Réseau : Courier

  • La colonne du président


    Alors qu’il guidait un voyage d’étude qu’il avait organisé dans son Égypte natale pour le Séminaire anabaptiste mennonite (AMBS), le professeur Safwat Marzuk s’est arrêté devant la plus ancienne inscription mentionnant Israël. Sur cette stèle datant de 1 200 avant J.C., le pharaon Merneptah se glorifie de ses conquêtes impériales : « Israël n’existe plus », s’est-il vanté après avoir attaqué Canaan.

    Merneptah avait tort.

    Dans ce petit pays, Israël, Dieu enverra un Messie pour sauver le monde.

    Dieu avait promis à Abraham et à Sara que, par leurs descendants, ‘toutes les familles de la terre seraient bénies’ (Genèse 12/3). Dieu cherche à bénir, pas à manipuler ou à contraindre.

    C’était tentant pour l’ancien Israël de chercher à obtenir le pouvoir avec un roi comme les autres nations, mais cela s’est soldé par une catastrophe.

    C’est tentant pour les anabaptistes aujourd’hui de rechercher le pouvoir politique. Mais nous suivons Jésus, qui a renoncé aux privilèges du pouvoir pour s’humilier et servir. Même s’il ne faut jamais utiliser l’exemple de soumission de Jésus pour nier les droits des opprimés, nous ne devons pas nous servir du pouvoir pour dominer.

    Dans ce monde multi-religieux, les anabaptistes, à juste titre, portent témoignage à partir d’une position de faiblesse politique. D’autres mouvements de réforme du XVIe siècle en Europe ont essayé des approches ‘descendantes’ pour changer la société, persuadant par la force si nécessaire.

    Suivant l’exemple de Jésus, la plupart des anabaptistes ont rejeté une telle utilisation du pouvoir. Au lieu de cela, ils ont rendu témoignage ‘en marge’ par des relations bienveillantes.

    Les anabaptistes d’aujourd’hui devraient rejeter la ‘théologie du dominionisme’ qui tente de faire avancer l’Évangile en plaçant des chrétiens dans des positions de pouvoir social et politique. Ceux qui avaient ce genre d’idées ont brûlé les anabaptistes sur le bûcher. Le nationalisme chrétien a entraîné la mort de millions d’autochtones dans les Amériques.

    Alors que les chrétiens peuvent certainement jouer de nombreux rôles dans la société, nous ne devrions pas plus désirer un gouvernement ‘chrétien’ qu’un gouvernement basé sur une autre religion.

    Le pharaon Merneptah n’aurait pu imaginer à quel point l’impuissant Israël changerait le monde. Nous ne savons pas non plus ce que peut accomplir un service humble, l’amour de l’ennemi et un accueil chaleureux.

    —J. Nelson Kraybill est président de la CMM. Il vit en Indiana (États-Unis).


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2021 de Courier/Correo/Courrier.

    S’abonner à Courrier version papier ou numérique
  • Le monde anabaptiste a énormément changé depuis la première Assemblée organisée par la Conférence Mennonite Mondiale (CMM) en 1925. Notre famille mondiale a été témoin d’une transformation numérique sur les plans ethniques, géographiques et linguistiques. 

    Notre diversité culturelle actuelle est fantastique. Dans les premières années de la CMM, la langue dominante était l’allemand et les assemblées mondiales se tenaient en Europe et en Amérique du Nord. Maintenant nous essayons de produire tout notre matériel dans les trois langues officielles de la CMM : espagnol, anglais et français. Nous avons de nombreux documents dans d’autres langues et nos assemblées tournent sur les cinq continents. 

    Cette même croissance mondiale s’est produite dans des contextes autres que l’anabaptisme. La rencontre avec des croyants d’autres religions a été tout à la fois inévitable et merveilleuse. Notre conviction fondamentale, que Jésus-Christ, Seigneur et Dieu, est le paradigme normatif pour l’être humain et le chemin vers le Père, nous a conduit à nous demander comment interagir avec les croyants des autres religions. 

    Malheureusement, l’Église chrétienne n’a pas toujours laissé un souvenir très positif de ses rapports avec les religions dans le monde. La violence, l’oppression, le colonialisme et les abus religieux sont bien connus. Avons-nous (les anabaptistes) quelque chose à offrir dans le domaine des relations avec les autres religions ? 

    Dans ce numéro de Courrier, nous partageons un peu de ce que notre communauté mondiale a apprises dans son interaction avec les religions du monde. Ces témoignages affirment la nécessité de présenter Jésus-Christ depuis notre perspective, en tant que témoins de ce qu’il est et fait dans nos vies. Voici ce qui caractérise, entre autres, ce témoignage : 

    1. Il est proposé en communauté et en interdépendance 

    Un témoignage qui donne des exemples concrets de pardon, de réconciliation, d’amour et de coopération a un impact énorme lors de nos rapports avec d’autres religions. Alors que les différences culturelles, politiques, économiques et de genre divisent, la foi en Christ rend possible une nouvelle humanité.

    2. Il est proposé en considérant l’être humain dans son intégralité 

    Notre rencontre avec le Christ nous transforme complètement. C’est pourquoi notre témoignage comprend le développement communautaire, la résolution des conflits, l’implantation d’églises, la justice réparatrice, l’éducation, l’accompagnement et la santé, entre autres. En la personne de Jésus, Dieu s’intéresse à l’être humain dans son intégralité, et nous témoignons de cette réalité.

    3. Il est proposé à partir d’une position inclusive 

    Un témoignage qui privilégie une race ou une sphère sociale par rapport à une autre n’est pas cohérent avec la personne de Jésus. Notre témoignage de l’amour du Christ nous conduit à valoriser toutes les cultures, en évitant les modèles de domination sociale. Chaque être humain est invité à se joindre à nous à la table de communion et à vivre une relation avec Dieu. 

    4. Il est proposé à partir d’une position de vulnérabilité 

    Notre témoignage n’est pas présenté à partir d’une position arrogante ou supérieure. Nous savons par expérience que Dieu se soucie d’une manière particulière de ceux qui ont le plus besoin de Lui et sont parfois exclus de la société. Nous rejoignons Dieu sur ce chemin. 

    En tant que témoins, notre rôle n’est pas de convaincre l’autre. Dans notre rapport avec les religions du monde, nous sommes appelés à nous associer à ce que Dieu fait déjà dans ces contextes et, avec humilité, à partager ce que Dieu fait pour nous en la personne de Jésus. 

    Cependant, ces rencontres n’ont pas toujours été cohérentes avec notre foi. Nous reconnaissons que nous avons souvent commis des erreurs qui ont blessé les autres et ont nui à notre témoignage. 

    Nous prions pour que ce numéro de Courrier nous encourage et nous incite à être des témoins fidèles. Que l’Esprit de Dieu nous guide pour continuer à découvrir dans la pratique les implications de la suivance de Jésus dans le contexte multi-religieux dans lequel nous nous trouvons ! 

    —César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario, Canada.


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2021 de Courier/Correo/Courrier.
  • L’histoire de l’Église Frères en Christ du Népal (BIC)

    Premières initiatives missionnaires

    L’Église des Frères en Christ du Népal (BIC) a été fondée par des missionnaires de l’Église des Frères en Christ de Bihar (Inde), qui elle-même avait été implantée en 1914 par des missionnaires des États-Unis et du Canada (de la mission mondiale BIC).

    Pendant plus de trois décennies, jusqu’aux environs de 1950, ces missionnaires d’Amérique du Nord n’ont pas vraiment réussi à implanter des églises. Mais ils ont découvert que le travail missionnaire parmi les Santals du sud du Bihar portait des fruits. Ils ont donc désigné un missionnaire natif, originaire du sud du Bihar, pour travailler parmi les Santals du nord du Bihar. La réponse fut encourageante, et très vite, des paroisses ont commencé à se développer parmi les Santals.

    Plus tard, les missionnaires nord-américains ont rencontré un autre peuple tribal réceptif connu sous le nom d’Urawn, sur qui ils ont focalisé leur travail. De nombreuses personnes ont accepté Jésus comme leur Sauveur. Il est important de remarquer que c’est dans les quartiers où vivaient les Santals et les Urawns que des assemblées ont commencé à se développer : les croyants locaux étaient très désireux de toucher d’autres membres de leur propre tribu partout où cela leur était possible.

    Un missionnaire australien travaillant à la frontière du Népal informa alors les missionnaires BIC du Bihar qu’il y avait des Santals au Népal ; très heureux, ils décidèrent d’aller les voir. Ainsi, accompagnés par ce missionnaire australien, des missionnaires indigènes indiens BIC du Bihar rendirent visite aux Santals du Népal pour la première fois. Lorsqu’ils constatèrent l’ardeur que manifestaient ces derniers pour accepter Jésus-Christ comme leur Sauveur, les missionnaires commencèrent à leur rendre visite régulièrement.

