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  • Allemagne 

    Après le lycée, j’ai passé un an en Cisjordanie sous occupation israélienne, où je vivais et travaillais à Tent of Nations

    un projet de paix écologique palestinien et chrétien. J’ai appris beaucoup de choses pendant cette période : à cuisiner sur un feu de bois, à soigner les animaux, et même comment se remettre des gaz lacrymogènes en respirant de l’oignon cru. 

    Mais ce que j’ai appris de plus transformateur et de plus durable concerne la manière dont je comprends et suis Jésus. 

    Ce sont les chrétiens palestiniens qui m’ont appris à voir que Bethléem, Nazareth et Jérusalem sont des lieux réels dont l’histoire a façonné Jésus. Son contexte, marqué par l’oppression militaire, économique et culturelle, n’était pas si différent de la situation des Palestiniens aujourd’hui qui grandissent dans des camps de réfugiés en Cisjordanie ou à Gaza. Aujourd’hui comme hier, l’injustice engendre l’amertume et la répression, créant des spirales de violence et des schémas complexes de traumatisme qui semblent inéluctables. 

    Solidarité avec les opprimés  

    C’est dans ce monde blessé que Dieu a choisi de venir être solidaire des opprimés et montrer une autre façon de lutter pour la dignité et la liberté — une lutte qui libère à la fois la victime et l’oppresseur. 

    Les Nassar, mes hôtes luthériens palestiniens, m’ont appris à mettre en pratique l’enseignement de Jésus sur l’amour des ennemis. Sur des rochers placés à l’origine par des soldats israéliens pour barrer la route, ils ont écrit leur manifeste : « Nous refusons d’être des ennemis »  

    J’ai vu Daher Nassar inviter à prendre le thé des colons armés qui s’étaient introduits sur ses terres, ce qui les a fait reculer, confus. Pour autant, les Nassars ont refusé de renoncer à leur lien avec la terre et à leur rêve d’un avenir commun pour tous. 

    Les membres juifs et musulmans du Cercle des Parents Endeuillés m’ont également fait découvrir une toute nouvelle conception du pardon. En se réunissant pour pleurer la mort de leurs enfants dans le conflit, ils ont compris que les représailles n’apportaient pas la vie. Seul le pardon a le pouvoir de libérer les gens de l’amertume, de les rendre libres pour œuvrer à la libération de tous. 

    Réconciliation plutôt que récrimination 

    Le fait d’avoir vu ces pierres vivantes m’a aidé à regarder en face mon propre enchevêtrement dans ce conflit. Mes deux grands-pères ont combattu dans l’armée nazie et ont contribué à l’assassinat de six millions de juifs en Europe. Les juifs appellent cette atrocité la Shoah, un mot hébreu qui signifie « catastrophe ». Ce crime odieux contre l’humanité représente l’aboutissement de 2 000 ans pendant lesquels les juifs ont été déshumanisés et terrorisés. 

    Il faut rappeler que cette violence a été perpétrée surtout par des chrétiens. Des non-juifs qui ont oublié qu’ils avaient été adoptés dans le peuple de Dieu par grâce. 

    L’antisémitisme est le traumatisme qui a créé le besoin d’un État juif. Pourtant, cet État n’a pas été établi sur une « terre vide », comme le veut l’expression coloniale courante, mais en déplaçant des centaines de milliers de Palestiniens, dont les enfants et les petits-enfants vivent toujours en tant que réfugiés apatrides dans le monde entier. Les Palestiniens appellent cela la « Nakba », qui signifie « catastrophe » en arabe. 

    Ces deux catastrophes sont les blessures fondamentales de ces deux peuples et, comme c’est souvent le cas, nous accordons généralement plus d’attention à nos propres blessures. 

    Des récits qui déstabilisent 

    Lors de conversations avec des militants pacifistes israéliens et palestiniens, j’ai appris avec humilité que le fait d’assumer l’héritage de mon implication dans la violence ne me souillait pas. Au contraire, cela a ouvert des conversations sur la forme que peuvent prendre le repentir et la réconciliation.  

    Ces militants ont parlé de leur lente et douloureuse prise de conscience : réaliser qu’on leur avait menti. Alors que la Shoah était au cœur de l’enseignement israélien, ils n’avaient jamais appris ce qu’était la Nakba.  

    Dans le même temps, les écoles palestiniennes ne présentaient les sionistes que comme des colonisateurs, tout en omettant qu’ils fuyaient la violence génocidaire de l’Europe.  

    Les militants pacifistes m’ont appris l’importance de parler de nos histoires et de permettre à la vérité d’autrui de nous déstabiliser. Pour œuvrer en faveur d’une paix juste et durable depuis la Méditerranée jusqu’au Jourdain, nous devons nous repentir de notre antisémitisme profondément ancré ainsi que de notre imaginaire colonial et résister à leurs manifestations dans nos sociétés d’aujourd’hui. 

    Une image nourrit mon espoir. Chaque année, les Nassar invitaient les gens à venir dans le vignoble pour aider lors des vendange et dissuader de manière non violente la violence des colons. Je me souviens avoir récolté des seaux et des seaux des raisins les plus sucrés que j’aie jamais mangés avec des dizaines de volontaires du monde entier, y compris des Israéliens.  

    Tant les Israéliens que mes hôtes palestiniens ont pris des risques considérables lors de cette rencontre, car, des deux côtés, des personnes s’opposent catégoriquement à toute forme de coexistence. Pourtant, ils ont consciemment pris le risque, parce qu’ils étaient convaincus que la paix exige des relations de confiance et de solidarité qui ne se développent qu’avec le temps et le travail en commun.  

    La joie de cette vendange et le festin de houmous, d’olives et de falafels à la pause déjeuner sont devenus un avant-goût de la famille du Royaume que je chéris et dont j’ai hâte de goûter à nouveau. 

    —Benjamin Isaak-Krauß est co-pasteur avec son épouse Rianna à Mennonitengemeinde Frankfurt, une assemblée de Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Gemeinden (AMG) en Allemagne. Il représente le Deutsche Mennonitische Friedenskomitee (Comité mennonite allemand pour la paix) au sein du comité de pilotage des Community Peacemaker Teams. 

    Cliquez ici pour en savoir plus sur  Tent of Nations


    39.1

  • La Conférence Mennonite Mondiale n’a pas officiellement d’églises membres anabaptistes au Moyen-Orient. Ne pas créer une autre église dans une région offrant une grande diversité a été une décision missiologique. 

    Cependant, les chrétiens palestiniens sont un témoignage pour la communion mennonite dans le monde. Là où la théorie rencontre la réalité, ils ont montré à ceux qui y prêtent attention ce qu’est être fidèle à l’appel de Jésus à la non-violence. 

    Depuis le 7 octobre 2024, les yeux du monde sont tournés vers le Moyen-Orient où violence et différentes sortes of violations ont déclenché un flot de mort et de destruction. 

    En tant que chrétiens, nous pouvons nous tourner vers notre Bible pour interpréter les réalités d’aujourd’hui à la lumière des promesses faites il y a longtemps. 

    « La réponse à cette question est différente pour chaque communauté religieuse », dit Dorothy Jean Weaver. Pour une communauté juive, les réponses découlent de la Bible hébraïque, mais en tant que chrétiens, nous sommes appelés à vivre dans le cadre de la nouvelle alliance, où la géographie « n’est plus un facteur pour les disciples de Jésus ». 

    Dorothy Jean Weaver s’est jointe à plusieurs universitaires mennonites ayant une expérience de la région pour réfléchir au passage d’aujourd’hui. 

    Une trajectoire d’inclusion 

    Dès Genèse 12, nous pouvons discerner une trajectoire d’inclusion qui se poursuit dans toute l’Écriture, explique J. Nelson Kraybill. Il y est question de bénédiction et de malédiction, mais celles-ci sont transmises aux autres par l’intermédiaire du peuple d’Israël. 

    « Dans Amos 9,7, Dieu libère non seulement les Israélites, mais aussi d’autres peuples, même ceux qui sont considérés comme ennemis d’Israël », ajoute Paulus Widjaja. 

    « L’un des thèmes qui ressort de l’Ancien Testament, dans des passages tels que Lévitique 26 ou Jérémie 7, est que l’alliance avec le peuple de Dieu est conditionnée à la pratique de la justice », explique J. Nelson Kraybill. 

