils à agir ? 

    Pour ceux qui étudient la dégradation de l’environnement, ces questions commencent à prendre de l’importance. Il est crucial de comprendre nos réactions émotionnelles pour agir face aux problèmes comme le changement climatique. 

    Sara Viteri
    Sara Viteri, Équateur

    Dans le questionnaire de la CMM sur la protection de la création, une des questions posées par le groupe de travail pour la protection de la création était que ressentez-vous face à la dégradation de l’environnement dont vous êtes témoins. Nous avons regroupé les réponses pour mieux comprendre ce que ressentent les gens. 

    Mais comment cela aide-t-il les églises à agir plus efficacement ? 

    1. La peur et la tristesse sont les sentiments dominants

    Les réactions les plus fréquentes aux problèmes environnementaux sont la peur et la tristesse. 

    Rien de surprenant. Les sondages sur les émotions liées au climat montrent que lorsque l’on assiste personnellement aux conséquences de la dégradation de l’environnement, on ressent de l’incertitude et de la peur. 

    Les études récentes en psychologie de l’environnement montrent que ces sentiments peuvent provoquer un « déni implicite » des problèmes environnementaux : nous savons que les changements ont lieu, mais nous nous sentons dépassés et impuissants donc nous choisissons d’éviter de faire face aux problèmes.

    Il est intéressant de constater que les sentiments de peur et de tristesse sont tout aussi courants dans les régions riches que dans les régions disposant de moins de ressources. En général, 30 à 50 pourcents des personnes interrogées originaires de régions les plus riches (Europe et USA/Canada) comme des régions généralement moins riches (Afrique, Amérique latine et Asie) ont affirmé ressentir de la peur. 

    Les mentions de tristesse sont plus disparates mais ne reflètent pas non plus une différence entre niveaux de richesse (les Asiatiques en particulier, ont exprimé un niveau élevé de tristesse alors que ce n’était pas le cas pour les Européens et les Latino-Américains).

    Donc, même si certains sont plus touchés par les effets du changement climatique que d’autres, nous exprimons tous des émotions similaires comme la peur et la tristesse. 

    2. L’espoir n’est pas souvent mentionné

    Mark Ruzzel
    Mark Ruzzel Victoria, Philippines

    Comment arriver à des actions concrètes face aux problèmes environnementaux ? Même si les études suggèrent qu’il n’existe pas de solution miracle, il est prouvé que l’on réagit plus efficacement lorsque nous avons l’espoir d’avoir un impact. 

    Dans cette enquête, certains ont affirmé qu’ils se sentaient motivés par l’observation directe des problèmes et par les émotions qui l’accompagnent.

    « J’ai peur et pourtant je suis motivé parce que si j’agis avec cohérence, pour l’amélioration de l’environnement, alors je peux changer les choses, » déclare Mark Ruzzel Victoria, de Lumban Mennonite Bible Church, aux Philippines.

    Cependant, très peu de personnes ont affirmer ressentir de l’espoir ou de la motivation. Il est possible que les sentiments de peur et de tristesses empêchent d’agir efficacement. 

    De plus, peu de personne toutes régions confondues, ont affirmé ressentir de la honte ou de la culpabilité, même dans les pays riches qui ont une plus grande responsabilité. C’est peut-être une autre indication de notre tentative d’éviter ce problème qui nous dépasse, ou de notre sentiment d’impuissance au niveau personnel.

    3. La famille et la communauté : facteurs clés de la motivation

    Joan Buckert
    Joan Bueckert, Canada

    « Je ne sais pas quel monde je vais laisser à mes enfants et mes futurs petits-enfants, » avoue Joan Bueckert, membre de Ottawa Mennonite Church, Ontario, Canada. 

    De nombreuses personnes interrogées évoquent leurs émotions dans le contexte de leur communauté. Elles parlent des autres, comme leurs petits-enfants, les membres de leur paroisse et ceux qui sont les plus touchés par le changement climatique ailleurs dans le monde.  

    Les résultats montrent que l’Église est bien placée pour nous aider à bien réagir en nous aidant à comprendre nos émotions en lien avec les personnes que nous aimons. La colère, par exemple, peut nous pousser à agir avec passion face à ce que nous voyons.  

    Nous vous lançons un défi : n’évitez pas les émotions provoquées par les conséquences du changement climatique. Apprenez à comprendre vos sentiments et puis, transformez-les en motivation pour agir.


    Priere

    Conséquence du changement climatique : les inondations en Équateur.

    Ceci est une série de publications sur les problèmes environnementaux et l’Église mondiale.

    Ces témoignages mettent en lumière : 

    a) l’impact des dégradations environnementales sur les anabaptistes-mennonites,
    b) ce que les anabaptistes-mennonites pensent des problèmes environnementaux,
    c) ce que font les anabaptiste-mennonites en réponse. 

    Histoire #1: L’impact des crises environmentales sur la communauté des églises
    Histoire #2: Que ressent-on face aux problèmes environnementaux ?
    Histoire #3: Quelles sont les interactions entre le changement climatique et les autres enjeux communautaires ?
    Histoire #4: Nos églises et nos responsables sont-ils actifs au service de la création ?
    Histoire #5: Comment les églises prennent-elles soin de la Création ?
    Histoire #6: Qu’est-ce qui aiderait les Églises à s’engager davantage dans la protection de la création ?
  • La présence des anabaptistes-mennonites indonésiens revêt une grande importance dans l’histoire des anabaptistes du monde entier, car elle apporte une nouvelle lumière, non seulement à la question « Qui sont les anabaptistes ? », mais aussi à la question annexe « Qui sont les voisins des anabaptistes ? »

    Depuis ses débuts il y a près de 500 ans, la famille anabaptiste était principalement composée d’Européens. Mais cela a radicalement changé dans les années 1850 lorsque des anabaptistes ont quitté l’Europe et sont arrivés à Java.

    Cette mission a non seulement cassé l’image séculaire des anabaptistes, ‘les silencieux dans le pays’, mais elle a aussi été la première mission internationale, car elle était formée d’anabaptistes des Pays-Bas et de Russie.

    Depuis, les anabaptistes ne sont plus majoritairement européens. Dans un pays comme l’Indonésie, avec le plus grand groupe musulman du monde, on peut dire maintenant que les voisins des anabaptistes ne sont pas seulement catholiques, luthériens et calvinistes, mais aussi musulmans, hindous et bouddhistes.

    Trois unions d’églises

    Aujourd’hui, il y a trois groupes anabaptistes-mennonites en Indonésie : Gereja Injili di Tanah Jawa (GITJ – Église évangélique de Java), Gereja Kristen Muria Indonesia (GKMI – Église chrétienne de Muria d’Indonésie) et Jemaat Kristen Indonesia (JKI – Assemblée chrétienne indonésienne).

    La GITJ est une église à prédominance javanaise, située dans la région du centre-nord de Java où se trouvent la plupart des mennonites, bien qu’elle compte quelques membres chinois, batak, de Sumatra et de Nusa Tengarah Timur.

    La GKMI, l’un des trois groupes anabaptistes-mennonites d’Indonésie, a été officiellement enregistrée en tant qu’union d’églises dès 1927, ce qui en a fait la première union d’églises anabaptistes-mennonites non occidentale organisée au monde.

    Son fondateur, Tee Siem Tat, un Indonésien chinois, a refusé de suivre le système de zonage colonial néerlandais (chaque dénomination n’était autorisée à répandre l’évangile qu’à un groupe ethnique spécifique dans une zone déterminée), si bien qu’aujourd’hui cette Église est diversifiée. En 1960, la GKMI Kudus a ordonné comme pasteur principal Sudarsohadi Notodihardjo (un pasteur javanais). Cela revient à ordonner un pasteur afro-américain dans une église à dominante blanche, dans le Mississippi profond à l’époque de l’esclavage !

    Les anabaptistes de la JKI représentent la diversité de l’Indonésie, avec des membres originaires de Batak, de Chine, les îles de la Sonde, de Dayak, de Banjar, de Menado, de Bali, d’Ambon, de Kupang, de Papouasie et de Java.

    Identité anabaptiste-mennonite

    Les anabaptistes-mennonites indonésiens font partie à la grande famille anabaptiste à tous les niveaux de la Conférence Mennonite Mondiale.

