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  • Ce qui suit est un bref résumé montrant le lien entre l’évolution historique, le profil et les tendances des communautés anabaptistes multiethniques et des églises mennonites latino-américaines faisant partie de la CMM. Il présente les difficultés rencontrées par les mennonites dans leur travail missionnaire, leur ministère et leur témoignage pour la paix et la justice à la suite de Jésus, dans un continent multiethnique.

    1. Caractère multiethnique des communautés et des églises anabaptistes mennonites

    Argentine. En 1917, le Mennonite Board of Missions and Charities d’Elkhart, Indiana, envoya les missionnaires Josèphe W. et Emma Shank, et Tobias K. et Mae Hershey en Argentine. Ils implantèrent la première église mennonite en Amérique latine dans la ville de Pehuajó en 1919. Ce travail missionnaire permit l’implantation d’églises parmi les Tobas en 1943.

    Mexique. Depuis les premières décennies du siècle passé, la présence mennonite au Mexique a été ethnique en raison de la migration : un exemple est la Old Colony Mennonites, originaire de Russie – après être passée par le Manitoba et le Saskatchewan (Canada). Fondée par environ 6 000 personnes, cette colonie s’installa à San Antonio de los Arenales, de 1922 à 1926.

    Paraguay. 1 763 colons mennonites du Canada émigrèrent au Paraguay entre 1926 et 1927, et établirent la colonie Menno. La colonie Fernheim, également située dans le Chaco paraguayen, était composée de 2 000 migrants en provenance de Molotschna (Russie – 1930-32), de la région de l’Amour, une région proche de Harbin (Chine – 1932), et d’un petit groupe de Pologne. La troisième colonie, Friesland, a été fondée en 1937 en raison d’un démantèlement de la Colonie Fernheim, et s’est installée dans l’est du Paraguay. C’est cette colonie qui a commencé le travail missionnaire parmi les Enhelt en 1937, avec une nouvelle église mennonite indigène à Yalve Sanga (Lago Armadillo).

    Il faut considérer l’histoire mennonite anabaptiste en Amérique latine comme la rencontre entre des frères et sœurs évangéliques envoyés par les sociétés missionnaires nord-américaines, et la population latine et indigène de ce continent. D’autre part, les colons mennonites (avec de nombreuses coutumes ethniques et culturelles héritées de l’Europe du XVIe siècle) se sont installés sur les terres d’indigènes, de métis et de descendants d’africains. La rencontre entre ces peuples de cultures si diverses a eu lieu dans des contextes historiques et des pays très différents. Leurs relations se sont développées par l’entraide, avec des tensions culturelles, ethniques et sociales. Les églises qui en sont nées font aujourd’hui partie de la Conférence Mennonite Mondiale.

    Dans les paroisses mennonites anabaptistes, les conversations comme les prières se font en anglais, français, allemand, espagnol, portugais, créole-anglais, créole-français, mais aussi en qom, guaraní, bribri, enlhet, cabécar, kekchí, tupí, garifuna, quechua, emberá-wounaán et bien d’autres langues autochtones. La dynamique de l’interaction entre les différentes cultures dans la formation des églises et des communautés religieuses a été stimulée dès le début par diverses organisations mennonites, le Comité Central Mennonite, des organisations orientées vers l’éducation, des séminaires et des universités mennonites (en grande partie des États-Unis et du Canada, mais aussi d’Europe). Elles ont apporté une contribution significative à la pratique du discipulat de Jésus. Tout au long de cette histoire de constantes migrations, il y a eu des tensions entre ceux qui privilégient la croissance des communautés et la construction des églises – sans remettre en cause les structures sociales de leur époque – et ceux qui mettent l’accent sur l’engagement pour la paix et la justice comme une priorité de l’Évangile. Ces migrations de groupes mennonites d’origine allemande et de peuples autochtones (migrations internes et externes) ont conduit à l’émergence des communautés et des églises anabaptistes.

    En ce qui concerne le début de ce mouvement en Amérique latine, la présence des églises et des communautés anabaptistes mennonites dans presque tous les pays est caractéristique des dernières décennies (1980–2015). Selon les dernières statistiques fournies par la CMM en comparaison à ceux de 2009, les pays qui affichent la plus forte croissance se trouvent à Cuba (150%), en Haïti (70%) et en Bolivie (80%). Le profil commun des communautés mennonites marquées par la rencontre interculturelle et une même conception du ministère et de l’évangélisation, est lié à leur passé.

    Cuba. Dans les années 1950, les Frères en Christ sont venus à La Havane pour faire de l’évangélisation, avec des Quakers et des Nazaréens, à Cuatro Caminos. En 1954, le Mennonite Board of Missions and Charities de Franconia (États-Unis) a envoyé le missionnaire Henry Paul Yoder et sa famille implanter une église dans la ville de Rancho Veloz, province de Las Villas. La révolution dirigée par Fidel Castro contre la dictature de Fulgencio Batista en 1959 a provoqué l’exode des missionnaires nord-américains, qui ont quitté l’île dans les années suivantes. Pendant la période révolutionnaire, Juana M. García a joué un rôle essentiel dans la survie de l’église Frères en Christ commencée dans la ville de Cuatro Caminos, à La Havane. Le 19 août, 2008, les mennonites de Cuba commencèrent un nouveau travail missionnaire. Auparavant, le pasteur Alexander Reyna Tamayo, avec sa famille, a été pasteur de l’Iglesia Evangélica Misionera. En 2004, il rencontra Janet Brenneman (États-Unis) et Jack Suderman (Canadian Mennonite Church), qui donnaient des cours sur la tradition anabaptiste à la Iglesia Evangélica Libre. En accord avec la Iglesia Evangélica Misionera, Alexander Reyna contacta la Canadian Mennonite Church et forma un nouveau groupe organisé en petites cellules de maisons dans les provinces de Santiago de Cuba, Olguín, Granma, Villa Clara et Cienfuegos. Ê Cuba, cette formidable croissance, en particulier dans la dernière décennie, reflète la nouvelle situation politique sur l’île (qui a récemment renoué des relations diplomatiques avec les États-Unis) et la nouvelle ouverture religieuse.