    « Jésus reprend ensuite la vision d’Esaïe, qui voit toutes les nations affluer vers la montagne de la maison du Seigneur (Esaïe 2,2), lorsqu’il dit que la montagne du Temple est censée être une maison de prière pour toutes les nations (Matthieu 21,13) », dit J. Nelson Kraybill. 

    « Matthieu (qui est un évangile très juif) se termine par le départ des disciples de Jérusalem, de Galilée, pour aller faire des disciples de toutes les nations » explique Dorothy Jean Weaver. 

    La même chose se produit dans l’Évangile de Luc. Au début de l’histoire de Jésus, l’accent est mis sur Jérusalem, mais à la fin, et plus encore dans les Actes, « l’Évangile se déplace de la Judée à la Samarie jusqu’aux extrémités de la terre », dit Dorothy Jean Weaver. 

    Let Gaza Live’ œuvre d’art par Leyla Barkman

    Un cadre différent 

    Il y a parfois un problème d’ignorance, même chez certains chrétiens, dit Paulus Widjaja. « L’Israël de la Bible et l’État moderne d’Israël sont deux choses différentes. Nous ne pouvons pas les associer comme si l’Israël moderne était l’Israël biblique ». 

    « Ce qui me rend triste, c’est que ce qui a été créé aujourd’hui, c’est la haine, et non l’amour. Les Israéliens comme les Palestiniens sont devenus des victimes », déclare Paulus Widjaja. 

    « Selon le Lévitique, la terre appartient à Dieu — les gens sont des locataires et des étrangers sur la terre », dit Alain Epp Weaver. Cela s’applique aussi bien à Israël qu’à l’Amérique du Nord ou à n’importe quel autre endroit. 

    « Rappelons-nous qu’en tant que mennonites, nous avons historiquement rejeté l’idée de l’État-nation et de la souveraineté des rois », dit Jonathan Brenneman. 

    « Si nous lisons attentivement la Bible, Abraham a été choisi non pas pour lui-même, mais pour bénir les autres », explique Paulus Widjaja. 

    « Et dans le Nouveau Testament, nous voyons que ces idées sont reprises et élargies pour inclure le peuple de Dieu qui suit Jésus (1 Corinthiens 6,19, 1 Pierre 2,9) », ajoute Dorothy Jean Weaver. 

    « Pour savoir si nous sommes des intendants fidèles de la terre que nous habitons, il faut savoir si nous y rendons la justice. Nous avons besoin d’une théologie de la compassion pour Israël et la Palestine, une théologie qui reconnaisse l’image de Dieu et de chaque personne — qu’elle soit israélienne, palestinienne, musulmane, chrétienne ou juive. Dieu appelle les gens à faire régner la justice et à s’opposer à la violence de l’État-nation qui porte atteinte à l’image de Dieu », déclare Alain Epp Weaver. 

    « En tant qu’anabaptiste, je suis en quête d’un système transnational, populaire, qui ne soit pas basé sur l’État. Il n’est pas lié à l’ethnicité. Rien ne justifie la violence dans la vie d’un chrétien, car nous suivons celui qui, même capturé par l’armée impériale (la police), a dit “de remettre son épée dans son fourreau” et a guéri l’oreille de Malchus (Jean 18,10) », explique Sarah Nahar. 

    « En lisant la Bible jusqu’à l’Apocalypse, nous découvrons que nous sommes appelés à être des groupes de personnes qui vivent d’une manière égalitaire, en brisant les frontières et en respectant profondément la terre et les autres », ajoute-t-elle. 

    « C’est un appel à la complexité, et non à la facilité. Nous cherchons à être des personnes qui vivent sans avoir besoin de contrôler les autres », dit-elle encore. 

    « Les églises blanches d’origine européenne ont hérité de théologies antijuives qui affirment que Dieu a répudié le peuple juif. Nous devons examiner et rejeter les théologies antijuives qui ont alimenté l’antisémitisme », dit Alain Epp Weaver. 

    « Historiquement, l’antisémitisme fait partie intégrante du colonialisme et du racisme européens. En tant qu’anabaptistes, nous devons nous opposer fermement à l’antisémitisme en tant que forme de racisme », dit-il encore. 

    « Le même appel concerne tous les lecteurs de la Parole : aimer la miséricorde, rechercher la justice, libérer les opprimés, relâcher les captifs, déclarer le Jubilé (Michée 6,8) », dit Jonathan Brenneman. 

    La réponse à la question « qui est élu » se trouve dans les Béatitudes : « Heureux les artisans de paix, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, heureux les pauvres » (Matthieu 5,3-10). 

    « Heureux les opprimés, en somme », dit Jonathan Brenneman. 

    Certains commentateurs, y compris des organisations de défense des droits de l’homme, ont qualifié la réalité du Moyen-Orient d’aujourd’hui un apartheid. Comment les mennonites peuvent-ils créer un espace où tous les peuples, palestiniens et israéliens, pourront s’asseoir en toute confiance sous la vigne et le figuier (Michée 4,4) ? 

    « Il est très difficile de voir quelle feuille de route permettrait de passer de la réalité actuelle de la violence et de la discrimination structurelle à une réalité future dans laquelle les Palestiniens et les Israéliens pourraient vivre librement, en sécurité et en paix », dit Alain Epp Weaver. 

    « Nous prions, nous soutenons les Palestiniens et les Israéliens qui s’efforcent de faire tomber les murs de séparation qui empêchent les gens de se reconnaître les uns les autres comme enfants de Dieu et même de voit ces murs de séparation. Nous devons nous élever contre les fossés qui se dressent (amusant « des fossés qui se dressent !) murs élevés dans nos cœurs — et même contre les murs de pierres érigés par l’État israélien — qui blessent, dégradent et tuent », déclare-t-il. 

    « Nous vivons dans un monde qui a été divisé, où un groupe de personnes déclare “ceci est à nous !” à propos d’une parcelle de terre. Mais notre appel à être fidèles, où que nous soyons dans la société, est de faire pression pour que s’accomplisse la justice de Dieu sur terre selon la mesure de notre énergie pour avancer vers cet objectif, car nous sommes mandatés par Dieu : “ Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre” (Matthieu 6,12) », dit Dorothy Jean Weaver. 

    « Qui est responsable de l’accomplissement de la volonté de Dieu sur terre ? » demande-t-elle. “La réponse définitive est que Dieu est tout-puissant. Mais Dieu nous appelle aussi à agir pour que sa volonté se réalise sur terre. Nous devons prier le Notre Père avec audace et courage”. 

    Pour ceux qui vivent au Canada et aux États-Unis, le mouvement mennonite « Dismantling the Doctrine of Discovery » (Coalition pour la Déconstruction de la Doctrine de la Découverte) nous aide à reconnaître que le péché est structurel, ce qui est un véritable défi. 

    “Le travail que je peux entreprendre consiste à comprendre comment les dynamiques de pouvoir se manifestent partout, à reconnaître les systèmes de déplacement et de dépossession, à me demander à quel prix et au détriment de qui j’obtiens des privilèges dans la société”, explique Sarah Nahar. 

    “L’Évangile propose une nouvelle fa√ßon de penser nos vies et nous encourage à dépasser les frontières, où que nous soyons et qui que nous soyons”, ajoute-t-elle. 

    “D’un point de vue éthique, si nous voulons que notre action ait un sens, elle doit se fonder sur un récit, sinon elle n’aura aucun sens”, explique Paulus Widjaja. 

    Ceux qui recherchent des récits significatifs pour fonder leur action et leur compréhension de la Terre sainte ont la possibilité de le faire. Le Bethlehem Bible College, une école évangélique située au cœur de la Cisjordanie, organise sa 7e conférence  : ‚ÄòLe Christ au checkpoint’ du 21 au 26 mai 2026. “Faire la justice, aimer la miséricorde : le témoignage chrétien dans les contextes d’oppression” — une invitation à “venir et voir !” en personne ou en diffusion en direct. (Cliquez ici pour en savoir plus.) 

    Comment les mennonites peuvent-ils être pacifiques sans être passifs ? Lorsqu’il semble y avoir deux camps, est-il possible d’être neutre sans se ranger implicitement du côté de l’oppresseur ? 

    “La neutralité est un mot très dangereux pour nous, car il nous permet d’imaginer que les choses sont égales, alors qu’elles le sont rarement”, dit Dorothy Jean Weaver. 