    Cependant, en Indonésie, les églises sont simplement appelées chrétiennes. Il n’y a pas de distinction explicite entre leurs origines confessionnelles, qu’elles soient anabaptistes, calvinistes, luthériennes, méthodistes, pentecôtistes, etc. Vivant dans le plus grand pays à majorité musulmane au monde, avec six groupes religieux officiels, les églises indonésiennes n’ont pas d’intérêt à exposer leurs origines. Elles sont actives dans la mission et l’évangélisation et mettent de côté leurs différences confessionnelles.

    Pourtant, au cours des deux dernières décennies, il y a eu un intérêt croissant parmi les anabaptistes-mennonites, en particulier les jeunes, pour mieux connaître et comprendre l’anabaptisme. Certains livres de théologie et d’histoire anabaptistes ont été traduits en indonésien afin que les responsables d’églises et les laïcs puissent les étudier. Des livres sur la théologie anabaptiste ont été utilisés comme manuels dans les séminaires et les universités interconfessionnelles appartenant aux églises anabaptistes-mennonites, et où enseignent des théologiens anabaptistes-mennonites. Cette évolution les a rendu plus audacieux pour s’identifier en tant que tels.

    La relation entre le Mennonite Diakonia Service de la GKMI et le groupe du Hezbollah à Solo est un exemple de la manière dont les anabaptistes-mennonites indonésiens deviennent plus ouverts quant à leurs convictions pacifistes.

    La plus ancienne église, la GITJ, a le don de la contextualisation. Utilisant l’art et les traditions de la culture javanaise, elle montre la pertinence de l’Évangile pour le peuple indonésien. L’Évangile de paix est une expression de ‘paseduluran’, un mot javanais signifiant ‘fraternité’.

    Activités

    Les anabaptistes-mennonites indonésiens sont très engagés dans le travail interreligieux pour la paix, par exemple le secours lors de catastrophes ou la formation, les ateliers de médiation et de consolidation de la paix.

    Avec l’aide du Comité Central Mennonite, les anabaptistes-mennonites ont pris l’initiative de mettre en place une maîtrise d’Études sur la Paix et les Conflits à l’Universitas Kristen Duta Wacana. Il s’agit du premier programme d’études (universitaires) reconnu par le gouvernement indonésien. Cette initiative, et quelques autres, ont encouragé certaines universités chrétiennes d’Indonésie à créer un Centre pour la Paix dans leurs institutions. Maintenant, des cours de formation à la paix sont offerts à tous les niveaux dans de nombreuses universités chrétiennes indonésiennes.

    De nombreuses paroisses anabaptistes-mennonites ont conçu une forme d’éducation alternative et des communautés orientées vers la paix. Elles ont créé des programmes scolaires et diverses ressources pour l’école du dimanche afin de sensibiliser les enfants à la paix. Il existe aussi un ‘Village de la Paix’ où les gens travaillent ensemble pour développer le bien-être économique et des valeurs pacifistes. Leur collaboration avec les internats islamiques a permis de mettre en place une ‘Bibliothèque de la Paix’ et de développer des réseaux entre des institutions et des individus de diverses origines religieuses pour agir pour la paix.

    La mission de l’Église n’est pas comprise et pratiquée comme une forme de prosélytisme, mais comme une mission de réconciliation.

    La JKI est exemplaire en matière de sensibilisation, en particulier auprès des jeunes. Elle a fondé et continue de soutenir le plus grand groupe interconfessionnel de jeunes d’Indonésie, la Unlimited Fire Youth Conference, qui rassemble des centaines de paroisses et des milliers de jeunes, en vue de former des jeunes responsables.

    Les assemblées locales utilisent les médias sociaux pour interagir avec les jeunes, offrant des cours en ligne, un accompagnement créatif et des activités ludiques. La plupart des bénévoles engagés dans les paroisses sont encore au lycée ou sont en apprentissage.

    Par exemple, la paroisse Jakarta Praise Community forme des disciples enthousiastes qui servent Dieu par la musique, le multimédia, l’enseignement, la technologie et les arts. La musique écrite et composée par des membres de l’Église JKI a un impact non seulement sur les chrétiens indonésiens, mais ailleurs dans le monde. Les paroles de leurs albums ont été traduites en anglais, thaï, japonais, mandarin et coréen.

    La JKI soutient une station missionnaire à Sumba. Les enfants sont parrainés pour pouvoir fréquenter l’école et les habitants apprennent à tisser des étoffes traditionnelles tenun qui sont ensuite vendues dans le pays et à l’étranger. La JKI est en train de construire un système d’irrigation et de développer des méthodes agricoles alternatives pour aider la communauté à améliorer son niveau de vie.

    Près de Batam, la JKI s’est tournée vers les Suku Laut (Peuple de la Mer) qui vivent sur la myriade d’îles entourant l’Indonésie et sur des bateaux. Ils ont très peu accès à l’électricité et aux connexions internet, et vivent souvent loin des magasins et des restaurants. Auparavant, ils devaient voyager 8 à 10 heures en bateau pour entendre l’Évangile lors des services religieux à Batam, mais maintenant, il y a plusieurs assemblées locales parmi le Peuple de la Mer. Les missionnaires JKI s’occupent des enfants dans une école maternelle.

    Les paroisses essentiellement rurales de GITJ travaillent à la paix dans leurs communautés. Elles sont engagées dans des projets sociaux comme les soins médicaux pour tous indépendamment de la religion. La paroisse de Magorejo a lancé un projet de reboisement des forêts de mangrove.

    Difficultés et opportunités

    √ätre chrétiens dans un pays à majorité musulmane est difficile pour les communautés mennonites. Ils sont parfois confrontés à des restrictions quant au moment et à l’endroit où se réunir pour célébrer le culte ou pour avoir des rencontres fraternelles. Ils font aussi face à des obstacles pour obtenir les autorisations nécessaires pour construire un lieu de réunion, pour se rassembler et prêcher la Bonne Nouvelle.

    Une des paroisses de la GITJ de la région de Jepara a adressé régulièrement pendant 12 ans une pétition aux responsables municipaux pour obtenir l’autorisation d’utiliser un b√¢timent d’église. Avec persévérance et bienveillance, ils ont développé des relations avec divers membres du gouvernement et avec des personnes d’autres religions. Leur demande a finalement été entendue.

    La montée de la politique identitaire ‚Äì en particulier l’identité religieuse et ethnique ‚Äì en Indonésie a rendu difficiles les progrès de la coexistence pacifique entre les différentes communautés ethniques et religieuses. La politique identitaire n’est pas mauvaise en soi, mais elle devient un obstacle à la cohésion sociale lorsque le groupe le plus respecté se sent supérieur, tout en manquant de respect aux autres groupes, voire en se les aliénant ou les détruisant. La violence sous forme de discours haineux, de discrimination et d’exclusion s’ensuit facilement. Ce phénomène se produit non seulement entre groupes mais aussi au sein des groupes. Les anabaptistes-mennonites indonésiens n’en sont pas exempts, ce qui crée de grands problèmes externes et internes.

    Dans certaines régions, la pauvreté, le chômage et le faible niveau d’éducation sont des problèmes persistants pour les communautés chrétiennes. Pour les assemblées locales de la GITJ, annoncer la Bonne Nouvelle signifie apporter une aide concrète et des possibilités d’apprentissage outre la nourriture spirituelle.

    D’autres problèmes concernent la laïcité et la modernisation qui ont conduit les jeunes à s’éloigner des églises. Pour y répondre, les églises ont utilisé le multimédia, les médias sociaux et des activités créatives.

    Pendant l’année écoulée la pandémie mondiale n’a pas facilité la progression de l’Église, mais la technologie a permis de se connecter avec les membres des paroisses. Celles-ci ont découvert les services en ligne, en utilisant Zoom, GoogleMeet, Instagram live, YouTube live et les appels vidéo WhatsApp afin d’assister au cultes, aux petits groupes, aux réunions, aux ateliers et à des sessions de relation d’aide.

    Les églises mennonites d’Indonésie aiment leurs voisins de manière holistique. Par exemple, du 5 au 7 février 2021, certaines régions de Semarang ont été inondées après de fortes pluies. L’eau a submergé les voitures et les maisons. Les membres des assemblées de Semarang se sont déplacés en radeau vers ces régions pour aider les familles à quitter leur maison. Les magasins et les restaurants étaient déjà fermés pendant les week-ends en raison du COVID-19, les paroisses ont alors distribué de la nourriture aux familles dans le besoin. Elles ont fourni un abri aux personnes qui avaient d√ª quitter leur maison inondée.

