‘More with Less’ (Plus avec Moins) est le titre d’un livre de cuisine bien connu des mennonites. Doris Longacre Janzen, économiste domestique et travaillant avec le MCC, a rédigé ce livre de cuisine contre-culturel dans les années 1970. Il illustre les idéaux mennonites de simplicité et s’inspire des manières de vivre dans des régions du monde où le temps et l’argent ont une différente valeur [que dans le monde occidental].
Avoir ‘Plus avec Moins’ peut sembler une promesse destinée à être rompue. Cela peut aussi ressembler à un fardeau : demander plus d’efforts avec un rendement plus faible.
Pourtant, n’est-ce pas à cela que Jésus nous appelle en considérant les lys des champs (Luc 12/27) ?
Quand Jésus nous exhorte à aimer Dieu par-dessus tout et notre prochain comme nousmêmes (Luc 10/26-28), n’est-ce pas un appel à vivre plus de manière communautaire avec moins de choses ? Et ‘notre prochain’ pourrait-il être tout ce qui vit ?
En dépit de toutes les années d’avertissements, dans toutes les régions du monde, on commence seulement à voir les conséquences du changement climatique. On passe d’une saison record à une autre.
Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a déclaré : « Notre monde a besoin d’actions sur tous les fronts : tout faire, partout, et tout à la fois. »
Ce numéro de Courrier publie des articles sur la manière dont nos communautés font ‘plus avec moins’.
Nous lisons qu’une paroisse de Colombie appelle ses membres à repenser leurs habitudes quotidiennes, à trouver comment moins gaspiller et comment motiver leur communauté.
Nous découvrons comment la créativité et la beauté peuvent encourager les jeunes en France à choisir une vie simple à la suite de Jésus.
Nous lisons des articles sur les communautés touchées par les événements météorologiques en Indonésie et au Zimbabwe, et comment elles s’unissent pour se soutenir mutuellement.
Nous voyons comment la protection de la création, la dignité et l’espérance sont associées en Afrique pour former des communautés florissantes où l’évangile est proclamé en paroles et en actions.
En Jésus, nous avons un modèle de ‘plus avec moins’. Nous avons aussi un cadre pour mener des actions individuelles et communautaires. Dieu appelle chacun de nous à la repentance et au changement de vie ; il nous donne le Saint-Esprit et une communauté spirituelle pour cheminer ensemble.
Lorsque nous nous détournons de la consommation, notre assemblée locale peut nous aider à faire des choix responsables. Ensemble, nous pouvons trouver de la joie dans des actions qui protègent la création de Dieu – humaine, animale, végétale et minérale – près de nous et dans le monde entier.
Notre foi peut aussi nous souffler des paroles de confession et de repentance pour ce défi au changement personnel et à la révolution systémique. En tant que communautés chrétiennes, nous pouvons élever notre voix collectivement pour transformer les systèmes de cupidité et de consommation qui rendent de meilleurs choix si difficiles.
La crise climatique est pour beaucoup une cause de désespoir. Vivant plus avec moins, Jésus-Christ nous montre un chemin à parcourir ensemble avec son Esprit et avec espérance.
— Karla Braun est rédactrice en chef de COURRIER pour la Conférence Mennonite Mondiale. Elle vit à Winnipeg (Canada).
Une nouvelle encourageante concernant la protection de la création est qu’il existe un nombre croissant d’organisations sérieuses et de sites en ligne offrant d’excellentes ressources.
Le Groupe de travail pour la Protection de la Création de la CMM recommande les sites suivants comme particulièrement utiles :
« Heureux l’invité que tu choisis, il demeurera dans tes parvis. » (Psaume 65/5 TOB)
La halte de prière de l’assemblée mennonite de ChâtenayMalabry, Paris (France) a vu le jour dans le cadre du cheminement vers Pâques en mars/avril 2021 en pleine pandémie du COVID-19. Initiée par notre ancien pasteur, Silvie Hege, sous la forme d’un rendezvous hebdomadaire d’une heure pendant la pause déjeuner, de 12h 30 à 13h 30, à distance sur la plateforme Zoom, ce temps de prière devait avoir lieu tous les vendredis du début du carême jusqu’à Pâque.
Marquer une pause
Ce temps était l’occasion de marquer une pause dans notre journée, dans notre semaine, pour venir nous ressourcer auprès du Père, cheminer avec Jésus. Temps associé au jeûne pour ceux qui le souhaitaient, temps de mise à part, temps de partage, la halte de prière nous a vraiment permis de nous sentir proches de Jésus en cette période, et proches les uns des autres, unis par le sacrifice de Jésus-Christ à la croix.
Quand Pâques 2021 est passé, il nous a été impossible d’arrêter ce rendez-vous divin, cette rencontre hebdomadaire avec le Père qui nous fait tant de bien.
J’ai alors pris la responsabilité de prendre en charge la conduite de ce temps de prière. Nous continuons jusqu’à ce jour, même pendant les vacances, en nous relayant si besoin pour l’animer.
Bien que le jour a été changé, passant du vendredi au mercredi pour des raisons de commodité, nous avons gardé le principe de départ : prendre une pause-déjeuner d’une heure quinze minutes en moyenne avec notre Seigneur, nous reposer dans Sa sainte présence et nous tenir sur la brèche.1
Louer, adorer et rendre grâce
Pendant nos rencontres, la lecture d’au moins un passage biblique nous permet de contempler notre Dieu et de prier sur la base de Sa parole. Nous pouvons alors Le louer et L’adorer, Lui rendre grâce et intercéder pour le monde, pour les sujets de prière partagés au sein de notre église à Châtenay-Malabry et au sein de cette cellule de prière.
Chaque membre de la paroisse est le bienvenu, le lien de connexion est rappelé et partagé chaque semaine via les différents canaux de communication de la paroisse. Le nombre de participants n’est pas grand, mais les bienfaits de Dieu sont tellement grands, nous avons vu beaucoup de prières exaucées.
Il y a un petit nombre de fidèles aux rencontres, ce qui en fait aussi un lieu privilégié où une confiance est établie, nous permettant de partager des sujets de prière qu’on ne peut pas toujours exprimer devant toute l’assemblée le dimanche.
Nous avons quelquefois la joie de la présence inattendue d’une personne que le Saint-Esprit conduit à se connecter, parfois de manière très particulière.
Cette halte nous a permis de voir tellement d’exaucements et tellement de signes de la part de Dieu que cela nous a bien conforté dans l’idée qu’il était bien présent avec nous dans ce temps.
Chaque rencontre est un vrai moment de ressourcement ; qu’il y ait 2, 4 ou 6 personnes connectées, nous nous sentons privilégiés de pouvoir participer à ce temps de prière, selon ce qui est écrit dans le psaume 65/4.