    Dans une grande partie du monde, en particulier aux États-Unis, il est admis que les chrétiens sont du côté de l’armée qui commet le génocide. En tant que chrétiens, si nous ne nous exprimons pas, on considère que nous sommes du côté du militarisme, de la violence et du génocide », dit Jonathan Brenneman. 

    « Si nous examinons cette question d’un point de vue théologique, alors oui, nous prenons parti, mais pas pour un peuple, et certainement pas pour un État — nous prenons parti pour des valeurs : la justice, la paix, la réconciliation », dit Paulus Widjaja. 

    « Dans la Bible, les Israélites pensaient que Dieu était toujours de leur côté, mais il y a eu des moments où Dieu a dit : “Je suis de ton côté quand tu es opprimé, mais je suis aussi avec les autres quand ce sont eux qui sont opprimés”. 

    Voyez les prophètes bibliques. On ne pourrait jamais les accuser d’être neutres face aux situations qu’ils ont vécues », ajoute Dorothy Jean Weaver. 

    « Je me range donc du côté des principes chrétiens de justice, d’amour et de réconciliation. Qui que ce soit est opprimé, je serai avec lui, quelle que soit sa nationalité », déclare Paulus Widjaja. 

    « Il a été très important de faire de la théologie dans les rues ensemble, en travaillant pour un cessez-le-feu avec des juifs, des musulmans, des chrétiens, des bah√°’√≠s et des humanistes », dit Sarah Nahar, qui voit qu’il y a bien davantage que deux camps. 

    « J’ai eu l’occasion de faire de la théologie aux côtés de juifs antisionistes qui sont très malheureux lorsque leur foi magnifique, multiforme et profonde est anéantie d’un côté par le nationalisme et de l’autre par le militarisme », dit-elle. 

    Les chrétiens se remettent encore de l’année 313 après Jésus-Christ, lorsque l’empire s’est emparé de la chrétienté ; aussi nous pouvons comprendre ceux qui disent qu’ils ne veulent pas être associés au pouvoir de l’État. 

    « La violence de l’État ne me protège pas : ce sont les relations qui me protègent. Nous pouvons avoir la sécurité et une place dans un monde que l’on partage », continue-t-elle. 

    « D’un point de vue eschatologique », dit Alain Epp Weaver, « il n’y a qu’un côté, le côté de l’humanité, l’humanité que Dieu réconcilie avec lui-même par l’œuvre de l’Esprit, l’Esprit qui brise les murs de la division et de la haine ». 

    « Pour l’Église, témoigner dans ce monde brisé signifie s’élever contre toutes les formes d’injustice, y compris les structures d’occupation militaire qui construisent des murs et approfondissent les divisions. Lorsque nous défendons la justice, les gens nous accusent parfois de créer des divisions, mais nous sommes animés par cette vision d’une humanité réconciliée que Dieu rappelle à Lui, nous rappelant à notre nature originelle », déclare Alain Epp Weaver. 

    Les chrétiens palestiniens ont lancé un appel qui a été publié à la fin du mois d’octobre : « Nous demandons aux responsables d’églises et aux théologiens occidentaux qui soutiennent les guerres d’Israël de rendre compte de leur complicité théologique et politique avec les crimes israéliens contre les Palestiniens », écrivent-ils. (Cliquez ici pour lire le document complet.) 

    « J’ai vu et je soutiens cet appel », dit Alain Epp Weaver. « L’Église occidentale a été complice de la dépossession des Palestiniens. Il est grand temps qu’elle s’exprime par des actions concrètes. 

    « La large coalition chrétienne palestinienne qui a écrit cette lettre travaille en étroite collaboration avec les autres et dénonce le bluff de l’Église occidentale. Je prie pour que l’Église occidentale ait des oreilles et un cœur pour écouter », dit Dorothy Jean Weaver. 

    « Je suis reconnaissante à la tradition pacifiste de nous permettre de prendre courageusement et humblement non seulement position, mais aussi d’agir et de prier en nous engageant à ne pas éliminer les autres », déclare Sarah Nahar. 

    « Si nous nous trompons, nous pouvons chercher, réparer et apprendre. Je me poserai certaines de ces questions à l’occasion de notre 500e anniversaire, que certains estiment devoir être célébré parce que nous avons été fidèles, tandis que d’autres pensent qu’il devrait s’agir d’un moment de deuil parce que notre corps chrétien a été déchiré », ajoute-t-elle. « C’est également une question complexe. » 

    « Nous continuons tous à agir et à prier pour la guérison de ce qui est brisé dans le monde et nos propres vies », dit J. Nelson Kraybill. 

    Contributeurs 

    • Dorothy Jean Weaver a pris sa retraite après avoir enseigné le Nouveau Testament au Eastern Mennonite Seminary de Harrisonburg, en Virginie (États-Unis). Elle a aussi beaucoup voyagé en Israël-Palestine et à l’extérieur, à la fois dans le cadre de congés sabbatiques universitaires et pour diriger des voyages d’études et des groupes de travail. 
    • J. Nelson Kraybill est un universitaire à la retraite et ancien président de la CMM (2015-2022). Il est également impliqué depuis longtemps en Israël-Palestine, à la fois en tant qu’organisateur de voyages et en tant qu’universitaire. Il a récemment été chercheur en résidence au Bethlehem Bible College, en Cisjordanie, pendant huit mois. 
    • Paulus Widjaja est pasteur ordonné de la GKMI. Il est chargé de cours à la faculté de théologie de l’université chrétienne Duta Wacana à Yogyakarta, en Indonésie. 
    • Alain Epp-Weaver dirige la planification stratégique du Comité Central Mennonite. Il vit à Lancaster, en Pennsylvanie (États-Unis). Il a travaillé pendant 11 ans en Palestine occupée, dont deux ans à Gaza, en tant que coordinateur de programme, et a écrit et édité des livres sur la Palestine. 
    • Jonathan Brenneman est un mennonite américain d’origine palestinienne. Il a travaillé avec les Community Peacemaker Teams en Palestine et a travaillé sur le programme « Peace in Israel and Palestine (Paix en Israël et en Palestine) » de Mennonite Church USA en 2017. 
    • Sarah Nahar vit actuellement à Syracuse, dans l’État de New York (États-Unis), sur les terres non concédées de la nation Onondaga. Elle a été la représentante de l’Amérique du Nord au sein de AMIGOS — un précurseur du Comité YABs de la CMM. En tant que directrice exécutive de Community Peacemaker Teams, elle a servi en Israël-Palestine et a travaillé avec le Sabeel Liberation Theology Centre à Jérusalem. 

    39.1

    Updated 16 April 2024: date of Christ At The Checkpoint conference corrected

  • Paraguay

    Je m’appelle Monika. Je viens du Paraguay et j’ai effectué un service volontaire au Village Nazareth. Le Village Nazareth est un musée en plein air situé à Nazareth, en Israël. Ce musée recrée la vie du premier siècle et vise à montrer aux touristes le Nazareth de l’époque de Jésus.

    J’ai participé au programme YAMEN* pendant 11 mois, en 2022-2023.

    En regardant en arrière et en pensant à mon vécu, je me rends compte que beaucoup de choses m’ont formée.

    La Bible, et donc aussi notre foi, est historiquement prouvée. C’est en Israël Palestine que j’en ai pris conscience pour la première fois. Et cela m’a aidé à mieux apprécier ma foi. Pour moi, la foi — et surtout la personne de Jésus — était très abstraite. Il m’était difficile de comprendre que Jésus soit un homme et qu’il ait vécu sur terre. 

    Durant mon temps à Nazareth, j’ai consacré beaucoup de temps à expliquer la vie du premier siècle aux touristes. J’ai répété les mêmes informations encore et encore, et soudain, ce n’était plus une abstraction. Il devenait de plus en plus facile d’imaginer Jésus enseignant dans la synagogue de Nazareth ou marchant sur la mer de Galilée. J’avais l’impression d’être dans les événements des Évangiles. 

    Il y a aussi quelque chose que je n’avais pas compris jusqu’alors, c’est que les écritures de l’Ancien Testament font référence à Jésus à maintes reprises. Je savais que certains versets, comme celui d’Ésaïe 9, faisaient référence à Jésus. Mais le fait qu’il y ait tant de promesses que Jésus ait accomplies était nouveau pour moi. Et j’ai été ravie de découvrir ces liens. 

