Le mot « solidarité » vient du latin solidus — entier, solide, uni. C’est bien plus que de la sympathie (« Je suis désolé pour toi ») ou de l’empathie (« Je comprends ce que tu ressens »). La solidarité, c’est dire : « Je serai à tes côtés. » C’est la volonté de porter les fardeaux les uns des autres.
Récemment, notre Église a étudié Matthieu 9.9-13. Un passage qui nous donne une image claire de cette solidarité à l’image du Christ. Jésus ne sauve pas à distance. Il se fait homme et s’assoit à table avec les publicains et les pécheurs. Il se tient aux côtés de ceux que les autres évitent.
Comme l’a observé John Stott, la croix révèle d’abord l’identification de Dieu avec les pécheurs avant de révéler le jugement de Dieu contre le péché.
La solidarité est le témoignage même de l’Incarnation.
Maranatha, notre Église locale, a goûté à cette grâce. Lorsque notre communauté, composée d’Indonésiens et d’Américains, a commencé à célébrer le culte aux côtés d’immigrés issus de diverses origines ethniques, nous avons découvert que la solidarité n’est pas un programme, mais une table.
Nous avons écouté des récits de déracinement, partagé des repas, prié dans plusieurs langues et porté des fardeaux qui n’étaient pas les nôtres à l’origine. À ces moments-là, les paroles de Bonhoeffer ont résonné avec force : « L’Église n’est l’Église que lorsqu’elle existe pour les autres. »
Tout au long des Évangiles, Jésus forme une communauté qui se tient aux côtés des pauvres, de ceux qui pleurent, des humbles, des malades et des oubliés. La solidarité, c’est se tenir les uns aux côtés des autres : c’est la force qui fait du corps du Christ un tout.
Puisse la famille mondiale de la Conférence mennonite mondiale incarner, en 2026, cette solidarité ferme, unie et à l’image du Christ, avec courage et joie.
—Sunoko Lin est trésorier de la CMM et est membre du bureau du Comité exécutif. Il est également pasteur de la Maranatha Christian Fellowship, une Église membre de la LMC située en Californie.
Lors de ‘Renouveau 2026’, les danses sont l’expression de la culture et de l’unité
« La danse utilise des mouvements familiers pour entrer en communion avec Dieu, créer des liens au sein de la communauté et exprimer notre gratitude, tout en mettant en valeur nos pratiques culturelles, en particulier lors des célébrations », explique Marcial Arenos, de l’Église chrétien mennonite de Binuangan, district Nord de l’Integrated Mennonite Church aux Philippines. « C’est une expression corporelle de la célébration qui implique une participation collective. »
Le programme de ‘Renouveau 2026’ aux Philippines a été ponctué de danses culturelles issues de plusieurs districts de l’IMC aux origines culturelles distinctes. Les représentations de groupes de danse locaux issus de ces districts constituent également un élément caractéristique des rassemblements régionaux et culturels de l’IMC.
Ces danses mettent en scène des costumes traditionnels (cousus par les membres de l’Église), des gestes symboliques et des mouvements répétitifs qui racontent une histoire. Ces éléments reflètent les traditions et les valeurs des communautés, explique Blessing Joy Turqueza, représentante des YABs pour l’Asie et l’un des responsables de l’Association des jeunes mennonites des Philippines (IMC).
« Le recours à la danse enrichit le culte, la prière ou les lectures bibliques ; nous pouvons nous exprimer dans notre langue, à travers nos traditions et notre culture », déclare Marcial Arenos. C’est également un moyen de s’ouvrir à la communauté, où la préservation de la culture et du dialecte par la danse crée des liens avec les communautés autochtones.
« Ces danses traditionnelles symbolisent pour nous, aux Philippines, l’unité et la célébration. La Bible dit également que ‘tout genou fléchira devant Jésus et que toute langue célébrera la gloire de Dieu’ (Philippiens 2.10-11). C’est pourquoi nous célébrons Dieu par notre danse », explique Shammah Micah B. Abadier, de l’Église mennonite de Red Cross Village, dans le district central, IMC.
Pandanggo sa Ilaw
L’une des danses au programme était le Pandanggo sa Ilaw. Cette danse folklorique originaire de l’île de Lubang, à Mindoro, est dérivée du fandango espagnol de l’époque coloniale. Elle met en scène la cour amoureuse à travers un jeu d’équilibre avec des lampes allumées symbolisant des lucioles.
« La beauté de la danse dépend de la clarté et de la stabilité de la flamme portée par le danseur », explique Felipe Magbuhos, Jr., de l’Église mennonite ‘Bible’ de Lacao à Lumban. À l’origine, on utilisait des bougies, mais aujourd’hui, on utilise une lampe à piles.