Une contrainte qui avère être un atout
The idea of this prayer time, meeting via L’idée de ce temps de prière à distance via Zoom n’aurait très probablement pas vu le jour sans le COVID-19. Ce mode de rencontre que nous aurions pu considérer au départ comme une contrainte, comme un frein, s’est avéré être un vrai atout car nous pouvons ainsi participer quel que soit l’endroit où nous nous trouvons : depuis la maison, le bureau, notre lieu de vacances…avec la seule condition d’avoir une connexion internet. Dieu fait vraiment concourir toutes choses au bien de ceux qui l’aiment.
La halte de prière est dans notre assemblée locale la seule rencontre hebdomadaire en dehors du culte ; nous rendons vraiment gloire à Dieu pour ce rendez-vous supplémentaire dans la communion fraternelle et pour tout ce que nous avons vécu pendant ces temps bénis depuis le début.
Les difficultés sont grandes, nous voulons continuer de nous tenir sur la brèche pour que le Seigneur agisse dans les nations, dans nos vies, dans toutes les situations que nous traversons, afin que nous puissions voir la gloire de Dieu se manifester.
—Nicole Djuissi est membre de l’équipe pastorale, responsable de la réunion de prière en ligne et elle est également responsable d’un groupe de maison. Elle est employée comme chef de projet numérique, et est mère de deux enfants de 13 et 17 ans.
1Psaume 106/23; Ézéquiel 22/30, Ésaïe 11-12
Canada
Torsque nous lisons les Écritures avec le ciel au-dessus de nos têtes, elles prennent une nouvelle vie.
Des phrases comme Les cieux racontent la gloire de Dieu (Psaume 19/1), Tous les arbres des champs battront des mains (Ésaïe 55/12) et Que la justice coule comme de l’eau (Amos 5/24) prennent une signification plus profonde lorsque nous réfléchissons à la création en tant que participante à la louange et annonciatrice de la sagesse de Dieu.
Jésus enseignait dehors. Il a souvent puisé dans le monde naturel (eau, vignes, rochers, oiseaux, fleurs, etc.) pour parler de son ministère et du Royaume de Dieu.
L’Esprit de Dieu est actif continuellement dans le monde qui nous entoure. Dieu se cache tout en étant visible par tous, et dans la paroisse de Burning Bush Forest (Forêt du Buisson Ardent), nous affinons nos sens pour devenir plus pleinement conscients de la présence vivante de Dieu parmi nous.
Rassemblés et enracinés
La paroisse de Burning Bush Forest a commencé avec une épiphanie inattendue à la fin de 2014. Une graine d’inspiration a été reçue, plantée, laissée en sommeil pendant un certain temps, puis a germé et a pris racine lors de notre premier rassemblement officiel pour le culte en mars 2016. Notre concept de base, c’est que toute l’année nous nous réunissons dehors, non seulement dans la création, mais avec la création ! Nous faisons de la terre de Dieu notre lieu de culte, une extension de notre communauté et une inspiration pour le culte.
Cette forme de culte – inviter les gens à se retrouver dehors pour être proches du Créateur et de la création – semble trouver un écho favorable auprès de nombreuses personnes en cette époque de multiples crises environnementales.
Nos rassemblements sont généralement petits et intimes (entre 10 et 30 personnes).
Tout notre corps y participe et nous nous enracinons avec l’aide de nos sens dans l’endroit particulier où nous sommes rassemblés.
Nous lisons l’Écriture et prions mais n’avons pas un sermon traditionnel. Les participants ont le temps de ‘se promener et de s’émerveiller’ (habituellement 30 minutes) pour prêter attention à Dieu qui ‘parle’ de diverses manières.
Nous prenons le temps de partager les uns avec les autres autour de notre cercle.
Les enfants sont libres d’explorer et de vaquer, guidés par leur curiosité, ou de participer avec leurs parents et toute la communauté. Leurs idées sont les bienvenues et elles sont souvent profondes.
Surtout, tenir notre culte à l’extérieur nous aide à nous sentir plus profondément appartenir à la ‘communauté de la création’ de Dieu. Au fil des ans, nous nous sommes réunis dans différents parcs publics de notre ville, puis nous avons choisi un lieu près d’un ruisseau et d’une zone forestière, comme emplacement principal. Revenant régulièrement au même endroit, nous avons appris à connaître les noms et les caractéristiques des arbres, des plantes, des oiseaux, des animaux et des insectes qui nous entourent. Nous sommes immergés dans les rythmes des saisons au fur et à mesure qu’elles se déroulent. Nous avons été témoins de leçons de lâcherprise, d’abondance, d’interdépendance, de mort, de renouveau et de résurrection, toutes inscrites dans la création afin que nous puissions les voir.
Notre pratique
Comme nous avions déjà l’habitude de nous rassembler intentionnellement à l’extérieur pendant plusieurs années avant que la pandémie de COVID-19 ne frappe, nous n’avons pas ressenti les restrictions aussi dramatiquement que d’autres assemblées locales, qui ont dû fermer les portes de leurs bâtiments pendant un certain temps.
Nous avons pu continuer nos cultes avec seulement quelques ajustements mineurs tels que l’utilisation d’un outil d’inscription en ligne (Eventbrite) pour demander aux participants de se préinscrire. Cela nous a permis de limiter le nombre de participants et d’avoir des informations pour contacter des personnes si cela s’avérait nécessaire. Nous avons également amélioré notre lettre de nouvelles électronique en ajoutant davantage de ressources pour s’engager personnellement et grandir spirituellement chez soi.
Ê l’assemblée de Burning Bush, nous n’avons pas décidé d’expérimenter cette forme de culte simplement pour vivre quelque chose de nouveau et de différent, ou pour comprendre comment naviguer dans un nouveau contexte. Nous suivons la direction de Dieu pour revenir à une manière de joindre le cœur, l’esprit et l’âme à la communauté bien-aimée de la création. C’est à la fois ancien et nouveau. C’est un parcours de renouveau et de transformation, qui nous enracine dans la grande vision du shalom de Dieu pour toute la création.
—Wendy Janzen est pasteure de l’église de Burning Bush Forest et éco-pasteure de Mennonite Church Eastern Canada. Elle vit à Kitchener, Ontario (Canada).
République Démocratique du Congo
Gloire soit rendue au nom de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ pour ses bienfaits. Par la grâce de Dieu, au Congo la pandémie a été moins cruelle qu’elle ne l’a été sous d’autres cieux. Donc, à part la leçon d’hygiène régulièrement donnée à la population d’une manière générale par les autorités politico-administratives et sanitaires du pays, rien qui ne soit lié directement au culte n’a été apporté par la pandémie.
Au regard de la sévérité des mesures sanitaires, aucun rassemblement n’était possible. Cependant, les chrétiens étaient invités à se réunir dans leur maison. Toutefois, certains responsables rendaient visite aux fidèles et priaient avec eux.
Lors de la pandémie il a été demandé de raccourcir le temps de culte pour éviter les contaminations. Cette pratique continue toujours.