    C’est en 1959 et 1962 qu’eurent lieu les première et deuxième vagues de baptêmes, alors que le Népal était constitutionnellement un pays hindou. Cela signifie qu’il était illégal de prêcher l’Évangile, et que la conversion au christianisme était passible de trois à cinq ans d’emprisonnement. Les disciples du Christ ont dû faire face à la persécution du gouvernement et de la communauté locale.

    Mrs Netra Neupane
    Mme Netra Neupane

    Bien que le nombre de personnes affectées par la COVID-19 soit en augmentation, c’est du confinement que la population du Népal a le plus souffert. Les gens ont perdu leur emploi et manquent de nourriture. Cependant, dans cette situation critique, les chrétiens apprennent à compter sur Dieu en toutes choses.

    Pendant le confinement, la plupart des croyants ont beaucoup prié pour connaître la volonté de Dieu pour leur vie. Beaucoup ont formé des groupes et des chaînes de prière hebdomadaires ou mensuelles, et certains ont pratiqué le jeûne.

    Ils ont appris à être reconnaissants envers Dieu même en période de difficultés. Ils ont rassemblé tout ce qu’ils avaient et l’ont partagé selon les besoins de chacun.

    Mme Netra Neupane, membre d’une église BIC, tient un restaurant dans une maison louée. Pendant le confinement, il lui a été très difficile de survivre et de payer le loyer, car le restaurant a dû fermer. Malgré ses difficultés, lorsqu’elle a vu des personnes affamées allongées à même le sol dans la gare routière, elle a partagé avec eux le riz qu’elle-même avait reçu.

    Lorsque l’église BIC locale a apporté une aide à sa famille, elle l’a redistribuée aux personnes plus démunies et fragiles que sa propre famille.

    « J’apprends à partager et à prendre soin des autres avec joie, même en période de difficultés comme pendant la pandémie de coronavirus et le confinement », dit-elle.

    « Cela me donne non seulement de la satisfaction, mais aussi la joie d’être au service des démunis comme Jésus l’a enseigné à ses disciples. »

    Formation de la Société des Frères pour le Bien-Être communautaire

    Au début, la plupart des premiers chrétiens furent exclus de leur communauté. Malgré tout, les chrétiens népalais ont continué à répandre secrètement l’évangile et le nombre de chrétiens a augmenté. Ainsi, des cultes réguliers ont commencé au début des années 1980, et des églises BIC Népal se sont officiellement constituées en 1994. Elles ont continué à se développer sous l’égide du conseil de l’Église BIC du Bihar jusqu’en 2004 puis celle-ci est devenue une union d’églises.

    Comme il n’était pas possible de s’inscrire en tant qu’église, l’Église BIC du Népal a décidé de mettre en place une branche sociale pour aider la communauté à partager l’amour de Dieu en action. Une fondation sociale Brethren in Community Welfare Society – BICWS (Société des Frères pour le Bien-être communautaire) a été créée et enregistrée auprès du gouvernement local. Après deux ans d’existence en temps qu’union d’églises, l’Église BIC du Népal est devenue membre associé de la CMM en 2006 à Pasadena (États-Unis). Puis, en 2009, elle est devenue membre à part entière de la CMM.

    L’Église BIC du Népal – en partenariat avec la BICWM et la coordination de l’Église BIC du Bihar – a continué à grandir malgré des obstacles. Il y a maintenant 34 paroisses, dont 12 églises de maison, comptant en tout 912 croyants baptisés.

    L’Église BIC du Népal continue d’entretenir des relations étroites avec l’Église BIC du Bihar et elle est membre associé de Mennonite Christian Service Fellowship of India (MCSFI).

    L’Église BIC du Népal est associée à la Société chrétienne locale, la Société chrétienne provinciale et la Société chrétienne du Népal (NCS) ainsi qu’à la National Churches Fellowship of Nepal – NCFN (Communion des églises du Népal).

     

    Principaux objectifs du ministère

    Parallèlement à de nombreuses autres activités, l’Église BIC du Népal s’est concentrée sur cinq domaines principaux : l’implantation d’églises, le développement du leadership, le développement communautaire, l’éducation des enfants et le service d’entraide.

    Implantation d’églises

    L’évangélisation et l’implantation d’églises étant l’une des priorités de l’Église BIC du Népal, elle s’est tournée vers les personnes qui ne connaissaient pas le Christ. Elle est petite et son nombre n’augmente pas rapidement. Cependant, en dépit de la persécution et d’autres difficultés, de nouveaux croyants se sont joints à l’Église et des groupes de maison sont formés presque chaque année.

    Au début, les missionnaires BIC d’Inde ont travaillé surtout parmi les communautés Santals et Urawn du sud-est du Népal. Maintenant, les églises BIC sont implantées parmi 11 peuples différents (dont les Santals et les Urawns) dans sept districts de deux provinces du Népal. Les croyants viennent de Rajbanshi, Rishedev, Tharu, Rai, Limbu, Magar, Newar, Tamang (Lama), et on y trouve des groupes de Madheshi et des hindous de haute caste.

    Développement du leadership

    L’Église BIC organise une formation régulière de courte durée sur le leadership pour les laïcs, au moins deux fois par an. Depuis 1990, en coordination avec Allahabad Bible Seminary, Uttar Pradesh (Inde), l’Église BIC du Népal a développé un cours préparant à un diplôme en théologie (Bachelor of Theology) en népalais. Ce cours se déroule dans le cadre d’un programme de vulgarisation car il vise à offrir une formation aux responsables d’églises de langue népalaise qui ne peuvent pas en avoir dans les écoles ou les collèges bibliques. Ce cours est également ouvert aux responsables d’autres églises évangéliques.

    Développement communautaire

    Être au service des plus démunis et des opprimés fait partie de la mission de l’Église BIC du Népal depuis son enregistrement auprès du gouvernement local sous le nom de Brethren in Community Welfare Society (BICWS). Nous sommes au service de ceux qui ont besoin d’aide et de libération, comme nous le lisons dans Luc 4/18 et Romains 12/13.

    D’abord pendant six ans, en partenariat avec la United Mission to Nepal (UMN), la BICWS a aidé les femmes d’une communauté cible à devenir autonomes, avec des groupes d’entraide, de la culture maraîchère et un potager.

    Ces 10 dernières années, en partenariat avec le MCC Népal et le gouvernement local, la BICWS s’est engagée dans le développement communautaire avec des projets de sécurité alimentaire, des programmes de formation professionnelle et d’éducation rurale dans la communauté cible de la municipalité rurale de Jahada dans l’est du Népal.

     

    Service humanitaire

    Toujours en partenariat avec le MCC Népal et le gouvernement local, la BICWS apporte des secours lors de catastrophes naturelles. Presque chaque année, la Société est intervenue face à la sécheresse, aux incendies, aux inondations et aux dég√¢ts provoqués par la foudre. En 2015, elle a apporté son aide lors d’un tremblement de terre, bien qu’il ait eu lieu dans des zones limitées.

    Avec le soutien de la CMM, par le Fond de Partage de l’Église Mondiale, nous avons aidé les paroisses à reconstruire leurs b√¢timents endommagés par l’inondation. Lorsque c’est nécessaire, l’Église BIC s’associe également aux autres assemblées locales et à la Société chrétienne provinciale pour apporter une entraide humanitaire dans les situations de crise.

    Cette année même, pendant le confinement en raison de la pandémie de la COVID-19, l’Église BIC du Népal s’est jointe à la Société chrétienne provinciale pour distribuer de la nourriture et répondre à d’autres besoins pour venir en aide à ceux qui se trouvent dans un centre de quarantaine à la frontière de l’est du Népal.

    Éducation des enfants

    La plupart des assemblées BIC du Népal sont établies dans des zones rurales reculées dont les habitants sont majoritairement peu instruits et démunis. Lorsqu’ils se convertissent, nous essayons de les aider à grandir dans leur vie spirituelle et pour la scolarisation des enfants.

    Nous avons deux programmes différents afin de garantir à tous les enfants de l’église BIC du Népal la possibilité de recevoir un enseignement scolaire et religieux.

    En partenariat avec la BIC World Mission USA, nous gérons le projet : Sponsorship Program for International Children’s Education (SPICE), des foyers d’accueil pour les enfants des zones rurales qui peuvent venir vivre ensemble et ainsi fréquenter les écoles publiques voisines.

    En partenariat avec la BIC World Mission Canada, Provide Essential Assistance for Children’s Education (PEACE) – à proximité des écoles publiques – est une autre action de l’Église BIC qui accueille les enfants tous les jours avant et après la classe pour leur assurer des repas et les accompagner dans leurs études.