    Ce ne sont pas les lieux eux-mêmes — les fouilles ou bien les endroits où Jésus a parlé à ses disciples — qui ont renforcé ma foi. C’est le fait que ce que je lis dans la Bible est confirmé dans de nombreux cas par l’histoire. J’ai été impressionnée par la manière dont Dieu a utilisé les hommes et la nature pour révéler son existence.

    Le musée est une réplique d’un village juif du premier siècle, et Nazareth est aujourd’hui une ville arabe. La majorité du personnel est composée de chrétiens arabes qui représentent les habitants du village historique.

    Bien que je ne connaisse rien à la culture arabe et que je ne parle pas un mot d’arabe, l’équipe du Village Nazareth m’a accueillie comme membre du groupe dès le premier jour. J’ai toujours admiré le personnel pour le temps et l’énergie qu’il consacre à établir des relations avec les volontaires, même si la plupart d’entre eux ne restent que quelques mois.

    Les gens du Village m’ont appris à cultiver les relations et à ne pas juger les gens sur leurs performances.

    Une chose très typique des Arabes est de demander des nouvelles de la famille. Tous les lundis, ils me demandaient si j’avais parlé à ma mère au téléphone et comment elle allait. Ê un moment donné, je me suis retrouvée appeler ma mère le week-end pour ne pas avoir à répéter que je ne lui avais pas parlé.

    J’ai appris que ce ne sont pas toujours les mots qui transmettent l’amour de Jésus. Parfois, ce sont les actes qui parlent plus fort que les mots. J’ai appris à aimer et à apprécier le personnel de Nazareth Village, et je suis reconnaissante pour le témoignage qu’il laisse. 

    — Monika Warkentin est membre de HMC – Iglesia Hermanos Mennitas Concordia, Asuncion, Paraguay, qui fait partie de la conférence des Frères mennonites. Son petit ami paraguayen est venu lui rendre visite pendant son année de service et l’a demandée en mariage à la Mer Morte. Elle est aujourd’hui heureuse en mariage.

    *Le Réseau Anabaptiste Mondial d’Échange de Jeunes (YAMEN) est un programme conjoint du Comité central mennonite et de la Conférence Mennonite Mondiale. Il a pour objectif de promouvoir la communion entre les églises de la tradition anabaptiste et de former de jeunes dirigeants partout dans le monde. Les participants vivent une année dans un contexte interculturel, à compter du mois d’août jusqu’au mois de juillet de l’année suivante.

    39.1

  • Inspiration et reflexion

    Perspectives

    Ressources

    Secrétaire Général 


    Le mot de la rédactrice

    Une confession, et beaucoup d’humilité 

    « Dieu est sous les décombres à Gaza… Il marche avec nous dans la vallée de l’ombre de la mort. Si nous voulons prier, ma prière est que ceux qui souffrent ressentent cette présence bienfaisante et réconfortante ». 

    Dans de son message, le pasteur, professeur et auteur, Munther Isaac, a prononcé ces paroles de lamentation devant son assemblée, en Cisjordanie, en octobre. Elles ont circulé par vidéo et en version imprimée, elles ont été reprises et contestées dans le monde entier au cours des mois qui ont suivi, alors que les décombres ne cessaient de s’amonceler. 

    Ce numéro du Courrier traite d’une question toujours controversée. Au moment où il paraît, la mort s’est abattue sur deux peuples sur une terre appelée Israël, Palestine, Terre sainte, Moyen-Orient, Levant. 

    Cette question « appelle à la confession et à beaucoup d’humilité », déclare J. Daryl Byler, qui travaille depuis longtemps pour le Comité central mennonite en Palestine et en Jordanie. 

    Par l’intermédiaire du Comité central mennonite, les mennonites soutiennent des projets éducatifs destinées au peuple palestinien depuis les années 1940. Dans un pays riche en églises, certains groupes mennonites ont choisi de laisser leur marque par le service plutôt que par l’implantation d’églises. 

    Les mennonites partagent aussi un passé avec les peuples juifs. Les premiers anabaptistes ont reconnu que le judaïsme nous permettait de comprendre Jésus en tant qu’homme juif et qu’il nous permettait de résister à l’empire pour rechercher le royaume de Dieu. Cependant, la coexistence des mennonites et des juifs en Europe aux XIXe et XXe siècles n’a pas toujours été harmonieuse. Dans l’Allemagne nazie, les mennonites avaient autant tendance à soutenir l’État qu’à lui résister. 

    « Les chrétiens ont utilisé la Bible pour soutenir des positions antisémites et sionistes chrétiennes. L’une suggère que le peuple juif n’est pas pleinement humain, l’autre qu’il est spécialement choisi et favorisé », explique J. Daryl Byler. « Aucune de ces positions n’est cohérente avec les valeurs bibliques fondamentales : 

    • Dieu aime le monde 
    • Tous les êtres humains sont créés à l’image de Dieu 
    • Dieu nous appelle à agir avec justice, à aimer la bonté et à marcher humblement 
    • Jésus nous appelle à aimer notre prochain comme nous-mêmes 
    • Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Galates 3,28). 

    Ce numéro s’éloigne de l’horreur qui se déroule chaque jour sur nos écrans pour se pencher sur ces thèmes bibliques et partager des témoignages. 

    Dans notre dossier, des universitaires et des acteurs de terrain nous font part de leur lecture personnelle de la Bible concernant la terre et les peuples qui l’habitent. 

    Les auteurs de Perspectives nous expliquent comment leur séjour sur cette terre a façonné leur foi. 

    « Nous devons désapprendre les mythes », dit Jonathan Kuttab, un chrétien palestinien qui a de nombreux points communs avec les mennonites. 

    Il nous faut désapprendre des mythes sur le peuple palestinien et des mythes sur l’innocence des mennonites à l’égard du peuple juif, ce qui nécessitent humilité et confession. 

    Le fait d’exercer un pouvoir sur d’autres personnes, de les déshumaniser, ne permet pas de construire un monde où chacun peut s’épanouir. Ce n’est certainement pas la voie de Jésus. Qu’il s’agisse d’oppression ou de richesse, nous sommes tous tentés d’en faire porter la responsabilité aux autres et de les détruire pour notre propre bénéfice — qu’ils s’agissent d’Israéliens, de Palestiniens, de juifs, de mennonites ou d’autres. 

    Mais en tant que disciples de Jésus, lorsque nous lisons notre Bible, puissent-elles nous appeler à parler au nom de ceux qui souffrent, quel que soit le ‘camp’ auquel ils s’identifient. Marchons dans la vallée avec ceux qui sont dans l’ombre de la mort. Luttons contre l’injustice, quels qu’en soient les auteurs. Et repentons-nous de notre incapacité à discerner l’injustice, à parler avec courage et à agir avec amour. 

    Karla Braun est rédactrice, auteure et coordinatrice du site Internet de la CMM. Elle vit à Winnipeg, Manitoba, Canada. 

    Further reading on CCC 39.1

    Courier magazine cover - a small tree surrounded by desert
  • Vous êtes invités ! Joignez-vous à nous pour une série de webinaires sur la protection de la création intitulée « Pollinisateur climatique ». Voir ci-dessous. 


    Andre Wiederkehr, de l’Ontario, au Canada, n’a pas de permis de conduire. C’est parce qu’il a choisi de ne pas utiliser de combustibles fossiles pour se déplacer. 

    Sans voiture, il doit parcourir 21 kilomètres à vélo pour se rendre à l’église mennonite de Hanover le dimanche. « Aucun d’entre nous n’est vraiment un cycliste passionné », explique Andre Wiederkehr, qui vit dans une ferme avec son frère et ses parents. 

    La question qui se pose est la suivante : « Est-ce que nous conduisons et poursuivons le système qui ne peut pas durer éternellement, et qui devra donc un jour être rompu, ou est-ce que nous faisons cette rupture maintenant ? » 

    André, son frère Théo et leurs parents ont décidé de faire une rupture de plusieurs façons. 

    • Sur leur ferme de 100 acres, ils s’efforcent de remplacer les tracteurs et les outils motorisés par des méthodes agricoles utilisant la force humaine. 
    • Ils brûlent du bois de chauffage au lieu d’utiliser une cuisinière à gaz ou électrique, et laissent leur cuisinière à bois servir de chauffage pour leur maison. 
    • Ils cultivent la plupart de leurs aliments, ce qui élimine le besoin de transport. 
    • Ils utilisent autant que possible des matériaux de construction locaux, comme le bois, au lieu du métal ou du ciment. 

