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  • Uruguay

    Ces dernières années, je me suis engagée dans la Conférence Mennonite Mondiale, et en particulier avec les Jeunes Anabaptistes (« Young AnaBaptists » ou YABs). J’ai eu la chance de rencontrer des gens du monde entier et d’être enrichie par leurs points de vue et leur façon de vivre leur foi. Cela m’a ouvert les yeux et m’a montré Jésus comme je ne l’avais jamais vu auparavant. 

    Aujourd’hui, j’aimerais témoigner d’avoir vu Dieu agir d’une manière particulière. 

    En Uruguay, nous avons de magnifiques plages et la plupart des Uruguayens aiment prendre des congés pendant l’été pour aller à la plage. 

    C’est l’occasion de déconnecter et de se reposer, mais aussi de faire la fête pour la plupart des jeunes. Et pour les églises, c’est aussi le moment idéal pour faire quelque chose de cool avec nos jeunes, car la pression pour aller faire la fête est énorme. 

    Nous organisons donc des camps d’été, l’un pour les adolescents et l’autre pour les jeunes (adultes) de notre association mennonite. Chaque année, une quarantaine d’adolescents et une centaine de jeunes (adultes) assistent à nos camps qui se déroulent dans un camping situé juste à côté de la plage ! (C’est génial, car nous pouvons aller à la plage au moins deux fois par jour.) 

    Cela fait deux ans que je dirige ces camps avec un ami, et c’est une grande bénédiction. 

    Conversations profondes et enrichissantes 

    Pendant le camp, j’ai eu plusieurs conversations très profondes et enrichissantes avec certains participants, ce qui était souvent une grande bénédiction pour nous deux. 

    J’ai été particulièrement marquée par une conversation. Une jeune fille s’est approchée de moi dans l’après-midi et m’a demandé si elle pouvait me parler. J’ai accepté et nous nous sommes assises dans l’herbe, à l’ombre d’un des arbres. Elle m’a raconté une partie de l’histoire de sa vie et m’a expliqué qu’elle hésitait beaucoup à accepter Jésus comme son Sauveur parce qu’elle ne se sentait pas prête. Après avoir écouté les messages au camp, parlé à l’orateur et à d’autres personnes, elle avait conclu que l’Évangile était beaucoup plus simple qu’elle ne le pensait, et elle voulait faire le pas d’accepter Jésus dans sa vie. 

    J’ai eu l’immense privilège de l’aider à faire cette prière ! Environ un mois plus tard, j’ai reçu une invitation à assister à son baptême. C’était un tel honneur d’y participer. 

    Une autre expérience étonnante s’est déroulée dans notre camp de jeunes. Le premier jour, l’orateur a souligné l’importance de partager avec les autres ce que nous vivons. Par le biais d’une activité interactive, il a montré que tout le monde est confronté à des difficultés, qu’il n’y a pas de ‘mal à ne pas aller bien’ et qu’il faut en parler avec d’autres pour être soutenu. Cela a été très enrichissant pour tous. 

    Parler avec les autres pour se soutenir mutuellement 

    J’ai été particulièrement surprise par la façon dont un petit groupe de garçons d’environ 13-14 ans s’est immédiatement mobilisé. Tous les participants devaient se lever à 7 h 15 pour le sport du matin. Mais à partir de ce jour et jusqu’à la fin du camp, ils se sont levés à 6 heures. Ils ont préparé leur maté, parlé de leurs difficultés, puis discuté des moyens de se soutenir mutuellement et d’atteindre leurs objectifs. 

    Voir les fruits de tout ce travail est extraordinaire, car avant les camps, toute l’équipe se sentait attaquée. J’ai dû faire face à de nombreuses difficultés, luttant à nouveau contre des choses que je pensais avoir déjà surmontées. Mais Jésus nous invite toujours à nous attendre à découvrir ce qu’il va faire ! 

    Je pense qu’un verset qui reflète assez bien ce que nous avons vécu pendant cette période est Jean 10,10 « Le voleur ne se présente que pour voler, pour tuer et pour perdre ; moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. » (TOB). 

    Au cours de cette période difficile, j’ai pu avoir un aperçu de la vie riche et abondante que Dieu a préparée pour nos jeunes et aussi pour moi. 

    —Valentina Kunze est la représentante des Jeunes Anabaptistes (YABs) pour l’Amérique latine. Elle est membre de l’église Konferenz der Mennonitengemeinden in Uruguay. 

    Cet article est adapté de la présentation qu’elle a donnée à Renouveau 2024, « Transformés, nous vivons ensemble Jésus » le 6 avril 2024 au Brésil. 


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  • Une collaboration mise en place en 2020 entre la Conférence Mennonite Mondiale (CMM) et Anabaptist Mennonite Biblical Seminary (AMBS) à Elkhart, Indiana (États-Unis) permet à des personnes du monde entier de se former à la pastorale anabaptiste et à la direction d’églises. 

    Grâce à des programmes existants et à de nouvelles initiatives, des pasteurs et des responsables d’églises suivent, dans leur pays d’origine, des cours d’études théologiques et bibliques, d’histoire de l’Église et de cours sur les ministères, avec ou sans unités de valeur, dispensés par AMBS. 

    César García (titulaire d’un doctorat), secrétaire général de la CMM, décrit cette collaboration comme une réponse à l’appel lancé en 2003 pour ‘mettre les dons en commun’ entre les églises membres de la CMM. AMBS appartient à Mennonite Church Canada et à Mennonite Church USA, deux des 108 églises membres de la CMM. 

    Grâce aux liens entre AMBS et la CMM, le séminaire a reçu un nombre croissant d’invitations de responsables d’unions d’églises à soutenir la formation de responsables anabaptistes dans leur contexte. Les églises membres de la CMM et d’autres organisations anabaptistes se sont jointes à AMBS pour répondre à ces invitations, ce qui a entraîné une mise en commun accrue des dons. La campagne « Forming Leaders Together » (Former Ensemble des Responsables) du séminaire a également contribué à financer cette collaboration. 

    Par exemple, en octobre 2023, Andi Santoso (titulaire d’un master – 2022), directeur régional pour l’Asie et le Moyen-Orient de Mennonite Mission Network (MMN, Réseau de Mission Mennonite), Joe Sawatzky (titulaire d’un doctorat), spécialiste du projet de collaboration sur la formation des responsables mondiaux de AMBS, également de MMN, et David Boshart, (titulaire d’un doctorat) président de AMBS, ont été invités à donner un cours de trois jours sur la formation des responsables à une trentaine d’étudiants de cinq unions d’églises anabaptistes d’Inde. Chaque union a envoyé deux femmes, deux hommes et au moins un jeune pour qu’ils soient formés à enseigner dans leur région à l’avenir. 

    « Nous avons testé le matériel avec les responsables à l’avance, puis nous l’avons révisé pour qu’il soit adapté au contexte, en prévoyant des espaces dans le programme d’études pour que les formateurs puissent y inclure des exemples tirés de leur contexte local », a déclaré David Boshart. « Ce support appartient désormais à ces églises, qui peuvent l’utiliser et l’adapter de la manière la plus utile dans leur milieu. » 

    Un partenariat formalisé en 2019 entre AMBS et Meserete Kristos Seminary (MKS : Séminaire mennonite éthiopien) à Bishoftu/Debre Zeit (Éthiopie) a aussi été renforcé par la relation d’AMBS avec la CMM. Ensemble, les responsables du MKS et de l’AMBS ont créé une version personnalisée du Master of Arts : Theology and Global Anabaptism (Maitrise : Théologie et anabaptisme mondial) pour former les responsables de l’Église Meserete Kristos. Les étudiants suivent une combinaison de cours semestriels en ligne et de cours intensifs à court terme adaptés au contexte éthiopien et dispensés en personne à MKS par des professeurs d’AMBS. Le programme compte 29 étudiants ; les sept premiers étudiants ont été diplômés en 2023. 

    « La collaboration avec les églises et de nouveaux responsables dans leur contexte affermit les membres de notre corps enseignant parce qu’ils acquièrent une exposition plus large et une appréciation de la communauté anabaptiste mondiale, en particulier dans le Sud global », a noté David Boshart. 

     — Annette Brill Bergstresser est responsable de la communication à l’Anabaptist Mennonite Biblical Seminary (AMBS), un séminaire situé à Elkhart, Indian, (États Unis), sur les terres ancestrales des Potawatomi et des Miami. AMBS propose un enseignement théologique sur le campus et à distance, ainsi qu’un large éventail de programmes d’enseignement à long terme, dans le but de former des disciples de Jésus-Christ à devenir des responsables de la mission de réconciliation de Dieu dans le monde. ambs.edu 


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  • Ê propos de la Commission Foi et Vie  

    Les paroisses anabaptistes du monde entier vivent leur foi de manière diverse, en faisant face aux difficultés et aux situations locales tout en adhérant aux Convictions Communes.  

    La Commission Foi et Vie permet aux églises membres de la CMM de recevoir et de donner des orientations sur la foi et les pratiques chrétiennes, ainsi que sur le témoignage anabaptiste dans le monde d’aujourd’hui. Cette Commission encourage les églises membres de la CMM à développer des relations de responsabilité mutuelle concernant les convictions qu’elles ont et la vie qu’elles mènent – localement, internationalement et inter-culturellement. 

    « La Commission Foi et Vie est un centre nerveux parmi d’autres, par lequel nous ne ‘construisons pas la koinonia’, mais entretenons l’unité créée par l’Esprit. Nous espérons ainsi, à notre petite échelle, non pas entraver, mais accélérer les signes que l’Esprit de vie envoie aux différentes parties du corps, ou de la mosaïque, pour mélanger les métaphores », déclare Thomas R. Yoder Neufeld, président de la Commission Foi et Vie.  

    Que fait la Commission Foi et Vie ? 