« Comme il est dit : ‘Vous êtes la lumière du monde […] que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux’ (Matthieu 5.14-16). »
« Cette danse nous rappelle qu’au milieu des situations sombres, nos vies — la ‘lumière’ que nous tenons entre nos mains — doivent être une source d’inspiration et témoigner de la bonté de Dieu », ajoute-t-il.
À la fin du programme ‘Renouveau’, tous les participants et invités internationaux ont été invités à participer ensemble à la danse de l’unité. Cette danse fait régulièrement partie du congrès annuel de l’IMC.
« En agitant et en tendant nos mains ainsi, nous louons notre Dieu », explique Shammah Micah B. Abadier.
Sommes-nous préparés à assumer le vrai coût de la solidarité ?
Nous explorons cette question dans le dernier numéro de Courrier.
Le numéro 41.2 a un format un peu différent. Au lieu de proposer 5 « perspectives » venant de chaque région, nous vous proposons ici des entretiens plus profonds. Forts de leurs expériences et de leurs parcours variés, nos contributeurs échangent leurs compétences et leurs témoignages au-delà des barrières des différences. Après tout, être solidaire n’est pas être solitaire.
Ce numéro de Courrier arrive dans vos boites aux lettres un peu tardivement, de ce fait le prochain numéro arrivera au cours du même mois !
Ne manquez pas les récits sur le thème « Partager les fardeaux, partager l’espoir » du numéro 41.3. Ces récits ont été partagés lors de « Renouveau 2026 », en mars aux Philippines, accompagnés de danses et de traditions culturelles mettant en relief l’unité et la solidarité.
Et nous serions ravis d’avoir de vos nouvelles ! Lorsque vous lisez Courrier, qu’est-ce qui vous touche profondément ? Qu’est-ce qui vous fait dire « oui » pour marcher aux côtés d’autres personnes, en toute humilité et réciprocité ? Racontez-nous comment vous conjuguez « suivre Jésus » avec ce que la solidarité peut coûter.
« Je ne suis pas un activiste social » est le titre d’un livre de Ronald Sider. En plaçant Jésus au cœur de notre programme, il démontre que les questions de richesse, de pauvreté, de paix et de non-violence, ainsi que l’action sociale et la politique, sont tout aussi spirituelles que l’évangélisation, la famille et le mariage. Citant Abraham Kuyper, il affirme qu’il n’y a pas un seul centimètre carré sur toute cette terre qui n’appartienne pas au Seigneur ressuscité.
C’est pourquoi pratiquer la justice et prendre soin des autres ne sont pas des préoccupations réservées aux seuls activistes sociaux. Il s’agit d’un ministère essentiel pour ceux qui suivent Jésus. Plus encore, comme le souligne Sider, toute action sociale efficace dépend de la puissance de la résurrection de Jésus.
Nous comprenons mieux l’importance de nous appuyer sur le Saint-Esprit et sur la puissance de la résurrection de Jésus dans l’action sociale de l’Église lorsque nous saisissons le sens biblique du mot « solidarité ». Le terme « solidarité » peut être utilisé pour traduire le mot hébreu hesed dans l’Ancien Testament. Prenons un exemple :
« On t’a fait connaître, ô homme, ce qui est bien, ce que le SEIGNEUR exige de toi : Rien d’autre que respecter le droit, aimer la hesed[la solidarité inébranlable] et t’appliquer à marcher avec ton Dieu. » Michée 6. 8 (TOB).
Hesed allie l’amour pur, la générosité et l’engagement durable. C’est l’expression d’un caractère ; par conséquent, cela ne dépend pas de la manière dont les autres réagissent. Cela implique d’être ouvert au pardon et d’agir pour aider l’autre. Cela renvoie à la fois à l’attitude et aux actions.
Par conséquent, la solidarité – comprise comme hesed – ne se pratique pas verticalement, d’en haut. Elle est horizontale, impliquant un respect mutuel. En tant que telle, elle ne peut résulter de la seule volonté humaine. Elle est la conséquence d’une rencontre personnelle et authentique avec Dieu. Après tout, nous aimons parce que nous avons d’abord été aimés (1 Jean 4. 19).
L’une des raisons pour lesquelles la Conférence mennonite mondiale a été fondée il y a un siècle était de se montrer solidaire de nos Églises confrontées à la guerre, à la violence et à la persécution. La Conférence mennonite mondiale est notre Église mondiale, au sein de laquelle nous suivons Jésus, vivons l’unité et construisons la paix. Nous formons un corps composé de plus de 10 000 assemblées locales, organisées en 110 synodes ou unions d’Églises. Nous comptons environ 1,5 million de membres baptisés. Nous avons besoin les uns des autres pour suivre Jésus ; nous avons besoin les uns des autres pour vivre l’unité ; nous avons besoin les uns des autres pour construire la paix.
