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  • Anabaptistes et pentecôtistes

    Dans le Profil Anabaptiste Mondial*, on peut lire : « Le pentecôtisme est l’expression du christianisme qui se développe le plus rapidement dans le monde, et les anabaptistes ne sont pas étrangers à cette réalité. »

    Les anabaptistes du monde entier en font l’expérience en pratiquant une expression de foi que César García, secrétaire général de la CMM, appelle « le mennocôtisme ».

    Aujourd’hui, de nombreux anabaptistesmennonites combinent une théologie centrée sur le Christ et un accent sur le travail pour la paix par une approche spontanée dirigée par l’Esprit, souvent associée au pentecôtisme et aux mouvements charismatiques.

    Cependant, le dynamisme de ces églises à la croissance rapide peut causer un certain malaise lorsque leur expansion semble se faire au détriment de leur propre famille.

    Que signifie la croissance du pentecôtisme pour les anabaptistes ?

    « Dans notre siècle, le pentecôtisme est très proche de ce qu’était l’anabaptisme au XVIe siècle », écrit C. Arnold Snyder dans Anabaptist History and Theology

    L’anabaptisme a été façonné et modelé par des vagues de renouveau. On trouve les ‘re-baptisants’ passionnés et audacieux du XVIe siècle, les réveils piétistes chez les mennonites dans ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, l’influence du Renouveau de l’Afrique de l’Est des années 1930 sur Kanisa la Mennonite en Tanzanie et l’Église mennonite du Kenya, la naissance de Jemaat Kristen Indonesia (JKI) au sein d’un mouvement de prière des jeunes, l’épanouissement de l’église Meserete Kristos en Éthiopie dans les années 1980 malgré la persécution politique.

    « Les mouvements pentecôtistes et les renouveaux charismatiques font une expérience similaire à celle que nous avons vécue en tant qu’anabaptistes-mennonites : une nouvelle lecture commune de la Bible, l’inspiration, la liberté, la joie », dit Bernhard Ott, doyen du Bienenberg, un institut biblique mennonite en Suisse.

    Mais « l’ouverture à l’action de Dieu est aussi liée à l’incertitude et au manque de contrôle », dit-il. Le processus d’institutionnalisation ne favorise pas la spontanéité, pour le meilleur ou pour le pire. Les vagues de renouveau anabaptiste ont développé la théologie, la formation, la réflexion critique et par là même ont perdu une certaine ouverture. »

    Mais « l’ouverture à l’action de Dieu est aussi liée à l’incertitude et au manque de contrôle », dit-il. Le processus d’institutionnalisation ne favorise pas la spontanéité, pour le meilleur ou pour le pire. Les vagues de renouveau anabaptiste ont développé la théologie, la formation, la réflexion critique et par là même ont perdu une certaine ouverture. »

    Qu’apporte le mouvement pentecôtiste naissant aux anabaptistes ?

    « Il offre la possibilité de revenir à nos racines charismatiques et de nous ouvrir à ce que le Saint Esprit veut accomplir dans nos assemblées locales, sans perdre notre identité anabaptiste », ajoute Pedro Calix.

    Neal Blough observe que le culte de style pentecôtiste est plus proche du monde nonoccidental que les formes rationnelles des courants suisses ou russes de l’anabaptisme. Professeur émérite d’histoire de l’Église à la Faculté Libre de théologie évangélique en France, il fait partie d’une paroisse urbaine d’Europe mais qui est influencée par des personnes du reste du monde. « Dans quelle mesure est-ce théologique et dans quelle mesure est-ce culturel ? » demande-t-il.

    « Les cultes pentecôtistes et charismatiques sont plus physiques, expressifs, vivants, joyeux, et cela correspond à ce que je connais des habitants du Sud. »

    Pour l’église Frères Mennonite du Brésil, le départ des paroisses de la conférence anabaptiste stagnante pour se tourner vers des mouvements pentecôtistes à la croissance rapide a amené les responsables à réaliser que c’était en fait une opportunité.

    « Nous voyons dans les Écritures que l’Église primitive était dirigée par le SaintEsprit. Nous aimons la Parole de Dieu. Pourtant, nous ne savions pas ce que signifie que d’être conduits par le SaintEsprit », explique Rodrigo Justino, un pasteur Frère Mennonite du Brésil, qui étudie la théologie au Canada. Comme les deux mouvements se sont rencontrés en étudiant, « les Frères Mennonites du Brésil ne sont pas pentecôtistes, mais ne sont pas seulement anabaptistes. Nous sommes un mélange des deux. »

    « Les pentecôtistes apportent de l’émotion, mais ce n’est pas une émotion facile, c’est une manifestation d’affection profonde. Les pentecôtistes rendent leur dimension spirituelle [à l’orthopraxie] : c’est la puissance de Dieu, la puissance de l’Esprit qui nous transforme ; nous ne pouvons pas le faire par nous-mêmes », déclare Bernhard Ott. « Et nous pouvons donc apprendre beaucoup. »

    Les anabaptistes-mennonites sont connus pour leur focalisation théologique sur la manière de vivre (orthopraxie).

    L’éthique peut devenir un fardeau sans la puissance du Saint-Esprit ; nous avons besoin de « puissance spirituelle concernant la vision anabaptiste », dit Bernhard Ott. Les perspectives pentecôtistes peuvent aider à rappeler aux anabaptistes-mennonites notre théologie du règne de Dieu qui est ‘déjà-et-pasencore’. La puissance de Dieu se manifeste aujourd’hui, pas seulement dans l’avenir.

    Dans la mesure où l’Église est un lieu de transformation sociétale et un promoteur de paix et de justice, elle est signe du règne de Dieu.

    Quelles sont les difficultés ?

    Les églises anabaptistes-mennonites d’Amérique latine sont très influencées par le pentecôtisme. « Voici certains aspects négatifs : la liturgie est souvent basée sur des passages bibliques sorties de leur contexte, ce qui se perçoit dans les cantiques ; il y a un fort accent sur la ‘guerre spirituelle’, ou sur la théologie de la prospérité », explique Pedro Calix

    Rodrigo Justino note qu’au Brésil, les pentecôtistes « ne se concentrent pas sur les critères d’autorité – ils se concentrent sur les dons. Ils ne peuvent nier que les femmes ont des dons pastoraux : prophétesses, évangélistes. Cependant, les plus hautes responsabilités sont données aux hommes.

    Les églises pentecôtistes s’appuient souvent sur la spiritualité du fondateur ; une dynastie se développe. « Il peut y avoir un problème lorsque certains s’accrochent au pouvoir », dit Rodrigo Justino.

    « En Indonésie, la passion du fondateur de JKI pour le service orienté sur la prière et dirigé par l’Esprit a imprégné le mouvement ; ses racines mennonites sont moins évidentes » dit Rony Kristanto, pasteur du synode mennocôtisme JKI.

    Une croissance rapide peut amener un manque d’enracinement théologique. Les mouvements pentecôtistes peuvent devenir « aussi vastes que l’océan mais aussi peu profonds qu’une flaque d’eau », explique Rodrigo Justino. « Ils peuvent devenir la proie d’autres mouvements. Nous [les anabaptistes] pouvons apporter notre aide dans le domaine de la théologie. Ils [les pentecôtistes] peuvent nous aider à discerner la voix de l’Esprit, ce que signifie vivre par la foi. Pour commencer quelque chose, vous n’avez pas besoin d’argent ni de structure ; vous n’avez besoin que de foi et de courage pour prêcher. Tout le reste, c’est le Seigneur qui le donne. C’est une leçon très importante. »

    Le pentecôtisme se caractérise toujours à certains égards par l’expérience de la nouveauté, des signes et des prodiges, vécue par la première génération.

    « Chaque mouvement protestant connaît ce processus cyclique », dit Neal Blough. « Ceux qui font partie de nouveaux mouvements doivent penser en termes de théologie, réaliser qu’ils ne sont pas les premiers à être chrétiens et observer comment d’autres ont géré les changements pour devenir plus structurés et apprendre d’eux. »

    La rencontre de jeunes Unlimited Fire. Photo : Ebenzer Mondez

    Quels dons les anabaptistes ‚Äì maintenant un mouvement mature ‚Äì et le mouvement pentecôtiste encore jeune et en développement pourraient-ils avoir l’un pour l’autre ?

    « Le don du service, de la solidarité du discipulat et de l’enseignement » dit Pedro Calix.

    « Nous voulons tous que le règne de Dieu vienne dans ce monde », déclare Rony Kristanto.