    Questions théologiques

    Bien que les croyants soient issus de milieux culturels différents, il n’y a pas de conflits théologiques majeurs, et l’Église BIC est la seule qui soit anabaptiste. Les églises charismatiques pentecôtistes, presbytériennes et luthériennes de la région ont généralement une foi et un enseignement évangéliques équilibrés. La plupart des églises du Népal reconnaissent leurs différences, s’acceptent mutuellement, et vivent en harmonie communautaire.

    Difficultés et opportunités

    Dans le contexte actuel du Népal, nous avons à la fois des difficultés et des opportunités :

    Les difficultés

    La persécution du gouvernement et des fondamentalistes religieux sont nos principaux problèmes. Bien que le Népal ait été déclaré pays laïc en vertu de sa constitution (promulguée le 20 septembre 2015) qui prévoit la liberté de pratiquer sa religion, elle nie toujours le droit d’amener une personne à la conversion. Le christianisme est une religion mineure, par conséquent, les disciples de Jésus sont souvent la cible de fondamentalistes religieux, qui accusent à tort les chrétiens de soudoyer les gens pour les amener à se convertir. Plusieurs responsables chrétiens d’autres églises sont en prison ou font face à des poursuites judiciaires. Les responsables des BIC sont conscients de ce risque.

    Les catastrophes naturelles constituent un autre problème important, car le Népal est sujet aux tremblements de terre, aux glissements de terrain, aux inondations, aux orages, aux avalanches, aux incendies, à la sécheresse et aux épidémies. Presque chaque année, des centaines de personnes meurent, et des milliers d’autres sont gravement touchées par ces catastrophes.

    En 2015, un tremblement de terre a fait plus de 10 000 morts et 500 000 maisons ont été endommagées. Ceux que ces catastrophes dévastatrices avaient atteint essayaient lentement de se remettre. Mais est arrivée la pandémie de la COVID-19 et les vies sont à nouveau a bouleversées. Actuellement, 51 919 personnes sont infectées, 322 sont décédées et 36 672 se sont rétablies. Le confinement a davantage affecté la population, en particulier les salariés journaliers, que la maladie elle-même.

    La pauvreté et l’augmentation du taux de chômage des jeunes sont un autre problème qui entraîne la diminution de la participation des jeunes à la vie de la paroisse. Les jeunes sont attirés par les plaisirs du monde et ils essaient de rivaliser avec les autres pour gagner plus, plutôt que de désirer grandir spirituellement et obéir à Dieu.

    Lorsque le Népal est devenu un pays laïc, c’était une joie pour les chrétiens de prier et de pratiquer leur foi plus ouvertement. Les responsables chrétiens s’engagent pour défendre les droits humains fondamentaux et font entendre leur voix pour la liberté religieuse. Mais cette liberté religieuse a aussi permis à des sectes de venir au Népal. Elles se rendent principalement dans les foyers chrétiens et tentent de convaincre les chrétiens d’accepter leur enseignement, qui est en contradiction avec notre foi biblique et évangélique.

    Opportunités

    Ces difficultés ont aussi des conséquences positives.

    La persécution a uni et créé des liens étroits avec les chrétiens malgré leurs différences doctrinales et confessionnelles. Elle ouvre de nouvelles voies pour être en contact, partager des préoccupations communes et se soutenir mutuellement de toutes les manières possibles. Ceux qui sont forts dans la foi essaient d’aider les autres à s’enhardir, et les encouragent à faire confiance à Dieu, à passer du temps dans la prière et à vivre en communion plus étroite avec d’autres chrétiens. Ils sont motivés pour organiser des chaînes de prière et de jeûne, et pour dépendre de Dieu plutôt que des autres ou des choses matérielles. Ceci entraîne un sentiment de solidarité et d’unité comme on le voit dans le livre des Actes. Pendant les difficultés, les croyants font l’expérience de la gr√¢ce de Dieu et apprennent à se soutenir mutuellement. Ils apprennent à ne compter que sur Dieu et sur sa puissance, plutôt que sur la puissance humaine. En vivant dans l’unité, ils apprennent à coopérer et à essayer de résoudre leurs problèmes ensemble.

    Dans les moments difficiles, comme la pandémie, les gens sont plus ouverts à l’Évangile. Ils sont prêts à accepter Jésus comme leur Sauveur surtout quand ils sont malades, manquent du nécessaire et font face à des pressions politiques.

    ‚ÄîEnvoyé par Hanna Soren au nom de l’église BIC du Népal.

    Membre de la CMM: Église BIC du Nepal/Brethren in Community Welfare Society
    Membres baptisés 1 076
    Assemblées locales 22

    Source : Statistiques mondiales – Annuaire 2018

     

  • La colonne du président

    « Une foule immense de toutes nations, tribus, peuples et langues » adore Dieu devant son trône (Apocalypse 7). Cette vision est une bonne description de la Conférence Mennonite Mondiale. Mais elle s’inscrit dans un contexte de catastrophe, qui est devenu trop familier aujourd’hui. Incapables de sauver le monde, les saints crient : « Le salut appartient à Dieu … et à l’Agneau ! »

    Ces dernières années, différentes régions du monde ont connu bien des catastrophes : Ebola, ouragans, guerre civile, persécution religieuse… Et maintenant, la création gémit à cause de la COVID-19. Nous annulons nos réunions, nous portons des masques, nous nous rencontrons par Zoom – et nous prions. Dans Apocalypse 8, les anges apportent à Dieu les prières des saints pris dans la tourmente. Et nos prières aussi !

    La COVID-19 nous rappellera-t-elle que nous avons besoin de Dieu ?

    • Les plaies d’Égypte ont adouci tardivement le cœur de Pharaon.
    • Amos (chapitre 4) déplore que la série de fléaux n’ait pas conduit Israël à Dieu.
    • Jean dans Apocalypse 9/20 et 21 s’attendait à ce que les fléaux mondiaux tournent l’humanité vers Dieu, mais ils ne l’ont pas fait.

    Le coronavirus peut éveiller notre besoin les uns des autres et notre soif de justice. Les pauvres souffrent de manière disproportionnée de la pandémie en raison de la baisse de leurs ressources financières et de leurs besoins médicaux. Le moment est venu pour les anabaptistes de partager avec les sœurs et les frères dans le besoin.

    Dans l’ancienne Corinthe, lors de la communion, les membres de l’assemblée qui avaient de bons revenus se rassasiaient tandis que les membres pauvres (arrivant tard ?) restaient sur leur faim. Certains même devinrent ‘faibles et malades’ et moururent. Les plus riches se sont condamnés eux-mêmes en agissant ‘sans discerner le corps’ (1 Corinthiens 11).

    Une prophétie de l’Ancien Testament souvent citée déclare que l’Esprit de Dieu a amené le terrible fléau de l’invasion des sauterelles pour apporter le salut. Joël dit que la plaie culminera lorsque Dieu répandra l’Esprit : « Vos fils et vos filles prophétiseront. [Les personnes âgées] auront des songes, [les jeunes] auront des visions » (Joël 2).

    Que l’Esprit de Dieu, qui renouvelle constamment l’Église, souffle à nouveau comme un vent frais sur la CMM touchée par la COVID-19 !

    —J. Nelson Kraybill est président de la CMM. Il vit en Indiana (États-Unis).


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2020 de Courier/Correo/Courrier.

    S’abonner à Courrier version papier ou numérique

     

  • « Alors que nous avançons dans notre relation avec Jésus, sa paix se répand en nous et dans nos relations avec les autres. C’est l’amour qui en est la base. » dit la jeune AnaBaptiste, Lilia Aranguren, membre d’Iglesia Menonita Venga tu Reino, Villas de Granada, Bogotá, (Colombie).

    Elle a participé au rassemblement de la Semaine de la Fraternité mondiale des YABs le 19 juin 2020.

    Qui sont les YABs ?

    Les ‘Jeunes Anabaptistes’ (YABs) sont tous les jeunes des églises membres de la CMM, des adolescents aux jeunes adultes jusqu’à 35 ans.

    Bien que nous ayons différents visages, cultures, langues et manières de pratiquer notre foi anabaptiste, tous les jeunes de la famille anabaptiste mondiale font partie des YABs. Nous avons tellement de choses à partager !

    Tout comme les commissions et les autres groupes de la CMM, les YABs ont aussi un comité, le Comité des YABs. Ce comité représente tous les jeunes devant le Conseil Général de la CMM et travaille avec le Comité Exécutif de la CMM.

    Objectif

    Sur la base de notre identité anabaptiste, et par le réseautage mondial et local, nous, les jeunes, avançons ensemble, nous nous encourageons et nous nous soutenons mutuellement dans la fraternité, les prises de décision et les actions en faveur de la paix.

