En 2025, le mouvement anabaptiste mondial se penchera sur les 500 ans de son existence. La Conférence mennonite mondiale invite à marquer l’événement le jour de l’Ascension, le 29 mai 2025, à Zurich, en Suisse.
Même si nous regardons vers un long passé, l’actualité du mouvement anabaptiste doit être mise en avant lors de cet anniversaire.
Qui sommes-nous aujourd’hui en tant que communauté mondiale ?
Qu’est-ce qui est important pour nous ?
Dans quoi nous engageons-nous pour ce monde ?
En nous arrêtant sur les 500 ans de notre mouvement, nous voulons partager ce que nous sommes et ce que nous avons à offrir. Et pas seulement avec d’autres Églises. L’engagement dans ce monde pour la paix, pour la réconciliation, pour l’unité, où l’on peut entrevoir la venue du royaume de paix du Christ — cela fait partie des éléments clés de ce que comprennent les anabaptistes comme une vie de disciple.
Nous regroupons ces engagements sous le thème « Le courage d’aimer ».
Il faut du courage pour s’engager en faveur de la réconciliation dans une société déchirée par la polarisation des discours.
Il faut du courage pour se placer au cœur des conflits, d’écouter et essayer de comprendre les raisons de chacun.
Il faut du courage pour miser sur l’amour plutôt que sur l’influence, le pouvoir et le contrôle.
Dans un monde où l’on nous demande de choisir son camp et de se distinguer de ceux à qui l’on ne veut pas être identifié, il faut du courage pour miser sur l’amour. L’amour qui est prêt à donner sa vie pour les ennemis, tout comme le Christ a donné sa vie.
La non-violence signifie un engagement courageux pour un monde dans lequel l’amour de Dieu est vécu. Comme, par exemple, celui des frères et sœurs d’Éthiopie qui, au milieu de la violence d’une guerre civile, rendent public le fait qu’ils ne portent pas d’armes.
Ou celui des personnes qui cherchent à suivre le Christ au cœur des conflits au Myanmar ou en Ukraine, où ils créent des espaces loin des lieux communs et recherchent des voies pour dépasser la violence.
Et nous ici aujourd’hui ?
Où est-ce que notre action courageuse dans l’amour est requise ?
Comment pouvons-nous nous interposer utilement au sein des conflits, comment témoigner d’un Dieu qui se donne pour réconcilier le monde avec lui ?
—Jürg Bräker est secrétaire général de la Conférence mennonite suisse, représente l’Europe pour le comité exécutif de la CMM et est membre du comité qui organise l’évènement.
Une version de cet article a d’abord été publiée dans le bulletin électronique mensuel de Konferenz der Mennoniten der Schweiz / Conférence Mennonite Suisse.
Le conseil d’administration de la Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online (Encyclopédie anabaptiste mennonite mondiale électronique, GAMEO)* a tenu sa réunion annuelle en présentiel à Goshen et Elkhart, Indiana, États-Unis, et par Zoom le 24 mai 2024. Cette réunion a regroupé les membres du bureau originaire des États-Unis, du Canada et des Pays-Bas afin de discuter des projets de l’année à venir et de faciliter la transition au sein du conseil d’administration.
L’un des principaux objectifs de la réunion de cette année était d’élargir l’offre multilingue de la GAMEO. Les membres du conseil d’administration de la GAMEO ont rencontré Michèle Sigg, du Dictionary of African Christian Biography (Dictionnaire Biographique des Chrétiens Africains, DACB), pour s’informer de l’expérience de Sigg en matière de publication de contenu web multilingue et d’amélioration de l’accessibilité pour les utilisateurs du DACB.
Ê la suite de cette réunion, les membres de la GAMEO se sont mis d’accord sur plusieurs mises à jour du site afin d’en améliorer l’accès multilingue.
L’une de ces mises à jour est déjà terminée – le 28 mai, GAMEO a publié deux nouvelles catégories d’articles, Articles en français et Articles en espagnol, qui permettent aux utilisateurs de localiser et d’accéder aux articles en fonction de la langue dans laquelle ils ont été publiés.