Pendant nos cultes, lors de l’accueil des visiteurs, nous avions l’habitude de les embrasser, mais avec la pandémie cette pratique a été supprimée. On n’embrasse plus les visiteurs. Ê la fin du culte nous avions habitude de se serrer les mains entre frères et sœurs, mais cela ne se fait presque plus. Ce sont pas des améliorations, seulement des différences.
Avec les mesures sanitaires édictées par le gouvernement, notamment la fermeture des églises et l’interdiction des rassemblements, les contacts entre les enfants étaient inexistants. Cela a beaucoup affecté les relations entre fidèles et a réduit la communion fraternelle (cette situation, c’est bien de le préciser, n’a duré que quelques 5 ou 6 mois.)
Ces aspects des rassemblement des enfants de Dieu, absence du partage spirituel, matériel et impossibilité de l’offrande à Dieu, ont manqué profondément à nos cultes pendant la pandémie.
La CEM a célébré avec faste le Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale, au cours d’un grand culte dominical qui avait regroupé 13 paroisses du district de Mbujimayi. Photo : Jean Felix Cimbalanga
Toutes les activités des membres ayant été bouleversées, la seule chose qui était possible pour les fidèles était l’intercession. En effet, les enfants de Dieu qui avaient pris l’habitude de se réunir pour la prière en famille, priaient pour les autres et pour la fin de la pandémie. Ê la levée des mesures barrière, toutes les activités de la paroisse ont repris normalement.
Il importe de noter que quoi que la pandémie ait été dangereuse et sévère, notre communauté n’a pas été affectée ni secouée au point d’impacter négativement son organisation cultuelle. Nous remercions la CMM pour avoir, à travers l’AIMM, donné à nos communautés la possibilité d’informer ses membres concernant la Covid-19 et les attitudes à adopter pour l’éviter.
Pendant nos louanges, la pandémie nous a aidé à mieux comprendre la vulnérabilité de l’homme et à toujours nous confier en Dieu. Et, bien que nous le faisions déjà avant la pandémie, nous sommes plus conscients maintenant de l’importance de prier pour les autres et pour leur guérison.
Grâce et paix du Seigneur.
— Le pasteur Jean Félix Cimbalanga est président de la Communauté Evangélique Mennonite (CEM). Félo Gracia est membre du Conseil Général (CG) pour la Communauté des Églises Frères Mennonites du Congo.
Corée du Sud
La Corée du Sud a très bien répondu à la pandémie, en particulier au début. Le virus a été contenu et le taux de mortalité a été faible, bien que le gouvernement se soit abstenu de prendre des mesures drastiques telles que le confinement ou les fermetures d’entreprises.
Cependant, la communauté protestante a été fortement critiquée en Corée pour son comportement au début de la pandémie. Traditionnellement, une assemblée sudcoréenne organise en moyenne 10 cultes par semaine. Les paroisses coréennes accordent beaucoup d’importance au culte en présentiel, ainsi cela a rendu la pandémie de COVID-19 particulièrement difficile à vivre. De nombreuses réunions en présentiel se sont poursuivies ouvertement ou en secret. Des vidéos de chrétiens violant les codes de santé publique et ignorant les faits scientifiques au nom de la ‘foi’ sont devenues virales. Les paroisses sud-coréennes avaient déjà été jugées égoïstes et ultraconservatrices par le public au cours de la dernière décennie, et cela les a conduit à être considérées comme néfastes pour la société.
Les méga-églises ont été capables de bien se préparer aux services en ligne. Leurs ressources abondantes leur ont permis de produire des formes de culte en ligne encore mieux organisées que les cultes en présentiel, et elles ont atteint davantage de personnes qu’auparavant. Mais dans les petites et moyennes paroisses, qui comptent sur leurs réunions en présentiel, une grande partie de leurs membres ne sont pas retournées dans les églises.
L’assemblée mennonite ‘Paix et Joie’ (Peace and Joy)
Notre paroisse se trouve en campagne dans une petite ville appelée Nonsan, au centre de la Corée du Sud. L’emplacement est quelque peu isolé et la plupart des fidèles vivent dans les locaux de l’église ou dans les villages voisins.
Notre culte du dimanche s’est déroulé en ligne pendant quelques mois au début de la pandémie, puis nous nous sommes rassemblés avec quelques limitations (pas de repas communautaire, port du masque, sièges à distance, etc.) en respectant les réglementations gouvernementales. Les frères et sœurs vivant dans le même local devaient travailler et manger ensemble, même en semaine. Ils se rassemblaient donc toujours, mais prenaient des mesures pour limiter au maximum les contacts avec le monde extérieur.
Entrant dans le ‘nouveau normal’ après la pandémie, la plupart des assemblées coréennes appellent à un ‘renouveau du culte en commun’. Dans la paroisse mennonite Paix et Joie, nous avons tous un sentiment d’appartenance et de solidarité, peu importe où nous sommes. La question de savoir si le culte en présentiel est une ‘vraie’ forme de culte n’est pas un grand problème pour nous. Lorsque nous avons dû passer en ligne en raison des circonstances, nous avons simplement discuté de la manière dont nous pourrions venir en aide à ceux qui en auraient besoin.
Par exemple, lorsque nous avons eu des cas confirmés de COVID-19 parmi nous ou dans notre village, nous avons déposé des produits de première nécessité et de la nourriture aux portes des maisons des personnes mises en quarantaine. Nous avons aussi commencé à enregistrer les cultes et à les télécharger sur le groupe SNS (Service de réseaux sociaux) de la paroisse. Nous voulions que nos frères et sœurs incapables d’assister au service puissent continuer à participer à la vie de l’assemblée et à entendre la Parole. Lors des réunions hebdomadaires de tous les membres, les questions relatives à la vie de l’assemble locale sont discutées et décidées en ligne pendant la semaine.
La vraie adoration
Même lorsque vous êtes complètement coupé du monde, vous pouvez toujours adorer Dieu seul. Les rencontres les plus significatives d’Abraham et de Jacob avec Dieu ont eu lieu alors qu’ils étaient tous les deux seuls.
L’Église mennonite manifeste sa foi en Dieu par les relations qu’elle entretient avec ses frères et sœurs et ses voisins ; c’est pourquoi la communauté ecclésiale est de la plus haute importance. Cependant, le COVID-19 n’est pas un phénomène ponctuel. La cupidité humaine grandit et toute la création en souffrira.
Mais même dans ce cas, il n’y a pas de raison d’avoir peur ou de désespérer. Nous ne devons pas essayer d’abandonner les temps de louange ou de nous détacher de la corde à trois brins avec laquelle nous sommes attachés par Jésus, quelles que soient les circonstances. Si les dimanches ne sont plus disponibles pour les cultes, nous nous retrouverons simplement un autre jour. Nous ne cherchons pas d’excuses pour ne plus louer Dieu, mais nous cherchons différentes manières de le faire.