    Centres d’intérêt

    1. Créer une infrastructure de réseautage parmi les jeunes, à la fois face à face et en ligne
    2. Encourager la fraternité et des relations plus étroites parmi des jeunes et avec d’autres groupes dans les paroisses, au niveau local et mondial
    3. Renforcer les capacités des jeunes
    4. Offrir aux jeunes un espace où ils puissent influencer la prise de décision dans l’église
    5. Promouvoir le travail pour la paix et l’identité anabaptiste parmi les jeunes
    6. Créer un système qui permette la continuité pour le prochain comité des YABs, en maintenant un lien avec les jeunes de nos continents respectifs
    7. Sensibiliser à l’importance de se connecter avec l’Église mondiale, et de comprendre l’identité anabaptiste
    8. Être tous les mois en contact avec chaque représentant via nos plateformes de médias sociaux

    Le Comité des YABs

    YABs

    Le Comité des YABs est constitué de représentants de chaque continent et d’un mentor.

    Comité actuel :

    • Makadunyiswe Doublejoy Ngulube (Zimbabwe) pour l’Afrique
    • Ebenezer Mondez (Philippines) pour l’Asie et le Pacifique
    • Jantine Brouwer-Huisman (Pays-Bas) pour l’Europe
    • Oscar Suárez (Colombie) pour l’Amérique Latine
    • Larissa Swartz (États-Unis) pour l’Amérique du Nord
    • Notre mentor est Tigist Tesfaye (Éthiopie).

    Ces représentants font connaître les besoins des jeunes de leur continent au Comité des YABs, puis discutent ensemble des différents projets et des thèmes concernant les jeunes anabaptistes. Le rôle du mentor est de superviser le travail du Comité des YABs.

    Ce comité change tous les six ans après le Sommet mondial de la Jeunesse (GYS).

    Le GYS

    Le prochain Sommet Mondial de la Jeunesse (GYS) aura lieu du 2 au 5 juillet 2021 à Salatiga, Indonésie. Son thème est : ‘Vivre dans l’Esprit : Apprendre. Servir. Louer.’

    « Le GYS nous donne l’occasion d’ouvrir les yeux pour réaliser que, dans chacun des pays de la carte du monde, il y a des frères et sœurs en Christ qui vivent dans des contextes extrêmement variés d’un point de vue social, économique ou politique. Ces contextes présentent chacun des difficultés particulières et Dieu y répond donc de manière particulière, » dit Karina Bogarin, membre de Maranata de los Hermanos Menonitas, (Paraguay). Elle était déléguée de la Convencion Evangelica de Iglesias Paraguayas Hermanos Menonitas en 2015.

    Informations supplémentaires : mwc-cmm.org/fr/yabs/gys

     

  • Une solidarité nouvelle, des moyens différents

    Notre communauté mennonite de Pfastatt se situe à 5 minutes d’une megachurch qui a été l’un des plus importants foyers d’épidémie de COVID-19, lors d’une semaine de jeûne et prière dans leurs locaux. Ils furent pendant longtemps injustement accusés d’avoir provoqué la plus importante propagation du virus en France. La méfiance des autorités vis-à-vis des églises évangéliques subsiste encore.

    Une situation inédite

    Nous avons, comme tout le monde, été surpris et décontenancés par l’ordonnance de confinement du gouvernement. C’était une situation inédite et nous n’avions aucun repère.

    La nécessité de garder le lien fraternel s’est posée tout de suite, surtout pour les quelques personnes isolées qui n’étaient pas connectées à internet. Il fallait trouver des moyens nouveaux pour soutenir et nourrir spirituellement les membres de la communauté.

    En tant que pasteur, je devais apprendre à prendre soin des gens, leur apporter un enseignement par téléphone ou Internet. Ceci d’autant plus que je suivais des jeunes converties depuis peu, et il m’a fallu attendre le déconfinement pour les rencontrer et mieux les connaître.

    Afin d’être disponible et efficace à chaque instant, le Collège (les anciens et diacres de l’assemblée) se réunissait toutes les semaines par vidéoconférence. On s’organisait pour prendre régulièrement des nouvelles de tous, en se répartissant les contacts, pour offrir des méditations bibliques chaque semaine par courriel et courrier postal, pour encourager et nourrir chacun. Certaines personnes ont souffert d’angoisse, de dépression, d’autres allaient plutôt bien durant ce temps, mais les sentiments de mal-être étaient étranges et jusque-là inconnus.

    « Nous n’avions jamais autant prié avant cela »

    Une chaîne de prière fut mise en place sur WhatsApp par une personne de l’église, et montra sa pleine efficacité. Des membres m’ont dit : « nous n’avions jamais autant prié, et pour tellement de gens, avant cela ! »

    Un autre groupe WhatsApp Parents-Enfants fut créé, afin d’aider les familles dans la scolarité de leurs enfants, avec la vie quotidienne en confinement, pour suggérer les idées pour l’enseignement biblique et l’animation. Beaucoup en ont profité.

    Une semaine de jeune et prière a été maintenue malgré la situation, par le billet de canevas quotidiens distribués par courriel, et plusieurs communiquaient leur vécu par le groupe Chaîne de prières. Ensemble nous avons pu suivre de près l’évolution de la santé d’une des personnes âgées de notre assemblée, atteinte gravement du Coronavirus, et constaté comment les évènements ont été conduits afin qu’on la voie revenir parmi les siens, et retrouver la santé.

    La douleur du deuil

    Durant ce temps, j’ai présidé à deux enterrements pour des personnes décédées du COVID. Le nombre de personnes autorisées à y assister était limité à 25 maximum, et le temps de présence à une demi-heure à l’extérieur dans le cimetière. Certains membres de la famille ne purent venir et ce fut difficile, en particulier pour exprimer la douleur du deuil et les émotions.

    Les gens ont appris une solidarité nouvelle, des moyens différents de se soutenir les uns les autres. Les personnes ont été conduites, dans leur solitude, à retrouver une relation personnelle avec Dieu, et aussi à vivre dans le cercle familial un culte, des échanges qu’ils n’avaient plus, et qui leur manquaient beaucoup.

    Au départ, les cultes dominicaux vécus en utilisant Zoom et YouTube étaient une vraie bouffée d’oxygène, voir les visages de nos frères et sœurs rassemblés, entendre leurs voix était un vrai sujet de joie.

    Mais rien ne remplace une vraie rencontre, en « présence réelle ». Même avec toutes les consignes à suivre, les gestes barrière à respecter, se retrouver à nouveau dans notre chapelle, s’entendre chanter et louer ensemble, se saluer, est devenu un vrai luxe. Ceci dit, il n’est pas encore facile pour tout le monde de revenir au culte ; c’est un nouveau défi pour les responsables ; les habitudes, le format, l’enseignement pour les enfants, tout ceci nécessite des inventions nouvelles.

    Notre assurance est que notre Dieu Lui, n’est jamais pris au dépourvu, et que la venue de son Royaume n’a jamais autant été d’actualité.

    Philippe Figuière est pasteur, membre du Collège de l’Église Évangélique Mennonite de Pfastatt (Haut-Rhin, France).

    Touché par le témoignage

    Notre assemblée locale (Birkenhof) se trouve à une trentaine de km de Mulhouse (France), et nous avons eu quatre décès dus au COVID-19 avant août. Trois personnes avaient entre 75 et 80 ans et une 86 ans. Les enterrements se sont passés en plein air devant le cimetière ou au cimetière même, en cercle restreint.

    Accompagner les familles en deuil dans de telles circonstances est vraiment particulier. L’absence des membres de la famille élargie, de l’assemblée, des amis, des voisins, et une cérémonie en format réduit sont vécues douloureusement par les personnes frappées par l’épreuve. Il ne leur est pas possible de vivre le deuil dans des conditions normales. La séparation est donc d’autant plus difficile.

    Prendre des nouvelles, donner des coups de fil, envoyer des messages, exprimer l’affection et le soutien aux personnes endeuillés est très important.

    Ê deux reprises, les services d’enterrement ont pu être filmés puis mis à disposition de ceux qui n’ont pas pu y assister. Nous sommes étonnés du nombre de vues que l’une de ces vidéos a atteint. Alors que nous sommes une assemblée de 130 membres, le service d’enterrement d’un membre a enregistré 785 vues avant août. Nous osons croire qu’un public non chrétien a aussi été touché par le témoignage laissé par ce frère décédé.

    Luc Nussbaumer est pasteur de l’Église Évangélique Mennonite de Birkenhof (France).


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.
  • Les impacts climatiques 

    Quel matériel sur la protection de la création vous serait le plus utile ? Le groupe de travail pour la protection de la Création (CCTF), crée récemment par la Conférence Mennonite Mondiale, a posé cette question dans un sondage auprès des anabaptistes du monde entier. De nombreux sondés voulaient en savoir plus sur la façon dont le changement climatique affecte les populations à travers le monde. 