Les membres du conseil d’administration ont également voté pour autoriser la soumission de contenu dans n’importe quelle langue et pour intégrer les options de Google Translate dans le site.
En plus de ces changements, les membres du conseil d’administration ont alloué une partie du budget de cette année à des mises à jour du site web. Les mises à jour prévues consistent notamment à rendre le site plus convivial pour les smartphones, à revoir la page d’accueil de GAMEO et à ajouter des outils permettant aux utilisateurs de suggérer plus facilement des corrections et des mises à jour.
Avec le départ à la retraite de Jon Isaak, secrétaire exécutif de la Mennonite Brethren Historical Commission et président du conseil d’administration de la GAMEO depuis 2020, et de Bert Friesen, chargé de la liaison financière de la GAMEO, Aileen Friesen, de la D.F. Plett Historical Research Foundation, assumera ces deux rôles.
— Communiqué de presse de GAMEO
*GAMEO est une encyclopédie en ligne gratuite. C’est la source d’information sur les mennonites, les amishs et les huttérites la plus fiable sur internet.
Le réseau francophone
Le réseau francophone regroupe les communautés mennonite-anabaptistes sur trois continents, Afrique, Europe et Amérique du Nord.
Des étudiants burkinabè écrivent l’histoire de l’Église africaine
Un étudiant burkinabè regrette que l’Église d’Afrique soit « comme une pirogue qui part sans laisser de trace ». Anicka Fast s’est engagée à changer cette réalité, en enseignant aux étudiants de l’Université chrétienne Logos de Ouagadougou à collecter l’histoire orale et à rédiger des biographies de chrétiens africains.
Durant l’année universitaire 2020-2021, une classe de 34 étudiants de dix familles d’Églises différentes a étudié le christianisme en Afrique. En tant qu’enseignante, je voulais qu’ils prennent conscience du rôle central des chrétiens africains dans la propagation de l’Évangile en Afrique. En même temps, je voulais qu’ils reconnaissent leur propre rôle potentiel dans la préservation des récits de cette activité missionnaire.
Chrétiens d’Afrique
Pour intégrer ces deux objectifs, j’ai organisé le cours autour de biographies. Nous avons exploré des thèmes historiques clés – le colonialisme, les mouvements d’Églises indépendantes, la persécution et les initiatives missionnaires africaines – à travers le prisme de récits de vie de chrétiens africains. Les étudiants ont été fascinés par les royaumes perdus de la Nubie et les statistiques choquantes de la traite des esclaves. Ils ont saisi l’importance de prophètes comme Kimpa Vita et William Wade Harris qui ont ancré le christianisme dans les cultures et les contextes africains. Leurs épaules se sont affaissées lorsqu’ils ont découvert la trahison de l’évêque nigérian Samuel Ajayi Crowther par ses jeunes collègues blancs. Et chacun s’est outillé, à travers des exercices pratiques, pour écrire sa propre biographie d’un chrétien burkinabè.
Retour aux sources
Le dernier jour, j’ai demandé aux étudiants ce qu’ils retiendraient de ce cours. Leurs réactions ont été fortes et ont suscité la réflexion. Plusieurs étudiants ont été étonnés d’apprendre que l’Église en Afrique était présente bien avant l’arrivée des puissances coloniales. Ils ont considéré que cela changeait la donne. Zongo Sibiri Samuel, l’un des étudiants les plus anciens, a commenté le fait que de nombreuses contributions importantes des chrétiens africains à l’Église en Afrique restent inconnues et non documentées. Il a déploré que l’Église africaine soit « comme une pirogue qui part sans laisser de trace ». En même temps, lui et d’autres ont exprimé leur sentiment que, malgré les difficultés persistantes d’accès aux sources et aux récits, ils avaient maintenant « des outils pour écrire l’histoire ».
Un mouvement qui se poursuit
Je suis enthousiaste à l’idée de travailler aux côtés de ces historiens africains. Mais je suis aussi frappée par les barrières persistantes qui font que certaines histoires ont encore bien plus de poids que d’autres. Je suis reconnaissante d’avoir l’occasion d’être en Afrique et de participer au mouvement missionnaire qui fleurit sur ce continent depuis les temps anciens : un mouvement diversifié, fidèle, et inspiré par l’Esprit.