    Trois synodes

    Dans le passé, les relations entre les trois synodes n’ont pas été très étroites. Le séminaire mennonite de Pati est le résultat d’un partenariat entre la GITJ et a GKMI.

    Mais au cours de la dernière décennie, une nouvelle manière de collaborer s’est développée sous la forme d’Indomenno. Cette nouvelle entité est destinée à aider les trois synodes à travailler ensemble et se soutenir mutuellement, notamment en s’associant au Comité Central Mennonite et en accueillant l’Assemblée de la Conférence Mennonite Mondiale en 2022. D’autres initiatives communes sont envisagées. Cependant, le COVID-19 a limité la liberté de se rencontrer. Plusieurs fois, les responsables ont d√ª refaire et reporter leur ordre du jour concernant la préparation de l’Assemblée.

    « Nous espérons rester solides et unis dans le soutien de cette prochaine Assemblée. Nous sommes très heureux et honorés que nos frères et s≈ìurs du monde entier puissent venir et voir ce que Dieu fait en Indonésie » dit Eddy Suyanto.

    Contributeurs : Paulus Widjaja (GKMI), Eddy Suyanto (JKI), Lydia Adi (JKI), Teguh Sagoya (GITJ), Edi Cahuyono (GITJ), Tri Gunanto (GITJ)


    En savoir davantage :

    • The Radical Muslim and Mennonite: A Muslim-Christian Encounter for Peace in Indonesia, de Agus Suyanto y Paulus Hartono, trans. Agnes Chen (Semarang: Pustaka Muria, 2015)
    • A Cloud of Witnesses: Celebrating Indonesian Mennonites, de John D. Roth (à venir)
    • ‚ÄúIndonesia: struggling, learning, serving,‚Äù Courier/ Correo / Courrier, de Adhi Dharma

    Gereja Injili di Tanah Jawa

     
    Membres baptisés 45 000
    Paroisses (2019) 117
       

    Persatuan Gereja-Gereja Kristen Muria Indonesia

     
    Membres baptisés 15 789
    Paroisses (2020) 64
       

    Sinode Jemaat Kristen Indonesia

     
    Membres baptisés 47 087
    Paroisses (2020) 400

    Source: Statistiques mondiales – annuaire 2018

  • « Ces répercussions ont eu un impact négatif sur la vie personnelle et celle des autres membres de notre paroisse, car elles sont venues accentuer le niveau de la pauvreté qui existait déjà dans la Communauté. La flambée de prix des produits alimentaires a perturbé la consommation dans les ménages et ceci crée une insécurité alimentaire dans les ménages des fidèles. Les perturbations climatiques ont occasionné la perte de plusieurs ressources des membres de la Paroisse, ce qui fait que les membres de la paroisse ne sont plus à mesure de répondre aux besoins vitaux de leurs familles et particulièrement la scolarisation de leurs enfants. » 

    « Nous vivons dans un état de frustration et de peur permanant…compte tenu du fait qu’à tout moment on peut être emporté par les catastrophes naturelles et à cause de l’insécurité alimentaire causée par ces changements climatiques. » —Jacques Pilipili Mungwaere, pasteur, Paroisse Adonai, Communauté des Églises des Frères Mennonites au Congo (CEFMC), Bukavu/Sud-Kivu, RDC.

    Alors que nous entamons la Saison de la Création, le témoignage de Jacques Pilpili Mungwaere nous rappelle que les nombreuses crises de notre monde nous intiment à réparer notre relation avec la création.   

    Suite au sondage sur la protection de la création auprès de mennonites du monde entier, nous avons pu identifier trois grandes leçons en réponse aux questions suivantes :    

    1. Quelles sont les répercussions des détériorations de l’environnement et/ou du changement climatique que vous pouvez observer autour de vous ou de votre paroisse et  
    2. comment modifient-elles votre vie personnelle ou celles des autres membres de votre paroisse ? 

    1. Impact environnemental sur la vie quotidienne 

    Pratiquement toutes les personnes interrogées (98%) ont observé au moins un des 17 impacts listés. Les plus fréquents étant :  

    1. les impacts économiques impacts (comme l’augmentation des prix de l’alimentaire), 
    2. les changements de phénomènes climatiques (comme la canicule ou les inondations),  
    3. une pollution généralisée.  

    Il est intéressant de noter que les personnes interrogées ont moins insisté sur les deux domaines qui habituellement concentrent l’attention médiatique : 

    1. les événements dramatiques comme les feux de forêt, les ouragans/typhons et
    2. les changements à grande échelle, lents comme l’élévation du niveau de la mer et la fonte des glaciers.

    Elles ont plutôt évoqué les impacts sur leurs vies quotidiennes.  

    2. Les zones les moins riches sont les plus touchées 

    Même si presque tout le monde a observé des dégradations de l’environnement, des différences entre l’impact ressenti de ces phénomènes existent entre les personnes interrogées.   

    Plus d’un tiers des sondés des États-Unis/Canada et d’Europe ont dit ne pas être touchés par le changement climatique pour l’instant, alors qu’aucun des sondés d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine n’a affirmé cela. L’Afrique est la région qui a déclaré le pourcentage le plus élevé d’impacts. Par exemple, alors que 80% des sondés africains ont observé une hausse des prix de l’alimentaire à cause du climat, c’est le cas de seulement 9% des sondés européens. Sans surprise, les africains ont aussi déclaré être touchés plus que les autres par l’insécurité alimentaire et la malnutrition.    

    Ces réponses soulignent ce que nous savions déjà : ceux qui sont les moins responsables du changement climatique sont les premières victimes de ses conséquences.  

    3. Croisement des problèmes environnementaux et d’autres difficultés sociales

    Nous avons reçu une très grande variété de réponses aux questions ouvertes. Par exemple, environ 10% des sondés africains, asiatiques et latino-américains ont affirmé que l’augmentation des températures ou les pluies abondantes avaient eu des conséquences négatives sur leur possibilité de se réunir en tant que paroisse.   

    Les dégradations de l’environnement ont aussi un impact émotionnel. Près de 10% des personnes interrogées provenant des USA/Canada, Europe et d’Amérique latine ont affirmé être attristées ou se sentir touchées émotionnellement par la dégradation de la création, même en absence d’un impact direct sur leur mode de vie.  

    Après les vagues caniculaires de cet été en Amérique du Nord et les inondations en Allemagne, les réponses sont susceptibles de changer.   

    Pour d’autres sondés, les problèmes environnementaux ont des conséquences directes sur des problèmes sociaux comme l’augmentation de la violence, l’augmentation de la déscolarisation, la santé mentale et les migrations. Toutes ces réponses suggèrent que la dégradation de l’environnement a des conséquences sur tous les aspects de nos vies et que nous ne pouvons pas séparer cette problématique des autres problèmes sociaux importants.     

    Dans notre prochaine publication, nous aborderons le sujet des émotions comme facteur clé pour comprendre nos réponses à la crise environnementale et au changement climatique. 


    Prière 

    Dieu Créateur, nous venons vers Toi dans le nom de Jésus Christ, désireux que ton royaume-famille rédempteur vienne et que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Nous prions pour que le Saint Esprit donne la force nécessaire aux croyants pour qu’ils redonnent vie à ce que tu as vu lorsque tu as dit que ce que tu avais créé était bon. 

    O Dieu, apprend-nous à témoigner avec compassion devant les autres et l’environnement pour que nous encouragions la communauté des bien-aimés à cheminer avec humilité, douceur et amour.    

    O Dieu, souffle sur nous à nouveau, au nom de Jésus,  

    Amen !

    Ceci est une série de publications sur les problèmes environnementaux et l’Église mondiale.

    Ces témoignages mettent en lumière : 

    a) l’impact des dégradations environnementales sur les anabaptistes-mennonites,
    b) ce que les anabaptistes-mennonites pensent des problèmes environnementaux,
    c) ce que font les anabaptiste-mennonites en réponse. 

    Histoire #1: L’impact des crises environmentales sur la communauté des églises
    Histoire #2: Que ressent-on face aux problèmes environnementaux ?
    Histoire #3: Quelles sont les interactions entre le changement climatique et les autres enjeux communautaires ?
    Histoire #4: Nos églises et nos responsables sont-ils actifs au service de la création ?
    Histoire #5: Comment les églises prennent-elles soin de la Création ?
    Histoire #6: Qu’est-ce qui aiderait les Églises à s’engager davantage dans la protection de la création ?