    Des côtes vulnérables 

    Début novembre, l’ouragan Eta a ravagé l’Amérique centrale, suivi de l’ouragan Iota quelques semaines plus tard. Ces tempêtes, respectivement de catégories 4 et 5, ont été très destructrices, causant la mort de centaines de personnes, générant des milliards de dollars de dégâts et la perte de ressources agricoles et commerciales.

    Malheureusement pour les églises de la CMM d’Amérique centrale, c’est la région du monde qui est susceptible de subir les pires conséquences du changement climatique et celle qui dispose également de moins de ressources financières pour faire face à ces changements.

    Dans le questionnaire, Karen Flores Vindel, membre de Iglesia Evangélica Menonita Central de La Ceiba au Honduras, explique que sa ville natale est confrontée à la menace climatique : « le bâtiment de l’église est inondé à chaque forte pluie ».

    Les changements de l’environnement ont d’autres conséquences comme les pannes d’électricité, le débordement des rivières, les glissements de terrain, les inondations, la destruction des infrastructures et l’élévation du niveau de la mer qui rogne sur la côte. Ces conséquences, à leur tour, provoquent des crises économiques, perturbent le commerce et la distribution des produits, augmentent le coût de la vie et la pression migratoire et conduisent à la violence sociale.

    Migration et récupération

    broken musical instrument
    Les instruments de la classe de musique de l’école administrée
    par l’église mennonite Kekchi, Bezaleel, à San Juan Chamelco,
    Guatemala, ont été abimés. Ce marimba en piètre état est
    un instrument traditionnel guatémaltèque fabriqué à la main
    en bois spécial.
    Photo :Ted Smoker

    La migration est l’une des conséquences directes des effets les plus graves du changement climatique sur les personnes pauvres et marginalisées. Après les récents ouragans, nombreux sont ceux qui ont choisi de quitter leur maison pour pouvoir subvenir à leurs besoins les plus basiques. 

    Au Honduras, les comités d’églises mennonites organisent les efforts de récupération après les tempêtes de novembre. Karen Flores Vindel nous a raconté en décembre que le pasteur José Fernández (président national d’Iglesia Evangélica Menonita Hondureña et pasteur de Vida en Abundancia et Central de San Pedro Sula) participait au nettoyage des débris et aidait les habitants de la zone fortement touchée. Plusieurs bâtiments d’églises servent de refuge aux personnes qui ont perdu leur maison et leurs ressources. 

    Karen Flores Vindel se sent « frustrée, découragée, impuissante à cause de toute cette destruction et à cause de tous les morts, de la douleur et de la souffrance qu’elle a causés. Je pleure souvent alors que je prie. Pourtant, elle se sent encouragée par les personnes qui s’engagent pour laisser un monde meilleur aux futures générations.

    Le facteur humain

    Selon James P. Kossin, climatologue à la National Oceanic and Atmospheric Administration, « il est très probable que le changement climatique provoqué par l’homme ait contribué à ce que l’océan soit anormalement chaud », et selon lui et d’autres scientifiques, « c’est la cause première de cette saison hyperactive. » 

    Parce que la température des océans est plus chaude, les tempêtes présentent des vitesses de vent plus élevées, plus de pluie et sont plus fréquentes. De plus, les tempêtes deviennent plus lentes et plus volatiles. Tous ces facteurs contribuent à une augmentation des dégâts attribués au vent et aux inondations.

    Prions pour le changement

    Selon Karen Martinez, la prière est un bon moyen d’agir pour générer des changements et de trouver « la force de faire face et les moyens de survivre ».

    L’étudiante au Anabaptist Mennonite Biblical Seminary, membre de College Mennonite Church de Goshen, Indiana, USA, s’inquiète pour sa famille qui vit dans une région côtière du Honduras. Elle appartient à la communauté d’immigrants du peuple Garifuna (certaines églises garifunas d’Amérique centrale et des États-Unis font partie du réseau LMC). 

    « De nombreuses personnes vivent sous le seuil de pauvreté et ont perdu le peu qu’elles avaient », raconte Karen Martinez. 

    Karen, comme bien d’autres immigrants garifunas aux États-Unis, envoie de l’argent à sa famille, surtout dans les moments difficiles. Le Comité Central Mennonite (MCC) a également répondu à la crise en envoyant de l’aide d’urgence sous forme de vivres et d’articles de première nécessité et continuera de soutenir les efforts de reconstructions en cours.

    L’action du groupe de travail

    Lorsque le CCTF aura terminé de réunir les dernières réponses au questionnaire sur la protection de la Création, il proposera plus de matériel pour faciliter le travail à long terme de lutte contre le changement climatique dans le monde. 

    Guettez les informations et les futures publications du CCTF ! 

    —Un communiqué de la Conférence Mennonite Mondiale rédigé par Kristen Swartley, membre de Joy Mennonite church à Oklahoma City, USA. Elle est étudiante en master à Anabaptist Mennonite Biblical Seminary à Elkhart, Indiana, USA et stagiaire pour le groupe de travail pour la protection de la Création.


    Ê lire également

    Un chant inébranlable


    Sources (en anglais):


    Click here to watch the Mennonite church in Honduras worshipping amid the flood waters

  • Nindyo Sasongko pense que la théologie devrait être accessible à un public plus large. Il a commencé une expérience de discussions en ligne en novembre 2018 ; lorsque la pandémie a frappé, ‘Theovlogy’ s’est développé pour répondre à la demande de connexion en ligne. 

    « Ê l’origine, ‘Theovlogy’ était destiné aux laïcs indonésiens sans formation théologique. Nous avons commencé par des sessions de 15 à 20 minutes sur des questions de théologie accessibles à un large public. Plus tard, nous avons découvert que notre audience avait augmenté – non seulement en Indonésie mais aussi du fait de la présence de mes collègues. 

    Le professeur de théologie et candidat au doctorat a invité ses collègues étudiants en théologie – d’Indonésie, mais aussi du monde entier, de l’Australie aux États-Unis – à se joindre à lui dans d’humbles conversations en ligne. Trois des six fondateurs sont des mennonites : Nindyo Sasangko, et un deuxième étudiant en théologie, Adi Widya Nugroho, ont été élevés dans l’église GKMI en Indonésie. Perdian Tumanan étudie à AMBS, Elkhart-Indiana (États-Unis). Ces rencontres sont devenues ‘Theovlogy’, un canal de discussion théologique en ligne avec près de 2 500 participants. 

    Soucieux de l’accessibilité à Internet pour tous, Nindyo Sasongko convertit les enregistrements en audio pour les podcasts. Mais il voit les barrières d’accès fondre. Pendant la pandémie, les habitants des régions rurales d’Indonésie ont parfois une meilleure connexion que lui à New York City, États-Unis. 

    ‘Theovlogy’ a été lancé en anglais (et à un public plus large) lors du Festival mondial anabaptiste pour la paix, organisé par la Conférence Mennonite Mondiale aux Pays-Bas en 2019, lors d’un entretien avec l’historien mennonite Ben Goossen. 

    Les traditions religieuses du public sont différentes : « Ce sont probablement des chrétiens plus progressistes, mais il y a aussi des conservateurs. » 

    Les participants ont inclus des experts bien connus dans leur domaine, mais ils ont commencé par inviter leurs amis. 

    « Nous voulions fournir une forme non élitiste. Nous avons invité des étudiants passionnés de théologie et ayant rédigé un article publié. » 

    Un nouvel intérêt pour la conversation théologique

    La pandémie a été « une bénédiction déguisée » pour ‘Theovlogy,’ dit Nindyo Sasongko. Les organisateurs étaient pris par leurs travaux universitaires ; six mois se sont écoulés sans nouvel session. Puis la fermeture a eu lieu à la mi-mars et tout le monde a eu du temps à la maison. « Je pensais que je serais fou si je me préparais juste pour les cours. » Ainsi, ‘Theovlogy’ a ressuscité. Plus tard, Nindyo Sasongko a découvert d’autres podcasts en Indonésie qui suivaient ce modèle. 

    L’enseignement des cours en ligne a épuisé Nindyo Sasongko. « Avant la pandémie, [pour discuter de questions théologiques], nous rencontrions nos auditeurs et ils nous posaient des questions directement. Maintenant, nous n’avons accès qu’à leurs écrits, nous ne pouvons répondre qu’à de courtes questions et nous ne pouvons pas voir leur expression. 

