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  • Dans toute la ville, remplie d’anabaptistes, les cloches ont retenti ! Environ 3 500 personnes, voire plus, ont envahi les rues de la vieille ville de Zurich le jour de l’Ascension, le 29 mai 2025, pour commémorer le 500e anniversaire de l’anabaptisme. 

    « Aujourd’hui, nous, mennonites de Suisse, sommes une petite communauté », dirent Gladys Geiser et Lukas Amstutz, coprésidents de la Konferenz der Mennoniten der Schweiz, en ouvrant le culte. La ville hôte est le lieu des premiers baptêmes d’adultes connus du mouvement anabaptiste. « Mais, comme nous pouvons le voir lors de ce culte, nous faisons partie d’un mouvement qui est devenu diversifié et international. » 

    Une célébration de la réconciliation

    Toutes les nations réunies 

    Depuis ses débuts avec quelques croyants courageux en Europe, la Conférence Mennonite Mondiale compte désormais 111 unions d’églises dans 61 pays à travers le monde (après la réunion du Comité Exécutif qui s’est tenue quelques jours plus tôt en Allemagne). 

    « Aujourd’hui, nous pouvons tous nous rassembler ici : toutes les nations, comme il est écrit dans la Parole – toutes les nations, toutes les tribus, toutes les langues. 

     Seul le Seigneur peut faire cela », dit Jean-Claude Ambeke, un Frère mennonite angolais vivant en France. 

    Les nuages du matin ont laissé place à une journée ensoleillée, idéale pour se promener dans les rues historiques, remplir les salles de conférence ou écouter les chorales. L’Église réformée a même fourni un vendeur ambulant qui distribuait des glaces. 

     Les participants ont pu se dégourdir les jambes en participant à une visite guidée à pied ou en faisant des jeux de rôles ‘sur le chemin de l’histoire’, tandis que plus d’une douzaine d’ateliers présentaient diverses perspectives sur l’anabaptisme : témoignages, aperçus historiques et questions d’actualité. En outre, la théologienne et journaliste suisse Judith Wipfler a animé une table ronde avec des responsables anabaptistes vivant dans des zones connaissant de grandes difficultés et des conflits, sur le thème ‘Un monde en feu’. 

    Cinq chorales de différentes parties du monde ont donné un concert en intérieur et en extérieur et se sont jointes à une chorale imposante pour le culte. Elles ont interprété des chants préférés de l’Assemblée, tels que « Ewe Thina » et « Kirisuto no heiwa ga ». Un nouveau chant a été présenté par Songs of Peace, dont le refrain est « Nous voulons la justice, nous voulons la paix ! ». 

    Une église importante 

    Les files d’attente pour le culte de clôture ont commencé en milieu d’après-midi. La Grossmünster, qui compte 1 200 places, était pleine à craquer, tout comme les salles annexes (Predigerkirche 350, Friedenskiche 250, FEG 100 et Helferei 130, ajoutée à la dernière minute) — et des centaines de personnes sont restées dehors, assises sur la place ou dispersées dans les cafés, regardant le service sur leur téléphone portable. 

    Pendant ce temps, partout dans le monde, des milliers de personnes se sont connectées en ligne chez eux ou se sont réunies dans des églises, des bureaux ou des musées. 

    Avec la présence de représentants de 13 communions mondiales et de trois organisations œcuméniques multilatérales en tant qu’invités d’honneur, le culte n’était pas seulement consacré à l’anabaptisme, mais aussi à une nouvelle étape sur le chemin de la réconciliation.

    Un cheminement vers la réconciliation 

    « Nous avons tous hérité d’un lourd passé marqué par les divisions de la Réforme. Nous savons que des différences théologiques et pratiques subsistent, mais nous nous réjouissons du cheminement vers la réconciliation que nous avons parcouru ensemble », a déclaré Janet Plenert lors de la liturgie. 

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    Liturgie de réconciliation : Notre chemin vers la réconciliation 

    Le service a réuni des responsables de la Fédération luthérienne mondiale et de la Communion mondiale des Églises réformées ; le cardinal Kurt Koch, préfet du Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens a apporté un message du pape Léon XIV. « Je vous assure de ma prière pour que nos relations fraternelles s’approfondissent et grandissent. », a lu le cardinal. 

    Alors que John D. Roth, de la CMM, et Hanns Lessing, de la CMER, ont confessé le ‘témoignage commun de l’unité de l’Église’ de leurs communautés, les secrétaires généraux César García et Setri Nyomi se sont lavé mutuellement les pieds « en signe tangible de notre engagement en faveur de la réconciliation », dit J. Nelson Kraybill. 

    Une autre expression concrète de soutien a été la mise à disposition gratuite des bâtiments de l’Église réformée, y compris l’emblématique Grossmünster

    « Se retrouver dans la Grossmünster 500 ans après la division, désormais en tant que ‘famille réconciliée’, est un moment fort dans notre mémoire collective qui, je l’espère, changera la façon dont la prochaine génération racontera notre histoire », a dit John D. Roth. 

    La rencontre, délibérément placée sous le signe de la commémoration, s’est ainsi terminée dans une ambiance festive. Des chœurs venus de cinq régions ont formé un tunnel de chants à la sortie de l’église, sur la place, et les invités ont pris congé en chantant « Siyahamba » (Nous marchons dans la lumière de Dieu).  


    Une célébration de la réconciliation 

    Prière d’ouverture : Prière d’invocation 

    Unissons nos cœurs dans la prière. 

    Dieu de compassion, dans un monde divisé par le nationalisme, les conflits religieux, la xénophobie et la guerre, tu nous as réunis aujourd’hui pour former un peuple issu de nombreuses nations, parlant multiples langues et membres de différentes Églises. 

    C’est par ta grâce, ô Dieu, que nous pouvons nous retrouver dans l’amour. Merci pour l’hospitalité extraordinaire dont ont fait preuve la ville de Zurich et les Églises réformées de Suisse envers les anabaptistes. Bénis cette généreuse bonté ! 

    Merci pour le témoignage de tous ceux présents ici aujourd’hui et qui connaissent et expriment ton amour réconciliateur. Même si l’Église mondiale est parfois divisée, tu nous appelles à vivre comme des frères et sœurs en Christ. Donne-nous le courage de nous aimer les uns les autres et d’aimer « l’autre », quel qu’il soit. 

    Répands ton Esprit Saint sur nous aujourd’hui afin que ta guérison et ton amour puissent se répandre à travers nous vers le monde. Fais de nous, et des Églises que nous représentons, « une nouvelle humanité » unie dans l’amour, « afin que le monde sache » que notre espérance est en Christ, au nom duquel nous prions. 

    Amen. 

    Sunoko Lin, trésorier de la CMM, préside la prière d’ouverture au Grossmünster lors du culte de clôture de la journée anniversaire à Zurich (Suisse).
    Environ 1200 fidèles venus du monde entier ont rempli la Grossmünster pour le culte de clôture, et des milliers d’autres ont suivi l’événement en ligne/Dale Gehman

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    Perturbation : Des enfants de Dieu 

    L’église troublée par des enfants de Dieu 

    Officiant: Enfants de Dieu, nous nous retrouvons ensemble à Zurich, une ville historique, berceau d’un mouvement de renouveau du XVIe siècle dirigé par Ulrich Zwingli, et lieu de naissance de ce mouvement qu’on appelle aujourd’hui l’anabaptisme. 

    [Des centaines de petits tracts contenant des messages tombent du balcon sur les personnes assises dans les bancs et sur l’estrade. Trois manifestants en costume d’époque se lèvent et s’écrient.] 

    1er manifestant/e : Mais qu’est-ce que c’est que cette église ?! Qui appartient vraiment au corps du Christ ? Les Écritures appellent les disciples de Jésus à se séparer de ceux qui ne mènent pas une vie pure ! 

    2e manifestant/e : D’exclure ceux qui ne baptisent pas uniquement sur confession de foi ! 

    3e manifestant/e : D’exclure ceux qui détiennent l’autorité et qui ne laissent pas nos assemblées vivre tranquilles et en paix ! 

    Officiant: Vous perturbez un culte ! Qui êtes-vous ? Pourquoi faites-vous cela ? 

    1er manifestant/e : Nous sommes vos ancêtres anabaptistes. Le Christ est notre autorité. Lui aussi a perturbé l’ordre établi ! 

    2e manifestant/e : Nous avons étudié la Parole. Dieu nous a donné une vision ! 

    1er manifestant/e : Écoutez-nous ! 

    3e manifestant/e : Le royaume de Dieu est proche ! 

    1er manifestant/e : Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ! 

    3e manifestant/e : Aux riches, nous disons : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ! » 

    2e manifestant/e : Aux puissants nous disons : « La guerre est contraire à la volonté de Dieu ». Nous obéissons à Dieu et non aux autorités humaines ! 

    3e manifestant/e : Le Christ est avec ceux qui n’ont personne pour les aider — avec les réfugiés, les victimes de la violence, ceux qui sont emprisonnés pour leur foi et leur identité. 

    Officiant: Attendez… s’il vous plait ! Écoutez la parole du Seigneur, telle que l’apôtre Paul l’a proclamée. 

    N’ayez pas de prétentions au-delà de ce qui est raisonnable. Chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée en partage. Nous avons plusieurs membres en un seul corps et ces membres n’ont pas tous la même fonction. … Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime réciproque. 

    Repentance et lamentation 

    Officiant : L’assemblée vous a écouté. Le cœur tremblant, nous partageons votre espoir et nous partageons vos plaintes. Tous ceux qui sont ici réunis aujourd’hui souhaitent ressembler davantage à Jésus. Nous avons tous péché et sommes privés de la gloire de Dieu. Prions pour la grâce de confesser nos péchés et de mener une vie sainte. 

    1er manifestant/e : Merci de nous avoir écoutés. 

    Officiant : Les eaux du baptême nous ont divisés. 

    [versant de l’eau] 

    Mais ceux qui boivent à la source salvatrice de Jésus n’auront plus jamais soif. Purifie-nous, Saint-Esprit, rafraîchis-nous avec l’eau de la vie éternelle. 

    Officiant : Nous ne croyons pas que Jésus soit mort en vain. Nous ne croyons pas que ceux qui ont souffert pour leur foi à travers les âges l’aient fait en vain. 

    2manifestant/e : Oui ! Nous avions besoin de vous l’entendre dire. 

    Officiant : Prions. Dieu tout-puissant, nous venons devant toi non pas par notre propre justice, mais grâce à ta grande miséricorde. 

    1er manifestant/e : Pardonne-nous l’arrogance de penser que nous pourrions être parfaits et sans péché. 

    2e manifestant/e : Que nous vivions dans des communautés à l’écart du monde ou au milieu du monde, pardonne-nous d’être aveugles aux besoins de nos prochains. 

    3e manifestant/e : Pardonne-nous toutes les fois où nous n’avons pas « pratiqué la justice et aimé la miséricorde ». 

    1er manifestant/e : Pardonne-nous notre silence… de ne pas avoir su « rendre raison de l’espérance qui est en nous ». 

    2e manifestant/e : Pardonne-nous d’avoir refusé de travailler avec des personnes différentes de nous, même lorsque le besoin était grand. 

    3manifestant/e : Pardonne-nous d’avoir méprisé d’autres églises et d’avoir manqué des occasions d’apprendre d’elles et de collaborer avec elles. Merci pour ces communautés de foi qui nous ont ouvert leur cœur et qui marchent avec nous sur le chemin de Jésus. 

    Officiant : Reçois nos prières, ô Père, au nom de Jésus-Christ, par la puissance du Saint-Esprit. 

    Ensemble, unissons-nous dans la prière que le Christ a prononcée… chacun dans sa propre langue. 

    « Notre Père… » 

    Annonce du pardon 

    Officiant Le Christ lui-même a dit : « Tes péchés sont pardonnés. Va et ne pèche plus ». Nous sommes pardonnés, aimés et libres. Amen. 

    Lisa Carr-Pries (Canada), vice-présidente de la CMM, et Danisa Ndlovu (Zimbabwe), ancien président de la CMM, ont dirigé cette liturgie. Ebenezer Mondez (Philippines), James Jakob Fehr (Allemagne) et Ulrike Schmutz (Suisse) ont joué le rôle des manifestants. 

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    Sermon : Le courage d’aimer

    Le courage d’aimer

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    Liturgie de réconciliation : Notre chemin vers la réconciliation 

    Voici [ci-dessous] les paroles que les responsables des différentes communions ont prononcé. Lorsque les représentants luthériens et mennonites ont pris la parole, ils ont tracé une croix sur le front de leur interlocuteur. Lorsque les représentants réformés et mennonites ont pris la parole, les secrétaires généraux se sont lavé les pieds mutuellement.

    Représentants

    Représentants de la Conférence Mennonite Mondiale 

    • Anne-Cathy Graber, secrétaire aux relations œcuméniques 
    • J. Nelson Kraybill, ancien président 
    • Janet Plenert, ancienne vice-présidente, actuelle coordinatrice des représentants régionaux 
    • John D. Roth, président du comité de planification de Renouveau 
    • Larry Miller, ancien secrétaire general 

    Représentant de l’Église catholique 

    • Cardinal Kurt Koch, Préfet, Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens 

    Représentant de la Fédération luthérienne mondiale 

    • Pasteure Anne Burghardt, secrétaire générale 

    Représentants de la Communion mondiale d’Églises réformées 

    • Pasteur Hanns Lessing, secrétaire exécutif pour la communion et la théologie 
    • Pasteur Dr Setri Nyomi, secrétaire général intérimaire 

    Les mennonites 

    Aujourd’hui, lors de notre culte [des membres de la] Conférence Mennonite Mondiale, ainsi que des représentants d’autres traditions anabaptistes et des Églises libres, se sont réunis aux côtés de représentants de l’Église catholique romaine, de la Fédération luthérienne mondiale et de la Communion mondiale d’Églises réformées pour rendre un témoignage commun. 