L’assemblée mennonite Paix et Joie essaie de s’assurer que la voix de chacun est entendue lors de notre service religieux. Plutôt qu’un sermon, l’animateur (choisi à tour rôle parmi les membres) invite chacun à dire ce qu’il pense sur la Parole de Dieu. Versets bibliques, questions et commentaires relatifs au texte sont échangés au cours de la semaine afin que les frères et sœurs participant au culte puissent préparer leur réflexion et leur interprétation. Le culte est plein de vie, et des personnes de plus en plus nombreuses entreprennent les étapes nécessaires pour devenir membres à part entière de l’assemblée. Il ne serait pas surprenant que tous aident à mettre Jésus au centre de la paix et de la réconciliation, d’une manière moins autoritaire et plus communautaire.
Nous n’assistons pas au culte parce que c’est le moment et le lieu où nous rencontrons Dieu : nous y assistons parce que nous pouvons écouter les témoignages de la manière dont nos frères et sœurs rencontrent Dieu dans leur vie. Quelle joie de voir le visage des autres s’illuminer alors que nous partageons nos témoignages de reconnaissance ! Quelle joie lorsque nous pouvons chanter d’une seule voix des hymnes de louange ! Quelle joie lorsque tous participent à la prière commune qui reflète notre foi commune ! Grâce à Dieu, nous avons nos frères et sœurs dans la foi !
Les pandémies sont enracinées dans la cupidité humaine et peuvent donc revenir à tout moment et sous n’importe quelle forme. Nous ne savons pas quelle destruction les désirs incontrôlés de l’humanité peuvent apporter, mais l’assemblée mennonite Paix et Joie continuera à être une communauté de paix, un lieu où nous aimons nos frères et sœurs et mettons Jésus au centre.
Les mêmes questions posées dans Jean 4/20-23 se font entendre aujourd’hui dans l’Église : « Nos pères ont adoré ici, mais vous dites… » . Le lieu et le forme ne sont pas importants. Les réponses de Jésus sont les mêmes, à cette époque et encore aujourd’hui : « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité » .
— Yongha Bae est secrétaire général de l’union d’Églises Mennonite de Corée du Sud. Cet article a été traduit du coréen en anglais par Hakjoon (Joe) Ko.
« Quand la musique s’estompe, tout s’efface… » Cette première lignede ‘The Heart of Worship’ (Cœur de la louange), un hymne populaire – 1997, de Matt Redman (Royaume-Uni) rappelle les expériences de la pandémie. Nous avons été privé des espaces, et/ou des personnes, et des rituels qui semblaient essentiels au culte. En raison de restrictions, de prudence ou d’incapacité, nous avons tous dû réfléchir à ce qui constitue le cœur de notre culte. Quel est l’essentiel dans notre rencontre avec Dieu en tant que communauté ?
C’était une sorte de moment kairos (une perturbation non planifiée, imprévue) : une occasion de poser de nouvelles questions et de découvrir des réponses inattendues, un temps pour examiner et changer ou réaffirmer nos valeurs, pour choisir de nouvelles perspectives et de nouveaux chemins pour de nouveaux jours.
Malgré les difficultés, les anabaptistes-mennonites du monde entier n’ont pas renoncé au culte. « La force de nos relations ne vient pas de la participation au culte, ni du temps qu’on y passe. La force qui soutient la vie d’une assemblée locale et ses relations vient de la présence bénie de l’Esprit de Dieu, déversée dans nos cœurs », écrit José Rafael Escobar.
Nous avons trouvé comment organiser des cultes, réunis en tant que communauté, même sans présence physique. Nous avons affirmé la nature prophétique du culte, parlant de notre situation et nous rappelant notre solidarité les uns avec les autres. « La force qui donne vie et profondeur aux relations est vraiment la grâce et l’amour de l’Esprit de Dieu,qui produit la communion qui transcende le temps, la distance et le lieu », écrit-il.
Dans ce numéro du Courrier, outre l’enseignement sur la nature du culte du ‘frère Rafita’ (pages 3-5), nous lirons des témoignages du Guatemala, du Canada, de France, de la RD Congo et de la Corée du Sud. Nos paroisses nous disent comment elles ont innové pour se rencontrer, et rencontrer Dieu, malgré et/ou à cause des difficultés de la pandémie.
La pandémie étant largement derrière nous, nos rythmes de travail et de rassemblement sont rétablis. Cependant, nous constatons que nous ne sommes plus tout-à-fait les mêmes. Notre culte a changé et continue de changer comme le fait notre monde en constante évolution, même si nous continuons de suivre notre Seigneur Jésus qui, lui, est intemporel.
Ce numéro marque aussi un changement dans la parution de Courrier. Dans un esprit de renouveau pour une nouvelle époque, nous publierons quatre numéros de Courrier cette année : deux arriveront dans votre boîte aux lettres comme vous en avez l’habitude, et deux en ligne uniquement, profitant de notre nouvelle aisance avec les espaces virtuels pour se rencontrer par l’écriture au travers des barrièrestemporelles et géographiques. Merci de le faire savoir aux membres de votre famille d’église qui ne se sont peut-être pas encore inscrits pour recevoir le courrier électronique.
Karla Braun est rédactrice en chef de COURRIER pour la Conférence Mennonite Mondiale. Elle vit à Winnipeg (Canada).
Aujourd’hui, il existe trois unions d’églises mennonites en Équateur, dont l’une est membre de la Conférence Mennonite Mondiale. Elles forment un groupe restreint mais interconnecté d’assemblées locales vivant la foi anabaptiste dans un pays majoritairement catholique.
La passion de partager la bonne nouvelle
Dans les années 1980, la CMC, également connue sous le nom de Rosedale (alors appelée Église conservatrice mennonite), a envoyé des missionnaires pour partager l’Évangile en Équateur.
Ce travail a commencé dans la deuxième plus grande ville d’Équateur, Guayaquil. Elam et Doris Stauffer ont invité des voisins chez eux, des relations se sont développées et un service dominical a commencé. La première assemblée locale Iglesia Evangélica Menonita Ecuatoriana (IEME) a été établie à Guayaquil vers 1983. Cette paroisse appelée Jesús el Buen Pastor (Jésus, le Bon Pasteur) est une présence évangélique importante dans le pays.
Ê peu près au même moment, un glissement de terrain a emporté plusieurs communautés près de la ville côtière de Manta. Des mennonites canadiens et américains ont offert leur aide. Robert et Mirella Miller ont supervisé la reconstruction de quelques 150 à 200 maisons pour les familles relocalisées. Cet exemple de ‘vrais anabaptistes aidant leurs voisins’ a fait une forte impression sur la population locale. De nouvelles assemblées locales se sont formées à Manta, Guayaquil et Portoviejo.