    « Les pentecôtistes essaient de concrétiser et de manifester le salut par la guérison, le salut et les bénédictions physiques‚Ķ ce qui se produit ici et maintenant. »

    Ce témoignage du salut, cette bonne nouvelle, n’est pas pour le ciel, dans l’avenir, mais ici et maintenant. « En Indonésie, un problème est que les gens n’ont pas la sécurité sociale, donc la guérison physique est très importante pour eux. »

    Les premiers membres de JKI ont suivi cet exemple. « Cela a commencé par la prière. Chaque fois qu’ils se rendaient dans une région [pour exercer un ministère], ils priaient pour cette région », explique Rony Kristanto.

    « L’engagement social ne peut être séparé de l’expérience charismatique du Saint-Esprit », dit-il. Les mennonites travaillent aussi avec les pauvres et les opprimés, mais pour les pentecôtistes, il ne s’agit pas seulement d’une aide sociale, mais de réaliser leur vision, avec la prière,‚Ķ dans un combat spirituel ».

    « Nous devons chanter les cantiques les uns des autres », déclare Neal Blough, faisant référence au travail de Janie Blough qui étudie et enseigne ce qui concerne les cultes. « Nous devons nous ‘chanter les uns les autres’, n’avoir pas qu’une seule source d’inspiration. »

    Les mennonites peuvent s’inspirer du dynamisme des cultes pentecôtistes pour avoir plus de vitalité, mais la tradition anabaptiste considère que la formation de disciples est un processus plus profond que de la musique émotionnelle et un sermon. « Les anabaptistes-mennonites ont quelque chose à offrir en matière d’humilité et de communauté », dit Neal Blough. « Le discipulat et l’éthique sont également des correctifs utiles à un mouvement qui a tendance à être trop individualiste. »

    Il observe un engagement ≈ìcuménique croissant de la part des pentecôtistes, qui recherchent l’expérience d’autres églises pour devenir plus structuré en tant que mouvement en pleine maturation.

    Les mennonites anabaptistes peuvent apporter des correctifs aux pentecôtistes pour ne pas mettre l’accent seulement sur l’émerveillement et la puissance, mais aussi sur l’éthique ‚Äì la manière de vivre, le témoignage pour la paix, dit Bernhard Ott. « La Parole et les actions ont toujours fait partie de la théologie et de la pratique anabaptistes-mennonites. Le mouvement pentecôtiste apporte l’expérience de la puissance de Dieu. C’est un bon défi‚Ķ. Les mennonites peuvent parler aux pentecôtistes si l’approche devient trop unilatérale. »

    Le professeur de théologie à la retraite Claude Baecher remarque qu’il y a un intérêt pour l’histoire et la théologie anabaptistes dans sa région en France.

    « √ätre proche, présent, voire fraternel avec ces Églises me semble aussi important que d’être engagé dans les cercles ≈ìcuméniques. Il faut le faire avec une forte approche biblique centrée sur le Christ. Il faut éviter un jugement (spirituel) trop rapide et être présent avec des outils pédagogiques : histoire anabaptiste, exégèse, éthique, théologie pratique, théologie centrée sur la paix, dialogue », dit-il.

    Et le faire avec humilité. Au Brésil, aux prises avec un schisme possible entre les paroisses plus anciennes et conservatrices des Frères mennonites et les nouvelles paroisses se référant plus directement au Saint Esprit, les responsables ont trouvé un moyen de s’en sortir en mettant ensemble l’accent sur l’humilité. « Nous avons lutté avec notre fierté, nos ressentiments [à propos du départ des membres]. Nous saisissions toutes les occasions et nous nous protégions des menaces », dit Rodrigo Justino.

    Il s’agit de ce que Dieu peut faire en ce qui concerne la gr√¢ce », dit-il encore. » Il faut suivre Jésus avec humilité. Quand vous décidez de le faire, c’est beau. Ce n’est plus vous et moi, nous et eux, cela commence à être Nous. Nous travaillons ensemble. »

    ‚ÄîKarla Braun est rédactrice en chef de Courrier et écrivaine pour la Mennonite World Conference. Elle vit à Winnipeg, Canada.

    * Le Profil Anabaptiste Mondial (GAP), une vaste enquête de trois ans portant sur 24 unions d’églises membres de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM). Lire la suite : https://mwc-cmm. org/fr/stories/faire-grandir-lunite-une-occasionexceptionnelle


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2022 de Courier/Correo/Courrier.
  • La Conférence Mennonite Mondiale a engagé un premier dialogue officiel avec l’Alliance baptiste mondiale en1989. Depuis, la CMM a entre tenu des conversations avec la Fédération luthérienne mondiale, les adventistes du septième jour, les catholiques et, plus récemment, avec les catholiques et les luthériens dans le cadre d’un dialogue trilatéral de cinq ans. En raison de la valeur de ces dialogues, la Commission Foi et Vie a élaboré ce document pour permettre aux conférences nationales des églises et aux assemblées locales de la CMM de mieux comprendre le fondement théologique de l’hospitalité œcuménique, et pourquoi nous pensons que ces conversations sont conformes aux valeurs anabaptistes. Le document a été approuvé comme ressource pédagogique de la CMM par le Conseil Général de Limuru, au Kenya, en avril 2018. 


    Lorsque nous parlons de l’Église mondiale du Christ dans le contexte de la Conférence Mennonite Mondiale, la première lettre de Paul à l’église de Corinthe apporte un élément de référence utile. Au chapitre 13, qui traite du thème de l’amour, Paul reconnaît que toute connaissance humaine–même chrétienne, théologique ou confessionnelle, est limitée. En faisant de la théologie, nous connaissons seulement « en partie » (1 Corinthiens 13/9), nous voyons la vérité « dans un miroir » (1 Corinthiens 13/12). Notre connaissance et notre capacité à comprendre sont toujours influencées par notre point de vue. Dans la présence éternelle de Dieu, ce sera différent (1 Corinthiens 13/12). Mais pour l’instant, nous devons nous contenter de cela. Dans nos trajectoires d’êtres humains, limitées parle temps, l’espace et nos cinq sens, notre connaissance est toujours partielle et notre compréhension de la Vérité est façonnée par notre contexte et notre point de vue personnel.

    C’est pourquoi nous devons être prévenants, patients, empathiques et, surtout, aimants avec les autres. « Les prophéties, dit Paul, elles seront abolies… Ê présent, nous voyons dans un miroir et de façon confuse…Ma connaissance est limitée, alors, je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant donc ces trois-là demeurent : la foi, l’espérance et l’amour. Mais l’amour est le plus grand. » (1 Corinthiens 13/8-13)

    Ainsi, chaque fois que des chrétiens de traditions théologiques différentes se rencontrent et dialoguent, nous devons le faire dans l’esprit des trois grandes vertus chrétiennes qui de meurent. Paul note également qu’en tant que chrétiens nous parlons différentes langues – littéralement et aussi sur le plan de nos identités théologiques, de nos développements historiques et de nos contextes variés. « Il y a je ne sais combien d’espèces de mots dans le monde, écrit Paul, et aucun n’est sans signification. Or, si j’ignore la valeur du mot, je serai un barbare pour celui qui parle, et ce lui qui parle sera pour moi un barbare. » (1 Corinthiens 14/10-11)

    Ce sont de véritables limitations. Mais reconnaître cela peut aussi devenir une expérience libératrice – je suis libre de réaffirmer mon identité et mon point de vue, car « c’est le seul que j’ai ». Mais je suis également libre de reconnaître la possibilité que les autres aient leurs propres compréhensions, leur propre point de vue, leurs propres limites historiques et contextuelles. Et c’est aussi libérateur de savoir que tout cela peut se faire dans l’esprit et le pouvoir de « la foi, l’espérance et l’amour ».

    1. Nous avons besoin d’une identité de confession chrétienne

    On peut déplorer la scission de l’église chrétienne en autant de confessions et de traditions. Mais cette réalité, après 2000 ans de christianisme, n’est pas forcément une mauvaise chose, tant que nous nous souvenons de la prière du Seigneur pour l’unité des chrétiens dans Jean17. En effet, les identités confessionnelles peuvent être utiles et aussi nécessaires :

    1.1. Aucune église ou confession n’est capable de saisir toute la richesse de Dieu; la diversité est essentielle pour construire l’unité. Pour que le corps fonctionne bien, l’œil doit être un œil; l’oreille doit être une oreille; la main doit être une main (1 Corinthiens 12/15-20). Si ces différences sont abolies, le corps ne peut pas survivre.