Dieu nous invite à agir comme lui, avec un amour pur, de la générosité et un engagement durable. Dieu nous appelle à répondre aux besoins des autres membres de notre Église mondiale par la solidarité et l’action désintéressée, afin que nous puissions faire l’expérience de la solidarité au sein de notre famille spirituelle et la transmettre au monde – un monde qui subit les conséquences de son éloignement de Dieu, source d’amour fidèle et de solidarité tenace.
Aujourd’hui, alors que nous réfléchissons à la solidarité dans ce numéro du Courrier, souvenons-nous de nos frères et sœurs confrontés à la guerre, à la violence, à la pauvreté et à la persécution. Prions pour eux. Partageons nos ressources avec eux. Défendons leur cause. Marchons à leurs côtés. Demandons à Dieu que le Saint-Esprit soit présent dans notre Église afin que nous puissions continuer à répondre par la solidarité.
César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, dans l’Ontario, au Canada.
Mais la fidélité du Seigneur, depuis toujours et pour toujours, est sur ceux qui le craignent, et sa justice pour les fils de leurs fils, pour ceux qui gardent son alliance et pensent à exécuter ses ordres.
Psaumes 103. 17–18 (TOB)
Respecter l’alliance de Dieu et accomplir ses commandements signifie d’abord aimer Dieu de tout son cœur, puis aimer son prochain comme soi-même (Matthieu 22. 37–40).
En tendant la main à celles et ceux qui sont dans le besoin, que ce soit par un soutien, une parole de réconfort, un kit d’hygiène ou même simplement un courriel ou un message sur une application disant : « Nous prions pour vous » ou « Que Dieu soit avec vous », nous manifestons cet amour.
En formant un cercle de croyants autour d’une synagogue ou d’une mosquée qui a été attaquée ; en utilisant des sifflets pour prévenir les habitants d’un quartier d’un risque d’arrestation illégale ; en manifestant pacifiquement contre la guerre et la discrimination ; en ouvrant les portes de nos églises à tous — nous montrons notre solidarité avec celles et ceux qui sont opprimés.
En écoutant au lieu de juger et d’exclure les autres ; en acceptant que les gens soient différents à bien des égards ; en abandonnant nos préjugés et en nous ouvrant aux autres cultures, nous pouvons montrer que chaque membre du corps est tout aussi importante.
Une main posée sur une épaule, une étreinte, un conseil bienveillant, servir au lieu d’attendre d’être servi, rendre visite, se laver les pieds les uns les autres ou simplement demander : « Comment vas-tu ? » — il existe tant de façons de dire : « Tu n’es pas seul ! »
Si nous voulons être de véritables disciples du Christ, nous devons suivre sa prière afin de vivre dans l’unité, même si cela est parfois difficile et exigeant. Ce n’est qu’alors, dans la solidarité, que nous pourrons œuvrer pour la paix.
– Henk Stenvers est le président de la CMM (2022-2028). Il vit à Naarden, aux Pays-Bas.
Ce que m’a apporté ma participation à l’ensemble international
Je rends grâce à Dieu pour le don de la musique dans nos vies. Je considère comme une grâce divine d’avoir pu faire partie de l’ensemble international de la Conférence mennonite mondiale pour l’Assemblée 2022 en Indonésie. J’en rêvais depuis que j’avais assisté à l’Assemblée de 2003 au Zimbabwe.
Participer à la musique lors des Assemblées mondiales de la CMM m’a permis d’apprendre des chants dans différentes langues. De prime abord, je me suis dit que la prononciation des paroles était étrange. Il arrive que des mots dans d’autres langues présentent des similitudes avec ma langue, mais cela donne un sens très amusant !
À mesure que je me suis habitué à chanter ces chants dans différentes langues, j’y ai pris beaucoup de plaisir. Apprendre ces chants est devenu mon activité préférée.
Une grande famille mondiale
En chantant des cantiques dans différentes langues, j’ai le sentiment de faire partie de la famille de mes frères et sœurs qui parlent la langue chantée. Je me sens uni à eux, à leur style musical et à leur culture.
Chanter dans différentes langues avec la chorale de l’Assemblée, avec des frères et sœurs de différents continents, me donne également une image du paradis.
Des chansons comme « Dalam Yesu/En Jésus, nous sommes une seule famille » m’aident à prendre conscience que je fais partie d’une grande famille mondiale. J’ai de nombreux frères et sœurs qui me soutiennent dans toutes les situations que je traverse.
Le chant « True Evangelical Faith » m’a particulièrement marqué, car il me rappelle toujours d’examiner ma foi et m’encourage à vivre comme un véritable disciple du Christ.