Le fruit du travail d’un évangéliste
« Notre église est le fruit du travail de Henry Klassen », dit Manuel Aguagallo de l’Iglesia Cristiana Menonita de Ecuador (ICME). Henry Klassen de Gospel Missionary Union (maintenant dénommé ‘Avant’), a exercé son ministère parmi les Quechua (peuples indigènes) à Riobamba et à Guayaquil dans les années 1990. Ê pied, en voiture ou même à cheval, il est allé de communauté en communauté, prêchant et enseignant. Il avait l’habitude de transporter un projecteur pour montrer des films d’évangélisation.
Aujourd’hui, Monte Horeb (le Mont Horeb) et El Pilar de la Verdad (le Pilier de la Vérité) à Riobamba, Estrella del Sol (l’Étoile du soleil) à Guayaquil et Camino de Salvación (le Chemin du salut) à Quito, forment une petite association. Les années 2010 à 2017 ont été une période de consolidation et de relations continues avec des partenaires mennonites. En 2017, ces paroisses ont adopté une confession de foi mennonite. Une période de croissance a suivi.
Une église de refuge
Dans les années 1980, la Fédération des Églises évangéliques indigènes d’Équateur (FEINE) a commencé à chercher à former ses pasteurs en théologie. Ainsi, ce qui est maintenant le Mennonite Mission Network a envoyé des missionnaires pour nouer des relations et apporter une formation théologique. D’abord, c’est Mauricio et Sara Chenlo, argentins formés à AMBS (Anabaptist Mennonite Biblical Seminary) qui sont venus. Ensuite des mennonites colombiens, Cesar Moya et Patricia Ureña, ont apporté un enseignement anabaptiste. Ce qui est maintenant Iglesia Cristiana Anabautista Menonita de Ecuador (ICAME) a commencé en organisant des études bibliques à domicile à Quito, la capitale de l’Équateur.
Les yeux et le cœur ouverts sur leur quartier, les membres de l’assemblée aident les personnes qui cherchent un refuge après avoir émigré d’autres pays. L’évangélisation des enfants constitue une grande partie du travail de l’église. Elle a un style de leadership radical avec une équipe pastorale composée de quatre femmes.
Liens avec d’autres groupes anabaptistes
Le projet ICAME pour les réfugiés et les migrants de Ia paroisse mennonite de Quito aide les personnes déplacées. Photo gracieuseté de Iglesia Menonita de Quito
Les liens avec la famille anabaptiste au sens large sont tangibles grâce à l’aide matérielle du Comité Central Mennonite, à l’aide financière reçue et aux missionnaires du Mennonite Mission Network et de la Central Plains Mennonite Conference, ainsi qu’au mentorat d’IMCOL en Colombie.
Pendant la pandémie « nous avons pu partager ce que nous avons reçu du MCC (conserves de dinde, quilts, kits scolaires) », dit Doris Espinoza (ICAME).
Les responsables de l’ICAME ont demandé aux autres paroisses de préciser leurs besoins et ont partagé généreusement l’aide qu’ils avaient reçue. « Ainsi nous nous réunissons pour partager et formons une communauté, un exemple du Royaume de Dieu sur terre », dit Doris Espinoza.
L’ICME a préparé de petits kits à distribuer aux personnes qui traversent des moments difficiles. L’église a distribué 700 kits pour les personnes qui n’avaient même pas une livre de riz ou de pommes de terre.
En mai 2022, les trois groupes anabaptistes ont organisé une retraite.
C’était l’occasion de savoir qu’il y a beaucoup plus de mennonites dans notre pays [que nous le pensions] », dit Fabian Buenaventura (IEME).
« Nous savons qu’il y a des différences, », dit Doris Espinoza « mais se focaliser sur ce qu’elles ont en commun permet aux trois églises d’apprendre les unes des autres. Ce faisant, elles sont mieux préparées pour apporter le message du Royaume de Dieu aux autres. »
Les membres des églises attendent avec impatience d’autres occasions de tisser des liens entre frères et sœurs anabaptistes-mennonites.
« C’est une grande bénédiction », déclare Fabian Buenaventura.
Vivre l’identité anabaptiste
Dans un pays catholique, les mennonites sont différents car le baptême vient après la confession de foi en Jésus.
En tant que disciples de Jésus, les mennonites « ne sont pas seulement des personnes qui vont à l’église. Nous obéissons à la Parole du Seigneur », dit Vilma Cuji (ICME).
« Suivre Jésus n’est pas une déclaration écrite mais une pratique, un mode de vie », déclare Fabian Buenaventura (IEME). « C’est l’identité de nos communautés. Nous devons incarner la mission. Si nous ne la mettons pas en pratique, nous ne sommes qu’une dénomination de plus.
« Nous sommes des artisans de paix », déclare Vilma Cuji. « Nous pensons qu’il vaut mieux résoudre les problèmes. Notre foi en Jésus prime sur nos autres identités. »
Les églises mennonites cherchent à répondre de manière holistique. Non seulement avec les paroles de l’Évangile, mais aussi par le moyen de soupes populaires, de garderies et d’écoles, et aussi d’une fondation pour les filles qui ont grandi dans la rue. « Nous reflétons Jésus dans nos vies, dans nos actions. Nous sommes les mains et les pieds de Jésus pour un monde qui a un besoin urgent d’entendre un message d’espoir », dit Ángel Castro León (IEME).
L’une des manières dont l’ICME met en pratique ses convictions pour la paix a été de distribuer des rafraîchissements et des repas pendant une grève nationale à ceux qui arrivaient à Quito depuis les provinces.
L’anabaptisme touche aux structures et aide à transformer la société pour qu’elle soit plus solidaire, moins inégalitaire.
« Nous sommes une Église de paix, mais il est impossible de parler de paix quand il n’y a pas de justice, quand il y a violence, pauvreté, inégalité. Jésus a prêché un royaume où tous les humains pourraient avoir une meilleure vie », dit Alexandra Meneses Andrade (ICAME).
« Nous insistons sur le fait d’être une communauté, pas une église fermée », dit Doris Espinoza (ICAME).
Pour les églises, l’Évangile a un message holistique : non seulement sauver les âmes mais apporter du bien-être à la personne dans toutes ses dimensions.
« On ne peut pas parler de suivre Jésus si on est dans les nuages, si on n’est pas inséré dans la réalité de la société », dit Doris Espinoza.
Défis et opportunités
Les responsables des églises déplorent que la société équatorienne soit devenue violente et corrompue. Beaucoup de gens sont désespérés.
Avoir une identité de paix peut amener les paroisses à se taire, à s’occuper de ses propres affaires. Mais le défi de l’Église est d’être présente dans la société et de répondre à la violence avec un message de réconciliation et d’unité entre les paroisses, déclare Alexandra Meneses Andrade (ICAME).
« Mettons tout ce que nous avons appris au service de la société afin que nous puissions contribuer à une paix holistique en Équateur », dit-elle.