    Le mode de vie qu’ils ont choisi n’est pas facile. Les frères travaillent dur et se sentent parfois isolés de leurs amis et de leur famille. Alors, comment restent-ils motivés et qu’est-ce qui les pousse à respecter leurs engagements ? 

    « La plupart des gens se tiennent à une sorte de norme morale », explique Andre Wiederkehr. « En ce qui me concerne, je veux être une personne intègre, je veux être capable d’avoir une bonne opinion de moi-même. » 

    Andre Wiederkehr aime fabriquer des outils pour la ferme, et il dit trouver de la satisfaction dans un travail bien fait. Il ajoute qu’il y a quelque chose de gratifiant à « sentir que ce que l’on a fait, on l’a fait dans la bonne voie, de la bonne manière ». 

    Pour Theo Wiederkehr, “ce qui est satisfaisant, c’est… quand je travaille bien avec une autre espèce. C’est ce que je constate le plus souvent avec nos plantes domestiquées”. 

    Theo Wiederkehr est propriétaire d’une entreprise de semences et cultive une grande variété de céréales, dont le blé. « Nous entretenons une relation avec cette plante depuis 10 000 ans dans l’histoire de l’humanité », explique-t-il. « Elle a façonné l’évolution de notre espèce et nous avons façonné l’évolution de son espèce. 

    « Il y a une énorme et étrange satisfaction à tenir dans sa main une gerbe de céréales que l’on a cultivées et récoltées », explique Theo Wiederkehr. « Je l’ai ressentie la première fois que j’ai fait la moisson ». 

    La société moderne est structurée autour de nombreux systèmes qui nuisent à la terre et à l’homme. « En raison de la façon dont notre société s’est développée, nous nous retrouvons dans des situations où il ne semble pas y avoir de bon choix », explique Theo Wiederkehr. 

    Par exemple, « faisons-nous le mauvais choix qui est de nous rendre à l’église d’une manière nuisible, ou faisons-nous le mauvais choix qui est de ne pas faire partie de cette église ? Ni l’un ni l’autre ne semble être une bonne option ». 

    Pour trouver l’inspiration, les frères se tournent vers leur héritage mennonite. « Le désir d’intégrité est profondément ancré dans notre foi », explique Theo Wiederkehr. 

    André donne un exemple : « J’étais passionné de robotique, et j’aime beaucoup plus cela que le jardinage, mais je ne pense pas que je me sentirais bien dans ma vie si c’était ce que je faisais en ce moment ». 

    —Sierra Ross Richer est membre de la Waterford Mennonite Church, à Goshen, en Indiana (États-Unis). Elle est stagiaire au Collectif anabaptiste pour le climat / Anabaptist Climate Collaborative (ACC). Cette histoire, tirée de la série préparée pour la période du carême Pollinisateur climatique : Histoires anabaptistes mondiales sur le changement climatique est reproduite avec sa permission. 

    Cliquez ici pour accéder aux enregistrements des webinaires précédents : 

    Les membres du Groupe de travail de la CMM pour la protection de la création de chaque région animeront une heure de récits et de questions-réponses. Des membres d’églises du monde entier raconteront comment ils sont affectés par le changement climatique et comment ils y répondent par des actions résilientes et l’espoir de l’Évangile.

    Autres articles pour le webinaire Amérique du Nord.

    Chaque webinaire aura lieu le mardi à 14h UTC (cliquez ici pour trouver l’heure dans votre région). Inscrivez-vous ici :

  • Inde

    La division et l’union de l’Église de la General Conference mennonite church de Bharatiya ont été marquées par une série d’événements et de difficultés. La division initiale a été provoquée par un différend sur les droits du président et du secrétaire de l’Église.

    La division et l’union de l’Église de la General Conference mennonite church de Bharatiya ont été marquées par une série d’événements et de difficultés. La division initiale a été provoquée par un différend sur les droits du président et du secrétaire de l’Église. 

    En 1994, une question apparemment mineure, celle du choix de la date et du lieu du congrès annuel, est devenue le catalyseur d’une division. Certains membres souhaitaient que le congrès se tienne à Jagdishpur (dans la zone au nord de l’Église) au lieu de Janjgir (dans la zone au sud), ce qui a entraîné des divergences entre les membres du bureau. 

    Cela a conduit à deux réunions distinctes, une à Janjgir et une à Jagdishpur, aboutissant à une église divisée avec deux présidents. 

    Les élections étaient une préoccupation majeure à cette époque. Pour résoudre le problème, il a été décidé d’organiser des élections séparément à Janjgir et Jagdishpur, créant ainsi deux comités exécutifs. Cette division s’est intensifiée lorsque le président a tenté d’imposer des restrictions sur les opérations bancaires, ce qui a conduit à des litiges juridiques et à des rapports de police. 

    Des efforts de réconciliation ont été déployés, notamment par des interventions de pasteurs, du Comité central mennonite (MCC) et de l’Evangelical Fellowship of India. Cependant, ces tentatives n’ont pas donné de résultats positifs et l’animosité a continué de croître entre les deux factions. 

    La situation a pris une tournure juridique avec des audiences devant la Haute Cour, impliquant les deux parties ainsi que les sociétés et les institutions impliquées. La Haute Cour a statué, mais le différend a continué. 

    En 1997 et 1998, des élections ont eu lieu à nouveau, et elles ont renforcé encore davantage la division. Il semblait que la réconciliation devenait de plus en plus improbable. Aucune des deux parties n’était disposée à coopérer. 

    Cependant, un tournant s’est produit lorsqu’une rencontre fortuite a eu lieu entre moi et feu M. N.S. Badhai au Mémorial de Gass, à Raipur, en 1999. Cette rencontre inattendue a donné lieu à une conversation sur la réconciliation. 

    Nous avons tous deux reconnu notre rôle de responsable et donc notre responsabilité de réaliser l’unité dans l’Église. Nous avons décidé de demander la médiation du révérend C.S.R. Geer (un ancien mennonite de Jaghdishpur) dans le but de convoquer une conférence commune (AGA). 

    Avec le soutien d’un responsable de l’Evangelical Fellowship of India (EFI), une conférence commune a été organisée à Jagdishpur en novembre 2002. Malgré la concurrence initiale, j’ai retiré ma candidature pour le poste, et M. N. S. Badhai a été élu président. Un message puissant du responsable de l’EFI sur l’histoire du fils prodigue (Luc 15,11-32) a touché les cœurs. 

    Les membres des deux factions se sont pardonnés mutuellement et ont décidé de se réunir et de vivre ensemble à l’avenir. 

    Depuis, la General Conference mennonite church de Bharatiya a maintenu son unité sous la direction du président de l’union d’églises. La grâce de Dieu a continué à guider l’Église sur un chemin harmonieux malgré de nombreux obstacles. 

    —M. Prem Kishor Bagh est secrétaire de l’Église au siège social de la General Conference mennonite church de Bhartiya à Jagdishpur, (Inde). 


    Courrier 38.4

  • Brésil 

    Cependant nous pouvons construire quelque chose de nouveau au lieu de détruire l’ancien. 

    En 2011, l’Église des frères mennonites du Brésil – COBIM – Frères mennonites (FM) a dû entamer des conversations difficiles. Dieu avait amené des responsables d’autres dénominations dans le COBIM. Il nous fallait maintenant apprendre à gérer ces différences. Les responsables traditionnels des Frères mennonites n’avaient pas prévu de faire venir ces pasteurs issus d’horizons différents ; et eux n’avaient certainement pas prévu de devenir FM ! 

    J’étais l’un de ces derniers. En tant que pasteur des Assemblées de Dieu, j’ai prêché une fois dans une église des frères mennonites et j’ai juré de ne jamais plus le faire. 

    Mais après avoir déménagé dans une banlieue de Curitiba en 2006, des incitations du Saint-Esprit m’ont conduit à maintes reprises dans une assemblée Frères mennonites. Après plusieurs mois d’engagement et d’adhésion à la paroisse, en octobre 2007, le pasteur nous a invités, moi et ma femme, à devenir pasteurs. 

    Dieu accomplissait de très grandes choses dans cette assemblée. Et ce que Dieu faisait localement a commencé à s’étendre vers l’union d’églises. 