Anicka Fast, ouvrière pour le Mennonite Mission Network (MMN) et le Comité central mennonite (MCC)
Tiéba Traoré, entouré de sa famille, vers 1985 (au moment de son baptême ou peu avant), à Kotoura. Photo: Anne Garber Kompaoré
Tiéba Traoré (1958-1994), évangéliste et leader d’Église
Tiéba Traoré a joué un rôle-clé dans le développement des communautés mennonites au Burkina Faso. Sa biographie, rédigée par un étudiant, permet de (re)découvrir cette figure trop méconnue de l’Église africaine. Extraits.
Tiéba Traoré est né en 1958 à Kotoura, à l’ouest du Burkina Faso. En 1982, deux missionnaires de l’Africa Inter-Mennonite Mission (AIMM), Anne Garber et Gail Wiebe, sont arrivées à Kotoura. Tiéba leur a servi de traducteur senoufo-français. Curieux au sujet de Dieu, il était content d’entendre la bonne nouvelle. Lors d’une campagne d’évangélisation en 1983 avec un évangéliste venu de la Côte d’Ivoire, il fut le premier à donner sa vie à Jésus. Sa première femme Mariam décida de se convertir aussi. En 1985, Tiéba et quatre autres personnes furent les premiers chrétiens à être baptisés parmi le peuple sénoufo.
Après son baptême, Tiéba vivait une vie pieuse et annonçait la Parole de Dieu. Un jour, quand un renommé voleur a volé son mil, Tiéba alla lui donner encore plus de mil au lieu de lui faire du mal. (…) Les chrétiens des trois villages – Kotoura, Kangala et Sayaga – se sont mis ensemble pour aller évangéliser au village voisin de Sokouraba. Tiéba et deux autres frères chrétiens, Larito et Joël Traoré, visitèrent régulièrement les nouveaux convertis et collaborèrent avec les Assemblées de Dieu dans les campagnes d’évangélisation.
Tiéba décéda d’une méningite le 22 février 1994 à l’âge de 36 ans. (…) Mais Dieu veilla sur son Église pour qu’elle ne meure pas. L’Église de Kotoura, l’une des premières assemblées de l’Église évangélique mennonite du Burkina Faso, a continué à se développer, d’abord sous la direction des anciens, puis des pasteurs Mamadou Traoré et Daouda Traoré. Elle est un héritage de la vie et du témoignage de Tiéba Traoré.
Josué Coulibaly
Pour aller plus loin…
Le site du DIBICA compte presque 3000 biographies, dont environ 500 en français. Pour lire la version intégrale de la biographie de Tiéba Traoré et celle d’autres chrétiens burkinabè, écrites par les étudiants à Logos, voir :
Les articles dans le cadre du Réseau mennonite francophone (RMF) peuvent paraître dans Christ Seul (France), Le Lien entre nous (AEFMQ – Québec, Canada), sur le site de la Conférence Mennonite Suisse (www.menno.ch) et sur celui de la Conférence Mennonite Mondiale (mwc-cmm.org).
Contexte historique pour le Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale
L’anabaptisme est un mouvement chrétien dont les origines remontent à la Réforme radicale. La date la plus largement reconnue de la naissance de l’anabaptisme est le 21 janvier 1525, lorsque Conrad Grebel baptisa George Blaurock dans la maison de Felix Manz à Zurich, en Suisse. George Blaurock baptisa immédiatement plusieurs autres personnes après confession de leur foi. Ces baptêmes sont les premiers « rebaptêmes » connus de notre mouvement.
L’anabaptisme a donné naissance à plusieurs groupes en Europe au cours des années 1500 – y compris aux mennonites (du nom de Menno Simons des Pays-Bas) – et s’est répandu dans plusieurs endroits. Les membres de ce mouvement ont continué à se déplacer et à croître en nombre à travers le monde au cours des siècles suivants.