    Haïti. Haïti est le pays le plus pauvre d’Amérique latine ; sa population est originaire d’Afrique. Elle a subi des crises politiques et économiques ainsi qu’un tremblement de terre dévastateur le 12 janvier 2010. Haïti est un autre exemple qui soulève la question du profil des églises anabaptistes et de leur conception du service, tel qu’il leur a été enseigné par les organisations et les sociétés missionnaires anabaptistes.

    Concernant Cuba et Haïti, il faudrait procéder à une étude détaillée afin d’expliquer leur rapide croissance numérique ainsi que le profil culturel actuel de la vie et de la mission des membres des communautés.

    Bolivie. C’e pays a connu la plus grande migration de mennonites conservateurs d’origine allemande en Amérique latine au cours des deux dernières décennies. De 1980 à 2007, 53 nouvelles colonies ont été établies dans les provinces de Pando, de Beni et de Santa Cruz. Ces colonies sont issues de la division interne de nombreuses autres colonies mennonites de Bolivie et d’autres pays comme le Belize, le Paraguay, le Mexique, l’Argentine et le Canada. En 2007, ces nouvelles colonies avaient une population totale de 30 618 personnes (adultes et enfants).

    La situation de ces pays d’Amérique latine nous permet de conclure qu’apparemment la réforme agraire n’est pas encore parvenue à améliorer la situation des groupes les plus défavorisés, tels que les peuples autochtones ou d’origine africaine.

    Nos questions concernent : a) la relation entre les colonies mennonites et la population indigène environnante ; b) le rôle des sociétés missionnaires et l’implantation d’églises désirant suivre Jésus en prenant en considération leurs propres racines culturelles et ethniques. Compte tenu de la compréhension et/ou des malentendus entre ces diverses communautés, les défis que présente l’Évangile sont tout aussi forts qu’au temps des premières migrations ethniques des mennonites en Amérique latine.

    2. Statistiques concernant les mennonites en Amérique latine

    I. Région mésoaméricaine :

    Pays Nombre de membres
    Mexique 33 881
    Guatemala 9 496
    Honduras 21 175
    Salvador 909
    Nicaragua 11 501
    Costa Rica 3 869
    Panama 820

    II. Région des Caraïbes

    Pays Nombre de membres
    Bahamas 25
    Cuba 8 664
    Jamaïque 733
    Haïti 5 566
    République dominicaine 5 780
    Porto Rico 798
    Belize 5 405
    Grenade 8
    Trinidad & Tobago 300

    III. Région Amérique du Sud

    Pays Nombre de membres
    Venezuela 596
    Colombie 3 664
    Équateur 1 340
    Pérou 1 524
    Brésil 14 748
    Bolivie 26 661
    Chili 1 452
    Paraguay 34 574
    Uruguay 1 464
    Argentine 4 974

    TOTAL : 199 912

    Les statistiques de Conférence Mennonite Mondiale, membres, une Communauté d’Églises anabaptistes, membres, juin 2015.

    3. Difficultés pastorales à la lumière de la réalité multiethnique de l’Amérique latine

    Ces brèves réflexions nous amènent à identifier les difficultés pastorales suivantes à la lumière de la réalité multiethnique de l’Amérique latine.

    Renouveau spirituel. L’expérience du Saint Esprit, comme celle de nos ancêtres au XVIe siècle, devrait nous donner la capacité de recréer notre identité anabaptiste. Elle devrait nous conduire à adopter un point de vue critique sur l’État, une théologie et une pratique pastorale en faveur des pauvres, une herméneutique biblique contextuelle de la non-violence, un engagement pour la paix et la justice, une grande tolérance quant aux diverses manières de comprendre le mystère profond de Dieu dans la multiethnicité des églises et des communautés anabaptistes, et dans la société plus large.

    Mouvement des théologiennes d’Amérique latine. La réunion des théologiennes africaines en 2003 lors du Rassemblement de la CMM à Bulawayo (Zimbabwe), a constitué un défi pour les femmes d’Amérique latine. De cette rencontre est né le ‚ÄòMouvement des théologiennes d’Amérique latine’, qui s’est réuni plusieurs fois en Amérique latine avec le soutien du projet ‚ÄòDons en Commun’ de la CMM.

    Lors du Rassemblement de la CMM en juillet 2009 à Asunción (Paraguay), 120 femmes mennonites d’Amérique latine se sont réunies pour réfléchir sur le thème ‚ÄòLe message libérateur de Jésus pour les femmes d’aujourd’hui’. En 2015, pendant le Rassemblement en Pennsylvanie (États-Unis), le ‚ÄòMouvement des théologiennes d’Amérique latine’ s’est réuni avec des théologiennes du monde entier pour développer un réseau mondial. L’un des principaux défis auquel est confronté ce mouvement est d’intégrer les femmes dans le leadership, de manière à représenter le caractère multiethnique des mennonites latino-américains. Sur la base de cette grande diversité de peuples et de cultures, nos familles, nos églises et nos organisations seront en mesure de témoigner de manière remarquable dans la société et au cœur de la CMM elle-même.

