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  • Explorer nos engagements communs

    Un des engagements de notre communion mondiale d’églises anabaptistes est de se retrouver régulièrement pour le culte. Cependant, de par notre immense diversité, cet engagement se manifeste de manières très différentes. Dans le numéro d’octobre 2013, des responsables de notre communion décrivent différentes formes de culte anabaptistes : aspects visuel et sonore, difficultés et bénédictions.

    Intégrer tous les domaines de la vie

    Implanter une nouvelle église ? Oui, mais… quel style de culte allons-nous adopter ? C’était la question posée par plusieurs personnes il y a douze ans, lorsque nous avons démarré l’assemblée mennonite de Quito. Ces personnes venaient de différentes traditions, aussi la question exigeait une véritable réflexion.

    Y répondre était difficile pour plusieurs raisons. La première est que, en Équateur, comme dans le reste de l’Amérique latine, le culte typique des églises évangéliques reflète l’influence du ‘mouvement du culte de louange’ introduit par les Nord-Américains durant les années 1980. Certains aspects de ce culte comprennent des musiciens professionnels, des instruments classiques, des chants qui commencent sur la note qui finissait le précédent, et des chants ‘guerriers’, entre autres. Nous ne voulions pas reproduire complètement ce genre de culte, car certains de ses aspects ne sont pas compatibles avec nos principes anabaptistes.

    Une deuxième difficulté, c’est que les églises historiques (catholique, luthérienne, anglicane et presbytérienne) suivent une liturgie peu flexible.

    Les personnes venues à la nouvelle paroisse de Quito appréciaient la tradition anabaptiste et, bien que de différentes origines, souhaitaient que l’identité latino-américaine soit reflétée dans le culte.

    Pour toutes ces raisons, l’église de Quito a préservé les rythmes latino-américains, y compris les son cubano (Cuba), chamame et tango (Argentine), sanjuanitos et pasillos (Équateur) et guabinas et cumbias (Colombie). Ces rythmes sont accompagnés par des instruments locaux : guitare acoustique, charango, bombo (gros tambour), maracas et bâtons de pluie. Bien sûr, la musique n’est pas tout, il est important que les paroles des chants ne contredisent pas l’évangile.

    Les symboles ont une place importante dans le culte, et nous y avons pensé en démarrant notre église. Pour les peuples d’Amérique latine, la croix vide est à la fois l’identification a ceux qui souffrent et un symbole d’espoir. Dans notre église, la croix est placée dans un endroit bien visible. Elle est un rappel de la confrontation de Jésus avec les puissances, et aussi un rappel que Christ est au centre de notre vie.

    Les couleurs liturgiques sont aussi symboliques ; elles proviennent de tissus indigènes équatoriens. Ces étoffes sont placées sur une table, afin de méditer sur la valeur et la beauté de la diversité dans un monde dominé par l’homogénéisation des modèles impérialistes. La bougie de la paix nous rappelle que nous sommes la lumière et que nous nous engageons à vivre la paix du Christ. Les chaises sont placées en demi-cercle et il n’y a pas d’estrade ; cela reflète l’intention délibérée d’aller à contrecourant d’un contexte religieux qui place la sainteté le plus près possible de la chaire.

    Un autre aspect du culte est l’examen de la vie des personnes présentes, en d’autres termes, la confession. Ê Quito, la confession est inspirée de textes bibliques qui correspondent au calendrier liturgique. La confession nous permet de savoir que nous marchons sur les traces de notre Maître. La confession n’est pas la récitation d’une prière ou un mea culpa, c’est une confrontation avec l’Évangile de paix. Cette partie du culte se termine par un cantique de paix et un moment pendant lequel les participants se saluent.

    La lecture de passages de l’Ancien et du Nouveau Testament fait partie du culte à Quito. Nous suivons ainsi le principe anabaptiste de l’interprétation de l’Écriture par elle-même. En utilisant ces textes, nous encourageons la personne qui prêche à présenter un message qui ne tombe pas dans des discours personnalisés. Cette partie du culte se termine par l’herméneutique communautaire, où d’autres interprétations et des expériences de vie sont partagées.