    Nous héritons tous d’un lourd passé marqué par les divisions issues de la Réforme. Nous savons que des différences théologiques et pratiques subsistent, mais nous nous réjouissons du cheminement vers la réconciliation que nous avons parcouru ensemble. 

    En 2003, catholiques et mennonites ont conclu un dialogue de cinq ans intitulé ‘Appelés ensemble à faire Œuvre de Paix’, qui partait du constat commun que ‘l’allégeance au Christ comme Seigneur prime sur les exigences de l’État’. 

    Plus récemment, la participation des catholiques et des luthériens au Dialogue trilatéral sur le baptême a contribué à clarifier les points de convergence ainsi que les différences persistantes concernant notre compréhension et notre pratique du baptême. Nous considérons ces dialogues comme un don à l’Église. 

    Les catholiques 

    Message du Saint Père Léon XIV aux participants à la commémoration 
    des 500 ans du mouvement anabaptiste 

    Alors que vous vous réunissez pour commémorer les 500 ans du mouvement anabaptiste, chers amis, je vous salue cordialement en reprenant les premiers mots prononcés par Jésus ressuscité : « La paix soit avec vous! » (Jean 20.19). 

    Dans la joie de la célébration de Pâques, comment ne pas méditer sur l’apparition du Christ le soir de ce « premier jour de la semaine » (ibid.), lorsque Jésus a non seulement traversé les murs et les portes closes, mais est aussi entré dans le cœur de ses disciples où régnaient la peur et la confusion ? En outre, en accordant son don si précieux de la paix, le Christ était sensible aux expériences de ses disciples, ses amis, et n’a pas caché les marques de sa Passion encore visibles sur son corps glorieux. 

    En recevant la paix du Seigneur et en acceptant son appel, qui implique d’être ouvert aux dons du Saint Esprit, tous les disciples de Jésus peuvent s’immerger dans la nouveauté radicale de la foi et de la vie chrétiennes. En effet, un tel désir de renouveau caractérise le mouvement anabaptiste lui-même. 

    La devise choisie de votre célébration, « Le courage d’Aimer », nous rappelle, avant tout, la nécessité pour les catholiques et les mennonites de tout mettre en œuvre pour vivre le commandement de l’amour, l’appel à l’unité chrétienne et la mission de servir les autres. Elle souligne également la nécessité d’une réflexion honnête et bienveillante sur notre histoire commune, qui comporte des blessures douloureuses et des récits qui affectent les relations et les perceptions qu’ont les catholiques et les mennonites jusqu’à aujourd’hui. 

    Combien importante est donc cette purification des mémoires, et cette relecture commune de l’histoire, qui peuvent nous permettre de guérir les blessures du passé et de construire un nouvel avenir grâce au « courage d’aimer » ! En outre, ce n’est qu’ainsi que le dialogue théologique et pastoral pourra porter des fruits qui demeurent (cf. Jean 15.16). 

    Ce n’est certainement pas une tâche facile ! Pourtant, c’est précisément dans des moments particuliers d’épreuve que le Christ a révélé la volonté du Père : c’est lorsque les pharisiens ont cherché à l’éprouver qu’il nous a enseigné que les deux plus grands commandements sont d’aimer Dieu et notre prochain (cf. Matthieu 22.34-40). C’est à la veille de sa Passion qu’il a parlé de la nécessité de l’unité, « afin que tous soient un […] afin que le monde croie » (Jean 17.21). Mon souhait pour chacun de nous est donc que nous puissions dire avec saint Augustin : « Mon espérance tout entière repose uniquement sur la grandeur immense de ta miséricorde. Donne ce que tu commandes et commande ce que tu désires. » (Les Confessions, X, 29, 40). 

    Enfin, dans notre monde déchiré par la guerre, notre marche continue vers la guérison. L’approfondissement de la communion fraternelle a un rôle essentiel à jouer, car plus les chrétiens seront unis, plus notre témoignage du Christ, Prince de la Paix, sera efficace pour édifier une civilisation où l’on se rencontre dans l’amour. 

    Avec ces vœux, je vous assure de ma prière pour que nos relations fraternelles s’approfondissent et grandissent. Sur vous tous, j’invoque la joie et la sérénité qui viennent du Seigneur ressuscité. 

    Du Vatican, le 23 mai 2025 

    LEO PP. XIV 

    Les mennonites 

    En 2010, l’Assemblée mondiale luthérienne, réunie à Stuttgart, en Allemagne, a officiellement approuvé une ‘action mennonite’, sur la base du rapport d’un dialogue de cinq ans intitulé ‘Guérir les Mémoires : se réconcilier dans le Christ’. Un culte de réconciliation a été célébré, au cours duquel les deux communautés se sont mutuellement pardonnées et se sont engagées à interpréter les confessions luthériennes et les récits mennonites de leur passé à la lumière de l’histoire commune décrite dans ce rapport. Ce processus a marqué un moment clé dans les relations entre nos deux communautés et a jeté les bases d’un apprentissage mutuel sur les thèmes du baptême et de la relation des chrétiens à l’État. 

    Lors du service de réconciliation en 2010, toutes les personnes présentes ont fait le signe de la croix afin de nous rappeler la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. La croix touche les blessures du péché, guérit nos fractures et restaure nos vies. Elle promet la guérison par la grâce de Dieu et est le signe du don d’un cœur nouveau et d’un esprit nouveau. 

    Aujourd’hui, la Conférence Mennonite Mondiale et la Fédération Luthérienne Mondiale se souviennent et renouvellent leur engagement par le signe de la croix. 

    Les luthériens 

    Lors du dialogue ‘Guérir les Mémoires’, nous nous sommes engagés à écouter attentivement l’histoire de l’autre communion et à relater l’histoire de nos débuts communs d’une manière qui puisse être acceptée par les deux parties. La conviction luthérienne selon laquelle l’initiative de Dieu rend possible notre réponse dans la foi a été chaleureusement accueillie par les mennonites. La demande luthérienne de pardon pour avoir persécuté les anabaptistes a été pleinement accordée. L’analyse commune et honnête du baptême a contribué à ouvrir la voie à un dialogue trilatéral fructueux sur le baptême avec la Conférence Mennonite Mondiale et l’Église catholique. 

    Nous rendons grâce à Dieu que de plus en plus de luthériens et de mennonites apprécient le témoignage de l’Évangile de chacun. 

    Les mennonites 

    Aujourd’hui, à Zurich, nous célébrons les progrès accomplis vers la réconciliation avec les représentants de la tradition réformée. 

    En 2004, la ville de Zurich et l’Église réformée suisse ont contribué à l’érection d’une plaque commémorative sur les rives de la Limmat, en souvenir de l’exécution de Felix Manz et de six autres anabaptistes à Zurich. 

    Trois ans plus tard, la Conférence mennonite suisse et l’Église réformée du canton de Zurich ont conclu un dialogue important dans lequel elles s’engageaient à poursuivre le chemin de la réconciliation. Dans ce document, les mennonites affirmaient : « Nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes. Nous appartenons à Jésus-Christ, qui nous appelle à le suivre, qui a abattu le mur de la séparation et qui a uni les peuples proches et lointains en un seul corps. » 

    La semaine dernière, le Conseil Général de la Conférence Mennonite Mondiale a officiellement reçu une déclaration rédigée avec des représentants de la Communion mondiale d’Églises réformées intitulée ‘Restaurer l’intégrité de notre famille : la recherche d’un témoignage commun’. 

    Pendant que nous écouterons une litanie de confession, de gratitude et d’engagement tirée de cette déclaration, le Secrétaire General de la Conférence Mennonite Mondiale, César García, et le Secrétaire General par intérim de la Communion mondiale d’Églises réformées, Setri Nyomi, se laveront mutuellement les pieds en signe tangible de notre engagement en faveur de la réconciliation. Nous vous invitons tous à être témoins de ce signe de repentance et de pardon. 

    Les réformés 

    Nous avons confessé l’origine commune de nos Églises et la douleur causée par leur fracture. Nous demandons à Dieu de bénir la redécouverte d’une compréhension commune de l’Évangile afin qu’elle inspire l’évangélisation et la paix. 

    Les mennonites 

    En présence de représentants de l’Église tout entière, la Conférence Mennonite Mondiale et la Communion mondiale d’Églises réformées rendent un témoignage commun de l’unité de l’Église. 

    Les réformés 

    Aujourd’hui, nous commémorons les origines communes de nos communions mondiales, nous confessons notre relation brisée, et nous nous réjouissons de ce que maintenant, grâce à des efforts soutenus pendant de nombreuses années pour nous comprendre mutuellement et nous réconcilier, nous pouvons obéir à Christ notre Paix en nous engageant dans l’unité de l’Esprit. Liés les uns aux autres, nous persévérons dans l’entretien de cette unité. Nous nous engageons à être humbles, patients, honnêtes et, par-dessus tout, animés par l’amour, dans notre marche commune en tant que corps unique de Christ. 

    Les mennonites 

    Rassemblés sous le regard bienveillant de Dieu, nous célébrons le fait que notre identité se trouve dans notre confession commune de Jésus comme Seigneur, dans nos ancêtres communs de foi, et dans notre appel commun à être des disciples et des témoins de l’Évangile au sein d’un monde fragmenté. 

    Les réformés 

    Nous avons été bénis dans nos traditions d’avoir une passion pour la justice et la paix. Que le Dieu de la croix et de la résurrection nous donne le courage et le désir de poursuivre la paix et de pratiquer la justice qui résiste à la violence, à l’oppression et au désastre écologique, une justice qui trouve son expression la plus complète dans le pardon, la miséricorde et la réconciliation. 

    Les mennonites 

    Aujourd’hui, en tant que membres anabaptistes et réformés du Corps de Christ, nous affirmons que notre témoignage devant le monde est nourri et soutenu par la grâce de Dieu qui nous rend capables d’aimer Dieu, de nous aimer les uns les autres, ainsi que toute la création. 

    Les réformés 

    Ensemble, nous nous engageons dans la mission fondamentale de la proclamation de l’Évangile d’amour dans chacun de nos contextes, face aux défis et exigences qui leur sont propres. Nous ne voulons pas laisser la peur, la méfiance ou des obstacles au dialogue nous détourner de cet appel. 

    Les mennonites 

    Nous promettons de cheminer ensemble pour guérir les blessures du passé, et travailler à l’unité du Corps de Christ. Nous nous engageons à apprendre les uns des autres en partageant la richesse et la diversité de nos traditions. Nous nous attachons à coopérer de façon résolue pour proclamer la miséricorde de Dieu et ouvrir les portes à la justice qui conduit à la paix. 

    Les réformés 

    Ensemble, nous prions pour le Corps de Christ. En Christ nous sommes membres les uns des autres, sœurs et frères de la même chair et du même Esprit. 

    Les mennonites 

    Ensemble, nous accueillons le don de l’unité dans la conviction que c’est toi, ô Dieu, qui es en train de restaurer l’intégrité de ta famille. Amen 

    Confesser ensemble notre foi 

    En reconnaissance de notre identité commune au sein du corps du Christ, les participants se sont levés et ont récité – chacun dans sa propre langue – le Credo de Nicée. Cette ancienne déclaration de foi chrétienne issue du Conseil œcuménique de Nicée marque cette année son 1700e anniversaire.

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    Une litanie pour la guérison des nations 

    La litanie a été ponctuée en versant de l’eau en souvenir du baptême, et par de courts morceaux à l’orgue. 

    Aujourd’hui, nous sommes réunis pour le culte dans la ville où les premiers anabaptistes ont été inspirés par les enseignements d’Ulrich Zwingli… et au bord des eaux de la Limmat où Felix Manz, le premier martyr anabaptiste, a été exécuté. 

    [L’eau est versée] 

    Dieu d’amour, nous nous souvenons de Felix Manz et des disciples de l’Agneau de toutes époques et de tous lieux qui ont souffert à cause de leur fidélité. 

    Une voix forte sort du trône de Dieu et dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. […] À celui qui a soif, je donnerai de la source d’eau vive, gratuitement. » (Apocalypse 21.5-6) 

    [L’eau est versée] 

    Dieu d’amour, dans un monde déchiré par la guerre et dans une Église mondiale trop souvent divisée, comme nous avons soif que tu renouvelles toutes choses ! Viens, Seigneur Jésus ! 

    [interlude à l’orgue] 

    « Puis il me montra un fleuve d’eau vive, brillant comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’agneau. Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve, est un arbre de vie produisant douze récoltes. Chaque mois il donne son fruit, et son feuillage sert à la guérison des nations. » (Apocalypse 22.1-2) 

    Nous voyons avec douleur que nos différences sont devenues une source de conflit et de division, et nous prions aujourd’hui pour avoir le courage et la créativité nécessaires pour les repenser de manière à enrichir notre unité dans le corps du Christ. 

    [L’eau est versée] 

    Pour la guérison des nations ! Pour la guérison de l’Église ! « En Christ, nous sommes membres les uns des autres, sœurs et frères de la même chair et du même Esprit… » 

    Dieu de guérison, le fleuve d’eau vive nous a atteints. Les feuilles de l’arbre de vie ont apporté la guérison entre les communions représentées ici aujourd’hui. 

    [interlude à l’orgue] 

    « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. 

    Je suis le rejeton et la lignée de David, l’étoile brillante du matin. L’Esprit et l’épouse disent : Viens ! Que celui qui entend dise : Viens ! Que celui qui a soif vienne. 

    Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement » (Apocalypse 22.16-17) 

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    Le courage d’aimer dans un monde perturbé  

    Ô, Dieu, notre secours par le passé, notre espoir pour les années à venir : 

    Grâce à l’œuvre du Saint-Esprit en nous, nous retrouvons l’espoir en voyant la guérison et l’unité se manifester dans l’Église mondiale. 