    Témoignage pour la paix. Le témoignage de ceux qui travaillent pour la paix, même au péril de leur vie, nous rappelle les paroles de Jésus : Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5:9). Les témoignages d’organisations mennonites tels que Justapaz en Colombie et le Comité Central Mennonite pendant la révolution en Amérique centrale dans les années 1970 et 1980, nous rappellent qu’il nous est possible de contribuer à la paix. Mais cela nous amène à réfléchir à la manière dont nous pourrions témoigner dans le contexte nouveau de l’Amérique latine, avec la croissance de sa population et la disparition des cultures et des peuples ancestraux, sans compter le racisme, la xénophobie, le chômage des jeunes, la pollution de l’environnement, et les nouvelles formes d’oppression et de violence qui détruisent les peuples et la vie sur notre planète.

    Modèles pastoraux. Il est nécessaire de procéder à une analyse plus détaillée de ce qu’est le témoignage anabaptiste mennonite en Amérique latine. Dans les années 1970, une méthode a été mise au point pour guider le travail pastoral dans de nombreuses communautés. Elle a comme point de départ les mots voir, juger et agir. En d’autres termes, avec l’aide des sciences sociales, il s’agit d’analyser ce qui se passe aujourd’hui chez les peuples latino-américains, de l’évaluer à la lumière de la Parole de Dieu pour suivre Jésus, et enfin d’y répondre par des ministères concrets. Peut-être est-il temps de reconnaître que cette méthode nous invite une fois de plus à revoir nos responsabilités pastorales, non seulement par l’analyse d’une situation d’injustice sur le plan macro-économique et social, mais aussi sur la base des besoins d’un ministère qui soit à l’écoute des nouvelles expressions de la famille, des cris des nouveaux groupes marginalisés de notre société, dont les peuples indigènes, les descendants des Africains et les métis pauvres.

    L’expression afro-caribéenne. Les Caraïbes sont la région de l’Amérique latine qui a eu le plus de difficultés à s’organiser en raison de son histoire, de sa complexité politique et de sa grande diversité de langues. Lors du Rassemblement de la CMM à Asunción (Paraguay), dans le caucus Amérique latine, les représentants des Caraïbes ont exprimé leur besoin d’être également organisés en tant que région. Le soutien des réflexions théologiques, sociales et pastorales des églises anabaptistes et des communautés des Caraïbes devrait être une priorité pour la CMM. Les églises des Caraïbes de descendants africains sont une richesse considérable dans l’aspect multiethnique de la CMM ; elles permettront de renforcer le dialogue entre ces sœurs et frères, les églises afro-brésiliennes et les églises mennonites d’Afrique.

    Grande diversité ethnique et culturelle. Malgré leur pauvreté économique, les communautés mennonites des peuples indigènes et des personnes d’origine africaine sur l’ensemble du continent, partagent avec nous leur patrimoine historique, culturel et spirituel. Par leurs histoires et leurs mythes venant du plus profond de la forêt tropicale, des mers, des rivières, des rochers et des pampas, elles nous demandent de protéger et de prendre soin de la Terre-Mère. Leurs visions et leurs rêves nous aident à percevoir la confusion créée par les systèmes économiques qui protègent les intérêts économiques des multinationales ou ‚Äòfavorisent le développement’ au détriment de la diversité culturelle.

    La visite des frères et sœurs de peuples indigènes tels que les Métis et les Ojibwe (Amérique du Nord), les Quechuas (Pérou), les Kekchíes (Guatemala), les Emberá et les Wounaán (Panama) sur les terres des peuples indigènes du Chaco paraguayen lors du Rassemblement de la CMM au Paraguay (2009), est un magnifique signe d’unité et de fraternité dans la diversité. Gr√¢ce à ce désir d’apprendre et de mettre ses dons au service les uns des autres, cette grande diversité ethnique de mennonites d’Amérique latine peut nourrir la communauté anabaptiste : ‚ÄòNous savons, en effet, que maintenant encore la création entière gémit et souffre comme une femme qui accouche. Mais pas seulement la création : nous qui avons déjà l’Esprit Saint comme première part des dons de Dieu, nous gémissons aussi intérieurement en attendant que Dieu fasse de nous ses enfants et nous accorde une délivrance totale.’ (Ro 8:22–23).

    ‚ÄîJaime Prieto (Costa Rica) et sa femme Silvia de Lima (Brésil) sont les parents de Thomáz Satuyé. Jaime a un doctorat en théologie de l’Université de Hambourg (Allemagne – 1992). Il est membre de l’Église mennonite du Costa Rica depuis 1971, qui fait maintenant partie de l’Asociación de Iglesias Evangélicas mennonitas de Costa Rica (membre de la CMM). Il est l’auteur de Mission et Migrations, le volume sur l’Amérique latine du Projet d’Histoire Mennonite Mondiale, publié par la CMM.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier

  • C’est en 1930 que les premiers mennonites sont arrivés au Brésil, réfugiés de Russie et d’Ukraine, après que leurs biens, églises et écoles aient été réquisitionnés par l’État avec l’arrivé au pouvoir de Staline.