    « Mais avec ‘Theovlogy,’ nos conversations m’ont rendu mon énergie ! » 

    « Nous avons constaté que les gens peuvent suivre et interagir tout en écoutant nos conversations », explique Nindyo Sasongko. « Avant la pandémie, l’attention des auditeurs durait de 20 à 25 minutes. Mais maintenant, ils restent environ une heure – même si les sujets théologiques sont difficiles. Ils s’intéressent à ce dont nous parlons. Ils peuvent revoir ou réécouter les sessions. Je n’avais pas vu cela se produire avant la pandémie. » 

    « Grâce à ce podcast, nous avons découvert que nous avions créé une communauté ». Les hôtes et les invités interagissent avec le public pendant la session de questions et réponses en direct, et par le biais de commentaires sur les sessions enregistrées. Il y a dans le public des personnes qu’aucun des organisateurs n’a jamais rencontrées. « Même au-delà des traditions religieuses. » 

    « C’est un espace sûr », dit-il. « Les hôtes et les invités parlent de foi et de religion sans être jugés sur la doctrine, le dogme ou les règles. » 

    « Nos auditeurs peuvent avoir accès à des sujets théologiques auxquels ils ne s’attendaient pas. Beaucoup d’entre eux pensaient qu’il s’agirait de défense de la foi, ou d’apologétique. Mais les podcasts présentent différentes perspectives théologiques. Les auditeurs découvrent que la théologie peut être abordée non d’un point de vue apologétique, mais collégial, conversationnel et tolérant. » 

    ‘Theovlogy’ a invité un universitaire musulman et un agnostique. « Nous ne connaissions pas ce genre de christianisme présentant une telle ouverture et hospitalité », leur ont dit les invités tout comme les auditeurs. 

    « En un sens, il me semble que c’est une approche mennonite qui va vers la réconciliation », dit Nindyo.

    Des cours pour une nouvelle normalité ?

    « Lorsque nous le pouvons, nous nous asseyons ensemble et nous parlons », dit Nindyo. 

    Mais, entre-temps, il constate le potentiel de cette expérience, même à distance et sur écran, pour créer un lien : un sentiment de communauté qui est essentiel dans la conception de l’Église des anabaptistes.  

    « L’Église fait tomber les barrières. C’est ce qu’on fait, d’une nouvelle manière – les services en ligne – permettant aux gens du monde entier de participer ensemble à l’Église. C’est peut-être ce que veut dire l’apôtre Paul quand il écrit qu’en Christ, toutes les frontières sont abolies, qu’il n’y a ni juif ni grec. » 

    Les discussions en ligne permettent aux personnes de différentes traditions religieuses de dialoguer et d’apprendre. « Ê Manhattan Mennonite Fellowship, nous avons invité un soufi à nous parler. Cela a permis à ses disciples de suivre depuis l’Indonésie. » Une fois, un rabbin juif a invité ses collègues à regarder. 

    « Je pense que cela pourrait être l’avenir de l’Église. » 

    « Il y a une ouverture qui n’existe pas lorsqu’on se retrouve entre quatre murs », dit-il. 

    « Ma propre théologie est remise en question lors des réunions en ligne. Je suis vulnérable ; Je dois être prêt à m’émouvoir, à être interpellé, interrompu, changé et transformé par mes rencontres avec les autres. Je découvre que je suis encore en devenir, et ce processus est parfois douloureux. » 

    « Alors que tout le monde est connecté via Internet aujourd’hui, je réfléchis à ce que signifie qu’être humain. C’est être ouvert à la vulnérabilité, car ce n’est qu’ainsi que nous apprenons à découvrir de nouvelles possibilités. »

    creation care task force nindyo sasangkoNindyo Sasangko est professeur de théologie et candidat au doctorat au Fordham University, New York, États-Unis. Il est pasteur de l’église Mennonite de l’Indonésie GKMI (Gereja Kristen Muria Indonesia). Il est aussi membre de le Groupe de travail de la CMM pour la protection de la création.


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • « Tout est parti des petites ambitions d’un petit cœur », déclare Sibonokuhle Ncube. « Quand j’avais 10 ans, au Zimbabwe, j’entendais mes parents dirent qu’ils ne pouvaient jamais envoyer assez d’argent pour aider [mes proches] parce que tout le village avait faim… Alors j’ai commencé à avoir des rêves ambitieux : Quand je serai grande, je serai utile. »

    Dans les zones rurales et urbaines du Zimbabwe, la majorité des familles cultivent une parcelle pour leur propre consommation. Les changements climatiques sont évidents pour tous. Les sécheresses se produisaient tous les 10 ans, puis tous les cinq ans. « Maintenant, les sécheresses se succèdent, saisons après saisons. Nous en sommes parfaitement conscients. » dit-elle.

    Ajoutez à cela une pandémie mondiale, et la situation est encore plus critique.

    Le leadership de l’Église dans la communauté

    « Comme pour les problèmes liés au coronavirus, les raisons du changement climatique ne sont pas toujours comprises et sont souvent politisées. » dit Sibonokuhle Ncube. Les divisions politiques ont des conséquences désastreuses.

    La mauvaise gouvernance et la politisation du développement affectent la manière dont l’aide et les ressources circulent d’une région à une autre. « Outre les émeutes, il y a des violences structurelles, culturelles et physiques, ainsi que des déplacements. »

    Les études et la vocation de Sibonokuhle Ncube se sont concentrées sur le développement, le travail pour la paix, la gouvernance du financement climatique au Zimbabwe, où elle a travaillé avec des organisations gouvernementales, caritatives internationales et religieuses.

    « Cibler la pauvreté rurale via des interventions agricoles et les ressources en eau a été la première étape. Nous travaillons avec des communautés [connaissant l’insécurité alimentaire] pour co-créer les moyens de leur permettre d’obtenir un approvisionnement suffisant. »

    L’église a besoin de responsables qui comprennent les dynamiques locales et soient capables de promouvoir la transformation depuis la chaire. « Le corps du Christ s’enrichit – non seulement par des connaissances spirituelles, mais aussi par un large partage des compétences de chacun », ajoute-t-elle. « Par exemple, l’église peut choisir d’accorder la priorité à la régénération écologique des terres communes (entretien des forêts locales, partage de parcelles) dans leur communauté. »

    L’espoir naît de l’action

    Il faut agir à un haut niveau pour répondre à la problématique du climat. Ê chaque époque, certains problèmes « appellent les croyants à s’engager par des actes radicaux de discipulat. La réponse climatique en est un pour nous aujourd’hui. Nous avons besoin de prendre position de manière prophétique contre les forces qui reproduisent la marginalité.

    « Une réponse climatique dynamique comprend plusieurs niveaux. Sur le plan politique, il faut s’adresser aux personnes détenant le pouvoir. Prendre des dispositions financières en faveur de l’innovation, de l’atténuation et de l’adaptation », dit Sibonokuhle Ncube. « Les communautés spirituelles doivent prier pour les personnes au pouvoir qui contrôlent les ressources. Nous devons prier pour ceux qui ne se sentent pas responsable face à la situation écologique. »

    Il faut aussi s’engager du côté de l’action civile. « Les individus et les communautés peuvent agir chacun dans leur domaine. Cela nous empêche de désespérer. »

    Sibonokuhle Ncube a conseillé le gouvernement du Zimbabwe en vue de l’Accord de Paris sur le Climat de 2015. Certains des engagements pris à ce moment par les puissances mondiales n’ont pas été respectés. Néanmoins « j’ai choisi l’espoir et d’agir en partant de la base. »

    « Notre approche de la réponse climatique doit être aussi concertée, urgente, coordonnée et inter-générationnelle que celle que nous avons accordée au VIH et au SIDA », dit-elle.

    Une perspective collective : « nous »

    Pour trouver une solution sérieuse et adéquate sur le climat « nous devons nous assoir à une table ronde aussi grande que la circonférence de la terre. C’est toute l’humanité qui est affectée », déclare Sibonokuhle Ncube.

    « Il est bon de ne pas parler dans une perspective polarisée : ‘nous’ et ‘eux’. J’ai essayé de m’exprimer en partant de nous. Je considère aussi la situation au niveau des générations. La science nous montre que le climat change depuis de nombreuses années. »

    « Ce j’aimerais d’abord, c’est que nous partions d’une perspective systémique sociale et que nous nous considérions, nous tous vivant maintenant, comme des bénéficiaires de l’ère du carbone. Selon les stades de développement, nous sommes descendants d’êtres humains qui ont vécu il y a très longtemps. J’invite les communautés à réfléchir à ce que nous pouvons faire pour changer certaines de nos pratiques économiques et de développement. Réfléchir au niveau du commerce mondial ouvrera la voie aux ressources et à la participation. »

    Exercer une intendance mondiale

    Sibonokuhle appelle également les croyants à considérer la justice et l’intendance dans leur réponse face au climat. L’impact des réductions [sur notre consommation] que nous pratiquons individuellement peut être minime, mais Il faut savoir que notre dépendance excessive de combustibles fossiles « cause des problèmes à l’autre bout du monde ».

