Étiquette : Courier

  • Courrier : « Un messager… chargé de transmettre des nouvelles. » C’est ainsi que Paul N. Kraybill, Secrétaire général, a présenté le nouveau magazine de la CMM dans son premier numéro en 1986. 

    « L’Assemblée de la Conférence mennonite mondiale de 1984 à Strasbourg a fait écho à un cri souvent entendu auparavant et depuis. Nous ne nous connaissons pas assez les uns les autres. Nous formons une communauté mondiale, mais nos connaissances sont locales et limitées. Malgré nos presses, nos éditeurs et nos publications, il n’y a pas de messager international ! », écrivait-il. 

    Ainsi : « La Conférence mennonite mondiale est heureuse de présenter Courrier, une nouvelle revue. 

    Courrier est spécialement conçu pour être un messager relayant des nouvelles vers et depuis toutes les parties de la communauté mondiale mennonite. 

    Nous accueillons avec reconnaissance vos réponses, commentaires, suggestions, critiques et contributions — afin que ce magazine devienne véritablement un “courrier”, portant des messages dans les deux sens, à travers toutes les régions du monde. » 

    Depuis lors et jusqu’en 2026, le magazine a connu des changements et continuera d’en connaître ! Mais notre objectif reste d’être un lieu où la famille mondiale peut apprendre à se connaître. 

    Votre point de vue 

    Et nous souhaitons toujours entendre votre point de vue :  

    En quoi Courrier vous forme-t-il, vous inspire-t-il et vous aide-t-il à mieux comprendre la famille anabaptiste ? 

    Quelles réflexions et quels témoignages tirés de vos lectures vous ont marqué longtemps après avoir posé le magazine ? 

    Rejoignez la discussion  

    Nous vous invitons à vous joindre à nous pour échanger. Les membres de notre famille mondiale possèdent une riche expérience et une grande sagesse qui leur permettent de partager au-delà des frontières géographiques et culturelles. Nous travaillons actuellement à la mise en place d’une initiative visant à apprendre ensemble dans le cadre d’un webinaire. Restez à l’écoute pour les prochaines annonces concernant ce webinaire. 

    Alors que nous constatons la désunion et les désaccords autour de nous, y compris dans l’Église, puissions-nous apprendre à vivre la grâce et à accueillir la diversité. 


  • Perspectives — Allemagne 

    Comment la musique des rencontres mondiales enrichit mon Église 

    Depuis qu’un animateur de colo m’a appris mes premiers accords de guitare, il y a bien des années, la musique occupe une place importante dans ma vie. J’aime également rencontrer des chrétiens issus d’autres cultures. 

    J’ai à ce jour participé à quatre Assemblées mondiales de la Conférence mennonite mondiale. Je suis émerveillé de voir comment notre foi partagée fait surgir la diversité au sein de notre unité. Le chant de bénédiction japonais « Kirisuto no heiwa ga » a trouvé sa place dans mon cœur, tout comme le chant latino-américain « Adorad a Jesus » et le chant en anglais « Way Maker ». 

    Les rythmes et les mélodies évoquent en moi des images de rencontres et des sentiments de joie et de proximité. 

    Avec ma guitare, j’ai été invité à faire partie du groupe de musique international lors du culte monumental commémorant le 500e anniversaire du mouvement anabaptiste à Zurich. Un esprit de respect mutuel nous a conduit à apprendre les différents styles musicaux qui caractérisent les chants. 

    Pendant les répétitions communes et le culte, j’ai eu l’impression que le paradis était descendu parmi nous. Une communauté mondiale a rendu gloire à notre Dieu digne de louange dans de nombreuses langues et expressions musicales. 

    Le Dimanche de la fraternité anabaptiste mondiale est l’une des occasions où les chants de la famille mondiale peuvent exprimer leur capacité à unir. Je suis heureux de partager mes propres récits de rencontres lors des Assemblées de la CMM en Indonésie (2022), aux États-Unis (2015), au Paraguay (2009) et en Inde (1997). 

    En chantant les cantiques dans leur langue originale, nous ressentons une proximité particulière avec la famille mondiale. Pour certains chants, j’ai également développé des textes en allemand. Les paroles allemandes rendent audibles certains aspects de notre foi commune. 

    En ce moment, je me prépare pour la CMERK* qui aura lieu cette année, en mai, aux Pays-Bas. En plus des chants européens, nous profiterons également de cette occasion pour chanter des chants des Assemblées de la CMM. 

    Avec des chants comme « Ewe Tina » et « Hakuna Akaita Sa Jesu », nous aimerions inciter les gens à participer à la prochaine Assemblée de la CMM, qui devrait se tenir en Afrique en 2028. C’est en tout cas mon espoir, car ces chants déploient leur esprit de guérison et de joie — bien sûr — dans la communauté mondiale. 

    *CMERK, une rencontre régionale pour toutes les Églises mennonites européennes, est une combinaison de deux noms pour l’événement : Conférence Mennonite Européenne (français) + Mennonitische Europäische
    Regionale Konferenz (allemand). La rencontre aura lieu du 14 au 17 mai 2026 aux Pays-Bas. 

    Wilhelm Unger est pasteur des Églises mennonites de Friedelseim et Limburgerhof-Kohlhof (qui font partie de l’union d’Églises membre de la CMM Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer
    Gemeinden in Deutschland) en Allemagne. 


  • À la fin du Sommet mondial de la jeunesse (GYS) en Allemagne, les participants se sont
    rassemblés autour d’un feu de joie pour chanter et faire du pain ensemble. Photo: Irma Sulistyorini

    La colonne des responsables de la CMM 

    Les possibilités qui s’offrent à nous sont extraordinaires : un monde dans lequel les gens sont suffisamment guéris pour connaître leur valeur et donc capables d’entretenir des relations marquées par une intimité, une dignité et un respect authentiques. Un monde dans lequel de puissantes technologies et des connexions mondiales comblent les fossés plutôt que de les creuser, devenant des outils de compréhension mutuelle et d’épanouissement partagé. 

    En même temps, nous reconnaissons la réalité de notre époque. Partout dans le monde, de nombreuses personnes vivent dans des endroits où règne la peur, des endroits marqués par la violence, les déracinements, l’incertitude économique, la crise climatique et une profonde polarisation sociale. La peur résonne fort. Elle nous incite à nous replier sur nous-mêmes, à protéger ce qui nous appartient et à imaginer que la survie est le mieux que nous puissions espérer. 

    Et pourtant, il ne s’agit pas seulement de difficultés à subir. Ce sont aussi des moments qui éveillent notre courage. 

    Au sein de la famille anabaptiste mondiale, les communautés redécouvrent leur voix, leur capacité d’action et leur vocation à vivre différemment. La solidarité, telle que la comprend la Conférence mennonite mondiale, n’est pas un accord passif ou une préoccupation lointaine. C’est un choix fidèle de rester connecté : choisir la relation plutôt que l’isolement, l’accompagnement plutôt que le contrôle, et l’espoir plutôt que la peur. 

    Cette solidarité se vit lorsque nous écoutons attentivement à travers les cultures, lorsque l’expérience vécue façonne notre discernement commun et lorsque nous choisissons de ne pas nous retirer malgré l’incertitude de l’avenir. 

    Elle nous rappelle que la guérison est possible, qu’une nouvelle vie peut émerger des situations difficiles et que l’unité est quelque chose qui se travaille avec patience et attention. 

    À l’aube de 2026, nous sommes invités à prendre soin de ce qui nous a été confié : construire des espaces de confiance, renforcer les liens d’amour et façonner un avenir marqué par la paix du Christ. 

    Ce que nous construirons ne sera pas parfait, mais peut être empreint de fidélité. 

    Puissions-nous nous ouvrir à la grâce que Dieu nous a déjà donnée et la vivre à travers la solidarité, en marchant ensemble dans l’humilité, en nous choisissant les uns les autres avec courage et en faisant confiance à l’Esprit qui nous unit. 

    2025 headshot

    Lisa Carr-Pries est vice-présidente de la CMM (2022-2031). Elle est directrice des soins spirituels à Parkwood Community (établissement de soins de longue durée/maison de retraite) à Waterloo, dans l’Ontario, au Canada, et est membre de l’Église mennonite Nith Valley, dans l’Ontario, au Canada. 


  • La colonne des responsables de la CMM

    Le 21 janvier 1525, un petit groupe de croyants se réunit en secret à Zurich, en Suisse, animé par une conviction enracinée dans les Écritures.

    Ils aspiraient à une Église fidèle à la suite de Jésus, une communauté où le baptême marquait une décision personnelle et consciente de suivre le Christ. Cet acte de courage, qui défiait la tradition et risquait la persécution, marque la naissance du mouvement anabaptiste mennonite.

    Alors que nous célébrons notre 500ème anniversaire, nous nous souvenons de ces origines avec gratitude et humilité à travers le thème « Le courage d’aimer », inspiré de 1 Jean 4.7-21 et du Psaume 136.

    1 Jean 4.7-21 nous appelle à nous aimer les uns les autres, « car l’amour vient de Dieu ». C’est au cœur de notre identité : nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier en Christ. Le courage des premiers anabaptistes d’agir selon leur foi était une réponse à l’amour parfait de Dieu, qui « chasse la peur ».

    De même, le psalmiste chante à plusieurs reprises : « La fidélité du Seigneur dure à toujours » (Psaume 136). Ce refrain nous rappelle que l’amour de Dieu a porté notre Église à travers les persécutions, les souffrances et le renouveau.

    Aujourd’hui, la Conférence Mennonite Mondiale perpétue cet héritage. En commémorant la date de 1525, nous nous rappelons que notre mouvement n’a pas commencé par une dispute, mais par un acte d’amour. Les premiers anabaptistes ont tout risqué. Leur amour n’est pas timide, mais constant et actif.