« Partout où il y a une assemblée locale, nous pouvons annoncer que Jésus-Christ est Seigneur ‚Äì non pas une religion, mais le Dieu de l’espérance, un Dieu qui transforme les vies, un Dieu qui donne de nouvelles opportunités, un Dieu qui nous dit que rien n’est impossible pour Lui », dit Fabian Buenaventura (IEME).
Église Évangélique de la Paix, Manta, Équateur. Photo : Henk Stenvers
Contributeurs : Ángel Castro León, pasteur de Dios Viviente (Dieu Vivant) à Guayaquil ; Fabian Buenaventura Garcia, président de la Iglesia Evangelica Menonita Ecuatoriana (IEME) ; Manuel Aguagallo, pasteur et représentant de la Iglesia Cristiana Menonita de Ecuador (ICME) ; Vilma Cuji, de Caminos de Salvación (ICME) ; Doris Espinoza, représentante légale de la Iglesia Cristiana Anabautista Menonita de Ecuador (ICAME); Alexandra Meneses Andrade, secrétaire générale de la Iglesia Cristiana Anabautista Menonita de Ecuador (ICAME).
Après cela je vis : C’était une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le trône et devant l’agneau, vêtus de robes blanches et des palmes à la main. (Apocalypse 7/9)
La première fois que j’ai vu un film d’horreur, c’était un soir dans une église. J’avais environ huit ans lorsque ma mère m’a emmené à la première d’un film chrétien sur le livre de l’Apocalypse. Cette nuit-là, j’ai pu à peine dormir. J’ai rêvé que Christ était venu pour chercher son Église et que j’étais resté pour souffrir ce qui serait la Grande Tribulation.
Il y a différentes manières de lire l’Apocalypse. Certaines d’entre elles, assez terrifiantes, font peur aux gens. D’autres, par la voix de certains prédicateurs, utilisent ce livre comme une boule de cristal pour découvrir l’avenir et expliquer les événements concernant la fin de l’humanité. D’innombrables films et livres ont puisé dans différentes interprétations de ce type de littérature.
Une autre option consiste à considérer le livre de l’Apocalypse comme la vision de Dieu pour la création. En tant que tel, il montre la volonté de Dieu pour l’humanité et nous invite à vivre notre présent selon cette volonté. Ê travers le livre de l’Apocalypse, il nous est demandé, nous sommes appelés à être un signe du Royaume de Dieu ici et maintenant.
Concernant la vision de Dieu, l’invitation de Dieu, la Déclaration de Vision de la CMM
La Conférence Mennonite Mondiale est appelé à être une communion (Koinonia) d’églises affiliées aux anabaptistes et liés les unes aux autres dans une communauté spirituelle mondiale pour entretenir des relations fraternelles, adorer le Seigneur, servir et témoigner.
Selon la vision de la CMM, le culte est l’un des objectifs de notre unité, de notre vie communautaire au niveau spirituel et mondial, de notre communion mondiale. C’est aussi l’accent mis par le livre de l’Apocalypse sur le culte dans un cadre multiculturel : l’expression « de toutes nations, de toutes tribus, de tous peuples et de toutes langues » apparaît plusieurs fois dans l’Apocalypse dans le contexte du culte. La CMM veut être un avant-goût de l’avenir avec Dieu en étant – ici et maintenant – une communion mondiale qui célèbre Dieu au sein de la diversité culturelle et linguistique.
Dans une communauté aussi diverse, ce genre de culte doit être centré sur Jésus. Cela permet de valoriser la diversité multiculturelle sans privilégier une culture spécifique, mais en donnant la même valeur à toutes les cultures et toutes les langues. Ce type de culte ne supprime ni n’ignore les différences. Il célèbre la diversité multiculturelle. Cela a été et continue d’être notre expérience, notre appel et notre défi au sein de la CMM.
Le culte étant un thème si important dans le cercle de la CMM, ce premier numéro uniquement électronique de Courrier l’aborde sous différents angles. Il traite en particulier des difficultés et des perspectives diverses des membres de notre communion mondiale lorsque le COVID-19 a poussé leurs paroisses à réimaginer le culte communautaire, une expérience à laquelle nous avons aussi été confrontés à l’échelle mondiale devant l’impossibilité de célébrer des rencontres mondiales en personne.
Le culte en ligne remplace-t-il les liturgies sur place ? Cette question et d’autres, qui ont émergé à cause de la pandémie, peuvent nous aider à poursuivre notre conversation pour répondre à l’appel de Dieu à l’adorer de manière multiculturelle et, ce faisant, témoigner au monde d’un Dieu qui célèbre et rend possible la diversité culturelle.
—César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario (Canada).
Nous n’aurions jamais imaginé que la pandémie et ses conséquences auraient autant d’impact sur nos vies et celle de nos institutions. L’Église n’a pas échappé aux difficultés qui sont encore aujourd’hui bien présentes dans notre nouveau quotidien. L’Église, tout comme la société, doit apprendre à réinterpréter sa réalité pour commencer à penser avec créativité afin de répondre aux demandes de nos familles, de nos paroisses et de la société. Nous avons beaucoup appris mais nous avons aussi connu beaucoup de pertes et de doutes.
Une réponse créative face à la pandémie
Nous avons arrêté de nous réunir pendant un moment et notre communion s’est renforcée parce que nous avons su la vivre de façon créative.
Ê présent, nous commençons à découvrir le pouvoir des moyens de communication virtuels, grâce notamment à l’aide de jeunes bien formés, à la foi solide, qui nous ont permis d’imaginer ce qui nous semblait impossible au début.
Tous n’ont pas pu le faire, mais certains ont osé rendre des visites en personne ; d’autre ont maintenu le contact par téléphone, etc. Les pasteurs mennonites ont emprunté les chemins des campagnes pour rendre visite à des membres éloignés pour prier et lire la Parole avec eux, tout en maintenant une distance raisonnable.
L’improvisation créative et l’amour pour le Seigneur ont aidé les uns et les autres à résoudre les problèmes et à rendre possible la louange dans toute la communauté. Alléluia !
Ê quoi ressemble le culte anabaptiste après la pandémie ?
Il me semble que c’est la liturgie qui a été la plus affectée parce que la plupart des gens participaient au culte sur un écran, ce qui crée des distances. Maintenant, il faut réfléchir à nouveau pour trouver les moyens de renforcer nos relations par la communion spirituelle.
Rappelons-nous que la pandémie et ses séquelles ont eu des conséquences sur la partie présentielle du culte. La pandémie nous a touchée et a causé des souffrances, mais elle ne nous a pas vaincus. Nous avons découvert que l’Église peut continuer à être le corps du Christ résilient.