    Des membres de Foi et Vie et quelques autres représentants de la CMM ont entamé un dialogue avec la Communion Mondiale d’Églises Réformées (CMER). Après des années de préparation, ce processus a débuté en mars 2023 au Canada.  

    Les participants à ce dialogue ont collaboré à l’élaboration d’une déclaration pour le culte œcuménique de Zurich 2025, à Zurich (Suisse). Cette déclaration traitera des souvenirs du passé, de la déploration des divisions et des persécutions, de la gratitude pour les étapes vers la réconciliation, du désir de vivre dans l’unité et l’engagement à témoigner ensemble et à s’engager pour la justice et la paix.  

    « En 2023, nous avons publié le rapport sur le dialogue relatif au Baptême et incorporation dans le Corps du Christ, l’Église  (2020), ainsi qu’un guide d’étude de ce rapport, rédigé par Tom Yoder Neufeld. Nous continuons d’inviter les églises à étudier ce rapport et à envoyer leurs réponses d’ici novembre 2024 », dit Anicka Fast, secrétaire de la Commission Foi et Vie. 

    L’année dernière, Foi et Vie a publié des témoignages sur l’insertion dans la tradition anabaptiste mondiale et sur les difficultés que pose l’unité dans nos différentes régions. Ces récits favorisent des initiatives visant à aider les Églises membres à vivre l’unité dans un monde de plus en plus polarisé. 

    En 2023, les Réseaux anabaptistes mondiaux pour l’Éducation (GAEN) ont établi un partenariat avec la Commission Foi et Vie, et deux de leurs membres sont devenus membres de la Commission, sous réserve de l’approbation du Conseil Général de 2025.  

    « Les réseaux d’éducation sont essentiels pour transmettre les ressources de la Commission Foi et Vie aux écoles membres du GAEN et pour soutenir son objectif de renforcer les églises par une formation à la foi centrée sur le Christ », explique Anicka Fast. 

    Objectifs pour l’année à venir 

    Dans la perspective de la commémoration des 500 ans de l’anabaptisme en 2025, Foi et Vie prépare des ateliers pour les réunions du Conseil Général en Allemagne en mai 2025. Les documents concernant ces ateliers seront mis à la disposition de toutes les églises après les réunions. 

    L’un des thèmes principaux de ces ateliers sera le baptême, à la fois parce que c’est le 500e anniversaire du premier ‘baptême de croyants’ à Zurich, et parce que Foi et Vie a joué un rôle central auprès des Églises membres de la CMM en les aidant à utiliser les documents issus du Dialogue Trilatéral sur le baptême. 

    « Nous voulons surtout encourager nos églises à saisir cette occasion pour renforcer et approfondir notre compréhension et notre pratique du baptême, en particulier son rôle dans l’enracinement de notre vie de disciple », dit Thomas R. Yoder Neufeld. 

    Outre le baptême, la Commission propose deux sujets de plus en plus urgents : 

    • L’unité dans la diversité – continuer à travailler pour aider notre communion d’Églises à faire face aux défis réels d’être unis malgré une grande diversité.  
    • La protection de la création – face à la tension qu’entraîne la crise climatique, Foi et Vie considère qu’il est urgent d’aller au-delà des relations humaines. Des modes de vie durables sont une question de foi et de vie.  

    « Nous cherchons les moyens d’aider notre famille d’églises à s’engager avec la création, conformément au mandat de Dieu de la cultiver et de la garder dans Genèse 2,15. Nous publierons un bref document sur ce sujet cette année », dit Anicka Fast. 

    « Nous avons également écouté les membres de la Commission souligner l’importance de produire des ressources théologiques pour l’Église mondiale, qui répondent aux besoins ressentis, en particulier dans le Sud. Dans ce contexte, des discussions passionnées sur la manière de rendre disponibles ces ressources théologiques aux jeunes d’aujourd’hui ont lieu. Nous espérons y travailler en collaboration avec les GAEN et le groupe de travail pour la protection de la création », explique Anicka Fast. 

    « Essentiellement, nous aidons les églises à être fidèles à leur mission de disciple et à apprendre à vivre avec la diversité. Puisque l’Église est le projet de construction de la paix de Dieu, tout ce que nous faisons pour aider l’Église à être plus fidèle contribue à la construction de la paix. C’est ainsi que Foi et Vie vit le slogan de la CMM : Suivre Jésus, Vivre l’Unité et Construire la Paix », dit Thomas R. Yoder Neufeld. 


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  • «Ne vous conformez pas au monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait.» Romains 12/2 (TOB).

    Le nom que la Conférence mennonite mondiale a donné à une décennie d’événements régionaux autour du souvenir des cinq siècles de notre existence en tant que communauté spirituelle est «Renouveau».

    Nous envisageons ces dix années de commémorations en nous penchant sur notre histoire dans une perspective mondiale, œcuménique et transculturelle.

    Ces paroles de l’apôtre Paul nous aident à nous souvenir du passé et à regarder vers l’avenir.

    Nous rendons grâce à Dieu pour l’héritage de la foi que nous avons reçu.

    Mais nous nous présentons également devant le Seigneur dans un esprit de repentance et de renouveau, déterminés à tirer les leçons du passé pour grandir dans notre relation avec Dieu, ici et maintenant, et dans les années à venir.

    Transformation

    Nous découvrons comment notre tradition anabaptiste conçoit la vie de disciple : comme un processus continu de transformation.

    Premièrement : la transformation est un parcours au cours duquel nous laissons des éléments du passé derrière nous et en acquérons d’autres en cours de route.

    Elle implique un mouvement continu.

    Nous quittons constamment un endroit pour avancer vers un autre. Nous nous opposons à l’esprit religieux qui affirme la certitude absolue des doctrines, des dogmes et de l’éthique, mais nous affirmons la nécessité de renouveler notre esprit, en étant ouverts à la remise en question des convictions et de l’éthique, comme l’ont fait nos ancêtres spirituels au XVIe siècle.

    Deuxièmement, la transformation dans la Bible n’est jamais une expérience individualiste.

    Elle est toujours communautaire.

    Nous faisons cette expérience ensemble parce qu’elle exige le dialogue et l’interdépendance. La diversité des opinions de notre communauté nous permet de corriger la direction que nous prenons dans ce mouvement vers la transformation.

    Centrés sur Jésus

    Nos frères et sœurs nous aident à découvrir ce que nous devons changer, quitter ou inclure pour devenir comme Jésus.

    Cela nous amène au troisième commentaire biblique ou à la troisième composante de la transformation : la personne de Jésus.

    Tout changement n’est pas justifié.

    En tant que disciples de Jésus, nous ne pouvons pas approuver la transformation dans n’importe quelle direction.

    Pour être des disciples fidèles, nous devons adapter nos convictions et notre éthique pour qu’elles nous rendent semblables au caractère et à la personne de Jésus.

    Comme le dit Paul, «jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude.» (Éphésiens 4/13.)

    La transformation dans l’unité est un défi auquel le monde anabaptiste a toujours été confronté.

    Trop souvent, les mouvements de renouveau ont dû faire face à un rejet qui a entraîné des divisions.

    La transformation n’a pas toujours été orientée vers la personne de Jésus.

    Aujourd’hui, nous devons donc retrouver la vision de la Conférence mennonite mondiale : Nous voulons être une Église mondiale où nous suivons Jésus, vivons l’unité et construisons la paix.

    Nous sommes un corps de plus de 10000 assemblées locales réparties dans 110* unions d’églises à travers le monde, avec plus de 1,5 million de croyants baptisés.

    Nous avons besoin les uns des autres pour être transformés à l’image de Jésus.

    Tout en remerciant Dieu pour les opportunités de transformation, gardons également une attitude de repentance pour nos divisions.

    Demandons pardon pour notre hésitation à changer.

    Repentons-nous de notre orgueil et de l’attitude qui consiste à juger le processus de transformation des autres au lieu d’y participer avec amour et patience.

    Cherchons le renouveau à partir d’un cœur contrit qui reconnaît son besoin de transformation continuelle. Puissions-nous être transformés ensemble à l’image de Jésus.

    —César García est secrétaire général de la Conférence Mennonite Mondiale. Originaire de Colombie, il vit à Kitchener, Ontario (Canada).

    *Nombre d’églises membres de la CMM après les réunions du Comité Exécutif au Brésil, en avril 2024.


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  • Pays-Bas 

    Nous vivons dans une société – en Europe de l’Ouest – qui ne parle plus notre langue. Nous avons été la culture dominante pendant des siècles et des siècles… qu’il s’agisse de catholiques, de protestants ou de mennonites. Le langage chrétien, l’imagerie chrétienne, les normes et les valeurs chrétiennes étaient absolument dominants dans la culture néerlandaise. Et en l’espace d’une génération, tout cela a disparu. 

    Oh, bien sûr, la sécularisation existait déjà auparavant. Elle a commencé il y a quelques décennies. Et nous avons vécu dans ce milieu. 

    Nos églises ont toujours été petites, nos assemblées aussi. Nous aimons cela. Nous aimons nous connaître. 

    Mais il y a eu un tournant, apparemment. Et nous l’avons atteint sans nous en rendre compte. Certains d’entre nous ne le reconnaissent pas encore. 

    Il ne s’agit pas seulement de sécularisation. Il s’agit de toute une culture, avec toutes ses références, qui disparaît en un clin d’œil. 

    Mais voilà : les gens qui nous entourent ne nous comprennent plus et ne comprennent plus notre histoire. C’est comme la Pentecôte à l’envers. Nous parlons et racontons notre histoire, en utilisant le même langage que les gens qui nous entourent. Mais personne ne comprend ce que nous disons. Les mots que nous utilisons n’ont pas de sens – ou ont même un sens différent pour nos auditeurs. 

    Nous nous réveillons dans une réalité étrange. Incompréhensible. 