    En 1929, de 15 à 25 000 mennonites et d’autres groupes ont rassemblé quelques affaires et sont allés à Moscou pour demander un visa. Seulement 5 000 d’entre eux reçurent la permission de quitter le pays. En arrivant en Allemagne, ils n’eurent pas l’autorisation d’y rester, et décidèrent d’émigrer au Canada. Mais c’étaient les années 1930 – années de dépression économique – et le Canada n’accepta que quelques émigrants, ceux qui avaient des proches parents au Canada et qui étaient en bonne santé.

    Les deux autres pays qui leur étaient ouverts étaient le Brésil et le Paraguay. Les responsables d’églises européens et nord-américains les encouragèrent à aller tous au Paraguay, où était déjà installée une colonie de mennonites du Canada. Au Paraguay, les mennonites avaient obtenu des privilèges comme l’exemption du service militaire et le droit à un gouvernement autonome. Environ 3 000 personnes choisirent d’immigrer au Paraguay.

    Premières difficultés

    Environ 1 300 personnes choisirent le Brésil. Les véritables raisons de leur choix ne sont pas très claires. En arrivant au Brésil, ils s’installèrent dans une région vallonnée de la forêt tropicale du sud, complètement différente de ce qu’ils avaient connu en Russie. Un groupe (Plateau de Stolz) ne réussit pas à prospérer, et trouva un meilleur emplacement à Curitiba (à 300 km au nord). Le climat y était moins chaud et c’était la steppe. Après quelques années, tous les mennonites avaient déménagé de l’endroit où ils étaient arrivés initialement.

    Parmi les colons, il y avait trois groupes différents : les Frères mennonites, l’Église mennonite (kirchliche) et les mennonites évangéliques. Au début, ils célébraient leurs cultes en commun (en allemand), à l’exception des réunions particulières à leur groupe. Pendant la Seconde Guerre mondiale (à laquelle le Brésil s’est joint en 1942), il était interdit de parler allemand en public, jusque fin 1945. Ainsi, les cultes avaient lieu en bas allemand, parfois en russe, et le portugais a fait son apparition.

    Rayonnement

    Le premier projet de sensibilisation a commencé en 1948 dans la banlieue de Curitiba, avec un orphelinat pour les enfants abandonnés et une première assemblée exclusivement lusophones. Ces projets étaient soutenus par des Frères Mennonites (MB) venus d’Amérique du Nord. Plusieurs autres implantations d’églises ont suivi, et bientôt les paroisses lusophones ont créé l’Association des Églises des Frères mennonites. En 1994, les unions d’églises germanophones et portugaises ont fusionné, créant la COBIM : Convencao Brasileira das Igrejas Evangélicas Irmãos menonitas (Association des Frères Mennonites du Brésil). Aujourd’hui, la COBIM compte plus de 60 assemblées locales et a plusieurs projets missionnaires au Brésil et en Afrique.

    En 1955, le Mennonite Board of Missions and Charities (de la Mennonite Church General Conference) des États-Unis envoya ses premiers missionnaires au Brésil. Plusieurs paroisses ont été implantées à Sao Paulo, au centre du Brésil central et dans la région amazonienne ; elles ont formé la Alliança Evangélica Menonita – AEM. L’Associação das Igrejas menonitas do Brasil – AIMB (Association des églises mennonites du Brésil), résultat d’une fusion des deux groupes de langue allemande, d’autres mennonites évangéliques et de la COM (Commission on Overseas Mission) se joignirent au projet d’implantation d’églises et ont envoyé des missionnaires en 1976. L’AEM a maintenant 35 paroisses et divers projets missionnaires au Brésil et en Albanie.

    Dans le Nordeste brésilien en 1965, le Comité Central Mennonite a lancé plusieurs projets de développement agricole et social, qui ont pris fin en 2012. Des organisations locales (AMAI) maintiennent plusieurs de ces projets en faveur de la paix et de la réconciliation. Trois paroisses ont été implantées et sont affiliées à l’AEM.

    L’association AIMB, formée de mennonites et de mennonites évangéliques, a neuf assemblées locales. Les cultes ont été longtemps célébrés en allemand. Dans les années 1980, cela a commencé à changer et les assemblées ont utilisé davantage le portugais pour accueillir leurs voisins et se rapprocher du contexte brésilien. Le projet missionnaire le plus important est l’Associação Menonita de Assistência Social – AMAS (organisation de secours mennonite) qui a six garderies pour les familles à faible revenu accueillant plus de 1 000 enfants par jour.

    En 1960, un groupe de mennonites ‘Holdeman’ (Église de Dieu en Christ, mennonites) quittèrent les États-Unis pour former une colonie à Rio Verde dans l’état de Goiás (au centre du Brésil, 400 km à l’ouest de la capitale Brasilia). Ils sont en contact avec la communauté mennonite plus large du Brésil, principalement par la littérature anabaptiste/mennonite qu’ils distribuent.

    En 85 ans, le nombre de mennonites au Brésil a atteint 12 000 à 15 000. Dans les 30 dernières années, il y a eu plusieurs divisions et scissions dans les paroisses et les unions d’églises, principalement en raison des mouvements de renouveau charismatiques et pentecôtistes. Le désir de prendre ses distances avec la culture ethnique allemande a également été un facteur conduisant à la formation de plusieurs assemblées mennonites indépendantes.