Chanter ces cantiques a également uni ma famille. Lorsque je m’entraînais à chanter des chants pour l’Assemblée, en particulier des chants dans d’autres langues, mes jeunes filles se joignaient à moi pour les chanter. Elles ont appris la prononciation bien plus vite que moi. En famille, nous avons passé de nombreuses heures à apprendre ces chants ensemble, dans l’unité.
Cultiver le respect et la curiosité
Ce que j’ai appris à l’Assemblée a été transmis à l’Église où j’étais engagé. J’ai enseigné de nombreux chants dans différentes langues, tels que « Som’Landela », « We want peace », « Hakuna akaita », « Solo el amor », « Siyahamba », « Alabare », « Tapaiko cheuma » (Je suis ton enfant), « Segala puji syukur » (Criez de joie), « Kirisuto no heiwa ga » (Que la paix du Christ), etc.
J’ai traduit certains de ces cantiques en hindi afin que les membres de l’Église puissent facilement les apprendre et les chanter. Chanter en anglais et en hindi nous apporte de la clarté quant au message du chant, ce qui est important pour la conviction et la participation. Les gens sont généralement plus à l’aise lorsqu’ils chantent dans une langue qu’ils comprennent.
Cependant, j’encourage généralement les gens à chanter au moins un couplet ou le refrain dans la langue originale.
Lorsque les membres de notre Église apprennent différents mots dans une langue étrangère, cela aide les gens à ressentir la dimension mondiale du chant, cela suscite le respect et la curiosité pour les autres cultures et donne au moment un sentiment plus fort de communion et de sens. En fin de compte, cela aide l’assemblée à se sentir unie avec la famille mondiale.
Comprendre l’Esprit de Dieu
L’une des membres de mon assemblée a partagé que le fait de chanter dans différentes langues l’aidait à comprendre la gratitude de Dieu. Cela se reflète dans la langue, la structure musicale et la culture. Même si nous ne comprenons pas toujours pleinement le sens des chants dans différentes langues, nous ressentons que Dieu a insufflé sa joie et son Esprit dans les paroles et la musique.
Chanter des chants tels que « You’re not alone » (Tu n’es pas seul) l’a aidée à comprendre que nous sommes unis.
Nous partageons nos peines et nos joies les uns avec les autres et nous nous soutenons mutuellement dans les situations difficiles.
Chanter les cantiques de l’Assemblée l’a aidée à comprendre qu’elle a sa place dans l’assemblée en tant que membre de la famille, pour prendre soin des autres membres qui sont dans le besoin.
En conclusion, je voudrais dire que les chants de l’Assemblée ont été une force très efficace pour unir l’Église dans sa compréhension de Dieu, de sa place et de son rôle au sein de la famille mondiale.
Ashish Kumar Milap est pasteur à l’Église mennonite de Sunderganj à Dhamtari, en Inde, où il sert une assemblée de 1 040 membres baptisés. En 2022, il a participé à l’Assemblée en Indonésie en tant que membre d’une chorale internationale.
Ma première véritable rencontre avec la CMM a eu lieu lors de l’Assemblée de 2003, qui s’est tenue à Bulawayo, au Zimbabwe, ici en Afrique. Ce fut une expérience de louange internationale et multiculturelle tout à fait extraordinaire. Les mélodies issues de cultures et de traditions variées se sont harmonisées, laissant une empreinte indélébile dans mon âme.
Cette expérience a suscité en moi une passion pour la louange mondiale qui continue de m’inspirer, ainsi que la plupart des membres de l’Église des frères en Christ, encore aujourd’hui !
L’Assemblée de 2003 de la CMM au Zimbabwe a marqué un événement important dans la communauté anabaptiste mondiale. L’un des impacts durables s’est fait ressentir sur les styles musicaux des Églises locales au Zimbabwe. Cette influence se manifeste dans le mélange des rythmes traditionnels zimbabwéens avec les hymnes occidentaux et la musique chrétienne contemporaine.
Musique traditionnelle zimbabwéenne et culte anabaptiste
Au Zimbabwe, la musique traditionnelle fait partie intégrante de l’identité culturelle. Les instruments à percussion, tels que les tambours, les hochets et les maracas, sont couramment utilisés dans le culte.
Après 2003, certaines Églises des Frères en Christ ont commencé à intégrer ces éléments dans leurs cultes, en les fusionnant avec des instruments occidentaux, tels que la guitare et le synthétiseur, créant ainsi un son unique qui trouve un écho auprès des fidèles de la région.
En réalité, la majorité des assemblées zimbabwéennes a généralisé l’usage d’instruments de musique pour accompagner la louange. Cette pratique s’est même étendue aux assemblées des zones rurales, où les fidèles se limitaient auparavant au chant a cappella.