    Incarnons cet acte : le courage d’aimer. Le courage de pardonner quand on vous fait du tort. Le courage de résister à la violence par la paix. Et le courage de suivre Jésus même quand le chemin est difficile.

    Sunoko Lin est trésorier de la CMM. Originaire d’Indonésie, il vit aujourd’hui à Los Angeles, en Californie (États-Unis), où il est pasteur de la Maranatha Christian Fellowship, une paroisse de la LMC : A Fellowship of Anabaptist Churches (Communauté des Églises anabaptistes).


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  • Les 100 ans de la CMM et les Commissions

    Dans la constitution de 2009 de la CMM, le Conseil Général a établi des commissions permanentes — Diacres, Foi & Vie, Mission, Paix — « d’importance vitale pour la communauté d’Églises de la CMM ».

    Les commissions préparent des questions ou documents à étudier par le Conseil Général, conseillent et proposent des outils à la CMM ou à ses églises membres, et peuvent aussi aider les réseaux de la CMM ou des lieux de communion fraternelle à travailler ensemble sur des questions d’intérêt commun. 

    À travers le regard de la Commission Paix, Joji Pantoja souligne comment celle-ci a contribué à la fraternité, au culte, à l’entraide et au témoignage au sein de la communion anabaptiste mondiale, et comment elle a aidé la CMM à devenir une communauté spirituelle mondiale dans la tradition anabaptiste.

    Lorsque j’étais présidente, la Commission s’est efforcée de traduire notre théologie de la paix en un témoignage concret mondial. Trois moments ont marqué cette période, chacun illustrant une facette différente de notre témoignage pour la paix.

    Le premier a été notre travail avec les Wounaan au Panama, où une visite communautaire a conduit la CMM à plaider auprès de leur gouvernement pour protéger leurs arbres sacrés, les cocobolos, et leur rôle de protecteurs de la forêt.

    Il s’agissait là d’une action concrète et enracinée en faveur de la paix : défendre la création de Dieu et les communautés qui la soutiennent.

    Le deuxième moment a été la rédaction d’une déclaration générale de la CMM affirmant notre soutien aux droits des peuples autochtones dans le monde entier. Il s’agissait là d’une prise de position prophétique en faveur de la paix. La Commission a joué un rôle déterminant dans la rédaction de cette déclaration, en s’appuyant sur les principes bibliques de justice.

    Cette déclaration nous a permis de passer d’une réaction aux crises à une définition proactive de notre identité mondiale, donnant à chaque Église membre un fondement théologique pour la solidarité.

    La troisième a été notre intervention directe en faveur d’un objecteur de conscience en Corée, membre de notre famille mondiale et emprisonné pour avoir refusé, en raison de sa foi, de participer à l’entraînement militaire. Ici, notre témoignage de paix s’est transformé en plaidoyer pastoral. La Commission a mobilisé toute la CMM pour plaider en faveur de sa libération, affirmant que notre position théologique sur la paix a des conséquences concrètes pour nos membres.

    Cette action a démontré que la Commission ne se contente pas de faire de grandes déclarations, mais qu’elle soutient également les personnes dont la vie incarne nos convictions fondamentales, garantissant ainsi que notre communion mondiale est une source tangible de soutien et de témoignage.

    Souvenir précieux

    Je me souviens du silence complet qui régnait dans la salle après que l’ancien Wounaan eut parlé de la forêt comme d’un membre de la famille. Ce moment de conviction partagée, où notre théologie rencontrait leur réalité vécue, a été sacré.

    De même, je chéris le cheminement, dans la patience et la prière, qui a mené à la rédaction de la Déclaration de Solidarité avec les Peuples Autochtones. Ce processus n’a pas été rapide ; il a fallu près de deux ans pour finaliser le document de prise de position. Cette longue période n’était pas synonyme de retard, mais une « saison » nécessaire de communion fraternelle. Nous avons écouté, débattu et affiné le texte afin de nous assurer qu’il représentait véritablement notre famille mondiale dans toute sa diversité.

    Le moment où tout a finalement été harmonisé et où nous l’avons adopté a été incroyablement puissant. Nous n’avons pas seulement approuvé un document ; nous avons été témoins du fruit d’un discernement collectif soutenu, vivant véritablement l’unité de l’Esprit dans le lien de la paix.

    Avenir

    Je rêve que la Commission crée des boîtes à outils pratiques pour les Églises sur la manière de s’engager dans les processus locaux de vérité et de réconciliation, ou qu’elle facilite les partenariats dans lesquels les Églises ayant une expérience en matière de justice foncière peuvent encadrer d’autres Églises.

    Passons des déclarations percutantes à l’autonomisation d’un millier de témoins locaux, tous reliés et renforcés par notre communion mondiale.

    – Felicitas (Joji) Pantoja (Philippines), Commission Paix, présidente (2015-2022)

    Remarques formulées par d’autres commissions :

    Diacres

    Le travail très important et significatif de la Commission Diacres, qui consiste à accompagner les Églises dans les moments de souffrance et de détresse ainsi que dans les moments de joie pour encourager nos frères et sœurs, a été et continuera d’être tel qu’il a commencé dans Actes 6.1-7. Ces expériences ont véritablement rapproché nos communautés et continueront de le faire afin qu’elles soient le « sel de la terre » et la « lumière du monde. »
    – Cynthia Peacock (Inde), présidente (2009-2015)

    Foi et Vie

    Nous avons mis en place une méthode de travail dynamique dans laquelle différents membres ont préparé des études de cas sur des sujets importants qui avaient été choisis (parfois avec beaucoup de difficultés ou de conflits) dans des Églises de chaque pays. J’ai été reconnaissante de cette occasion de travailler avec l’ensemble de la Commission sur cette tâche, en tirant parti de l’expérience rassemblée sur les cinq continents et en apprenant beaucoup sur nous-mêmes au cours du processus.
    – Anicka Fast (Canada), secrétaire (2023-)

    Mission

    Il nous semblait juste et bon, à nous et à l’Esprit, de réunir enfin les organisations anabaptistes du monde entier engagés dans la mission. Pourquoi ne coopérerions-nous pas ? Pourquoi ne collaborerions-nous pas ?
    – Janet Plenert (Canada), présidente du Fraternité Missionnaire Mondiale (GMF) (2009)


    diversity group discussion
  • CMM : Cent ans de communion

    Dans des circonstances remarquablement similaires à celles d’aujourd’hui, un groupe de mennonites a entrepris un pèlerinage depuis le sud de la Russie (aujourd’hui l’Ukraine) jusqu’à Zurich, en Suisse, en 1925. Ils transportaient un message de la Conférence mennonite panrusse à présenter lors du premier rassemblement mondial de la Conférence Mennonite Mondiale.

    La délégation a exprimé ces aspirations dans sa lettre : « Nous accueillons favorablement l’idée de créer une union mennonite mondiale, dont l’expression unanime devrait être une réunion des représentants de tous les mennonites du monde ».

    La création d’une organisation mennonite mondiale et diversifiée renforcerait l’Église, en particulier parmi les petits groupes dispersés. Elle pourrait faciliter le financement des écoles chrétiennes, encourager les activités missionnaires, aider les nécessiteux et les souffrants, relever les défis de la migration et établir un annuaire mondial.

    La lettre apporte un message inspirant de mutualité, de solidarité mondiale et d’espoir d’unité au milieu d’une diversité dramatique.

    Les temps ont-ils changé ? Ou avons-nous encore besoin qu’on nous rappelle l’importance cruciale de l’unité compte tenu de la diversité de nos propres expériences ?

    Il y a plus de 2 500 ans, un autre groupe a entamé un pèlerinage à Jérusalem depuis une région plus à l’Est, porteur d’un message à partager entre les communautés d’autres groupes juifs exilés. Nous connaissons aujourd’hui ce message sous le nom de Psaume 133, qui se commence avec :

    « Oh ! Quel plaisir c’est, pour des frères, et quel bonheur que d’être ensemble ! »  (Psaume 133.1, SEM)

    En chantant ce cantique chaque année, les exilés ont découvert que le fait « d’être ensemble » est un don de Dieu, une réalité concrète et attrayante.

    Un don de Dieu

    Le passage explique comment l’huile et la rosée descendent. Ces images illustrent la manière dont le psalmiste envisage l’unité des Israélites : elle est accordée par Dieu. La véritable unité ne peut être construite ou atteinte par des accords humains sur des doctrines ou des pratiques ; c’est un don divin.

    Une réalité attrayante

    L’unité est une bénédiction qui attire d’autres bénédictions. C’est une vie épanouie qui s’étend vers l’extérieur – un parfum qui se répand, une rosée qui imprègne. Tout comme un arôme agréable attire l’attention, l’unité du peuple de Dieu est quelque chose que tout le monde souhaite expérimenter. Lorsqu’on la découvre, elle devient irrésistible.

    Une réalité concrète

    Le premier mot après le titre du Psaume 133, le mot hébreu hinneh – qui signifie « regarder » ou « contempler » – revêt une grande importance. En nous invitant à « regarder », le texte suggère que l’unité du peuple de Dieu n’est pas simplement un concept « spirituel ». Ce n’est pas non plus quelque chose que nous ne connaîtrons qu’après la mort. L’unité du peuple de Dieu est une réalité tangible qui peut être vue et ressentie ici et maintenant.

    Pendant des siècles, les théologiens chrétiens ont vu dans ce psaume un avant-goût du concept néotestamentaire d’être un ou de communion, où l’unité n’est pas comprise comme l’uniformité ou l’unisson, mais comme l’harmonie au sein de la diversité.

    Comme les Israélites en exil, la délégation mennonite de 1925 espérait que l’unité deviendrait une réalité tangible. Ils espéraient faire partie d’un organisme mondial plus grand qu’eux même.