    C’est autre chose que le déclin. C’est un monde nouveau. 

    Et j’aime cela. 

    Nous n’en sommes plus à essayer de sauver ce qui était. Nous n’en sommes plus à essayer d’inverser le cours des choses. Nous sommes sur le point de nous réinventer, de réinventer nos églises, de réinventer nos récits. Nous sommes sur la voie de la découverte. 

    Il n’y a pas de position de repli. Même notre argent ne peut plus nous sauver. C’est très, très effrayant. 

    Et j’aime cela. 

    Exilés sur notre propre terre 

    Cela réduit tout à l’essentiel. Même l’Évangile. Nous devons le lire, l’étudier, le retrouver. Qu’est-ce qui a de la valeur ? Qu’est-ce que la vérité ? Qu’est-ce que la tradition ? Quelle histoire ? Quelles sont les réponses anciennes à des questions encore plus anciennes ? Et qu’est-ce qui nous parle encore aujourd’hui, à nos cœurs, à nos âmes ? Nous devons nous interroger sur nous-mêmes, sur nos motivations, sur nos confessions. Il n’y a pas de réponses faciles. 

    Et voilà ce qu’il en est. Maintenant, notre croissance doit être mesurée sur le plan spirituel. Non pas par des chiffres, mais par une gentille sagesse. Par notre humanité. Par notre communauté. 

    Nous devons aller en profondeur. Nous devons accepter de ne plus être chez nous sur cette terre, dans ce monde, dans cette langue, et faire le deuil de cette perte. 

    Et la Bible nous dira comment faire. 

    Nous l’avons déjà fait. Ê une autre époque, dans un autre lieu, dans une autre situation, mais avec le même problème. Nous sommes en exil sur notre propre terre et notre propre continent : « Les rivières de Babylone », même si nous sommes les seuls à comprendre cette référence (et nous ne parlons pas de la chanson de Boney M). 

    Et c’est là que nous trouvons de nouveaux chemins. 

    Nous ne parlons pas de notre foi aux gens. Nous la vivons. 

    Un monde différent. 

    Beaucoup de nos jeunes ont découvert l’Église par l’intermédiaire des les AKC – nos camps d’été. Pas un mot sur l’Évangile n’est prononcé pendant ces camps. Mais nous y créons un monde totalement différent de ce que ces enfants et ces jeunes connaissent à la maison ou à l’école. Un espace de ressourcement, sans pression ni jugement. Un espace où ils apprennent que les façons de faire du monde qui nous entoure ne sont peut-être pas la seule réponse. 

    Nous ne poussons pas, nous ne faisons pas la morale. Nous nous amusons, nous ouvrons un nouvel espace pour eux … et nous attendons. 

    Ê un moment donné, ils deviennent curieux. Ils commencent à poser des questions : Qu’est-ce qui est si différent ici ? Et pourquoi ? 

    Dans la broederschapshuis où je travaille, toutes sortes de personnes viennent et restent. Nous ne partageons pas notre foi, sauf si on nous le demande. Mais nous demandons à tout le monde de se rencontrer, de travailler ensemble, de faire partie de notre communauté pendant leur séjour. 

    En faisant la vaisselle ensemble, nous rencontrons Dieu – ou du moins sur des questions à propos de Dieu. Dans chaque question, nous essayons de trouver quelque chose à apprendre. 

    Nous n’avons plus les réponses. Mais les questions de personnes qui ne connaissent pas Dieu ou la foi nous montrent notre chemin. 

    Je suis touchée lorsqu’un jeune bénévole de notre broederschapshuis visite notre église pour la première fois, trouve le courage de se lever et de témoigner : « Il y a quelque chose ici. Je n’ai pas encore les mots pour le dire, mais je le ressends maintenant dans mon cœur ». 

    Dans notre situation, voilà un témoignage de foi. Parce que c’est vrai : nous n’avons pas les mots. Et pourtant. 

    Notre croissance ne sera pas axée sur les chiffres, mais sur le fait d’être ‘humain-avec-Dieu’. Notre mission consiste à trouver notre propre chemin. Et ce faisant, nous essayons de le vivre. 

    Les gens le remarquent. Les gens posent des questions. Nous essayons d’y répondre et nous échouons. Et c’est là toute la beauté de la chose. C’est ce qui maintient la conversation, le processus d’apprentissage. 

    Nous grandirons en ne sachant pas du tout. Et nous nous en accommoderons en hésitant un peu. 

    Grâce soit rendue à Dieu. 

    —Wieteke van der Molen est pasteure et directrice spirituelle au sein de l’Algemene Doopsgezinde Sociëteit (Eglise mennonite néerlandaise). Elle est co-directrice de Dopersduin, une Broederschapshuis mennonite (maison communautaire) et un centre de retraite à Schoorl, aux Pays-Bas. 


    Courrier 39.2&#

    two children in hoodies with arms around each other
  • Pourquoi l’Église Meserete Kristos est-elle l’Église mennonite qui connaît la plus forte croissance ?

    L’Éthiopie est une nation multiethnique, multireligieuse et multilingue de plus de 120 millions d’habitants, soit le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Située au nord-est de l’Afrique, l’Éthiopie est un pays enclavé.

    Les puissances européennes n’ont pas colonisé l’Éthiopie. Cependant, des conflits internes ont déchiré le pays et l’ont morcelé selon des critères ethniques, religieux et géographiques. Les guerres civiles ont anéanti l’économie du pays. Les conflits ethniques et religieux ont endommagé les liens sociaux entre les différents groupes de population et ont intensifié la peur ; l’intolérance et la vengeance font partie de la vie de la population. Certains pensent que la pauvreté, la guerre et la famille sont les symboles de l’Éthiopie.

    Pourtant, les personnes qui ont perdu espoir retrouvent un sens à leur vie et une perspective lorsqu’elles se tournent vers le Créateur du ciel et de la terre. Lorsque des personnes croient en Jésus-Christ, elles reçoivent non seulement l’espoir de la vie éternelle, mais aussi un nouveau regard sur leur difficile situation, leur permettant de mettre en place de meilleurs mécanismes d’adaptation.

    Notre compréhension de la croissance de l’Église

    Pour l’Église Meserete Kristos (MKC) la croissance de l’Église a deux dimensions.

    D’abord, la croissance de l’Église est une augmentation numérique des membres. Les assemblées sont appelées à ajouter de nouveaux croyants tous les ans, comme cela se pratiquait dans l’Église primitive (Actes 2/47).

    Le second aspect de la croissance de l’Église se manifeste par la maturité de la vie spirituelle des croyants. Les croyants qui portent les fruits de l’Esprit dans leur vie et suivent les traces du Christ exercent une influence positive sur la société. Lorsque des personnes annoncent l’Évangile à d’autres par leurs pratiques, la possibilité d’une réponse positive au message augmente.

    Il existe une corrélation entre la croissance spirituelle de chaque chrétien et la croissance de l’Église.

    Stratégies de croissance de l’Église

    Dans les pages qui suivent, nous décrirons les dix stratégies/principes qui ont permis à la MKC de connaître une croissance rapide au cours de la période post-communiste (1991-2024).

    1. Des prières ferventes

    La MKC a utilisé la prière comme une arme spirituelle pour vaincre le pouvoir du diable et libérer les gens de l’esclavage du péché. Dans la prière, nous parlons à Dieu et écoutons ce qu’il nous dit.

    Dans toutes les assemblées de la MKC, les équipes de prière prient pour le ministère de l’Église, en fonction des thèmes qui leur sont donnés. Les équipes prient pour que l’Eglise surmonte le pouvoir du mal qui empêche les gens d’entendre et de croire en l’Évangile de Jésus-Christ.

    Des réunions de prière qui durent toute la nuit rassemblent tous les membres de la paroisse. Les pasteurs à plein temps consacrent beaucoup de temps à la prière. Les responsables d’églises prient avant les réunions de travail.

    Les chrétiens prient en croyant que Dieu les écoute et répond à leurs prières selon sa volonté.

    Au siège de la MKC, une équipe de prière nationale se réunit chaque mois pendant une journée pour prier que Dieu aide l’Église à atteindre les peuples qui ne connaissent pas la bonne nouvelle de Jésus-Christ.

    De nombreuses assemblées prient pour le salut des gens par l’Évangile de JésusChrist en utilisant différentes approches.

    Certaines assemblées locales prient pour les non-chrétiens au cours des cultes le dimanche. Par exemple, Tabour MKC dans la ville de Hawassa, dans le sud de l’Éthiopie, a préparé des affiches sur plusieurs groupes ethniques, et chaque semaine, l’affiche d’un des groupes ethniques figure sur le devant de la scène de l’église. Toute la communauté prie pour ce groupe ethnique pendant 5 à 10 minutes.

    2. Appeler de nouvelles personnes à croire en Jésus

    « Cher prédicateur, lorsque vous terminez votre sermon, n’oubliez pas d’inviter de nouvelles personnes à accepter le Seigneur. » 

    Dans chaque assemblée locale de la MKC, après le sermon du culte du dimanche, le prédicateur invite de nouvelles personnes à accepter le Christ comme leur Sauveur et Seigneur. La MKC croit que le Saint-Esprit touche le cœur des gens et les convainc de péchés pour qu’ils se repentent et croient en Jésus. Par conséquent, les prédicateurs sont des canaux pour l’action du Saint-Esprit.

    De nombreuses personnes se tournent vers Jésus chaque dimanche. L’assemblée emmène ces nouveaux croyants dans la salle de prière afin de prier pour eux. Les évangélistes prennent leur adresse et leur numéro de téléphone pour assurer le suivi. Ensuite, ils rejoignent le groupe des nouveaux croyants pour apprendre les doctrines chrétiennes de base. Une fois baptisés, le département d’évangélisation les remet au département pastoral pour qu’il leur fournisse les services pastoraux appropriés.