    #seasonofcreation

  • Perspective: États-Unis

    Les différences reflètent la sagesse et la bonté de Dieu

    La religion est personnelle; elle traduit notre manière dêtreReligio signifie lier, donc les religions sont destinées rassembler les gens. 

    Parler avec dautres chrétiens (protestants, catholiques ou orthodoxes) est un échange INTRA religieux. Parler avec des membres dautres confessions ou religions mondiales est un échange INTER religieux. 

    Le professeur à la retraite Wesley Ariarajah, originaire du Sri Lanka, définit la vraie religion en termes de « compassion, non-violence, don de soi, amour universel et rejet de des acquisitions matérielles ». Son livre Votre Dieu, mon Dieu, notre Dieu, sous-titré Repenser la théologie chrétienne par rapport à la pluralité religieuse », décrit la manière dont les religions sont tournées vers un Être Ultime.

    Racines juives

    Le christianisme a de solides racines juives. Il s’appuie sur les Écritures hébraïques, l’histoire de l’interaction fidèle de Yahvé, le Dieu unique, avec Israël. Israël, le peuple choisi pour transmettre aux autres nations le désir d’accueil et d’ouverture de Dieu envers toutes les créatures humaines, vivait entouré de religions anciennes. Rappelez-vous l’histoire de la tour de Babel (Genèse 11/1-9). Ceux dont la langue était dominante semblaient avoir l’intention de tout contrôler, même de rivaliser avec Dieu en construisant une tour symbolique. Mais plutôt que de permettre une telle domination, le Créateur, qui valorise la différence, les a dispersés, avec leur désir de faux pouvoir, sur toute la surface de la terre. 

    Dans le Second Testament, nous apprenons que Jésus, notre mentor, attachait de la valeur à son héritage juif. Il a enseigné en paraboles et par des actions concrètes sur le ‘Chemin d’Accueil’ de Dieu. Il pointe constamment un Chemin parmi les chemins vers Dieu, il souligne la Divine parenté de tous les fidèles. Jésus n’avait pas l’intention de fonder une nouvelle religion, mais il a appelé le judaïsme à se re-former, à re-nouveller son modèle d’alliances, d’accords humains-divins. Avant de retourner dans le Royaume de Dieu, il a permis à l’Esprit, qui avait été coparticipant lors de la création, de remplacer son être terrestre par les croyants.

    L’Esprit de la Pentecôte 

    L’Esprit de la Pentecôte (Actes 2) a rassemblé des voix dispersées. Bien que différents, des peuples de lieux divers ont pu se comprendre, un sens d’unité dans la diversité a transparu dans l’échange verbal, par l’Immense don de la différence. Le pluralisme religieux est toujours un don, qui nous montre la volonté de Dieu de nous sauver tous. 

    Il y a des décennies, l’Allemand Max Muller a compris la valeur d’être dûment informé des différences entre les religions afin de les respecter et de les comparer, tout en continuant son parcours personnel. Il a marqué l’histoire avec l’observation que « Connaître une seule religion, c’est n’en connaître aucune ». En d’autres termes, ne connaître qu’une religion ne permet pas de la connaître en profondeur. La foi grandit lorsque l’on comprend ce que les autres y trouvent de significatif. 

    J’ai appris de notre ami sikh à quel point il honore l’Écriture [de sa religion] et son gourou actuel, le Guru Granth Sahib. Lorsque je témoigne de mon christianisme sans arrogance, que je reçois sincèrement l’intégrité des autres religions et que je suis disposé à apprendre d’elles, j’enrichis mon être sacré.

    La paix avec le dialogue 

    « Il n’y aura pas de paix entre les nations sans paix entre les religions, et il n’y aura pas de paix entre les religions sans dialogue », a déclaré Hans Kung. Les mennonites revendiquent une histoire orientée vers la paix. Bien que nous ne soyons pas les seuls parmi les chrétiens à avoir cette conviction, chaque génération doit réaffirmer ce que signifie travailler à la paix et chercher la meilleure façon d’exprimer son engagement pour la paix dans les situations qui se présentent. 

    Il est bon d’être prêt à apprendre des autres religions. Il y a longtemps, le Mahatma Gandhi, un hindou influencé par le jaïnisme, a mis l’accent sur l’ahimsa (la non-violence). Un ami de Gandhi, Abdul Ghaffer Khan, a soutenu fermement des initiatives pour la paix parmi les musulmans, son peuple. Et Thich Nhat Hanh a vécu, enseigné et écrit sur les principes de base de la paix, et pas seulement pour les bouddhistes fidèles. 

    Recevoir la vérité Divine 

    Pouvons-nous recevoir et perpétuer la vérité Divine ? 

    En agissant ensemble, les croyants de diverses religions soutiennent les initiatives pacifiques pour surmonter l’injustice. Entretenir un esprit de vengeance, ne pas vouloir surmonter les stéréotypes qui dénaturent les autres, ou empêcher un autre d’être pleinement valorisé, empêchent de vivre dans la paix. Lorsque les enseignements religieux violentent les autres par des jugements négatifs parce qu’ils ont des opinions différentes ou lorsque des croyants loyaux provoquent des conflits, il faut se repentir. Comment un dialogue sincère sur des principes communs peut-il développer une ouverture religieuse ? 

    La pluralité religieuse ne disparaîtra pas de notre monde ; soyez en reconnaissant. Nous choisissons une religion et une dénomination selon les rituels des cultes, les formes de croyance et les jours fériés. Lorsque nous rencontrons des personnes dont les choix diffèrent, se présente l’occasion d’un dialogue honnête. 

    L’échange transmet la perspective en même temps que la foi. Les partenaires d’un dialogue s’attendent à être à l’aise et fidèles à leur foi personnelle, et non sur la défensive ou craintifs. Chacun est prêt à écouter attentivement l’autre, à formuler et à clarifier sa vérité personnelle, et à retenir ou mettre de côté ce qu’il apprend. Le dialogue religieux n’est pas un débat, il exprime une position, il honore l’intégrité, il permet une compréhension plus profonde et encourage l’amitié. 

    Qu’il en soit ainsi pour vos lecteurs ! 

    ‚ÄîDorothy Yoder Nyce est membre de 8th Street Mennonite Church, à Goshen, Indiana (États-Unis). 


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2021 de Courier/Correo/Courrier.

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  • Perspective: Burkina Faso

    Témoignage des relations de Traoré Fabé avec les musulmans

    Né à Samogohiri dans une famille musulmane, j’étais musulman pratiquant avant ma conversion. Je suis aujourd’hui serviteur de Dieu, communément appelé pasteur, ayant à charge l’assemblée locale mennonite de Samogohiri, mon village natal. Je suis aussi traducteur de la Bible, et ce, avant le ministère pastoral. 

    Mon parcours avec l’Islam 

    Je me nomme Traoré Fabé à l’état civil et le prénom Fabé a pour signification « mon père est devenu père pendant que son père vit ». Cette précision, pour simplement dire que j’ai connu mon grand-père qui était animiste, mon père était musulman. Compte tenu de mes relations avec mon grand-père, je connais bien l’animisme ou la religion ancestrale. Mon père a choisi de m’inscrire à l’école coranique mais mon oncle est venu me retirer pour m’inscrire à l’école classique française à l’âge de sept ans. Le choix et le souhait de mon père avec l’école coranique était de me voir servir Dieu un jour comme grand maître coranique. 

    Mais Dieu en a décidé autrement avec le choix de mon oncle qui m’a inscrit à l’école classique française. Jérémie ne disait-il pas qu’il a été choisi depuis le sein de sa maman… (Jérémie 1/5) ? Après plusieurs années d’études, j’ai fini le cycle supérieur en théologie à l’ex Faculté de Théologie de l’Alliance Chrétienne d’Abidjan (FATEAC), aujourd’hui Université de l’Alliance Chrétienne d’Abidjan (UACA). 

    Un pont 

    L’apôtre Paul nous dit que « Dieu fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l’aiment… » (Romains 8/28). Mon parcours avec l’Islam n’a pas été fortuit ni vain. Pour moi, c’était une façon pour Dieu de me préparer non seulement pour le servir un jour en tant que musulman converti au milieu de musulmans, mais aussi pour servir de pont entre les musulmans et ceux qui ne l’ont jamais été, à travers mon témoignage. 