    Ils ont imaginé une organisation qui incarnerait cette unité.

    Et aujourd’hui ?

    Nous vivons ce que la délégation avait envisagé il y a 100 ans.

    Cette communauté tant espérée a pris la forme de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM).

    Nous nous efforçons d’incarner la communion.

    Nous facilitons le travail en interdépendance dans les ministères de l’éducation, de la mission et de la paix.

    Nous aidons les Églises qui souffrent et nous nous engageons dans de nombreuses autres initiatives visant à renforcer l’unité.

    Alors que nous célébrons le centenaire de la CMM, rappelons-nous que l’unité est un don de Dieu. Soyons attirés par elle comme par un aimant. Rendons-la tangible. Prions pour que notre unité soit source d’espoir pour nos Églises dans les moments de souffrance et d’oppression, et pour un monde qui se désagrège sous le poids de la violence, du nationalisme, de la fragmentation et de la polarisation.

    César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario (Canada). Cet article est adapté de son sermon prononcé à Schönblick, en Allemagne, le 25 mai 2025, à l’occasion du 100ème anniversaire.

    family in Christ photo group
  • La colonne du président

    Il y a quelques années, nous avions organisé une réunion des Commissions aux Pays-Bas. Avec d’autres personnes, j’étais chargé d’aller chercher les participants à l’aéroport. Nous étions en train de dîner lorsque mon téléphone a sonné. C’était quelqu’un qui appelait au nom d’un membre d’une Commission originaire d’Angola dont le vol avait été retardé. La personne m’a informé que l’Angolais était prêt et attendait que son frère vienne le chercher.

    Lorsque je suis arrivé au point de rendezvous, la personne qui avait appelé était toujours là. Je n’oublierai jamais la surprise sur son visage lorsqu’il a réalisé que j’étais le ‘frère’ de cet Africain.

    Nous ne correspondions pas à l’image qu’il se faisait des frères. Mon frère angolais et moi ne correspondions pas au stéréotype.

    N’est-ce pas cela, être chrétien, et particulièrement, anabaptiste, dans le monde d’aujourd’hui?

    Dans ce monde, les gens haïssent les autres parce qu’ils sont différents, parce qu’ils ont des idées politiques différentes, parce qu’ils parlent une autre langue, parce que… parce que… Il y a tant de raisons.

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    Les responsables passés et présents de la CMM célèbrent les 100 ans de la CMM (de gauche à droite) : Sandra Báez, César García, Henk Stenvers, Larry Miller, Eleanor Miller, Janet Plenert et Danisa Ndlovu.

    Nous avons besoin de courage

    Si nous voulons suivre le Christ, qui nous a enseigné à aimer notre prochain comme nous-mêmes, nous avons besoin de courage.

    Le courage de dire NON à la haine et OUI à l’amour, même si cela va à l’encontre de nos propres intérêts.

    Le courage d’aimer, même si les autres ne nous aiment pas.

    Le courage de ne pas nous conformer, mais de montrer qu’une autre voie est possible, une voie qui mène à la paix plutôt qu’à la guerre.

    Nous avons besoin du courage dont ont fait preuve ceux qui, il y a 500 ans à Zurich, ont défié les pouvoirs en place parce qu’ils voulaient être de véritables disciples du Christ.

    J’espère, et je prie pour, voir encore beaucoup de visages surpris, comme celui de cet homme à l’aéroport, lorsque nous, communauté de disciples du Christ, nous nous aimons les uns les autres, vivons l’unité malgré nos différences et proclamons ainsi un message de paix.

    —Henk Stenvers est président de la Conférence Mennonite Mondiale (2022-2028). Il vit aux Pays-Bas. 


  • Dans toute la ville, remplie d’anabaptistes, les cloches ont retenti ! Environ 3 500 personnes, voire plus, ont envahi les rues de la vieille ville de Zurich le jour de l’Ascension, le 29 mai 2025, pour commémorer le 500e anniversaire de l’anabaptisme. 

    « Aujourd’hui, nous, mennonites de Suisse, sommes une petite communauté », dirent Gladys Geiser et Lukas Amstutz, coprésidents de la Konferenz der Mennoniten der Schweiz, en ouvrant le culte. La ville hôte est le lieu des premiers baptêmes d’adultes connus du mouvement anabaptiste. « Mais, comme nous pouvons le voir lors de ce culte, nous faisons partie d’un mouvement qui est devenu diversifié et international. » 

    Une célébration de la réconciliation

    Toutes les nations réunies 

    Depuis ses débuts avec quelques croyants courageux en Europe, la Conférence Mennonite Mondiale compte désormais 111 unions d’églises dans 61 pays à travers le monde (après la réunion du Comité Exécutif qui s’est tenue quelques jours plus tôt en Allemagne). 

    « Aujourd’hui, nous pouvons tous nous rassembler ici : toutes les nations, comme il est écrit dans la Parole – toutes les nations, toutes les tribus, toutes les langues. 

     Seul le Seigneur peut faire cela », dit Jean-Claude Ambeke, un Frère mennonite angolais vivant en France. 

    Les nuages du matin ont laissé place à une journée ensoleillée, idéale pour se promener dans les rues historiques, remplir les salles de conférence ou écouter les chorales. L’Église réformée a même fourni un vendeur ambulant qui distribuait des glaces. 

     Les participants ont pu se dégourdir les jambes en participant à une visite guidée à pied ou en faisant des jeux de rôles ‘sur le chemin de l’histoire’, tandis que plus d’une douzaine d’ateliers présentaient diverses perspectives sur l’anabaptisme : témoignages, aperçus historiques et questions d’actualité. En outre, la théologienne et journaliste suisse Judith Wipfler a animé une table ronde avec des responsables anabaptistes vivant dans des zones connaissant de grandes difficultés et des conflits, sur le thème ‘Un monde en feu’. 

    Cinq chorales de différentes parties du monde ont donné un concert en intérieur et en extérieur et se sont jointes à une chorale imposante pour le culte. Elles ont interprété des chants préférés de l’Assemblée, tels que « Ewe Thina » et « Kirisuto no heiwa ga ». Un nouveau chant a été présenté par Songs of Peace, dont le refrain est « Nous voulons la justice, nous voulons la paix ! ». 

    Une église importante 

    Les files d’attente pour le culte de clôture ont commencé en milieu d’après-midi. La Grossmünster, qui compte 1 200 places, était pleine à craquer, tout comme les salles annexes (Predigerkirche 350, Friedenskiche 250, FEG 100 et Helferei 130, ajoutée à la dernière minute) — et des centaines de personnes sont restées dehors, assises sur la place ou dispersées dans les cafés, regardant le service sur leur téléphone portable. 

    Pendant ce temps, partout dans le monde, des milliers de personnes se sont connectées en ligne chez eux ou se sont réunies dans des églises, des bureaux ou des musées. 

    Avec la présence de représentants de 13 communions mondiales et de trois organisations œcuméniques multilatérales en tant qu’invités d’honneur, le culte n’était pas seulement consacré à l’anabaptisme, mais aussi à une nouvelle étape sur le chemin de la réconciliation.

    Un cheminement vers la réconciliation 

    « Nous avons tous hérité d’un lourd passé marqué par les divisions de la Réforme. Nous savons que des différences théologiques et pratiques subsistent, mais nous nous réjouissons du cheminement vers la réconciliation que nous avons parcouru ensemble », a déclaré Janet Plenert lors de la liturgie. 

    Lire

    Liturgie de réconciliation : Notre chemin vers la réconciliation 

    Le service a réuni des responsables de la Fédération luthérienne mondiale et de la Communion mondiale des Églises réformées ; le cardinal Kurt Koch, préfet du Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens a apporté un message du pape Léon XIV. « Je vous assure de ma prière pour que nos relations fraternelles s’approfondissent et grandissent. », a lu le cardinal. 

    Alors que John D. Roth, de la CMM, et Hanns Lessing, de la CMER, ont confessé le ‘témoignage commun de l’unité de l’Église’ de leurs communautés, les secrétaires généraux César García et Setri Nyomi se sont lavé mutuellement les pieds « en signe tangible de notre engagement en faveur de la réconciliation », dit J. Nelson Kraybill. 

    Une autre expression concrète de soutien a été la mise à disposition gratuite des bâtiments de l’Église réformée, y compris l’emblématique Grossmünster

    « Se retrouver dans la Grossmünster 500 ans après la division, désormais en tant que ‘famille réconciliée’, est un moment fort dans notre mémoire collective qui, je l’espère, changera la façon dont la prochaine génération racontera notre histoire », a dit John D. Roth. 

    La rencontre, délibérément placée sous le signe de la commémoration, s’est ainsi terminée dans une ambiance festive. Des chœurs venus de cinq régions ont formé un tunnel de chants à la sortie de l’église, sur la place, et les invités ont pris congé en chantant « Siyahamba » (Nous marchons dans la lumière de Dieu).  


    Une célébration de la réconciliation 

    Prière d’ouverture : Prière d’invocation 

    Unissons nos cœurs dans la prière. 

    Dieu de compassion, dans un monde divisé par le nationalisme, les conflits religieux, la xénophobie et la guerre, tu nous as réunis aujourd’hui pour former un peuple issu de nombreuses nations, parlant multiples langues et membres de différentes Églises. 

    C’est par ta grâce, ô Dieu, que nous pouvons nous retrouver dans l’amour. Merci pour l’hospitalité extraordinaire dont ont fait preuve la ville de Zurich et les Églises réformées de Suisse envers les anabaptistes. Bénis cette généreuse bonté ! 

    Merci pour le témoignage de tous ceux présents ici aujourd’hui et qui connaissent et expriment ton amour réconciliateur. Même si l’Église mondiale est parfois divisée, tu nous appelles à vivre comme des frères et sœurs en Christ. Donne-nous le courage de nous aimer les uns les autres et d’aimer « l’autre », quel qu’il soit. 