    Lorsque nous nous réunissions avec les autres églises FM, nous voyions les différences dans la manière de conduire le culte, de prier, de prêcher. Nous avions des différences culturelles entre l’allemand et le portugais ; entre une culture individualiste et une culture ‘collectiviste’. Celles-ci étaient évidentes. 

    Qui avait raison ? Ceux qui étaient plutôt traditionnels ou ceux qui étaient plutôt pentecôtistes ? 

    Dieu qui voit tout a dit : « Je vais combiner les deux. Nous voulons construire quelque chose de nouveau où personne n’a raison ni n’a tort, mais où les deux ont raison et les deux ont tort et nous les lions pour former un tout. » 

    Nous avons décidé de créer un lieu plus large où les traditionnels et les plus charismatiques pourraient cohabiter. Où tous deux pourraient se respecter et s’enseigner mutuellement : où nous nous complèterions. 

    Les pentecôtistes qui se sont insérés dans la culture anabaptiste doivent apprendre de ce mouvement anabaptiste. Mais nous devons aussi partager ce que nous avons reçu. 

    Cela demande de beaucoup se parler. 

    Nous avons souligné un côté. Nous avons montré l’autre côté. Nous avons défini nos limites afin de pouvoir coopérer. 

    Nous voulions que nos forces convergent, et non se disputer ou créer des tensions autour du pouvoir. 

    Il y a eu beaucoup de moments difficiles. 

    Plusieurs fois, on m’a tapé sur l’épaule pour me demander : « Combien de temps vas-tu rester ici ? » On m’a laissé entendre que je devrais prendre ma différence et l’emmener ailleurs. 

    Une autre fois, lors d’une conférence de pasteurs, certains s’amusaient de l’œuvre du Saint-Esprit et de la façon dont les gens réagissaient avec émotion. J’avais le cœur lourd à l’idée qu’ils plaisantaient de quelque chose d’aussi sérieux. 

    Mais j’ai senti que le Seigneur m’appelait à être patient. Dieu allait faire quelque chose de nouveau. Si les gens n’étaient pas disposés à changer, Dieu interviendrait. 

    Au cours de la période suivante, les responsables les plus résistants au changement ont tous quitté l’église FM, pour diverses raisons. 

    Ces responsables n’étaient ni de mauvais responsables ni des pécheurs, ils ne voyaient tout simplement pas ce que Dieu voulait faire. Leurs convictions basées sur le passé et ce qu’ils avaient appris étaient plus fortes que leur espoir dans ce que le Seigneur voulait faire. 

    Au moment où l’Esprit est venu sur les non-juifs, les responsables ne comprenaient pas pourquoi Dieu se tournait vers les non-juifs. Mais ils étaient assez ouverts pour comprendre que le Seigneur faisait une chose nouvelle, en construisant un ‘pot qui bénirait à partir de ‘l’argile qu’étaient les juifs et les non-juifs mélangée à l’eau du Saint-Esprit’. 

    Dans le COBIM, Dieu m’a donné un ‘Barnabas’ – nommé Paul. C’est un frère mennonite ‘traditionnel’, dont le père est originaire de Russie et la mère a étudié à Goshen College, aux États-Unis. 

    Après une carrière dans le commerce international – qui lui a ouvert les yeux sur différentes façons de faire – il a pris des responsabilités dans l’assemblée locales Frères mennonites. Son parcours lui permet en quelque sorte ‘d’interpréter’ le mouvement charismatique pour la culture anabaptiste. Nous avons besoin de pont ; les nouvelles méthodes ne sont pas simplement téléchargées. 

    Alors que nous apprenons à vivre avec les différences, nous prions les uns pour les autres. Cela montre notre nouvelle disposition. 

    J’ai beaucoup appris en étudiant l’histoire anabaptiste. Grâce aux frères mennonites traditionnels, Dieu m’a conduit à sa Parole. Lorsque j’annonce une parole prophétique, elle est fondée sur les Écritures et sur un discernement commun. 

    Petit à petit, ces deux groupes très différents au sein du COBIM prennent en compte leurs différences et avancent doucement. Nous pouvons voir les choses en noir et blanc, ou nous pouvons créer un espace où nous comprenons que si l’un peut faire ce chemin, l’autre peut aussi le faire, et nous pouvons marcher ensemble. 

    « Nous avons tous nos arrière-plans », dit Paul, « mais lorsque nous sommes ouverts, Dieu nous se révèle à nous à travers les Écritures et nos expériences. » 

    Dans le passé, le choc des cultures était un obstacle. Maintenant, lorsque nous avons des problèmes, nous ne nous rangeons pas chacun d’un côté, mais nous nous asseyons ensemble. Nous devons être prêts à comprendre que Dieu agit de différentes manières (voir les trois pratiques de Larry Miller pour construire la communion). 

    Qu’a accompli Dieu par le conflit dans le COBIM ? Dieu a donné à certains responsables charismatiques un cœur ouvert pour entendre et apprendre. Dieu a donné aux Frères mennonites traditionnels un cœur ouvert pour entendre et aimer. Dieu nous a réunis pour que le royaume de Dieu grandisse, au Brésil et dans le monde. 

    —Reginaldo Valim est pasteur de Igreja Evangélica Irmãos Menonitas (Frères mennonites) de Campo Grande, Mato Gross do Sul (Brésil).  


    Courrier 38.4

  • Malawi

    « Je suis un Yao», dit Madalistso Blessings Kaputa. Ce groupe ethnique est considéré comme musulman au Malawi.  

    « Les Chewas, les Yaos et les Lomés (groupes ethniques majeurs au Malawi) peuvent tous faire partie de la famille de Dieu » dit-il. 

    En tant que Yao, il a la possibilité de représenter l’Église dans les zones musulmanes. « Il existe un lien, une relation entre les musulmans et l’Église. Nous essayons de laisser la communauté musulmane Yao se définir elle-même. Nous faisons partie de la famille de Dieu. Nous n’imposons rien. Les églises travaillent ensemble », dit-il.  

    « Je suis un témoin vivant de l’Église et de la façon dont les anabaptistes vivent avec les autres. Si je n’étais pas capable de vivre de cette manière, il me serait difficile de vivre dans une communauté musulmane. Je recherche la paix. Je partage l’Évangile avec dans la paix. 

    Les paroisses anabaptistes-mennonites du Malawi proclament avec audace l’Évangile en offrant aide et secours tout autant à leurs membres et qu’à leur communauté. 

    Il existe deux églises membres de la CMM au Malawi : Mpingo Wa Abale Mwa Kristu (Frères en Christ- BIC) et l’Église Mennonite des Frères (MB) au Malawi. Toutes deux ont été soutenues à leurs débuts par des évangélistes africains. 

    Mpingo Wa Abale Mwa Kristu (BIC) : Comme l’appel macédonien (Actes 16) 

    Un petit groupe a commencé à se réunir pour prier à Blantyre en 1983. Il a appris l’existence de l’église BIC au Zimbabwe et a souhaité établir un lien avec elle. Pendant qu’ils priaient, ils ont été amenés à écrire une lettre invitant les responsables du Zimbabwe à venir. 

    L’Église BIC du Zimbabwe a entendu cet appel. En 1984, ils ont envoyé les pasteurs Philemon M Khumalo, Bekithemba Dube et leur famille. 

    Une petite assemblée a commencé à se réunir à Ndirande, une banlieue de Blantyre, le centre industriel et urbain du pays. Une deuxième assemblée a bientôt été ouverte à Zombe. Elle a été officiellement reconnue en 1986. 

    Les premiers responsables étaient Sani Selamani Chibwana qui a réuni les premiers amis ; Melawrie Fred Mbamera qui est devenu président et Ephraim Disi, secrétaire. 

    Aujourd’hui, l’Église compte 75 assemblés locales dans les régions du sud et du centre du pays. Il est formé de membres de plusieurs groupes ethniques. 

    L’Église a un ministère envers les jeunes et les femmes. Il existe des projets d’évangélisation, des ministères auprès des personnes touchées par le VIH/SIDA et d’autres ministères de compassion. 

    Ses membres vivent leur identité anabaptiste en pratiquant la paix et l’amour mutuel. Ils cherchent à vivre comme le Christ l’a montré dans Matthieu 5. « Nous avons besoin de Jésus car Dieu est amour. C’est cela notre véritable identité », dit Madalitso Blessing Kaputa. 

    Lorsque les membres annoncent l’Évangile et découvrent qu’il y a des besoins matériels, ils apportent leur aide : en priant, en accompagnant ceux qui en ont besoin et en les soutenant dans la recherche de la guérison ou par des ressources. 