La Conférence Mennonite Mondiale a commencé en 1925 comme un moyen de rassembler les nombreuses Églises de différents courants anabaptistes. Aujourd’hui, la CMM compte des Églises membres dans 58 pays, chacune avec sa propre histoire de naissance et d’adhésion à la communion anabaptiste. Le Dimanche de la Fraternité Anabaptiste Mondiale est un événement annuel pour les paroisses membres de la CMM du monde entier, l’occasion de louer ensemble en esprit en utilisant le même matériel pour le culte, conscients que nous nous appartenons les uns aux autres dans cette famille mondiale de foi.
Comment sont apparus les mennonites
Le mouvement anabaptiste a commencé dans le cadre d’un mouvement de renouveau au sein de l’Église catholique en Europe au début du XVIe siècle. Une partie de son inspiration vient de la tradition catholique : le fort sens de la discipline et de la communauté que l’on retrouve dans le monachisme, par exemple, l’attention portée sur le Saint-Esprit que l’on pourrait trouver dans le mysticisme catholique, ou l’accent mis sur le fait de suivre Jésus dans la vie quotidienne dans L’Imitation du Christ, de Thomas á Kempis. L’anabaptisme doit également beaucoup à Martin Luther et au premier mouvement de la Réforme, en particulier en ce qui concerne l’accent mis par Luther sur l’autorité des Écritures et son insistance sur la liberté de la conscience chrétienne. Ce mouvement a aussi été façonné par de profonds troubles sociaux et économiques de l’époque, menant à la guerre des paysans de 1524-1525.
Les anabaptistes eux-mêmes, cependant, auraient dit qu’ils essayaient simplement d’être de fidèles disciples des enseignements de Jésus et de suivre l’exemple de l’église primitive.
Bien que les dates soient quelque peu arbitraires, le mouvement anabaptiste a « officiellement » commencé le 21 janvier 1525 lorsqu’un petit groupe de réformateurs chrétiens s’est réuni pour un culte secret à Zurich, en Suisse. Le groupe était frustré par l’hésitation de leur chef, Ulrich Zwingli, à adopter les changements aux rituels catholiques qu’ils étaient tous convaincus que la Bible exigeait, en particulier en ce qui concerne la messe et le baptême des enfants. D’après leur lecture des Écritures, le vrai baptême chrétien suppose un engagement conscient à suivre Jésus – ce dont aucun enfant n’est capable. Ainsi, le 21 janvier 1525, ce petit groupe accepta de se baptiser à l’âge adulte. Bien qu’il faille un certain temps avant que la pleine signification du baptême ne devienne claire, les premiers anabaptistes avaient compris que cet acte symbolisait la présence du Saint-Esprit dans le don de la grâce de Dieu, un engagement à mener une vie de disciple au quotidien et l’appartenance à un nouvelle communauté du peuple de Dieu.
Les membres du mouvement se désignaient généralement eux-mêmes sous le nom de « Frères » (Brüder) – ou plus tard par le terme plus descriptif « du baptême » (Taufgesinnten). Leurs opposants les ont qualifiés d’anabaptistes (= rebaptiseurs), en partie parce que le « rebaptême » était une infraction pénale dans le Saint Empire romain, passible de la peine de mort. Au début, le groupe a résisté au terme « anabaptiste » car dans leur esprit, ils ne rebaptisaient pas, mais baptisaient correctement pour la première fois. Mais avec le temps, le nom est resté. Aujourd’hui, anabaptiste est un terme français qui englobe tous les groupes issus de la Réforme qui pratiquaient le baptême des croyants (plutôt que des enfants), et les dénominations qui en descendent comme les Amish, les Mennonites et les Huttérites.
Au fil du temps, cependant, un mouvement cohérent a émergé. Son identité s’est forgée, en partie au moins, de par la nécessité de répondre à plusieurs besoins spécifiques. Premièrement, en réponse aux accusations d’hérésie par les autorités religieuses et politiques dans la première moitié du XVIe siècle, les anabaptistes se sont rapidement définis comme des chrétiens fidèles et croyant en la Bible. Deuxièmement, des voix militantes parmi eux, prêtes à imposer le changement social et religieux par la violence, ont forcé les anabaptistes à clarifier leur identité en tant que chrétiens pacifiques, respectueux des lois et non résistants dont la seule arme était l’amour. Et enfin, face aux dissidents spiritualistes qui privilégiaient une expérience religieuse interne qui pouvait éviter les disputes théologiques et passer inaperçues par les autorités, les anabaptistes ont été obligés de défendre la nature publique et visible de l’église.
Malgré la diversité évidente de la théologie et de la pratique parmi la première génération d’anabaptistes, trois groupes cohérents ont émergé dans les années 1540 : les Frères suisses dans les territoires germanophones ; les Huttérites en Moravie ; et les mennonites des Pays-Bas et de l’Allemagne du Nord qui guidés par Menno Simons. Bien que ces groupes diffèrent sur des points importants, ils se reconnaissent néanmoins comme membres de la même tradition religieuse, de sorte que leurs désaccords internes prennent souvent la forme d’une querelle de famille.
En République dominicaine, le Dimanche de la Fraternité anabaptiste mondiale (19 janvier 2020), des mennonites sont descendus dans la rivière pour prier. L’église évangélique mennonite de Saint-Domingue a célébré la famille anabaptiste à travers le monde et aussi localement en utilisant le matériel de culte fourni par la CMM et en célébrant des baptêmes. Vingt-deux personnes ont exprimé leur désir de suivre Jésus et s’engager dans la famille chrétienne locale – et internationale.
En même temps, dans toute la République dominicaine, les membres des 75 assemblées locales mennonites ont commémoré les baptêmes de George Blaurock, Conrad Grebel et Felix Manz en 1525.
L’anabaptisme a été introduit dans les Caraïbes à partir des années 40 par des missionnaires mennonites américains. Aujourd’hui, il y a des unions d’églises mennonites membres de la CMM à Cuba, en République dominicaine, en Jamaïque et à Porto Rico. L’union d’églises des quatre paroisses de Trinité-et-Tobago est membre associé, et des groupes de paroisses se référant aux anabaptistes sont réparties sur d’autres îles.
Suit un aperçu des églises membres de la CMM dans les Caraïbes.
Cuba
Implantation et multiplication
Au début des années 1950, des missionnaires anabaptistes des États-Unis sont arrivés à Cuba : les Frères en Christ à Cuatro Caminos, près de La Havane, et les mennonites (Franconia Conference) près de Cardenas.
Les Frères en Christ ont évangélisé les villages et ont commencé des cours bibliques et des classes d’école du dimanche. L’Église a été officiellement déclarée en 1954. Les missionnaires mennonites ont développé une stratégie d’autofinancement, d’autoadministration et d’auto-propagation de l’Évangile. Ils n’ont pas demandé que les églises soient déclarées officiellement.
Depuis 1959, avec le succès de la révolution, les 55 églises déclarées et de nombreuses autres non déclarées ont continué de fonctionner, mais seules quelques nouvelles inscriptions ont été acceptées depuis la fin des années 1990. Après 1959, les missionnaires nord-américains ont quitté le pays, ainsi que de nombreux responsables de paroisses cubaines. Mais des responsables cubains comme Juana M. García se sont levés pour continuer à servir les paroisses des Frères en Christ (Iglesia de Los Hermanos en Cristo, Cuba) malgré les difficultés.
En 1992, la constitution cubaine a changé : d’un État athée le pays est devenu un État laïc. Ce changement a entraîné une croissance rapide des églises, en particulier des évangéliques. Divers groupes sont venus à Cuba à la suite de cette évolution. Aujourd’hui, l’Église des Frères en Christ est la seule église anabaptiste déclarée à Cuba. La plupart de ses 100 assemblées sont des églises de maison. Plus de 700 petits groupes fonctionnent à côté des paroisses organisées. Il existe un centre de formation au leadership à Palmira (Cuba) ; le MCC et l’Église Frères en Christ du Canada participent à la formation des pasteurs et des responsables. Un autre groupe mennonite, aux environs de Holguin et de Santiago, est proche de l’Union d’églises conservatrices mennonites de Rosedale, Ohio (États-Unis). Le travail original initié par la Franconia Conference se poursuit également. Ces deux groupes mennonites relativement petits sont des témoins actifs de l’Évangile dans leur région. Aucun des deux groupes n’est officiellement déclaré auprès du gouvernement.
Difficultés
Les groupes liés à l’anabaptisme cubain se développent. Ils ont besoin de formation et de soutien au leadership. iIs travaillent sur les questions de l’identité anabaptiste. Il leur est difficile d’obtenir des terrains pour des bâtiments d’église.
L’évêque des Frères en Christ, Luis Bermudez Hernandez, dit que la révolution a été un don pour les chrétiens : elle a créé les conditions favorables au développement des églises de maison, où il est facile d’inviter les voisins. Cette stratégie a entraîné une croissance spectaculaire.
République dominicaine
Implantation
La Conferencia Evangélica Menonita Dominicana Inc. a commencé à l’initiative de l’Evangelical Mennonite Church de Fort Wayne, Indiana (aujourd’hui Fellowship of Evangelical Churches). En 1946, cette église a envoyé des missionnaires : Omar et Laura Sutton et Lucille Rupp. Ils se sont installé dans le sud-est du pays, dans un petit village appelé El Cercado. Peu après leur arrivée, Omar Sutton, d’autres hommes et quelques membres de l’église naissante, ont construit le premier aqueduc au village, qui a apporté un grand changement à la vie de ses habitants.
En septembre 1949, deux couples de République Dominicaine sont arrivés pour remplacer Omar et Laura Sutton. D’autres responsables d’église se sont joints au travail de terrain d’implantation d’églises. L’objectif était de créer 25 églises et d’avoir 1000 membres avant l’année 1967.
Multiplication
En 1970, la direction à l’échelle du pays était solide, aussi le ministère de Evangelical Mennonite Churcha été transféré au comité exécutif de la ConferenciaEvangelicaMenonita Inc, dans un accord appelé l’Accord de Monte Río, signé à Azua.
Il y a différentes unions d’églises anabaptistes en République Dominicaine : Consejo Menonita Dominicano, Faro Divino (membre de la CMM), Menonitas Conservadores, Iglesia de Dios en Cristo Menonita et Conferencia Evangélica Menonita Dominicana Inc.
Difficultés
L’une des principales difficultés pour les églises est de préserver la bonne doctrine qui nous vient du mouvement anabaptiste radical du XVIème siècle, fondé sur le principe de rester fidèle à la parole de Dieu, quelles qu’en soient les conséquences. Une autre grande difficulté est de continuer à semer la parole de Dieu parmi la population dominicaine en hommage à notre symbole patriotique. En effet, nous sommes la seule nation dont le drapeau montre une bible, ouverte sur le passage de Jean 8/32 : « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres ».
La formation des responsables est aussi problématique. Les pasteurs étudient au séminaire mennonite ou à l’université évangélique dominicaine, mais la plupart doivent travailler en dehors de l’église pour avoir un salaire.
La plus grande contribution des anabaptistes dominicains c’est la formation de membres prêts à être de véritables serviteurs là où ils vivent. Aussi il y a une grande présence d’anabaptistes dans toutes les organisations chrétiennes d’entraide en République dominicaine.
Notre vision et notre espoir pour l’avenir : continuer de développer la vision anabaptiste. Faire émerger de nouveaux leaders qui pourront remplacer génération actuelle. Renforcer nos églises en conservant ou en augmentant le nombre de membres.
Jamaïque
Implantation
David H. Loewen et son épouse Anna – General Conference Mennonite Church –, originaires du Manitoba (Canada), se sont rendus en Jamaïque. « Le Seigneur nous a dit qu’un poste missionnaire devrait être ouvert en Jamaïque ou à Cuba », déclare Anna Loewen. Les Loewen ont été convaincu que c’était la Jamaïque, et ils y ont emménagé en 1954.
Mahlon Blosser, Myron Augsburger et Warren Metzler (de Virginia Mennonite Mission) ont rencontré les Loewen lors d’une visite exploratoire en Jamaïque et rapidement commencé à y travailler.
Après des conversations et des préparatifs, l’assemblée a reçu 15 membres par confession de foi et 11 par baptême le 10 juillet 1955. Ces baptêmes, célébrés dans le port de Kingston, marquent la naissance de la Jamaica Mennonite Church (JMC).
√Ä la fin des années 1970, les missionnaires étrangers n’obtenaient plus de permis de travail, si bien que toutes les paroisses sont désormais dirigées par des pasteurs et des laïcs locaux.
Multiplication
Aujourd’hui, les assemblées de la JMC organisent des réunions d’évangélisation en plein air dans des régions où il n’y a pas d’églises. Elles diffusent des émissions radio hebdomadaires de 15 minutes ‚ÄòLe Chemin de la Vie’, qui présentent l’Évangile et apportent du réconfort. Elles soutiennent un dispensaire périodique avec du personnel médical qualifié qui donne des soins aux mamans et aux bébés, s’occupe des vaccinations, prend la tension artérielle et fait le dépistage du diabète. Avec l’approbation du gouvernement, deux paroisses s’occupent de crèches et quatre pasteurs servent de conseillers d’orientation dans les écoles locales.
L’Église Mennonite de Jamaïque (JMC) a des relations fraternelles avec l’Église Mennonite de Trinité-et-Tobago (MCTT) et la Virginia Mennonite Conference (VMC).
Difficultés
La Jamaïque totalise le plus grand nombre de paroisses par kilomètre carré de tous les pays du monde : plus de 1 600 représentant 438 dénominations déclarées, pour une population d’environ 2,8 millions d’habitants. Pourtant, [aujourd’hui] il y a moins de personnes qui choisissent de se former en théologie ou d’être responsable de paroisse.
Le mouvement vers les villes à la recherche de formations et d’emplois vide les églises rurales, et l’influence du Canada, de l’Angleterre et des États-Unis entrent parfois en conflit avec ce qui serait bon pour les Jamaïcains.
Mission
L’Église Mennonite de Jamaïque, par la puissance de l’Esprit Saint, s’est engagée à honorer et glorifier Dieu par le culte et la piété, par l’étude de la Parole de Dieu, par son style de vie et la communion fraternelle, par l’évangélisation et les actions pour la paix.
Porto Rico
Implantation et multiplication
La Convención de las Iglesias Menonitas de Puerto Rico, Inc. (CIMPR) est l’organisation qui représente et conduit les églises mennonites de Porto Rico. La CIMPR a été fondée en 1943, lorsque l’Église mennonite américaine cherchait un moyen de « servir et édifier » plutôt que de participer à la Deuxième Guerre mondiale. C’est dans cette optique qu’en 1943, plusieurs mennonites arrivèrent dans le quartier de La Plata du village de Aibonito pour travailler sur des projets concernant l’agriculture, la santé et le secteur social.
Leurs témoignages touchèrent de nombreuses personnes qui donnèrent leurs vies à Dieu. C’est ainsi que la fraternité de La Plata commença. Grâce à la clinique, les cultes d’évangélisations, l’école du dimanche, les cours bibliques d’été et les témoignages personnels, l’église a fait connaitre l’Évangile.
Elle a demandé le soutien du Mennonite Mission Network à Elkhart, Indiana, qui envoya des missionnaires pour mettre en place les premières paroisses. En 1946, l’assemblée locale Betania vit le jour dans le quartier Pulguillas de Coamo ; puis, en 1947, celle de El Calvario dans le quartier de La Plata à Aibonito : ensuite, en 1948, l’assemblée locale Esmirna dans le quartier Coamo Arriba de Coamo ; et enfin, en 1949, celle Palo Hincado dans le quartier du même nom à Barranquitas.
En tout, 16 paroisses rassemblant 900 membres sont fondées dans l’île. Aujourd’hui, 12 fonctionnent toujours.
Difficultés
L’Église mennonite de Porto Rico fait face à différents problèmes : par exemple la nécessité de créer de nouvelles paroisses pour augmenter sa présence sur l’île ; l’influence d’autres doctrines qui nous mettent au défi de discerner et d’affirmer notre identité commune et notre unité en tant qu’Église du Christ. Il faut remarquer que cette influence a aussi enrichie la vie et la mission mennonite de diverses manières. L’Église mennonite anabaptiste a grandement contribué au développement de l’agriculture, de l’élevage et de l’éducation. Mais son héritage est surtout d’avoir répandu l’évangile et démarré dont beaucoup aujourd’hui sont devenues des hôpitaux.
Avec la bénédiction de Dieu et la puissance du Saint Esprit, l’Église mennonite de Porto Rico continuera de tracer un chemin et de surmonter les difficultés pour répandre l’évangile de Christ.
Des membres de l’Église mennonite de Chaguanas, à Trinidad, distribuent des cadeaux et des Bibles dans leur communauté le matin de No√´l dans le cadre de leur ministère d’évangélisation. Photo: Galen Lehman
Trinité-et-Tobago
Les mennonites sont arrivés à Trinité pour la première fois dans les années 1960 et ont diffusé des émissions de radio et procuré des soins médicaux aux personnes atteintes de la maladie de Hansen (lèpre). La première assemblée locale de l’Église mennonite de Trinité a vu le jour en 1974. Au fil des ans, la Virginia Mennonite Mission a envoyé des missionnaires, mais les 5 paroisses qui composent l’Église aujourd’hui ont des responsables locaux..
Contributeurs:
Juan Carlos Colón, modérateur, Convención de las Iglesias Menonitas de Puerto Rico, Inc.
William Broughton, président, Église Mennonite de Jamaïque
Robert J Suderman, retraité, Mennonite Church Canada
Ainsi que : GAMEO, VMM
Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2020 de Courier/Correo/Courrier. Cliquez ici pour lire d’autres articles de ce dossier.
Winnipeg, Manitoba, Canada – John D. Roth, secrétaire de la commission Foi et Vie de la Conférence Mennonite Mondiale, fut élu éditeur général de l’Encyclopédie Universelle Anabaptiste Mennonite en Ligne (GAMEO – www.gameo.org). Le conseil administratif de GAMEO vota de manière unanime le 19 mai 2017 pour déplacer la supervision du projet à l’Institut d’Études de l’Anabaptisme Mondial (ISGA) que John Roth dirige à Goshen College, aux États-Unis.
GAMEO est une encyclopédie en ligne, qui a pour but de rendre accessible sur internet les 5 tomes de l’Encyclopédie Mennonite. Elle contient les 12 000 articles originaux en anglais, la plupart mis à jour avec des informations récentes, ainsi que 4 000 nouveaux articles soumis par des éditeurs bénévoles et des comités régionaux de partout dans le monde. Et le corpus continue de croître.
« Alors que le champ de la recherche anabaptiste-mennonite (à Goshen College) s’élargie pour inclure l’Église mondiale, il est approprié de faire entrer cette longue tradition de savoir de l’Église dans l’ère digitale pour soutenir la vision mondiale de GAMEO » explique John Roth.
GAMEO se compromet à améliorer les nouveaux articles pour inclure une représentation plus ample de l’Église mondiale.
Avec l’ajout de GAMEO à ses projets, l’ISGA changera les objectifs de son Global Anabaptist Wiki (www.anabaptistwiki.org) pour qu’il devienne des archives en ligne pour l’église mondiale et un dépôt de ressources numériques telles que le Dictionnaire Anabaptiste de la Bible, La Bibliotheca Digital Anabautista et les ressources en lien avec les relations œcuméniques anabaptistes-mennonites.
L’ISGA continuera à collaborer avec le « Bearing Witness Stories Project » (www.martyrstories.org), qui publie des histoires de chrétiens anabaptistes et mennonites qui ont souffert à cause de leur foi.
La Conférence Mennonite Mondiale est l’un des six propriétaires institutionnels de GAMEO : le Comité Central Mennonite (MCC), la Société Historique Mennonite du Canada, Mennonite Church USA, la Commission Historique des Frères mennonites l’Institut d’Études de l’Anabaptisme Mondial. Un conseil d’administration, composé de représentants de ces organisations, supervise les opérations. La Conférence Mennonite Mondiale se charge d’administrer les finances du projet.
–Un communiqué de la Conférence Mennonite Mondiale, basé sur des dossiers de Goshen College.