    Quelles sont les principales difficultés que rencontrent les mennonites du Brésil ?

    1. Identité. Que signifie être chrétien mennonite au Brésil, où 90 % des chrétiens évangéliques sont pentecôtistes ou charismatiques ? Nous avons encore à cet égard une culture d’église ethnique. Un responsable a remarqué : « Nous ne vivons plus dans la colonie, mais la colonie est encore en nous ». Les Brésiliens ne comprennent pas cette mentalité mennonite étrangère à leur culture.
    2. Rayonnement et acculturation. Comment être engagé et fidèle à une interprétation de la Bible centrée sur Jésus dans un contexte où s’expriment de nombreuses formes de religiosité : superstition chrétienne, révélation divine directe, évangile axé sur le contrôle du pouvoir, évangile de la prospérité etc. ?
    3. La diversité et les conflits. Pour les paroisses dont l’arrière-plan est germanophone, la transition d’une langue à l’autre est presque achevée. Certaines ont deux cultes, un dans chaque langue, et d’autres un culte bilingue. Les mariages interethniques sont plus fréquents qu’avant. Les nouveaux membres baptisés ne sont généralement pas d’origine allemande. La diversité culturelle et théologique est toujours plus présente.
    4. Leadership. La conception du responsable serviteur, nommé par l’assemblée, et travaillant en collégialité est remise en question par une conception hiérarchique, orientée vers le pouvoir (souvent ‘autoproclamé’) et la productivité.

    Mais le Saint-Esprit soutient et aide les différentes unions d’églises et paroisses. L’école théologique Fidelis est commune aux 3 organisations : AEM, COBIM et AIMB.

    D’autres projets comme l’école mennonite Erasto Gaertner et la maison de retraite Lar Betesda, ont un conseil d’administration commun composé de mennonites et de Frères mennonites.

    La nécessité de dialoguer, de partager ses expériences et d’apprendre les uns des autres s’impose de plus en plus.

    Peter et Gladys Siemens sont pasteurs à l’église Vila Guaíra à Curitiba (Brésil). Gladys fait partie de la Commission Diacres de la CMM.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier

    Les Églises mennonites du Brésil

    * Alliança Evangélica Menonita

    2 900 membres

    35 assemblées locales

    Siège : Paulista, Brésil

    Responsable : Cristiano Maiximiano de Oliveira

    * Associação das Igrejas menonitas do Brasil

    1 184 membres

    9 assemblées locales

    Siège : Curitiba, Brésil

    Responsable : August Fridbert

    Église de Dieu en Christ, mennonite

    344 membres

    5 assemblées locales

    ¬± Convencao Brasileira das Igrejas Evangélicas Irmãos menonitas

    6 960 membres

    70 assemblées locales

    Siège : Curitiba

    Responsable : Emerson Luis Cardoso

    Igreja Evangélica Irmãos menonitas Renovada

    3 350 membres

    27 assemblées locales

    Siège : Sao Paulo

    Responsable : Jose Eguiny Manente

    * Indique l’adhésion à la CMM

    La COBIM ¬± a réengagé le processus d’affiliation à la CMM

    Source : Carte du monde de la CMM

    www.mwc-cmm.org/maps/world

    Consulté en janvier 2016

  • Hospitalité : Que signifie offrir l’hospitalité en tant que disciples du Christ ?

    En septembre 2015, des photographies choquantes publiées dans les médias ont sensibilisé le monde occidental à la crise des réfugiés. Consciente de l’importance de cette question, la communion anabaptiste mondiale propose les réflexions suivantes sur le sens de l’accueil de l’étranger, spécialement lorsque des personnes d’une origine religieuse différente de la nôtre s’installent dans notre quartier.

    L’édition d’avril 2016 de Courier / Correo / Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Un ministère d’hospitalité intégral

    Un texte : Voici quelles furent leurs fautes [ta sœur Sodome et les localités voisines] : elles ont vécu dans l’orgueil, le rassasiement et une tranquille insouciance ; elles n’ont pas secouru les pauvres et les défavorisés. (Ez 16:49, BFC).

    Un récit : Un réfugié se plaignait amèrement à Dieu parce qu’on ne l’avait pas laissé entrer dans une église. Dieu lui répondit : « Ne sois pas malheureux. Ils ne me laissent pas entrer non plus.»

    J’utilise ce passage biblique et cette petite histoire comme référence pour partager mon propre témoignage.

    La Colombie, où je vis, connaît un conflit interne depuis une soixantaine d’années ; c’est le dernier en Occident. Avec plus de cinq millions de personnes déplacées, elle a le deuxième taux le plus élevé au monde de personnes déplacées à l’intérieur d’un pays (selon les Nations Unies) plus un autre million de réfugiés dans d’autres pays. Vingt-cinq mille morts violentes se produisent chaque année, des milliers de personnes disparaissent et sont enlevées, et le gouvernement colombien admet que le nombre total de victimes est de plus de six millions.

    S’il y avait du pétrole en Colombie, ou que des multinationales aient un intérêt économique dans notre conflit, une telle situation sociale figurerait dans les bulletins d’informations des États-Unis, du Canada et d’Europe. Les églises anabaptistes du Nord en auraient entendu parler.

    Accusations et incertitude

    Après avoir vécu pendant de nombreuses années à Bogota, en 1986, ma femme, nos quatre enfants et moi avons déménagé dans une petite ville appelée San Jacinto, dans le nord du pays, dans la région des Caraïbes.