    Répands ton Esprit Saint sur nous aujourd’hui afin que ta guérison et ton amour puissent se répandre à travers nous vers le monde. Fais de nous, et des Églises que nous représentons, « une nouvelle humanité » unie dans l’amour, « afin que le monde sache » que notre espérance est en Christ, au nom duquel nous prions. 

    Amen. 

    Sunoko Lin, trésorier de la CMM, préside la prière d’ouverture au Grossmünster lors du culte de clôture de la journée anniversaire à Zurich (Suisse).
    Environ 1200 fidèles venus du monde entier ont rempli la Grossmünster pour le culte de clôture, et des milliers d’autres ont suivi l’événement en ligne/Dale Gehman

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    Perturbation : Des enfants de Dieu 

    L’église troublée par des enfants de Dieu 

    Officiant: Enfants de Dieu, nous nous retrouvons ensemble à Zurich, une ville historique, berceau d’un mouvement de renouveau du XVIe siècle dirigé par Ulrich Zwingli, et lieu de naissance de ce mouvement qu’on appelle aujourd’hui l’anabaptisme. 

    [Des centaines de petits tracts contenant des messages tombent du balcon sur les personnes assises dans les bancs et sur l’estrade. Trois manifestants en costume d’époque se lèvent et s’écrient.] 

    1er manifestant/e : Mais qu’est-ce que c’est que cette église ?! Qui appartient vraiment au corps du Christ ? Les Écritures appellent les disciples de Jésus à se séparer de ceux qui ne mènent pas une vie pure ! 

    2e manifestant/e : D’exclure ceux qui ne baptisent pas uniquement sur confession de foi ! 

    3e manifestant/e : D’exclure ceux qui détiennent l’autorité et qui ne laissent pas nos assemblées vivre tranquilles et en paix ! 

    Officiant: Vous perturbez un culte ! Qui êtes-vous ? Pourquoi faites-vous cela ? 

    1er manifestant/e : Nous sommes vos ancêtres anabaptistes. Le Christ est notre autorité. Lui aussi a perturbé l’ordre établi ! 

    2e manifestant/e : Nous avons étudié la Parole. Dieu nous a donné une vision ! 

    1er manifestant/e : Écoutez-nous ! 

    3e manifestant/e : Le royaume de Dieu est proche ! 

    1er manifestant/e : Heureux ceux qui ont faim et soif de justice ! 

    3e manifestant/e : Aux riches, nous disons : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ! » 

    2e manifestant/e : Aux puissants nous disons : « La guerre est contraire à la volonté de Dieu ». Nous obéissons à Dieu et non aux autorités humaines ! 

    3e manifestant/e : Le Christ est avec ceux qui n’ont personne pour les aider — avec les réfugiés, les victimes de la violence, ceux qui sont emprisonnés pour leur foi et leur identité. 

    Officiant: Attendez… s’il vous plait ! Écoutez la parole du Seigneur, telle que l’apôtre Paul l’a proclamée. 

    N’ayez pas de prétentions au-delà de ce qui est raisonnable. Chacun selon la mesure de foi que Dieu lui a donnée en partage. Nous avons plusieurs membres en un seul corps et ces membres n’ont pas tous la même fonction. … Que l’amour fraternel vous lie d’une mutuelle affection ; rivalisez d’estime réciproque. 

    Repentance et lamentation 

    Officiant : L’assemblée vous a écouté. Le cœur tremblant, nous partageons votre espoir et nous partageons vos plaintes. Tous ceux qui sont ici réunis aujourd’hui souhaitent ressembler davantage à Jésus. Nous avons tous péché et sommes privés de la gloire de Dieu. Prions pour la grâce de confesser nos péchés et de mener une vie sainte. 

    1er manifestant/e : Merci de nous avoir écoutés. 

    Officiant : Les eaux du baptême nous ont divisés. 

    [versant de l’eau] 

    Mais ceux qui boivent à la source salvatrice de Jésus n’auront plus jamais soif. Purifie-nous, Saint-Esprit, rafraîchis-nous avec l’eau de la vie éternelle. 

    Officiant : Nous ne croyons pas que Jésus soit mort en vain. Nous ne croyons pas que ceux qui ont souffert pour leur foi à travers les âges l’aient fait en vain. 

    2manifestant/e : Oui ! Nous avions besoin de vous l’entendre dire. 

    Officiant : Prions. Dieu tout-puissant, nous venons devant toi non pas par notre propre justice, mais grâce à ta grande miséricorde. 

    1er manifestant/e : Pardonne-nous l’arrogance de penser que nous pourrions être parfaits et sans péché. 

    2e manifestant/e : Que nous vivions dans des communautés à l’écart du monde ou au milieu du monde, pardonne-nous d’être aveugles aux besoins de nos prochains. 

    3e manifestant/e : Pardonne-nous toutes les fois où nous n’avons pas « pratiqué la justice et aimé la miséricorde ». 

    1er manifestant/e : Pardonne-nous notre silence… de ne pas avoir su « rendre raison de l’espérance qui est en nous ». 

    2e manifestant/e : Pardonne-nous d’avoir refusé de travailler avec des personnes différentes de nous, même lorsque le besoin était grand. 

    3manifestant/e : Pardonne-nous d’avoir méprisé d’autres églises et d’avoir manqué des occasions d’apprendre d’elles et de collaborer avec elles. Merci pour ces communautés de foi qui nous ont ouvert leur cœur et qui marchent avec nous sur le chemin de Jésus. 

    Officiant : Reçois nos prières, ô Père, au nom de Jésus-Christ, par la puissance du Saint-Esprit. 

    Ensemble, unissons-nous dans la prière que le Christ a prononcée… chacun dans sa propre langue. 

    « Notre Père… » 

    Annonce du pardon 

    Officiant Le Christ lui-même a dit : « Tes péchés sont pardonnés. Va et ne pèche plus ». Nous sommes pardonnés, aimés et libres. Amen. 

    Lisa Carr-Pries (Canada), vice-présidente de la CMM, et Danisa Ndlovu (Zimbabwe), ancien président de la CMM, ont dirigé cette liturgie. Ebenezer Mondez (Philippines), James Jakob Fehr (Allemagne) et Ulrike Schmutz (Suisse) ont joué le rôle des manifestants. 

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    Sermon : Le courage d’aimer

    Le courage d’aimer

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    Liturgie de réconciliation : Notre chemin vers la réconciliation 

    Voici [ci-dessous] les paroles que les responsables des différentes communions ont prononcé. Lorsque les représentants luthériens et mennonites ont pris la parole, ils ont tracé une croix sur le front de leur interlocuteur. Lorsque les représentants réformés et mennonites ont pris la parole, les secrétaires généraux se sont lavé les pieds mutuellement.

    Représentants

    Représentants de la Conférence Mennonite Mondiale 

    • Anne-Cathy Graber, secrétaire aux relations œcuméniques 
    • J. Nelson Kraybill, ancien président 
    • Janet Plenert, ancienne vice-présidente, actuelle coordinatrice des représentants régionaux 
    • John D. Roth, président du comité de planification de Renouveau 
    • Larry Miller, ancien secrétaire general 

    Représentant de l’Église catholique 

    • Cardinal Kurt Koch, Préfet, Dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens 

    Représentant de la Fédération luthérienne mondiale 

    • Pasteure Anne Burghardt, secrétaire générale 

    Représentants de la Communion mondiale d’Églises réformées 

    • Pasteur Hanns Lessing, secrétaire exécutif pour la communion et la théologie 
    • Pasteur Dr Setri Nyomi, secrétaire général intérimaire 

    Les mennonites 

    Aujourd’hui, lors de notre culte [des membres de la] Conférence Mennonite Mondiale, ainsi que des représentants d’autres traditions anabaptistes et des Églises libres, se sont réunis aux côtés de représentants de l’Église catholique romaine, de la Fédération luthérienne mondiale et de la Communion mondiale d’Églises réformées pour rendre un témoignage commun. 

    Nous héritons tous d’un lourd passé marqué par les divisions issues de la Réforme. Nous savons que des différences théologiques et pratiques subsistent, mais nous nous réjouissons du cheminement vers la réconciliation que nous avons parcouru ensemble. 

    En 2003, catholiques et mennonites ont conclu un dialogue de cinq ans intitulé ‘Appelés ensemble à faire Œuvre de Paix’, qui partait du constat commun que ‘l’allégeance au Christ comme Seigneur prime sur les exigences de l’État’. 

    Plus récemment, la participation des catholiques et des luthériens au Dialogue trilatéral sur le baptême a contribué à clarifier les points de convergence ainsi que les différences persistantes concernant notre compréhension et notre pratique du baptême. Nous considérons ces dialogues comme un don à l’Église. 

    Les catholiques 

    Message du Saint Père Léon XIV aux participants à la commémoration 
    des 500 ans du mouvement anabaptiste 

    Alors que vous vous réunissez pour commémorer les 500 ans du mouvement anabaptiste, chers amis, je vous salue cordialement en reprenant les premiers mots prononcés par Jésus ressuscité : « La paix soit avec vous! » (Jean 20.19). 

    Dans la joie de la célébration de Pâques, comment ne pas méditer sur l’apparition du Christ le soir de ce « premier jour de la semaine » (ibid.), lorsque Jésus a non seulement traversé les murs et les portes closes, mais est aussi entré dans le cœur de ses disciples où régnaient la peur et la confusion ? En outre, en accordant son don si précieux de la paix, le Christ était sensible aux expériences de ses disciples, ses amis, et n’a pas caché les marques de sa Passion encore visibles sur son corps glorieux. 