    Nous gardons espoir en voyant la vitalité des Églises géographiquement éloignées des racines confessionnelles en Europe représentées ici aujourd’hui. 

    Nous gardons espoir en voyant le travail de l’évangélisation et la paix sont unis dans de nombreux endroits à travers le monde. 

    Mais surtout, nous avons de l’espoir parce que, en Christ, tu as promis que tu serais avec nous « tous les jours, jusqu’à la fin des temps ». 

    Viens, Esprit Saint, donne-nous la fidélité des saints à travers les âges. Comme eux, ne nous laisse jamais avoir honte de l’Évangile. Seigneur Jésus-Christ, bénis-nous en nous donnant le courage de prendre le risque de nous aimer les uns les autres, d’aimer nos prochains et même nos ennemis, comme tu nous as aimés. 

    Amen. 

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  • Courrier : Perspectives

    Amérique du Nord : États-Unis

    Un aperçu des débuts d’une église anabaptiste 

    n jour glacial de Thanksgiving, en novembre 1910, cinq anciens ordonnés se sont réunis avec d’autres invités dans la salle de Pigeon River Conservative Amish Mennonite, comté de Huron, au Michigan (États-Unis), pour travailler ensemble sur la mission de l’église. De cette réunion est né le réseau d’églises Rosedale (appelé à l’époque Conservative Amish Mennonite Conference). 

    Les anciens à l’origine de cette réunion étaient l’évêque Solomon J. Swartzentruber et le pasteur Michael S. Zehr. L’évêque Joshua King du comté de Stark, dans l’Ohio, était présent, ainsi que l’évêque John L. Mast et le pasteur Jonas D. Yoder du comté de Mifflin, en Pennsylvanie. Bien qu’elles n’aient pas assisté à cette réunion, d’autres paroisses de la vallée de Casselman en Pennsylvanie et dans le Maryland, du comté de Lewis dans l’État de New York et du comté de Johnson dans l’Iowa se sont identifiées à ce groupe émergeant. 

    L’assemblée mennonite de Pigeon River, où s’est tenue la première réunion, est toujours aujourd’hui membre du réseau d’églises de Rosedale. 

    Priorités 

    Cinq priorités ont été définies lors de cette toute première réunion : le maintien de l’unité, la non-conformité, la préservation de la langue allemande, le devoir de diffuser l’Évangile et la réponse à la division. 

    La première action de ce nouveau groupe est née de sa conviction de diffuser l’Évangile et de son souci des pauvres et des orphelins. 

    Lors de leur deuxième réunion en 1912, des plans ont été mis en place pour créer un foyer pour les orphelins. Ce projet a reçu un soutien important de la part des assemblées de la vallée de Casselman (Pennsylvanie et Maryland). Ainsi en 1914, le foyer a été fondé à Grantsville, dans le Maryland. 

    Aujourd’hui 

    Aujourd’hui, le Réseau d’Églises Rosedale comprend 119 assemblées réparties à travers les États-Unis qui travaillent ensemble pour s’édifier mutuellement et multiplier les assemblées au niveau local et mondial. 

    Lors de sa fondation, ce même engagement a été pris envers les Écritures en tant qu’autorité pour la vie et pour que l’accomplissement de la mission de Dieu dans le monde se poursuive encore aujourd’hui. 

    Le Réseau Rosedale ne serait pas ce qu’il est sans son bras éducatif (le Rosedale Bible College) et son bras missionnaire (Rosedale International). Ces organisations aident énormément les églises à accomplir leur mission. 

    Une autre force du Réseau Rosedale est le soutien qu’il offre à ses pasteurs par le moyen de groupes de pairs, de formations, de cours et de rassemblements annuels qui offrent des occasions de fraternité, d’encouragement, d’inspiration et de ressourcement. 

    Comme peuvent en témoigner d’autres groupes d’églises en Amérique du Nord, le Réseau Rosedale doit faire face à de grandes difficultés, notamment l’influence omniprésente du matérialisme et celle, croissante, du nationalisme. 

    Le Réseau Rosedale a rejoint la CMM en tant que membre associé en 2000. 

    En 2025, il compte 119 églises avec 13 403 membres baptisés. 

    Brian Hershberger, directeur, Rosedale Network of Churches 

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  • Courrier : Perspectives

    Amérique latine : Paraguay

    Aperçu des débuts d’une église anabaptiste 

    À aucun moment nous n’avons entendu le mot ‘responsables’, nous parlions plutôt de missionnaires. Les premiers responsables de la paroisse étaient des Frères mennonites : Jakob Franz dans les années 1930, puis Gerhard Hein. 

    Ceux-ci sont partis, mais ils ont répandu la Parole dans la communauté. C’est d’abord à Filadelphia qu’une assemblée a été implantée, puis à Cayin ô Clim (aujourd’hui Neuland). 

    Au début, le plus important pour les responsables était de proclamer la Parole à d’autres communautés. Ils le faisaient au moyen de cultes, d’études bibliques et par la traduction de chants dans la langue locale. 

    En 1960, un groupe de personnes a été baptisé par les missionnaires. 

    L’organisation Luz a Los Indígenas (Lumière pour les peuples autochtones) nous a donné, à nous, peuples autochtones, la possibilité de faire partie de l’Église, de devenir des croyants en Dieu. Depuis 2006, elle s’appelle ACoMeM (Asociación Civil Obra Misionera Evangélica Menonita). 

    Nous avons rejoint l’Église mennonite lorsque nous avons pris conscience de la présence des mennonites dans notre communauté.  

    Aujourd’hui, nos points forts sont notre amour pour la Bible et notre école qui aide les membres à étudier la Parole. L’important est d’avoir la foi et de ne pas la perdre. 

    Notre défi est d’aider d’autres personnes à faire confiance à Dieu. 

    Vers 2018, nous comptions 2 600 membres baptisés dans 12 assemblées. 

    Elsa Pérez est membre de Iglesia Hermanos Menonitas Malaquías, située dans la Comunidad Campo Alegre, au Paraguay. Elle est membre de la tribu indigène des Nivaclé. 

  • La Conférence Mennonite Mondiale à 100 ans ! 

    Nous avons parfois tendance à penser qu’il faut commencer par définir une doctrine juste et, de là, passer à la pratique. D’abord l’Écriture, ensuite l’action. Mais à bien des égards — dans notre histoire et dans notre réalité actuelle — l’expérience nous pousse à faire de la théologie pour donner un sens à ce qui est en train de se passer. 

    Prenons l’exemple du Concile de Jérusalem. Ses participants se posaient la question suivante : « Pouvons-nous inclure les païens ou non ? » 

    La Bible de l’époque n’était pas claire à ce sujet. 

    Mais en voyant que des païens recevaient le Saint-Esprit, l’Église a été poussée à réfléchir d’une nouvelle manière, sans pour autant contredire ses fondements. 

    Leur expérience les a amenés à interroger les Écritures et à développer de nouvelles compréhensions. 

    En tant qu’anabaptistes, notre histoire a mis l’accent sur l’assemblée locale et sur sa centralité en tant qu’avant-goût du royaume de Dieu. 

    Mais cela ne nous aide pas à répondre à la question de savoir s’il est nécessaire d’avoir d’une union d’églises régionale ou mondiale. 

    Au début de la CMM, c’est le vécu qui a poussé les églises mennonites à imaginer un organisme mondial. 

    Peux-tu nous donner des exemples de points communs entre aujourd’hui et les tendances d’il y a 100 ans, lorsque la CMM a été créée ? 

    Il y avait une pandémie mondiale à l’époque. De nombreux pays venaient de traverser la Première Guerre mondiale. Il y a bien sûr eu des répercussions financières qui ont poussé les gouvernements à chercher un bouc émissaire : qui allons-nous blâmer pour cela ? Cette situation a donc joué un rôle important dans la montée du nationalisme en Europe. 

    Nos églises furent également touchées par la révolution russe et les violentes persécutions qui s’ensuivirent dans la région de l’Ukraine, où se trouvait une grande partie d’entre elles à l’époque. 

    Avec ce mélange de nationalisme, de différences culturelles, de langues, de violences récentes et plus anciennes entre leurs pays, il était difficile pour les responsables des églises mennonites en 1925 de penser à l’unité. 

    Certains spiritualisent l’idée d’unité et disent : Nous serons un au ciel… 

    Ou encore : Oui, nous nous battons violemment les uns contre les autres, mais nous restons unis dans l’esprit.  

    Aujourd’hui comme hier, certaines églises se méfient des autres chrétiens, même à l’intérieur d’une même famille dénominationnelle. 

    Mais ce n’est pas ce que dit la Bible. 

    La Bible parle de l’unité d’une manière très pratique, visible même pour le monde. Il y a un degré d’unité qui relève du miracle. 

    Le fondateur de la CMM, Christian Neff et d’autres ont parlé et écrit sur le besoin de créer un organisme mondial déjà avant 1925, mais il n’a pas été facile de surmonter la méfiance. 

    Finalement, Christian Neff trouva une bonne excuse pour rassembler les gens : célébrons les 400 ans du mouvement anabaptiste ! 

    C’est dans ce contexte que l’église d’Ukraine envoya une lettre aux participants de ce premier rassemblement mondial anabaptiste, demandant la création d’un organisme mondial qui coordonnerait le travail de formation et de mission, et aussi soutiendrait les Églises persécutées et souffrantes. 

    Lorsque les responsables d’églises se sont réunis, cette expérience d’être ensemble leur a ouvert les yeux sur la nécessité d’une communion qui montrerait que notre identité essentielle n’est pas politique, ni un État national, ni même une culture. La source de notre identité est Jésus. 

    Le contexte d’alors était très similaire à celui d’aujourd’hui, après une pandémie, dans un contexte de montée du nationalisme et de la souffrance due à la violence et à la persécution. 

    Il est intéressant et triste à la fois de voir comment l’histoire se répète. 

    Ce qui a changé, c’est que cette expérience nous a invités à réfléchir sur le plan théologique. Voulons-nous être unis uniquement pour des raisons pragmatiques ou parce que la manière dont nous comprenons l’Évangile l’exige ? 

    Quels ont été les moments clés où nous avons cherché à devenir réellement mondiaux ? 

    Pour être une famille mondiale, nous avons besoin de différents niveaux de réconciliation et de pardon pour les divisions que nous avons connues dans le passé. 

    Nous n’étions pas prêts à penser de cette manière il y a 80 ans. 

    Au début, les responsables ont dit qu’il fallait se contenter d’une Assemblée. Et c’est ce qui s’est passé pendant les 40 ou 50 premières années. 

    Mais de plus en plus d’Églises du Sud sont devenues membres. Et les églises qui souffrent voient avec plus de clarté la nécessité d’une Église mondiale. On ne peut pas faire face seul à une persécution violente ou à une catastrophe naturelle. 

    Dans les années 1970, des présidents issus du monde entier ont commencé à être nommés. Au sein du Comité Exécutif, C. J. Dyck dit que, si nous voulons que la CMM continue, elle doit être plus qu’un rassemblement mondial. Elle doit être une partie de la mission à laquelle les mennonites sont appelés dans ce monde, un lieu où ils clarifient le sens de la foi dans leurs divers contextes culturels. 

    Cette vision est le résultat, entre autres, de l’apport des églises du Sud qui demandaient plus d’interdépendance. 

    Ces expériences ont fait évoluer la compréhension théologique d’une Église qui dépasse les portes de notre assemblée locale. 

    Sommes-nous là où nous devrions être ? 

    Je pense que nous allons dans la bonne direction, mais nous sommes confrontés à des défis théologiques dès lors que nous parlons de l’Église mondiale. 

    De nombreux responsables et pasteurs de notre Église mondiale commencent tout juste à avoir une idée claire de l’unité. 

    Trop souvent, notre compréhension de la pureté dans notre tradition anabaptiste nous a poussés à nous fragmenter parce que nous pensons que, pour être saints ou purs, nous devons nous séparer de ceux que nous estimons ne pas l’être. 

    Notre histoire de divisions exige une véritable réconciliation. Certaines blessures historiques n’ont pas été guéries et nous continuons à observer certaines divisions au quotidien. 

    Les problèmes du racisme et du colonialisme sont toujours présents. Certains pans de l’Église ont tendance à prendre des décisions sans consulter les autres et à imposer leur point de vue. 

    Le fait de privilégier nos propres intérêts au détriment de ceux des autres pose problème, comme de dire que nous devons d’abord protéger notre budget avant de penser aux autres églises. 

    En outre, nous avons des ambitions et le désir de contrôler, de dominer et de conquérir les autres. 

    Les royaumes du monde nous attirent beaucoup. Nous aimons nous sentir supérieurs aux autres groupes. 

    Mais Dieu nous invite à avoir une vie qui contraste avec les royaumes du monde. Le royaume de Dieu est une véritable alternative. Nous devons reconnaître que nous avons besoin de la puissance de l’Esprit Saint. 

    500@Anabaptism at South Korea
    500th Anabaptist Anniversary

    Qu’entendons-nous par unité ? 

    Nous devons comprendre que l’unité ne signifie pas nécessairement l’absence de conflit. La véritable unité implique que différents fragments et différents modèles forment un tout. 

    Par définition, l’unité implique la diversité, car s’il n’y a pas de diversité d’opinions, de culture, de théologie ou de vécu, il n’y a pas lieu de parler d’unité puisque tout le monde croit la même chose. Le contraire de l’unité n’est pas la diversité, c’est l’uniformité. 

    En tant qu’Église de paix, nous savons que le problème n’est pas d’avoir des conflits. Le problème, c’est la façon dont nous gérons ces conflits. 

    Il est impossible d’avoir une relation saine sans conflit. 

    Aujourd’hui, beaucoup d’églises de la CMM sont le résultat d’une scission avec d’autres églises. Le fait que le temps ait passé ne change rien au fait qu’il s’agissait d’une division interne. 