L’influence de la musique anabaptiste
L’Assemblée de la CMM a réuni des musiciens issus de diverses traditions anabaptistes. Cette rencontre a conduit à l’adoption de chants tels que « Over my head, I hear music in the air ! » (Une chanson folklorique afro-américaine adaptée à un rythme zimbabwéen dans les assemblées locales).
De nombreuses Églises ont commencé à utiliser des chants mêlant cantiques traditionnels et chants de louange contemporains d’Afrique et d’Amérique latine.
Le recours à des éléments traditionnels s’est révélé particulièrement évident pour favoriser l’épanouissement et la louange dans un contexte africain. Cela a renforcé l’utilisation du mouvement dans le chant, celui-ci venant naturellement aux populations autochtones d’Afrique. Des interprétations telles que « Hakuna akaita sa Jesu » (Il n’y a vraiment personne comme Jésus) et « Jes’ uya khazimula » (Jésus brille toujours) ont pris un sens nouveau et ont gagné en popularité sous l’influence directe de la musique anabaptiste.
Un certain nombre d’autres refrains en langues « étrangères », tels que « Obrigado Senhor » (Merci, Jésus) et des chants de l’Assemblée au Zimbabwe de 2003, ont également été intégrés à la musique du culte local.
Impact sur le culte
Le mélange des styles musicaux a influencé les pratiques cultuelles. Les cultes sont plus participatifs, les fidèles chantant en ndébélé, en shona et en anglais. Certaines Églises ont introduit la danse, intégrant ainsi des mouvements traditionnels zimbabwéens.
Ce changement a rendu le culte plus expressif et plus adapté à la culture locale.
L’Assemblée de la CMM au Zimbabwe a largement contribué à inciter indirectement les assemblées locales à apprécier la diversité culturelle dans la musique de culte.
Le fait de chanter des chants tirés d’un recueil commun comme le livre de chants de la CMM a eu plusieurs effets sur les assemblées. Les chants communs favorisent un sentiment d’unité et une expérience de foi partagée parmi les membres de l’assemblée. Ils les relient à une communauté plus large de croyants et croyantes de différentes cultures et de différents endroits.
Défis et opportunités
Si cette fusion musicale a enrichi le culte, elle a également posé des défis. Certaines assemblées ont du mal à trouver un équilibre entre tradition et nouveauté. Il arrive que les membres plus âgés préfèrent les cantiques traditionnels, alors que les plus jeunes privilégient souvent les styles contemporains. Ce fossé générationnel nécessite une navigation prudente de la part des jeunes membres et des responsables d’Églises.
Les jeunes du district de Bulawayo, de l’Église des frères en Christ, ont pris une initiative proactive pour s’efforcer de satisfaire tout le monde en formant la chorale des jeunes du district de Bulawayo.
Le groupe a transformé les cantiques traditionnels afin de les rendre plus accessibles à tous les âges, en utilisant des instruments locaux et occidentaux dans leurs groupes de louange dirigés par des jeunes.
L’Assemblée 2003 de la CMM a encouragé une louange davantage adaptée au contexte local dans les assemblées BICC du Zimbabwe. En adoptant les traditions musicales locales, les Églises ont créé des expériences de louange à la fois authentiquement zimbabwéennes et connectées au reste du monde.
Ce mélange de styles reflète l’importance accordée par les anabaptistes à la communauté et à la pertinence culturelle.
Alors que les assemblées zimbabwéennes continuent d’évoluer, leur musique reste un témoignage de la puissance de la foi exprimée à travers la culture locale.
Les effets les plus durables laissés par la CMM sont l’engagement émotionnel et spirituel, les liens et les échanges culturels, et surtout les sentiments de joie, de dévotion et de contemplation qui ont été suscités, améliorant ainsi efficacement la manière de vivre le culte.
Nelson G. Muzarabani est membre de la BICC Entumbane à Bulawayo, au Zimbabwe, et ancien de la BICC Zimbabwe, où il a occupé le poste de secrétaire de la conférence pendant près de 10 ans. Musicien de formation, il est actif dans le ministère de la musique de l’Église ainsi que dans d’autres activités. Il a pris sa retraite des secteurs public et privé, où il a travaillé pendant un peu plus de 35 ans en tant qu’éducateur, chercheur/historien/archiviste, administrateur et gestionnaire.
Chanter les cantiques du recueil de la CMM en Pennsylvanie
« Toutes les nations que tu as faites viendront se prosterner devant toi, Seigneur, et glorifier ton nom » (Psaumes 86.9).