    Il convient de noter que le fait d’appeler des personnes depuis la chaire sans que soient présentes de nouvelles personnes (non-croyantes) dans l’église n’a aucun sens. Les assemblées rappellent aux membres d’inviter et d’amener leurs amis, les membres de leur famille ou leurs collègues au culte du dimanche.

    Le pasteur Deneke Hussein, secrétaire général de la région de la MKC du sud de l’Éthiopie, cite une expérience récente : Après le culte dominical, il est sorti et a vu une femme triste. Il a senti que le SaintEsprit le guidait à parler à cette femme. Il l’a saluée et lui a demandé : « Vous avez l’air malheureux, que s’est-il passé ? » La femme a répondu : « J’étais désespérée par la vie et je suis venue à l’église pour entendre la Parole de Dieu. J’ai entendu le message et j’ai été encouragée. Cependant, personne ne m’a parlé »

    Le pasteur Deneke s’est rendu compte que le prédicateur n’invitait pas les gens à accepter le Christ comme leur Sauveur et Seigneur personnel. Il a emmené cette dame dans la salle de prière et lui a demandé ouvertement d’accepter le Christ. Elle a accepté le Christ, on a prié pour elle et elle a été mise en contact avec l’évangéliste de l’assemblée pour un suivi ultérieur.

    Un pasteur de l’ouest de l’Éthiopie déclare : «Après qu’un prédicateur a prêché l’Évangile dans un lieu où de nombreuses personnes se sont rassemblées, ne pas appeler les personnes qui veulent croire au Seigneur Jésus, c’est comme planter une graine et refuser de récolter le fruit une fois qu’il a mûri.»

    3. Rester petit tout en se grandissant

    Photo : Liesa Unger

    Selon la politique de la MKC, une assemblée atteignant plus de 1 000 membres doit être divisée en deux petites assemblées1 . D’un point de vue pratique, les petites églises (moins de 1 000 membres) peuvent fournir des services efficaces à leurs membres. Les membres de la paroisse se connaissent et peuvent vivre une véritable communion fraternelle.

    Une église mère nourrit la nouvelle paroisse fille pour qu’elle devienne une paroisse à part entière. Ensuite, elles continuent à se développer pour donner naissance à d’autres paroisses.

    Le pasteur Sebrela Kedir, directeur du ministère pastoral de la MKC, explique que lorsque des assemblées comptent un grand nombre de membres, elles ne peuvent pas fournir de services pastoraux appropriés aux membres et les mobiliser vers un objectif commun. «Un pasteur ne peut nourrir et protéger correctement le troupeau que lorsque le nombre de membres est raisonnable. Si la paroisse est trop grande, certains membres se perdent.

    «En gardant une taille raisonnable, la MKC croît en qualité et en quantité. Les disciples du Christ partagent fidèlement l’Évangile avec d’autres», ajoute-t-il.

    4. La responsabilité de partager l’Évangile

    Toute personne qui a goûté à la bonté de Jésus devrait en faire part aux autres.

    La MKC déclare clairement que la raison d’être de l’Église est de prêcher l’Évangile de Jésus-Christ à tous les peuples et en faire des disciples du Christ. La Constitution de la MKC mentionne la participation des membres de l’Église à son ministère holistique en la servant par les dons spirituels qui lui sont accordés, la prière, les conseils/consultations professionnelles, le travail, la sagesse et les contributions financières2 .

    Avant de devenir membres de l’Église par le baptême d’eau, on apprend aux nouveaux chrétiens ce que l’Église attend d’eux une fois qu’ils sont devenus membres à part entière.

    L’un des sujets abordés est le concept d’amener d’autres personnes à croire au Christ. La paroisse s’attend à ce que les nouveaux croyants amènent d’autres personnes au Christ comme ils ont euxmêmes été amenées au Christ. Elle les encourage à partager avec d’autres personnes la bonté de Jésus dont ils ont fait l’expérience dans leur vie. Dire aux autres ce que Jésus a fait pour eux ne nécessite pas de formation théologique.

    5. La mise en œuvre d’un plan stratégique adapté au contexte

    Dans toute la MKC, les gens parlent désormais le même langage ‚Äî l’Objectif 2819 est notre priorité.

    Dans le plan stratégique que la MKC a préparé et mis en œuvre en 2022, elle a établi une feuille de route pour soutenir sa croissance. Sa mission a été révisée pour préciser qu’elle est une Église missionnaire/ évangéliste. Elle indique : «La raison d’être de la MKC est de prêcher l’Évangile de Jésus-Christ à tous les peuples et en faire des disciples du Christ».3

    Pour inculquer cela aux membres de l’Église, celle-ci a préparé des présentations sur Matthieu 28/19 ‚Äî Objectif 2819, et des sessions de sensibilisation ont été organisées dans toutes les régions de la MKC. Ce qui a incité ses responsables et ses membres à se concentrer sur la prédication de l’Évangile et à amener les gens à croire en Jésus-Christ. Le président de la MKC a consacré beaucoup de temps à transmettre ce message à toutes les assemblées de la MKC afin d’atteindre ces objectifs.

    Le plan stratégique a également défini des indicateurs spécifiques pour suivre les progrès de l’Église vers une croissance annuelle de 10 % du nombre de membres. Le plan stratégique a permis à l’Église de mobiliser des ressources pour atteindre les objectifs fixés. Par-dessus tout, les dirigeants de l’Église ont réalisé qu’ils existaient pour prêcher l’Évangile et faire de ceux qui croient des disciples du Christ.

    Le pasteur Dessu Abebe, secrétaire général de la région de Nekemte MKC, a déclaré que l’orientation définie par le plan stratégique était très pertinente. Il l’a lu à plusieurs reprises pour le mémoriser, car s’il n’est pas mis en œuvre, l’objectif pour la région échouera.

    «J’ai convoqué les pasteurs principaux et le président du conseil des anciens de toutes les assemblées locales de ma région pour trois jours de formation sur le plan stratégique. J’ai fait de mon mieux pour les aider à comprendre». Il a souligné que la formation ne suffisait pas à elle seule pour bien comprendre.

    Lorsqu’il rencontre les pasteurs principaux lors des sessions de révision trimestrielles, il réactualise le plan stratégique et il les écoute pour comprendre leurs difficultés, leurs préoccupations et leurs succès. Le pasteur Dessu admet que le plan stratégique est difficile et demande beaucoup de travail. Deux des principaux pasteurs de sa région ont démissionné parce qu’ils ont reconnu qu’ils n’avaient pas les compétences nécessaires pour mettre en œuvre le plan stratégique.

    La région de Nekemte de la MKC a pu identifier des districts où il n’y avait pas de paroisse de la MKC. «Nous en avons implanté dans trois de ces districts. Nous n’avions jamais pensé ainsi auparavant. Le plan stratégique nous a guidés vers les endroits où nous devions nous focaliser».

    «Le plan stratégique nous a aidés à avoir une vue d’ensemble de la direction que prend la MKC et de notre r√¥le spécifique en tant qu’assemblée locale», a déclaré le pasteur Shambel Genene, pasteur principal de la paroisse Asella MKC. Elle était déjà engagée dans l’évangélisation des musulmans avant même l’introduction du plan stratégique. Aujourd’hui, «nous avons aligné nos activités d’évangélisation sur le plan stratégique de l’assemblée afin d’apporter notre contribution à la réalisation des objectifs communs».

    6. Ordonner des évangélistes dans les assemblées

    Chaque église locale de la MKC doit avoir au moins un évangéliste qui se consacre à la prédication de la Parole de Dieu et qui amène les gens à la foi en Jésus-Christ.

    Il y a deux décennies, les évangélistes faisaient le travail du pasteur. La MKC a révisé le cahier de charges concernant leur ministère pour que les évangélistes soient libérés du travail pastoral et se concentrent sur l’évangélisation.

    Dans une assemblée, l’évangéliste annonce la bonne nouvelle de Jésus Christ et doit être un modèle. Il/elle est également chargé de motiver et d’équiper les membres pour qu’ils participent activement à l’évangélisation et à l’implantation de nouvelles églises. Il/elle rend compte de ses réalisations en matière d’évangélisation au pasteur principal et au conseil des anciens tous les trimestres.

    Ayalew Balcha est dipl√¥mé du séminaire de Meserete Kristos et a été ordonné évangéliste à Akaki MKC. Il affirme que les assemblées ont besoin d’évangélistes pour proclamer l’Évangile aux non-croyants. Il coordonne le ministère d’évangélisation des assemblées locales et la mobilise pour l’évangélisation.

    Il a une équipe d’évangélisation ‚Äî un groupe d’action ‚Äî qui va chaque mois dans les rues, de village en village, et qui annonce la bonne nouvelle de JésusChrist à tous ceux qu’elle rencontre.

    L’année dernière, 19 nouveaux croyants étant venus à la foi de cette manière ont été baptisés et sont devenus membres d’une paroisse. «Nous prions et travaillons dur pour gagner davantage d’√¢mes au Christ cette année», a-t-il déclaré.

    7. Mobiliser les ressources locales

    « Nos ressources sont les personnes qui sont dans la paroisse. »

    La plupart des membres de la MKC ne sont pas riches. Nous avons plusieurs assemblées dans des zones rurales où est pratiquée une agriculture de subsistance. En raison du changement climatique, des conflits, du type d’agriculture traditionnel, de l’accès insuffisant aux semences améliorées et aux engrais, et d’autres facteurs, ils ne peuvent pas améliorer leurs revenus.

    La plupart d’entre eux sont des paysans qui travaillent dur qui contribuent aux besoins de l’assemblée par la dîme, les offrandes, les dons exceptionnels et les dons d’amour. Ils sont pauvres mais suffisamment généreux pour soutenir le ministère de l’assemblée.

    Les employés et les hommes d’affaires ayant des revenus réguliers paient leur dîme tous les mois.