    Ils apportent également un enseignement tiré de la Bible sur le besoin de mettre sa foi en Jésus-Christ plutôt qu’en de fausses doctrines. 

    « Nous pouvons atteindre les gens de deux manières : par les aspects spirituels et par les aspects pratiques », dit Madalitso Blessings Kaputa. 

    « Nous sommes là. Nous sommes sel et lumière, répondant à leurs besoins en prenant en considération la personne tout entière avec un évangile holistique », dit-il. 

    Difficultés 

    La pandémie n’était que l’un des problèmes majeurs auxquels est confrontée l’Église BIC au Malawi. Le VIH/SIDA continue de détruire les familles. L’épidémie de choléra ne s’est atténuée que récemment. Le changement climatique provoque des sécheresses et des intempéries. Récemment, le cyclone Freddy a balayé le pays, détruisant des maisons, des bâtiments d’église et anéantissant des jardins et des cultures, entraînant la mort de pasteurs, de membres de paroisses et de voisins. Les pénuries alimentaires entraînent une hausse des prix. L’Église prie pour savoir comment elle peut aider lorsque les récoltes ne sont pas bonnes. 

    Mais l’Église BIC ne regarde pas qu’aux problèmes. Elle a de l’espoir. 

    « Nous sommes l’agent que Dieu a chargé de transmettre de l’amour à ceux qui ne sont pas aimés », dit Madalitso Blessings Kaputa. 

    « Même si aujourd’hui nous avons des problèmes de santé, l’Église est là pour donner nous de l’espoir. 

    « Même devant un défi comme le changement climatique, nous avons de l’espoir avec Jésus », dit-il. 

    Le baptême : un moment de joie 

    Ê propos d’un récent baptême, Madalitso Blessing Kaputa dit « Si cela avait été une tasse de thé, on y aurait ajouté beaucoup de sucre… pour montrer notre joie ! » 

    Au Malawi, un pays en grande partie rural, le baptême est principalement célébré au bord des rivières ou des lacs. 

    La plupart du temps, de nombreuses personnes, debout, regardent et se réjouissent. 

    C’est un moment de communion fraternelle, alors il y a souvent de la nourriture. 

    Rien ne peut se passer sans chansons ! Chanter, c’est manifester notre joie. 

    Parfois, le baptême est demandé après des mois ou une année d’études. Mais quelquefois d’autres se réveillent et disent : « Allons-y ! » et comprennent ensuite la signification de leur baptême. Après tout, ce n’est pas le baptême qui apporte le salut, mais ce qui se passe dans le cœur. 

    —Madalitso Blessing Kaputa est un évangéliste de l’Église BIC du Malawi. 

    Leaders at the MBCM annual general conference.
    Réunion des responsables lors de l’assemblée générale annuelle du MBCM. Photo : Lyson Makawa

    Église des Frères Mennonites (MB) au Malawi : multiplication des paroisses 

    En 2009, un homme originaire de République démocratique du Congo qui vivait dans le camp de réfugiés de Dzaleka (district de Dowa au Malawi), a pensé qu’il fallait fonder une assemblée. Safari Mutabesha Bahati (RDC), Onesime Kabula (Rwanda), Charles Isaiah, Chiza Sedata, Gems Mariamungu, Gemeya et leur famille ont commencé une paroisse qui a grandi. Des personnes de RDC, du Burundi, d’Éthiopie et du Rwanda s’y sont joints, parlant français, anglais, swahili et bien d’autres langues encore. 

    Leur ferveur évangélique les a emmenés au-delà des limites du camp pour implanter des églises parmi les Malawites locaux. 

    Aujourd’hui, il y a deux paroisses dans le camp et 60 à l’extérieur, dispersées dans les zones rurales de ce pays densément peuplé. 

    La stratégie est qu’une paroisse en implante une autre. Celles-ci forment des centres de 7 à 12 assemblées locales autour d’un centre missionnaire dirigé par un pasteur principal qui rend compte à l’exécutif. Avec cette croissance rapide, toutes les paroisses ne disposent pas d’un pasteur ayant une formation, mais trois fois par an, les pasteurs se réunissent pour une ou deux semaines de formation dans le cadre des ateliers de Formation au Leadership Missionnaire de l’ICOMB. 

    La solidarité régionale et culturelle est forte dans la société malawite. L’Église MB cherche à dépasser ces barrières. « Dans l’Église, tous ces groupes sont ensemble : notre langue commune est Jésus-Christ notre chef. Ce qui nous unit, c’est l’Évangile », dit Lyson Makawa. 

    Les MB s’efforcent d’implanter des églises holistiques. L’évangélisation et la formation de disciples sont des priorités. « Nous croyons qu’il faut former les personnes qui viennent à Jésus-Christ afin qu’elles puissent se développer en maturité », déclare Lyson Makawa. Les nouveaux croyants sont encouragés à suivre des cours pendant au moins un mois pour apprendre les bases de la foi avant le baptême. 

    « Nous croyons aussi qu’il est important d’implanter des assemblées là o√π vous êtes connus spirituellement et physiquement. » 

    Un exemple est le projet de couture lancé dans le camp de réfugiés. Les femmes apprennent à coudre des articles destinés à la vente afin d’avoir une source de revenu. 

    Un autre projet consiste à distribuer un système agricole en kit. Les agriculteurs reçoivent un seau dans lequel se trouvent un outil pour l’irrigation et des graines de légumes. 

    La paroisse a également fourni un incubateur pour faire éclore des poussins pour que les pasteurs puissent élever des poulets afin de se nourrir et avoir un revenu. 

    Difficultés 

    Les pasteurs sont confrontés à de nombreuses difficultés : du manque de formation aux déplacements entre villages en passant par le fait de devoir subvenir aux besoins de leurs familles avec peu de revenus. Leurs paroisses comptent sur eux pour obtenir un soutien spirituel tandis que leurs familles ont besoin d’un soutien financier. 

    Bien que la plupart des pasteurs soient des hommes, une femme est pasteure. Jusqu’à 70 pour cent des membres des assemblées locales sont des femmes. Bien que les différences dans les pratiques religieuses entre maris et femmes puissent causer des problèmes conjugaux, ces difficultés poussent parfois aussi les femmes à chercher de l’aide dans leur paroisse. 

    L’Église MB n’a pas été épargnée par les conséquences du cyclone Freddy. Elle concentre ses efforts de secours vers les personnes âgées, les personnes handicapées et celles qui ne sont pas en mesure de subvenir à leurs besoins. 

    Les cultes 

    La réunion du dimanche matin commence par une prière, suivie d’environ 30 minutes d’enseignement. Le chant suit sous différentes formes : louanges puissantes avec des danses, hymnes plus contemplatifs et chorales. Au cours de l’heure suivante, le pasteur ou un ancien, ou même un pasteur d’une autre assemblée, prêche la Parole de Dieu. Ensuite, c’est le moment de l’offrande, suivie de la bénédiction. 

    Les paroisses organisent parfois des cultes en milieu de semaine pendant environ une heure. 

    Des réunions pour enseigner la Parole de Dieu ont lieu le mercredi, à partir de 15 heures. 

    Le jeudi, souvent les femmes se réunissent. C’est l’occasion de travailler ensemble comme pour décorer l’église, ou avoir des moments de soutien mutuel. 

    Le samedi, il y a des réunions d’intercession. « Nous avons un Dieu qui répond à nos prières », déclare Lyson Makawa. 

    —Lyson Makawa est coordinatrice du leadership et du renforcement des capacités auprès de l’Église des Frères mennonites (MB) du Malawi. 

    Relations avec d’autres églises 

    « Nous savons que nous appartenons à la grande famille anabaptiste », déclare Lyson Makawa. « Avoir les mêmes racines nous unit. » 

    Les églises mennonites-anabaptistes du Malawi sont reliées au corps plus large du Christ dans le monde ainsi qu’entre elles. Le BIC et le MB sont tous deux liés au Comité central mennonite et travaillent ensemble. 

    Les MB ont également collaboré avec un groupe anabaptiste-mennonite conservateur du pays pour la publication de matériel d’évangélisation. 

    Les relations se poursuivent entre les églises BIC du Malawi et du Zimbabwe : des Zimbabwéens sont fréquemment invités aux conférences des églises du Malawi, et apportent parfois des enseignements. Une délégation de femmes du Malawi s’est rendue au Zimbabwe dans le cadre d’un projet d’apprentissage. 