    Au sein de la CMM, nous essayons d’encourager les églises à rester ensemble autant que possible et à ne pas se diviser. 

    Cependant, la séparation est parfois nécessaire parce qu’il y a un degré de désaccord tel qu’il n’est pas possible de le résoudre, en raison de la nature de notre cœur. Dieu nous permet un certain niveau de distanciation, et nous pouvons toujours faire partie de la famille mondiale à condition de respecter nos différences, même si nous ne partageons pas la même position sur un sujet donné. 

    Cela implique la volonté de guérir les blessures. Les deux parties doivent s’efforcer de guérir les rancœurs et d’éviter de se haïr. 

    Là encore, ce sont nos expériences qui nous poussent à réfléchir théologiquement à l’unité. 

    En quoi le thème ‘Le Courage d’Aimer’ guide-t-il et façonne-t-il notre réflexion autour de cet anniversaire ? 

    Je pense qu’il s’agit là d’un sujet crucial et pertinent pour le monde politique d’aujourd’hui, où tant de gens sont brutalisés et intimidés et brutalisent les autres. 

    Il y a beaucoup de causes, d’actions et de revendications justes. De nombreuses personnes disent : « Nous avons le droit de défendre notre terre. Nous avons le droit d’exiger que ces agresseurs cessent leurs agressions. » 

    Mais existe-t-il une possibilité de faire autre chose que de revendiquer ses droits ? 

    Je pense que Jésus nous invite à emprunter un autre chemin. 

    Dire « Je veux mettre mes droits de côté et aimer » demande un rare courage. 

    Ce n’est pas une attitude passive. Cela implique d’avoir une réponse très intentionnelle, voire assertive, qui cherche le bénéfice de l’autre, qui cherche même le bien-être de l’agresseur. 

    Le courage d’aimer que nos prédécesseurs ont découvert il y a 500 ans n’était pas nouveau. Dieu nous invite à le faire depuis le début de l’histoire de l’humanité. 

    Le courage d’aimer implique également de se libérer de la peur (1 Jean 4.18). 

    Je perçois que de nombreux responsables agissent par peur : peur d’être contaminés, peur d’être influencés, peur du changement. 

    Lorsque l’amour est parfait, on peut parler de n’importe quel sujet difficile sans craindre de perdre quelque chose. 

    Il n’y a pas de fragmentation, d’excommunication ou de condamnation mutuelle, mais du respect pour les convictions fortes. 

    Comme l’a dit Augustin d’Hippone, le péché peut se définir comme l’égocentrisme. L’amour est donc le contraire de cela. 

    Quand on aime, on s’ouvre aux autres et il n’y a pas de place pour la peur. 

    Une partie de la mission de la CMM est d’établir des relations avec d’autres communions. En quoi cette expérience t’a-t-elle façonné ? 

    Si vous n’avez pas de relations avec d’autres chrétiens, vous risquez d’avoir une idée très étroite de ce qu’est l’Église chrétienne. 

    Étant un organisme mondial, la CMM a la capacité de nous représenter en tant qu’entité auprès d’autres Églises. 

    Lorsque vous avez une identité claire et que vous vivez vos valeurs, les expériences avec d’autres Églises peuvent être immensément riches et transformatrices. Vous pouvez alors apprendre des autres et partager vos valeurs. 

    Cela ne veut pas dire que c’est facile. Par exemple, à la Conférence des secrétaires des communions chrétiennes mondiales, il y avait 21 entités mondiales représentées. Comme vous pouvez l’imaginer, la diversité est énorme. 

    Pour certaines d’entre elles, il existe un passé compliqué de persécutions et de condamnations mutuelles. Pour d’autres, il n’y a même pas de relations. 

    Et bien sûr, la compréhension qu’ont ces Églises sur de nombreux sujets, tels que la gouvernance et la hiérarchie est très différente. 

    C’était donc un défi de réfléchir à la manière de représenter la CMM. Comment est-ce que je dois réagir face aux défis ? Il y a des réunions où les sujets sont si controversés que les discussions deviennent très vives. 

    Mais avec le temps, j’ai commencé à voir que les défis que présente une communion sont très similaires à ceux d’une autre communion. 

    Et les relations ont commencé à s’approfondir. Cela m’a aidé à apprécier les personnes avant les doctrines ou les différences doctrinales. 

    Je me souviens d’une réunion où il y avait plusieurs secrétaires généraux à un repas. 

    L’un d’eux a dit à l’autre : « Vous connaissant, je pense de manière tellement similaire à vous que je serais d’accord pour faire partie de votre Église » et l’autre a répondu :« Je pourrais aussi être membre de votre Église ». 

    Ces expériences façonnent donc votre façon de comprendre les Écritures et vous transforment en cours de route. 

    Prayer group in Peru
    500 years of Anabaptism celebration in Peru

    Comment la CMM peut-elle évoluer fidèlement pour devenir une communion forte et revivifiée, capable de relever les défis d’un avenir qui pourrait être très différent ? 

    Je dirais que, si nous continuons sur la même voie, nous serons résilients : 

    • construire une communion mondiale, 
    • rechercher l’interdépendance, 
    • prendre des décisions par consensus, 
    • se consulter les uns les autres, 
    • avoir de bons responsables, 
    • entretenir de bonnes relations avec les autres membres de la famille anabaptiste, 
    • établir de bonnes relations avec d’autres communions mondiales,
    • guérir les mémoires à l’intérieur et à l’extérieur. 

    Mais, bien sûr, nous devons aussi avoir le courage de reconnaître nos propres faiblesses. 

    Nous avons parfois une approche triomphaliste de la mission et de l’implantation d’églises, de l’action sociale et du développement, de notre impact sur le commerce et de la construction de la paix. 

    Bien sûr, il est bon de reconnaître le travail que nous avons accompli. Mais il est également bon de reconnaître toutes nos faiblesses. 

    Nous devons nous rendre compte de la quantité de travail qui fait double emploi en matière d’implantation d’églises, de l’omniprésence du colonialisme dans notre travail et du paternalisme qui subsiste dans nos organismes missionnaires. 

    Et être conscient aussi du bien accompli par notre engagement et, tout en sachant combien de personnes nous avons blessées dans ce processus. 

    Il est également crucial de nous regarder avec humilité et de voir à quel point nous sommes petits par rapport aux autres communions mondiales. 

    Ainsi, pour être une Église résiliente et pleine d’espoir pour l’avenir, nous devons reconnaître les domaines sur lesquels nous devons travailler. 

    Une communion forte est une communion capable de parler de ses différences avec amour. 

    ‘Le courage d’aimer’ : l’amour nous donne l’ouverture d’esprit et le courage de faire des choses difficiles. 

    Secrétaire General de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM) depuis 2012, César García, mennonite colombien et canadien s’est entretenu avec la rédactrice de Courrier, Karla Braun, à propos des 100 ans de la CMM et du Courage d’Aimer. Cet entretien a été édité pour des raisons de concision et de clarté. 

    AWFS group photo Netherlands
  • Courrier : Perspectives

    Amérique latine : Paraguay

    La mission de l’ASCIM (Association de Services de Coopération Indigène-Mennonite ; Associacion De Servicios De Cooperacion Indigena – Ménonita) est de promouvoir la croissance socio-économique des communautés indigènes par le biais de partenariats dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’économie et d’une aide socio-spirituelle, en vue d’une coexistence interculturelle harmonieuse. L’ASCIM est née des efforts d’évangélisation et de coopération de trois colonies mennonites allemandes et de leurs voisins Enhlet et Nivaclé à Yalve Sanga dans le Chaco, à l’ouest du Paraguay. Elle a été officiellement fondée en 1978. L’ASCIM est membre du Réseau Anabaptiste Mondial d’Entraide (GASN). 

    La population du Chaco central du Paraguay étant multiculturelle, il est évident que la paix dans cette région ne peut être maintenue que par la coopération. Si le fossé entre ceux qui sont économiquement plus faibles et ceux qui sont économiquement plus forts se creuse trop, il est prévisible que des conflits sociaux surgissent. C’est pourquoi l’ASCIM, fondée sur la foi chrétienne, s’engage à faire en sorte que les habitants de cette région vivent dans une coexistence coopérative.  

    Car si Dieu a donné à chacun la dignité, personne ne doit donc être laissé pour compte ; les besoins fondamentaux de chacun doivent être satisfaits afin d’assurer une coexistence harmonieuse. 

    L’ASCIM propose des programmes de partenariat dans les domaines de l’éducation, de la santé, des affaires et d’une aide socio-spirituelle. En travaillant ensemble en tant que partenaires dans les différents domaines de la vie, les gens se découvrent, apprennent à se connaître et à s’apprécier, discutent et planifient ensemble. Il ne s’agit pas de petits projets temporaires, mais d’une coopération à long terme au service de la paix. 

    Un accident révèle une maladie 

    Si vous aviez vu cette femme de 50 ans, de la communauté Nivaclé de Nicha Toyisch, vous auriez pu penser qu’elle avait 70 ans. Cette femme, appelons-la Lisa, conduisait une moto. Son gros orteil gauche s’est coincé entre la chaîne et la roue dentée alors qu’elle conduisait, et l’orteil a été complètement arraché de son pied.  

    Le gros orteil n’est pas seulement le plus gros des orteils, c’est aussi le plus important pour la marche.  

    Lisa a été transportée à l’hôpital par camioneta (petit camion), mais n’a pas pu payer une opération dans un hôpital privé. Elle est arrivée à Yalve Sanga à 18 heures, avec une hémorragie et de fortes douleurs. Il y avait une plaie ouverte à l’endroit où aurait dû se trouver le gros orteil. 

    Nous nous sommes mis au travail avec les moyens du bord. Nous lui avons administré une anesthésie locale, pendant laquelle les infirmières lui ont posé une intraveineuse, par laquelle elle a également reçu des analgésiques. Dans un calme relatif, nous avons ensuite pu laver la plaie, déjà moins douloureuse, à l’aide d’un désinfectant, pour éviter tout risque d’infection. Nous avons ensuite arrêté l’hémorragie. Nous avons tiré la peau restante sur la plaie ouverte autant que possible et l’avons recousue pour qu’elle ne saigne plus et qu’elle puisse cicatriser (même si cela peut prendre beaucoup de temps) et mis un pansement.  

    Lisa a été hospitalisée et a reçu des antibiotiques, des analgésiques et des vaccins contre le tétanos. Son fils adulte, qui vit toujours chez elle, était très inquiet. Il l’a accompagnée tout au long de la procédure.  

    Cependant, nous avons remarqué que Lisa avait peut-être d’autres problèmes de santé. Normalement, les patients plus âgés profitent de l’hospitalisation pour manger plus sainement. Dans le cas de Lisa, le personnel soignant a remarqué qu’elle laissait beaucoup de nourriture dans son assiette. 

    En outre, elle présentait une toux persistante que les infirmières ont trouvée suspecte. Les expectorations ont été examinées à la recherche de tuberculose, et il s’est avéré que le plus grand ennemi de Lisa était le bacille de la tuberculose, et non l’orteil amputé. 

    Nous avons donc commencé à traiter la tuberculose. Lisa a continué à recevoir des soins quotidiens pour sa plaie, et le régime riche en protéines a commencé à avoir meilleur goût. 

    Au bout de dix jours, elle s’était suffisamment rétablie pour pouvoir sortir de l’hôpital. La plaie avait encore besoin d’un peu de temps pour guérir, mais elle était capable de se déplacer à la maison à l’aide d’une canne. L’agent de santé communautaire de Nicha Toyisch, formé par l’ASCIM, et l’infirmière qui se rend chaque semaine dans le campement se sont chargés de changer régulièrement les pansements. 

    Au bout de deux mois environ, le pied était guéri et au bout de six mois, le traitement contre la tuberculose était terminé. 

    (écrit par le Dr Richard Wiens, médecin en chef du Sanatorium ASCIM) 

    Cette histoire montre notre impact sur la vie de quelqu’un dans le cadre de notre travail pratique à long terme. 

    Dans le domaine de l’éducation, nous proposons des formations pour les enseignants. Dans le secteur de la santé, nous assurons la formation et l’accompagnement du personnel de santé, ainsi que les soins préventifs, les consultations et, si nécessaire, les transferts de patients. Nous collaborons avec les conseils d’administration des colonies pour l’estimation des coûts, nous donnons des conseils en matière d’élevage et d’agriculture et nous proposons des formations en comptabilité. Nous proposons une formation socio-spirituelle aux femmes. Nous fournissons du matériel pédagogique pour les jardins d’enfants et formons des enseignants indigènes. Des services volontaires sont disponibles sur recommandation de l’église d’origine.  

    Dans l’ensemble, nous croyons que notre travail est holistique et qu’il contribue à la paix. 

    Gloire à Dieu ! 

    – Heinrich Dyck Harder est le vice-directeur de l’ASCIM (Associacion De Servicios De Cooperacion Indigena – Menonita) à Yalve Sanga, au Paraguay.  

    Site web : ASCIM.org 

    Meeting of CEA graduates
  • Courrier : Perspectives

    Europe : Espagne

    AMyHCE (Anabautistas, Menonitas y Hermanos en Cristo / anabaptistes, mennonites et Frères en Christ) est un petit mouvement d’églises de tradition anabaptiste qui est devenu une fédération unique au sein de la FEREDE. Cette fédération d’églises évangéliques aide à la reconnaissance de nos églises dans le cadre juridique espagnol. Pour donner quelques exemples, cela permet aux mariages célébrés dans nos églises d’avoir une validité juridique ; nous avons l’autorisation de proposer une assistance dans les prisons et une aumônerie d’hôpital ; et à Burgos, le conseil municipal a donné un terrain pour y construire un lieu de rencontre. 