    En recevant la paix du Seigneur et en acceptant son appel, qui implique d’être ouvert aux dons du Saint Esprit, tous les disciples de Jésus peuvent s’immerger dans la nouveauté radicale de la foi et de la vie chrétiennes. En effet, un tel désir de renouveau caractérise le mouvement anabaptiste lui-même. 

    La devise choisie de votre célébration, « Le courage d’Aimer », nous rappelle, avant tout, la nécessité pour les catholiques et les mennonites de tout mettre en œuvre pour vivre le commandement de l’amour, l’appel à l’unité chrétienne et la mission de servir les autres. Elle souligne également la nécessité d’une réflexion honnête et bienveillante sur notre histoire commune, qui comporte des blessures douloureuses et des récits qui affectent les relations et les perceptions qu’ont les catholiques et les mennonites jusqu’à aujourd’hui. 

    Combien importante est donc cette purification des mémoires, et cette relecture commune de l’histoire, qui peuvent nous permettre de guérir les blessures du passé et de construire un nouvel avenir grâce au « courage d’aimer » ! En outre, ce n’est qu’ainsi que le dialogue théologique et pastoral pourra porter des fruits qui demeurent (cf. Jean 15.16). 

    Ce n’est certainement pas une tâche facile ! Pourtant, c’est précisément dans des moments particuliers d’épreuve que le Christ a révélé la volonté du Père : c’est lorsque les pharisiens ont cherché à l’éprouver qu’il nous a enseigné que les deux plus grands commandements sont d’aimer Dieu et notre prochain (cf. Matthieu 22.34-40). C’est à la veille de sa Passion qu’il a parlé de la nécessité de l’unité, « afin que tous soient un […] afin que le monde croie » (Jean 17.21). Mon souhait pour chacun de nous est donc que nous puissions dire avec saint Augustin : « Mon espérance tout entière repose uniquement sur la grandeur immense de ta miséricorde. Donne ce que tu commandes et commande ce que tu désires. » (Les Confessions, X, 29, 40). 

    Enfin, dans notre monde déchiré par la guerre, notre marche continue vers la guérison. L’approfondissement de la communion fraternelle a un rôle essentiel à jouer, car plus les chrétiens seront unis, plus notre témoignage du Christ, Prince de la Paix, sera efficace pour édifier une civilisation où l’on se rencontre dans l’amour. 

    Avec ces vœux, je vous assure de ma prière pour que nos relations fraternelles s’approfondissent et grandissent. Sur vous tous, j’invoque la joie et la sérénité qui viennent du Seigneur ressuscité. 

    Du Vatican, le 23 mai 2025 

    LEO PP. XIV 

    Les mennonites 

    En 2010, l’Assemblée mondiale luthérienne, réunie à Stuttgart, en Allemagne, a officiellement approuvé une ‘action mennonite’, sur la base du rapport d’un dialogue de cinq ans intitulé ‘Guérir les Mémoires : se réconcilier dans le Christ’. Un culte de réconciliation a été célébré, au cours duquel les deux communautés se sont mutuellement pardonnées et se sont engagées à interpréter les confessions luthériennes et les récits mennonites de leur passé à la lumière de l’histoire commune décrite dans ce rapport. Ce processus a marqué un moment clé dans les relations entre nos deux communautés et a jeté les bases d’un apprentissage mutuel sur les thèmes du baptême et de la relation des chrétiens à l’État. 

    Lors du service de réconciliation en 2010, toutes les personnes présentes ont fait le signe de la croix afin de nous rappeler la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. La croix touche les blessures du péché, guérit nos fractures et restaure nos vies. Elle promet la guérison par la grâce de Dieu et est le signe du don d’un cœur nouveau et d’un esprit nouveau. 

    Aujourd’hui, la Conférence Mennonite Mondiale et la Fédération Luthérienne Mondiale se souviennent et renouvellent leur engagement par le signe de la croix. 

    Les luthériens 

    Lors du dialogue ‘Guérir les Mémoires’, nous nous sommes engagés à écouter attentivement l’histoire de l’autre communion et à relater l’histoire de nos débuts communs d’une manière qui puisse être acceptée par les deux parties. La conviction luthérienne selon laquelle l’initiative de Dieu rend possible notre réponse dans la foi a été chaleureusement accueillie par les mennonites. La demande luthérienne de pardon pour avoir persécuté les anabaptistes a été pleinement accordée. L’analyse commune et honnête du baptême a contribué à ouvrir la voie à un dialogue trilatéral fructueux sur le baptême avec la Conférence Mennonite Mondiale et l’Église catholique. 

    Nous rendons grâce à Dieu que de plus en plus de luthériens et de mennonites apprécient le témoignage de l’Évangile de chacun. 

    Les mennonites 

    Aujourd’hui, à Zurich, nous célébrons les progrès accomplis vers la réconciliation avec les représentants de la tradition réformée. 

    En 2004, la ville de Zurich et l’Église réformée suisse ont contribué à l’érection d’une plaque commémorative sur les rives de la Limmat, en souvenir de l’exécution de Felix Manz et de six autres anabaptistes à Zurich. 

    Trois ans plus tard, la Conférence mennonite suisse et l’Église réformée du canton de Zurich ont conclu un dialogue important dans lequel elles s’engageaient à poursuivre le chemin de la réconciliation. Dans ce document, les mennonites affirmaient : « Nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes. Nous appartenons à Jésus-Christ, qui nous appelle à le suivre, qui a abattu le mur de la séparation et qui a uni les peuples proches et lointains en un seul corps. » 

    La semaine dernière, le Conseil Général de la Conférence Mennonite Mondiale a officiellement reçu une déclaration rédigée avec des représentants de la Communion mondiale d’Églises réformées intitulée ‘Restaurer l’intégrité de notre famille : la recherche d’un témoignage commun’. 

    Pendant que nous écouterons une litanie de confession, de gratitude et d’engagement tirée de cette déclaration, le Secrétaire General de la Conférence Mennonite Mondiale, César García, et le Secrétaire General par intérim de la Communion mondiale d’Églises réformées, Setri Nyomi, se laveront mutuellement les pieds en signe tangible de notre engagement en faveur de la réconciliation. Nous vous invitons tous à être témoins de ce signe de repentance et de pardon. 

    Les réformés 

    Nous avons confessé l’origine commune de nos Églises et la douleur causée par leur fracture. Nous demandons à Dieu de bénir la redécouverte d’une compréhension commune de l’Évangile afin qu’elle inspire l’évangélisation et la paix. 

    Les mennonites 

    En présence de représentants de l’Église tout entière, la Conférence Mennonite Mondiale et la Communion mondiale d’Églises réformées rendent un témoignage commun de l’unité de l’Église. 

    Les réformés 

    Aujourd’hui, nous commémorons les origines communes de nos communions mondiales, nous confessons notre relation brisée, et nous nous réjouissons de ce que maintenant, grâce à des efforts soutenus pendant de nombreuses années pour nous comprendre mutuellement et nous réconcilier, nous pouvons obéir à Christ notre Paix en nous engageant dans l’unité de l’Esprit. Liés les uns aux autres, nous persévérons dans l’entretien de cette unité. Nous nous engageons à être humbles, patients, honnêtes et, par-dessus tout, animés par l’amour, dans notre marche commune en tant que corps unique de Christ. 

    Les mennonites 

    Rassemblés sous le regard bienveillant de Dieu, nous célébrons le fait que notre identité se trouve dans notre confession commune de Jésus comme Seigneur, dans nos ancêtres communs de foi, et dans notre appel commun à être des disciples et des témoins de l’Évangile au sein d’un monde fragmenté. 

    Les réformés 

    Nous avons été bénis dans nos traditions d’avoir une passion pour la justice et la paix. Que le Dieu de la croix et de la résurrection nous donne le courage et le désir de poursuivre la paix et de pratiquer la justice qui résiste à la violence, à l’oppression et au désastre écologique, une justice qui trouve son expression la plus complète dans le pardon, la miséricorde et la réconciliation. 

    Les mennonites 

    Aujourd’hui, en tant que membres anabaptistes et réformés du Corps de Christ, nous affirmons que notre témoignage devant le monde est nourri et soutenu par la grâce de Dieu qui nous rend capables d’aimer Dieu, de nous aimer les uns les autres, ainsi que toute la création. 

    Les réformés 

    Ensemble, nous nous engageons dans la mission fondamentale de la proclamation de l’Évangile d’amour dans chacun de nos contextes, face aux défis et exigences qui leur sont propres. Nous ne voulons pas laisser la peur, la méfiance ou des obstacles au dialogue nous détourner de cet appel. 

    Les mennonites 

    Nous promettons de cheminer ensemble pour guérir les blessures du passé, et travailler à l’unité du Corps de Christ. Nous nous engageons à apprendre les uns des autres en partageant la richesse et la diversité de nos traditions. Nous nous attachons à coopérer de façon résolue pour proclamer la miséricorde de Dieu et ouvrir les portes à la justice qui conduit à la paix. 

    Les réformés 

    Ensemble, nous prions pour le Corps de Christ. En Christ nous sommes membres les uns des autres, sœurs et frères de la même chair et du même Esprit. 

    Les mennonites 

    Ensemble, nous accueillons le don de l’unité dans la conviction que c’est toi, ô Dieu, qui es en train de restaurer l’intégrité de ta famille. Amen 

    Confesser ensemble notre foi 

    En reconnaissance de notre identité commune au sein du corps du Christ, les participants se sont levés et ont récité – chacun dans sa propre langue – le Credo de Nicée. Cette ancienne déclaration de foi chrétienne issue du Conseil œcuménique de Nicée marque cette année son 1700e anniversaire.

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    Une litanie pour la guérison des nations 

    La litanie a été ponctuée en versant de l’eau en souvenir du baptême, et par de courts morceaux à l’orgue. 