    Ê l’instar de son Église mère, le Malawi BIC évangélise également dans de nouveaux domaines. Une planification stratégique est en cours pour atteindre la partie nord du pays ainsi que le Mozambique voisin. « Nous avons à cœur la mission », déclare Madalitso Blessing Kaputa. 

    Les relations avec d’autres organisations ecclésiales rappellent aux frères et sœurs du Malawi qu’ils ne sont pas seuls. « Quoi qu’il se passe à la CMM, cela implique même l’Église du Malawi. Nous ne tenons pas cela pour acquis : nous sommes une famille », déclare Madalitso Blessings Kaputa. 


    Courrier 38.4

  • Vous êtes invités ! Joignez-vous à nous pour une série de webinaires sur la protection de la création intitulée « Pollinisateur climatique ». Voir ci-dessous. 


    De janvier à avril, c’est la saison des pluies à Guayaquil, une ville portuaire sur la côte équatorienne. Mais cette année, explique Sara Noemi Viteri Moreno, membre de Iglesia Jesus el Buen Pastor (Église mennonite Jésus le bon berger) à Guayaquil, il n’a pratiquement pas plu. 

    Sara Noemi Viteri Moreno est une ingénieure en environnement qui aide à diriger le programme pour les jeunes dans son église. 

    « Il ne pleut plus comme avant, dit-elle, ce qui fait qu’il fait plus chaud ». Elle soupçonne que ces tendances sont liées à un autre facteur : la diminution des terrains arborés de la ville. 

    « Près de l’église, il y avait des arbres très vieux », explique Sara Noemi Viteri Moreno. Mais il y a environ cinq ans, la ville les a abattus. 

    Depuis, il y a moins d’ombre et la chaleur accrue est notable, explique Sara Noemi Viteri Moreno. Ces arbres ne sont pas les seuls en cause. Partout dans la ville, des arbres ont été abattus en raison de l’augmentation de la population. « Ces arbres amenaient la pluie dans cette région », dit-elle. 

    Avec plus de trois millions d’habitants, Guayaquil est la plus grande ville d’Équateur, et elle ne cesse de s’agrandir. La plupart des nouveaux arrivants sont des Équatoriens originaires des régions rurales, mais la ville accueille également un nombre croissant de réfugiés venus de l’extérieur du pays, principalement du Venezuela. 

    Depuis 2015, l’Équateur a accueilli plus de 500 000 réfugiés fuyant les troubles politiques, la violence, la pauvreté et l’insécurité économique et sociale au Venezuela. Ê Guayaquil, beaucoup vivent au bord des rivières, sous les ponts et dans les parcs.  

    La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) décrit le changement climatique comme un multiplicateur de menaces. « Il aggrave les pressions sociales, économiques et environnementales, entraînant des bouleversements sociaux, voire des conflits violents. » 

    L’immigration de réfugiés en provenance du Venezuela signifie que des destinations comme Guayaquil deviennent de plus en plus surpeuplées. Les gens coupent les forêts et construisent près des rivières. Cela entraîne des problèmes comme des glissements de terrain et des inondations, explique Sara Noemi Viteri Moreno. 

    Dans l’église, « nous ne sommes pas très conscients de ce qui se passe. » 

    Cependant, ils soutiennent les réfugiés vénézuéliens. Au fil des ans, le bâtiment de l’église a servi de foyer temporaire à des familles à la recherche d’un emploi et d’un logement. Les fidèles ont fourni aux nouveaux arrivants des matelas pour dormir, de la nourriture pour manger et des vêtements pour se vêtir. 

    « La migration signifie qu’il y a plus de gens au même endroit », explique Sara Noemi Viteri Moreno. « Il n’y a plus d’endroits où s’établir. » 

    « Cela fait partie du changement climatique. C’est un des problèmes auquel nous pouvons nous attaquer au départ. 

    —Sierra Ross Richer est membre de la Waterford Mennonite Church, à Goshen, en Indiana (États-Unis). Elle est stagiaire au Collectif anabaptiste pour le climat / Anabaptist Climate Collaborative (ACC). Cette histoire, tirée de la série préparée pour la période du carême Pollinisateur climatique : Histoires anabaptistes mondiales sur le changement climatique est reproduite avec sa permission. 

    Cliquez ici pour accéder aux enregistrements des webinaires précédents : 

    Les membres du Groupe de travail de la CMM pour la protection de la création de chaque région animeront une heure de récits et de questions-réponses. Des membres d’églises du monde entier raconteront comment ils sont affectés par le changement climatique et comment ils y répondent par des actions résilientes et l’espoir de l’Évangile.

    Autres articles pour le webinaire Amérique latine

    Chaque webinaire aura lieu le mardi à 14h UTC (cliquez ici pour trouver l’heure dans votre région). Inscrivez-vous ici :

  • Les valeurs anabaptistes, au contraire, appellent à l’intendance (une prise en charge réfléchie), à la simplicité et à la dignité de toutes les personnes créées à l’image de Dieu. Au nom de la Conférence mennonite mondiale, le Groupe de travail pour la protection de la création (Creation Care Task Force, CCTF) a soutenu l’appel interreligieux en faveur d’un traité de non-prolifération des combustibles fossiles. « Pour être de bons gardiens de notre maison commune, nous devons agir et mettre fin progressivement à la production de combustibles fossiles », peut-on lire dans la lettre interconfessionnelle. 

    Elle appelle les gouvernements à établir un plan mondial contraignant visant à 

    1. mettre fin à l’expansion de toute nouvelle production de charbon, de pétrole ou de gaz ; 
    2. Éliminer progressivement la production existante de combustibles fossiles d’une manière juste et équitable ; 
    3. Assurer une transition juste à l’échelle mondiale vers un accès à 100 % aux énergies renouvelables. 

    La lettre, adressée aux gouvernements du monde entier, a été remise pour la première fois aux dirigeants mondiaux lors de la COP27 (Conférence des parties des Nations unies sur le changement climatique de 2022 à Charm el-Cheikh, en Égypte). Cet appel, lancé en 2015 par les pays des îles du Pacifique dont les frontières sont rapidement réduites par la montée des océans, tente d’inciter les nations à s’attaquer à la production de pétrole, de gaz et de charbon et à négocier une transition équitable vers les énergies renouvelables. 

    « Il est important que les anabaptistes fassent entendre leur voix pour soutenir les actions en faveur de la planète », déclare Doug Graber Neufeld, président de la CCTF. « L’abandon des combustibles fossiles est une des meilleures façons de soutenir nos frères et sœurs du monde entier dont la survie est menacée par le changement climatique ». 

    « Pour les anabaptistes du Sud, la production et l’utilisation de ressources naturelles non renouvelables telles que les combustibles fossiles, le gaz et le charbon soulèvent divers problèmes éthiques, notamment en ce qui concerne nos responsabilités envers les générations futures. Nous devons non seulement rechercher des énergies alternatives, mais aussi veiller à ce que chacun puisse profiter équitablement de l’abondance des ressources naturelles. Nous croyons que la création de Dieu peut répondre à tous les besoins humains, mais pas à l’avidité humaine », déclare Nindyo Sasongko, représentant de la CCTF pour l’Asie. 

    « Toute la création est l’œuvre de l’amour de Dieu », déclare Thomas R. Yoder Neufeld, président de la Commission Foi et Vie. « Se détourner de l’exploitation irresponsable des énergies fossiles n’est pas seulement dans notre intérêt humain, mais c’est surtout une manière de participer à l’amour de Dieu pour le monde ». 

    « Les anabaptistes croient que les schémas humains d’avidité, d’égoïsme et de surconsommation sont des péchés qui nécessitent la repentance et la transformation. Il s’agit d’un travail spirituel, mais aussi d’un travail sociétal. Cet appel à la non-prolifération des combustibles fossiles demande aux gouvernements d’utiliser leur pouvoir pour réduire les effets de ces péchés sur les plus vulnérables et sur l’ensemble de l’humanité », dit César García, secrétaire général de la CMM. 

    La CMM rejoint des centaines d’autres groupes religieux, du Mouvement Laudato Si’ (catholique romain) au Parlement des Religions du Monde, en demandant aux gouvernements d’élaborer et de mettre en œuvre un traité de non-prolifération des combustibles fossiles. 

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