    1.2. Tout au long de l’histoire, les confessions ont contribué à appliquer la règle de l’Évangile à des situations spécifiques. Par exemple, à une époque où l’église était riche et mêlée à la politique, les franciscains voulaient vivre radicalement les paroles de Jésus dans le Sermon sur la montagne. Ê une époque où certains chrétiens payaient pour le pardon des péchés, Luther a redécouvert l’Évangile de la grâce gratuite. Les anabaptistes ont osé insister sur la pratique biblique du baptême volontaire et de la non-violence, rompant avec le statu quo adopté par les églises d’État catholiques et protestantes, même au prix de sévères persécutions et d’exils. Les méthodistes ont surgi à une époque où un réveil était grandement nécessaire; et les pentecôtistes sont apparus dans un contexte de discrimination raciale et de rigidité institutionnelle.

    1.3. Les confessions chrétiennes apportent des correctifs : à ses débuts, chaque confession a émergé pour corriger des problèmes spirituels ou éthiques dans l’église. C’est pourquoi les confessions doivent rester flexibles. Ce qui était vrai et nécessaire à un moment donné peut devenir mauvais et inutile dans un contexte historique ou culturel différent. C’est arrivé au peuple d’Israël avec le serpent d’airain : un symbole du salut pendant un temps qui deviendra plus tard un objet d’idolâtrie. C’est pourquoi les confessions doivent être ouvertes au renouveau – pour corriger ce qui ne va pas et aborder les éventuels manques bibliques – si elles veulent rester fidèles à l’esprit de leurs mères et de leurs pères fondateurs.

    1.4. Chaque confession est porteuse de dons et de grâces spécifiques qui doivent être partagés au bénéfice de tous. Le « banquet » chrétien interconfessionnel est un véritable et merveilleux cadeau pour l’Église mondiale parce que nous pouvons apprendre tellement les uns des autres : l’érudition des jésuites, par exemple, ou le style de vie simple des franciscains ; le mysticisme centré sur le Christ de Meister Eckhart, de Jean de la Croix et de Gerhard Tersteegen ; le zèle pour la mission, l’éducation chrétienne et la spiritualité des piétistes ; le biblisme, la non-violence et les convictions de l’église des croyants anabaptistes ; sola fide, sola gratia et sola scriptura des luthériens ; la souveraineté et la gloire de Dieu de la tradition calviniste ; la « méthode » chrétienne des méthodistes ; l’évangélisation personnelle des baptistes ; le discernement communautaire des quakers ; la simplicité des amish ; la dimension transcendantale du pouvoir divin des pentecôtistes ; le royaume « inversé » des communautés latino-américaines, etc.

    Par conséquent, ce n’est pas l’uniformité, mais la diversité qui contribue à l’édification du corps unique du Christ (Éphésiens 4/1-16).

    2. Nous avons besoin d’une œcuménicité centrée sur le Christ

    Les églises et les confessions ne doivent pas rester seules et isolées les unes des autres. Elles ont besoin de l’hospitalité et du dialogue interéglises.

    2.1. Les églises devraient célébrer le corps unique du Christ. Éphésiens4/4-6 nous rappelle qu’il n’y a qu’un seul Esprit, un seul espoir, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême et un seul Père divin. Quand le Christ reviendra, les gens de « toutes les nations, tribus, peuples et langues » s’uniront pour former une communauté de louanges pour l’accueillir (Apocalypse 7/9). D’autres passages des Écritures affirment qu’il n’y a qu’une seule « épouse de l’Agneau » (Apocalypse 19,7), un « peuple de Dieu » (1 Pierre 2/9-10), une «famille spirituelle » (Galates 6/10), un «corps du Christ » (Romains 12/5), un « royaume des cieux » (Matthieu 16/19). Au-delà là de l’histoire des confessions chrétiennes, l’Église est une unité existentielle unie par sa rédemption dans le Dieu trinitaire.

    2.2. Cela signifie qu’en tant qu’enfants de Dieu, nous sommes tous « frères et sœurs » . Éphésiens 3/14-15 nous informe que notre parenté commune avec Dieu fait de nous une famille. Le dicton « vous pouvez choisir vos amis, mais vous ne pouvez pas choisir votre famille » est valable pour les relations interéglises : quiconque appartient à Christ est mon frère ou ma sœur. D’un point de vue éternel, il n’y a pas de « cousins germains », de « cousins au second degré » ou de « parents éloignés » dans la « maison de Dieu ».

    2.3. Des églises et des traditions distinctes peuvent potentiellement se compléter. Romains 12/4-5 et 1 Corinthiens12/12-20 insistent sur le fait que les membres d’un même corps sont différents, mais que leur diversité permet au corps de fonctionner comme il se doit. Bien s√ªr, tous les membres ne sont pas égaux par leur nature et leur fonction : une tête coordonne un travail divin. Pourtant, pour que le corps fonctionne, les différences entre les membres sont essentielles. Personne ne peut négliger un autre membre du corps de Christ comme s’il pouvait se passer de lui. Personne ne possède tous les dons nécessaires. Le corps est bien plus qu’une oreille, une bouche ou des yeux. C’est vrai aussi bien pour l’église locale que pour le parcours commun de différentes traditions chrétiennes.

    2.4. Les églises sont appelées à s’entraider et à se construire l’une l’autre. Les membres faible sont besoin des forts ; et il y a des moments où la faiblesse ou la vulnérabilité d’un membre du corps révèle le caractère du Christ. Comme l’écrit Paul, « même les membres du corps qui paraissent les plus faibles sont nécessaires, et ceux que nous tenons pour les moins honorables, c’est à eux que nous faisons le plus d’honneur. » (1 Corinthiens 12/22-23)

    Conclusion

    Dans la famille de Dieu (ecumene), nous devons être prêts à vivre une « diversité réconciliée » , en étant à la fois courageux en revendiquant l’héritage et la contribution de notre confession, et humbles en reconnaissant que notre compréhension est limitée.

    Toute vérité que Dieu a placée dans les différentes confessions et leur histoire doit être entendue, préservée et articulée. Les minorités ne devraient pas être dominées par les majorités. Alors même que nous reconnaissons la diversité comme saine, il y a aussi un besoin d’humilité. Dans nos histoires confessionnelles spécifiques, tout n’est pas bon, biblique et agréable à Dieu. De nombreuses divisions auraient pu être évitées. Maintes mémoires doivent être guéries. De nombreuses condamnations appellent à la repentance et à la réconciliation. Les péchés et les erreurs du passé doivent être confessés et pardonnés. Après tout, l’Église a reçu le ministère de la réconciliation (2 Corinthiens 5/18-19). Et si notre témoignage veut être crédible pour le monde qui regarde, le travail de réconciliation doit commencer dans la « maison de Dieu » (Ephésiens 2/19). S’engager pour le ministère de réconciliation prendra sans doute plusieurs formes. Dans certains cas, cela peut signifier une unité complète et formelle dans tous les aspects de la vie d’église ; avec d’autres groupes, il peut s’agir simplement d’une unité fonctionnelle, dans laquelle nous acceptons de collaborer sur un nombre limité d’initiatives. Mais dans tous les cas, notre orientation ecclésiale ira dans le sens de la réconciliation plutôt que dans celui d’une identité ancrée principalement dans nos différences.

    Alfred Neufeld Friesen d’Asunción(Paraguay), est président de la Commission Foi et Vie de la CMM, et ancien de l’Église des frères mennonites. Il est président de l’Universidad Evangélica del Paraguay (université protestante) (au moment de la rédaction de cet article).


    «Œcuménicité» est compris ici comme une tendance et une bonne volonté à l’égard du dialogue et de la coopération avec les autres confessions chrétiennes ou traditions d’église. Le mot « œcuménicité » provient du grec oikos (maison) et menein (habiter) et équivaut à « l’entière famille chrétienne qui habite dans la maison de Dieu. »

    1 Corinthiens 13/12 : « dans un miroir » – signifie littéralement « comme une énigme » du grec ainigmati.



    23 juillet 1955–24 juin 2020  

    La Conférence Mennonite Mondiale (CMM) a perdu Alfred Neufeld Friesen, auteur prolifique, théologien, historien, enseignant et grande influence dans le domaine de la théologie anabaptiste au niveau mondial. Il est décédé le 24 juin 2020 à Münster, en Allemagne où il était hospitalisé pour un cancer du foie et des problèmes rénaux.