    Bref, durant toutes ces années de service pour le Seigneur à Samogohiri, à l’instar des autres membres de l’assemblée à Samogohiri, je n’ai pas manqué d’épreuves. J’ai d’abord connu la persécution de mon propre père suite à la conversion de ma mère, mais le Seigneur, par le don de sa sagesse, m’a aidé à sillonner ces labyrinthes jusqu’à la sortie. L’un des grandes épreuves à ne pas oublier, c’est le combat engagé par le grand Imam de Samogohiri suite à la conversion de son fils.  

    La gestion de cette affaire avec tact ainsi que l’engagement de l’administration de Samogohiri ont permis un dénouement favorable. Suite à cette affaire, l’Imam s’est attaqué à la paroisse de Samogohiri au point que certains musulmans ont fini par reconnaître le pacifisme de la paroisse en voyant sa gestion de la situation. 

    Les fêtes et la collaboration 

    Pour terminer, je dirai qu’après toutes ces années de persévérance et de patience, les relations entre chrétiens et musulmans deviennent de plus en plus paisibles. Les occasions de fêtes et la collaboration prouvent cela.  

    Oui la collaboration, parce que aujourd’hui, je suis avec le même Imam et le chef du village dans une structure qui œuvre pour la paix et la cohésion sociale dans le village. La structure est dénommée ‘Ensemble pour le dialogue’. Chaque fois qu’il y a une tension, quelle que soit sa nature, nous sommes sollicités pour la recherche d’une solution pour la paix.

    —Fabé Traoré est représentant au Conseil Général de la CMM pour l’unions des Église Évangélique Mennonite du Burkina Faso.


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2021 de Courier/Correo/Courrier.

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  • Perspectives: Guatemala


    Mayas et Anabaptistes, des spiritualités qui se rencontrent

    Le Guatemala est un beau pays. Sa population est pluriculturelle, multilingue, multiethnique, pluri-religieuse. C’est là que Dieu m’a permis de naitre.

    Ce que le Seigneur avait préparé pour ma vie

    Il y a quarante ans, ma famille et moi-même avons été invités par une amie à l’église mennonite Casa Horeb. Peu de temps après, je me suis refait baptisée dans le magnifique lac d’Amatitlán et j’ai accepté de suivre Jésus. Ê ce moment-là, je ne savais pas tout ce que le Seigneur, dans son infinie miséricorde, avait préparé pour ma vie.

    Ê cette époque, la guerre civile faisait rage, on faisait disparaitre beaucoup de personnes dont on n’entendait plus jamais parler. Dans ce contexte de peur à cause de la violence, j’ai obtenu mon diplôme de psychologie.

    Un jour, un frère m’a invité à participer au Séminaire Anabaptiste latino-américain (SEMILLA). Cela m’a permis d’approfondir mon processus de conversion et de transformation spirituelle. J’ai appris à apprécier et à observer les valeurs anabaptistes. J’ai suivi une formation à SEMILLA pendant plusieurs années et j’ai obtenu un certificat en théologie pastorale. Aujourd’hui j’enseigne au séminaire.

    Le travail d’accompagnement

    Plus tard, j’ai pris la direction d’une organisation maya, Utz Kaslemal (‘Bonne Vie’, en langue quiché). Le but de l’organisation est d’offrir un accompagnement psycho-spirituel aux personnes autochtones victimes de la guerre et dont les proches ont été enterrés dans des cimetières clandestins. 

    Il y a eu tant de morts, et les familles avaient peur, elles ont donc enterré leurs proches là où elles le pouvaient. Notre appel est d’accompagner ceux qui ont perdu un être cher. Lorsqu’un cimetière clandestin est découvert, on nous appelle pour que nous réalisions un travail d’accompagnement en complément du travail des anthropologues médico-légaux.

    Ce processus se fait en trois étapes : avant, pendant et après l’exhumation.  

    Souvent les familles éclatent en sanglot au simple souvenir du visage de leurs proches, auxquels elles n’ont pas pu dire au revoir, desquels elles n’ont pas pu faire le deuil.

    Notre rôle est de les consoler et de leurs donner des forces dans ces moments difficiles. Nous nous unissons à leur douleur.

    Dieu, là aussi

    Dans ces moments-là, le Psaume 85, lu tant de fois à l’église ou pendant mes études de théologie, s’incarnait, devenait vivant dans mon esprit et dans ma vie.

    Fidélité et Vérité se sont rencontrées,
    elles ont embrassé Paix et Justice.
    La Vérité germe de la terre
    et la Justice se penche du ciel.
    Le SEIGNEUR lui-même donne le bonheur,
    et notre terre donne sa récolte.
    La Justice marche devant lui,
    et ses pas tracent le chemin. (TOB)

    Mes yeux se sont ouverts et ont vu la souffrance véritable surgir de la terre. Comment ne pas éprouver de la compassion devant l’angoisse de mes frères autochtones ? Dans ces moments-là je criais au Seigneur pour implorer sa compassion.

    Dieu était là, présent au milieu de nous, nous consolant, nous embrassant, pleurant et essuyant les larmes de ces hommes et ces femmes qui pleuraient le fils qu’ils ne reverraient jamais. Comment parler alors de justice et de paix, de tranquillité et d’harmonie entre les êtres humains ? Nous ne pouvons qu’espérer la justice divine, à l’opposé de la justice des hommes, celle qui provient de Dieu lui-même. Comment leurs dire que la source de la paix, de l’espérance et de la certitude se trouve en Jésus ?

    Je pouvais sentir que Dieu me guidait pour être sensible à leurs émotions et à leur douleur. Je priais en silence pour demander à Dieu de leur offrir sa consolation, sa paix et sa tranquillité. Lorsque j’étais témoin des rites funéraires mayas je sentais la même présence de Dieu, là aussi, qui nous regardait, nous apportait son réconfort, la foi et l’espérance.

    J’ai été transformée, maintenant je suis fidèlement le Christ ! Cette spiritualité maya, forte, courageuse, insoumise, tout comme l’enseignement anabaptiste, m’a montré que suivre le Christ n’est pas facile, c’est un chemin ardu mais c’est le chemin qui mène au Père. C’est là que nos spiritualités se rencontrent.

    La souveraineté de Christ

    Maintenant je comprends que la souveraineté de Christ passe par une communion intime non seulement avec le Père mais aussi avec les êtres humains, en particulier avec ceux qui souffrent et qui sont dépossédés. Cette communion est rendue possible grâce à la foi et à l’action du Saint Esprit qui, dans son infinie miséricorde, nous permet de rendre Christ présent où que nous soyons.

    La présence de Jésus dans nos vies vient à bout de toutes les barrières qui se dressent devant nous, qu’elles soient géographiques, sociales, raciales, religieuses ou politiques. Il est venu pour faire tomber toutes les barrières qui nous séparent de Dieu et des autres. Il est venu nous chercher et nous sauver lorsque nous nous sentions perdus et il a rétabli les relations brisées pour qu’elles soient en harmonie avec leur Créateur.

    —Olga Piedrasanta est membre de Iglesia Menonita Casa Horeb, Ciudad de Guatemala (Guatemala).


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2021 de Courier/Correo/Courrier.

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  • Perspective: Indonésie 


    La situation la plus difficile est la meilleure école de vie. Dans un monde confronté à la pandémie, nous apprenons la solidarité et la compassion, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi à l’égard des personnes plus faibles. 

    Même lorsque les temps sont difficiles, nous pouvons être une bénédiction pour les autres et aider ceux qui sont dans le besoin. 

    La GKMI Yogyakarta Aksi peduli kasih : sollicitude et affection 

    Cette initiative, manifestation de sollicitude et d’affection, est née des préoccupations des responsables et des membres de l’église GKMI Yogyakarta concernant l’impact de la pandémie du COVID-19. De nombreux membres ont perdu leur emploi ou ont été licenciés. Treize étudiants étrangers n’ont pas pu rentrer chez eux, faute d’argent. Certaines familles ont dû se mettre en quarantaine en raison d’une suspicion de contamination au COVID-19. 

    Bien que la majorité des membres de la paroisse de la GKMI Yogyakarta soit pauvre, cela ne les empêche pas de se soucier des autres et de manifester de l’amour pendant cette pandémie. Ses membres sont optimistes, pleins d’espoir et ont foi en Dieu. 

    La bénédiction de Dieu est suffisante, elle les précède et les soutient. 

    L’équipe de GKMI Yogyakarta Peduli Kasih s’est non seulement préoccupée du bien-être des membres de l’assemblée (santé physique et mentale), mais elle a également distribué de la nourriture aux habitants du quartier, quelle que soit leur religion. 