    « La perspective systémique donne vie aux Écritures. Les communautés qui sont privées de ce à quoi elles ont droit à cause du changement climatique dû à notre comportement, sont nos voisins (Matthieu 25). »

    « Nous devons réfléchir sérieusement à ce qu’est une transition juste. Que ce soit au Sud ou au Nord, nous devons tous faire quelque chose. Réduisons notre consommation de combustibles fossiles ! Nous devons obliger ceux qui détiennent le pouvoir à rendre des comptes d’une manière qui soit théologiquement acceptable. Nous ne sommes pas seulement un peuple qui travaille discrètement, mais nous sommes aussi capables de dire la vérité aux puissances, comme beaucoup de personnages bibliques ont dû le faire.

    « Face aux catastrophes naturelles et à l’impact du changement climatique toujours en cours, les communautés devront être résilientes, travailler avec des énergies alternatives, savoir comment communiquer leur gérance écologique dans le cadre de leur foi », déclare Sibonokuhle.

    Mettre ses dons au service de tous

    Pour la CMM, mettre ses dons au service de tous est un thème de longue date. « La vie est un don de Dieu. Au-delà, en Jésus, nos vies deviennent ‘abondantes’. Il nous a fait des dons comme celui de l’ordre créé. Nous avons la responsabilité d’en prendre soin, de léguer aux générations futures de meilleurs dons écologiques pour leur assurer une meilleure qualité de vie.

    Ma prière c’est que cette réflexion générationnelle puisse nous aider à réorienter nos esprits : demandons au Saint-Esprit de ‘reconfigurer’ nos esprits. Regardez le monde de manière rédemptrice à travers les yeux de Dieu. Regardez les frères, les sœurs et la création tout entière avec les yeux de Dieu. »

    —Cet article est Sibonokuhle Ncube, (doctorat) membre de L’Église des Frères en Christ  du Zimbabwe, poursuit des études de théologie focalisées sur la paix et le développement durable à Anabaptist Mennonite Biblical Seminary (AMBS), Elkhart – Indiana (États-Unis). Elle est également membre du Groupe de Travail pour la Protection de la Création.

     

    Détails sur le Groupe de Travail pour la Protection de la Création de la CMM : 

    Groupe de travail de la CMM pour la protection de la création

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2020 de Courier/Correo/Courrier.  Cliquez ici pour lire d’autres articles de ce dossier.

  • Ouvre nos bras
    et nos esprits
    pour faire nôtre
    la force
    d’une église
    tellement plus grande que
    nous l’imaginons.
     
    Les membres de la
    famille de Dieu
    ont un rôle
    si différent
    du mien ;
    aide-nous à  te faire confiance
     
    Comment est-il possible
    que le dialogue dans l’église
    soit si difficile
    et pourtant
    si rempli
    de joie ?
     
    Veuille nous aider
    à accomplir
    cette sainte tâche
    être
    une Église
    unie;
    ensemble pour te louer,
    ensemble pour travailler,
    ensemble pour aimer.
     
     
    —Prières envoyées par Carol Penner, professeure assistante de théologie, Conrad Grebel University, Waterloo, Ontario (Canada). Son blog est : leadinginworship.com.
     
    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro avril 2020 de Courier/Correo/Courrier.
  • Nous avons recueilli des voix du monde entier sur ‘l’Église dans la pandémie de coronavirus / COVID-19’ (Voir ci-dessous pour la biographie des répondants.)  


    Comment apprendre de nouvelles façons d’être Église en temps de restrictions ?

    « Plus que jamais, diverses formes de technologie jouent un rôle actif. Les moyens technologiques sont devenus la clé pour rassembler l’Église dans la communion fraternelle », disent Sergio et Paula Mendoza.

    Cependant, il faut souligner des disparités persistantes. « La communauté ecclésiale a été confrontée à la possibilité de laisser certaines personnes de côté – en particulier celles qui ont tardé à adopter la technologie », dit Clement Ndlovu.

    Néanmoins, les paroisses ont trouvé des moyens d’atteindre leurs membres.

    « Dans certaines régions, les gens ont été encouragés à chercher Dieu individuellement, au sommet des montagnes et chez eux. Des programmes de radio et de télévision en ont encouragé d’autres à rechercher Dieu plus que jamais », dit Nkunda John Bosco.

    « Nos assemblées mennonites ont utilisé WhatsApp pour communiquer avec les membres. Une nouvelle façon de faire a été d’appeler régulièrement les chrétiens sur leurs téléphones pour leur témoigner que les responsables pensent à eux », déclare Siaka Traoré.

    « Pendant le confinement, nous avons pu utiliser de nombreuses formes de technologie pour maintenir les réunions de jeunes et suivre leurs différentes réalités », disent Sergio et Paula Mendoza.

    Même en temps de difficultés, Dieu est à l’œuvre.

    « Le travail de l’Église est plus efficace hors de quatre murs que la manière moderne de tout faire à l’intérieur des bâtiments », explique Okoth Simon Onyango.

    « Il est vrai que les changements que nous avons vécus pendant cette période nous ont poussés au-delà de notre zone de confort », disent Alba et David Irala. « En même temps, la technologie nous a permis de créer de nouveaux espaces avec davantage de partage et de participation qu’auparavant. Grâce à cela, nous avons vu Dieu utiliser les difficultés et les incertitudes pour nous parler et nous raffermir dans notre foi. Et nous avons pu renforcer nos liens en tant que groupe.

    « Nous apprenons à être vraiment Église, une Église non définie par un espace physique, mais corps présent en divers lieux, poursuivant les mêmes objectifs et suivant le même Jésus », disent Alba et David Irala.

    Quels sont les défis théologiques liés au recours à la technologie ?

    « Il y a encore des personnes dans nos communautés qui n’ont pas accès à la technologie moderne. Dans les zones rurales, il n’y a pas d’électricité et les téléviseurs ne peuvent pas non plus être utilisés. Ainsi, la dépendance à la technologie a rendu le travail des assemblées locales plus difficile dans certaines régions pendant la pandémie », dit Okoth Simon Onyango, qui parcourt de nombreux kilomètres pour rester en contact avec ses paroissiens.

    La variété des options est également un défi.

    « Je pense que nos fondements théologiques ont été ébranlés en raison de l’exposition aux nombreux enseignements mis à notre disposition », dit Clément Ndlovu.

    « D’une certaine manière, pouvoir se retrouver ‘d’un seul clic’ transforme notre espace fraternel et notre manière de vivre notre foi avec nos compagnons croyants, en une option de plus dans le menu des divertissements que le monde nous offre via les plates-formes numériques », déclare Sergio et Paula Mendoza.

    « Cependant, avec ou sans technologie, Jésus-Christ est notre ESPOIR », déclare Okoth Simon Onyango.

    « Au début, a question était de savoir comment nous pourrions partager ‘le repas du Seigneur’. Maintenant, nous voyons que plutôt que d’être un problème insurmontable, la communion symbolisée dans ‘le repas du Seigneur’ brise les barrières et nous unit. Nous avons trouvé la paix en étant fidèles à ce commandement malgré la séparation. Dans un sens, la distance a renforcé nos concepts théologiques et bibliques », disent Alba et David Irala.

    Comment les églises ont-elles grandi ?

    Clément Ndlovu se désole de la perte de l’influence spirituelle de l’Église sur ceux qui n’ont pas de connexion technologique. « Cependant, le culte virtuel a ouvert l’Église au-delà de sa portée habituelle ».

    « Il est difficile de mesurer la croissance, en particulier au niveau spirituel, mais les temps que nous vivons ont sensibilisé les masses à l’importance et à la valeur de la vie. Nous voyons que les gens recherchent davantage une intervention divine maintenant, tout autant les croyants que les non-croyants. Nous avons pu atteindre davantage de personnes dans le monde que d’habitude », déclare Bryn M Maphosa.

    « Pour certaines chrétiens, c’était une période de relâchement parce qu’il n’y avait plus d’activités officielles et régulières à l’église : un temps de sommeil spirituel. Par contre, pour d’autres, cette pandémie était un message des signes des derniers temps, ainsi certains ont mis de l’ordre dans leur vie », déclare Siaka Traoré.

    Cependant, le Saint-Esprit travaille, obligeant même ceux qui ne sont pas évangélistes à parler de Dieu avec leurs voisins. « Quand je parcourais une grande distance à pied trois jours par semaine pendant deux mois, j’ai rencontré d’autres personnes qui marchaient aussi, et le sujet de discussion était toujours le même : ‘Que Dieu nous aide et élimine ce virus qui a causé tant de souffrances’ » dit Okoth Simon Onyango. « L’évangélisation est à son apogée : chacun encourage l’autre à croire au Dieu Tout-Puissant pour qu’il agisse de manière surnaturelle. »

    « La croissance que nous avons constatée est qualitative. Cette qualité se reflète dans notre attitude devant les besoins qui se sont fait jour. Des frères et sœurs dans la foi ont répondu à cette pandémie en se mettant au service des autres, et une nouvelle opportunité de servir notre communauté s’est présentée », déclarent Alba et David Irala.