    Nous y avons acheté une ferme, du matériel agricole et des véhicules, et nous avons vécu de mon travail de juriste, de l’agriculture et du journalisme. Nous avons soutenu l’engagement social des campesinos (paysans ou petits fermiers) de la région.

    En raison de mon travail avec les campesinos, j’ai été accusé d’être un idéologue de la guérilla. Le commandant de la police locale, et plus tard un groupe paramilitaire dénommé ‘Mort aux kidnappeurs’ (c’est-à-dire, aux guérilleros), ont commencé à me persécuter et me menacer régulièrement.

    En mars 1988, l’armée nationale colombienne et la police ont uni leurs forces pour attaquer notre maison. Les menaces de mort ont augmenté. Nos amis nous évitaient. Les banques ne voulaient plus nous servir. La vie est devenue insupportable. Ces menaces de mort nous ont contraints à déménager dans la ville voisine de Cartagena, perdant ainsi tout ce que nous avions acquis par notre travail.

    Ê Cartagena, nous avons été accueillis par l’un de mes oncles. Avec le soutien de l’église mennonite, nous avons construit dans sa cour un petit logement pour nous, en attendant que l’orage passe.

    Mais la situation des personnes déplacées, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur du pays, est très difficile. Elles laissent derrière elles leur environnement familier, leurs amis, les membres de leur famille, leur travail, leurs affaires, leur culture, et leur réputation. En outre, elles arrivent dans un contexte inconnu, menaçant et inhospitalier, rempli de préjugés.

    Avant, on est considéré comme une personne intègre, et tout à coup, on est soupçonné de terrorisme et de crimes divers, ce qui terrifie les autres. On vit soudainement dans un climat de peur, non seulement en raison du déplacement, mais parce que tous les gens qui nous entourent – amis, parents et membres d’églises – craignent d’être confondus avec l’ennemi, déclarés ‘objectifs militaires’, et donc menacés et attaqués.

    La peur qui envahit les autres est ce qui affecte le plus les personnes déplacées : cette peur paralyse et empêche d’être accueillants et solidaires. Beaucoup de membres d’églises voudraient être accueillants, mais ils ont une famille, de jeunes enfants, des dettes, et ont peur de mettre en danger leur vie et de menacer la stabilité de ceux qui dépendent d’eux. Ils disent que s’ils étaient seuls, ils donneraient leur vie pour vous aider, mais que dans cette situation, cela serait irresponsable et injuste pour leurs enfants.

    En juillet 1989, nous sommes revenus à Bogota, nous : un couple et quatre enfants déplacés et menacés, abattus, mais pas vaincus. Nous sommes arrivés dans une ville vivant dans la crainte du terrorisme, des morts-vivants mendiant à chaque carrefour, des petits garçons et des petites filles abandonnés dans les rues, une délinquance galopante, avec des zones de pauvreté, de racisme et de discrimination.

    Le gouvernement a utilisé l’excuse de la guerre pour supprimer la plupart des libertés civiles et chaque jour, il y avait des raids et des détentions arbitraires dans la ville et dans le pays. La méfiance et la peur régnaient. L’ancien stratège chinois Sun Tzu a dit : « La guerre est l’art de la duperie » ; et le politicien américain Hiram Johnson a ajouté « où la vérité est la première victime ». Il est donc difficile de faire confiance à quelqu’un et même de croire en Dieu.

    Un abri et un accueil

    Cependant, aujourd’hui, ma famille et moi sommes en vie grâce à une action décisive d’un groupe de l’église mennonite de Teusaquillo (à Bogotá), dont Peter Stucky est le pasteur. Bien qu’ils aient de jeunes enfants et d’autres personnes sous leur responsabilité, ils ont surmonté la peur d’être stigmatisés et d’être vus comme des partisans de la guérilla, ils se sont organisés pour nous accueillir de telle sorte que nous avons retrouvé assez d’énergie pour éveiller notre faculté de résilience et guérir.

    C’est quand nous pratiquons cette forme d’hospitalité intégrale que la malédiction de Sodome est brisée et que ces paroles de Jésus deviennent réalité : « Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez accueilli chez vous […] Je vous le déclare, c’est la vérité : toutes les fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25:35-40, BFC).

    Mais cela ne s’est pas arrêté là. Ce concept de l’hospitalité intégrale s’est élargi. Personne n’a été exclu et il y avait toujours une place pour l’étranger, le voyageur et celui qui souffre. Le concept d’hospitalité intégrale a ouvert les portes de l’église et donné naissance à un ministère de soutien pour les centaines de personnes déplacées qui sont arrivées, après avoir perdu leurs biens et tout espoir. « Le réfugié [ou déplacé] est un messager du malheur, apportant avec lui l’image, l’odeur et le goût de la tragédie de la guerre, du génocide, des massacres, de la perte de sa maison à cause de la violence. » (Javier Jurado, membre de l’Association Arjai, une initiative d’étudiants en philosophie).

    Ce ministère de l’église mennonite de Teusaquillo fonctionne depuis de nombreuses années à Bogotá. Des centaines de personnes ont été aidées et réconfortées ; certaines ont été parrainées par l’Église mennonite du Canada et aujourd’hui elles jouissent d’une vie tranquille dans ce pays. Ce ministère s’est également étendu à la ville de Quito (Équateur), et des centaines de Colombiens à la recherche d’un asile sont accueillis.