    Une belle entente 

    « Oui, c’est bien d’avoir une petite radio. Le dimanche matin, j’écoute toujours le sermon de la GKMI Yogyakarta. Merci pour la nourriture et la radio », dit Mme Martini, 76 ans. 

    Chaque dimanche, la voisine de Mme Martini, Mme Sartini, l’aide à régler sa radio pour écouter le culte du dimanche. Mme Sartini aide aussi Mme Martini à préparer la Sainte Cène lorsqu’elle le désire. 

    Ce qui est intéressant, c’est que Mme Sartini est musulmane. C’est une belle entente. 

    Gerakan rantai doa dan karya : chaîne de prière en action 

    La construction du synode de la GKMI Wisma Muria à Semarang a commencé le 11 janvier 2020 au début de la pandémie du COVID-19 en Indonésie. Malgré de sérieuses difficultés économiques dues à la pandémie, le Comité du Synode de la GKMI (Aristarchus Sukarto, Oendianto, Iwan Ganius) n’a pas baissé les bras. Il est allé de l’avant. 

    Lors de la rencontre du Comité le 11 septembre 2020, les églises de la GKMI d’Indonésie ont été invitées à prier pour les ouvriers travaillant à la construction du bureau synodal de la GKMI et à leur fournir à tour de rôle un repas par jour. 

    La GKMI a soutenu avec enthousiasme cette action. Un forum de discussion a été formé, où figurent chaque jour des demandes de prière et un rapport sur la construction de Wisma Muria. Ê partir du 28 septembre 2020, les paroisses de la GKMI ont apporté à tour de rôle leur déjeuner aux ouvriers, leur ont rendu visite et ont prié pour eux. 

    « Les ouvriers sont très heureux », dit Juanto, le chef de projet. « Il n’est pas inhabituel que les ouvriers reçoivent un déjeuner ; ce qui est différent, c’est que les membres des églises restent pour passer du temps avec eux ». 

    « Je ressens l’intérêt des paroissees de la GKMI. Nous en sommes reconnaissants. Nous espérons que les relations entre les contremaîtres, les ouvriers, les superviseurs et les assemblées de la GKMI se poursuivront. Amen ! » 

    Juanto et tous les ouvriers sont musulmans. 

    « Alhamdulillah (Loué soit Dieu), la construction du bâtiment se déroule bien. Il n’y a pas eu d’obstacles importants, il n’y a pas eu d’accidents et les contremaîtres et les ouvriers sont en bonne santé. 

    « Je crois que c’est aussi grâce aux pasteurs et aux anciens qui étaient présents et qui ont prié pour nous. Je crois que la prière pour la sécurité est très importante. Que les prières soient chrétiennes ou musulmanes, cela n’a pas d’importance car nous avons tous le même Dieu, mais nos manières de croire sont différentes. Nous sommes reconnaissants du soutien de la GKMI. » 

    L’ingénieur superviseur Srihono Purnomo dit : « Les travailleurs sont très heureux et reconnaissants. Ils peuvent économiser de 15 à 20 000 roupies par jour et rapporter plus d’argent chez eux. Grâce au soutien et à la prière de la GKMI, ils travaillent mieux. 

    Le pasteur Aristarchus Sukarto dit que cette action n’est pas seulement une manifestation de solidarité de personnes du même synode, mais que c’est aussi une expression de leur foi  

    • Nourrir les ouvriers ayant besoin de soutien est un acte de paix, de foi, un témoignage et une mission car Dieu nous nourrit et prend soin de nous. (Marc 8/2). 
    • Pour nous, enfants de Dieu, nous recevons ainsi la grâce de Dieu sous la forme de la promesse de recevoir le Royaume (Matthieu 25/34-40). Dieu aime ceux qui soutiennent les faibles et les nécessiteux. 

    La manifestation de sollicitude et d’affection de la GKMI Yogyakarta Aksi Peduli Kasih, et l’action de la chaîne de prière, Gerakan Rantai Doa dan Karya sont des témoignages chrétiens dans ce monde multi-religieux pendant la pandémie du COVID-19. 

    L’amour des autres se manifeste par des actes et le développement de relations [de personnes] qui ne se découragent pas, même dans les situations difficiles, et qui surmontent les difficultés. 

    Nous pouvons être messagers de paix et apporter le Shalom aux autres. Nous pouvons exercer un ministère sans être séparés par la religion ou le statut social. Nous pouvons servir les autres et laisser aussi les autres nous servir.

    —Janti Diredja est pasteure à la retraite et membre de la GKMI Yogyakarta (Indonésie).


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2021 de Courier/Correo/Courrier.

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  • Vivre comme Jésus a vécu

    Danang Kristiawan : « Le dialogue interreligieux n’est pas seulement une méthode missionnaire ; c’est la mission elle-même. Témoigner de Jésus, ce n’est pas seulement parler de Jésus, mais aussi vivre comme Jésus a vécu, a enseigné et a accueilli l’autre ».

    Que dit l’Écriture ?

    Kevin Gunther Trautwein : « Dans l’Ancien Testament, Israël se considérait comme une nation témoin pour les nations qui l’entouraient ».

    Zacharie appelle le peuple à aimer la paix et la vérité dans la société (Zacharie 8/19-23).

    Kevin Guenther Trautwein : « C’est une belle description de ce qu’est un témoin ».

    Paulus Hartono : « Ésaïe a prophétisé la venue du Prince de la Paix pour toute l’humanité sans exception (Ésaïe 2/2-4). Plus loin, le prophète écrit que parmi ceux qui s’attacheront au Seigneur on trouvera l’étranger et l’eunuque. « J’en rassemblerai d’autres en plus de ceux déjà rassemblés » (Ésaïe 56/3-8).

    Et dans le livre des Psaumes, les psalmistes invitent le peuple de Dieu à vivre la paix comme un style de vie.

    Harry Huebner aime commencer par les paraboles : « C’est incroyable de voir comment Jésus met en valeur le Samaritain [Parabole du bon Samaritain]. Ce n’est pas parce qu’il a une meilleure théologie (Les juifs pensaient que les Samaritains avaient une religion différente de la leur), mais parce qu’il mène une vie plus conforme aux enseignements de Jésus, selon ce que ce voit Jésus chez son peuple. »

    La parabole du Fils prodigue a quelque chose à nous apprendre. « Dieu le Père a deux enfants : des ‘insiders’ et des ‘outsiders’. Tout devient confus parce que l’‘insider’ devient l’‘outsider’ et l’‘outsider’ devient l’‘insider’. » C’est un avertissement à ne pas sentir à l’aise en tant que peuple religieux. « Certaines personnes pensent autrement et sont aussi des enfants de Dieu. Si vous voulez vous séparer d’eux, vous commettez une action qui déplaît à Dieu ».

    Paulus Hartono : « De nombreuses épîtres abordent la destruction des barrières entre ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur. L’apôtre Paul a conseillé au peuple de Dieu de vivre en paix avec tous les hommes (Romains 12/18) ».

    Danang Kristiawan : « C’est sur l’histoire de Jésus que repose notre mission dans des contextes multi-religieux. Jésus nous libère de nos faiblesses. Cela signifie que la Bonne Nouvelle est holistique. Ainsi, suivre Jésus, c’est accueillir l’autre et combler les fossés entre les personnes. »

    Paulus Hartono : Alors que Jésus proclame une année de grâce du Seigneur dans Luc 4/18, il dit que l’Évangile nous libère des barrières. « L’Évangile apporte la vérité, l’amour, la paix, la justice et l’intégrité de la création (Marc 1/14).

    Le Sermon sur la Montagne (Matthieu 5) est l’appel de Jésus à tous les êtres humains, y compris ceux qui ont des religions différentes, à apporter la paix afin que le sel et la lumière puissent être visibles dans le monde. »

    Paul Phinehas : « ‘Vous êtes la lumière du monde’ déclare Jésus dans Matthieu 5/14. Nous sommes appelés à briller dans le monde où prévalent les ténèbres. Témoigner du Christ est ce qu’il y a de plus important dans la vie d’un chrétien. »

    « Nous sommes clairement différents ; pourtant, nous sommes tous les enfants de Dieu en ce qu’aucun n’a été rejeté du Royaume, de la souveraineté, de la seigneurie et de l’amour de Dieu », déclare Harry Huebner.

    Que pouvons-nous apprendre sur Dieu des autres religions ?

    Kevin Guenther Trautwein : « Le fait que Dieu permette aux religions de proliférer dans le monde en dit long sur Dieu.