    A la fin du service, nous nous bénissons les uns les autres en nous engageant à annoncer l’Évangile de la paix et à servir là où nous vivons. Cela peut sembler rigide, mais il y a cependant place pour la prière spontanée, frapper des mains en chan- tant et écouter une musique particulière quand quelqu’un souhaite partager de cette manière.

    Pour la paroisse mennonite de Quito, le culte intègre tous les domaines de la vie ; ils sont présentés à Dieu et à nos proches, surtout ceux qui ont des besoins.

    César Moya et sa femme, Patricia Urueña sont co-pasteurs de l’assemblée mennonite de Quito (Équateur). Ils sont également co-fondateurs de ProPaz (Pour-la paix), un séminaire mennonite à Quito.

  • La communauté mennonite d’Indonésie est variée et dynamique ! Ses origines et son développement sont peu connus, en particulier des mennonites du Nord : Comment l’anabaptisme s’est-il implanté en Indonésie ? Comment l’Indonésie est-elle devenue le cinquième plus grand centre mennonite du monde ? Et comment des noms comme Dharma, Widjaja, Pasrah, Arum ou Sutrisno en sont venus à être ‘mennonites’ alors qu’on était plutôt habitués à Yoder, Roth, Neufeld ou Rempel ?

    Tout comme d’autres pays de l’hémisphère Sud, l’Indonésie a son histoire, qui est essentielle pour comprendre la croissance explosive de l’anabaptisme hors de ses ‘lieux d’origine’ comme l’Europe et l’Amérique du Nord. Mais cette histoire reflète aussi les difficultés et les opportunités rencontrées par les chrétiens du monde entier.

    Une mosaïque de cultures et de religions

    Afin de bien comprendre la communauté mennonite indonésienne, il faut étudier la culture, l’histoire et l’évolution religieuse de notre pays.

    L’Indonésie est un archipel de plus de 17 000 îles disséminées sur une surface de 1 911 000 km2 en Asie du Sud-Est. Au cours de sa longue histoire, elle est devenue un ‘melting-pot’ de différentes cultures, traditions, langues et religions. Les commerçants chinois ont apporté des éléments de leur culture du Ier au VIe siècle. Du Ve au XVe siècle, l’hindouisme a dominé. Dès le XIIIe siècle, l’islam a eu une influence majeure dans la région, et est aujourd’hui la religion majoritaire.

    Le christianisme est arrivé en Indonésie en 1522, lorsque les colons portugais ont construit un port sur l’île de Ternate, dans les îles Moluques à l’est de l’Indonésie. Il était étroitement associé à la culture européenne moderne, qui a fortement influencé l’Indonésie pendant la période coloniale (du XVIe au début du XXe siècle). Pendant la plus grande partie de cette période, l’Indonésie était contrôlée par les Hollandais, qui ont apporté l’anabaptisme, parmi d’autres traditions.

    Les mennonites indonésiens aujourd’hui

    Aujourd’hui, environ 108 000 mennonites vivent en Indonésie. Il sont répartis dans plus de 350 paroisses mennonites affiliées à l’une des trois unions d’églises ou synodes :

    Gereja Injili di Tanah Jawa (Église évangélique javanaise, ou GITJ) ; Gereja Kristen Muria Indonesia (Église chrétienne Muria d’Indonésie, ou GKMI) et Jemaat Kristen Indonesia (Assemblée chrétienne d’Indonésie, ou JKI).

    De l’Église missionnaire au Synode indépendant : l’histoire de la GITJ

    L’anabaptisme est arrivé en Indonésie au cours de la seconde moitié de l’époque coloniale néerlandaise, grâce à Pieter Jansz. Envoyé par le Doopsgezinde Zending Vereniging (DVZ – comité de mission néerlandais) en 1851, il a débarqué sur l’île de Java, et s’est installé près du mont Muria. Au début, il n’a pas eu beaucoup de succès, car il a rencontré trois grands obstacles. D’abord, la région autour du mont Muria n’était pas un terrain fertile pour l’évangélisation. Ensuite, il y a eu un conflit avec le gouvernement des Indes néerlandaises. Et finalement, les luttes anticoloniales grandissaient. Il n’était pas facile de travailler dans de telles conditions culturelles et politiques, et Pieter Jansz a finalement réalisé que le travail missionnaire ne pouvait pas être fait par des étrangers. L’évangélisation et le travail de l’église devaient venir des autochtones.

    Malheureusement, ses efforts pour impliquer les autochtones dans son ministère n’ont pas eu beaucoup de résultats, car il continuait à travailler à la manière occidentale, qui ne cadrait pas avec la culture javanaise. Ceci peut expliquer le conflit que Pieter Jansz a eu avec le missionnaire indigène javanais Tunggul Wulung, dont le caractère mystique (lié à son contexte culturel javanais) lui paraissait excessif. Ni les efforts de Pieter Jansz ni ceux de Tunggul Wulung n’ont entraîné une croissance significative.

    La politique a également contribué au peu de croissance des efforts missionnaires mennonites. Contrairement à d’autres organisations missionnaires présentes dans le pays à cette époque, les mennonites refusaient de se servir des autorités politiques pour répandre le christianisme. Or, elles ont longtemps joué un rôle clé dans la croissance et la propagation de certaines religions, notamment du christianisme. Les convictions des mennonites concernant la séparation Église-État, ne les incitaient pas à s’allier au pouvoir politique, mais plutôt à s’appuyer sur des projets éducatifs et médicaux pour répandre l’évangile en Indonésie.

    La croissance de l’église mennonite en Indonésie a vraiment commencé après la création du synode GITJ en 1925. La question de l’autonomie et des autochtones en position de responsabilité était un point de tension depuis de nombreuses années. Dans les années 1920, les assemblées GITJ étaient devenues plus matures, et certains ont souligné leur dépendance au conseil missionnaire, notamment en termes de finances et de leadership. Peu à peu, les chrétiens indigènes ont décidé que l’autonomie était le seul moyen de sortir de cette dépendance. En outre, la crise politique provoquée par la Seconde Guerre mondiale a convaincu le comité de mission qu’il était nécessaire de transférer le leadership aux responsables des paroisses locales.

    L’autonomie renforça la GITJ. Un rapport de 1957 mentionne 11 assemblées comptant 2 410 membres adultes et 2 850 enfants. Une croissance de cette ampleur a continué jusque dans les années 1980.

    Cependant, la croissance a entraîné des problèmes. Être indépendant du comité de mission n’a pas été facile, car les églises avaient l’habitude de compter sur lui spirituellement et financièrement. Malgré beaucoup de travail, les conflits financiers et entre responsables ont culminé dans les années 1980. Le synode ne parvenait pas à trouver de responsable pour guider ses églises ni à développer des sources de revenus pour remplacer celles du conseil d’administration de la mission. Aujourd’hui encore, l’Église continue à se débattre avec ces questions. En même temps, elle connaît une grande vitalité : en 2012, le synode comptait 43 250 membres dans 104 paroisses.

    Une église indigène dès le départ : l’histoire de la GKMI

    Au début du XXe siècle, pendant que la GITJ progressait vers l’autonomie, un autre groupe mennonite indonésien, la GKMI, naissait. Contrairement à la GITJ, créée par un comité de mission occidental, la GKMI est née des efforts d’un entrepreneur chinois, Tee Siem Tat, de Kudus, au centre de Java. Avant sa conversion, Tee Siem Tat était un adepte de la religion confucéenne. Il rencontra le Christ alors que malade, il a été “guéri corps et âme” précise t-il. Tee Siem Tat décida de parler de l’évangile à sa famille et à ses amis chinois de Kudus et des environs du mont Muria.

    Trois ans après sa conversion, en 1920, Tee Siem Tat et 24 de ses amis furent baptisés par Nicolai Thiessen, un missionnaire mennonite néerlandais, chez Tee Siem Tat. Après leur baptême, ils continuèrent à parler de l’évangile à leurs amis.

    Tee Siem Tat décida de se joindre aux mennonites en raison de leurs valeurs, et commença à travailler avec les missionnaires du mont Muria. Mais dès le départ, le fruit de son ministère, le synode GKMI, a été indépendant financièrement théologiquement et administrativement du comité de mission mennonite.

    Reconnaissant l’appel de Dieu à évangéliser tous les peuples, Tee Siem Tat et ses amis étendirent leur ministère au peuple javanais vivant dans leur région. En 1958, ils changèrent le nom de leur église qui était ‘Église chrétienne mennonite chinoise’ en ‘Église chrétienne Muria d’Indonésie’. Ils choisirent un pasteur javanais, Soedarsohadi Notodihardjo, en tant que secrétaire général du synode.

    Aujourd’hui, le ministère de la GKMI s’étend à sept îles indonésiennes, et ses membres viennent de différentes tribus. Le synode a encore des difficultés pour définir une identité mennonite claire, avoir une structure appropriée et former des responsables fiables.

    Sensibiliser les jeunes : l’histoire de la JKI

    La plus jeune communauté mennonite d’Indonésie est la JKI. En l’espace de moins de 40 ans, elle a implanté plus de 50 assemblées, et compte aujourd’hui 45 000 membres et 189 assemblées. Les paroisses sont regroupées dans les villes proches du Mont Muria, dans l’est et l’ouest de Java, et quelques-unes à l’étranger.

    Ce synode a commencé grâce à un groupe de jeunes de GKMI Keluarga Sangkakala (‘famille trompette’), qui a lancé plusieurs projets créatifs. Ce groupe associe des cultes de réveil, un ministère social et l’utilisation des médias pour diffuser le message de l’Évangile. Le groupe a grandi, et il a fallu former une église indépendante. Le 4 mars 1979, à Ungaran (Centre de Java), le baptême de plusieurs nouveaux croyants a conduit à la création officielle de l’église JKI.

    La JKI continue d’avoir une forte croissance, en particulier chez les jeunes. La plupart des assemblées rurales sont petites, mais  il y a de grandes assemblées dans les villes. En fait, les quatre plus grandes paroisses du synode sont urbaines : Jakarta Praise Community Church dans la capitale compte 10 000 membres ; JKI Injil Kerajaan à Semarang, 15 000 membres ; JKI Bukit Sion à Surabaya, 5 000 membres, et JKI Maranatha à Ungaran-Semarang, 1 800 membres.

    Difficultés et opportunités

    Ces trois communautés mennonites sont confrontées à des difficultés similaires, dont quatre méritent d’être mentionnées ici :

    1. L’anabaptisme n’a pas de racines profondes dans la culture, la société et la politique indonésienne.

    La plupart des Indonésiens associent le christianisme au colonialisme occidental. Cette religion a donc souvent une connotation négative. Contrairement à d’autres religions qui ont été mieux intégrées dans les cultures locales, le christianisme est perçu comme un ‘intrus’. Par conséquent, formuler l’histoire ‘sombre’ du colonialisme tout en introduisant la vision mennonite est un grand défi pour nos communautés.

    2. Les églises ressentent une ‘rivalité’ avec les autres dénominations chrétiennes.

    Nous ne pouvons pas le nier. En outre, dans les villes, de nombreuses paroisses ont tendance à orienter leur ministère vers des groupes interconfessionnels, plutôt que de développer des projets dans leurs communautés locales. Au fil du temps, ces groupes parallèles aux églises forment leurs propres paroisses, éclipsant davantage les paroisses locales. Aussi, le renforcement des églises locales est devenu un enjeu majeur pour les mennonites indonésiens.

    3. Les ministères ont tendance à mettre l’accent sur le pragmatisme, le rituel (divertissement) et la réponse aux besoins immédiats.

    De nombreuses églises contemporaines s’efforcent de répondre aux besoins immédiats : désir de se divertir et d’être pris en charge. Bien s√ªr, ce n’est pas mauvais, pour autant que les valeurs chrétiennes soient maintenues. Nous, mennonites, sommes mis au défi de garder notre accent communautaire tout en donnant aux gens ce qu’ils attendent.

    4. Les politiciens voient la religion comme un produit.

    Suite à la démission du président Suharto en 1998, des réformes ont transformé le paysage politique de l’Indonésie. Le développement de la démocratie a favorisé la formation de nouveaux groupes sociaux et politiques. Les nouveaux groupes politiques, en particulier, ont cherché à créer des réseaux politiques de masse, et ont courtisé les groupes religieux. Les églises, notamment mennonites, doivent en être conscientes et résister à la tentation de faire de la religion un produit politique.

    Il existe de nombreuses possibilités de renouveau pour la communauté mennonite d’Indonésie. L’une d’elles est un retour aux quatre piliers de l’Église : l’histoire, la théologie, l’ecclésiologie et la missiologie. Nous devons étudier l’histoire et les valeurs de nos précurseurs mennonites. Cela nous aidera à faire face aux défis d’aujourd’hui.

    Il est aussi nécessaire de renforcer notre identité mennonite, ce qui a commencé avec la traduction et la publication de livres sur l’histoire mennonite et la théologie. Mais nous devons aussi penser à contextualiser les valeurs mennonites. Ce n’est pas une tâche facile, mais nous savons que rien n’est impossible avec notre Dieu.

    Une autre opportunité saisie par la communauté mennonite indonésienne a trait à la famille mondiale de la foi. Les trois synodes mennonites indonésiens sont membres de la CMM. Nous nous réjouissons du soutien de nos frères et s≈ìurs à travers le monde, et nous espérons aussi les soutenir en nous impliquant de plus en plus dans le travail de la CMM.

    Beaucoup de visages, une même mission

    La communauté mennonite indonésienne a trois ‘visages’ : la GITJ, la GKMI et la JKI. Chaque ‘visage’ reflète une origine et des expériences différentes. Cependant, les difficultés et les opportunités auxquelles font face ces trois groupes sont, à certains égards, les mêmes que celles des communautés mennonites du monde entier. Dans ce monde moderne, nous avons tous nos luttes : pour contextualiser la foi chrétienne par des moyens appropriés, pour développer des ministères locaux sans attiser l’esprit de rivalité, pour surmonter  les changements culturels et les attentes personnelles et pour dire la vérité aux autorités, que ce soit dans la pauvreté ou dans l’abondance. Nos églises anabaptistes dans le monde vont-elle s’entraider ? Si cela se fait, non seulement nous lutterons ensemble, mais nous apprendrons et servirons ensemble.

    Adhi Dharma est le secrétaire général du Synode de la GKMI.

     

  • Pour prendre en compte l’impact sur l’environnement de leur travail mondial, le personnel et les membres du Comité Exécutif de la CMM s’imposent dorénavant une surtaxe pour chaque kilomètre en avion.

    La taxe ira au Fonds de Partage de l’Église mondiale de la CMM, précise le Secrétaire de la Commission des diacres, Bert Lobe. Il a développé ce projet sur la base de propositions antérieures, et a travaillé avec Karen Martin Schiedel et le consultant en développement de la CMM, Henry Hildebrand. L’argent sera affecté spécifiquement à des projets respectueux de l’environnement des églises membres de la CMM.

    “L’important est de mettre en pratique nos paroles” a déclaré Henry. “C’est un début. Si nous devons modifier quelque chose, cela sera facile.”

    Dans les années à venir, par exemple, si la taxe est appliquée à tous les voyages des délégués pour les réunions du Conseil Général de 2012, ou le rassemblement de la CMM en 2015, la CMM pourrait envisager un partenariat avec une autre organisation pour un projet majeur, plutôt que de soutenir les petits projets du Fonds de Partage.

    Avec 50 USD par tonne de carbone, ce projet devrait générer 2 500 USD de revenu pour le Fonds de Partage.

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    • Ensemble, nous avons tant à donner…
    • Le Conseil Général envoie un message aux églises
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    • Les mennonites vietnamiens forment une seule église
    • Afrique 2003 : l’Assemblée Dispersée
  • Les arbres ont toujours été des symboles importants dans l’histoire anabaptiste. Elle s’est perpétuée à Strasbourg, lors de la réunion du Comité Exécutif du 29 juillet au 4 août 2004.

    A gauche: Lors d’une excursion sur un site anabaptiste historique, le Comité Exécutif et le personnel de la CMM se sont arrêtés sous ce chêne au Salm. La tradition orale rapporte que cet arbre fut planté en 1793 pour célébrer l’exemption du service militaire pour les anabaptistes, obtenue par Jakob Kupferschmitt, pendant la Révolution française.

    Bas: Depuis 1998, lors de chaque réunion du Comité Exécutif, un arbre est planté. En août dernier, c’est à côté de l’église de Bourg-Bruche qu’il l’a été, par manque d’espace adéquat à Strasbourg et parce que Bourg-Bruche est près de l’arbre du Salm.

    Sous chacun des arbres plantés par la CMM est inscrit: “En hommage à la création de Dieu et à l’Eglise mondiale.”Cette coutume s’est instaurée en 1998.

    Photo : Max Wiedmer

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro Courier/Correo/Courrier 2004-4
  • En juin dernier, lors de la conférence de réconciliation entre les anabaptistes et l’Eglise réformée à Zurich (Suisse), les responsables ont demandé au secrétaire général de la CMM, Larry Miller, de prêcher dans la cathédrale. Or, en 1525, Ulrich Zwingli, du haut de cette même chaire, dénonçait sans nuances le mouvement anabaptiste ! Cet article est tiré du message de Larry, suite à cette invitation remarquable.—Les éditeurs  

    Ce qui a commencé ici même il y a presque cinq siècles—un seul groupe de personnes rassemblées autour d’une seule Bible, écoutant un seul homme (Zwingli) prêcher quotidiennement sur l’évangile de Matthieu—A engendré au moins deux communautés, deux identités, et deux traditions, qui malheureusement se sont trop souvent affrontées. 

    L’Eglise réformée peut être décrite comme une église d’Etat, ou l’église d’un peuple, une communauté soumise au Seigneur et ouverte à tous les citoyens sans exception. En revanche, la tradition anabaptiste définit l’Eglise comme une communauté de disciples qui suivent Jésus dans la vie quotidienne et qui témoigne au monde tout en s’en séparant. 

    Confesser ses péchés 

    La base biblique de la théologie réformée se trouve dans Zacharie 2/1-9. Zacharie s’adresse à ceux qui sont toujours en exil, les exhortant à revenir vers la cité dont il imagine les nouvelles caractéristiques. Elle sera ouverte, accueillera les exilés et une “foule de gens et de bêtes”. Elle n’aura pas besoin de murs pour assurer sa sécurité et sa cohésion parce que le Seigneur lui-même la protégera et pourvoira à ses besoins. “Je serai pour elle un rempart de feu et au milieu d’elle, je serai sa gloire !”  

    Pour les anabaptistes du 16e siècle, ce passage semblait plutôt “condamner” la pratique de la théologie de l’Eglise d’Etat que d’être son modèle. Pour Felix Manz et ses frères dans la foi, Zurich ou son église, n’était sûrement pas une cité ouverte, ni une nouvelle Jérusalem, ni un lieu de justice et de paix où rentrer d’exil. Ils n’avaient pas le sentiment que les autorités zurichoises ne dépendaient que de la présence du Seigneur pour assurer la protection, l’approvisionnement et la gloire de la ville. Elle devait leur paraître fermée : ils y avaient été déclarés étrangers, exilés derrière ses hauts murs, ou noyés dans les eaux sombres de la Limmat.  

    En revanche, les anabaptistes fondaient leur concept de la cité sur Matthieu 5/14-16. Dans ce passage, Jésus interpelle tous ceux qui se sont volontairement exilés de la société établie afin de le suivre. Il leur présente la vision d’une nouvelle cité, d’une nouvelle société, d’une nouvelle communauté qui n’est pas “du monde” mais qui pourtant est “dans le monde”. En outre, cette cité sera “le sel et la lumière” du monde. Elle sera si présente que personne ne pourra éviter de “la goûter ou de la voir” ; alors tous devront constater qu’elle dépend du Seigneur pour sa protection et son approvisionnement, et qu’elle lui rend gloire.  

    Pour ceux d’entre nous qui se réclament de la tradition anabaptiste, ces paroles de Jésus résonnent davantage comme la “condamnation” de périodes importantes de notre histoire, que comme leur source ou leur inspiration. Plusieurs réformateurs radicaux des débuts, dont Felix Manz, avaient certainement la vision d’une transformation à grande échelle de la société, ou au moins d’un témoignage fort des communautés de croyants qui y vivraient. Mais après des années de persécution, beaucoup se sont retrouvés tôt ou tard dans des communautés repliées sur elles-mêmes, sans enthousiasme prophétique ou missionnaire significatif. Beaucoup d’entre nous y sommes restés, marginalisés et valant à peine des notes de bas de page dans l’histoire de l’Eglise. Plus récemment, certains d’entre nous ont trouvé que c’était plus facile de s’accommoder des valeurs de la société. Après avoir allumé la lampe, nous l’avons cachée sous un seau, où elle n’éclairait plus les bonnes œuvres ni ne rendait gloire à Dieu. 

    Partager nos dons 

    Une nouvelle plaque au bord
    de la Limmat rappelle la mort
    de Felix Manx et d’autres
    anabaptistes ; la cathédrale
    est à l’arrière-plan. Photo : John E. Sharp

    Heureusement, ce conte de deux cités—la cité ouverte habitée par le Seigneur et la cité sise sur une colline glorifiant Dieu—ne nous rappelle pas seulement nos limites. Elle souligne les dons que nous avons reçus et que nous pouvons nous offrir les uns aux autres. La Bible ne nous appelle pas qu’à la confession. Elle nous appelle aussi à partager les dons donnés par Dieu dans le corps de Christ et au-delà. 

    Aujourd’hui, dans l’esprit de Zacharie, vous, chrétiens réformés, ouvrez votre cité et votre église aux fils et filles de ceux qui ont été mis à mort ou exilés au 16e siècle et après. Mais en outre, vous vous ouvrez vous-mêmes en portant un nouveau regard sur les convictions que ces exilés incarnaient. Aujourd’hui, vous rafraîchissez votre mémoire pour développer des relations justes et être en communion avec d’anciens adversaires. Vous démontrez que vous êtes prêts à dépendre de Dieu pour votre protection. Vous affirmez que le Seigneur constituera lui-même un mur de feu autour de vous par sa glorieuse présence en votre sein. C’est un don précieux et un message clair à la communauté anabaptiste du monde entier, voire au monde œcuménique. 

    L’Eglise réformée célèbre Jésus comme le Seigneur de tous. L’Eglise est appelée à influencer la société selon la volonté de Dieu, autant qu’elle le peut. Si l’on réfléchit à la question de la paix, ajoutez-vous, regardant les mennonites droit dans les yeux, l’évangile ne traite pas seulement des questions militaires ou des questions de guerre, mais aussi de tous les éléments de la vie humaine dans les institutions de la civilisation destinées à la préserver et à l’améliorer : la famille, la politique, les systèmes économiques et technologiques, les modèles culturels. C’ést tout de même la théologie d’orientation réformée qui a le plus inspiré la résistance des protestants face à Hitler. Depuis lors, des générations de mennonites ont beaucoup reçu des enseignants réformés : Karl Barth, André Trocmé, Jacques Ellul, Jürgen Moltmann, Milan Opocensky, Lukas Vischer, pour n’en nommer que quelques-uns. Merci pour ces dons.  

    En tant qu’anabaptistes, nous voyons plus facilement ce que les autres peuvent nous donner que ce que nous pouvons leur donner. Aujourd’hui, quand les autres chrétiens regardent les descendants des anabaptistes, ils voient habituellement plusieurs dons. Quand ils regardent les amish, ils voient le don de la simplicité. Quand ils regardent les Hutterites, ils voient le don du partage économique. Quand ils regardent les mennonites, ils voient le don du travail pour la paix. Chacun de ces dons est lié au fait de former une Eglise libre, une église de croyants, une église de paix, une communauté de disciples vivant en étant sel et lumière du monde. 

    Dans son livre Body Politics, Five Practices of the Christian Community Before the Watching World, le théologien mennonite le plus influent du 20e siècle, John Howard Yoder définit les cinq éléments nécessaires à la vie d’une cité construite sur une colline afin qu’elle apporte la lumière au monde. 

    • “Le mandat de lier et délier” (Mt 18/15ss) est un processus biblique de réconciliation et de discernement.
    • “Le partage du pain” (cène ou eucharistie) implique un partage économique parmi la communauté des croyants. 
    • “Le baptême” marque l’entrée dans la communauté où les considérations sociales, ethniques et nationales n’ont plus cours. 
    • “Vivre la plénitude du Christ” dans laquelle tous les membres—et pas seulement le pasteur—ont un rôle précis. 
    • “Appliquer la règle de Paul” (I Cor 14), pour prendre des décisions selon un processus permettant à chacun des membres de parler sous l’inspiration du Saint-Esprit, puis valider cette parole de façon consensuelle. 

    Pouvons-nous encore offrir ces dons, nous les anabaptistes du 21e siècle ? Peut-être, quand nous mettons en pratique ce que nous prêchons‚Ķ.Mais je crois que les réformés seront étonnés d’entendre ces pratiques appelées “anabaptistes.” Après tout, la plupart sont, au moins en partie, enracinées dans les convictions réformées du début. 

    C’est lors de dialogues avec des historiens et des théologiens réformés du 20e siècle que les historiens et les théologiens anabaptistes les ont redécouvertes. Même nos dons sont, dans un certain sens, des dons que vous nous avez déjà donnés‚ÄØ! 

    Faire toutes choses nouvelles 

    Nos traditions sont importantes pour nous parce qu’elles transmettent des vérités, et peut-être surtout, parce qu’elles font partie de ce que nous sommes : elles façonnent notre identité.  

    Peu de temps après que la CMM eut entamé le dialogue avec l’Eglise catholique sur le thème “Vers une guérison des mémoires”, j’ai reçu une lettre anonyme nous accusant de “trahir le sang des martyrs”. Confesser, répondre à la confession, faire des pas vers la réconciliation, et aller au-delà vers l’unité, peut être ressenti comme une trahison de la vérité et une perte d’identité.  

    Mais ces peurs supposent que l’identité est quelque chose de statique, et que la préserver est une défense de “notre” tradition contre les “autres” traditions. Pourtant le Seigneur est le mur de feu autour de nous et la gloire parmi nous. Nous qui avons confessé notre foi, nous ne nous appartenons plus à nous-mêmes ni à notre tradition qui elle-même contient des déformations. Nous appartenons au nouveau corps du Christ en qui “toute chose est faite nouvelle”. 

    Il existe bien une vision ultime de la nouvelle cité, sans aucun doute inspirée des premières visions de Zacharie et Jésus, et les accomplissant. 

    “Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ‚Ķ et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu.‚Ķ Mais de temple, je n’en vis point dans la cité, car son temple, c’est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant ainsi que l’agneau. La cité n’a besoin ni du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine et son flambeau c’est l’agneau. Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire. Ses portes ne se fermeront pas au long des jours, car, en ce lieu, il n’y aura plus de nuit. On y apportera la gloire et l’honneur des nations” (Ap 21/1-2, 22-27). 

    Cette nouvelle cité est notre horizon commun. Elle est l’avenir que nous partageons. 

    —‚ÄØLarry Miller 


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro Courier/Correo/Courrier 2004-4
  • Danisa Ndlovu