    Nous sommes rattachés à la CMM depuis le début, ce qui nous a permis d’être visibles auprès de nos églises sœurs en Europe et ailleurs. Devenir une fédération nationale est utile, mais en outre, la CMM nous donne le sentiment précieux d’appartenir à une véritable église ayant une identité anabaptiste mondiale. AMyHCE est membre de la Fraternité Missionnaire Mondiale (GMF). 

    Nous étions très peu nombreux lorsque nous avons commencé à nous appeler mennonites ou anabaptistes en Espagne. Nous nous sommes regroupés pour nouer des relations, interagir assez régulièrement et explorer des questions communes. 

    C’est ainsi qu’est née la EME, (Rencontre Mennonite Espagnole), qui a lieu tous les deux ans pour mieux se connaître, près de la paroisse qui l’organise. Tous les membres qui le souhaitent peuvent y participer et certains viennent d’autres pays. 

    Pendant deux ou trois jours bien remplis, nous découvrons les cuisines régionales et différents styles de culte ; nous avons un thème, un intervenant et nous nous mélangeons dans des groupes de discussion ; nous avons des ateliers, nous écoutons des témoignages et un prédicateur le dimanche ; nous renforçons notre amitié, et nous faisons un peu de tourisme. 

    Cette remarquable diversité nous enrichit et nous stimule pour grandir dans l’amour. Nous nous efforçons à suivre Jésus et le Saint-Esprit nous surprend et nous émerveille sans cesse. 

    Un large éventail de missions 

    L’assemblée mennonite de Barcelone reste petite, mais un noyau offre des logements à des migrants. 

    Depuis des décennies, nous travaillons avec trois paroisses Frères en Christ qui ont un centre de mission aux environs de Madrid, et un autre maintenant dans les Asturies.  

    L’église « évangélique » de Vigo a un ministère parmi les Roms (anciennement appelés « gitans »).  

    L’église « anabaptiste » de Burgos est beaucoup plus grande, avec un centre missionnaire dans une autre ville, et est en train de changer de génération. En 1999, elle a créé La Casa Grande au Bénin : un foyer pour enfants abandonnés, qui permet à de nombreux enfants de la région de recevoir une éducation.

    Une forte immigration en Espagne a amené des frères et sœurs des églises ‘Amor Viviente’ au Honduras (fondées par des missionnaires de Eastern Mennonite Board of Missions) qui nous encouragent, car ils ont implanté une demi-douzaine d’églises et continuent à faire de la formation et à avoir de nouveaux centres missionnaires. 

    CTK (Centre Théologique Koinonia) a été créé par des responsables de Madrid et de Burgos qui souhaitaient en former d’autres. Certaines communautés ont fait appel au CTK pour étudier la Bible et la doctrine chrétienne avec une approche anabaptiste, tout en apprenant les fondements du ministère chrétien pour le service dans les églises. Les étudiants viennent de leur ville un samedi par mois, et ils créent une communauté par la dynamique des cours, en dialoguant en groupes et en partageant un repas.  

    Se connaître, c’est développer des relations d’amitié, quelle que soit la communauté à laquelle on appartient. 

    Le plus surprenant, c’est peut-être qu’une retraite annuelle favorise la communion fraternelle entre les pasteurs et les responsables de groupes aussi différents. Aucune structure ou formalité ne menace l’identité propre de chaque groupe. Nous invitons les missionnaires nouvellement arrivés à apprendre à nous connaître dans ce cadre.  

    Tout semble fragile et spontané, mais il y a un désir que l’Esprit de Dieu réponde aux besoins personnels. Oui, lors des réunions annuelles, les ordres du jour et les sujets sont discutés, mais c’est surtout un lieu où les responsables prient ensemble et parlent de leurs progrès et de leurs besoins avec une totale vulnérabilité, recevant la prière, l’amour et le soutien de leurs collègues. Nous rions et pleurons ensemble. Dernièrement, deux ou trois fois par an, nous nous réunissons sur Zoom pour maintenir une certaine communion. 

    Je ne peux m’empêcher de penser que tout ce qu’il y a de meilleur dans le royaume de Dieu est un don du Saint-Esprit. Lorsque je regarde en arrière, je vois clairement que ce qui est durable, c’est ce que Dieu initie et fait en nous et à travers nous. Tout ce que nous réalisons par nos propres forces ou avec nos talents humains risque de s’effondrer un jour. 

    Laissons donc Dieu être vraiment le protagoniste de nos vies et de nos actions, et choisissons de laisser l’Esprit agir en nous. Nous apprenons à être la famille de Dieu. 

    – Connie Bentson Byler a vécu en Espagne au service du Mennonite Mission Network (Réseau missionnaire mennonite) pendant quarante ans. Elle et Dennis Byler sont membres des Communautés anabaptistes Unies de Burgos, bien qu’ils vivent à deux heures de route depuis qu’ils ont pris leur retraite en2018. 

    Site internet : www.menonitas.org/ 

    EME (Spanish Mennonite Encounter) 2017 in Barcelona with 170 participants.
  • Courrier : Perspectives

    Afrique : Benin

    Casa Grande, en Benin, a été fondée par des missionnaires de l’église mennonite de Burgos en Espagne (Iglesia Evangélica Comunidades Unidas Anabautistas, qui fait partie de l’église membre de la CMM Anbautistas, Menonitas y Hermanos en Cristo – España), travaillant avec l’Institut Biblique du Bénin. Aujourd’hui, les partenaires sont Mennonite Mission Network, Mennonitiches Hilfswerk, Mennonite Men et d’autres. Casa Grande est membre du GASN. 

    C’est un plaisir de voir ce qu’accomplit ce Dieu merveilleux dont les enfants sont partout et dont l’amour se déverse sur tous, où qu’ils soient. 

    Casa Grande a commencé comme un foyer pour les enfants orphelins ou qui avaient besoin d’un soutien plus important que celui que leur famille pouvait leur apporter. Aujourd’hui, nous avons étendu nos activités à l’éducation (du primaire au secondaire) et à la formation professionnelle, tout en partageant la Parole de Dieu à travers ces différentes actions de développement dans les communautés. Les projets relatifs à l’agriculture, aux sources d’énergie propre de combustible solide et à la gestion des déchets comprennent une unité d’élevage de porcs, du charbon écologique à partir des déchets et la construction de latrines.  

    Notre ministère de l’éducation accorde une attention particulière aux filles qui subissent souvent des pressions pour abandonner l’école. En outre, des mesures de soutien d’accompagnement sont prévues pour les enfants handicapés et vulnérables. Le centre a recruté un physiothérapeute et un orthophoniste pour travailler avec ces enfants.  

    Notre travail de gestion et de valorisation des déchets, forme les femmes et les filles de la communauté à l’entretien et à l’utilisation des latrines et à la fabrication de combustible de cuisson et de compost amélioré à partir de déchets. 

    Lorsque vous voyez des rues bordées d’arbres dans la Commune d’Allada, cela signifie que la Casa Grande est proche. Notre quartier est différent des autres car les rues sont bordées d’arbres. C’est une démonstration de notre action de protection environnementale et un signe de notre lutte contre la déforestation.  

    Lorsque nous prenons en charge un enfant pour son éducation à l’école Les Leaders d’Afrique de la Casa Grande, les membres de sa famille sont impliqués. Les enfants bénéficiant de notre ministère et qui ont été directement touchés par notre travail d’appui scolaire en 2023 sont au nombre de 86, mais nous pouvons estimer le nombre de ceux qui sont indirectement touchés à près de 800. Pour estimer le nombre de personnes concernées, nous faisons une multiplication, car nous supposons que cet enfant a un père, une mère et un frère ou une sœur. En soutenant l’enfant, nous soulageons le fardeau des membres de la famille. 

    La fillette perdue 

    Lorsque sa famille a connu des temps difficiles, une fillette que nous nommons F de six ou sept ans a été envoyée chez une femme riche pour faire gagner de l’argent à sa tante. La fillette s’est rapidement enfuie. La police l’a retrouvée et l’a placée dans un centre. Cinq ans plus tard, elle est venue vivre avec nous à Casa Grande. 

    Nous avons entrepris de retrouver sa famille. Lorsque F nous a été confiée, nous nous sommes mis à la recherche de la famille de l’enfant. Nous avons passé de nombreuses nuits et nous avons parcouru beaucoup de kilomètres, allant d’un village à l’autre. 

    À près de 200 km de la Casa Grande, nous avons trouvé une famille qui nous a parlé d’une fillette perdue, une histoire semblable à la fillette de notre foyer. Nous avons écouté l’histoire de la séparation de l’enfant de sa famille. 

    Soudain, une jeune femme est sortie de la maison, ressemblant à notre fillette F, comme si elle était sa sœur aînée. Nous avons dit : « C’est notre enfant ! » Quelques instants après est apparue une femme qui ressemblait elle aussi à F et qui nous a raconté leur histoire. Elle nous a montré une photo de l’enfant qu’elle avait perdu et nous lui avons montré une photo de la fillette que nous avions trouvée. 

    Lorsque nous avons montré la photo à la mère, elle est sortie en courant et a fait le tour du village. Elle s’est mise à sauter de joie, s’est jeté par terre, pleurant et criant sa joie. « Gloire à Dieu. Dieu a retrouvé ma fille ! » Et ce fut un jour de fête ; le village est sorti en grand nombre pour nous entourer. 

    C’est donc une histoire qui a touché toute la communauté, et nous avons toujours une relation avec F que nous avons remise à sa maman. Toute la famille était très contente car la fillette perdue était retrouvée. 

    Tout le monde a sa place 

    Les gens n’aimaient pas que les enfants handicapés aillent à l’école avec les enfants en bonne santé. Mais grâce au projet de soutien aux enfants handicapés, nous avons créé l’inclusion, où les enfants en bonne santé et les enfants handicapés grandissent côte à côte et étudient dans la même classe.  

    Deux petits garçons ayant besoin de soins médicaux importants et dont les mères étaient célibataires nous ont été confiés.  

    L’un d’eux que nous allons nommer T a été confié à sa tante qui le négligeait. Il souffrait de grave malnutrition. En le regardant, on ne voyait que ses os. Un voisin a appelé la police qui l’a emmené à l’hôpital, mais la tante ne voulait pas payer. Un juge a donc émis une ordonnance de placement pour que T vienne chez nous.  

    Lorsque T nous a été confié, nous avons eu un peu peur, mais nous sommes très heureux que Dieu ait pu se servir de nous pour sauver la vie de cet enfant. Aujourd’hui, quand les gens viennent voir l’enfant, ils ne peuvent pas croire que c’est le même enfant. 

    Mais nous répondons que c’est bien lui !  

    L’autre a une mère qui est en prison et qui a des problèmes de santé mentale. Elle l’a jeté comme un vulgaire paquet, et le juge des enfants a ordonné que l’enfant que nous nommons P soit confié à nos soins.  

    Lorsque nous l’avons ramené à la maison il y a 10 mois, nous avons découvert qu’il était atteint d’un cas grave d’anémie falciforme, une maladie très difficile à soigner. Chaque mois nous passons des jours à l’hôpital avec P pour qu’il soit soigné, mais depuis près de 4 mois nous n’avons plus eu besoin d’aller à l’hôpital. 

    Nous avons prié et l’enfant se porte très bien aujourd’hui.  

    Sa maman est toujours en prison, alors nous prions avec P, nous méditons la Parole ensemble et nous aidons cet enfant à découvrir son avenir et à sentir la chaleur de l’amour de Dieu. 

    —Koissivi Bienvenu KADJA est le coordinateur national de La Casa Grande à Allarda, au Bénin, depuis 2019. Il a rejoint l’équipe en 2011 et a occupé plusieurs fonctions. 

    Site-web : casagrandebenin.org 

  • Le MDS est intervenu lors dune nouvelle inondation catastrophique à Barre, dans le Vermont, et dans ses environs, où des bénévoles ont nettoyé ou réparé plus de 50 maisons. Les femmes photographiées ont nettoyé la boue du sous-sol dune maison inondée par les eaux de larivière. Photographe : Brent Trumbo 

    Amérique du Nord : États-Unis

    Mennonite Disaster Service (Service mennonite de secours), qui intervient en cas de catastrophe en reconstruisant des maisons et en redonnant de l’espoir, fournit les moyens à des bénévoles pour aider les personnes sinistrées aux États-Unis et au Canada. Créé dans les années 1950 comme une mise en pratiques anabaptistes de l’entraide, le MDS est aujourd’hui respecté par les agences nationales de gestion de catastrophes dans les deux pays. En 2022-2023, le MDS comptait plus de 7 000 bénévoles — certains expérimentés dans le domaine de la construction, et d’autres totalement novices — venant des églises mennonites partenaires, d’autres églises ou d’aucune église, et issus de tout l’éventail anabaptiste en Amérique du Nord, des Amish Old Order aux mennonites urbains et férus de technologie. Le MDS est membre du réseau Anabaptiste Mondial d’Entraide. 

    Le 29 juillet 2024, Brent Trumbo, chef d’équipe à Barre, dans le Vermont (Etats-Unis), était aux côtés de volontaires mennonites Old Order de Dayton (Virginie) et du comté de Lancaster (Pennsylvanie). Ce volontaire de longue date de MDS est membre de l’église mennonite de Harrisonburg, en Virginie. 

    « J’ai été abasourdi quand j’ai vu ce qu’elles faisaient », dit-il. « Des femmes, pour la plupart âgées d’une vingtaine d’années, utilisaient des pelles pour remplir de boue des seaux de 20 litres, puis les portaient, un dans chaque main, hors du sous-sol d’une maison vieille de 200 ans qui avait été inondée par la boue de la rivière. » 

    « Elles portaient environ 18 kg dans chaque main. Elles ont fait cela pendant des heures, sans s’arrêter ni ralentir ». 