    Créer et maintenir un ministère comme celui-ci, ouvert à tous, d‘où qu’ils viennent, peu importe ce qu’ils croient, quelle que soit leur idéologie politique, que leurs persécuteurs soient guérilleros ou paramilitaires, c’est prendre un grand risque. Parfois, des membres de l’assemblée la quittent. Cependant, nous sommes convaincus du lien entre l’enseignement de Jésus et le droit d’asile. Cela renforce la communauté et lui donne de nouveaux responsables ouverts à l’hospitalité.

    C’est gratifiant de faire partie d’une église de paix historique anabaptiste où nul réfugié ne se plaindra à Dieu de s’être vu refuser l’entrée ; comme Job, nous pouvons dire : « L’étranger ne passait jamais la nuit dehors, puisque ma porte était ouverte au voyageur. » (Job 31:32, BFC).

    ?Ricardo Esquivia Ballestas est membre de l’Église mennonite colombienne. Il est avocat et a plus de 45 ans d’expérience dans le travail pour la paix à partir d’une communauté ecclésiale de base. Il est directeur de Sembrandopaz (Planter des graines de paix) et travaille avec les groupes revenant dans les Caraïbes colombiennes.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier

  • Hospitalité : Que signifie offrir l’hospitalité en tant que disciples du Christ ?

    En septembre dernier, des photographies choquantes publiées dans les médias ont sensibilisé le monde occidental à la crise des réfugiés. Consciente de l’importance de cette question, la communion anabaptiste mondiale propose les réflexions suivantes sur le sens de l’accueil de l’étranger, spécialement lorsque des personnes d’une origine religieuse différente de la nôtre s’installent dans notre quartier. Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Les réfugiés ont fait partie de l’histoire de l’église Frères mennonites de Neuwied depuis ses débuts : le passé de notre église est imprégné d’initiatives visant à intégrer les personnes d’origines culturelles différentes.

    L’Evangelische Freikirche Mennonitische Brüdergemeinde de Neuwied (Allemagne) a été fondée après la Seconde Guerre Mondiale par des réfugiés de Prusse occidentale (aujourd’hui Pologne) ; c’est la plus ancienne église de Frères mennonites d’Europe occidentale. Au début, les mennonites ont dû apprendre à prier avec des frères et sœurs de différentes traditions chrétiennes tels que protestants, Frères de Plymouth et baptistes. La génération suivante a appris à intégrer des chrétiens de Croatie et d’Amérique du Sud qui se sont joints à l’église dans les années 1960. Dans le milieu des années 1970, l’intégration d’un grand nombre de mennonites de l’ex-Union soviétique a été un défi. Bien qu’ayant les mêmes origines mennonites, ils tenaient à certaines traditions spécifiques différentes de celles de notre église. Mais avec Dieu, rien n’est impossible. Au fil des ans, des frères et sœurs d’Amérique du Nord, d’Asie et d’Afrique sont aussi devenus membres de cette communauté bigarrée de disciples du Christ.

    Notre paroisse compte aujourd’hui 460 membres, originaires de plus de 14 nations différentes. Mais malgré un arrière-plan et des traditions très variés, les membres de notre assemblée ont une foi et un engagement envers le Seigneur Jésus-Christ qui aide à construire des ponts les uns des autres.

    Un nouveau chapitre

    Un tout nouveau chapitre dans la vie de notre assemblée a commencé il y a environ huit ans, lorsque nous avons eu le courage d’ouvrir nos portes à des gens d’origine religieuse complètement différente.

    Comment est-ce arrivé ?

    Des responsables de notre ville sont venus nous trouver avec cette requête : serions-nous prêts à ouvrir un club de jeunes pour aider la ville à s’occuper des jeunes de 12 à 17 ans issus de l’immigration ? En y repensant, nous réalisons que nous étions très naïfs à l’époque ; néanmoins, quand nous avons dit oui, nous avons obéi au commandement de Dieu ‘de chercher à rendre prospère la ville’ (Jr 29:7 BFC).

    Donc, ce club de jeunes (30 jeunes issus de milieux musulmans et Yezidi) a démarré dans notre bâtiment d’église. Nous avons rapidement compris que ces jeunes pensaient pouvoir venir dans ‘leur lieu de rencontre’ n’importe quand. Lorsque les portes étaient ouvertes, ils entraient, qu’il y ait une réunion de dames, de prière ou toute autre rencontre. Quand ils trouvaient les portes fermées, ils s’asseyaient tout simplement sur les marches de l’entrée et y restaient, de jour comme de nuit. Les trois premiers mois ont vraiment été stressants pour notre paroisse ! Nous n’avons survécu qu’avec beaucoup de prières, de patience, de discussions et en mettant en place quelques règles et leurs conséquences pour les jeunes.

    Appréciation, respect et amour chrétien

    À notre grande surprise, les relations avec les jeunes se sont améliorées les mois suivants. Dans notre église, les jeunes ont découvert quelque chose qu’ils n’avaient jamais connu jusque là : appréciation, respect et amour chrétien. Les responsables de la ville ont été surpris de voir combien le comportement de ces jeunes avait changé.

    Grâce à l’expérience avec le club de jeunes, nous étions prêts à accueillir à bras ouverts les réfugiés et les demandeurs d’asile venant à l’église pour trouver aide et amitié. Leur religion nous est vraiment étrangère. C’est difficile d’entendre ce qu’ils ont vécu pendant leur exil, fuyant la guerre et la terreur. Mais d’autre part, c’est difficile aussi pour eux de s’installer dans un pays complètement nouveau avec leurs expériences traumatiques. Ils nous disent souvent que ce ne sont pas nos paroles qui les attirent à l’église, mais l’amour chaleureux et l’attention qu’ils reçoivent.