    Les assemblées locales collectent également des offrandes pour l’évangélisation et la mission. Dans certaines assemblées, les groupes d’étude biblique organisés par l’assemblée versent de l’argent au fonds de mission de la MKC.

    Birru Robele, l’un des principaux dirigeants de la MKC, collecte les contributions mensuelles des membres de son groupe d’étude biblique et les remet à l’assemblée de Misrak d’Addis-Abeba. Elle soutient plus de 130 implanteurs d’églises dans différentes régions du pays ayant un salaire mensuel d’environ 50 USD.

    Certaines personnes ne peuvent pas continuer à travailler après avoir cru en Jésus-Christ parce que ces emplois sont incompatibles avec les enseignements bibliques. Il s’agit notamment de femmes qui se prostituaient ou produisaient et vendaient de boissons alcoolisées locales. Réhabiliter et changer leurs sources de revenus demande de l’argent.

    Le pasteur Bekele Bajira, pasteur principal de Bordi Nekemte MKC, a déclaré que trois prostituées sont venues au Seigneur gr√¢ce à la campagne d’évangélisation. Elles ont suivi l’enseignement chrétien de base et ont été baptisées. Plus tard, ces femmes lui ont dit qu’elles n’avaient plus de nourriture parce qu’elles avaient cessé leur précédent travail. Lorsque le pasteur Bekele a raconté leur histoire à l’assemblée, les membres ont apporté une contribution financière qui a suffi à les aider à démarrer d’autres petites entreprises.

    «Si nous présentons réellement les besoins à satisfaire pour faire avancer la cause de l’Évangile, les croyants sont prêts à donner ce qu’ils ont», dit le pasteur Bekele.

    8. Parler la langue de la population

    Photo : Liesa Unger

    La politique de la MKC stipule que l’évangile doit être prêché et enseigné dans la langue locale. Puisque le but de l’Église est d’aider les gens à entendre l’Évangile, à croire au Christ et à devenir ses disciples, elle prêche et enseigne la parole de Dieu dans la langue préférée par les populations. Le plus souvent les gens ouvrent leur cœur lorsqu’ils entendent l’Évangile dans leur propre langue.

    Dans une société où la question de la langue est sensible, permettre aux personnes d’apprendre l’Évangile dans leur propre langue les aide à ne pas associer les ministères de l’Église à la politique.

    La MKC prépare et met à disposition du matériel d’évangélisation et de formation de disciples en différentes langues. Nous encourageons les croyants qui se sentent appelés au ministère à être multilingues. La connaissance de plusieurs langues ouvre la porte au ministère et à l’implantation d’églises dans différentes cultures.

    Le pasteur Firew Lemma, du département de l’éducation et de la formation au siège de la MKC, s’est récemment rendu à Tigray, dans le nord de l’Éthiopie, pour former des responsables d’églises. Ayant appris leur langue dans sa famille, il a salué les participants en tigrigna et a observé l’expression chaleureuse et accueillante de leur visage. Ils ont été surpris qu’il parle leur langue.

    Parler la langue des personnes que nous servons est essentiel pour communiquer clairement l’Évangile et développer de bonnes relations, dit le pasteur Firew.

    9. Placer des implanteurs dans des communautés sans églises

    «Travaille la terre avec les bœufs de ta région».

    La MKC recrute, forme et place des implanteurs d’églises dans leur propre culture. Étant donné que les implanteurs d’Églises connaissent la culture et ont déjà établi des liens, ils peuvent facilement annoncer l’Évangile de Jésus-Christ.

    La MKC envoie des implanteurs d’églises dans plusieurs contextes : fortement orthodoxes, musulmans et croyances traditionnelles. Wendimu W. Mariam, coordinateur de mission au siège de la MKC, dit que les implanteurs d’églises dans le contexte où les croyances et les pratiques traditionnelles sont prédominantes ont de meilleurs résultats que dans les autres contextes. Dans les communautés qui pratiquent les croyances traditionnelles, si un chef important se convertit au Christ, de nombreux membres de la communauté le suivent et croient en Jésus.

    Dans ce contexte, «nos implanteurs d’églises prient et travaillent pour conduire les gardiens de la communauté au Christ. Une fois qu’ils sont venus à Jésus, il est facile d’amener d’autres personnes au Christ», explique Wendimu.

    10. Suivre la direction de l’Esprit Saint

    La MKC enseigne ce qu’est le Saint-Esprit et affirme que les croyants devraient être capables de vivre une vie chrétienne victorieuse et de témoigner du Christ. Les croyants sont encouragés à écouter les conseils du Saint-Esprit pour discerner la volonté de Dieu dans leur vie. Les pasteurs à plein temps et les responsables des paroisses prient pour que les croyants soient fortifiés par le Saint-Esprit.

    Sur le champ de la mission, la dépendance des implanteurs d’églises à l’égard de la direction du Saint-Esprit a une influence sur leur travail.

    Les implanteurs d’églises qui prient pour les malades et annoncent la Parole de Dieu selon les directives de l’Esprit conduisent plus de personnes au Christ que ceux qui ne le font pas. Lorsque l’Évangile est prêché/ annoncé avec puissance (démontrée par la guérison des malades, le rétablissement de la santé mentale, la libération de la peur des mauvais esprits et le sentiment de la présence de Dieu), les gens sont motivés pour croire en l’Évangile.

    C’est différent de ce que font certains ‚Äòfaiseurs de miracles’ à la télévision. La MKC n’organise pas de réunions de guérison, mais des événements pour prêcher la parole de Dieu. Là, le Saint-Esprit fait les choses selon la volonté de Dieu.

    Les implanteurs d’église ne se concentrent pas sur les miracles, mais sur le fait d’aider chacun à comprendre l’Évangile. Les miracles se produisent lorsqu’ils prient pour les besoins. Dieu confirme la puissance de l’Évangile en libérant les gens de tout ce qui les empêche de connaître le plan de Dieu pour leur vie.

    En conclusion, Dieu attire de manière unique les hommes et les femmes dans son Royaume au sein d’intenses bouleversements politiques, sociaux et économiques dans le pays.

    La croissance de l’Église Meserete Kristos montre que les conditions sur terre n’empêchent pas l’expansion du Royaume de Dieu. L’ampleur et la profondeur des problèmes dans notre contexte auraient pu détruire l’Église. Les forces du mal qui tentent de créer des obstacles à l’évangile sur terre n’ont pas réussi. Notre Dieu qui est sage a utilisé les nombreuses souffrances pour conduire des multitudes vers son Royaume.

    Dieu fait son œuvre. Nous, les enfants de Dieu, devons apporter l’Évangile à tous. Nous pouvons participer à la grande mission de Jésus-Christ en donnant notre argent, notre travail, nos connaissances, notre temps, nos talents, et tout ce que nous avons, et en faire une priorité.

    La principale raison de la croissance de la MKC est que nous avons fait de l’appel missionnaire notre priorité absolue et que nous donnons ce que nous avons pour cette cause. .

    Notes
    1. MKC Constitution Part II, Article 11(2), 2022
    2. MKC Constitution Part II, Article 10(1), 2022, page 8.
    3. MKC Strategic Plan 2022-2026.


    Courrier 39.2&#

  • Inspiration et réflexion

    Perspectives

    Resources

    Secrétaire Général


    Partager le pain de vie

    «Toute personne qui a découvert la bonté de Jésus devrait en faire part aux autres»

    L’évangélisation est un mot qui fait peur à beaucoup d’entre nous ; mais ce simple conseil offert par des pasteurs éthiopiens simplifie la tâche. Bien que nous ayons tous la responsabilité de partager l’Évangile, c’est le Saint-Esprit qui change les cœurs. Notre travail consiste simplement à parler de notre expérience de la bonté de Dieu.

    Dans ce numéro du Courrier, nous publions des récits de paroisses qui grandissent de différentes manières. L’équipe de responsables des assemblées Meserete Kristos (MKC) partage sa stratégie en 10 étapes concernant leur croissance.

    L’assemblée locale d’Anolaima (Colombie), est une bénédiction pour les arbres, l’herbe et les oiseaux, plantant des graines d’évangile dans le cœur des visiteurs de leur «Igle-Parque».

    Et aux Pays-Bas, un centre de retraite mennonite et un réseau de camping qui y est associé vivent des vies transformatrices dans la communauté, en accueillant les interrogations et en laissant Dieu y répondre.

    Vous trouverez également des témoignages de l’événement ‘Renouveau 2024’ à Curitiba (Brésil) : Transformés, ensemble nous vivons Jésus. En Indonésie, au Zimbabwe et en Uruguay, lisez comment les églises favorisent la croissance de la foi lorsque nous suivons Jésus et parlons ce que nous avons vécu.

    Dans nos articles ‘Ressources’, vous découvrirez des informations intéressantes sur le 500e anniversaire de l’anabaptisme, qui sera célébré prochainement. Enfin, nous avons besoin de votre avis!

    Comment les témoignages que vous avez lus dans Courrier vous ont-ils touché ? Comment avezvous fait connaître ces témoignages dans votre communauté d’églises au sens large?

    Nous souhaitons connaître votre opinion sur ce que vous trouvez de plus intéressant dans Courrier. Merci de scanner le QR code ci-dessous ou de visiter [URL] pour répondre à notre enquête. Elle ne vous prendra que cinq minutes, mais votre réponse aidera la CMM à faire en sorte que Courrier soit pertinent pour vous et votre paroisse. Nous vous remercions de votre aide.

    —Karla Braun est rédactrice, auteure et coordinatrice du site Internet de la CMM. Elle vit à Winnipeg, Manitoba, Canada.

    Courier magazine cover - A crowd of people
  • La crise environnementale et notre mission de protection de la création 


    Un mot d’encouragement de la part de la Commission Foi et Vie de la CMM et du groupe de travail pour la protection de la création. 