    Et elles chantaient tout en travaillant. « C’était incroyablement harmonieux », dit Brent Trumbo. « On aurait pu faire un enregistrement dans cette cave ! » 

    Il est émerveillé par la beauté de ces chants qui s’élevaient de la boue de cette cave. « C’était un environnement désagréable. Nous y avions installé des lumières temporaires, mais il faisait sombre. Ça ne sentait pas bon. » 

    Mais les conditions de travail ne semblaient pas du tout perturber les femmes. Il s’est donc mis au travail. 

    « J’essayais de suivre », dit Brent Trumbo, 65 ans. « J’ai dû prendre quelques ibuprofènes (antidouleurs) ». 

    Il se souvient avoir eu les larmes aux yeux lors de son dernier jour de travail, le 2 août 2024. 

    « Ces jeunes femmes travaillaient si dur. Elles étaient humbles. Elles étaient très amicales et venaient parler avec moi quelquefois pendant 20 minutes, très à l’aise », a-t-il déclaré. « Elles m’ont redonné espoir concernant la prochaine génération. C’est vraiment ce que je ressens. Je suis très ému lorsque j’en parle ». 

    Il ne se doutait pas que la photo qu’il avait prise des femmes aux robes boueuses serait vue par des milliers de personnes sur Facebook et Instagram. 

    « Les gens pensaient qu’il s’agissait de quelqu’un qui faisait preuve de créativité avec l’IA (intelligence artificielle) ! », dit Brent Trumbo, qui voudrait que les gens soient sûrs qu’il est vraiment un être humain ! 

    Qui n’est pas sur la photo ? Le propriétaire de la maison, un homme qui apportait périodiquement des collations et des boissons au sous-sol pour les bénévoles, et qui a été stupéfait en voyant le travail accompli. 

    « Alors que nous partions, j’ai remarqué qu’il était sorti dans la cour et qu’il s’était assis sur une chaise de jardin, et qu’il semblait pleurer », dit Brent Trumbo. « Je suis sûr qu’il était sous le choc. C’était un moment très émouvant. » 

    Cette histoire a été publiée pour la première fois sur le site web du MDS après que la photo ait paru sur les médias sociaux. 


    Une réflexion du directeur exécutif du MDS, Kevin King : 

    Fin août, j’ai passé plusieurs jours à Barre, dans le Vermont, pour visiter le projet du MDS et les communautés environnantes. J’ai rejoint des volontaires d’Arizona, de New York, de l’Illinois, de l’Ohio, de la Virginie, du Minnesota et de l’Indiana et j’ai écouté les survivants des inondations et les responsables des communautés locales. Trois inondations majeures ont touché le nord et le centre du Vermont au cours des 12 derniers mois. On m’a raconté comment, lorsque des orages éclatent, de nombreux habitants revivent le traumatisme et se demandent si une quatrième inondation va les frapper. 

    Un matin, au cours du petit-déjeuner, Dan Molind, pasteur baptiste local, a fait la remarque suivante : « Comme je suis béni de voir la grande variété de mennonites qui sont venus nettoyer et reconstruire grâce au MDS — des Amish aux progressistes. Comment est-ce possible ? » 

    J’ai répondu que c’était par compassion, par obéissance à la Parole et par reconnaissance envers Dieu. 

    En tant que communauté de foi anabaptiste, nous avons peut-être des différences, mais je constate toujours que les volontaires du MDS vivent leur unité dans le Christ en mettant leur foi en action. 

    Et je suis toujours encouragé. 

    Site web : mds.org 

  • Asie : Inde

    La « Little Flock Discipleship School » (l’École de Disciples du Petit troupeau) est un groupe de communautés situé à Uttar Medabari, dans le district d’Alipurduar, au Bengale occidental (Inde). En 1985, Little Flock a été créé par des églises évangéliques pour répondre à l’Ordre missionnaire [de Jésus] dans la partie nord du Bengale occidental. Cependant, au fur et à mesure que la mission se développait, la nécessité de former, d’équiper et d’envoyer des disciples dans des régions non atteintes est devenue évidente. La première promotion de la Little Flock Discipleship School, composée de 12 disciples, a commencé son travail en avril 2010 dans une maison louée dans le village de Bamanpara. La 14e promotion, diplômée en 2024, s’ajoutera aux 24 disciples aux 201 déjà formés.  

    Little Flock fait partie de l’Église missionnaire unie de l’Inde (BJCPM-Bharatiya Jukta Christa Prachar Mandali) et fonctionne en partenariat avec l’Église missionnaire de Nappanee. Little Flock est membre de la Fraternité Missionnaire Mondiale (GMF). 

    Little Flock est situé au pied des montagnes de l’Himalaya, entouré de paysages magnifiques — forêts et rivières, montagnes et cultures de thé — près de sept États indiens et bordant trois pays voisins : le Bhoutan, le Népal et le Bangladesh. 

    Nous nous sommes fixé les quatre objectifs suivants : 

    • #1. Former des disciples à l’image du Christ. 
    • #2. Équiper des disciples avec la Parole. 
    • #3. Impacter les vies grâce à des disciples efficaces. 
    • # 4 Multiplier les disciples. 

    Notre ministère comprend un centre de formation de disciples, des ateliers de formation de disciples, des centres de développement de l’enfant (écoles pour les enfants socialement, économiquement et politiquement marginalisés, dont les frais de scolarité et les repas sont payés), des centres de formation de base en informatique, des centres de prière et d’accompagnent, des campagnes de don du sang, des campagnes de soins ophtalmologiques et des festivals pour les enfants. 

    Après avoir étudié dans l’école de Little Flock, les étudiants comprennent mieux ce qu’ils doivent apprendre et comment servir. Ils poursuivent leur formation dans le domaine de la santé ou dans des instituts de théologie. D’autres organisations et dénominations envoient leurs agents de terrain se former pour le travail missionnaire.  

    Quelques témoignages : 

    Transformation sociale et spirituelle 

    Libéré de sa dépendance à la drogue par la puissance du Saint-Esprit lors d’une formation à Little Flock en 2018-2019, Saikhoram Reang est retourné dans son village de Gaurangapara, à Tripura. Il est très motivé pour travailler parmi les plus pauvres des enfants pauvres, privés de nourriture régulière, d’école, d’éducation et de soins parentaux.  

    Little Flock a aidé Saikhoram Reang à créer un centre de stimulation de l’enfant. Les enfants y apprennent des chansons, des sketches et ont des activités artistiques, tant bibliques que profanes. L’école a permis à des enfants qui avaient abandonné l’école de reprendre leurs études, aujourd’hui jusqu’au lycée. 

    Depuis 2020, Saikhoram Reang et son équipe sont une grande bénédiction pour éduquer, nourrir et former spirituellement 71 enfants.  

    De la timidité à l’intrépidité missionnaire 

    Lorsqu’il a rejoint Little Flock en 2014, Bibek Narjinary était extrêmement timide et introverti. Mais sa vie a été radicalement transformée. 

    En voyant sa motivation pour le travail missionnaire, Little Flock l’a envoyé étudier dans une école de théologie. Après avoir obtenu sa maîtrise, il a consacré sa vie à la création d’une école pour les enfants les plus défavorisés dans le village forestier de Nornoso à Karbi Anglong, en Assam.  

    Cet endroit n’a ni route, ni électricité, ni école, ni marché, ni église, pour les 400 enfants et leurs familles. Cette communauté ne connaît pas l’Évangile. « Je suis prêt à mourir pour l’évangile ici », déclare Bibek Narjinary.  

    L’esprit de foi et de grâce des intouchables 

    Les tribus Dimasa vivant dans les Collines du Nord Cachar, en Assam, sont farouchement opposées à l’Évangile. Les chrétiens, un groupe minuscule, sont considérés comme des « intouchables ». 

    Mais Gobilal Ponglo, qui a été formé à Little Flock en 2010, est retourné dans son village et a gardé une foi inébranlable malgré la persécution persistante de ses voisins. Il a contribué à la création de deux églises de maison et d’un centre pour les enfants dans le village.  

    Ce n’est pas un endroit facile pour vivre sa foi chrétienne, mais Dieu a été bon et bienveillant et les a protégés. 

    Un formateur pour être transformé 

    Disciple à Little Flock en 2011, Kripa Joy Reang est un missionnaire passionné travaillant dans les Collines du Nord Cachar. Il a le don d’établir de nouvelles antennes missionnaires dans les endroits les plus reculés de la région.  

    Lors de l’une de ses missions, il a rencontré Samson Reang à Dasta, au sud de Tripura, qui dirigeait une petite école maternelle pour les enfants réfugiés et pauvres. Kripa Joy Reang l’a formé pour élargir son champ d’action. C’est ainsi que Samson Reang a créé la Victory English School, avec un foyer et une chapelle. 

    Cette école est un outil de transformation sociale, éducative, économique et spirituelle où 200 élèves étudient de la maternelle à la cinquième année. 

    Au-delà des frontières 

    Amrit Kujur, un Adivasi qui a été formé en 2010, a joué un rôle déterminant dans l’aide apportée au missionnaire de Little Flock dans l’est du Népal. Amrit Kujur a créé des communautés de maison dans les plantations de thé de Tokla. 

    Faire grandir la foi dans les forêts 

    Un autre évangéliste Adivasi, Chotelal Oraon et sa femme Filmita Oraon, continuent de travailler pour établir le royaume de Dieu dans les villages forestiers du nord du Bengale. Depuis qu’ils sont venus à Christ en 2010, ils ont fondé deux églises. 

    Dans le village de Lothabari, où ils ont créé une maison communautaire, il y a maintenant un petit bâtiment d’église pour accueillir l’assemblée. 

    Au cours de la dernière décennie, l’Inde a connu une renaissance parmi les religions majoritaires. Nous avons été confrontés à de nombreux défis dans notre travail missionnaire et aussi à la persécution. Nous avons donc changé de paradigme dans nos stratégies missionnaires. L’annonce personnelle de l’Évangile et la formation des membres pour mener à bien la mission sont essentiels. Il est nécessaire de former les croyants à être disciples pour qu’ils adoptent un comportement conforme à la vie du Christ. Nous adoptons une approche apostolique en formant des responsables autochtones pour annoncer l’Évangile dans les endroits les plus reculés. Nous croyons qu’il faut être agent de transformation sociale, économique et spirituelle, tournés vers l’éternité. 

    Et nous prions continuellement.  

    Grâce au travail de Little Flock, des églises sont vivifiées pour former des disciples et répandre l’Évangile de Jésus-Christ dans des régions qui n’ont pas été encore atteintes. La jeune génération de chrétiens adopte aussi cette vision.  

    Nous remercions Dieu de nous donner l’occasion de répandre la bonne nouvelle de Jésus-Christ dans ces régions et ces pays. 

    — Le révérend Asit Basumata est directeur de la Little Flock Discipleship School en Inde. Il est titulaire d’une maîtrise en théologie et a travaillé comme professeur au Pax Christiana Bible College à Chennai et comme coordinateur d’un projet de lutte contre le VIH/SIDA. Il a présenté les écoles Little Flock Discipleship avec M. Gyan Mochary, directeur de Little Flock et président de Literacy International India, lors d’un webinaire du GASN, le 10 septembre 2024. 

  • James Krabill avec des étudiants de STAKWW (Sekolah Tinggi Agama Kristen Wiyata) à Pati, en Indonésie.

    À propos de la Commission Mission

    La Commission Mission met à la disposition des églises membres de la CMM des ressources et un forum pour dialoguer sur le témoignage et le service dans le monde. Composée du Réseau Anabaptiste Mondial d’Entraide (GASN) et de la Fraternité Missionnaire Mondiale (GMF), elle guide et facilite le dialogue autour de questions et d’opportunités pressantes concernant le témoignage et le service dans le monde.

    Concernant les agences missionnaires et les églises, la Commission espère stimuler des partenariats aux niveaux mondial, continental, régional et local dans l’évangélisation, se concentrant sur les lieux où l’Évangile de Jésus n’a pas encore été proclamé.

    En ce qui concerne les services d’entraide, la Commission cherche à favoriser le dialogue et la collaboration inter-agences en réponse aux nécessités pressantes du peuple de Dieu et de nos communautés.

    La réunion de juin 2023 à Harrisonburg, en Virginie (États-Unis), a été essentielle pour promouvoir et consolider le sens et l’esprit de travail d’équipe. Une soixantaine de membres du GASN et de la GMF ont pu se réunir.

    En outre, au cours des dernières années, les réunions en ligne ont été une aide précieuse pour le travail de la Commission Mission, en particulier pour la coordination de nos deux réseaux actuels. Ces webinaires ont permis aux membres d’apprendre ensemble, de partager leurs connaissances et leurs expériences, de poser des questions et de prier ensemble.

    En 2024, la Commission Mission a organisé les webinaires suivants :

    • Février : « Partage des meilleures Pratiques du “Good Dear Child” et du “Youth Development Project” (projet de développement de la jeunesse) »
      • Orateurs : Dejene Gurmessa (Éthiopie), Abdi Dubela (Éthiopie)
      • Organisé par le GASN
    • June: “The hope of Christian witness/mission in a polarized world”
      • Presenter: J. Nelson Kraybill (USA)
      • Organized by GMF
    • Septembre : « Impact de la Formation de Disciples dans la Vie des Individus, de la Société et de l’Église grâce à la Little Flock Discipleship School. »
      • Orateurs : Asit Basumata (Inde), Gyan Mochary (Inde)
      • Organisé par le GASN
    • Octobre : « La Succession dans le Témoignage : préparer la prochaine vague de responsables de mission »
      • Orateur : Ebenezer Mondez (Philippines), Tigist Tesfaye (Éthiopie), C. Daniel Soto (Argentine), Galen Burkholder (États-Unis)
      • Organisé par la GMF

    La Commission Mission est en train de réviser « Anabaptism and Mission ».  Cette bibliographie en ligne – en anglais uniquement – répertorie les écrits anabaptistes sur la mission de 1859 à 2011. Les corrections et actualisations sont en cours et devraient être publiées lors de la réunion de mai en 2025.