    Aujourd’hui, nous sommes réunis pour le culte dans la ville où les premiers anabaptistes ont été inspirés par les enseignements d’Ulrich Zwingli… et au bord des eaux de la Limmat où Felix Manz, le premier martyr anabaptiste, a été exécuté. 

    [L’eau est versée] 

    Dieu d’amour, nous nous souvenons de Felix Manz et des disciples de l’Agneau de toutes époques et de tous lieux qui ont souffert à cause de leur fidélité. 

    Une voix forte sort du trône de Dieu et dit : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. […] À celui qui a soif, je donnerai de la source d’eau vive, gratuitement. » (Apocalypse 21.5-6) 

    [L’eau est versée] 

    Dieu d’amour, dans un monde déchiré par la guerre et dans une Église mondiale trop souvent divisée, comme nous avons soif que tu renouvelles toutes choses ! Viens, Seigneur Jésus ! 

    [interlude à l’orgue] 

    « Puis il me montra un fleuve d’eau vive, brillant comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’agneau. Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve, est un arbre de vie produisant douze récoltes. Chaque mois il donne son fruit, et son feuillage sert à la guérison des nations. » (Apocalypse 22.1-2) 

    Nous voyons avec douleur que nos différences sont devenues une source de conflit et de division, et nous prions aujourd’hui pour avoir le courage et la créativité nécessaires pour les repenser de manière à enrichir notre unité dans le corps du Christ. 

    [L’eau est versée] 

    Pour la guérison des nations ! Pour la guérison de l’Église ! « En Christ, nous sommes membres les uns des autres, sœurs et frères de la même chair et du même Esprit… » 

    Dieu de guérison, le fleuve d’eau vive nous a atteints. Les feuilles de l’arbre de vie ont apporté la guérison entre les communions représentées ici aujourd’hui. 

    [interlude à l’orgue] 

    « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange pour vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. 

    Je suis le rejeton et la lignée de David, l’étoile brillante du matin. L’Esprit et l’épouse disent : Viens ! Que celui qui entend dise : Viens ! Que celui qui a soif vienne. 

    Que celui qui le veut reçoive de l’eau vive, gratuitement » (Apocalypse 22.16-17) 

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    Le courage d’aimer dans un monde perturbé  

    Ô, Dieu, notre secours par le passé, notre espoir pour les années à venir : 

    Grâce à l’œuvre du Saint-Esprit en nous, nous retrouvons l’espoir en voyant la guérison et l’unité se manifester dans l’Église mondiale. 

    Nous gardons espoir en voyant la vitalité des Églises géographiquement éloignées des racines confessionnelles en Europe représentées ici aujourd’hui. 

    Nous gardons espoir en voyant le travail de l’évangélisation et la paix sont unis dans de nombreux endroits à travers le monde. 

    Mais surtout, nous avons de l’espoir parce que, en Christ, tu as promis que tu serais avec nous « tous les jours, jusqu’à la fin des temps ». 

    Viens, Esprit Saint, donne-nous la fidélité des saints à travers les âges. Comme eux, ne nous laisse jamais avoir honte de l’Évangile. Seigneur Jésus-Christ, bénis-nous en nous donnant le courage de prendre le risque de nous aimer les uns les autres, d’aimer nos prochains et même nos ennemis, comme tu nous as aimés. 

    Amen. 

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  • Courrier : Perspectives

    Amérique du Nord : États-Unis

    Un aperçu des débuts d’une église anabaptiste 

    n jour glacial de Thanksgiving, en novembre 1910, cinq anciens ordonnés se sont réunis avec d’autres invités dans la salle de Pigeon River Conservative Amish Mennonite, comté de Huron, au Michigan (États-Unis), pour travailler ensemble sur la mission de l’église. De cette réunion est né le réseau d’églises Rosedale (appelé à l’époque Conservative Amish Mennonite Conference). 

    Les anciens à l’origine de cette réunion étaient l’évêque Solomon J. Swartzentruber et le pasteur Michael S. Zehr. L’évêque Joshua King du comté de Stark, dans l’Ohio, était présent, ainsi que l’évêque John L. Mast et le pasteur Jonas D. Yoder du comté de Mifflin, en Pennsylvanie. Bien qu’elles n’aient pas assisté à cette réunion, d’autres paroisses de la vallée de Casselman en Pennsylvanie et dans le Maryland, du comté de Lewis dans l’État de New York et du comté de Johnson dans l’Iowa se sont identifiées à ce groupe émergeant. 

    L’assemblée mennonite de Pigeon River, où s’est tenue la première réunion, est toujours aujourd’hui membre du réseau d’églises de Rosedale. 

    Priorités 

    Cinq priorités ont été définies lors de cette toute première réunion : le maintien de l’unité, la non-conformité, la préservation de la langue allemande, le devoir de diffuser l’Évangile et la réponse à la division. 

    La première action de ce nouveau groupe est née de sa conviction de diffuser l’Évangile et de son souci des pauvres et des orphelins. 

    Lors de leur deuxième réunion en 1912, des plans ont été mis en place pour créer un foyer pour les orphelins. Ce projet a reçu un soutien important de la part des assemblées de la vallée de Casselman (Pennsylvanie et Maryland). Ainsi en 1914, le foyer a été fondé à Grantsville, dans le Maryland. 

    Aujourd’hui 

    Aujourd’hui, le Réseau d’Églises Rosedale comprend 119 assemblées réparties à travers les États-Unis qui travaillent ensemble pour s’édifier mutuellement et multiplier les assemblées au niveau local et mondial. 

    Lors de sa fondation, ce même engagement a été pris envers les Écritures en tant qu’autorité pour la vie et pour que l’accomplissement de la mission de Dieu dans le monde se poursuive encore aujourd’hui. 

    Le Réseau Rosedale ne serait pas ce qu’il est sans son bras éducatif (le Rosedale Bible College) et son bras missionnaire (Rosedale International). Ces organisations aident énormément les églises à accomplir leur mission. 

    Une autre force du Réseau Rosedale est le soutien qu’il offre à ses pasteurs par le moyen de groupes de pairs, de formations, de cours et de rassemblements annuels qui offrent des occasions de fraternité, d’encouragement, d’inspiration et de ressourcement. 

    Comme peuvent en témoigner d’autres groupes d’églises en Amérique du Nord, le Réseau Rosedale doit faire face à de grandes difficultés, notamment l’influence omniprésente du matérialisme et celle, croissante, du nationalisme. 

    Le Réseau Rosedale a rejoint la CMM en tant que membre associé en 2000. 

    En 2025, il compte 119 églises avec 13 403 membres baptisés. 

    Brian Hershberger, directeur, Rosedale Network of Churches 

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  • Courrier : Perspectives

    Amérique latine : Paraguay

    Aperçu des débuts d’une église anabaptiste 

    À aucun moment nous n’avons entendu le mot ‘responsables’, nous parlions plutôt de missionnaires. Les premiers responsables de la paroisse étaient des Frères mennonites : Jakob Franz dans les années 1930, puis Gerhard Hein. 

    Ceux-ci sont partis, mais ils ont répandu la Parole dans la communauté. C’est d’abord à Filadelphia qu’une assemblée a été implantée, puis à Cayin ô Clim (aujourd’hui Neuland). 

    Au début, le plus important pour les responsables était de proclamer la Parole à d’autres communautés. Ils le faisaient au moyen de cultes, d’études bibliques et par la traduction de chants dans la langue locale. 

    En 1960, un groupe de personnes a été baptisé par les missionnaires. 

    L’organisation Luz a Los Indígenas (Lumière pour les peuples autochtones) nous a donné, à nous, peuples autochtones, la possibilité de faire partie de l’Église, de devenir des croyants en Dieu. Depuis 2006, elle s’appelle ACoMeM (Asociación Civil Obra Misionera Evangélica Menonita). 

    Nous avons rejoint l’Église mennonite lorsque nous avons pris conscience de la présence des mennonites dans notre communauté.  

    Aujourd’hui, nos points forts sont notre amour pour la Bible et notre école qui aide les membres à étudier la Parole. L’important est d’avoir la foi et de ne pas la perdre. 

    Notre défi est d’aider d’autres personnes à faire confiance à Dieu. 

    Vers 2018, nous comptions 2 600 membres baptisés dans 12 assemblées. 

    Elsa Pérez est membre de Iglesia Hermanos Menonitas Malaquías, située dans la Comunidad Campo Alegre, au Paraguay. Elle est membre de la tribu indigène des Nivaclé. 

  • La Conférence Mennonite Mondiale à 100 ans ! 

    Nous avons parfois tendance à penser qu’il faut commencer par définir une doctrine juste et, de là, passer à la pratique. D’abord l’Écriture, ensuite l’action. Mais à bien des égards — dans notre histoire et dans notre réalité actuelle — l’expérience nous pousse à faire de la théologie pour donner un sens à ce qui est en train de se passer. 

    Prenons l’exemple du Concile de Jérusalem. Ses participants se posaient la question suivante : « Pouvons-nous inclure les païens ou non ? » 

    La Bible de l’époque n’était pas claire à ce sujet. 

    Mais en voyant que des païens recevaient le Saint-Esprit, l’Église a été poussée à réfléchir d’une nouvelle manière, sans pour autant contredire ses fondements. 

    Leur expérience les a amenés à interroger les Écritures et à développer de nouvelles compréhensions. 

    En tant qu’anabaptistes, notre histoire a mis l’accent sur l’assemblée locale et sur sa centralité en tant qu’avant-goût du royaume de Dieu. 

    Mais cela ne nous aide pas à répondre à la question de savoir s’il est nécessaire d’avoir d’une union d’églises régionale ou mondiale. 

    Au début de la CMM, c’est le vécu qui a poussé les églises mennonites à imaginer un organisme mondial. 

    Peux-tu nous donner des exemples de points communs entre aujourd’hui et les tendances d’il y a 100 ans, lorsque la CMM a été créée ? 