    Partie 1 sur 2 

    Il est de plus en plus urgent de « Protéger la création ». 

    L’actualité nous rappelle quotidiennement les changements alarmants de notre climat. Comme le montre l’enquête du groupe de travail pour la protection de la création, nos sœurs et nos frères de la famille mondiale de foi subissent sécheresses, inondations, tempêtes destructrices, incendies, famines et ravages causés par les guerres. Diverses espèces sont menacées, voire en voie d’extinction. 

    Nous sommes témoins d’une épouvantable violence infligée à la création bien-aimée de Dieu. Et nous nous rendons de plus en plus compte à quel point nous sommes liés à ce mal, à la fois en tant que pécheurs et en tant que victimes du péché. 

    Comment réagir ? 

    Nos réponses dépendront sans doute de l’endroit où nous vivons, de nos ressources, de la profondeur de notre foi, de notre théologie et de notre volonté de répondre à l’appel. Cependant, nous nous devons de répondre, que nous vivions dans le Nord, qui est en très grande partie responsable de cette crise, ou dans le Sud, qui en subit une très grande partie des conséquences.  

    Nous vivons dans un monde qui subit les effets du péché humain depuis Eden. Il a brisé notre relation avec Dieu, avec les autres et avec la création dans toute sa diversité. Mais nous vivons aussi dans un monde où l’Esprit bienveillant et libérateur de Dieu opère une « nouvelle création » par et dans le Christ (2 Corinthiens 5,17). 

    Qu’est-ce que cet Esprit nous dit aujourd’hui ? 

    Les Convictions communes et la protection de la création.  

    Une des façons qu’utilise l’Esprit pour nous parler est de nous rappeler les Convictions Communes de la CMM. Malgré nos nombreuses différences, elles nous rappellent que nous partageons une base qui nous permet de répondre en tant que famille de foi à la crise environnementale. 

    Voici quelques implications des convictions que nous partageons : 

    Convictions communes #1 : Dieu est pour nous Père, Fils et Saint-Esprit, le Créateur qui cherche à restaurer l’humanité déchue en appelant un peuple à lui être fidèle dans la fraternité, le culte, le service et le témoignage. 

    D’un point de vue biblique, l’action restauratrice de Dieu dans la Conviction n° 1 englobe « tout ce qui est dans les cieux et sur la terre » (Éphésiens 1.10). Dieu désire restaurer non seulement « l’humanité déchue », mais aussi les écosystèmes qui souffrent des effets de notre chute. 

    En effet, Dieu désire nous sauver de notre violence et de notre insensibilité à l’égard de sa création bien-aimée, afin que nous puissions nous joindre à lui pour prendre véritablement soin de la création en détresse. Nous ne serons pas sauvés par nos œuvres en tant que gardiens de la création, mais nous sommes « sauvés par la grâce » pour les bonnes œuvres, ce qui inclut la protection de la création. (Éphésiens 2,8-10.) 

    Convictions communes #2 : Jésus est le Fils de Dieu. Par sa vie et ses enseignements, sa mort en croix et sa résurrection, il nous a montré comment être des disciples fidèles, il a racheté le monde et il lui donne la vie éternelle. 

    Le « monde » qui est « racheté » par Jésus Christ est un « monde » qui englobe toute la création. C’est parce que Dieu a tant aimé le cosmos (Jean 3,16) que Dieu « réunit l’univers entier » en Christ, ce qui est dans les cieux et sur la terre (Ephésiens 1,10). C’est ce Jésus qui aime le cosmos en entier qui nous montre comment être des disciples qui aiment sa création.  

    Convictions communes #3 : Nous sommes une Église : une communauté composée de ceux que l’Esprit de Dieu appelle à se détourner du péché, à reconnaître Jésus-Christ comme Seigneur, à recevoir le baptême sur confession de foi et à suivre Christ dans leur vie. 

    Nous entendons l’Esprit nous appeler à répondre à la souffrance de la création par la repentance, en nous détournant de la cupidité et de nos ambitions égoïstes. Reconnaître que le Christ est seigneur est un fondement solide pour notre appel missionnaire à prendre soin de la création. 

    Puisque le Christ est Seigneur, l’intégralité du cosmos est un terrain où Dieu poursuit sa mission de rachat, de rédemption et de création. Suivre Christ dans sa vie, c’est participer à cette mission, en vivant simplement, en réduisant l’impact de notre consumérisme sur notre environnement, en défendant les plus vulnérables et en répondant concrètement à leurs souffrances. 

    Convictions communes #4 : Nous sommes une communauté des croyants, nous reconnaissons que la Bible fait autorité pour nous en matière de foi et de vie ; nous l’interprétons ensemble sous la direction de l’Esprit Saint, à la lumière de Jésus-Christ, pour discerner la volonté de Dieu afin d’y obéir. 

    Le Jésus Christ que nous rencontrons dans la Bible est celui par qui tout a été créé — tout, et pas seulement les êtres humains (Jean 1,3 et Colossiens 1,16). Il est vraiment la « lumière du cosmos » (Jean 9,12). Ce mystère profond doit impacter notre vie de disciple (Jean 3,21 

    Convictions communes #5 : L’Esprit de Jésus nous rend capables de faire confiance à Dieu dans tous les domaines de la vie, de sorte que nous devenons artisans de paix renonçant à la violence, en aimant nos ennemis, en recherchant la justice et en partageant nos biens avec ceux qui sont dans le besoin. 

    Nous reconnaissons que la violence fait intrinsèquement partie de l’exploitation des ressources naturelles, les puissants revendiquant les terres et les ressources et cherchant à faire taire les voix qui s’élèvent pour s’y opposer. Ceux qui protègent et défendent l’environnement sont persécutés et tués dans des proportions jamais vues auparavant dans le monde entier. 

    Aujourd’hui, protéger la création nous oblige, en tant que corps du Christ, à dénoncer l’injustice et la violence en étant solidaires des plus vulnérables. La protection de la création et la recherche de la justice sont inséparables. 

    Convictions communes #7 : Nous sommes une communauté mondiale de foi et de vie : nous dépassons les frontières de nationalité, de race, de classe, de sexe et de langue. Nous cherchons à vivre dans le monde sans nous conformer aux puissances du mal, à témoigner de la grâce de Dieu en servant les autres, à prendre soin de la création et à inviter tout être humain à connaître Jésus comme Sauveur et Seigneur. 

    Dans cette conviction, nous affirmons clairement que la protection de la création est au cœur même de la mission de l’Église, qui est de « témoigner de la grâce de Dieu ». En outre, en tant que « communauté mondiale de foi et de vie », transcendant les frontières géographiques, politiques et économiques, nous avons d’innombrables opportunités pour collaborer et répondre au grave défi que représente la protection de la création. 

    Nous rendons grâce pour les collaborations déjà en cours. 

    C’est au Seigneur qu’appartient le monde avec tout ce qu’il contient, la terre avec ceux qui l’habitent. Psaumes 24,1 


    La deuxième partie sera publiée le mois prochain :


  • « […] appliquez-vous à garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix. » Ephésiens 4,3 

    Une communauté mondiale, 109 unions d’églises, 58 pays, près de 10 000 paroisses, 1,4 million de membres, 45 langues : est-ce possible que tous puissent être un jour unis ? 

    L’Église est souvent appelée le corps du Christ. Un corps humain a besoin de différents organes pour fonctionner. Il en va de même pour l’Église : il faut de la diversité pour fonctionner, pour être une entité à part entière. 

    Il en va de même pour la communion mondiale. Selon leur place dans le monde, selon leur contexte, les églises membres de la CMM sont différentes. Elles peuvent donc se soutenir mutuellement et apprendre les unes des autres. 

    Être une communauté spirituelle aux Pays-Bas est très différent de ce qu’est une communauté spirituelle en Indonésie ou au Myanmar. Faire partie d’une petite minorité dans un pays où une autre religion est de loin majoritaire, ou dans un pays déchiré par la guerre civile et la violence est bien différent que de vivre dans un pays où il n’y a pas eu de guerre depuis plus de 70 ans et où il existe la liberté de religion. 

    Les anciennes communautés ne sont pas confrontées aux mêmes défis que les nouvelles, et en cela aussi, nous pouvons apprendre les uns des autres et nous encourager mutuellement. 

    Cette unité dans la diversité est très vulnérable. Trop facilement, nous protestons que l’autre ne fait pas partie des nôtres parce qu’il ne vit pas sa foi exactement comme nous, ou parce qu’il lit la Bible autrement de nous. 

    Mais la Parole dit que l’unité est un don de l’Esprit : qui sommes-nous pour la briser ? 

    Il faut donc faire un effort, chercher la rencontre plutôt que la séparation. Et nous devons avoir le courage de nous soutenir les uns les autres, même lorsque nous sommes en désaccord. Car c’est le « mortier » d’un seul Dieu et d’un seul Esprit qui assemble toutes les parties disparates pour en faire une image à la diversité magnifique. 

    C’est ainsi que nous en sommes arrivés à définir les 7 convictions communes de la Conférence Mennonite Mondiale. Il nous a fallu 13 ans pour les formuler et les faire approuver par consensus par le Conseil général. Nous avons aussi défini les valeurs que nous partageons sur Dieu, la Bible, Jésus, le témoignage pour la paix et le culte. 

    Si notre fondement est ce sentiment de cohésion basé sur des convictions, alors nous pouvons parler de nos différences. Nous pouvons nous rapprocher les uns des autres sans porter de jugement, mais en nous intéressant à ce qui préoccupe l’autre. 

    Et si nous sommes assez courageux pour maintenir cela, nous pouvons créer une belle mosaïque, montrant au monde que nous pouvons dépasser les frontières humaines de nationalité, de langue, de couleur et plus encore, pour vivre en paix les uns avec les autres. 