    Dieu est le metteur en scène d’une pièce où avoir foi en Jésus est un rôle spécifique. C’est un concept de Nicholas M. Healy sur l’ecclésiologie ‘théo-dramatique’. Il met l’accent sur l’action de Dieu, pas sur les chrétiens ni même sur l’Église. Ce concept prend au sérieux tout autant la spécificité des autres religions que celle du christianisme. Il n’est pas nécessaire de les réduire toutes à des versions différentes d’un même bien. »

    Paulus Hartono : « Beaucoup d’anabaptistes ont des voisins musulmans. L’Islam accorde une grande importance à l’obéissance et à la fidélité à Allah qui s’exprime par la prière cinq fois par jour ».

    Danang Kristiawan : « J’apprends de leur spiritualité. La discipline spirituelle ne doit pas être considérée comme un fardeau, mais comme un signe que nous voulons avoir une relation intime avec Dieu.

    De l’Islam mystique (soufi), je peux apprendre ce qu’est une vie consacrée à Dieu. La réalité est vue comme manifestant l’amour de Dieu. La nature est une fenêtre pour venir au Seigneur. Ceci est également la vision religieuse asiatique de la réalité. »

    Harry Huebner a été impressionné par « l’énorme accent mis sur la miséricorde de Dieu et son amour » alors qu’il dialoguait avec des religieux musulmans. Par exemple, l’érudit musulman Mahnaz Heydarpour dit que l’essence de Dieu est l’amour. L’essence de Dieu est l’unité. Dieu ne désire pas le conflit et la destruction de l’autre. Dieu désire la réconciliation et la paix entre tous les hommes, toute sa création.

    Paulus Hartono : « L’islam met également l’accent sur l’Ukhuwah ou le fait de vivre fraternellement avec les autres êtres humains, les autres nations ».

    Danang Kristiawan : « Mon expérience avec la communauté musulmane m’apprend que Dieu est amour. Je pense que c’est notre point de rencontre ».

    Paulus Hartono : « L’Islam enseigne également le respect pour la Torah et les Évangiles.  Les musulmans veulent donc savoir qui est Jésus ».

    Harry Huebner : « Lorsque j’ai donné des cours à des étudiants ou des professeurs musulmans, j’ai été très surpris de découvrir leur stupéfiante ouverture à Jésus. C’est au moins aussi formidable que lorsque je parle de Jésus à l’Université Mennonite Canadienne. Les musulmans aiment Jésus.»

    Kevin Guenther Trautwein : « Les autres religions peuvent nous aider à mieux discerner la souveraineté et la transcendance de Dieu ».

    Paulus Hartono : « L’hindouisme et le bouddhisme mettent l’accent sur l’amour de tous les êtres et de l’univers. La vie revient avec chaque incarnation, donc vivre en pratiquant la bonté est obligatoire. Et le confucianisme met l’accent sur la recherche de la vertu. Respectez les personnes âgées et aimez les plus jeunes. Vivez une vie saine, prospère, longue et paisible ».

    Harry Huebner : «Il est bon que les religions soient différentes. Nous sommes des individus différents, même dans notre foi… Nous pouvons parler de nos différences sur la justice sans avoir à nous menacer ou à nous entretuer. Nous en avons besoin pour former la prochaine génération, et nous former les uns les autres. Nous devons apprendre à travailler à la paix ».

    Principes pour guider le témoignage chrétien

    Participez à un échange

    Écoutez tout autant que vous parlez.

    Prenez l’initiative

    Danang Kristiawan : « Nous devons nous faire des amis et accueillir les autres. Les relations interreligieuses ne devraient pas simplement être un objectif, mais un mode de vie pour développer des amitiés ».

    Soyez ouvert

    Danang Kristiawan : « Nous pouvons être ouverts aux autres si nous leur faisons place en nous. C’est l’hospitalité (Philippiens 2/5-11). Pourtant, notre témoignage n’est pas toujours accepté par les autres, même un message de paix. Àtre ouvert signifie aussi être prêt à être blessé, rejeté et ignoré. Cela est aussi arrivé à Jésus.

    L’ouverture n’est pas seulement une action, c’est aussi un état d’esprit : pas de préjugé, pas de jugement mais le respect, la volonté d’apprendre et d’écouter l’autre ».

    Soyez humble

    Kevin Guenther Trautwein : « Il est tentant de vouloir jouer tous les rôles. Mais notre rôle dans ce processus est limité. Nous sommes invités à participer à la conversation de Dieu avec les autres. Il nous faut jouer notre rôle et partir.

    L’avocat vient, témoigne et convainc le monde du péché et de la justice. (Jean 16/5-15). Ce n’est pas nous. Nous devons être des témoins ».

    Soyez engagé

    Danang Kristiawan : « Pour être des témoins fidèles dans une société pluraliste, nous devons suivre Jésus, pas de manière abstraite ou seulement émotionnelle, mais dans l’action, en vivant et en obéissant à Jésus dans la vie quotidienne. Sans engagement, notre témoignage ne sera que bavardage, et nous n’aurons rien à partager. S’engager envers Jésus, c’est aimer, et l’amour nous pousse toujours à être en relation avec l’autre ».

     

    Paulus Hartono : « Répondre à l’appel de Jésus à être son partenaire dans ce monde signifie poursuivre sa vision et sa mission en présentant, en vivant et en enseignant les valeurs de l’Évangile du royaume de Dieu ».

    Traitez les autres avec respect

    Kevin Guenther Trautwein : « Rappelez-vous que les personnes avec lesquelles nous dialoguons sont aimées de Dieu. Ne les méprisez pas, ne les diminuez pas, eux ou leurs idées. Écoutez ce qu’ils disent avec la meilleure disposition ».

    Soyez spécifique

    Harry Huebner : « Je parle à partir de ma foi : je ne suis pas neutre. Nous sommes différents, mais il n’est pas nécessaire de nous blesser. »

    Kevin Guenther Trautwein : « Utilisez des mots, des images et un langage biblique plutôt que du vocabulaire ‘chrétien’ ou théologique (par exemple ‘Dieu est fidèle’ plutôt que ‘Dieu est immuable’).

    N’essayez pas de généraliser ou de parler pour tous ‚Äì même dans votre propre tradition. Et ne demandez pas à votre interlocuteur de parler au nom des autres.

    Lorsque vous êtes interrogé, parlez de vos propres pratiques et de vos croyances spécifiques. »

    Parlez de ce que vous connaissez

    Paulus Hartono : « Dieu est la vérité, ainsi nous témoignons de la vérité. Dieu est amour, nous pouvons donc témoigner de son amour en termes réels. Dieu est paix, nous apportons donc sa paix. Dieu est justice, nous défendons donc la justice dans le monde. Dieu est le créateur de l’univers avec tout ce qu’il contient, nous sommes donc appelés à en prendre soin et à le gérer. »

    Kevin Guenther Trautwein : « Si ma vie amène les autres à se demander : ‘Pourquoi vivez-vous de cette manière ?’ ou ‘Pourquoi avez-vous de l’espoir, de la joie ou de la paix ?’, cela conduit à témoigner. C’est un soulagement (demandant de l’humilité), ce n’est pas à moi de faire changer les autres ‚Äì c’est l’≈ìuvre de Dieu. »

    En tant que professeur, Harry Huebner est fréquemment invité à parler de la foi chrétienne : « Qu’est-ce que l’évangélisation ? Je parle de la puissance de Jésus-Christ crucifié et ressuscité. L’ordre missionnaire n’est pas en plus. C’est cela. »

    Soyez patient

    Kevin Guenther Trautwein : « C’est le rythme de Dieu, la chronologie de Dieu. Dieu est patient avec nous (2 Pierre 3/9) ; nous devons être patients avec les autres. »

    Paul Phinehas : « N’oubliez pas d’avoir une vie fondée sur la prière. »

    Paulus Hartono : « Et soyez reconnaissant. Par la grâce de Dieu en Jésus-Christ, il a fait de nous ses enfants. Ainsi, nous vivons pour témoigner de son amour. »


    Contributeurs

    Les participants suivants au dialogue interconfessionnel ont partagé leur perspective avec la CMM :

    danang kristiawan

    Danang Kristiawan est pasteur à la GITJ Jepara (Gereja Injili di Tanah Jawa), Indonésie. Il dirige tous les ans un camp auquel participent des jeunes chrétiens et musulmans, et organise régulièrement des célébrations avec l’église et les responsables musulmans.