    Une visite du « Synode des Martyrs » à Augsbourg pour les membres du GASN et de la GMF est prévue lors du rassemblement de 2025 en Allemagne. Cela répond aux souhaits reçus par la Commission Mission concernant une visite sur place lors des réunions en présentiel.

    Les conversations se poursuivent avec le Réseau Anabaptiste Mondial de Santé (GASN) qui est en train de se développer.

    • James R. Krabill (États-Unis), président
    • Rafael Zaracho (Paraguay), secrétaire
    • Nelson Okanya (États-Unis), président du comité de pilotage de la GMF
    • Barbara Hege-Galle (Allemagne), présidente du comité directeur du GASN
    • Eladio Mondez (Philippines)
    • Hyacinth Stevens (États-Unis)
    • Simon Okoth (Ouganda)
    • Felo Gracia (RD Congo)

    Barbara Hege-Galle, James R. Krabill, Nelson Okanya, Simon Okoth, Hyacinth Stevens

    James Krabill with students at STAKWW
(Sekolah Tinggi Agama Kristen Wiyata) in Pati,
Indonesia.
  • « Si vous ne savez pas où vous allez, n’importe quelle route vous y mènera ». Ce dicton résume l’une des idées du conte classique pour enfants de Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles. Il est essentiel d’avoir une route et de définir sa destination si l’on veut y arriver.

    Il existe une version biblique de ce dicton dans Proverbes 11.14 « Faute de politique un peuple tombe » .

    Gouverner, direction, route, destination’ : tous ces mots sont impliqués dans un autre mot qui est parfois mal compris et historiquement problématique, mais qui a beaucoup de contenu théologique : ’mission’.

    Dans le livre God’s People in Mission: An Anabaptist Perspective, je définis la mission comme tout ce que l’Église est et fait en témoignant de Jésus-Christ dans son ministère de réconciliation. Permettez-moi de développer un peu plus cette définition :

    Tout ce que l’Église est et fait

    • L’Église est un avant-goût du Royaume de Dieu.
    • L’Église n’a pas de message. Elle est le message.
    • L’Église en tant que message implique sa véritable présence. Toute mission qui n’est pas communautaire et interdépendante est fragile.
    • La présence de l’Église annonce l’Évangile de Jésus-Christ par des paroles et des actes, travaillant ainsi à la réconciliation.
    • L’action de l’Église dans son travail de témoignage comprend tout ce qu’elle fait : culte, accompagnement pastoral, enseignement, évangélisation, service, construction de la paix et ministères pour la santé, entre autres. Ce que l’Église fait ou ne fait pas, et comment elle le fait, fait partie de son message.

    en témoignant de Jésus-Christ

    • Par ses paroles et ses actes, le message de la communauté est un témoignage de son expérience et de ses connaissances. Cela implique une approche qui n’est pas impérialiste (comme si elle était la maîtresse et la gardienne de la vérité absolue) et qui n’est pas présentée à partir d’une position de pouvoir humain. Il s’agit plutôt de partager ‘depuis la base’ notre expérience de la foi, avec une humilité constante.
    • Le message concerne Jésus-Christ, il doit donc être communiqué à partir d’une position de vulnérabilité et de service, tout comme Jésus l’a fait. Cela exige un abandon sacrificiel et un style de vie conforme à la croix qui mettent en œuvre des stratégies pour que ce ministère soit conforme à la vie et à l’œuvre du Christ.
    • Compte tenu de l’incarnation divine et de l’identification du Christ avec les personnes discriminées, témoigner de Jésus exige une contextualisation approfondie du message et une identification intentionnelle avec les personnes exclues, ignorées ou victimes de la société.

    dans son ministère de réconciliation

    • Le ministère de la réconciliation a été confié à l’Église. Cela implique que la vie nouvelle dans la communauté, grâce à l’Esprit, permet de faire l’expérience de la réconciliation avec Dieu et entre les hommes.
    • Le ministère de la réconciliation ne vise pas seulement le salut de l’âme dans un avenir lointain, mais aussi le rétablissement d’une pleine relation avec l’Esprit de Dieu et d’une vie de relations justes qui nous permettent de jouir de la paix que ce même Esprit rend possible dans la nouvelle création.

    Dans une perspective anabaptiste, la manière dont on arrive à sa destination — la route — est cruciale. C’est pourquoi il est si important de comprendre et de pratiquer la mission. À la Conférence Mennonite Mondiale (CMM), nous voulons nous organiser (structure) et travailler (route) d’une manière qui montre ce que nous entendons par mission.

    La Commission Mission de la CMM rassemble un réseau d’agences du monde entier qui travaillent de manière interdépendante et multiculturelle. En appartenant aux réseaux Mission (GMF) et Entraide (GASN) de la Commission Mission de la CMM, ces organisations affirment leur identité en tant que dépendantes de l’Église, et en sont ses expressions missionnaires. Par leur travail, elles témoignent du Christ dans plusieurs domaines de ministères spécialisés, tels que l’implantation d’églises et le développement social. C’est le sujet de ce numéro du Courrier. Rejoignons nos organisations et les réseaux de la CMM pour suivre Jésus, vivre l’unité et construire la paix !

     César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario (Canada).

    Lire le chapitre de César García, ‘L’accomplissement de notre mission’ et 9 autres chapitres sur les 10 déclarations de la Commission Mission dans ‘God’s People in Mission’ : An Anabaptist Perspective, édité par Stanley W. Green et Rafael Zaracho, (en anglais) © 2018.

  • L’Église, en tant que corps du Christ, est au cœur de la mission de réconciliation de Dieu pour le monde. Nous voulons incarner cette idée au niveau de notre structure mondiale. 

    La Conférence Mennonite Mondiale (CMM) est une communauté vivante et non une institution bureaucratique. En tant qu’église mondiale, nous nous engageons à servir les gens plutôt qu’à construire une infrastructure pour maintenir notre institution. 

    Certes, nous voulons avoir un organisme solide qui a des plans, des politiques et des principes d’organisation sains, mais c’est pour servir et entretenir des relations. 

    Nous parlons de la CMM comme d’un cœur ayant quatre cavités, les Commissions représentant chacune d’entre elles : Foi et Vie (théologie), Paix, Diacres et Mission. 

    La Commission Mission a le mandat de stimuler la conscience pour la mission et le service dans les unions d’églises. 

    « Nous suscitons des conversations qui montrent que la mission et le service font partie intégrante de la théologie anabaptiste », dit James Krabill, président de la Commission Mission. « Nous encourageons différentes organisations à travailler en partenariat, mais nous ne sommes pas un organe administratif qui gérerait les programmes de la mission. » 

    « Ce que nous faisons, c’est faciliter les conversations. Nous travaillons en réseau avec les organisations concernées par la mission et nous essayons de leur fournir des ressources pour les aider à mieux faire leur travail. Nous créons des contacts », ajoute-t-il. 

    La Commission Mission supervise également les Réseaux, qui sont un lieu de contact pour les agences et les organisations qui servent l’Église en tant qu’expression de l’Église. 

    « Il est facile pour ces organisations de se développer individuellement et de ne pas être en conversation avec les autres », explique James Krabill. « Lorsque nous nous réunissons, nous nous rendons mieux compte que la mission et le service constituent une partie intégrante de notre fidélité à ce qui est important pour le Royaume ». 

    Le service et la mission sont inextricablement liés à l’Église, rassemblement des disciples du Christ dans le monde. Si ce lien est perdu, il manque quelque chose. 

    Voici les objectifs généraux de la Commission Mission et des Réseaux. 

    1. Être solidaire dans la mission — nord, sud, est, ouest. 
    2. Prier les uns pour les autres, s’encourager mutuellement, et travailler en partenariat comme Dieu nous conduit. 
    3. Apprendre les uns des autres. 
    4. Partager des ressources de la mission — la prière, le personnel, l’enseignement et les finances. 

    Historique 

    La Fraternité Missionnaire Mondiale (Global Mission Fellowship, GMF) et le Réseau Anabaptiste Mondial d’Entraide (Global Anabaptist Service Network, GASN) sont des réseaux établis.  

    Depuis 2015, d’autres Réseaux apparaissent : 

    • Réseau anabaptiste mondial pour l’Éducation primaire et secondaire (Global Anabaptist Education Networks—Primary and Secondary, GAPSEN) et pour l’Éducation supérieure (Global Anabaptist Higher Education Network, GAHEN) 
    • Réseau Anabaptiste Mondial pour la Paix (Global Anabaptist Peace Network, GAPN)  
    • Réseau Anabaptiste Mondial de Santé (Global Anabaptist Health Network, GAHN) 

    La GMF a été créée en 2003 lors de l’Assemblée de Bulawayo (Zimbabwe). Elle se réunit en présentiel tous les trois ans, en même temps que le Conseil Général. Entre ces réunions, les rencontres se font en ligne. 

    Issus des consultations en 2006 sur la diakonia et le service à Pasadena, en Californie (États-Unis), un dialogue et une consultation se poursuivent et ont conduit à la création formelle du GASN en 2012 en Suisse. 

    La GMF encourage la consultation, la coopération et le travail sur la mission interculturelle et la création d’églises, dit Nelson Okanya, président du comité de pilotage du GMF. 

    C’est une occasion pour les membres d’apprendre les uns des autres, dit Nelson. Les organisations peuvent trouver des espaces stratégiques pour contribuer à ce que les autres font dans le monde en matière de mission, en se posant la question suivante :  

    • Que se passe-t-il dans cette partie du monde ? 
    • Et dans cette autre partie du monde, que se passe-t-il ?  
    • Que pouvons-nous apprendre les uns des autres ? 

    Barbara Hege-Galle, présidente du comité de pilotage du GASN, précise que le GASN est né parce que des groupes réunis par leur intérêt pour le service (diaconie) étaient intéressés par les espaces centrés sur la mission. 

    « Il est difficile d’expliquer l’intérêt qu’il y a de passer du temps ensemble sans prévoir de résultats tangibles », dit Barbara. « Ce que l’on retire du Réseau, c’est de mieux connaître les autres — qui travaille où — et de savoir que l’on n’est pas seul à faire ce travail ». 

    Encourager et soutenir 

    « C’est ce à quoi servent les réseaux : que les personnes soient encouragées et reconnues dans le ministère et le service qu’elles fournissent, mais aussi soutenues dans leur expérience personnelle qu’elles partagent avec les autres », explique Barbara. 

    Un commentaire fait lors des réunions en présentiel parallèlement au Conseil Général au Kenya en 2018 est resté gravé dans les mémoires. Les membres du groupe parlaient de leurs expériences en matière de microfinance. L’un d’entre eux, originaire du Sud, est resté silencieux pendant la discussion, mais s’est ensuite adressé à Barbara. Il pensait que les autres avaient plus de sagesse et qu’il n’était là que pour apprendre, mais il s’est rendu compte qu’il avait lui aussi une expérience pertinente à partager. 

    Le GASN sait de mieux en mieux créer ces espaces de partage. 

    Les webinaires récents ont été structurés autour d’une présentation et d’un temps de partage. Les membres découvrent une organisation — ses meilleures pratiques, ses difficultés — et ont la possibilité de poser des questions. 

    Dans des groupes plus restreints, les membres peuvent discuter de leurs propres expériences et compétences et poser des questions. Enfin, ils ont tous l’occasion de prier les uns pour les autres et de s’encourager mutuellement. 

    Un changement mondial  

    « J’ai “chanté” le fait que le centre du christianisme s’est déplacé du Nord vers l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine », dit Nelson Okanya. 

    Mais Nelson note que ce changement n’est pas aussi évident en ce qui concerne la missiologie, où la majorité des voix proviennent toujours du Nord. 

    « Comment créer cette fertilisation croisée dans nos espaces afin que nous puissions écouter les voix qui sont nombreuses à remplir l’Église ? », dit Nelson. 

    Cette évolution est évidente dans la famille anabaptiste mondiale : environ deux tiers des croyants baptisés vivent en dehors des pôles historiques de l’anabaptisme que sont l’Europe et l’Amérique du Nord : 37 % en Afrique, 20 % en Asie et dans le Pacifique, 10 % en Amérique latine et dans les Caraïbes ; seulement 3 % en Europe et 30 % en Amérique du Nord. 

    La Commission Mission a fait un premier pas pour prendre en compte les voix non représentées en publiant en 2018 le livre Gods People in Mission : An Anabaptist Perspective, avec des contributeurs du monde entier. 

    Barbara Hege-Galle regrette qu’il semble que « nos frères et sœurs du Sud soient encore tournés vers le Nord ». On a tendance à s’en remettre à ceux qui ont étudié dans des institutions. « Mais ce ne sont pas eux qui sont les plus importants. 

    « Nous sommes tous concernés, vous n’êtes pas seuls » est un message clé pour les participants au GASN, déclare Barbara. 

    Les réseaux — où tous les participants sont sur un pied d’égalité — sont un lieu où l’on peut entendre des voix d’ailleurs. Chaque réseau a été structuré avec un comité de pilotage composé d’un représentant de chaque région. 

    « Mais nous avons encore un long chemin à parcourir », dit James Krabill. 

    Un changement de communication 

    Avec des membres issus de cultures du monde entier, les manières de partager les connaissances et l’expérience sont diverses. Pour beaucoup, ce sont des témoignages plutôt que des rapports ou des méthodes didactiques qui sont les moyens de partager. 

    Selon James Krabill, les récits nous éloignent de la sécheresse des chiffres et des rapports (qui sont tout à fait valables) et nous permettent d’impliquer les gens dans des événements qui changent la donne, et pas seulement dans les statistiques. 