    Henk Stenvers est président de la Conférence Mennonite Mondiale (2022-2028). Il a prononcé ce discours le dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale devant son assemblée locale de Doopsgezinde Gemeente Bussum-Naarden, aux Pays-Bas.

    Cliquez ici pour regarder le culte sur YouTube (en néerlandais). 


    39.1

  • Indonésie 

    Nous sommes le 7 octobre 2023. Simon Setiawan et Sarah Yetty, mari et femme, membres de l’église indonésienne Jemaat Kristen Indonesia (JKI), se trouvaient en Égypte, à la tête d’un groupe de plus de 40 personnes originaires d’Indonésie et des États-Unis ayant l’intention de se rendre en Israël-Palestine. Ayant entendu parler des attaques du Hamas contre Israël au petit matin, ils se sont inquiétés de la sécurité des participants à leur voyage. Les ambassades d’Indonésie en Égypte et en Jordanie leur ont téléphoné pour leur dire de ne pas se rendre en Israël. 

    « Après avoir parlé aux agents de l’ambassade et obtenu des informations de nos partenaires locaux, nous avons expliqué la situation au groupe. Nous avons dit que nous suivrions ce que les participants jugeraient le mieux », expliqua Simon Setiawan. « La grande majorité d’entre eux ont voulu continuer, après avoir reçu l’assurance de nos partenaires locaux que nos itinéraires ajustés se trouvaient dans des zones sûres ». 

    Ce jour-là, ils sont donc entrés en Israël par la frontière de Taba, en passant par la station balnéaire d’Eilat. L’attente pour passer la frontière a été longue. Il y avait plus de soldats que d’habitude au poste de contrôle. Les officiers étaient amicaux, mais tendus. L’un d’eux a demandé : « Vous savez ce qui se passe en Israël, n’est-ce pas ? » et a été surpris lorsque le groupe a dit qu’il voulait toujours entrer. Les rues étaient calmes, et seuls deux autres groupes de touristes ont été aperçus. 

    De là, ils se sont dirigés vers le nord, ajustant leurs plans en fonction des dernières évolutions sécuritaires. lIs sont restés une fois dans leur hôtel parce qu’ils avaient entendu dire qu’il y avait des troubles sur place. Une autre fois, ils ont dû changer leur projet de passer la nuit à Bethléem pour se rendre à Jérusalem pour des raisons de sécurité. Ils ont néanmoins réussi à visiter Jéricho, Bethléem et Jérusalem, rencontrant quelques autres groupes de touristes. 

    Ils prévoient d’y retourner cette année, en fonction des conditions de sécurité sur le terrain. « Parce que nous aimons la Terre sainte », dit Simon. 

    Le désir de se rendre en Terre Sainte 

    En 2009, Simon Setiawan et Sarah Yetty se sont inscrits pour la première fois à un voyage en Terre Sainte avec leur paroisse. 

    « Cela faisait longtemps que nous voulions aller en Terre Sainte, mais nous savions que c’était bien au-dessus de nos moyens », explique Sarah Yetty. « J’étais institutrice en maternelle et Simon contribuait au programme missionnaire de l’église. Nous n’avions pas beaucoup d’argent. » 

    Ils ont renouvelé leurs passeports périmés et prié quotidiennement pour un miracle. 

    « Trois mois avant le départ, une femme d’une église presbytérienne que nous n’avions jamais rencontrée a payé la totalité du voyage. Elle nous a dit qu’elle avait fait un rêve un mois plus tôt, dans lequel elle voyait une personne vêtue d’une robe blanche brillante venir la voir et lui dire de bénir un couple pour qu’il se rende en Terre Sainte », raconte Sarah Yetty. 

    « Et puis Simon a dit que comme que quelqu’un avait payé notre voyage, il nous fallait faire quelque chose pour les autres ». 

    Dieu sera avec vous 

    Lorsqu’ils en ont parlé à leur pasteur, celui-ci leur a dit qu’ils pourraient être guides de voyage. « Nous avons dit que nous n’avions aucune expérience, mais il nous a dit que tout irait bien et que Dieu serait avec nous ». 

    « C’était la première fois pour nous, et nous avons énormément aimé », dit Simon Setiawan. 

    Lors de ce premier voyage, ils ont organisé un circuit avec 11 bus, soit environ 500 personnes. Ils ont dû diviser le groupe et partir dans des directions différentes, Sarah Yetty conduisant une équipe et Simon Setiawan le reste. 

    « Nous sommes partis avec seulement 20 dollars en poche. Mais Dieu n’a cessé de nous bénir, comme une manne quotidienne », raconte Sarah Yetty. 

    « Après ce premier voyage, le pasteur nous a demandé de calculer les dépenses concernant la visite enTerre Sainte et de créer une entreprise spécialisée dans les excursions en Terre Sainte. Il nous a aussi demandé d’étudier davantage la Terre Sainte et de suivre une formation sur la manière d’y organiser des excursions. Depuis lors, nous nous sommes engagés à proposer des voyages en Terre Sainte à des prix abordables, afin que les pasteurs et les membres des églises, en particulier ceux des petites villes et des villages, puissent avoir la possibilité de s’y rendre », dit Simon Setiawan. 

    « J’aime y emmener des groupes, être sur la terre où vivait Jésus et voir la Bible prendre vie. Mais plus important encore, j’aime être dans les bus et écouter les témoignages des gens : celui d’un mariage qui a failli se terminer par un divorce jusqu’à ce qu’il arrive à Cana et décide de se réconcilier ; ou encore d’un médecin qui a gravi le mont Sinaï avec moi, et qui n’a avoué, une fois arrivé au sommet, qu’on lui avait posé son 13e stent dans les artères une semaine auparavant », raconte Simon Setiawan. 

    « Je dis toujours qu’il ne s’agit pas d’un simple voyage, mais d’un pèlerinage. Priez pour que, quel que soit le plan de Dieu pour vous au cours de ce voyage, vos yeux soient ouverts pour le voir », ajoute-t-il. 

    Nous aspirons à la paix 

    « Nous prions pour la paix en Israël et en Palestine », déclare Simon Setiawan. 

    « Tout le monde est concerné émotionnellement par la Terre Sainte. Lorsqu’il y a un peu d’instabilité, le monde entier en entend parler et les gens ont peur. Lorsqu’ils ont peur, ils ne viennent pas et l’industrie touristique locale en souffre, en particulier les travailleurs qui vivent dans les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne (Jéricho, Bethléem, Ramallah) », dit Simon Setiawan. 

    « Nous voulons que les industries locales prospèrent et que les gens ordinaires puissent vivre leur vie sans crainte. Les gens veulent la stabilité, la sécurité, des deux côtés. Et c’est ce que nous souhaitons pour eux aussi », déclarent Simon Setiawan et Sarah Yetty. 

    —Interim Chief Communications Officer Elina Ciptadi spoke with Simon Setiawan and Sarah Yetty about their experience.


    39.1

  • États-Unis

    J’ai grandi au Guatemala dans des églises évangéliques et pentecôtistes. Les chants, l’école du dimanche et les sermons étaient imprégnés de la théologie chrétienne sioniste qui déclare que la volonté de Dieu est l’établissement d’une patrie juive en Palestine. Le devoir des chrétiens est de soutenir Israël. Certaines églises affichent même un drapeau israélien dans leur sanctuaire. 

    Là, comme dans les assemblées mennonites évangéliques et hispaniques de Calgary (Alberta, Canada) et de Goshen (Indiana, États-Unis), notre culte comprenait des chants sur le Dieu d’Israël qui coupe les têtes de nos ennemis. Les passages bibliques étaient principalement tirés de l’Ancien Testament, lesquelles décrivaient la violence et le génocide. 

    Dans nos cultes, nous célébrions la mort des ennemis d’Israël. 

    On m’a appris à croire que la nation et l’État d’Israël étaient le peuple de Dieu. C’était un péché de remettre en question cette croyance. 

    Ce n’est pas une surprise 

    Je ne suis pas surpris de constater que de nombreuses personnes issues de milieux théologiques similaires ne remettent pas en question les actions du gouvernement israélien à l’heure actuelle. 
    Ils considèrent l’État d’Israël comme un David affrontant un Goliath. Ils pensent qu’Israël est toujours la petite nation biblique qu’il a été, et non la superpuissance mondiale qu’il est aujourd’hui. 

    J’ai conservé cette vision sioniste d’Israël pendant la majeure partie de ma vie. Jusqu’à ce que j’étudie l’histoire et la théologie au Goshen College, dans le cadre du programme des ministères hispaniques. 

    Des professeurs de théologie comme Juan (John) Driver et Ron Collins ont eu la patience de m’aider à déconstruire ces récits violents et à reconstruire une nouvelle théologie anabaptiste de la paix avec une vision différente de Dieu, de Jésus et d’Israël. 

    J’ai appris que la Bible n’est pas plate. Il y a une montagne dans les évangiles, où nous nous tenons avec Jésus et d’où nous pouvons voir et comprendre le reste de la Bible à travers les enseignements, la vision et la mission de Jésus. 

    Ainsi, lorsque mes frères et sœurs hispaniques-latinos/as se sont opposés à une résolution « Chercher la Paix en Israël et en Palestine » lors de la convention de Mennonite Church USA en 2015, j’ai su exactement d’où venait cette opposition. 

    Venez et voyez 

    Alors, j’ai décidé de rejoindre le groupe de travail Israël-Palestine ‘Come and See’ (Venez et Voyez), composé de groupes et d’organisations anabaptistes. 

    L’objectif du groupe de travail était de sensibiliser les responsables à la Palestine et à Israël et de participer à un voyage d’étude en Terre Sainte comprenant une visite en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. 

    Plus de 110 responsables mennonites se sont inscrits, y compris la plupart de mes frères et sœurs hispaniques-latinos/as qui ont pris le micro lors de la convention de 2015. 