Lorsque nous entonnons des chants issus du Recueil international de la Conférence mennonite mondiale, nous mettons en pratique l’hospitalité et l’accueil. Chanter des chants d’autres cultures nous relie également à l’Église mondiale.
Des chants tels que « Here I am to worship », « Way Maker » et « How great thou art » s’intègrent parfaitement dans le répertoire musical de l’Église mennonite de Neffsville. D’autres, comme « Cantai ao Senhor », « Kwake Yesu Nasimama » et « Tú Eres Todopoderso », sont plus difficiles à intégrer.
Notre assemblée est majoritairement blanche, et beaucoup de ses membres sont d’origine mennonite suisse ou allemande. Cependant, nous avons également des membres originaires de Porto Rico, d’Haïti, du Kenya et d’Ouganda. Chanter des chants dans leur langue maternelle est une façon de leur montrer qu’ils ont vraiment leur place parmi nous.
De plus, bon nombre de nos membres ont été missionnaires en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Chanter des chants du recueil de la CMM les encourage également.
Permettez-moi de vous donner deux exemples illustrant comment les chants ont exprimé concrètement l’accueil et la solidarité.
Un chant préféré dans sa « langue de cœur »
Il y a environ trois ans, un missionnaire péruvien que nous soutenons s’est rendu à Neffsville pour y prêcher un dimanche. Ce matin-là, nous avons entonné « Tu Estas Aqui ». Alors que nous chantions, des larmes ont commencé à couler sur ses joues. Il n’aurait jamais pensé entendre un chant dans sa langue maternelle dans une église mennonite de Lancaster, en Pennsylvanie !
J’ai appris plus tard que « Tu Estas Aqui » était l’un de ses cantiques préférés. Lui et sa famille se sont sentis accueillis de manière plus profonde, simplement parce que nous avons chanté dans sa langue maternelle pendant le culte.
Dieu accueille un invité à sa manière
Le deuxième exemple est récent. Nous avons chanté « Cantai ao Senhor » lors de notre culte en portugais et en anglais.
Ce dimanche-là, une famille originaire du Brésil, qui parle portugais à la maison, rendait visite à notre Église pour la première fois !
Certains membres de notre assemblée se sont demandé pourquoi nous chantions en portugais. Ils ne connaissaient personne dans notre communauté originaire d’un pays lusophone.
Mais voilà comment Dieu agit ! Cette famille était ravie qu’une Église de Lancaster, en Pennsylvanie, chante dans leur langue maternelle.
Ils se sont sentis accueillis d’une manière qui dépassait largement ce qu’une simple poignée de main aurait pu exprimer. Ils se sont sentis reconnus.
La musique relie le monde entier
L’un des objectifs que je me suis fixé cette année est que nous chantions en Église, dans la plupart de nos cultes, au moins un chant issu d’une culture non majoritaire. Les cantiques du recueil de la CMM nous aident à le faire et nous relient ainsi profondément à nos frères et sœurs anabaptistes du monde entier. Lorsque, comme le dit le Psaume 86.9, nous « glorifions le nom de Dieu », nous le faisons avec les chants de « toutes les nations ».
Après tout, lorsque nous arriverons au ciel, il y aura des personnes de toutes les nations : tous celles et ceux qui, en Christ, auront vécu. Nous tous, avec nos cultures, nos langues et nos origines diverses, chanterons : « Le salut est à notre Dieu qui siège sur le trône et à l’Agneau » (Apocalypse 7.10b).
Chanter des cantiques d’autres cultures et langues (en particulier ceux du recueil de chants de la CMM, dont beaucoup figurent également dans notre propre recueil, Voices Together) est un bon exercice pour nous.
Rashard Allen est directeur musical et responsable du culte à l’Église mennonite de Neffsville, à Lancaster, en Pennsylvanie (États-Unis). Il a découvert le recueil de chants de la CMM en participant à l’ensemble international pour l’Assemblée de la CMM en Indonésie en 2022. Depuis, il a animé des ateliers sur la louange dans des assemblées mennonites en Ouganda et a coordonné les cinq chorales internationales lors de la commémoration « 500 ans d’anabaptisme » à Zurich en 2025.
Courrier : « Un messager… chargé de transmettre des nouvelles. » C’est ainsi que Paul N. Kraybill, Secrétaire général, a présenté le nouveau magazine de la CMM dans son premier numéro en 1986.
« L’Assemblée de la Conférence mennonite mondiale de 1984 à Strasbourg a fait écho à un cri souvent entendu auparavant et depuis. Nous ne nous connaissons pas assez les uns les autres. Nous formons une communauté mondiale, mais nos connaissances sont locales et limitées. Malgré nos presses, nos éditeurs et nos publications, il n’y a pas de messager international ! », écrivait-il.
Ainsi : « La Conférence mennonite mondiale est heureuse de présenter Courrier, une nouvelle revue.
Courrier est spécialement conçu pour être un messager relayant des nouvelles vers et depuis toutes les parties de la communauté mondiale mennonite.
Nous accueillons avec reconnaissance vos réponses, commentaires, suggestions, critiques et contributions — afin que ce magazine devienne véritablement un “courrier”, portant des messages dans les deux sens, à travers toutes les régions du monde. »
Depuis lors et jusqu’en 2026, le magazine a connu des changements et continuera d’en connaître ! Mais notre objectif reste d’être un lieu où la famille mondiale peut apprendre à se connaître.
Et nous souhaitons toujours entendre votre point de vue :
En quoi Courrier vous forme-t-il, vous inspire-t-il et vous aide-t-il à mieux comprendre la famille anabaptiste ?
Quelles réflexions et quels témoignages tirés de vos lectures vous ont marqué longtemps après avoir posé le magazine ?
Rejoignez la discussion
Nous vous invitons à vous joindre à nous pour échanger. Les membres de notre famille mondiale possèdent une riche expérience et une grande sagesse qui leur permettent de partager au-delà des frontières géographiques et culturelles. Nous travaillons actuellement à la mise en place d’une initiative visant à apprendre ensemble dans le cadre d’un webinaire. Restez à l’écoute pour les prochaines annonces concernant ce webinaire.
Alors que nous constatons la désunion et les désaccords autour de nous, y compris dans l’Église, puissions-nous apprendre à vivre la grâce et à accueillir la diversité.
Comment la musique des rencontres mondiales enrichit mon Église
Depuis qu’un animateur de colo m’a appris mes premiers accords de guitare, il y a bien des années, la musique occupe une place importante dans ma vie. J’aime également rencontrer des chrétiens issus d’autres cultures.
J’ai à ce jour participé à quatre Assemblées mondiales de la Conférence mennonite mondiale. Je suis émerveillé de voir comment notre foi partagée fait surgir la diversité au sein de notre unité. Le chant de bénédiction japonais « Kirisuto no heiwa ga » a trouvé sa place dans mon cœur, tout comme le chant latino-américain « Adorad a Jesus » et le chant en anglais « Way Maker ».
Les rythmes et les mélodies évoquent en moi des images de rencontres et des sentiments de joie et de proximité.
Avec ma guitare, j’ai été invité à faire partie du groupe de musique international lors du culte monumental commémorant le 500e anniversaire du mouvement anabaptiste à Zurich. Un esprit de respect mutuel nous a conduit à apprendre les différents styles musicaux qui caractérisent les chants.
Pendant les répétitions communes et le culte, j’ai eu l’impression que le paradis était descendu parmi nous. Une communauté mondiale a rendu gloire à notre Dieu digne de louange dans de nombreuses langues et expressions musicales.
Le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale est l’une des occasions où les chants de la famille mondiale peuvent exprimer leur capacité à unir. Je suis heureux de partager mes propres récits de rencontres lors des Assemblées de la CMM en Indonésie (2022), aux États-Unis (2015), au Paraguay (2009) et en Inde (1997).
En chantant les cantiques dans leur langue originale, nous ressentons une proximité particulière avec la famille mondiale. Pour certains chants, j’ai également développé des textes en allemand. Les paroles allemandes rendent audibles certains aspects de notre foi commune.
En ce moment, je me prépare pour la CMERK* qui aura lieu cette année, en mai, aux Pays-Bas. En plus des chants européens, nous profiterons également de cette occasion pour chanter des chants des Assemblées de la CMM.
Avec des chants comme « Ewe Tina » et « Hakuna Akaita Sa Jesu », nous aimerions inciter les gens à participer à la prochaine Assemblée de la CMM, qui devrait se tenir en Afrique en 2028. C’est en tout cas mon espoir, car ces chants déploient leur esprit de guérison et de joie — bien sûr — dans la communauté mondiale.
*CMERK, une rencontre régionale pour toutes les Églises mennonites européennes, est une combinaison de deux noms pour l’événement : Conférence Mennonite Européenne (français) + Mennonitische Europäische Regionale Konferenz (allemand).
La rencontre aura lieu du 14 au 17 mai 2026 aux Pays-Bas.
Wilhelm Unger est pasteur des Églises mennonites de Friedelseim et Limburgerhof-Kohlhof (qui font partie de l’union d’Églises membre de la CMM Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Gemeinden in Deutschland) en Allemagne.