La communion des saints
Nous avons appris qu’au-delà de nos structures ecclésiales, le corps du Christ vit dans la communion des saints. Il est vrai que la pandémie nous a éloignés, que nos relations naturelles ont cessé, et que le culte était davantage observé de loin que vécu de près. Les assemblées locales qui avaient attaché beaucoup d’importance à la vie communautaire quelques soient les circonstances ont eu un meilleur fondement pour maintenir leur communion.
Le culte est le fruit de l’Esprit de Dieu, actif lorsque se conjuguent notre espérance, notre foi et notre présence, donnant vie à la communion qui transcende le temps, la distance et le lieu. L’adoration transcende les barrières, car elle ne dépend pas de nos forces, mais de la puissance, de la grâce et de l’amour de Dieu qui favorise la communion des saints, la communauté de l’Esprit.
Même si l’on ne pouvait pas être rassemblés physiquement, nous savions que nous n’étions pas seuls car l’intercession, les prières et les supplications étaient abondantes, portées par l’amour de la communauté. Guidés par l’Esprit, nous avons pu développer un sentiment de communauté à distance. Ces circonstances, avec l’importance de la solidarité communautaire et l’expérience de suivre Jésus dans des conditions très difficiles, nous ont porté à réfléchir et à être plus créatifs.
Le culte : une expression liturgique et prophétique
Le révérend Donald Munachoonga de Chilenje, Église Frères en Christ (Zambie). Photo : Donald Munachoonga-Chilenje BIC
Le culte anabaptiste a toujours été caractérisé par la conjonction de la foi et de la vie. Il a toujours été important qu’il soit ce lieu de rencontre entre le Dieu de la vie et son peuple. Le culte a toujours nourri l’espoir et la spiritualité d’un peuple souffrant. C’est pourquoi, comme l’affirme le professeur Amos López : « Le culte doit toujours être une expérience d’adoration en esprit et en vérité. ‘Mais l’heure vient, et elle est même déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en Esprit et en vérité’… » (Jean 4/23).
L’adoration en esprit et en vérité est l’essence d’une spiritualité liturgique qui se sait prophétique. Amos Lopez affirme que l’Être humain n’est pas une dualité mais une unité, qu’il ‘n’a pas’ de corps ni d’esprit, mais qu’il ‘est’ corps/esprit et que c’est à partir de sa totalité qu’il s’exprime et se réalise, par des mots et des actions. Par conséquent, notre culte ne doit pas s’adresser à ’l’âme’ de la personne. Concevoir un culte sans qu’il soit porteur de vie est une expérience subjective qui rompt avec sa vision prophétique.
L’exemple le plus clair c’est le Seigneur Jésus lui-même. La résurrection a eu lieu dans son corps, mais aussi dans son esprit, ce qui lui a donné un contenu libérateur transformant la réalité, aussi difficile soit-elle, et nous guidant sur de nouveaux chemins et horizons pour une vie de dignité et d’abondance. C’est pourquoi la force de nos relations passe par la communion en tant que ministère de l’Esprit et non par l’habitude.
Maintenant que nous revenons au face-à-face, les paroisses ont l’opportunité de réimaginer leur action liturgique et prophétique. Aujourd’hui, le culte doit être un espace de guérison, un espace qui donne la vie, un espace qui unit, un espace qui nourrit, un espace qui engendre de l’espoir. Par conséquent, le culte ne doit jamais perdre sa dimension liturgicoprophétique ; ce sont ces éléments qui donnent une cohérence et un sens au culte. Il est prophétique parce qu’il vise toujours, par son contenu liturgique, à faire connaître la volonté de Dieu à travers sa Parole, par les chants, etc, et parce qu’il vise toujours à faire connaître le dessein de Dieu dans toutes les circonstances. Le peuple d’Israël en est le paradigme.
Le culte : une expression de l’amour engagé et solidaire
Nous sommes des êtres créés pour aimer, ainsi notre potentiel doit donc être orienté vers la pratique de l’amour, de la miséricorde et de la justice. C’est pourquoi le professeur Jaci Maraschin estime que le plus beau don est le corps lui-même, car c’est seulement par lui que nous pouvons aimer. L’apôtre Paul, pour sa part, soutient que le plus grand don auquel nous devrions aspirer est l’amour, et cette affirmation est au centre de son discours sur les dons spirituels dans sa première lettre à l’église de Corinthe. Il y présente cette unité indissoluble du geste, du sens théologique et du style de vie que ce geste provoque. C’est donc un culte qui témoigne de la vie, et de la vie en abondance. Si la présence physique est limitée, l’amour transcende cette dimension de manière créative. Nous avons perdu beaucoup : vies, emplois, ressources, et cela a affecté la vie de la communauté. Mais il est bon, aussi, d’entendre la voix de quelqu’un, de recevoir un cadeau, de partager un repas à distance, comme une expression de l’amour de Dieu.
Qu’entend-on par le mot ‘culte’ ?
Nous savons qu’il existe de nombreuses approches du culte. Pour nous, nous suivons les traces du Professeur Nelson Kirst qui nous dit simplement ce qu’est le culte : une rencontre de la communauté de foi avec le Dieu éternel de la vie. Bien sûr, cette rencontre est possible non pas parce que la communauté le veut, mais parce que Dieu, dans sa grâce et son amour, le permet. C’est pourquoi nous ne devons pas concevoir le culte comme une routine religieuse établie. Le culte en tant que rencontre doit être préparé, désiré, souhaité et apprécié par une communauté qui sait qu’elle rencontrera le Dieu de la vie, et que ce Dieu rencontrera la communauté. C’est pourquoi nous établissons des temps, des rythmes et des espaces pour la rencontre. En outre, la communauté rencontre la communauté.
Cette rencontre est significative et porteuse de sens, non pas parce que Dieu est assis là-haut et nous attend lorsque nous ouvrons les portes du temple, mais parce que chacun des participants apporte avec lui la présence de l’Esprit du Christ. La rencontre avec l’Esprit permet d’être présent, de bénir, de guérir, de pardonner et de transformer. En d’autres termes, le culte commence à la maison.
Nous sommes responsables de la préparation de la rencontre avec Dieu, avec tout notre c≈ìur, toute notre créativité, toute notre volonté et tous les dons qu’il nous a donnés pour nous mettre au service des autres. Le culte appartient à la communauté de foi. C’est pourquoi cette rencontre n’est pas seulement la responsabilité du pasteur, ou des musiciens, ou des responsables, c’est la responsabilité de toute la communauté de foi. Le culte est une partie essentielle de nos vies et il influence notre façon de percevoir notre quotidien.
Les caractéristiques spécifiques
Danses liturgiques de la JKI lors de la 17e Assemblée en Indonésie. Photo : Tiz Brotosudarmo
Chaque culte a ses propres caractéristiques.
Les lectures bibliques proposées pour le culte sont l’axe de la forme liturgique, car c’est la Parole de Dieu qui oriente son contenu.