    Certains ont déclaré : « Je suis pro-Israël et je ne changerai pas d’avis. » Mais cet état d’esprit a été remis en question lorsque nous avons écouté les récits de personnes vivant de part et d’autre du mur de séparation israélien. 

    En 2017, j’ai de nouveau rejoint un groupe de voyage d’étude. Il comprenait des responsables de MC USA Iglesia Menonita Hispana (Église mennonite hispanique), quelques responsables mennonites anglophones et un couple afro-américain. 

    Outre la visite de “lieux saints” typiquement chrétiens, nous avons franchi des murs que très peu de visiteurs franchissent. Nous avons traversé des postes de contrôle, ce qui nous a rappelé les difficultés auxquelles sont confrontés les membres sans papiers de nos assemblées aux États-Unis. 

    Nous avons visité des camps de réfugiés palestiniens et des colonies israéliennes. 

    Nous avons profité de l’hospitalité de sœurs et de frères chrétiens palestiniens près de Bethléem, et écouté les récits de juifs, de chrétiens et de musulmans. Au Bethlehem Bible College, nous avons découvert des perspectives théologiques chrétiennes complexes sur la question de territoire. 

    Nous avons planté des oliviers en Cisjordanie, à proximité de colonies israéliennes (construites en violation du droit international). Les colons voulaient déplacer les agriculteurs palestiniens chrétiens. 

    Nous avons appris que le conflit n’est ni musulman-juif, ni juif-palestinien, mais qu’il oppose l’État d’Israël à tous ceux qui s’opposent à l’expansion de son occupation — et même aux juifs dont la conscience s’opposent à l’expansion illégale et au déplacement des Palestiniens. 

    L’expérience de l’apartheid  

    Nous avons fait l’expérience de l’apartheid dès notre arrivée, en constatant la forte ségrégation et l’oppression des Palestiniens sous une occupation militaire brutale. 

    Nous avons ressenti des tensions et la ségrégation raciale. Nous, Latinas/os, partageons certaines caractéristiques physiques avec des groupes ethniques du Moyen-Orient (on me demandait constamment si j’étais libanais). 

    Lors de notre passage aux services d’immigration et de douane israéliens, une femme a été retenue pour être interrogée. Elle était si excitée et joyeuse lorsque nous avons atterri. Mais lorsqu’elle est sortie des postes de douane et d’immigration, elle était presque en larmes. 

    Trois jours après le début du voyage d’étude, l’Afro-Américaine de notre groupe a souhaité retourner aux États-Unis, car elle ne se sentait pas en sécurité, évoquant l’époque de Jim Crow aux États-Unis. 

    Ê la fin de notre voyage d’étude ‘Venez et voyez’, nous ne pouvions plus accepter le récit unique de notre éducation chrétienne sioniste. 

    Nos convictions spirituelles et notre théologie avaient changé. 

    Engagés pour la paix 

    Lors de la convention de Mennonite Church USA en 2017, les responsables mennonites hispaniques et racisées ont été parmi les premiers à s’approcher du micro pour parler en faveur de la résolution ‘Chercher la Paix’. 

    Mais dans nos nouvelles compréhensions figurait la complexité des histoires que nous avions entendues et de l’humanité commune des Palestiniens et des Israéliens. 

    Nous nous sommes engagés à lire et à étudier le document Kairos élaboré par nos frères et sœurs chrétiens de Palestine et d’Israël. 

    Nous nous sommes engagés à prendre la parole ! 

    Alors que nous assistons aux atrocités des récentes violences en Israël, à Gaza et en Cisjordanie, cet engagement me revient à l’esprit. 

    Le moment est venu d’utiliser notre influence politique chrétienne pour appeler à un cessez-le-feu permanent et à une résolution juste du conflit. 

    Le moment est venu d’embrasser la complexité dans un monde où les médias simplifient souvent ce qui est dit, répandent des récits mal informés et alimentent les conflits. 

    Le moment est venu de rechercher la paix sans relâche. 

    —Saulo Padilla est coordinateur de l’éducation à la migration pour les Ministères de la Paix et de la Justice du Comité central mennonite aux États-Unis. 


    39.1

  • « Il faut que justice soit faite. Ils doivent payer pour le mal terrible qu’ils ont fait ». Ces phrases et d’autres du même genre ont été souvent répétées dans l’actualité ces derniers mois. 

    Dans mon pays, la Colombie, je n’ai entendu que trop souvent les mêmes phrases sur les lèvres de chrétiens qui prétendent suivre Jésus, le Dieu qui a choisi la compassion plutôt que la vengeance, celui qui nous a enseigné à donner à nos ennemis et même à nos oppresseurs, non pas ce qu’ils méritent, mais ce dont ils ont besoin. 

    Alors que je réfléchis devant les images des atrocités causées par la guerre dans d’innombrables endroits du monde, je me souviens des paroles d’un sage rabbin juif, Jonathan Sacks, qui a été le grand rabbin des Congrégations hébraïques unies du Commonwealth de 1991 à 2013. Permettez-moi de citer quelques-uns de ses écrits : 

    « Il est de la responsabilité [de la foi abrahamique] d’être une bénédiction pour le monde…. Invoquer Dieu pour justifier la violence contre les innocents n’est pas un acte de sainteté mais de sacrilège. C’est une sorte de blasphème. C’est prendre le nom de Dieu en vain » [1]. 

    « Rien n’est plus décourageant que le cycle de vengeance qui hante les zones de conflit et enferme leurs populations dans un passé qui ne relâche jamais son emprise. Tel a été le sort des Balkans, de l’Irlande du Nord, de l’Inde et du Cachemire, du Moyen-Orient…. Les représailles sont la réponse instinctive à ce qui est perçu comme une injustice…. Les griefs historiques sont rarement oubliés. Ils font partie de la mémoire collective d’un peuple…. C’est ce qui fait du pardon une idée si contre-intuitive. C’est plus qu’une technique de résolution des conflits. C’est une stratégie étonnamment originale. Dans un monde sans pardon, le mal engendre le mal, la souffrance engendre la souffrance, et il n’y a pas d’autre moyen que l’épuisement ou l’oubli pour briser ce cycle. Le pardon seul peut le rompre » [2]. 

    Le rabbin Sacks observe — comme toute personne qui s’est penchée sur le conflit israélo-palestinien — que les questions sont complexes. Une solution acceptable pour les principales parties aurait déjà été mise en œuvre s’il avait été simple de la trouver. 

    Une longue mémoire : les Israéliens pensent à « 2 000 ans de souffrance juive et à la nécessité existentielle pour les juifs d’avoir, quelque part sur terre, un espace défendable », écrit le rabbin Sacks, et les Palestiniens se souviennent « des déplacements et des pertes, de l’impuissance politique et des difficultés économiques, de la défaite humiliante et de la colère » [3]. 

    Alors que chaque groupe tente de protéger son propre espace, leurs tentatives de préservation se traduisent parfois par des destructions qui affectent l’autre et se retournent contre eux-mêmes. « Le pardon semble absurdement inadapté aux conflits d’intérêts importants et à la dynamique même de la suspicion, de la méfiance et des griefs cumulés », écrit le rabbin Sacks. 

    « Pourtant, en fin de compte, la paix est établie, si tant est qu’elle le soit, par des personnes qui reconnaissent le statut de personne de leurs adversaires. Tant que les Israéliens et les Palestiniens ne seront pas capables de s’écouter les uns les autres, d’entendre l’angoisse et la colère de chacun et de laisser un espace cognitif aux espoirs de l’autre, il n’y aura pas d’issue [… En tant que juif], j’honore le passé non pas en le répétant mais en en tirant les leçons — en refusant d’ajouter de la souffrance à la souffrance, de la douleur à la douleur. C’est pourquoi nous devons répondre à la haine par l’amour, à la violence par la paix, au ressentiment par la générosité d’esprit et au conflit par la réconciliation » [4]. 

    Au moment où j’écris ces mots, le cycle de la violence et des représailles continue de s’approfondir. Il est presque impossible de dire quoi que ce soit sur cette situation sans fâcher quelqu’un quelque part, comme ce fut le cas avec la réponse conciliatrice à la guerre au Moyen-Orient que nous avons rédigée en octobre 2023. Et pourtant, nous sommes appelés à répondre, en tant que Communion mondiale, à ce scénario de guerre et à beaucoup d’autres scénarios terribles que nous voyons aujourd’hui. C’est pourquoi nous vous invitons, dans ce numéro du Courrier, à réfléchir à la compréhension des messages bibliques en fonction des réalités d’aujourd’hui. 

    Oui, face à de terribles atrocités, les gens, quels qu’ils soient, ont le droit d’exiger que les auteurs obtiennent ce qu’ils méritent pour ce qu’ils ont fait. Mais, grâce à Dieu, il n’est pas nécessaire qu’il en soit ainsi. Grâce à Dieu, Jésus nous montre une autre voie. 

    —César García est secrétaire général de la Conférence Mennonite Mondiale. Originaire de Colombie, il vit à Kitchener, Ontario (Canada).

    [1] Jonathan Sacks, Dieu n’a jamais voulu ça: La violence religieuse décryptée, 5. 
    [2] La dignité de la différence : Pour éviter le choc des civilisations, 178-79. 
    [3] Ibid, 189-190. 
    [4] Ibid, 189-90. 

    Bibliographie 

    • Sacks, Jonathan. The Dignity of Difference: How to Avoid the Clash of Civilizations. London: Bloomsbury, 2003. (traduit chez Bayard, 2004 : La Dignité de la différence : Pour éviter le choc des civilisations

    • ———. Not in God’s Name: Confronting Religious Violence. First American edition. ed. New York: Schocken Books, 2015. (Traduit chez Albin Michel, 2018) : Dieu n’a jamais voulu ça: La violence religieuse décryptée )

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