    Il y avait une pandémie mondiale à l’époque. De nombreux pays venaient de traverser la Première Guerre mondiale. Il y a bien sûr eu des répercussions financières qui ont poussé les gouvernements à chercher un bouc émissaire : qui allons-nous blâmer pour cela ? Cette situation a donc joué un rôle important dans la montée du nationalisme en Europe. 

    Nos églises furent également touchées par la révolution russe et les violentes persécutions qui s’ensuivirent dans la région de l’Ukraine, où se trouvait une grande partie d’entre elles à l’époque. 

    Avec ce mélange de nationalisme, de différences culturelles, de langues, de violences récentes et plus anciennes entre leurs pays, il était difficile pour les responsables des églises mennonites en 1925 de penser à l’unité. 

    Certains spiritualisent l’idée d’unité et disent : Nous serons un au ciel… 

    Ou encore : Oui, nous nous battons violemment les uns contre les autres, mais nous restons unis dans l’esprit.  

    Aujourd’hui comme hier, certaines églises se méfient des autres chrétiens, même à l’intérieur d’une même famille dénominationnelle. 

    Mais ce n’est pas ce que dit la Bible. 

    La Bible parle de l’unité d’une manière très pratique, visible même pour le monde. Il y a un degré d’unité qui relève du miracle. 

    Le fondateur de la CMM, Christian Neff et d’autres ont parlé et écrit sur le besoin de créer un organisme mondial déjà avant 1925, mais il n’a pas été facile de surmonter la méfiance. 

    Finalement, Christian Neff trouva une bonne excuse pour rassembler les gens : célébrons les 400 ans du mouvement anabaptiste ! 

    C’est dans ce contexte que l’église d’Ukraine envoya une lettre aux participants de ce premier rassemblement mondial anabaptiste, demandant la création d’un organisme mondial qui coordonnerait le travail de formation et de mission, et aussi soutiendrait les Églises persécutées et souffrantes. 

    Lorsque les responsables d’églises se sont réunis, cette expérience d’être ensemble leur a ouvert les yeux sur la nécessité d’une communion qui montrerait que notre identité essentielle n’est pas politique, ni un État national, ni même une culture. La source de notre identité est Jésus. 

    Le contexte d’alors était très similaire à celui d’aujourd’hui, après une pandémie, dans un contexte de montée du nationalisme et de la souffrance due à la violence et à la persécution. 

    Il est intéressant et triste à la fois de voir comment l’histoire se répète. 

    Ce qui a changé, c’est que cette expérience nous a invités à réfléchir sur le plan théologique. Voulons-nous être unis uniquement pour des raisons pragmatiques ou parce que la manière dont nous comprenons l’Évangile l’exige ? 

    Quels ont été les moments clés où nous avons cherché à devenir réellement mondiaux ? 

    Pour être une famille mondiale, nous avons besoin de différents niveaux de réconciliation et de pardon pour les divisions que nous avons connues dans le passé. 

    Nous n’étions pas prêts à penser de cette manière il y a 80 ans. 

    Au début, les responsables ont dit qu’il fallait se contenter d’une Assemblée. Et c’est ce qui s’est passé pendant les 40 ou 50 premières années. 

    Mais de plus en plus d’Églises du Sud sont devenues membres. Et les églises qui souffrent voient avec plus de clarté la nécessité d’une Église mondiale. On ne peut pas faire face seul à une persécution violente ou à une catastrophe naturelle. 

    Dans les années 1970, des présidents issus du monde entier ont commencé à être nommés. Au sein du Comité Exécutif, C. J. Dyck dit que, si nous voulons que la CMM continue, elle doit être plus qu’un rassemblement mondial. Elle doit être une partie de la mission à laquelle les mennonites sont appelés dans ce monde, un lieu où ils clarifient le sens de la foi dans leurs divers contextes culturels. 

    Cette vision est le résultat, entre autres, de l’apport des églises du Sud qui demandaient plus d’interdépendance. 

    Ces expériences ont fait évoluer la compréhension théologique d’une Église qui dépasse les portes de notre assemblée locale. 

    Sommes-nous là où nous devrions être ? 

    Je pense que nous allons dans la bonne direction, mais nous sommes confrontés à des défis théologiques dès lors que nous parlons de l’Église mondiale. 

    De nombreux responsables et pasteurs de notre Église mondiale commencent tout juste à avoir une idée claire de l’unité. 

    Trop souvent, notre compréhension de la pureté dans notre tradition anabaptiste nous a poussés à nous fragmenter parce que nous pensons que, pour être saints ou purs, nous devons nous séparer de ceux que nous estimons ne pas l’être. 

    Notre histoire de divisions exige une véritable réconciliation. Certaines blessures historiques n’ont pas été guéries et nous continuons à observer certaines divisions au quotidien. 

    Les problèmes du racisme et du colonialisme sont toujours présents. Certains pans de l’Église ont tendance à prendre des décisions sans consulter les autres et à imposer leur point de vue. 

    Le fait de privilégier nos propres intérêts au détriment de ceux des autres pose problème, comme de dire que nous devons d’abord protéger notre budget avant de penser aux autres églises. 

    En outre, nous avons des ambitions et le désir de contrôler, de dominer et de conquérir les autres. 

    Les royaumes du monde nous attirent beaucoup. Nous aimons nous sentir supérieurs aux autres groupes. 

    Mais Dieu nous invite à avoir une vie qui contraste avec les royaumes du monde. Le royaume de Dieu est une véritable alternative. Nous devons reconnaître que nous avons besoin de la puissance de l’Esprit Saint. 

    500@Anabaptism at South Korea
    500th Anabaptist Anniversary

    Qu’entendons-nous par unité ? 

    Nous devons comprendre que l’unité ne signifie pas nécessairement l’absence de conflit. La véritable unité implique que différents fragments et différents modèles forment un tout. 

    Par définition, l’unité implique la diversité, car s’il n’y a pas de diversité d’opinions, de culture, de théologie ou de vécu, il n’y a pas lieu de parler d’unité puisque tout le monde croit la même chose. Le contraire de l’unité n’est pas la diversité, c’est l’uniformité. 

    En tant qu’Église de paix, nous savons que le problème n’est pas d’avoir des conflits. Le problème, c’est la façon dont nous gérons ces conflits. 

    Il est impossible d’avoir une relation saine sans conflit. 

    Aujourd’hui, beaucoup d’églises de la CMM sont le résultat d’une scission avec d’autres églises. Le fait que le temps ait passé ne change rien au fait qu’il s’agissait d’une division interne. 

    Au sein de la CMM, nous essayons d’encourager les églises à rester ensemble autant que possible et à ne pas se diviser. 

    Cependant, la séparation est parfois nécessaire parce qu’il y a un degré de désaccord tel qu’il n’est pas possible de le résoudre, en raison de la nature de notre cœur. Dieu nous permet un certain niveau de distanciation, et nous pouvons toujours faire partie de la famille mondiale à condition de respecter nos différences, même si nous ne partageons pas la même position sur un sujet donné. 

    Cela implique la volonté de guérir les blessures. Les deux parties doivent s’efforcer de guérir les rancœurs et d’éviter de se haïr. 

    Là encore, ce sont nos expériences qui nous poussent à réfléchir théologiquement à l’unité. 

    En quoi le thème ‘Le Courage d’Aimer’ guide-t-il et façonne-t-il notre réflexion autour de cet anniversaire ? 

    Je pense qu’il s’agit là d’un sujet crucial et pertinent pour le monde politique d’aujourd’hui, où tant de gens sont brutalisés et intimidés et brutalisent les autres. 

    Il y a beaucoup de causes, d’actions et de revendications justes. De nombreuses personnes disent : « Nous avons le droit de défendre notre terre. Nous avons le droit d’exiger que ces agresseurs cessent leurs agressions. » 

    Mais existe-t-il une possibilité de faire autre chose que de revendiquer ses droits ? 

    Je pense que Jésus nous invite à emprunter un autre chemin. 

    Dire « Je veux mettre mes droits de côté et aimer » demande un rare courage. 

    Ce n’est pas une attitude passive. Cela implique d’avoir une réponse très intentionnelle, voire assertive, qui cherche le bénéfice de l’autre, qui cherche même le bien-être de l’agresseur. 

    Le courage d’aimer que nos prédécesseurs ont découvert il y a 500 ans n’était pas nouveau. Dieu nous invite à le faire depuis le début de l’histoire de l’humanité. 

    Le courage d’aimer implique également de se libérer de la peur (1 Jean 4.18). 

    Je perçois que de nombreux responsables agissent par peur : peur d’être contaminés, peur d’être influencés, peur du changement. 

    Lorsque l’amour est parfait, on peut parler de n’importe quel sujet difficile sans craindre de perdre quelque chose. 

    Il n’y a pas de fragmentation, d’excommunication ou de condamnation mutuelle, mais du respect pour les convictions fortes. 

    Comme l’a dit Augustin d’Hippone, le péché peut se définir comme l’égocentrisme. L’amour est donc le contraire de cela. 

    Quand on aime, on s’ouvre aux autres et il n’y a pas de place pour la peur. 

    Une partie de la mission de la CMM est d’établir des relations avec d’autres communions. En quoi cette expérience t’a-t-elle façonné ? 

    Si vous n’avez pas de relations avec d’autres chrétiens, vous risquez d’avoir une idée très étroite de ce qu’est l’Église chrétienne. 

    Étant un organisme mondial, la CMM a la capacité de nous représenter en tant qu’entité auprès d’autres Églises. 

    Lorsque vous avez une identité claire et que vous vivez vos valeurs, les expériences avec d’autres Églises peuvent être immensément riches et transformatrices. Vous pouvez alors apprendre des autres et partager vos valeurs. 