  • En République dominicaine, le Dimanche de la Fraternité anabaptiste mondiale (19 janvier 2020), des mennonites sont descendus dans la rivière pour prier. L’église évangélique mennonite de Saint-Domingue a célébré la famille anabaptiste à travers le monde et aussi localement en utilisant le matériel de culte fourni par la CMM et en célébrant des baptêmes. Vingt-deux personnes ont exprimé leur désir de suivre Jésus et s’engager dans la famille chrétienne locale – et internationale.

    En même temps, dans toute la République dominicaine, les membres des 75 assemblées locales mennonites ont commémoré les baptêmes de George Blaurock, Conrad Grebel et Felix Manz en 1525.

    L’anabaptisme a été introduit dans les Caraïbes à partir des années 40 par des missionnaires mennonites américains. Aujourd’hui, il y a des unions d’églises mennonites membres de la CMM à Cuba, en République dominicaine, en Jamaïque et à Porto Rico. L’union d’églises des quatre paroisses de Trinité-et-Tobago est membre associé, et des groupes de paroisses se référant aux anabaptistes sont réparties sur d’autres îles.

    Suit un aperçu des églises membres de la CMM dans les Caraïbes.

     

    Cuba

    Implantation et multiplication 

    Au début des années 1950, des missionnaires anabaptistes des États-Unis sont arrivés à Cuba : les Frères en Christ à Cuatro Caminos, près de La Havane, et les mennonites (Franconia Conference) près de Cardenas.

    Les Frères en Christ ont évangélisé les villages et ont commencé des cours bibliques et des classes d’école du dimanche. L’Église a été officiellement déclarée en 1954. Les missionnaires mennonites ont développé une stratégie d’autofinancement, d’autoadministration et d’auto-propagation de l’Évangile. Ils n’ont pas demandé que les églises soient déclarées officiellement.

    Depuis 1959, avec le succès de la révolution, les 55 églises déclarées et de nombreuses autres non déclarées ont continué de fonctionner, mais seules quelques nouvelles inscriptions ont été acceptées depuis la fin des années 1990. Après 1959, les missionnaires nord-américains ont quitté le pays, ainsi que de nombreux responsables de paroisses cubaines. Mais des responsables cubains comme Juana M. García se sont levés pour continuer à servir les paroisses des Frères en Christ (Iglesia de Los Hermanos en Cristo, Cuba) malgré les difficultés.

    En 1992, la constitution cubaine a changé : d’un État athée le pays est devenu un État laïc. Ce changement a entraîné une croissance rapide des églises, en particulier des évangéliques. Divers groupes sont venus à Cuba à la suite de cette évolution. Aujourd’hui, l’Église des Frères en Christ est la seule église anabaptiste déclarée à Cuba. La plupart de ses 100 assemblées sont des églises de maison. Plus de 700 petits groupes fonctionnent à côté des paroisses organisées. Il existe un centre de formation au leadership à Palmira (Cuba) ; le MCC et l’Église Frères en Christ du Canada participent à la formation des pasteurs et des responsables. Un autre groupe mennonite, aux environs de Holguin et de Santiago, est proche de l’Union d’églises conservatrices mennonites de Rosedale, Ohio (États-Unis). Le travail original initié par la Franconia Conference se poursuit également. Ces deux groupes mennonites relativement petits sont des témoins actifs de l’Évangile dans leur région. Aucun des deux groupes n’est officiellement déclaré auprès du gouvernement.

    Difficultés 

    Les groupes liés à l’anabaptisme cubain se développent. Ils ont besoin de formation et de soutien au leadership. iIs travaillent sur les questions de l’identité anabaptiste. Il leur est difficile d’obtenir des terrains pour des bâtiments d’église.

    L’évêque des Frères en Christ, Luis Bermudez Hernandez, dit que la révolution a été un don pour les chrétiens : elle a créé les conditions favorables au développement des églises de maison, où il est facile d’inviter les voisins. Cette stratégie a entraîné une croissance spectaculaire.

    République dominicaine 

    Implantation

    La Conferencia Evangélica Menonita Dominicana Inc. a commencé à l’initiative de l’Evangelical Mennonite Church de Fort Wayne, Indiana (aujourd’hui Fellowship of Evangelical Churches). En 1946, cette église a envoyé des missionnaires : Omar et Laura Sutton et Lucille Rupp. Ils se sont installé dans le sud-est du pays, dans un petit village appelé El Cercado. Peu après leur arrivée, Omar Sutton, d’autres hommes et quelques membres de l’église naissante, ont construit le premier aqueduc au village, qui a apporté un grand changement à la vie de ses habitants.

    En septembre 1949, deux couples de République Dominicaine sont arrivés pour remplacer Omar et Laura Sutton. D’autres responsables d’église se sont joints au travail de terrain d’implantation d’églises. L’objectif était de créer 25 églises et d’avoir 1000 membres avant l’année 1967.

    Multiplication

    En 1970, la direction à l’échelle du pays était solide, aussi le ministère de Evangelical Mennonite Church a été transféré au comité exécutif de la Conferencia Evangelica Menonita Inc, dans un accord appelé l’Accord de Monte Río, signé à Azua.

    Il y a différentes unions d’églises anabaptistes en République Dominicaine : Consejo Menonita Dominicano, Faro Divino (membre de la CMM), Menonitas Conservadores, Iglesia de Dios en Cristo Menonita et Conferencia Evangélica Menonita Dominicana Inc.

    Difficultés 

    L’une des principales difficultés pour les églises est de préserver la bonne doctrine qui nous vient du mouvement anabaptiste radical du XVIème siècle, fondé sur le principe de rester fidèle à la parole de Dieu, quelles qu’en soient les conséquences. Une autre grande difficulté est de continuer à semer la parole de Dieu parmi la population dominicaine en hommage à notre symbole patriotique. En effet, nous sommes la seule nation dont le drapeau montre une bible, ouverte sur le passage de Jean 8/32 : « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres ».

    La formation des responsables est aussi problématique. Les pasteurs étudient au séminaire mennonite ou à l’université évangélique dominicaine, mais la plupart doivent travailler en dehors de l’église pour avoir un salaire.

    La plus grande contribution des anabaptistes dominicains c’est la formation de membres prêts à être de véritables serviteurs là où ils vivent. Aussi il y a une grande présence d’anabaptistes dans toutes les organisations chrétiennes d’entraide en République dominicaine.

    Notre vision et notre espoir pour l’avenir : continuer de développer la vision anabaptiste. Faire émerger de nouveaux leaders qui pourront remplacer génération actuelle. Renforcer nos églises en conservant ou en augmentant le nombre de membres.

    Jamaïque

    Implantation

    David H. Loewen et son épouse Anna – General Conference Mennonite Church –, originaires du Manitoba (Canada), se sont rendus en Jamaïque. « Le Seigneur nous a dit qu’un poste missionnaire devrait être ouvert en Jamaïque ou à Cuba », déclare Anna Loewen. Les Loewen ont été convaincu que c’était la Jamaïque, et ils y ont emménagé en 1954.

    Mahlon Blosser, Myron Augsburger et Warren Metzler (de Virginia Mennonite Mission) ont rencontré les Loewen lors d’une visite exploratoire en Jamaïque et rapidement commencé à y travailler.

    Après des conversations et des préparatifs, l’assemblée a reçu 15 membres par confession de foi et 11 par baptême le 10 juillet 1955. Ces baptêmes, célébrés dans le port de Kingston, marquent la naissance de la Jamaica Mennonite Church (JMC).

    √Ä la fin des années 1970, les missionnaires étrangers n’obtenaient plus de permis de travail, si bien que toutes les paroisses sont désormais dirigées par des pasteurs et des laïcs locaux.

    Multiplication

    Aujourd’hui, les assemblées de la JMC organisent des réunions d’évangélisation en plein air dans des régions où il n’y a pas d’églises. Elles diffusent des émissions radio hebdomadaires de 15 minutes ‚ÄòLe Chemin de la Vie’, qui présentent l’Évangile et apportent du réconfort. Elles soutiennent un dispensaire périodique avec du personnel médical qualifié qui donne des soins aux mamans et aux bébés, s’occupe des vaccinations, prend la tension artérielle et fait le dépistage du diabète. Avec l’approbation du gouvernement, deux paroisses s’occupent de crèches et quatre pasteurs servent de conseillers d’orientation dans les écoles locales.

    L’Église Mennonite de Jamaïque (JMC) a des relations fraternelles avec l’Église Mennonite de Trinité-et-Tobago (MCTT) et la Virginia Mennonite Conference (VMC).

    Difficultés

    La Jamaïque totalise le plus grand nombre de paroisses par kilomètre carré de tous les pays du monde : plus de 1 600 représentant 438 dénominations déclarées, pour une population d’environ 2,8 millions d’habitants. Pourtant, [aujourd’hui] il y a moins de personnes qui choisissent de se former en théologie ou d’être responsable de paroisse.

    Le mouvement vers les villes à la recherche de formations et d’emplois vide les églises rurales, et l’influence du Canada, de l’Angleterre et des États-Unis entrent parfois en conflit avec ce qui serait bon pour les Jamaïcains.

    Mission

    L’Église Mennonite de Jamaïque, par la puissance de l’Esprit Saint, s’est engagée à honorer et glorifier Dieu par le culte et la piété, par l’étude de la Parole de Dieu, par son style de vie et la communion fraternelle, par l’évangélisation et les actions pour la paix.

    Porto Rico 

    Implantation et multiplication

    La Convención de las Iglesias Menonitas de Puerto Rico, Inc. (CIMPR) est l’organisation qui représente et conduit les églises mennonites de Porto Rico. La CIMPR a été fondée en 1943, lorsque l’Église mennonite américaine cherchait un moyen de « servir et édifier » plutôt que de participer à la Deuxième Guerre mondiale. C’est dans cette optique qu’en 1943, plusieurs mennonites arrivèrent dans le quartier de La Plata du village de Aibonito pour travailler sur des projets concernant l’agriculture, la santé et le secteur social.

    Leurs témoignages touchèrent de nombreuses personnes qui donnèrent leurs vies à Dieu. C’est ainsi que la fraternité de La Plata commença. Grâce à la clinique, les cultes d’évangélisations, l’école du dimanche, les cours bibliques d’été et les témoignages personnels, l’église a fait connaitre l’Évangile.

    Elle a demandé le soutien du Mennonite Mission Network à Elkhart, Indiana, qui envoya des missionnaires pour mettre en place les premières paroisses. En 1946, l’assemblée locale Betania vit le jour dans le quartier Pulguillas de Coamo ; puis, en 1947, celle de El Calvario dans le quartier de La Plata à Aibonito : ensuite, en 1948, l’assemblée locale Esmirna dans le quartier Coamo Arriba de Coamo ; et enfin, en 1949, celle Palo Hincado dans le quartier du même nom à Barranquitas.

    En tout, 16 paroisses rassemblant 900 membres sont fondées dans l’île. Aujourd’hui, 12 fonctionnent toujours.

    Difficultés 

    L’Église mennonite de Porto Rico fait face à différents problèmes : par exemple la nécessité de créer de nouvelles paroisses pour augmenter sa présence sur l’île ; l’influence d’autres doctrines qui nous mettent au défi de discerner et d’affirmer notre identité commune et notre unité en tant qu’Église du Christ. Il faut remarquer que cette influence a aussi enrichie la vie et la mission mennonite de diverses manières. L’Église mennonite anabaptiste a grandement contribué au développement de l’agriculture, de l’élevage et de l’éducation. Mais son héritage est surtout d’avoir répandu l’évangile et démarré dont beaucoup aujourd’hui sont devenues des hôpitaux.

    Avec la bénédiction de Dieu et la puissance du Saint Esprit, l’Église mennonite de Porto Rico continuera de tracer un chemin et de surmonter les difficultés pour répandre l’évangile de Christ.

    Des membres de l’Église mennonite de Chaguanas, à Trinidad,
    distribuent des cadeaux et des Bibles dans leur communauté
    le matin de No√´l dans le cadre de leur ministère d’évangélisation.
    Photo: Galen Lehman

    Trinité-et-Tobago

    Les mennonites sont arrivés à Trinité pour la première fois dans les années 1960 et ont diffusé des émissions de radio et procuré des soins médicaux aux personnes atteintes de la maladie de Hansen (lèpre). La première assemblée locale de l’Église mennonite de Trinité a vu le jour en 1974. Au fil des ans, la Virginia Mennonite Mission a envoyé des missionnaires, mais les 5 paroisses qui composent l’Église aujourd’hui ont des responsables locaux..

     

    Contributeurs:

    Juan Carlos Colón, modérateur, Convención de las Iglesias Menonitas de Puerto Rico, Inc.

    William Broughton, président, Église Mennonite de Jamaïque

    Robert J Suderman, retraité, Mennonite Church Canada

    Ainsi que : GAMEO, VMM

     

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2020 de Courier/Correo/Courrier. Cliquez ici pour lire d’autres articles de ce dossier.

  • ‘Alors, dans les derniers jours, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles seront prophètes, vos jeunes gens auront des visions, vos vieillards auront des songes?;’ (Acte 2/17).

    L’évêque Kisare était assis près du grand arbre où les premiers missionnaires mennonites avaient embarqué, il y a 70 ans.

    J’ai demandé à ce cher frère « Qu’est-ce qui s’est passé ici sur la colline de Katuru il y a des années ? »

    Lorsqu’il qu’il répondit, des larmes coulèrent sur ses joues « Vous faites allusion au jour où le feu de Dieu est tombé sur la colline de Katuru, n’est-ce pas ? ».

    « Ce jour-là, Dieu m’a touché, et il a commencé son travail de transformation dans mon âme. C’est ce jour-là que j’ai reçu mon appel à être ministre de l’Évangile. C’est un jour que je n’oublierai jamais.

    Jésus m’a touché et il m’a transformé. Les gens contournaient la colline de Katuru car la rumeur s’était répandue dans les villages : tous ceux qui s’approcheront seront brûlés, car le feu de Dieu brûle sur la colline de Katuru. » 

    Des enfants évangélistes

    C’était en 1942. Ce dimanche d’août, le feu de Dieu est tombé sur la nouvelle église mennonite de la colline de Katuru à Shirati.

    L’assemblée locale a fait l’expérience du feu dévorant de Dieu : toute la journée et pendant la nuit, les gens se repentaient en pleurant. Wilson Ogwada et Nikanor Dhaje, (12 ans) qui fréquentaient l’école primaire de Shirati, ont éprouvé une telle compassion pour ceux qui ne connaissaient pas Jésus qu’ils ont quitté l’école pour prêcher l’Évangile.

    Ils sont devenus les premiers missionnaires mennonites africains itinérants. Ils ont persévéré bien qu’ils aient été battus au moins une fois. Ils ont prêché dans les régions frontalières entre le Kenya et la Tanzanie.

    Une revivaliste qui a de bonnes jambes

    Dans la providence de Dieu, Rebeka Kizinza, surnommée ‘Speedy’ (rapide) a ouvert sa maison à la frontière du Kenya aux évangélistes tanzaniens. Elle pouvait facilement faire vingt-quatre kilomètres par jour à pied pour servir le Seigneur. Sa rapidité lui a permis de tisser des liens entre les revivalistes kenyans et tanzaniens.

    Le ministère du Saint-Esprit est mystérieux. ‘Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit.’ (Jean 3/8), a déclaré Jésus. C’est ce qui s’est passé dans ce mouvement de renouveau en Afrique de l’Est.

    Un enseignant repentant

    Ceux d’entre nous qui s’intéressent aux dates et aux lieux font probablement remonter le début du réveil à un professeur de lycée du Rwanda, Blasio Kigozi, qui a passé 12 jours dans la prière et le jeûne pour que le Saint-Esprit se répande sur les étudiants, le personnel et les enseignants.

    Quand Blasio est sorti de sa chambre, c’était un homme transformé. D’abord, il a demandé pardon à sa femme, puis il a convoqué tous les professeurs et membres du personnel pour annoncer que le Seigneur lui avait révélé qu’il fallait se repentir. Toute l’école a été touchée. Les évêques anglicans de Kampala ont invité Blasio à les rencontrer?; ils furent aussi touchés par un profond désir de repentance. Six semaines plus tard, Blasio est tombé malade et est décédé. Mais son message a continué à se répandre à travers l’Afrique de l’Est.

    Les fruits du réveil

    Les mennonites ne furent pas oubliés par l’effusion puissante du Saint-Esprit.

    Le réveil, c’était un peuple qui aimait Jésus et qui s’aimait les uns les autres. Dès le début, les responsables s’assurèrent que le réveil allait se poursuivre. Tous les pays d’Afrique de l’Est ont été touchés par le réveil de diverses manières, et il se poursuit encore aujourd’hui.

    1. Le réveil est centré sur Jésus-Christ. Les réunions régulières sont centrées sur Jésus. Tout le monde savait que les revivalistes aimaient Jésus. Qu’ils se rassemblent par milliers ou seulement à quelques-uns, les revivalistes se rencontrent au nom de Jésus, et Jésus les rencontre.
    2. La confession des péchés, la repentance et la vie à la lumière de Jésus sont essentielles. La confession des péchés et la célébration du sang purificateur de Jésus font partie de chaque rassemblement. 1 Jean 1/7 résume les engagements fondamentaux de la communauté de réveil : ‘Mais si nous marchons dans la lumière comme lui-même est dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché’.
    3. Les revivalistes exerçaient leur ministère avec ferveur. On parlait d’eux comme de personnes passionnées pour Jésus, les ‘Balokole’.
    4. C’étaient des communautés joyeuses. Il s’y trouvait des personnes de beaucoup de tribus et de nations de toute l’Afrique de l’Est, ressemblant à l’image d’Acte 2/5‚6 : ‘Or, à Jérusalem, résidaient des Juifs pieux, venus de toutes les nations qui sont sous le ciel. √Ä la rumeur qui se répandait, la foule se rassembla et se trouvait en plein désarroi, car chacun les entendait parler sa propre langue.’

    Ce mouvement a formé la communauté intertribale la plus authentique d’Afrique de l’Est. Son désir spirituel de relations intercommunautaires a été un élément clé dans les efforts pacifiques visant à résoudre les conflits politiques au Kenya. Il a également introduit le principe de recevoir et de donner des conseils.

    Le réveil, facteur de réconciliation

    De petites équipes de Balokole se sont rendues occasionnellement en Afrique du Sud pour demander une solution politique pacifique. Il est étonnant de voir que ce réveil qui a commencé avec des étudiants s’est développé jusqu’à ≈ìuvrer pour la réconciliation, et ce, même face aux défis les plus difficiles sur la voie de la paix.

    Au fur et à mesure que grandissait la communauté, beaucoup en Occident, y compris aux États-Unis, ont été profondément touchés par la grâce du Christ proclamée par le Réveil. Dans les années 1930 et 1940, le légalisme des mennonites était destructeur?; les messages remplis de grâce des mennonites d’Afrique de l’Est donnaient la vie. Des groupes de revivalistes se sont répandus dans plusieurs communautés nord-américaines, apportant des encouragements et une nouvelle vie.

    Le peuple de l’Agneau

    Le mouvement de réveil d’Afrique de l’Est n’a pas voulu devenir une communauté confessionnelle. Ses membres sont restés dans les églises déjà établies. Mais cela ne signifie pas que les revivalistes n’avaient pas d’identité propre.

    Dans la région de l’Afrique de l’Est en pleine tourmente politique, les Balokole ont été reconnus comme un peuple de paix. On les appelait le ‘Peuple de l’Agneau’, des personnes qui avaient donné leur vie pour Jésus.

    Très t√¥t, au Kenya et en Ouganda, ainsi qu’au Burundi et au Rwanda, les conflits tribaux ou internationaux ont semé le trouble dans le mouvement. Les revivalistes ont refusé de participer à ces conflits violents. Des centaines de personnes sont mortes en témoignant que Jésus est l’Agneau de Dieu.

    √Ä plusieurs reprises dans l’histoire tumultueuse du Kenya après l’indépendance, les mennonites ont défendu avec fermeté le Peuple de l’Agneau, déclarant qu’ils s’engageaient pour la guérison des nations et non leur destruction.

    —David W. Shenk est un mondialiste. Son témoignage fidèle au Christ dans notre monde pluraliste l’a conduit dans plus de cent pays et régions. David est auteur, missionnaire, enseignant, prédicateur. Avec sa femme Grace, il s’est engagé particulièrement pour la paix avec les musulmans. Il est né en Afrique de l’Est et est membre de la paroisse mennonite de Mountville (États-Unis).

    Il a pris la parole lors de Renouveau 2027, ‘Le Saint-Esprit nous transforme’ à Kisumu (Kenya), le 21 avril 2018. Cet article a été adapté à partir de sa présentation.


  • La vie renait dans un cimetière ! 

    Des expressions anabaptistes variées poussent dans le sol dur de la Thaïlande 

    « La Thaïlande : cimetière de la mission » : cette expression a résonné aux oreilles des missionnaires en route vers la Thaïlande pendant des décennies… Heureusement, Dieu voit les choses autrement ! Une vision différente émerge enfin – et les anabaptistes y ont une place ! 

    Premières graines  

    Il y a 201 ans, Ann Judson (l’épouse d’Adoniram Judson) avait appris suffisamment leur langue pour parler de l’évangile aux prisonniers siamois (thaï) en Birmanie. Douze ans plus tard, en 1828, les premiers missionnaires protestants sont arrivés en Thaïlande, 260 ans après les premiers prêtres catholiques. 

    Pour les catholiques comme pour les protestants, les années 1800 sont des années de dévouement et de persévérance incroyables. Les missionnaires se heurtent à une cohésion sociale presque impénétrable, bâtie sur un mélange de bouddhisme et de brahmanisme, ainsi que des racines profondes d’animisme qui rajoutent une raison de craindre le changement (ce qui est toujours le cas). De même que le peuple thaïlandais a démontré une capacité inégalée à résister à la colonisation grâce à une diplomatie impeccable, il s’est montré résolument attaché à sa déclaration d’identité implicite : « Être thaïlandais c’est être bouddhiste ». 

    En 1880, Dieu a de nouveau utilisé les bases établies en Birmanie pour bénir la Thaïlande. Trois évangélistes de la tribu Karen (en Birmanie) furent accompagnés par un vieux missionnaire jusque dans un village en Thaïlande où ils rencontrèrent un homme qui avait rêvé la nuit précédente que trois enseignants apporteraient la Parole de Dieu. Il avait attendu toute la journée. Cinq cents Karens se repentirent et crurent. 

    Les années 1900 ont apporté les nouveaux défis du libéralisme d’un côté et d’un évangile tronqué de l’autre. Des associations d’églises ont émergé, dont la plus importante est l’Église du Christ en Thaïlande (CCT), fruit d’un siècle de travail des presbytériens. Les missionnaires ont construit des écoles. Le climat social est resté hostile au témoignage évangélique. La seconde moitié du XXe siècle a vu se déployer une nouvelle énergie et une vision holistique : un afflux de missionnaires de Overseas Missionary Fellowship expulsés de Chine, a permis au Nord de la Thaïlande de devenir un centre de travail fructueux parmi les ‘tribus des montagnes’. Puis les influences pentecôtistes ont commencé à faire leur chemin en Thaïlande. Dans les années 1980, le centre de la Thaïlande a vu pour la première fois une église indigène croître très rapidement. 

    Les premiers témoignages anabaptistes 

    En 1960, c’est le MCC qui a apporté le premier témoignage anabaptiste avec un contact modeste en Thaïlande. Au cours des 15 années suivantes, le MCC a placé des volontaires PAX (objecteurs de conscience américains accomplissant un service alternatif à l’étranger) et il a acheté des produits artisanaux locaux pour les vendre aux États-Unis. 

    Le MCC s’est de plus en plus engagé dans la région pendant ce que les Vietnamiens appellent ‘la guerre américaine’. En 1975, en partenariat avec l’Église du Christ en Thaïlande, le MCC a commencé à apporter des secours aux réfugiés, à explorer les possibilités de placement d’enseignants et à s’occuper de développement agricole. Il devait aussi aider le CCT à discerner le rôle de l’Église dans la société thaïlandaise à propos de la défense des droits de l’homme, car jusque là ce n’était pas tant la préoccupation de l’Église. La présence du MCC en Thaïlande a été sporadique au cours des années suivantes. Bien qu’un génocide massif ait eu lieu au Cambodge en 1977, un rapport du MCC indiquait seulement que « ce qui se passe … n’est pas toujours vérifiable ». En 1979, toute l’étendue de l’horreur a été révélée et le nombre de réfugiés arrivant en Thaïlande s’est accru de façon dramatique. Le MCC a eu un rôle clé dans les camps et dans le processus de retour des réfugiés laotiens, hmongs, cambodgiens et vietnamiens. 

    Selon un ancien missionnaire de cette époque, ce furent des années de renouveau. ‘Les paroles et les actes allaient de pair, et Dieu faisait ses merveilles. L’enthousiasme pour le témoignage holistique de beaucoup de responsables thaïlandais d’aujourd’hui est né dans ces camps. Outre le travail d’éducation à la paix et le plaidoyer en faveur des droits de l’homme liés aux événements de Birmanie, ce travail dans les camps a continué jusqu’à ce que le MCC ferme son bureau en 1995. 

    Pendant ce temps, d’autres missions anabaptistes commençaient à s’intéresser à la Thaïlande. Des membres de Brethren in Christ World Missions firent un voyage exploratoire en 1986, suivi par l’envoi d’un couple missionnaire en 1987. Ce couple put obtenir un emploi dans un institut technique à la périphérie de Bangkok, et donc être financièrement indépendants. Leur travail était de développer des relations interculturelles pour partager l’Évangile et encourager la formation de responsables autochtones par le biais du discipulat. 

    En 1990, La Eastern Mennonite Mission envoya un missionnaire pour explorer la situation. Une équipe se forma en 1992 et le couple Tobin s’engagea pour 10 ans. En 1995, il était prêt à vivre parmi les Isaan parlant lao, dans l’une des provinces les plus reculées de la Thaïlande rurale. L’église Life Enrichment très inculturée, avec ses cultes dans des petits groupes et ses responsables locaux autonomes, est née et continue à grandir dans de nouveaux villages. 

    Mennonite Brethren Missions / Services International (maintenant Mission MB) fit aussi un voyage exploratoire en 1991. Les pionniers qu’ils envoyèrent prirent la décision de s’installer dans la province de Nan dans le nord de la Thaïlande pour travailler avec les Khmus. Le couple Schmidt et leurs collègues exercèrent un ministère centré sur l’évangélisation, l’éducation et le développement agricole dans les villages. Le long de la frontière Thaï-Lao, de nombreuses personnes vinrent à Christ parmi les Khmu.  

    Le travail s’enracine 

    Finalement, aucune de ces nouvelles organisations anabaptistes ne s’associa au CCT, malgré les bonnes relations que le MCC avait entretenues au fil des ans. Chaque mission fit son propre chemin avec de nouveaux partenaires et sa politique personnelle d’obtention de visas. La Evangelical Fellowship of Thailand s’est révélée une alliée encourageant l’implantation d’églises à travers le pays. Le responsable des Eastern Mennonite Missions Global Ministries, David Shenk, a encouragé les travailleurs de l’EMM à prioriser les relations avec les anabaptistes pour souligner la valeur de la ‘communauté’. Ainsi, les responsables des équipes ont fait de nombreux voyages pour prier et s’encourager mutuellement. Un modèle de retraites régulières a ouvert la voie à l’accueil des nouveaux collaborateurs. 

    En 1998, la General Conference Mennonite Church (COM) envoya le couple Houmphan (lao/canadien), pour travailler avec l’équipe de l’EMM. Ê la fin de leur premier mandat, ils commencèrent leur propre implantation d’église ailleurs à Isaan avec le MC Canada Witness. 

    En janvier 2001, Team 2000 arriva. Ces trois couples Frères Mennonites s’engagèrent à travailler ensemble pendant 10 ans et ouvrirent un orphelinat et une église au sud de Bangkok. Ils ont eu la vision que 28 missionnaires viendraient les rejoindre ; ceux-ci ont maintenant des relations avec plusieurs responsables locaux et les communautés émergentes dans différentes régions du pays. 

    Vers la même époque, le couple Myer, les nouveaux responsables BIC, arrivèrent. Invités et encouragés par l’EMM, ils commencèrent à travailler dans la capitale provinciale d’Ubon Ratchathani, à seulement 50 kilomètres de l’équipe de l’EMM. Ils développèrent des conceptions de ministère très compatibles, et cette proximité s’avéra providentielle, permettant aux équipes de se soutenir mutuellement dans des moments terribles. 

    Pendant ce temps, le Mennonite Mission Network avait envoyé des missionnaires à un autre endroit d’Isaan, et la Rosedale Mennonite Mission (RMM) renforça sa présence à Bangkok avec des responsables de deuxième génération, fruits de l’engagement de longue date de la RMM en Amérique centrale. Virginia Mennonite Missions était récemment devenue partenaire de l’église Life Enrichment pour former un avant-poste missionnaire parmi les Isaan à Bangkok. Un groupe d’anabaptistes conservateurs avait construit une école de formation missionnaire anabaptiste – l’Institute of Global opportunities (IGo) – à Chiang Mai. Ainsi, au moins à Chiang Mai, les anabaptistes sont connus pour leur ‘head covering’ (coiffe) et leurs familles nombreuses, sans parler de leur zèle pour l’évangile. 

    Tous ces groupes mettent l’accent sur le discipulat ; ils ont tous des expériences très riches de la puissance du Saint-Esprit manifestée par la guérison et la délivrance de l’oppression démoniaque. 

    Relations entre les groupes 

    Bien qu’il y ait périodiquement des conversations sur une organisation anabaptiste commune, la décision de se lier à une structure qui pourrait être ressentie comme lourde ou artificielle n’a pas encore été prise. La plupart des groupes s’engagèrent plutôt à simplement rester en relation. 

    Outre des réunions deux fois par an des responsables d’équipe (Conseil de Référence anabaptiste), il y eu trois rassemblements animés de croyants anabaptistes thaïlandais et lao. Au fil des générations, des relations chaleureuses se sont construites au-delà des divisions culturelles et socio-économiques de longue date, ainsi que des différences de ‘culture d’église’ entre mennonites et anabaptistes. Ces rencontres ont débouché sur la traduction de ressources anabaptistes en thaïlandais : la Confession de Foi Mennonite, et ‘Qu’est-ce qu’un chrétien anabaptiste ?’ de Palmer Becker. La confession de foi des International Mennonite Brethren (ICOMB) a également été traduite en thaï. Plus récemment, le livre de Richard Showalter contenant les récits des premières initiatives missionnaires en Asie ainsi que les histoires des premiers martyrs anabaptistes a été traduit en thaï. 

    Dans un contexte où l’évangile de la prospérité gagne du terrain, cette compréhension de la foi anabaptiste est d’une grande valeur. 

    Identité anabaptiste 

    Pour nourrir l’identité anabaptiste, de bonnes relations et ressources à long terme sont importantes, cependant l’identité est surtout le fruit de l’expérience. 

    Lorsque l’église Life Enrichment au sud d’Ubon Ratchathaniétait ébranlée par l’accident qui a co√ªté la vie à John Hertzler, responsable de l’équipe de l’EMM, l’église a été amenée à vivre une profonde démarche de pardon. Elle passa des mois à partager l’évangile avec le chauffeur dont l’imprudence avait causé l’accident. L’événement le plus marquant fut la présence des parents de John le jour du baptême du chauffeur. L’église vit ces croyants fidèles accueillir avec bonté cet homme dans la famille spirituelle. 

    Plus tard, l’église se réunit pour entendre Truman Hertzler enseigner l’histoire anabaptiste. Il parla des échecs de ses prédécesseurs qui perdirent des opportunités d’évangéliser en raison de leur légalisme et de leur léthargie. Pourtant, souligna t-il, la persévérance dans les difficultés et les yeux tournés vers Jésus-Christ, le seul fondement, (1 Co 3/11) conduit toujours vers une vision renouvelée et à l’obéissance à l’appel de Dieu. Dans la salle, un à un, les chrétiens se sont levés : « Nous le sommes aussi ! Peu importe ce nous aurons à souffrir ou combien de fois nous faiblirons et échouerons, si c’est cela être anabaptistes, alors nous sommes anabaptistes ! » De cette tombe est sortie la vie ! 

    Outre les communautés qui naissent du travail des missionnaires sur place, un autre courant de témoignage anabaptiste autochtone en Thaïlande provient des anciens réfugiés Hmong qui s’étaient installé aux États-Unis. Beaucoup se sont affiliés à MC USA. Ils ont formé leur propre Hmong Mennonite Churches Mission et attendent avec enthousiasme le jour où les Hmong, dont les villages sont dispersés sur les montagnes du Nord-Ouest de la Thaïlande, pourront revendiquer une identité anabaptiste. 

    Ê partir de 2005, cette impulsion a été renforcée par des visites d’enseignement de pasteurs nord-américains et de collaborateurs du Mennonite Mission Network ainsi que de l’aide à des projets de construction. Ainsi, ces chrétiens hmong, qui ont longtemps fait partie du CCT, ont commencé à réaliser que leur propre théologie a de fortes affinités avec l’anabaptisme. 2016 s’est avéré être une année significative car un nouveau ‘Hmong district 20’ s’est maintenant joint à la CMM, comme district de la CCT. Ils ont recherché cette affiliation parce que, selon Nelson Kraybill, « Ils veulent revendiquer explicitement la compréhension anabaptiste de l’Église et la développer, y compris la non-violence ». 