À la fin du Sommet mondial de la jeunesse (GYS) en Allemagne, les participants se sont rassemblés autour d’un feu de joie pour chanter et faire du pain ensemble. Photo: Irma Sulistyorini
La colonne des responsables de la CMM
Les possibilités qui s’offrent à nous sont extraordinaires : un monde dans lequel les gens sont suffisamment guéris pour connaître leur valeur et donc capables d’entretenir des relations marquées par une intimité, une dignité et un respect authentiques. Un monde dans lequel de puissantes technologies et des connexions mondiales comblent les fossés plutôt que de les creuser, devenant des outils de compréhension mutuelle et d’épanouissement partagé.
En même temps, nous reconnaissons la réalité de notre époque. Partout dans le monde, de nombreuses personnes vivent dans des endroits où règne la peur, des endroits marqués par la violence, les déracinements, l’incertitude économique, la crise climatique et une profonde polarisation sociale. La peur résonne fort. Elle nous incite à nous replier sur nous-mêmes, à protéger ce qui nous appartient et à imaginer que la survie est le mieux que nous puissions espérer.
Et pourtant, il ne s’agit pas seulement de difficultés à subir. Ce sont aussi des moments qui éveillent notre courage.
Au sein de la famille anabaptiste mondiale, les communautés redécouvrent leur voix, leur capacité d’action et leur vocation à vivre différemment. La solidarité, telle que la comprend la Conférence mennonite mondiale, n’est pas un accord passif ou une préoccupation lointaine. C’est un choix fidèle de rester connecté : choisir la relation plutôt que l’isolement, l’accompagnement plutôt que le contrôle, et l’espoir plutôt que la peur.
Cette solidarité se vit lorsque nous écoutons attentivement à travers les cultures, lorsque l’expérience vécue façonne notre discernement commun et lorsque nous choisissons de ne pas nous retirer malgré l’incertitude de l’avenir.
Elle nous rappelle que la guérison est possible, qu’une nouvelle vie peut émerger des situations difficiles et que l’unité est quelque chose qui se travaille avec patience et attention.
À l’aube de 2026, nous sommes invités à prendre soin de ce qui nous a été confié : construire des espaces de confiance, renforcer les liens d’amour et façonner un avenir marqué par la paix du Christ.
Ce que nous construirons ne sera pas parfait, mais peut être empreint de fidélité.
Puissions-nous nous ouvrir à la grâce que Dieu nous a déjà donnée et la vivre à travers la solidarité, en marchant ensemble dans l’humilité, en nous choisissant les uns les autres avec courage et en faisant confiance à l’Esprit qui nous unit.
Lisa Carr-Pries est vice-présidente de la CMM (2022-2031). Elle est directrice des soins spirituels à Parkwood Community (établissement de soins de longue durée/maison de retraite) à Waterloo, dans l’Ontario, au Canada, et est membre de l’Église mennonite Nith Valley, dans l’Ontario, au Canada.
Le 21 janvier 1525, un petit groupe de croyants se réunit en secret à Zurich, en Suisse, animé par une conviction enracinée dans les Écritures.
Ils aspiraient à une Église fidèle à la suite de Jésus, une communauté où le baptême marquait une décision personnelle et consciente de suivre le Christ. Cet acte de courage, qui défiait la tradition et risquait la persécution, marque la naissance du mouvement anabaptiste mennonite.
Alors que nous célébrons notre 500ème anniversaire, nous nous souvenons de ces origines avec gratitude et humilité à travers le thème « Le courage d’aimer », inspiré de 1 Jean 4.7-21 et du Psaume 136.
1 Jean 4.7-21 nous appelle à nous aimer les uns les autres, « car l’amour vient de Dieu ». C’est au cœur de notre identité : nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier en Christ. Le courage des premiers anabaptistes d’agir selon leur foi était une réponse à l’amour parfait de Dieu, qui « chasse la peur ».
De même, le psalmiste chante à plusieurs reprises : « La fidélité du Seigneur dure à toujours » (Psaume 136). Ce refrain nous rappelle que l’amour de Dieu a porté notre Église à travers les persécutions, les souffrances et le renouveau.
Aujourd’hui, la Conférence Mennonite Mondiale perpétue cet héritage. En commémorant la date de 1525, nous nous rappelons que notre mouvement n’a pas commencé par une dispute, mais par un acte d’amour. Les premiers anabaptistes ont tout risqué. Leur amour n’est pas timide, mais constant et actif.
Incarnons cet acte : le courage d’aimer. Le courage de pardonner quand on vous fait du tort. Le courage de résister à la violence par la paix. Et le courage de suivre Jésus même quand le chemin est difficile.
Sunoko Lin est trésorier de la CMM. Originaire d’Indonésie, il vit aujourd’hui à Los Angeles, en Californie (États-Unis), où il est pasteur de la Maranatha Christian Fellowship, une paroisse de la LMC : A Fellowship of Anabaptist Churches (Communauté des Églises anabaptistes).