    Harry Huebner

    Harry Huebner est membre de la Charleswood Mennonite Church, Winnipeg, Manitoba (Canada). Il est professeur émérite à l’Université canadienne mennonite et participe au dialogue chiite-mennonite depuis 2007.

    Kevin Guenther Trautwein

    Kevin Guenther Trautwein est pasteur à la Lendrum Mennonite Church, Edmonton, Alberta, (Canada). Il fait partie de la Phoenix Multi-Faith Society for Harmony.

    Paul Phinehas

    Paul Phinehas est directeur de la Gilgal Mission Trust, Pollachi, Tamil Nadu (Inde).

    paulus hartono

    Paulus Hartono est pasteur à la GKMI Solo (Gereja Kristen Muria Indonesia), Central Java (Indonésie). Il est fondateur et directeur de Mennonite Diakonia Service.

     

    L’≈ìuvre patiente du Saint-Esprit dans les relations interreligieuses

    En 1998, après une crise économique suivie d’émeutes qui avaient endommagé une grande partie de la ville de Solo (Indonésie), les responsables locaux ont fondé le Comité Interreligieux (IFC). Il a été demandé à Paulus Hartono de représenter l’union d’églises à l’IFC. Il a géré le programme d’aide humanitaire qui a distribué 7 200 000 kg de riz à 12 000 ménages (60 000 personnes).

    Paulus Hartono : « Ce programme a jeté les bases de la poursuite du programme sur la paix à Solo. »

    L’une des personnes avec lesquelles il a travaillé au sein du comité est Dharma Saputra, qui est bouddhiste. Grâce à leur travail commun, ils ont développé une relation basée sur le respect et l’appréciation des convictions de chacun.

    En 2014, Dharma Saputra a invité Paulus Hartono à lui rendre visite à l’hôpital, alors qu’il vivait ses derniers jours.

    « S’il vous plait, priez pour moi, monsieur. Priez en tant que pasteur et ami et non en tant que chef de l’institution de l’IFC. » demanda Dharma Saputra.

    « Pak Dharma serait-il prêt à prier en la Seigneurie de Jésus en laquelle je crois ? » demanda Paulus Hartono. « Je veux bien », répondit-il doucement.

    À la demande de Dharma Saputra, Paulus Hartono a prié Jésus en tant que Dieu pour le guider et lui pardonner. « C’est la direction du Saint-Esprit qui a ≈ìuvré tout le long de notre action humanitaire et de pacifique depuis plus de 10 ans. »


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2021 de Courier/Correo/Courrier.

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  • Perspectives: Allemagne


    Le travail interreligieux à Berlin

    Ceux qui pratiquent d’autres religions [que la nôtre] sont souvent considérés comme ‘différents’ ; mais lorsque l’on vit à Berlin (Allemagne), cela ne sonne pas juste. Bien sûr, ‘leur’ vie ‘nous’ semble un peu étrange : ils se rassemblent autour d’histoires différentes, de chants différents et souvent un autre jour que le dimanche, notre jour de culte. Pourtant, vivant dans cette ville – comme dans de nombreux endroits dans le monde – ces ‘étrangers’ sont trop proches, les rencontres et les relations malgré ces différences, sont trop quotidiennes pour que cette étrangeté persiste.

    Ce n’est pas toujours facile. Notre vieux quartier de Neukoelln constitue un microcosme de cette convivialité avec toute son ambiguïté.

    Passé et présent

    On peut constater cette ambiguïté lorsqu’on se promène autour de notre pâté de maisons. On passe devant des magasins et des restaurants gérés par des migrants qui survivent toujours malgré la gentrification en cours, et devant des cafés et des bars luxueux désireux de les supplanter. On retrouve cette ambiguïté lorsque l’on passe devant une mosquée impressionnante et un temple hindou aux couleurs vives, ou devant une ancienne synagogue, un sombre rappel des juifs qui vivaient autrefois dans cette ville.

    Dans ce lieu, l’espoir de vivre ensemble maintenant est hanté par la souffrance du passé, qui n’est jamais vraiment passée. Sur la façade de nombreuses maisons de Berlin, se trouvent des Stolpersteine : des plaques métalliques commémoratives qui signalent que ses habitants ont été assassinés par le régime nazi.

    Ê côté du temple hindou, on trouve le Neue Welt, un lieu de rassemblement autrefois fréquenté par des ouvriers qui s’y retrouvaient pour organiser la résistance à la Première Guerre Mondiale.

    Le bâtiment principal de la mosquée Şehitlik est récent, mais la présence musulmane est antérieure à l’État allemand. La mosquée fait encore régulièrement l’objet d’attaques xénophobes. Elle a été bâtie tout près de l’aéroport de Tempelhof, construit par le régime National-Socialiste, qui est devenu un lieu de réconfort pour un Berlin-Ouest isolé pendant la guerre froide. C’est maintenant un grand espace vert où les gens font voler des cerfs-volants, cultivent des légumes ou jouent au football. Des réfugiés vivent dans l’ancien terminal.

    C’est une ville à la fois ancienne et nouvelle, vibrante d’espoir et perpétuellement en deuil. Ici, tout me rappelle que les frontières érigées et les histoires racontées pour séparer ‘notre’ groupe du ‘leur’, ceux qui font partie de [notre groupe] de ceux qui n’en font pas partie, peuvent avoir des conséquences mortelles.

    Une vie nouvelle à partir d’une histoire tragique

    Pendant des années, c’est là que le Centre mennonite pour la Paix de Berlin a fait son travail, guidé simplement par la question du sens que pourrait avoir le Royaume de Dieu dans un tel endroit. Très tôt, il est devenu évident qu’il fallait créer des espaces de rencontre et d’amitié interreligieuses. Et en faisant connaissance de militants, de responsables religieux et de travailleurs sociaux, nous nous sommes émerveillés de la nouveauté imprévue d’une vie qui ne cesse d’émerger de notre travail commun au sein de l’histoire tragique de cette ville.

    Lorsque nous travaillons pour la paix, nous le faisons toujours dans le contexte de ce qui précède. Il n’y a jamais de vrai nouveau départ. L’ ‘autre’ (religieux) ne peut jamais être abordé simplement comme ‘autre’ sans avoir conscience de la confusion historique des emprunts, de la solidarité et de la violence de notre histoire commune.

    On croit souvent que soit toutes (ou presque toutes) les convictions religieuses sont semblables, ou qu’elles sont complètement différentes. Cependant, aucune de ces deux approches ne tient compte de la confusion et de l’ambiguïté historiques et contemporaines de la vie réelle.

    Écouter et témoigner

    Dans notre groupe de dialogue entre chrétiens et musulmans à Neukoelln, nous avons pris l’habitude d’écouter et de témoigner, permettant au témoignage de l’autre de nous interpeller quant à notre propre foi.

    Ce faisant, nous avons rapidement constaté que nos chemins étaient loin d’avoir les mêmes fondements. Il y a trop de différences : nos histoires, nos traditions et nos rencontres avec Dieu sont trop particulières, trop individuelles.

    Pourtant, cette particularité n’a pas freiné nos conversations, elle les a rendues plus vivantes. Mon appréciation personnelle pour la Trinité et l’Incarnation – mais aussi ma fascination pour le rabbin Jésus et son chemin de paix – se sont approfondies, elles ont été remises en question par le témoignage de mes amis musulmans.

    Mais alors que nous mangions ensemble et parlions de notre foi, de notre vie et de nos communautés, la conviction d’une nette différence a commencé à vaciller. Nous avons réalisé que ni les chrétiens ni les musulmans ne formaient un groupe homogène : nous sommes souvent en désaccord plus profond avec nos ‘semblables’ qu’avec les ‘autres’.

    Entre nous, des liens se sont créés ; on ne peut pas vraiment dire que c’est un accord ou que nous avons beaucoup de choses en commun, mais c’est plus qu’un simple respect dans la différence : une relation, une communauté. Peut-être que ce que nous vivons n’est pas si loin de cet étrange Royaume composé d’étrangers et d’invités inattendus (Luc 14/15-24) auquel Jésus de Nazareth nous appelle.

    Marius van Hoogstraten—Marius van Hoogstraten est pasteur de la paroisse mennonite de Hambourg. Il a travaillé avec le Centre Mennonite pour la Paix de Berlin de 2011 à 2016.
    Pour en savoir plus :
    www.menno-friedenszentrum.de


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