    Que signifie être des croyants ‘centrés sur la communauté’ alors que nous ne pouvons pas nous rassembler ?

    « Cela exige que nous sortions des sentiers battus pour poursuivre notre mission. Les croyants ont encore besoin d’être vus et entendus d’une manière ou d’une autre, car c’est le cœur de la communauté », déclare Bryn M Maphosa.

    « On ne peut pratiquer le christianisme qu’en allant vers les autres. Notre vie chrétienne est une réalité lorsque nous sommes en communauté ; cependant, se réunir en présentiel n’est pas le seul moyen. Nos actions spirituelles ne sont pas destinées à être publiques » déclare Okoth Simon Onyango.

    « ‘Oh ! Quel plaisir, quel bonheur de se retrouver entre frères !’ (Psaume 133/1) ‘Ne désertons pas nos assemblées […]’ (Hébreux 10/25). Nous sommes habitués à ce genre de culte, mais la Bible nous encourage également à prier seuls parce que nous sommes le temple de Dieu et que le Saint-Esprit habite en nous », dit Francis Kamoto.

    « Les adultes et les jeunes ont hâte de se revoir. Cependant, nous savons qu’il est nécessaire de respecter les règles, et nous avons constaté que notre communauté est vraiment unie », déclarent Alba et David Irala.

    « Il est possible de partager un espace sans être proches. En ce moment, nous sommes séparés, mais nous prêtons attention aux besoins de chacun et nous maintenons un contact constant par le biais d’appels téléphoniques et de réunions en ligne », disent Alba et David Irala.

    La distance forcée par l’isolement ou le confinement a renforcé ce que signifie être Église : « Nous nous encourageons et nous nous exhortons mutuellement à être conscients des situations auxquelles nos propres membres, ainsi que les personnes qui nous entourent, sont confrontées. Nous discernons leurs besoins et cherchons comment y répondre. Par-là, nous reflétons l’amour du Christ et démontrons également que nous sommes des croyants engagés dans notre communauté », disent Sergio et Paula Mendoza.

    Quels changements espérons-nous temporaires ? Quels changements espérons-nous permanents une fois la vie ‘revenue normale’ ?

    « Il est certain que nous attendons impatiemment que la recommandation de garder nos distances soit levée. Lorsque cela arrivera, nous pourrons à nouveau nous embrasser et nous manifester l’affection qui fait partie de notre relation en tant que croyants. Nous souhaitons en particulier la levée de la restriction des réunions dans les bâtiments afin qu’une fois de plus nous puissions adorer Dieu ensemble en tant que corps du Christ », disent Sergio et Paula Mendoza.

    Mais ce sera une bonne chose de continuer les pratiques d’hygiène.

    « Elles nous aident non seulement à prendre soin de nous-mêmes, mais également à prendre soin des autres », disent Alba et David Irala.

    « Elles nous protègent contre les nombreux microbes que nous nous transmettons les uns aux autres. Si nous continuons à porter des masques, ici dans notre contexte, ils nous protègent de la poussière et de la fumée de la pollution », dit Siaka Traoré.

    Il s’inquiète cependant de l’impact de la distanciation sociale sur les ‘valeurs socioculturelles africaines’. « La société africaine s’exprime à travers les relations, le concret et non le virtuel. √Ä l’église la chaleur fraternelle s’exprime par des contacts physiques. »

    « Cette période nous apprend un certain nombre de choses. Les paroisses doivent apprendre à être intentionnelles dans leurs activités fraternelles. L’enseignement doit préparer les membres à être sel et lumière dans les moments difficiles. Il nous faut apprendre l’art de la préparation physique et virtuelle à vivre dans la fraternité », explique Clement Ndlovu.

    « Cela a remis en question notre définition du sens de l’église. Beaucoup pensaient que l’église était un espace physique ; maintenant, notre définition s’est élargie. Nous comprenons qu’en étant unis et soucieux des besoins des autres par la prière et une communication constante, nous sommes vraiment unis et agissons comme une véritable église », disent Alba et David Irala.

    « Une chose qui sera permanente, j’espère : la flexibilité lorsque le besoin s’en fait sentir. L’utilisation de plates-formes multimédias est un excellent outil à perfectionner pour accro√Ætre la portée mondiale de l’évangile », déclare Bryn M Maphosa.

    « J’ai découvert l’importance de réfléchir davantage à la beauté de l’humanité, à cette idée de cohésion communautaire. Prêter attention à ceux qui manquent de ressources. S’engager à les aider », déclare Sibonokuhle Ncube.

    « Malgré les circonstances, l’église est toujours là. Nous continuons à ‘être église’ plus que jamais, et nous découvrons que ce n’est pas le lieu qui nous définit », disent Alba et David Irala.

    Comment ce que nous vivons nous a-t-il poussés à repenser notre mode de vie ? Quelles leçons en tirer ?

    « Je pense que cela m’a aidé à faire preuve de souplesse. Parfois, nous faisons toujours les choses de la même manière sans y penser. Nous pouvons adorer Dieu n’importe o√π et n’importe quand », dit Francis Kamoto.

    « Les églises ne doivent pas perdre leur pertinence et leur intérêt dans un temps comme celui-ci. Elles doivent suivre les lois du pays o√π elles sont. Elles ont besoin de beaucoup de ressources pour intervenir dans la vie des fidèles et de la communauté lorsque les besoins sont connus. L’innovation et la gestion du changement sont des éléments stratégiques essentiels à intégrer dans notre gestion des affaires de Dieu », déclare Clement Ndlovu.

    « Cette période nous a montré la fragilité de nos systèmes médicaux, économiques et même de gouvernance. Cette pandémie a confirmé l’idée que le monde est une famille globale, car une maladie partie d’un point de la terre s’est propagée sur toute la planète », déclare Siaka Traoré.

    Il continue : « Mais elle a démontré notre capacité de solidarité dans la fragilité. « Toutes les couches sociales ont apporté des contributions en nature ou en finance pour combattre la pandémie du coronavirus. Nous avons découvert un potentiel interne de ressources locales qui peuvent permettre des actions communes ».

    Une des contributions de la pandémie est : « Soyez conscient de vous-même et de ceux qui vous entourent et protégez-les », déclare Sibonokuhle Ncube. La distance physique est un rappel de « maintenir de la distance par rapport à ce qui est aussi malsain dans les relations interpersonnelles ».

    « Nous avons été contraints de nous engager à respecter les normes établies pour le bien-être commun et, par notre comportement exemplaire, nous reflétons les enseignements du Christ là o√π nous sommes. En tant qu’Église, nous avons vu la main de Dieu nous guider au travers des difficultés. Nous devons en venir à dépendre entièrement du Seigneur. Après tout, c’est notre plus grande richesse et notre plus grande espérance dans ce monde », déclarent Sergio et Paula Mendoza.

    « Nous pensons que cette situation nous a aidés à mieux réfléchir à la vie dans son ensemble : les relations, le service, l’économie et la santé. La pandémie nous a montré que nous ne pouvons pas revenir à la situation précédente. Mais nous avons besoin d’une ‘nouveau normal’ o√π nous adopterons une vision plus prudente, plus sage et plus intelligente des choses ; o√π nous comprendrons l’importance d’être une église, d’être un corps qui vit avec sagesse et une vraie unité, o√π que nous soyons », disent Alba et David Irala.


    INTERVENANTS

    bryn Maphosa Bryn M Maphosa, responsable d’associations d’églises Frères en Christ, Afrique du Sud
    clement ndlovu Clement Ndlovu, pasteur, Frères en Christ, branche Krugersdorp, Afrique du Sud
    david y alba irala Alba and David Irala, pasteurs des jeunes, Iglesia Cristiana de la Paz, Frères Mennonites, Asunci√≥n, Paraguay
    Francis Kamoto

    Francis Kamoto, évêque, Frères en Christ, Zimbabwe

    Siaka Traore

    Siaka Traoré, pasteur, Église Évangélique Mennonite du Burkina Faso

    sergio y paula mendoza

    Sergio and Paula Mendoza, pasteurs des jeunes, église Frères mennonites Sinai, San Lorenzo, Paraguay

    nkunda john bosco

    Nkunda John Bosco, pasteur, Église mennonite d’Ouganda

    bishop simon onyango

    Okoth Simon Onyango, évêque, Église mennonite d’Ouganda

    sibonokuhle ncube

    Sibonokuhle Ncube, étudiante en théologie, Frères en Christ, Zimbabwe

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.