Dans les cultes d’aujourd’hui, le chant et la musique représentent 65 % du contenu. En outre, nous avons déjà vu que la musique et le chant sont au service de la nature du culte, par conséquent, les musiciens, et les responsables de la louange (ou ministres de la louange), doivent savoir que le culte ne leur appartient pas, mais qu’il appartient à l’assemblée en tant que communauté de foi, et qu’ils sont au service des besoins réels et ressentis de la communauté. Ils doivent se rappeler que les chants sont la théologie mise en musique, et que, par conséquent, ces chants affirment des vérités, des principes qui sous-tendent la foi.
Le culte doit être une source d’inspiration pour servir, d’où l’importance de choisir une direction, en terminant le culte sur une note qui nous est propre, comme « Oui, envoiemoi ». Ainsi, nous sommes tous prêts à servir l’église du Seigneur dans la solidarité.
Finalement, le culte devrait nous aider à être de meilleures personnes pour ressembler davantage à Jésus, qui est venu pour servir et non pour être servi.
Conclusion
Tout ce que nous avons vécu pendant la pandémie nous a enseigné des leçons particulièrement précieuses. La pandémie fut une sorte de leçon eschatologique pour les églises qui étaient devenues des lieux trés confortables.
C’est à travers la pandémie que nous avons appris à comprendre que les églises doivent être attentives, conscientes et disposées à s’adapter aux signes des temps et à sortir de ses zones de confort, pour pouvoir répondre à un peuple qui, depuis longtemps, souffre, espère, fait confiance et résiste au nom de Jésus. Et ainsi elle pourra continuer à encourager la vie dans la communauté.
L’Église a appris qu’elle est vulnérable, et que nous avons toujours besoin de la grâce, de l’amour et de la bénédiction de Dieu, que nos attitudes doivent toujours être remplies d’humilité, ce qui s’oppose à l’orgueil de penser que nous sommes superpuissants. Au contraire, L’Église doit toujours être consciente qu’elle n’est soutenue que par la grâce et l’amour de Dieu.
Nous avons également appris à être très créatifs et à improviser quand il le fallait. Par conséquent, cela nous a appris que les modèles fixes ou rigides à un moment donné doivent céder la place lorsque les circonstances l’exigent.
Que Dieu continue à guider nos pas, et que sa grâce et son amour ne nous fassent jamais défaut.
‚ÄîJosé Rafael Escobar Rosal
Notes bibliographiques sur les auteurs mentionnés dans l’article :
Amós López Rubio est titulaire d’un doctorat en théologie de l’Instituto Universitario ISEDET de Buenos Aires et est pasteur de la Fraternidad de Iglesias Bautistas de Cuba (FIBAC).
Nelson Kirst est docteur en théologie et auteur du livre Culto Cristiano : Historia, teolog√≠a y formas (Le culte chrétien : Histoire, Théologie et Formes). Série ‘Colmenas’.
Jaci C. Maracshin était professeur émérite de l’université méthodiste de St. Paul et auteur du livre A Beleza de Santidade (La beauté de la sainteté).
César A. Henr√≠quez est titulaire d’une maîtrise en théologie du Seminario Evangélico Asociado et d’une licence en Bible de l’Universidad B√≠blica Latinoamericana. Il est pasteur ordonné de l’Église évangélique libre du Venezuela.
En 2023, nous vous offrirons davantage d’occasions de nouer des relations avec les églises anabaptistes du monde entier qui forment notre famille mondiale spirituelle.
Courrier vous parviendra quatre fois en 2023 :
Les lecteurs recevront les numéros d’avril et d’octobre sous forme imprimée ou par courriel, selon leur préférence d’abonnement.
Cependant, les numéros de février et de juillet ne seront disponibles qu’en version électronique.
Tous les numéros du Courrier peuvent également être consultés sur notre site Web : mwc-cmm.org/courrier
La colonne des responsables de la CMM
Le Comité Exécutif est élu au sein du Conseil Général, et se réunit annuellement. Deux membres de chaque région continentale sont élus au sein du Conseil ; un président et un vice-président sont également élus par le Conseil. Le trésorier et le secrétaire général sont membres du Comité Exécutif.
Rencontrez le trésorier, Sunoko Lin, nommé en 2018.
Que signifie être une ‘communion’ d’églises pour la CMM ?
La CMM est un lieu de rassemblement qui permet aux églises membres de s’encourager et de se soutenir mutuellement en partageant leurs ressources les unes avec les autres.
Qu’espères-tu que la CMM accomplira ou deviendra dans les années à venir ?
Nos églises membres ont connu une croissance constante en tant que communautés ayant une théologie anabaptiste et des pratiques de non-violence, de service et de solidarité. J’espère que la CMM pourra s’étendre au-delà des églises traditionnelles mennonites et Frères.
J’espère aussi que le Sommet mondial de la Jeunesse de la CMM jouera un rôle plus actif dans le recrutement de jeunes responsables et dans le développement d’initiatives qui répondent aux défis actuels, comme la justice économique, le racisme et la durabilité climatique. Je souhaite que la CMM crée un espace leur permettant de collaborer à l’élaboration de stratégies et de plans d’action.
Quelles idées qui intéresseraient la famille mondiale trouves-tu dans tes lectures ?
Je suis convaincu par cette déclaration faite dans une enquête réalisée par une société de conseil, EY : « Les jeunes de la génération Z veulent apporter des changements pour leurs familles, leurs amis et leurs communautés – pas seulement pour aujourd’hui, mais pour les générations à venir. »
Nous disons souvent : « Les jeunes sont l’avenir de l’Église ». Cela doit changer.
Nous devons écouter attentivement le cri de nos jeunes. Ils veulent faire une différence dans le monde aujourd’hui. Travaillons côte à côte.
Quelle est ton rôle dans ton assemblée locale ?
Je suis pasteur principal bénévole à la Maranatha Christian Fellowship à Reseda, une banlieue de Los Angeles, Californie (États-Unis).
Outre mon engagement dans l’assemblée, je travaille en tant que directeur financier d’une compagnie d’aviation. Cela me permet de partager ma foi avec des non-chrétiens. Le message de l’évangile est de plus en plus pertinent dans ce monde en pleine décadence morale.
Quelle est ta formation professionnelle ?
Je suis expert-comptable agréé. J’ai aussi une formation théologique, ayant étudié au Fuller Theological Seminary.
Comment pries-tu pour l’Église mondiale ?
Info, la Lettre de Nouvelles mensuelle de la CMM et le magazine Courrier sont de bonnes ressources pour me tenir informé sur notre famille mondiale. J’inclus ces informations dans ma prière du matin.
Nous, les responsables, recevons souvent des demandes de prière immédiates. Si cela se produit lors de nos réunions, nous les incluons dans nos prières. Nous nous préoccupons de nos membres.
Comme l’enseigne l’apôtre Paul dans 1 Corinthiens 12/26 : Si un membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance.