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  • Ê renouveau 2027 – De nos jours, la migration de masse est une préoccupation pour de nombreux pays : elle fait partie à la fois du passé et du présent des anabaptistes-mennonites. Nous sommes en même temps ceux qui ont émigré et ceux qui accueillent de nouveaux voisins dans leur nouvelle maison. Lors de’ Justice sur le Chemin : Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’, le 6 avril 2019, des orateurs du monde entier ont présenté des témoignages sur la migration.


    « Car le SEIGNEUR restaure la majesté de Jacob, ainsi que la majesté d’Israël, bien que des ravageurs les aient ravagés et aient ruiné leurs branches » (Nahum 2/2).

    Introduction

    Les relations sont un don de Dieu. Il est le Dieu des relations. Dieu nous a donné trois manières d’apprécier ce magnifique don :

    1. en envoyant son Fils unique, ce qui nous permet d’avoir une relation avec Lui.
    2. à travers le corps de Christ, l’Église.
    3. à travers la famille humaine.

    J’aimerais me concentrer sur les relations familiales. La famille est voulue par Dieu. Dieu a des projets pour chacun de nous à travers notre famille.

    Malheureusement, l’ennemi a détruit et brisé les liens familiaux en employant diverses stratégies telles que l’égoïsme, la convoitise, le matérialisme, les systèmes politiques, les guerres, la famine et les migrations.

    Quels que soient les moyens employés par l’ennemi, n’oublions pas que notre Dieu est le Dieu de la restauration.

    Coopérer avec Dieu

    Nous sommes le peuple de Dieu. En tant qu’Église, nous sommes la famille de Dieu. Il est impératif de coopérer avec Dieu dans le processus de restauration.

    Joseph est un bon exemple. Son père, Jacob, était béni de Dieu. Tout au long de sa vie, la main de Dieu fut sur lui malgré ses défauts. Dieu l’a béni en lui donnant 12 fils, et Joseph était son favori.

    Dès le début de sa vie, nous percevons le plan de Dieu pour Joseph, qui montre ainsi qu’Il est le Dieu de la restauration.

    Joseph a dû passer par une expérience de désespoir avant que Dieu ne le relève pour restaurer sa famille et par elle, les autres générations.

    Tout au long du processus, nous voyons comment Dieu a merveilleusement utilisé différentes situations de la vie de Joseph pour restaurer et unifier sa famille.

    De la vie de Joseph, nous apprenons qu’il est nécessaire que chaque enfant de Dieu s’occupe des étrangers, c’est un ministère pour tous.

    Obéir au commandement

    C’est aussi le commandement de Jésus dans le Nouveau Testament. Chaque paroisse et chaque enfant de Dieu devrait y obéir.

    Le rôle de l’église locale est d’aimer et d’accueillir les étrangers dans nos communautés (voir Deutéronome 19/34 et Matthieu 25/34-36). Les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées sont parmi les plus vulnérables du monde. Dieu nous appelle à nous occuper de leur protection et de leur bien-être.

    Le témoignage d’une famille

    Voici l’histoire d’une réfugiée qui a retrouvé sa famille grâce à l’amour et à l’affection d’une assemblée locale.

    Pendant la guerre civile entre Tamouls et Cinghalais, au Sri Lanka, Mala, âgée de 12 ans, a été séparée de sa famille. Elle a été déportée en Inde avec d’autres réfugiés du Sri Lanka et placée dans un camp de réfugiés à Pollachi.

    Alors qu’elle vivait dans ce camp, un pasteur de la paroisse voisine s’y est rendu pour annoncer l’évangile. Il a rencontré Mala, qui a reçu l’évangile et a assisté aux réunions de l’assemblée locale.

    Au fil du temps, le pasteur a découvert que Mala avait été séparée de sa famille et ne savait pas ce qu’elle était devenue. Elle est restée sous la protection du pasteur et de l’assemblée pendant plus de 19 ans. Puis elle s’est mariée et a eu un enfant.

    Un jour, un des pasteurs associés, en visite au Sri Lanka, a rencontré ses parents par hasard. Ainsi, elle a retrouvé sa famille après 19 longues années de séparation.

    Elle vit maintenant avec ses parents, son mari et son enfant.

    Ceci est arrivé grâce à une paroisse. C’est la responsabilité de toutes les églises de montrer de l’amour et de l’affection aux personnes déplacées. Les églises peuvent aider à sauver et à soutenir de nombreuses personnes ayant des histoires comme celle de Mala.

    Il est évident que les églises et les responsables locaux ont davantage de responsabilités à l’égard de ces personnes vulnérable et doivent les aider à s’intégrer dans la société.

    —Paul Phinehas est représentant de l’Asie au Comité Exécutif de la CMM. Il est président de Gilgal Mission Trust, une Église membre anabaptiste du sud de l’Inde. Il a parlé à Renouveau 2027 – Justice sur le Chemin: Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’ à San Rafael de Heredia (Costa Rica) le 6 avril 2019. Cet article est adapté de sa présentation.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • Ê renouveau 2027 – De nos jours, la migration de masse est une préoccupation pour de nombreux pays : elle fait partie à la fois du passé et du présent des anabaptistes-mennonites. Nous sommes en même temps ceux qui ont émigré et ceux qui accueillent de nouveaux voisins dans leur nouvelle maison. Lors de’ Justice sur le Chemin : Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’, le 6 avril 2019, des orateurs du monde entier ont présenté des témoignages sur la migration.


    L’histoire des États-Unis d’Amérique est une histoire d’immigration. De personnes qui cherchent une vie meilleure. Des personnes en quête de liberté religieuse.

    Pour de nombreux mennonites établis de longue date [aux États-Unis] comme moi, ce qui concerne l’immigration dans leur histoire est maintenant très éloigné de la vie et des expériences quotidiennes. Pour d’autres mennonites, fuyant des pays comme le Myanmar, et à la recherche d’un nouveau foyer dans un lieu comme Lancaster en Pennsylvanie, c’est une histoire beaucoup plus récente.

    Ces dernières années, le sujet de l’immigration a été politiquement sensible dans mon pays, même parmi les chrétiens.

    Si ce sujet est confus et sans réponses politiques claires, des réponses bibliques existent depuis longtemps, depuis que la loi de Moïse a demandé aux gens d’aimer les étrangers, leur rappelant qu’ils étaient autrefois esclaves en Égypte (Lévitique 19/33–34).

    Perspectives américaines

    L’histoire et la culture espagnole et latino-américaine étaient ma matière dominante à l’université. Mon professeur préféré était une femme extraordinaire du Panama qui m’a beaucoup appris sur les perspectives latino-américaines, en particulier en lien avec les États-Unis.

    C’est grâce à elle que j’ai appris qu’il était préférable de s’appeler États-Unien plutôt qu’Américain, car techniquement, toute personne qui vit en Amérique du Nord, centrale ou du Sud est ‘américaine’. Lorsque les États-Unis s’approprient ce mot, c’est une manifestation d’arrogance.

    Grâce à elle, j’ai appris que l’histoire de la migration vers les États-Unis au XXe siècle est plus étroitement liée à l’Amérique latine qu’à tout autre continent – et elle n’est pas très belle. Pour cette raison, je tiens à vous présenter des excuses au nom de mon pays. Non seulement parce qu’un mur est en construction, mais parce que mon pays s’est indûment mêlé à la politique de l’Amérique latine, non pas dans l’intérêt de sa population, mais pour son intérêt personnel. Cette politique s’est ajoutée aux cycles de corruption et d’inégalité qui engendrent le besoin d’immigrer vers le nord pour de nombreuses familles.

    Actes des anabaptistes

    Lorsque je regarde en particulier la manière dont notre famille anabaptiste-mennonite a traité les immigrants aux États-Unis et au Canada, cela m’encourage, car je vois des actes d’amour et non des réactions de crainte, ce que notre Seigneur Jésus nous appelle à faire.

    Si vous visitez des villes aux États-Unis, vous verrez peut-être un panneau sur une pelouse (voir encadré). Quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai pensé que c’était un moyen simple et beau de dire « Bienvenue ». J’ai été surprise d’apprendre par Mennonite World Review que l’idée du panneau était née dans une église mennonite en Virginie. Elle voulait bien accueillir ses voisins qui parlaient espagnol et arabe.

    Dans mon État d’origine, l’Ohio, j’ai des amis de Rosedale Bible College qui se sont installés dans un quartier d’immigrants musulmans à côté d’une mosquée locale, afin de manifester de l’amour aux habitants et de nouer des relations avec eux. Ce groupe de jeunes s’est intégré à la communauté internationale des immigrés en s’occupant des enfants, en enseignant l’anglais, en donnant des cours de conduite, etc.

    Un été, il y a deux ans, lorsque des chrétiens ont manifesté contre la haine devant la mosquée de leur quartier, ils se sont rassemblés à l’extérieur de la mosquée pour promouvoir la paix et manifester leur amour et leur solidarité à leurs voisins musulmans.

    Une autre église mennonite de Columbus, dans l’Ohio, s’est beaucoup dévouée pour offrir un refuge à une immigrante sans papiers, Edith Espinal, pendant plus d’un an. Tant qu’elle vivra dans l’église, le service américain de l’immigration et des douanes s’abstiendra de la déporter en raison de sa politique consistant à éviter les ‘lieux sensibles’ comme les églises. Au moment de mettre sous presse, elle attend toujours d’obtenir le droit d’asile.

    Avoir le royaume pour identité

    Ce ne sont là que quelques exemples de la manière dont j’ai vu des frères et des sœurs manifester leur amour et leur hospitalité aux immigrants et aux réfugiés en Amérique du Nord. Je sais qu’il y en a beaucoup plus, mais je sais aussi que notre Père céleste voit chaque geste de ses enfants. ‘Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !”‘ (Mattieu 25/40).

    En fin de compte, nous, frères et sœurs, partageons tous l’histoire de la migration dans le royaume éternel. Notre identité spirituelle est celle d’être étrangers dans un pays étranger, en pèlerinage vers notre véritable foyer. Puissions-nous continuer à nous soutenir mutuellement sur le chemin de la foi, de l’espoir et de l’amour.

    —Larissa Swartz est la représentante nord-américaine au comité YABs (Young AnaBaptists). Elle vit dans l’Ohio où elle travaille avec des étudiants étrangers et fait partie de la London Christian Fellowship. Elle a parlé à ‘Renouveau 2027 – Justice sur le Chemin: Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’ à San Rafael de Heredia (Costa Rica) le 6 avril 2019. Cet article est adapté de sa présentation.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • Un homme est assis dans la même position que celle dans laquelle il est mort il y a 2000 ans, en pleurs. Autour de lui, des amphores remplies de vins, d’huile d’olive et de poissons, importées pour satisfaire l’énorme appétit des Romains au cœur de l’Empire (Apocalypse 18).

    Quelque part, en 79 avant JC, un ange sonna de la trompette et « de la grêle et du feu, mêlés de sang, s’abattirent sur la terre » (Apocalypse 8). Le Vésuve, sur la côte italienne, entra en éruption, envoyant des pierres ponces fondues et de la fumée à plus de 30 km de hauteur. Les cendres recouvrirent Pompéi. La cité voisine, Herculanum, semblait avoir été épargnée. Mais la nuée ardente générée par l’éruption se désintégra relâchant une vague de gaz qui incinéra la ville.

    Selon un écrit de Pline le Jeune : « On entendait les gémissements des femmes, les vagissements des bébés, les cris des hommes ; les uns cherchaient de la voix leur père et mère, d’autres leurs enfants, leur épouse. Certains se lamentaient sur leur propre malheur ; il y en avait qui, par peur de la mort, se suicidaient… ».

    La nouvelle du cataclysme se répandit rapidement, atteignant sûrement un prophète chrétien appelé Jean qui, plus tard, rédigea l’Apocalypse. Son récit contient tant de descriptions du feu du ciel, de montagnes glissant dans la mer et de l’angoisse humaine que l’on peut en déduire qu’il s’inspira de l’éruption du Vésuve.

    Des milliers de personnes moururent dans l’éruption du Vésuve, mais beaucoup survécurent car elles réagirent immédiatement, dès les premiers signes de danger.

    Réagir immédiatement est un thème récurrent de l’Apocalypse. Peut-être que l’Apocalypse n’est pas un avertissement sur les souffrances de la fin des temps mais une description de ce qui se passera si l’humanité ne change pas de cap. Plusieurs des fléaux de l’Apocalypse sont dus au péché de l’Homme : la conquête impérialiste, la guerre, la famine et la mort. Le péché déséquilibre la planète et, au bout du compte, c’est le cosmos tout entier qui vacille hors de contrôle.

    Aujourd’hui, l’Australie brûle, la neige fond sur le Kilimandjaro, le niveau de la mer s’élève et submerge les côtes, les terres agricoles se désertifient, les tempêtes tropicales font rage. Les scientifiques sont unanimes : le climat de la planète change. Le péché et la cupidité en sont au moins partiellement responsables.

    Cet homme qui est encore aujourd’hui assis à Pompéi, est un moulage réalisé par des archéologues qui ont trouvé des cavités dans les cendres solidifiées. En remplissant ces espaces creux de plâtre, ils ont fait émerger des formes humaines. Figés dans l’amas volcanique, les corps se sont décomposés et ont disparu au cours des siècles. Ces personnes n’ont pas causé la catastrophe, mais elles n’ont pas agi ou n’ont pas pu agir lorsque le danger est arrivé.

    Comment réagissons-nous aux menaces qui pèsent sur notre monde ? Nous avons encore (un peu) de temps pour agir. Les chrétiens attendent avec espoir le moment où Dieu « fera toutes choses nouvelles ». N’attendons pas seulement l’avenir. Paul dit : « si quelqu’un est uni au Christ, il est une nouvelle création : ce qui est ancien a disparu, une réalité nouvelle est là » (2 Corinthiens 5). C’est écrit au présent !

    Nous pouvons faire en sorte que les horreurs de l’Apocalypse ne se produisent pas ; les visions appellent l’humanité à changer ses habitudes et à éviter la catastrophe. « Réveille-toi… rappelle-toi ce que tu as reçu et la façon dont tu l’as entendu… et change de vie. » (Apocalypse 3)

    —Un communiqué de la Conférence Mennonite Mondiale écrit par J. Nelson Kraybill, président de la CMM. Adapté de Holy Land Peace Pilgrim (28 decembre 2019, http://peace-pilgrim.com).

  • Ê renouveau 2027 – De nos jours, la migration de masse est une préoccupation pour de nombreux pays : elle fait partie à la fois du passé et du présent des anabaptistes-mennonites. Nous sommes en même temps ceux qui ont émigré et ceux qui accueillent de nouveaux voisins dans leur nouvelle maison. Lors de’ Justice sur le Chemin : Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’, le 6 avril 2019, des orateurs du monde entier ont présenté des témoignages sur la migration.


    ‘Si un immigré vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas ; cet émigré installé chez vous, vous le traiterez comme un indigène, comme l’un de vous ; tu l’aimeras comme toi-même ; car vous-mêmes avez été des émigrés dans le pays d’Égypte. C’est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu.’ (Lévitique 19/33-34)

    Le texte utilisé pour le Dimanche de la Fraternité Mondiale de 2019 nous exhorte à traiter les étrangers de la même manière que les personnes nées au Canada. Il nous incite aussi à ne pas oublier le temps où nous étions étrangers dans un autre pays.


    Pour moi être étranger et accueillir les étrangers semblent être les deux côtés de la même pièce.

    Quelquefois nous sommes d’un côté, quelquefois de l’autre.

    Ma propre histoire montre ces deux aspects.

    Gris

    J’étais une étrangère en arrivant en Allemagne. J’étais encore enfant, mais je n’ai jamais oublié mes impressions, ce que j’ai ressenti en entrant dans ce nouveau monde.

    Dans l’Évangile de Matthieu, nous lisons: ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ‘ (v. 25–35). Ce passage est devenu réalité dans ma vie.

    Quand j’avais 10 ans, ma famille a émigré de Russie en Allemagne. Mes parents, réfugiés de guerre allemands en Russie, se parlaient en allemand. Mais pour moi, l’allemand était une langue étrangère.

    Je me souviens bien de mon premier jour d’école en Allemagne. Mes camarades de classe ont essayé de communiquer avec moi en utilisant leurs mains et leurs pieds.

    Nous allions avoir un cours d’éducation religieuse. En Allemagne, les enfants ont le choix entre les cours catholiques ou luthériens. Mes camarades de classe m’ont demandé : « Es-tu catholique ou luthérienne ? » Je ne savais pas comment répondre ; j’étais mennonite !

    Il fallait trouver une solution, alors elles m’ont demandé : Comment priez-vous à la maison – comme ceci ou comme cela ?

    Je leur ai montré comment nous prions et elles ont décidé que je devais aller avec les luthériens.

    Ê l’école du dimanche, je suis devenu amie avec une allemande. Elle est venue chez nous ; elle m’a invitée. Je me sentais mal à l’aise dans le nouvel environnement, mais elle a persévéré malgré mes réserves. Notre relation s’est développée et nous sommes restées amies, encore aujourd’hui.

    Des années plus tard, un jour d’hiver, une de mes camarades de classe a déclaré : « C’est vraiment une journée très froide, il fait aussi froid qu’en Sibérie !». Je lui ai répondu : « Je pense qu’en Sibérie il fait beaucoup plus froid ». « Qu’est-ce que tu en sais ? » « Je le sais ! Je suis née là-bas. » « Non ! ».

    J’ai dû lui montrer mon passeport comme preuve.

    Ce jour-là, j’ai réalisé que je n’étais une étrangère que dans ma tête. J’avais cessé d’être une étrangère pour les autres depuis longtemps. Cette prise de conscience a changé ma vie.

    J’ai appris que l’appartenance est une rue à double sens. Que je sois intégrée ou non ne dépend pas uniquement des autres qui doivent m’accepter, cela dépend aussi de moi : que j’accepte ou non l’invitation.

    J’étais une étrangère, mais vous m’avez accueillie.

    Tout en couleur

    Il y a trois ans, lors d’un week-end gris et froid de janvier, un atelier a suscité l’enthousiasme des membres de notre assemblée : nous avons appris à confectionner de belles couvertures (quilts) neuves à partir de vieux morceaux de tissu.

    Cet enthousiasme est toujours vivant. Quatre fois par mois, un groupe de femmes – membres de notre assemblée locale, voisins et réfugiés – se réunit dans notre bâtiment pour couper, créer des motifs, coudre, faire des nœuds et confectionner des quilts.

    Ces quilts apportent des couleurs dans notre vie.

    C’est amusant d’être créatif et, en même temps, de faire l’expérience de la communion.

    C’est un travail qui a du sens, car nous pouvons ainsi aider les autres. Le MCC et les organisations de secours européennes distribuent les quilts dans les camps de réfugiés en Syrie et en Grèce aux personnes qui reçoivent ainsi de la chaleur, de la couleur et de l’amour.

    Oui, de l’amour. Il serait peut-être plus facile et moins coûteux d’acheter des couvertures, mais elles n’auraient pas été fabriquées avec amour.

    Oui, il y a de l’amour dans chaque carré du quilt. Lorsque nous coupons le tissu, créons des motifs et faisons des nœuds, nous pensons aux personnes qui les recevront. Nous sommes intéressées par leurs vies. Nous suivons leur histoire. Et cet amour est donné en même temps que les quilts.

    Ils apportent de la couleur dans les camps de réfugiés. Et ils apportent également de la couleur dans la vie des réfugiés en Allemagne qui ont rejoint notre groupe. Ils peuvent faire quelque chose pour leurs amis qui cherchent encore un refuge. En même temps, ils se font de nouveaux amis dans leur nouveau pays, apprennent notre langue et racontent leur histoire.

    Lorsque nous nous rapprochons les uns des autres avec notre diversité et notre amour et que nous persévérons à établir des relations, nous faisons l’expérience de transformations en nous-mêmes et chez les autres. Les étrangers deviennent des amis.

    Des deux côtés, il faut du courage pour vaincre le gris de l’inconnu et apprendre à connaître les couleurs de l’autre. Nous pouvons donner et recevoir une vie toute en couleur.

    Et je suis certaine que, de la même manière, Dieu nous invite à entrer dans une relation avec lui et à découvrir sa vie haute en couleurs !

    * Le titre provient d’un poème d’Ingrid Ellerbrock, ‘Grau muss nicht grau bleiben’

    Liesa Unger est responsable des événements internationaux pour la Conférence mondiale mennonite et pasteure de Mennonitengemeinde Regensburg (Allemagne). Elle a parlé à ‘Renouveau 2027 – Justice sur le Chemin: Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’ à San Rafael de Heredia (Costa Rica) le 6 avril 2019. Cet article est adapté de sa présentation

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • Ê renouveau 2027 – De nos jours, la migration de masse est une préoccupation pour de nombreux pays : elle fait partie à la fois du passé et du présent des anabaptistes-mennonites. Nous sommes en même temps ceux qui ont émigré et ceux qui accueillent de nouveaux voisins dans leur nouvelle maison. Lors de’ Justice sur le Chemin : Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’, le 6 avril 2019, des orateurs du monde entier ont présenté des témoignages sur la migration.


    Le rôle de l’Église est d’aimer et d’accueillir les étrangers dans nos communautés, ainsi que nous le lisons dans Lévitique 19/34 et Mathieu 25/34-36. Les réfugiés, les demandeurs d’asile et les personnes déplacées sont parmi les plus vulnérables du monde. Dieu nous appelle à nous préoccuper de leur protection et de leur bien-être.

    Sensibiliser à la réalité des réfugiés

    Les responsables des assemblées locales ont la tâche de parler à leurs membres de la réalité des déplacements forcés afin que tous soient mieux informés. Bien que, dans la presse, les grands titres n’attirent pas souvent l’attention sur la crise mondiale des réfugiés, de nombreuses ressources sont disponibles. Il est donc de notre devoir d’informer correctement les membres de notre paroisse.

    Dans une perspective biblique

    C’est à partir des textes bibliques concernant le contexte des déplacements forcés que les responsables doivent enseigner et prêcher. Lorsqu’un passage biblique concerne la réalité des réfugiés d’aujourd’hui, l’impact est très fort. Il est important que les disciples du Christ voient le plan de Dieu à l’œuvre dans les Écritures concernant les déplacements forcés, de manière à ce qu’ils s’attendent à ce que Dieu agissent en faveur des réfugiés d’aujourd’hui.

    En effet, le récit biblique est rempli d’histoires de déplacements forcés, comme par exemple, l’exil de Jean sur l’île de Patmos.

    Prier pour les personnes déplacées

    Les responsables des paroisses nous encouragent à prier au nom des réfugiés dans le monde. Il est aussi naturel d’encourager les membres à prier pour les réfugiés et les demandeurs d’asile de leur propre ville.

    Lorsque les nouvelles récentes mentionnent des personnes déplacées, nous devrions les inclure dans nos prières.

    Prier pour des rencontres

    Nous ne devrions pas être surpris de rencontrer dans notre vie quotidienne des personnes déplacées. Prêtez attention à ceux que vous côtoyez, au travail, à l’école et à l’église, et vous remarquerez des réfugiés, des immigrés et des migrants. Recherchez-les. Priez pour avoir des occasions de leur manifester de l’amour dans votre communauté.

    Ne soyez pas surpris que Dieu mette sur votre chemin des occasions de rencontre.

    Aider les réfugiés à faire face aux problèmes liés à leur nouveau pays

    Les demandeurs d’asile et les réfugiés nouvellement arrivés ont besoin d’aide pour répondre à leurs besoins fondamentaux, tels que :

    1. abri temporaire
    2. nourriture de base
    3. vêtements
    4. services de santé
    5. éducation

    Les églises locales peuvent aider les réfugiés et les demandeurs d’asile avec les moyens à leur portée, puis s’adresser au gouvernement et à d’autres organisations ayant davantage de moyens pour gérer des groupes.

    Leurs besoins sont aussi soulignés dans les Écritures par Jésus-Christ, dans Matthieu 25/35–36.

    Brève histoire du Kenya

    Dans ce contexte, l’Église mennonite du Kenya a créé le Eastleigh Fellowship Centre (EFC) à Nairobi, dans un quartier à majorité somalienne où vivent de nombreux réfugiés. Le centre encourage la coexistence pacifique entre musulmans et chrétiens.

    L’activité principale consiste à réunir des jeunes musulmans et des jeunes chrétiens, pour qu’ils développent de solides relations au-delà des divisions ethniques et religieuses.

    Le basketball est très appréciés par les garçons et les filles. Des tournois ont lieu tous les deux mois. Récemment, les activités sportives ont été étendues au football, qui maintenant, attire davantage de jeunes. Il s’agit de créer des amitiés entre immigrés et Kenyans, afin d’œuvrer à la paix entre jeunes.

    Outre les activités sportives, les jeunes ont le temps et l’occasion de discuter de la paix et de ses valeurs. Les responsables religieux viennent enseigner aux jeunes la paix à partir de leur point de vue traditionnel.

    Tous les deux mois, un autre aspect du ministère de EFC pour promouvoir la paix et la mission consiste à organiser un dialogue entre chrétiens et musulmans Il réunit des musulmans (généralement des immigrés somaliens) et des chrétiens pour discuter des questions de foi. Ils discutent de sujets tels que ‘Jésus est-il Dieu ?’. L’objectif est de trouver des personnes qui poseront davantage de questions sur la foi chrétienne. Nous savons que le Saint-Esprit travaille dans le cœur de personnes qui seront prêtes à le suivre.

    Nous saisissons ces occasions pour nouer des relations qui permettront plus tard de parler du Christ et de travailler à la paix.

    Samson Omondi Ongode est le représentant de l’Afrique au Comité Exécutif de la CMM. Il est secrétaire général de l’Église mennonite du Kenya. La vice-présidente de la CMM, Rebecca Osiro, a présenté ce témoignage au nom de Samson Omondi Ongode lors de la conférence Renouveau 2027 au Costa Rica.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • Ê renouveau 2027 – De nos jours, la migration de masse est une préoccupation pour de nombreux pays : elle fait partie à la fois du passé et du présent des anabaptistes-mennonites. Nous sommes en même temps ceux qui ont émigré et ceux qui accueillent de nouveaux voisins dans leur nouvelle maison. Lors de’ Justice sur le Chemin : Migration et Histoire Anabaptiste-Mennonite’, le 6 avril 2019, des orateurs du monde entier ont présenté des témoignages sur la migration.


    Des caravanes de milliers de migrants d’Amérique centrale sont arrivées au Mexique fin 2018. Depuis de nombreuses années, notre pays est une voie de passage pour ceux qui émigrent d’Amérique centrale dans l’espoir d’atteindre les États-Unis d’Amérique (États-Unis). Mais pour la première fois, des groupes organisés ont demandé que l’on ouvre la frontière mexicaine afin de leur permettre d’entrer et de traverser le pays en toute sécurité.

    Bien que certains ont eu des paroles et des actions hostiles envers les caravanes de migrants lorsqu’elles sont arrivées au Mexique fin 2018, et au cours des premiers mois de 2019, il y a eu en général un élan de solidarité envers les migrants. Des campagnes ont été organisées pour leur apporter de l’aide, des vêtements, de la nourriture, des médicaments, des soins médicaux et les accompagner dans leur périple vers le nord.

    Sentiers de Justice

    Au sein de l’union d’églises Conferencia de Iglesias Evangélicas Anabautistas Menonitas de México (CIEAMM), et par l’intermédiaire du ministère Sendas de Justicia (Sentiers de Justice), nous avons appelé les églises à travailler en coordination avec d’autres organisations et d’autres églises qui voulaient répondre aux besoins exprimés par les migrants.

    Ceci est important : il faut écouter ceux que nous voulons servir pour que les actes de solidarité soient pertinents et centrés sur les besoins des migrants, et non sur la bonne volonté de personnes qui parfois apportent une aide qui ne correspond pas aux besoins. Après avoir identifié le type d’aide requis par les réfugiés temporaires au Mexique, nous avons diffusé les informations et les adresses des centres de collectes afin d’y faire parvenir les colis d’entraide.

    Fernando Sandoval, coordinateur du ministère Sendas de Justicia de la CIEAMM, a invité et encouragé les communautés à collecter des fonds et à acheter les produits dont avaient besoin les migrants. Pour connaitre les besoins spécifiques, il s’est rendu sur les lieux mis à disposition par les autorités de Mexico pour l’accueil de milliers de personnes déplacées originaires d’Amérique centrale, principalement du Honduras et d’El Salvador.

    Fernando a parlé avec des hommes et des femmes de tous les âges. Il a demandé la permission de filmer leurs témoignages avec son téléphone portable, afin de montrer ces vidéos dans les églises. Ce que nos communautés ont vu et entendu les a beaucoup émus. Tous ces récits de tragédies et de souffrances nous ont permis de mieux comprendre pourquoi certains décident de quitter leur maison pour tenter le voyage jusqu’aux États-Unis. Outre la pauvreté, certains ont évoqué la violence et la crainte de subir des abus de toutes sortes portant atteinte à la dignité humaine.

    Une magnifique collaboration

    Les frères et sœurs de l’église ont fait de nombreux dons que Sendas de Justicia a redistribué aux migrants. La réponse de la communauté fut surprenante, elle décida d’ouvrir ses bras et son cœur aux personnes vulnérables qui traversent le Mexique.

    Nous prenons au sérieux l’enseignement de Jésus, qui nous appelle à exercer l’amour solidaire en donnant à manger à ceux qui ont faim, en habillant ceux qui sont nus, en donnant de l’eau à ceux qui ont soif, en protégeant ceux qui sont sans défense, en prenant soin des malades et en visitant les prisonniers (Mt 25/35-36). Nous avons montré de la compassion en nous mettant à la place des migrants dans le besoin et en offrant accompagnement et réconfort.

    Le désir d’aider les migrants a donné lieu à une belle collaboration entre Sendas de Justicia et un groupe d’enseignants et d’étudiants de AMBS, le séminaire anabaptiste d’Elkhart, en Indiana. Ils avaient entendu parler de ce que la CIEAMM et l’Église Fraternidad Cristiana/Vida Nueva faisaient pour les migrants. Le groupe d’AMBS a partagé sa intérêt et récolté une offrande qui a été envoyée à Sendas de Justicia afin qu’elle puisse être utilisée à bon escient. Le ministère Sendas de Justicia a acheté des denrées qui ont été remises aux migrants. Les donateurs ont été informés de la manière dont le don a été utilisé. Nous croyons qu’en tant que chrétiens, nous nous devons de faire bon usage de l’argent qui nous a été confié par des frères et sœur en Christ et de leur rendre des comptes.

    Ce n’est pas la première fois que l’église Fraternidad Cristiana/Vida Nueva se montre solidaire des migrants. Depuis quelques années, la communauté fait des dons en nature (nourriture, articles d’hygiène personnelle) à Casa Tochán, un refuge pour migrants qui leur apporte aussi un soutien juridique alors qu’ils cherchent la protection au Mexique avant de continuer vers les États-Unis. Les membres de l’assemblée apportent différents produits destinés à Casa Tochán car nous comprenons que nous suivons un migrant, Jésus, né dans des conditions très similaires à celles des familles poussées à l’exode par les puissants au cœur endurci.

    Ouvrir ses bras et son cœur aux migrants c’est suivre le Christ. Parmi eux voyagent peut-être quelqu’un comme la femme païenne syro-phénicienne, qui nous font découvrir des dimensions de la foi visibles uniquement pour les personnes vulnérables et marginalisées. Jésus dit de cette femme que sa foi était grande qu’elle est un exemple de confiance en Dieu (Mt15/28). C’est cette même confiance que nous voyons chez les migrants.

    Carlos Martínez García, pasteur et journaliste au Mexique, est président de l’union d’églises Conferencia de Iglesias Evangélicas Anabautistas Menonitas de México (CIEAMM).Il a pris la parole lors de Renouveau 2027, ‘En quête de justice : Migration dans l’histoire anabaptiste-mennonite’, qui a eu lieu à San Rafael de Heredia (Costa ) le 6 avril 2019. Cet article est une adaptation de sa présentation.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • Ceux d’entre nous qui ont vu la migration de près savent que c’est un problème qui concerne le peuple de Dieu.

    Ceux qui émigrent – laissant derrière eux leur sécurité et leur confort – s’exposent à de nombreuses difficultés et à un avenir incertain. Certains migrent volontairement, mais l’histoire récente révèle que la migration actuelle est généralement forcée. Les circonstances obligent les gens à prendre la décision de partir avec l’espoir que l’avenir sera meilleur pour eux et leur famille. Pour les femmes qui décident de se lancer dans le voyage avec leurs enfants mineurs afin de les protéger d’une situation sans issue, les difficultés sont encore plus grandes. Elles sont multipliées selon le nombre d’enfants qu’elles emmènent.

    Ce qui est triste, c’est que de l’autre côté du mur, de la barrière, de la frontière (quel que soit le mot) il n’y a ni promesse ou solution.

    En fait, certains le savent déjà avant de partir, et leur attitude suscite une réponse négative et les portes se ferment devant eux.

    Le contexte

    Selon une enquête réalisée par la Commission d’Action sociale mennonite (CASM) *, 250 à 300 personnes en moyenne émigrent quotidiennement du Honduras. La plupart d’entre eux partent à cause de la violence, du manque d’opportunités et pour rejoindre leur famille. Parmi ces groupes, il y a des jeunes qui partent avec un ‘code vert / liste noire’, ce qui signifie qu’ils sont destinés à mourir. Des articles de presse dans les médias montrent que si leur tentative de migration échoue, ces jeunes risquent la mort à leur retour.

    Un de ces jeunes, détenu et attendant son renvoi dans son pays, a déclaré dans une interview : « Je sais que je suis sur une liste noire. Je suis ici avec ma mère et mes frères et sœurs. J’ai tué un membre d’un gang parce qu’il abusait de ma mère et de mes deux sœurs. C’est pourquoi ma vie est menacée et que nous sommes venus. Peu importe qu’ils me tuent ; ce qui compte, c’est que ma famille soit en sécurité. »

    Une autre réalité est le drame que doivent vivre les personnes déportées.

    On ne leur donne même pas le droit de changer de vêtements pour rentrer. Lorsqu’ils sont emprisonnés, les vêtements sales qu’ils portaient sont saisis et remplacés par un uniforme de prison, comme si l’immigration était un crime et non un droit humain fondamental. Lorsqu’ils sont expulsés après deux ou trois mois, leurs vêtements sales leur sont rendus. Ils n’ont que cela à se mettre car l’expulsion est immédiate.

    Les femmes et les enfants arrivent en pleurant. Les mères qui ont accouché seulement vingt jours auparavant font un voyage de 14 heures à partir du Mexique.

    Les Écritures

    C’est la réalité à laquelle nous sommes confrontés et sur laquelle vous et moi pouvons et devons agir.

    La question est : Que voulons-nous faire ? Eh bien… chacun de nous choisit la manière de réagir aux situations de la vie en fonction de son rôle, qu’il ou elle soit responsable d’église ou de communauté, dirigeant politique, chef de famille, pasteur, ami ou citoyen.

    Pour les enfants de Dieu, il y a une exigence d’amour et d’obéissance.

    « Lorsqu’un étranger habite avec vous dans votre pays, vous ne l’opprimerez pas » (Lévitique 19/33).

    Mais je ne les ai pas opprimés. Tout ce que j’ai fait a été de fermer ma porte. C’est mon droit. Je me protège, car ils peuvent m’attaquer.

    Je ne sais pas ce qui pourrait être une excuse valable et socialement acceptable, même dans le contexte de l’église.

    La réalité est qu’en tant que chrétiens, nous ne faisons pas ce que nous voulons, mais plutôt ce que nous devrions faire. La Parole de Dieu est claire sur cette situation spécifique.

    Comment dois-je me comporter face au problème de la migration ?

    « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Matthieu 25/35).

    Ê travers la Parole, Dieu nous appelle à agir de manière à être sensible et avoir de l’empathie.

    Personnellement, je pense que c’est la meilleure façon de comprendre la réalité vécue par les personnes qui migrent. Lorsque j’essaie de comprendre ce qu’une personne ressent, je retourne à la Parole de Dieu qui dit : « Car vous étiez étrangers dans le pays d’Égypte » (Lévitique 19/34a).

    En d’autres termes, vous savez également ce que l’on ressent lorsque vous n’êtes pas en terrain connu, loin de la sécurité de votre maison.

    Conclusion

    Nous manifester de l’amour afin d’être solidaires de la meilleure manière possible avec ceux qui n’ont d’autre choix que d’émigrer et en subissent les conséquences. Même si ce n’est pas notre cas maintenant, cela peut le devenir. Nous devons prendre position devant ce problème social, et le mieux est d’obéir à la Parole de Dieu en offrant un lieu de vie et en nous mettant à leur place, plutôt qu’en les opprimant.

    Adriana Belinda Rodríguez est mariée, elle est psychologue et fait partie de la Commission Paix. Elle est également étudiante en théologie à SEMILLA et membre de l’Église mennonite ‘Caminando con Dios’ (Marcher avec Dieu) à La Ceiba (Honduras), où elle participe à l’enseignement.

    Elle dirige l’organisation des services sociaux de l’Église évangélique mennonite hondurienne : le Projet pour la Paix et la Justice, qui promeut une culture de la paix.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • « Isisu somhambi asinganani, singangophondo lwempunzi ». Littéralement : le ventre d’un voyageur est aussi petit qu’une corne de bouc.

    La Représentante régionale de la CMM pour l’Afrique australe, Barbara Nkala, a appris la générosité dès son enfance.

    Sa mère qui « avait peu et était d’une générosité un peu agaçante » citait le proverbe ci-dessus alors qu’elle offrait à manger aux visiteurs. « Pourtant nous ne nous sommes jamais couchés le ventre vide ».

    La grande maison de son grand-père était un refuge et un lieu de fête non seulement pour la famille élargie, mais également pour les vagabonds et tous ceux qui avaient moins que lui.

    Le budget de Barbara Nkala inclut donc la générosité, y compris pour les personnes dans le besoin du quartier, les personnes vulnérables qui tentent de gagner leur vie, les projets d’église, l’hospitalité à la maison – et la CMM.

    En outre, « il arrive souvent que l’Esprit la conduise à faire des dons imprévus ».

    Depuis 2009, le Zimbabwe traverse une crise d’hyperinflation. Récemment, le gouvernement a interdit le dollar américain, qui était utilisé dans le pays en l’absence d’une monnaie nationale stable.

    « Bien que vivant dans l’un des pays à l’économie la plus incertaine, Barbara donne généreusement à ceux qui en ont besoin – et à la CMM », a déclaré Arli Klassen, responsable du développement de la CMM.

    « Peu importe ce que nous donnons aux plus petits d’entre nous, nous donnons à Dieu », déclare Barbara Nkala. « Une relation profonde avec Dieu, son amour étonnant et ses nombreuses bénédictions m’ont fait comprendre que je ne peux jamais assez donner pour égaler les dons gratuits et les bénédictions de Dieu. »

    « J’apprécie vraiment la volonté de développer des relations significatives au niveau mondial », déclare Barbara. « C’est grâce à la CMM que j’ai compris que la diversité est une grande richesse dans le royaume de Dieu.

    Je comprends de mieux en mieux que nous sommes les gardiens les uns des autres. »

    —Communiqué de la Conférence Mennonite Mondiale

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • Depuis ses débuts en Europe, le mouvement anabaptiste a été un mouvement de migrants. Les fondements théologiques qui l’ont animé font écho à la réalité des migrants d’aujourd’hui, et posent un défi au travail missionnaire, pastoral et de justice sociale de notre famille anabaptiste mondiale.

    Le poète brésilien Carlos Drummond de Andrade nous a laissé un merveilleux poème* avec lequel nous aimerions introduire cette courte méditation :

    « …Je marche sur un chemin
    qui passe par de nombreux pays…
    Je compose une chanson,
    qui réveille les femmes et les hommes
    et qui permet aux enfants de rêver en paix. »

    * Basé sur une traduction libre du portugais à l’espagnol par Jaime Adrián Prieto Valladares.

    Jésus, ce migrant perpétuel

    Carlos Drummond de Andrade clame quatre coins de l’univers : « Je marche sur un chemin (…) ». Ses paroles rappellent la poésie Nahúalt de Méso-Amérique, dans laquelle le poète se voit marcher et la lumière de ceux qui étendent des fleurs blanches et rouges par terre illumine son chemin.

    Le premier vers : « Je marche sur un chemin » nous rappelle immédiatement également la poésie et la vie de Jésus en lien avec le thème du chemin. Car dans les quatre évangiles, Jésus nous est présenté comme le « migrant perpétuel » dont on découvre le message, la vie et la mission en chemin.

    L’Évangile de Matthieu décrit une scène courante pour de nombreux migrants d’Amérique centrale : Jésus, Marie et Joseph rentrant à Nazareth apeurés, furtivement de leur exile en Égypte après la mort de l’empereur Hérode (Matthieu 2/13-18).

    La vie publique de Jésus a pris forme le long du chemin, alors qu’il parcourait les villes et les villages, prêchant l’évangile du Royaume et guérissant toutes les maladies et tous les maux (Matthieu 9/35). Il a emprunté les chemins de Samarie et a traversé des lieux de culture juive, syro-phénicienne, grecque et romaine, apportant le pain, la vie et la paix. En traçant lui-même sa route, il a dévoilé le Chemin : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14/6).

    Il est mort à Jérusalem, après avoir affronté les autorités politiques et religieuses juives du temple et avoir été traduit en justice devant Ponce Pilate. Après sa passion et sa mort, Jésus ressuscité apparaît, marchant avec les disciples à Emmaüs pour les réconforter et leur expliquer les saintes Écritures.

    La naissance des communautés anabaptistes-mennonites migrantes

    Cette phrase poétique pourrait résumer l’expérience migratoire qui a caractérisé l’émergence et l’identité des communautés anabaptistes-mennonites depuis le XVIe siècle. Ces communautés ont été formées sur le modèle du chemin présenté par Jésus-Christ et suivant ses premiers disciples qui, dans Actes 9/2, se nomment eux-mêmes « les gens du chemin ».

    Au XVIe siècle, en pleine époque d’un christianisme médiéval corrompu – qui emprisonnait le corps et l’esprit des paysans, des ouvriers et des mineurs – le témoignage renouvelé des anabaptistes et des réformateurs radicaux s’est précisé.

    Les disciples de Jésus ont été bouleversés par l’expérience du Saint-Esprit, qui les a délivrés de la peur des forces du mal, du pouvoir romain de Ponce Pilate et de l’autorité religieuse et politique des pharisiens, qui ont mit à mort leur maitre, Jésus.

    Cette révélation du Saint-Esprit a donné naissance aux premières communautés anabaptistes qui se sont formées dans le sud de l’Allemagne, en Suisse, en Autriche, au Tyrol et aux Pays-Bas. La lecture des Saintes Écritures par les réformateurs Calvin, Luther, Melanchton et Zwingli met en évidence l’évangile de la grâce et a eu un grand impact sur les anabaptistes. Mais la caractéristique propre aux anabaptistes et mennonites fut la volonté de suivre Jésus au travers de la présence réconfortante du Saint-Esprit.

    Le caractère migratoire des anabaptistes vient de cette décision d’imiter Jésus-Christ. Historiquement, les communautés anabaptistes-mennonites du XVIe siècle ont incarné les paroles du poète, empruntant d’innombrables chemins, suivant l’exemple de leur maître Jésus, annonçant le shalom (la paix) et l’évangile du Royaume et créant une communauté solidaire avec les pauvres, les paysans et les migrants

    Expansion migratoire de l’anabaptisme dans le monde

    Le mouvement migratoire des familles anabaptistes et mennonites d’origine européenne s’est poursuivi vers l’Amérique latine. Nous avons observé des flux moyens et importants, composés de familles entières de mennonites d’origine européenne, qui se sont installées au Mexique (1922-1926), au Paraguay (1926-1958), au Brésil (1930-1958) et en Uruguay (1948-1959). Depuis 1953, la Bolivie est devenue un lieu d’immigration pour les colonies mennonites d’origine européenne.

    En Asie comme en Afrique, il ne s’agit pas de migrations d’anabaptistes ethniques d’origine européenne, telles que dans le cas de l’Amérique latine où l’espace géographique a été colonisé par des mennonites. Cependant, nous pouvons affirmer que les idéaux anabaptistes, le message de Jésus-Christ, la formation d’églises et les organisations de travail pour la paix se sont développés dans le contexte des puissances coloniales européennes et nord-américaine. Ils ont également migré vers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine par le biais de la mission et d’organisations tels que le Comité Central Mennonite.

    Que ce soit à travers les déplacements massifs de familles ethniques d’origine européenne, ou à travers l’envoi de couples missionnaires, la migration anabaptiste a élargi les communautés, les églises, les familles et les mouvements mennonites-anabaptistes, en empruntant de nombreux chemins traversant les frontières et les pays du monde entier.

    Les chants des migrants

    Cela nous renvoie à la réalité des migrants du monde d’aujourd’hui. Environ 250 millions de personnes, soit 3,4% de la population mondiale, sont des migrants qui franchissent les frontières de leur pays, fuient les injustices et la violence, fuient la mort, cherchent du travail pour améliorer leur situation économique et subvenir aux besoins de leurs familles, ou sont à la recherche d’une plus grande tolérance religieuse. Et cela avec l’espoir de trouver une vie meilleure hors de leur patrie.

    On constate des déplacements d’un pays à l’autre, comme dans le cas des migrants vénézuéliens au Brésil et en Colombie, à cause de la crise politique et économique que traverse leur pays. Il y a le cas dramatique de milliers de Honduriens, Guatémaltèques, Salvadoriens et Mexicains, qui, fuyant la violence dans leur pays, tentent de franchir la frontière et le mur au nord du Mexique à la recherche du ‘rêve américain’. Puis il y a les migrations massives d’Africains accablés par la sécheresse, la violence et la faim dans leur pays, qui traversent leurs frontières pour chercher refuge en Europe, aux États-Unis et sur d’autres continents. Dans ce drame humain, les familles, les femmes, les filles et les garçons souffrent d’injustice et de traitements indignes.

    La dure réalité que vivent des millions de migrants dans le monde fait l’objet de mentions constantes dans l’actualité nationale et internationale. Des poèmes et des chansons aux rythmes populaires, africains, latino-américains, asiatiques et hispaniques éveillent la conscience des femmes et des hommes sur la situation des migrants.

    Le dernier vers du poème de Carlos Drummond de Andrade met l’accent sur l’élément utopique de la chant du migrant qui « fait rêver garçons et filles en paix ». Et cela nous fait penser à la figure maternelle de Dieu, que le prophète Ésaïe a utilisé concernant l’exil du peuple juif à Babylone. Dieu est comparé à une femme qui allaite :

    « Le Seigneur m’a abandonnée, mon Maître m’a oubliée.

    Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ? Cesse-t-elle d’aimer l’enfant qu’elle a porté ?

    A supposer qu’elle l’oublie, moi, je ne t’oublie pas » (Ésaïe 49/14–15).

    Nous sommes devant ces questions importantes : Comment les églises contribueront-elles à offrir un avenir meilleur aux migrants et à leurs enfants ? Pourrons-nous imiter et suivre Jésus sur le chemin des migrants ? Laisserons-nous l’onction de son Saint-Esprit nous pousser à créer et à chanter pour les enfants migrants afin qu’ils rêvent en paix ?

    Conclusion : recommandations pastorales

    Les enseignements de Jésus, les expériences migratoires de notre tradition anabaptiste-mennonite et les chants des migrants doivent donc nous conduire à des actions pastorales.

    Nous, les églises anabaptistes d’Amérique centrale, d’Amérique latine, d’Amérique du Nord, d’Europe, d’Afrique et d’Asie, la Conférence Mennonite Mondiale, le Comité Central Mennonite et toutes les institutions anabaptistes d’éducation et de service social, devons prier, réfléchir et prendre des mesures concrètes concernant la réalité de la migration dans nos pays et dans la région où nous vivons.

    • Approfondir la réflexion théologique et pastorale sur le thème de la migration.
    • Encourager la réflexion dans nos églises sur les droits des migrants et les causes politiques, économiques et sociales de la migration.
    • Offrir amitié, soutien psycho-spirituel, aide et fraternité aux migrants qui visitent nos paroisses.
    • Consacrer une partie des offrandes au financement de projets de soutien aux migrants.
    • Accorder une attention particulière à la santé, à l’alimentation, au bien-être et à l’éducation des enfants migrants.
    • Accompagner spirituellement les migrants.
    • Entrer en contact avec d’autres organisations internationales, gouvernementales et non gouvernementales qui travaillent dans le domaine de la migration.
    • Étudier, planifier, développer et évaluer des activités et des projets liés à la migration avec des groupes et d’autres organisations écclesiales qui font ce travail pastoral.
    • Mettre les réflexions et les projets sur les questions de migration à la disposition des églises d’autres continents, afin d’enrichir l’expérience internationale et le travail pastoral avec les migrants
    • Apporter de la diversité dans la vie d’enfants migrants avec des chansons, des histoires, des jeux et des rires.

    La question de la migration nous rappelle que Dieu est présenté dans la Torah et dans d’autres livres de l’Ancien Testament, comme le Dieu des pauvres, des orphelins, des veuves et des étrangers. Le Nouveau Testament nous renvoie aux paroles de jugement et à la promesse de Jésus dans Matthieu 25/34-36 : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi » (TOB).

    Jaime Adrián Prieto Valladares est un historien mennonite, il est responsable d’église dans l’Asociación Iglesias Cristianas Menonitas de Costa Rica. Il a parlé à Renouveau 2027 : ‘Justice sur le chemin : on the journey: Migration and the Anabaptist-Mennonite story’ à San Rafael de Heredia (Costa Rica) le 6 avril 2019. Cet article est adapté de sa présentation.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • Canadienne, je suis généralement heureuse de m’identifier à mon pays. Je suis également consciente que ma famille est arrivée d’Ukraine dans ce pays il y a 100 à 150 ans. Cependant, elle n’était pas ukrainienne – elle avait quitté la Prusse et, avant cela, les Pays-Bas.

    La migration fait partie de mon histoire.

    Notre histoire, celle des anabaptistes, est une histoire de migration à travers l’Europe et dans le reste du monde comme colons ou missionnaires. Notre histoire, celle des chrétiens, est aussi une histoire de migration qui remonte jusqu’à l’Église primitive, répandant le christianisme dans l’empire romain alors que nous nous dispersions au-delà de Jérusalem. L’Ancien Testament nous ramène encore plus loin : l’exil babylonien, les années en Égypte, les voyages d’Abraham – et on peut considérer que le départ d’Adam et d’Éve du jardin d’Eden est une forme de migration.

    La migration fait partie de l’histoire humaine

    Un migrant peut simplement se définir comme une personne qui franchit une frontière internationale, qu’il le fasse volontairement ou non, et quel que soit son motif ou la durée de son séjour dans un autre pays.

    Ainsi, il n’est peut-être pas surprenant que le nombre de migrants soit aujourd’hui le plus élevé jamais enregistré. En 2017, quelques 258 millions de personnes (soit près d’une personne sur 30) vivaient en dehors de leur pays d’origine, pour des raisons allant de l’annonce de l’Évangile à la recherche de nouvelles possibilités de travail ou chassés par les effets du changement climatique, ou à cause de la guerre ou de la violence, ou pour bien d’autres raisons encore.

    Les migrants sont vulnérables quelles que soient la raison de leur déménagement. L’ONU rapporte qu’ils sont souvent les premiers à perdre leur emploi en période de ralentissement économique, qu’ils sont peut-être moins bien payés que les personnes nées dans le pays et qu’ils risquent davantage d’être victimes de violations des droits humains.

    Conscients des nombreuses difficultés auxquelles les migrants sont confrontés dans leur propre pays, les responsables d’églises d’Amérique latine ont choisi ‘Justice sur le chemin : la migration et l’histoire anabaptiste’ comme thème de ‘Renouveau 2027’ organisé au Costa Rica en 2019. Le contenu de ce numéro est issu des présentations qui y ont été faites.

    Dans l’Ancien Testament, nous lisons des exhortations spécifiques à traiter l’étranger avec justice et, dans le Nouveau Testament, il existe de nombreux appels à l’hospitalité et à l’amour envers ceux qui sont en marge de la société.

    Citant des précédents bibliques, Adriana Belinda Rodriguez appelle les lecteurs à traiter les migrants qui nous entourent avec amour en obéissant aux commandements de Dieu : que nous aimions les étrangers.

    Jaime Prieto Valladares appelle aussi les lecteurs à rêver de paix et à suivre Jésus en agissant pour rendre justice aux personnes déplacées ou en marge de la société.

    Dans nos articles ‘Perspectives’, vous lirez des témoignages sur la façon dont notre famille anabaptiste offre l’hospitalité aux migrants au Kenya, en Inde, au Mexique, en Allemagne et aux États-Unis.

    Les migrants sont très différents et ont diverses motivations. Parfois ce sont ‘nous’, parfois ce sont ‘ les autres’, mais l’appel de Dieu est toujours d’aimer. Comment les anabaptistes du monde entier répondront-ils à l’appel ?

    Karla Braun est rédactrice en chef de COURRIER pour la Conférence Mennonite Mondiale. Elle vit à Winnipeg (Canada).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.

  • « Ces gens méritent leurs souffrances » dit quelqu’un pendant une réunion dans une assemblée locale de Colombie, en parlant des immigrants qui entraient dans son pays. « Ils fuient la politique d’un gouvernement qu’ils ont eux-mêmes élu. En plus, ils ont décidé de venir ici illégalement. C’est pourquoi je dis qu’ils méritent leurs problèmes. »

    La migration n’est pas une réalité à laquelle font uniquement face les pays du ‘monde minoritaire’. C’est un phénomène mondial. Ainsi, beaucoup de nos églises dans différents contextes font face au même dilemme : Faut-il soutenir les lois anti migratoires de notre pays ou devons-nous aider ceux qui arrivent, quel que soit leur statut légal ? Ce dilemme se complique encore lorsque nous nous souvenons que dans la société, ce qui est légal n’est pas toujours juste, et ce qui est juste est parfois illégal. Comme le disait Jésus, à propos des lois de son époque : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » (Marc 2/27 TOB).

    Un immigrant vit entre deux mondes : sa culture d’origine et celle du lieu où il se trouve à présent. Il existe un mot pour cela dans les Écritures : ‘pèlerin’. Ce terme nous rappelle qu’en tant que membre du Peuple de Dieu nous sommes dispersés et exilés dans le monde. Nous sommes appelés à ne pas nous conformer à la société (Romains 12/2) mais à vivre en accord avec les valeurs du Royaume de Dieu, qui nous offre une nouvelle citoyenneté.

    Cela veut dire qu’en tant que communautés de foi – même lorsque nous sommes nés dans le pays où nous nous trouvons présentement – nous partageons avec les immigrants cette même expérience de ne pas appartenir au lieu où nous vivons. Dans notre pèlerinage continuel nous pouvons facilement nous identifier avec ceux qui ont quitté leur terre et leur culture. Nous pouvons En fait, Dieu ne nous a pas donné ce que nous méritions, mais Il a fait de nous de nouveaux citoyens de son Royaume. Un aspect de cette citoyenneté implique de renoncer aux paradigmes humains de domination et de pouvoir, et de partager avec les autres l’hospitalité que nous avons reçue.

    Il peut y avoir des raisons politiques ou idéologiques pour déporter les immigrants, il peut y avoir des explications économiques aux lois anti-migratoires, mais il n’y a pas d’arguments théologiques ou bibliques qui puissent les justifier. Peut-être que certains des immigrants qui arrivent dans nos pays ont pris de mauvaises décisions qui les ont amenées à devoir quitter leur pays ; peut-être que certains d’entre eux méritent leurs souffrances. Cependant, nous, disciples de Jésus, nous croyons en un Dieu qui ne nous donne pas ce que nous méritons, mais ce dont nous avons besoin. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à être un peuple qui croit aux nouveaux départs, un peuple d’espérance, un peuple qui, naturellement, offre de l’amour et prend soin de l’étranger, même si c’est illégal dans certains contextes.

    Dans ce numéro de Courrier, nous avons voulu nous pencher sur ce thème si pertinent pour notre monde aujourd’hui ; un monde où les politiques protectionnistes se traduisent par le traitement inhumain de millions de personnes. Il s’agit des immigrants qui, comme beaucoup d’anabaptistes dans le passé, quittèrent leur terre à cause de la violence, de la persécution ou du manque d’opportunités. Arrivés dans un nouvel environnement, ils génèrent des communautés d’espérance, un aperçu du Royaume de Dieu qui leur donne la possibilité d’un nouveau départ. Et je prie qu’en tant qu’Église mondiale nous n’oublions jamais que nous sommes citoyens du Royaume, pèlerins et étrangers dans la société !

    César García, secrétaire général de la CMM, originaire de Colombie, vit à Kitchener, Ontario (Canada).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2019 de Courier/Correo/Courrier.