    Cela ne veut pas dire que c’est facile. Par exemple, à la Conférence des secrétaires des communions chrétiennes mondiales, il y avait 21 entités mondiales représentées. Comme vous pouvez l’imaginer, la diversité est énorme. 

    Pour certaines d’entre elles, il existe un passé compliqué de persécutions et de condamnations mutuelles. Pour d’autres, il n’y a même pas de relations. 

    Et bien sûr, la compréhension qu’ont ces Églises sur de nombreux sujets, tels que la gouvernance et la hiérarchie est très différente. 

    C’était donc un défi de réfléchir à la manière de représenter la CMM. Comment est-ce que je dois réagir face aux défis ? Il y a des réunions où les sujets sont si controversés que les discussions deviennent très vives. 

    Mais avec le temps, j’ai commencé à voir que les défis que présente une communion sont très similaires à ceux d’une autre communion. 

    Et les relations ont commencé à s’approfondir. Cela m’a aidé à apprécier les personnes avant les doctrines ou les différences doctrinales. 

    Je me souviens d’une réunion où il y avait plusieurs secrétaires généraux à un repas. 

    L’un d’eux a dit à l’autre : « Vous connaissant, je pense de manière tellement similaire à vous que je serais d’accord pour faire partie de votre Église » et l’autre a répondu :« Je pourrais aussi être membre de votre Église ». 

    Ces expériences façonnent donc votre façon de comprendre les Écritures et vous transforment en cours de route. 

    Prayer group in Peru
    500 years of Anabaptism celebration in Peru

    Comment la CMM peut-elle évoluer fidèlement pour devenir une communion forte et revivifiée, capable de relever les défis d’un avenir qui pourrait être très différent ? 

    Je dirais que, si nous continuons sur la même voie, nous serons résilients : 

    • construire une communion mondiale, 
    • rechercher l’interdépendance, 
    • prendre des décisions par consensus, 
    • se consulter les uns les autres, 
    • avoir de bons responsables, 
    • entretenir de bonnes relations avec les autres membres de la famille anabaptiste, 
    • établir de bonnes relations avec d’autres communions mondiales,
    • guérir les mémoires à l’intérieur et à l’extérieur. 

    Mais, bien sûr, nous devons aussi avoir le courage de reconnaître nos propres faiblesses. 

    Nous avons parfois une approche triomphaliste de la mission et de l’implantation d’églises, de l’action sociale et du développement, de notre impact sur le commerce et de la construction de la paix. 

    Bien sûr, il est bon de reconnaître le travail que nous avons accompli. Mais il est également bon de reconnaître toutes nos faiblesses. 

    Nous devons nous rendre compte de la quantité de travail qui fait double emploi en matière d’implantation d’églises, de l’omniprésence du colonialisme dans notre travail et du paternalisme qui subsiste dans nos organismes missionnaires. 

    Et être conscient aussi du bien accompli par notre engagement et, tout en sachant combien de personnes nous avons blessées dans ce processus. 

    Il est également crucial de nous regarder avec humilité et de voir à quel point nous sommes petits par rapport aux autres communions mondiales. 

    Ainsi, pour être une Église résiliente et pleine d’espoir pour l’avenir, nous devons reconnaître les domaines sur lesquels nous devons travailler. 

    Une communion forte est une communion capable de parler de ses différences avec amour. 

    ‘Le courage d’aimer’ : l’amour nous donne l’ouverture d’esprit et le courage de faire des choses difficiles. 

    Secrétaire General de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM) depuis 2012, César García, mennonite colombien et canadien s’est entretenu avec la rédactrice de Courrier, Karla Braun, à propos des 100 ans de la CMM et du Courage d’Aimer. Cet entretien a été édité pour des raisons de concision et de clarté. 

    AWFS group photo Netherlands
  • Courrier : Perspectives

    Amérique latine : Paraguay

    La mission de l’ASCIM (Association de Services de Coopération Indigène-Mennonite ; Associacion De Servicios De Cooperacion Indigena – Ménonita) est de promouvoir la croissance socio-économique des communautés indigènes par le biais de partenariats dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’économie et d’une aide socio-spirituelle, en vue d’une coexistence interculturelle harmonieuse. L’ASCIM est née des efforts d’évangélisation et de coopération de trois colonies mennonites allemandes et de leurs voisins Enhlet et Nivaclé à Yalve Sanga dans le Chaco, à l’ouest du Paraguay. Elle a été officiellement fondée en 1978. L’ASCIM est membre du Réseau Anabaptiste Mondial d’Entraide (GASN). 

    La population du Chaco central du Paraguay étant multiculturelle, il est évident que la paix dans cette région ne peut être maintenue que par la coopération. Si le fossé entre ceux qui sont économiquement plus faibles et ceux qui sont économiquement plus forts se creuse trop, il est prévisible que des conflits sociaux surgissent. C’est pourquoi l’ASCIM, fondée sur la foi chrétienne, s’engage à faire en sorte que les habitants de cette région vivent dans une coexistence coopérative.  

    Car si Dieu a donné à chacun la dignité, personne ne doit donc être laissé pour compte ; les besoins fondamentaux de chacun doivent être satisfaits afin d’assurer une coexistence harmonieuse. 

    L’ASCIM propose des programmes de partenariat dans les domaines de l’éducation, de la santé, des affaires et d’une aide socio-spirituelle. En travaillant ensemble en tant que partenaires dans les différents domaines de la vie, les gens se découvrent, apprennent à se connaître et à s’apprécier, discutent et planifient ensemble. Il ne s’agit pas de petits projets temporaires, mais d’une coopération à long terme au service de la paix. 

    Un accident révèle une maladie 

    Si vous aviez vu cette femme de 50 ans, de la communauté Nivaclé de Nicha Toyisch, vous auriez pu penser qu’elle avait 70 ans. Cette femme, appelons-la Lisa, conduisait une moto. Son gros orteil gauche s’est coincé entre la chaîne et la roue dentée alors qu’elle conduisait, et l’orteil a été complètement arraché de son pied.  

    Le gros orteil n’est pas seulement le plus gros des orteils, c’est aussi le plus important pour la marche.  

    Lisa a été transportée à l’hôpital par camioneta (petit camion), mais n’a pas pu payer une opération dans un hôpital privé. Elle est arrivée à Yalve Sanga à 18 heures, avec une hémorragie et de fortes douleurs. Il y avait une plaie ouverte à l’endroit où aurait dû se trouver le gros orteil. 

    Nous nous sommes mis au travail avec les moyens du bord. Nous lui avons administré une anesthésie locale, pendant laquelle les infirmières lui ont posé une intraveineuse, par laquelle elle a également reçu des analgésiques. Dans un calme relatif, nous avons ensuite pu laver la plaie, déjà moins douloureuse, à l’aide d’un désinfectant, pour éviter tout risque d’infection. Nous avons ensuite arrêté l’hémorragie. Nous avons tiré la peau restante sur la plaie ouverte autant que possible et l’avons recousue pour qu’elle ne saigne plus et qu’elle puisse cicatriser (même si cela peut prendre beaucoup de temps) et mis un pansement.  

    Lisa a été hospitalisée et a reçu des antibiotiques, des analgésiques et des vaccins contre le tétanos. Son fils adulte, qui vit toujours chez elle, était très inquiet. Il l’a accompagnée tout au long de la procédure.  

    Cependant, nous avons remarqué que Lisa avait peut-être d’autres problèmes de santé. Normalement, les patients plus âgés profitent de l’hospitalisation pour manger plus sainement. Dans le cas de Lisa, le personnel soignant a remarqué qu’elle laissait beaucoup de nourriture dans son assiette. 

    En outre, elle présentait une toux persistante que les infirmières ont trouvée suspecte. Les expectorations ont été examinées à la recherche de tuberculose, et il s’est avéré que le plus grand ennemi de Lisa était le bacille de la tuberculose, et non l’orteil amputé. 

    Nous avons donc commencé à traiter la tuberculose. Lisa a continué à recevoir des soins quotidiens pour sa plaie, et le régime riche en protéines a commencé à avoir meilleur goût. 

    Au bout de dix jours, elle s’était suffisamment rétablie pour pouvoir sortir de l’hôpital. La plaie avait encore besoin d’un peu de temps pour guérir, mais elle était capable de se déplacer à la maison à l’aide d’une canne. L’agent de santé communautaire de Nicha Toyisch, formé par l’ASCIM, et l’infirmière qui se rend chaque semaine dans le campement se sont chargés de changer régulièrement les pansements. 

    Au bout de deux mois environ, le pied était guéri et au bout de six mois, le traitement contre la tuberculose était terminé. 

    (écrit par le Dr Richard Wiens, médecin en chef du Sanatorium ASCIM) 

    Cette histoire montre notre impact sur la vie de quelqu’un dans le cadre de notre travail pratique à long terme. 

    Dans le domaine de l’éducation, nous proposons des formations pour les enseignants. Dans le secteur de la santé, nous assurons la formation et l’accompagnement du personnel de santé, ainsi que les soins préventifs, les consultations et, si nécessaire, les transferts de patients. Nous collaborons avec les conseils d’administration des colonies pour l’estimation des coûts, nous donnons des conseils en matière d’élevage et d’agriculture et nous proposons des formations en comptabilité. Nous proposons une formation socio-spirituelle aux femmes. Nous fournissons du matériel pédagogique pour les jardins d’enfants et formons des enseignants indigènes. Des services volontaires sont disponibles sur recommandation de l’église d’origine.  

    Dans l’ensemble, nous croyons que notre travail est holistique et qu’il contribue à la paix. 

    Gloire à Dieu ! 

    – Heinrich Dyck Harder est le vice-directeur de l’ASCIM (Associacion De Servicios De Cooperacion Indigena – Menonita) à Yalve Sanga, au Paraguay.  

    Site web : ASCIM.org 

    Meeting of CEA graduates