    Ceux qui ont observé ces églises remarquent la variété des pratiques qui font de leur présence un don au sein de la CMM : le travail pour la paix dans le cadre de l’évangélisation, l’hospitalité, la gestion financière, la générosité, la passion pour l’enseignement de la Bible et la formation des responsables. Des représentants de la CMM et du MMN seront présents en Thaïlande lorsque leur participation sera officialisée en avril 2017. 

    Bien que les chrétiens ne constituent encore que 1,2 pour cent de la population en Thaïlande, nous nous attendons à être bénis dans les années à venir par ces divers courants de témoignage anabaptiste s’entrecroisent et s’enrichissent mutuellement. Que Que Dieu continue à permettre à sa beauté et à la vie de la résurrection de sortir de ce ‘cimetière’ ! 

    ‚ÄîCarol Tobin et son mari Skip ont travaillé en Thaïlande de 1989 à 2009 pour implanter des églises et faire un travail administratif régional avec l’EMM. Résidant maintenant à Harrisonburg (États-Unis), Carol continue d’avoir une relation étroite avec la Thaïlande en tant que directrice régionale de l’Asie avec Virginia Mennonite Missions. 


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’ Courier/Correo/Courrier April 2017


    Nom:  Hmong 7e District de l’Église du Christ en Thaïlande * 
    Membres:  1 733 
    Paroisses:  23 
    Président:  Pornchai Banchasawan 
    Nom:  Mission Khmu  
    Membres:  39 250 
    Paroisses:  430 
    Président : Phone Keo Keovilay 
    Nom:  Église Life Enrichment  
    Membres:  199 
    Paroisses:  16 
    Président: Pasteur Somchai Phanta 
    Nom:  Thaïlande Mennonite Brethren Foundation 
    Membres:  1 600 
    Paroisses:  20 
    Président : Ricky Sanchez 
    *Vote du Comité exécutif lors des réunions de février 2017 pour l’admission en tant que membre. Données de la carte du monde de la CMM, 6 février 2017. 
    Source: Répertoire de la CMM 2015 
     
     
     
     
     
  • Hospitalité : Que signifie offrir l’hospitalité en tant que disciples du Christ ?

    En septembre dernier, des photographies choquantes publiées dans les médias ont sensibilisé le monde occidental à la crise des réfugiés. Consciente de l’importance de cette question, la communion anabaptiste mondiale propose les réflexions suivantes sur le sens de l’accueil de l’étranger, spécialement lorsque des personnes d’une origine religieuse différente de la nôtre s’installent dans notre quartier. Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Les réfugiés ont fait partie de l’histoire de l’église Frères mennonites de Neuwied depuis ses débuts : le passé de notre église est imprégné d’initiatives visant à intégrer les personnes d’origines culturelles différentes.

    L’Evangelische Freikirche Mennonitische Brüdergemeinde de Neuwied (Allemagne) a été fondée après la Seconde Guerre Mondiale par des réfugiés de Prusse occidentale (aujourd’hui Pologne) ; c’est la plus ancienne église de Frères mennonites d’Europe occidentale. Au début, les mennonites ont dû apprendre à prier avec des frères et sœurs de différentes traditions chrétiennes tels que protestants, Frères de Plymouth et baptistes. La génération suivante a appris à intégrer des chrétiens de Croatie et d’Amérique du Sud qui se sont joints à l’église dans les années 1960. Dans le milieu des années 1970, l’intégration d’un grand nombre de mennonites de l’ex-Union soviétique a été un défi. Bien qu’ayant les mêmes origines mennonites, ils tenaient à certaines traditions spécifiques différentes de celles de notre église. Mais avec Dieu, rien n’est impossible. Au fil des ans, des frères et sœurs d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Afrique sont aussi devenus membres de cette communauté bigarrée de disciples du Christ.

    Notre paroisse compte aujourd’hui 460 membres, originaires de plus de 14 nations différentes. Mais malgré un arrière-plan et des traditions très variés, les membres de notre assemblée ont une foi et un engagement envers le Seigneur Jésus-Christ qui aide à construire des ponts les uns des autres.

    Un nouveau chapitre

    Un tout nouveau chapitre dans la vie de notre assemblée a commencé il y a environ huit ans, lorsque nous avons eu le courage d’ouvrir nos portes à des gens d’origine religieuse complètement différente.

    Comment est-ce arrivé ?

    Des responsables de notre ville sont venus nous trouver avec cette requête : serions-nous prêts à ouvrir un club de jeunes pour aider la ville à s’occuper des jeunes de 12 à 17 ans issus de l’immigration ? En y repensant, nous réalisons que nous étions très naïfs à l’époque ; néanmoins, quand nous avons dit oui, nous avons obéi au commandement de Dieu ‘de chercher à rendre prospère la ville’ (Jr 29:7 BFC).

    Donc, ce club de jeunes (30 jeunes issus de milieux musulmans et Yezidi) a démarré dans notre bâtiment d’église. Nous avons rapidement compris que ces jeunes pensaient pouvoir venir dans ‘leur lieu de rencontre’ n’importe quand. Lorsque les portes étaient ouvertes, ils entraient, qu’il y ait une réunion de dames, de prière ou toute autre rencontre. Quand ils trouvaient les portes fermées, ils s’asseyaient tout simplement sur les marches de l’entrée et y restaient, de jour comme de nuit. Les trois premiers mois ont vraiment été stressants pour notre paroisse ! Nous n’avons survécu qu’avec beaucoup de prières, de patience, de discussions et en mettant en place quelques règles et leurs conséquences pour les jeunes.

    Appréciation, respect et amour chrétien

    À notre grande surprise, les relations avec les jeunes se sont améliorées les mois suivants. Dans notre église, les jeunes ont découvert quelque chose qu’ils n’avaient jamais connu jusque là : appréciation, respect et amour chrétien. Les responsables de la ville ont été surpris de voir combien le comportement de ces jeunes avait changé.

    Grâce à l’expérience avec le club de jeunes, nous étions prêts à accueillir à bras ouverts les réfugiés et les demandeurs d’asile venant à l’église pour trouver aide et amitié. Leur religion nous est vraiment étrangère. C’est difficile d’entendre ce qu’ils ont vécu pendant leur exil, fuyant la guerre et la terreur. Mais d’autre part, c’est difficile aussi pour eux de s’installer dans un pays complètement nouveau avec leurs expériences traumatiques. Ils nous disent souvent que ce ne sont pas nos paroles qui les attirent à l’église, mais l’amour chaleureux et l’attention qu’ils reçoivent.

    Cet amour a ouvert leur cœur pour en savoir plus sur ce Jésus dont nous parlons. Nous avons donc commencé un groupe d’étude biblique en farsi, et plus tard un autre en arabe. Quand des membres de ces groupes trouvent la foi dans le Dieu vivant et sont baptisés, nous savons qu’ils apportent des changements dans notre église.

    De toutes les nations et langues

    Lorsque le premier frère iranien a été baptisé, ce n’est pas passé inaperçu ! Quand il est sorti de l’eau, ses amis persans ont éclaté en un tonnerre de jubilation qui a rendu le reste de l’assemblée muet de surprise. Mais quand nous avons réalisé que nous étions témoins de la réalisation de la promesse de Dieu : que les gens ‘de toutes nations, tribus, peuples et langues’ feront partie de son royaume (Ap 7:9), tout le monde s’y est joint !

    Nous avons aussi découvert que c’est une bénédiction que nos caractéristiques allemandes typiques, telles que la ponctualité et l’ordre, soient complétées par des caractéristiques étrangères, telles que la spontanéité et l’hospitalité. Bien que l’hospitalité soit censée être l’apanage des chrétiens, nous apprenons beaucoup des immigrés de l’Est. Ils semblent toujours avoir le temps de causer et de boire une tasse de thé. Leurs porte et leurs table sont toujours ouvertes aux autres.

    S’investir dans l’accueil des étrangers demande du courage, parce que nous devons sortir de notre zone de confort. Mais ce que nous apprenons en vivant ainsi est impossible à décrire. Les rencontres avec mes nouveaux amis du monde entier ont tellement changé ma vie, que je ne peux imaginer ce qu’elle était quand ils n’en faisaient pas encore partie.

    —Walter Jakobeit est pasteur de l’Evangelische Freikirche Mennonitische Brüdergemeinde de Neuwied (Allemagne), église Frères mennonites. Il est président de la AMBD (Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Brüdergemeinden Deutschland), une union d’églises devenue membre de la CMM lors au Conseil Général de la CMM en 2015.

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