    « Lorsque vous racontez une histoire, il n’y a pas que des faits ; il y a une vie dans le récit. Il témoigne non seulement de ce qui s’est passé, mais aussi de l’impact que cela a sur vous et sur le monde qui vous entoure », dit Barbara. « S’écouter les uns les autres demande de la patience et du respect. » 

    « Si nous accordons de l’importance aux voix mondiales, nous devons tous être en mesure de nous asseoir à la même table », dit Nelson. 

    Cela signifie également que nous devons faire en sorte de pouvoir nous entendre les uns les autres. Cela s’applique à la traduction et aux mots que nous utilisons, mais aussi au fait de s’assurer que chacun peut entendre, explique Nelson. « Rendre les choses accessibles. » 

    Cela signifie qu’il faut en priorité veiller à ce que chacun puisse être présent. « Cela ne veut pas dire qu’il faut faire la charité », précise Nelson, mais plutôt qu’il faut être honnête sur les disparités financières dans le monde. 

    « Lorsque nous nous réunissons et que nous entendons des témoignages encourageants de régions du monde qui n’ont pas beaucoup de ressources financières, cela nous rappelle que les dons sont bien plus que de l’argent », dit James. 

    « Ce qui est souvent une source d’inspiration, c’est la fidélité dans le service et les actes. Dans certains cas, être fidèle a entraîné la persécution ou une vie difficile : les témoignages nous rappellent que les dons dont nous parlons sont multiples », dit James. 

    « Tout le monde vient à la table avec quelque chose. Apportez ce que vous avez avec vous », dit Nelson. 

    Grandir ensemble 

    James Krabill évoque Éphésiens 3, où l’apôtre Paul dit que c’est ensemble que nous grandissons dans la connaissance de la sagesse de Dieu. Souvent, les théologiens se concentrent sur la définition de la « sagesse », dit-il, « mais le mot le plus important est peut-être “ensemble” ». 

    « Il faut vraiment que chacun apporte ses connaissances et sa sagesse pour qu’ensemble nous grandissions dans cette connaissance », ajoute James. « C’est un rappel constant qu’il n’y a pas une seule personne, un seul professeur, un seul pasteur, une seule culture qui comprenne tout de la sagesse du Christ ». 

    Le mot « ensemble » est un élément clé des thèmes de la CMM : il figure dans les thèmes de l’Assemblée de 2022 (Suivre Jésus ensemble à travers les frontières), de 2009 (Marchons ensemble sur le chemin de Jésus-Christ), implicite en 2003 (Mettons nos dons en commun dans la souffrance et la joie) et est fondamental dans le nouveau slogan en trois parties de la CMM, qui résume la mission de l’organisation : Suivre Jésus ensemble, vivre l’unité, construire la paix. 

    Les églises et les organisations qui font partie des réseaux de la Commission Mission sont en train de réfléchir à la manière de témoigner au monde, de construire la paix (parfois difficile à concilier avec la mission) et de fonctionner ensemble en tant que corps du Christ. 

    Tensions et divisions 

    Nelson voit des opportunités dans les tensions, même si des divisions se produisent. 

    « La Conférence mennonite mondiale est une sorte de lieu sûr où ceux qui veulent conserver une identité anabaptiste et s’inscrire dans ce courant de l’histoire peuvent le faire », dit-il. « Et ils se retrouvent autour de la table avec des personnes avec lesquels ils s’étaient séparés. 

    « C’est porteur d’espoir. Cela crée un espace où chacun peut rester en conversation ». 

    Les réseaux, qui mettent l’accent sur le travail plutôt que sur la théologie, peuvent être utiles pour établir des relations de collaboration sans se focaliser sur les différences. 

    « Je pense que la Conférence Mennonite Mondiale crée un espace qui est un peu moins anxiogène », dit James. 

    Les Convictions Communes fournissent une base théologique qui permet aux membres d’apprendre les uns des autres, de faire des choses ensemble et de prier ensemble. 

    « On mange ensemble et on communie ensemble », dit Nelson, évoquant les fois où il a vu des responsables manger ensemble dans des contextes de réseau — des responsables qui, autrement, ne seraient pas enclin à travailler les uns avec les autres. 

    Selon Barbara, la camaraderie, l’apprentissage et les réunions stratégiques sont plus riches lorsqu’ils se déroulent en présentiel. Mais l’élément le plus important des réunions en personne en Virginie en 2023 (pour compenser les difficultés liées au COVID de se réunir en Indonésie en 2022) fut une histoire. Une participante venue d’Inde a déclaré que ce qu’elle avait raconté au groupe avec d’autres personnes n’aurait pu être partagé dans aucun autre forum. Pour la sécurité des personnes impliquées, il n’aurait pas été possible d’en parler dans une lettre d’information, un courrier électronique ou même une réunion en ligne. 

    « C’est différent quand on se rencontre et qu’on voit le visage de l’autre », dit Barbara. « Cela vaut la peine de dépenser de l’argent pour des réunions triennales afin d’avoir la possibilité de connaître un visage vu sur un écran. » 


    Les réseaux se réuniront en même temps que le Conseil général en 2025. Cette année marquera le 500e anniversaire des premiers baptêmes anabaptistes. 

    « Ces premiers anabaptistes en Suisse ont élaboré un plan d’évangélisation de l’Europe et, en l’espace d’un an ou deux, la plupart d’entre eux ont été mis à mort. Cela nous rappelle les implications de notre travail », dit James Krabill. 

    Lors des réunions de 2025, le mandat révisé sera soumis à l’examen des membres. Le nouveau document est simplifié et clarifie mieux les rôles des réseaux et de leurs responsables. 

    GASN 

    Organisation membre

    Afrique 

    • La Casa Grande – Bénin 
    • Centre de Réflexion et d’Appui aux Initiatives de Développement – RDC
    • Meserete Kristos Church Development Commission – Éthiopie 
    • Mennonite Association for Peace and Development – Malawi 
    • Passion Center for Children – Malawi 
    • Igreja Irmãos em Cristo em Moçambique – Mozambique 
    • Brethren In Christ Church (Zambia Conference) – Zambie 
    • BIC Compassionate Ministries-Zimbabwe – Zimbabwe 

    Asie & Pacifique

    • Brethren In Christ Church, Odisha – Inde
    • Emmanuel Ministries (BJCPM) – Inde 
    • Little Flock Fellowship (BJCPM) – Inde 
    • Mennonite Brethren Development Organization – Inde 
    • Mennonite Christian Service Fellowship of India – Inde 
    • Mennonite Diakonia Service-GKMI Synode – Indonésie
    • Japan Mennonite Fellowship (JMF) –Japon 
    • Korea Anabaptist Center – Corée de Sud
    • Nepal BIC Church/Brethren in Community Welfare Society – Népal
    • Integrated Mennonite Churches, Inc. – Philippines 

    Europe 

    • Caisse de secours – France 
    • Christliche Dienste – Allemagne 
    • Mennonitisches Hilfswerk e. V. – Allemagne 
    • Doopsgezind WereldWerk – Pays-Bas 
    • Services Missionnaires Mennonites/Schweizerische Mennonitische Mission – Suisse 

    Amérique latine & Caraïbes

    • Iglesia Evangélica Menonita Boliviana – Bolivie 
    • Iglesia Misionera Anabaptista – Bolivie 
    • Associaçao Menonita Beneficente – Brésil 
    • Associação Menonita de Ação Integral – Brésil 
    • Associação Menonita de Assistência Social – Brésil 
    • Asociación Sembrando Semillas de Paz – Colombie 
    • Centro Cristiano para Justicia, Paz y Acción Noviolenta – Colombie 
    • Fundación Agropecuaria Tejiendo Esperanza – Colombie 
    • Fundación de Educación para la Paz y Resolución de Conflictos Edupaz – Colombie 
    • Fundación Menonita Colombiana para el Desarrollo –Colombie 
    • Comité de Justicia y Paz – Costa Rica 
    • Iglesia Evangélica Menonita de El Salvador – La Salvador 
    • Iglesia Evangélica Menonita de Guatemala – Guatemala 
    • Programa Fundameno – Guatemala 
    • Red Regional de Justicia y Paz – RedPaz – Guatemala 
    • Acción Cristiana Educativa Menonita – Honduras
    • Comisión de Acción Social Menonita – Honduras 
    • Proyecto Paz y Justicia – Honduras 
    • Comisión de Emergencia Anabautista de Nicaragua (CAE) – Nicaragua 
    • Comisión de Paz y Justicia de las Iglesias Anabautistas de Nicaragua – Nicaragua 
    • Asociación de Servicios de Cooperación Indigena Menonita – Paraguay 
    • Servicio Voluntario Menonita – Paraguay 

    Amérique du Nord

    • Mennonite Central Committee Canada – Canada 
    • Mennonite Central Committee – États-Unis
    • Mennonite Disaster Service – États-Unis
    • Mennonite Health Service Alliance – États-Unis
    • Mennonite Mission Network – États-Unis 

    GMF 

    Organisation membre

    Afrique

    • Igreja da Comunidade Menonita em Angola – Angola 
    • Igreja Evangélica dos Irmãos Mennonitas em Angola – Angola 
    • Igreja Evangélica Menonita em Angola – Angola 
    • Église Évangélique Mennonite du Burkina Faso – Burkina Faso 
    • Communauté des Églises des Frères Mennonites au Congo – RDC
    • Communauté Évangélique Mennonite – RDC 
    • Communauté Mennonite au Congo – RDC
    • Meserete Kristos Church – Éthiopie
    • International Mennonite Mission of East Africa – Kenya 
    • Kenya Mennonite Church – Kenya 
    • Mpingo Wa Abale Mwa Kristu – Malawi 
    • Mennonite Church Nigeria – Nigéria
    • Grace Community Church in South Africa – Afrique du Sud 
    • Kanisa la Mennonite Tanzania – Tanzanie 
    • Brethren In Christ Church (Zambia Conference) – Zambie 
    • Ibandla Labazalwane kuKristu eZimbabwe (Brethren in Christ Church) – Zimbabwe 

    Asie & Pacifique

    • Bharatiya Jukta Christa Prachar Mandali (India United Missionary Church) – Inde 
    • Bhartiya General Conference Mennonite Church – Inde
    • Bihar Mennonite Mandli – Inde 
    • Brethren In Christ Church, Odisha – Inde 
    • Gilgal Mission Trust – Inde 
    • Mennonite Christian Service Fellowship of India – Inde 
    • Mennonite Church in India Dhamtari CG – Inde 
    • The Governing Council of the Conference of the Mennonite Brethren Church of India – Inde 
    • PIPKA – GKMI Synode – – Indonésie
    • Nepal BIC Church/Brethren in Community Welfare Society – Népal 
    • Integrated Mennonite Churches, Inc. – Philippines 

    Europe 

    • Igreja dos Irmãos Menonitas de Portugal – Portugal 
    • Anabautistas, Menonitas y Hermanos en Cristo – España (AMyHCE) – Espagne 

    Latin America & Caribbean 

    • Iglesia Evangélica Menonita Argentina – Argentine 
    • Iglesia Evangélica Menonita de Belice – Belize 
    • Iglesia Evangélica Menonita Boliviana – Bolivie 
    • Iglesia Misionera Anabaptista – Bolivie 
    • Liga de Iglesias Anabautistas de Bolivia – Bolivie 
    • Aliança Evangélica Menonita – Brésil 
    • Associação das Igrejas Menonitas do Brasil – Brésil 
    • Iglesia Cristiana Menonita de Colombia – Colombie 
    • Iglesias Hermanos Menonitas de Colombia – Colombie 
    • Asociación Iglesias Cristianas Menonitas de Costa Rica – Costa Rica 
    • Sociedad Misionera Cubana Hermanos en Cristo – Cuba 
    • Conferencia Evangélica Menonita, Inc. – République Dominicaine
    • Iglesia Evangélica Menonita de El Salvador – La Salvador 
    • Iglesia Evangélica Menonita de Guatemala – Guatemala 
    • Iglesia Evangélica Menonita Hondureña – Honduras 
    • Organización Cristiana Amor Viviente – Honduras 
    • Jamaica Mennonite Church – Jamaica 
    • Conferencia de Iglesias Evangélicas Anabautistas Menonitas de México – Mexique 
    • Conferencia Menonita de Mexico – Mexique 
    • Asociación Misión Evangélica de los Hermanos en Cristo en Nicaragua – Nicaragua 
    • Asociación Hermanos Menonitas – Paraguay 
    • Convención de los Pastores de las Iglesias Mennonitas del Paraguay / Vereinigung der Mennonitengemeinden von Paraguay – Paraguay 
    • Convención Evangélica de Iglesias Paraguayas Hermanos Menonitas – Paraguay 
    • Convención Evangélica Hermanos Menonitas Enlhet – Paraguay
    • Convención Evangélica Hermanos Menonitas Nivaclé – Paraguay 
    • Convención Evangélica Menonita Paraguaya – Paraguay 
    • Consejo de las Congregaciones de los Hermanos Menonitas del Uruguay – Uruguay 
    • Konferenz der Mennonitengemeinden in Uruguay – Uruguay 
    • Casa de Restauracion y Vida Shalom – Venezuela 

    Amérique du Nord

    • Evangelical Mennonite Conference (EMC) – Canada 
    • Mennonite Central Committee (MCC) Canada – Canada 
    • Mennonite Church Canada WITNESS – Canada 
    • Multiply – Canada 
    • Africa Inter-Mennonite Mission (AIMM) – États-Unis
    • Brethren in Christ World Missions – États-Unis 
    • Eastern Mennonite Missions (EMM) – États-Unis 
    • Mennonite Central Committee (MCC) – États-Unis 
    • Mennonite Mission Network (MMN) – États-Unis 
    • Mosaic Mennonite Conference – États-Unis 
    • Rosedale International – États-Unis
    • Virginia Mennonite Missions (VMM) – États-Unis