    Cet amour a ouvert leur cœur pour en savoir plus sur ce Jésus dont nous parlons. Nous avons donc commencé un groupe d’étude biblique en farsi, et plus tard un autre en arabe. Quand des membres de ces groupes trouvent la foi dans le Dieu vivant et sont baptisés, nous savons qu’ils apportent des changements dans notre église.

    De toutes les nations et langues

    Lorsque le premier frère iranien a été baptisé, ce n’est pas passé inaperçu ! Quand il est sorti de l’eau, ses amis persans ont éclaté en un tonnerre de jubilation qui a rendu le reste de l’assemblée muet de surprise. Mais quand nous avons réalisé que nous étions témoins de la réalisation de la promesse de Dieu : que les gens ‘de toutes nations, tribus, peuples et langues’ feront partie de son royaume (Ap 7:9), tout le monde s’y est joint !

    Nous avons aussi découvert que c’est une bénédiction que nos caractéristiques allemandes typiques, telles que la ponctualité et l’ordre, soient complétées par des caractéristiques étrangères, telles que la spontanéité et l’hospitalité. Bien que l’hospitalité soit censée être l’apanage des chrétiens, nous apprenons beaucoup des immigrés de l’Est. Ils semblent toujours avoir le temps de causer et de boire une tasse de thé. Leurs porte et leurs table sont toujours ouvertes aux autres.

    S’investir dans l’accueil des étrangers demande du courage, parce que nous devons sortir de notre zone de confort. Mais ce que nous apprenons en vivant ainsi est impossible à décrire. Les rencontres avec mes nouveaux amis du monde entier ont tellement changé ma vie, que je ne peux imaginer ce qu’elle était quand ils n’en faisaient pas encore partie.

    —Walter Jakobeit est pasteur de l’Evangelische Freikirche Mennonitische Brüdergemeinde de Neuwied (Allemagne), église Frères mennonites. Il est président de la AMBD (Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Brüdergemeinden Deutschland), une union d’églises devenue membre de la CMM lors au Conseil Général de la CMM en 2015.

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  • Hospitalité : Que signifie offrir l’hospitalité en tant que disciples du Christ ?

    En septembre 2015, des photographies choquantes publiées dans les médias ont sensibilisé le monde occidental à la crise des réfugiés. Consciente de l’importance de cette question, la communion anabaptiste mondiale propose les réflexions suivantes sur le sens de l’accueil de l’étranger, spécialement lorsque des personnes d’une origine religieuse différente de la nôtre s’installent dans notre quartier.

    L’édition d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Le cœur d’un étranger

    J’ai entendu un nouvel arrivé au Canada décrire son soulagement d’avoir été accueilli dans une communauté d’église composée d’autres immigrants récents, après une longue période de dépaysement. Ses paroles sont restés gravées dans ma mémoire :

    Ils savaient comment accueillir un étranger parce qu’ils avaient eux-mêmes le cœur d’un étranger.

    En d’autres termes, ceux qui ont fait personnellement l’expérience d’être étrangers : le désespoir et la solitude quand on est séparé de tout ce qui est familier et de tout ce qui donne sens, la sécurité et la stabilité, la frustration ne pas pouvoir parler la langue du pays, le désir si fort de contact physique, ceux-là ont le cœur d’un étranger. Ils ont un cœur prêt à faire de la place à d’autres.

    Choisir l’étrangeté

    Et pourtant, l’expérience d’être ‘étranger’ au vrai sens du terme est inconnue pour beaucoup d’entre nous. Certains ont connu le malaise de se trouver dans des contextes non familiers, mais choisis. Cependant, ce sont d’abord des inconvénients causés par les choix que nous a permis notre situation de privilégié. D’autres n’ont même jamais eu le luxe d’être un ‘étranger’ parce qu’ils n’ont jamais pu voyager loin de leur lieu de naissance.

    Mais combien d’entre nous ont été chassés vers de lointains rivages par la violence, l’instabilité politique et la pauvreté ? Sommes-nous jamais arrivés dans un pays inconnu avec presque rien, sans parler la langue du pays et survivant à un passé traumatique ? Nous sommes-nous aventurés dans des lieux où peu de gens nous ressemblent ou s’expriment comme nous ? Où les coutumes sont incompréhensibles, les valeurs impénétrables ? Combien d’entre nous ont été étrangers de manière assez profonde pour nous donner ‘un cœur d’étranger’ ?

    Alors, comment avoir ‘un cœur d’étranger’ dans notre contexte culturel actuel, alors que tant de discours entre les chrétiens (et d’autres) se polarisent sur la crise des réfugiés syriens et ce qu’il faudrait faire ? Il y a tellement de peur et de soupçons, d’expressions de colère mal informée, de rejet impulsif, tant de bras se refermant pour se protéger plutôt que pour accueillir… Comment aller au-delà de ces réponses réflexes ?

    Mémoire et imagination

    Se pourrait-il qu’il nous suffise de regarder quelques générations en arrière et de se souvenir que la quasi-totalité d’entre nous ont dans leur passé une histoire similaire ? Notre refus d’accueillir l’étranger pourrait-il être dû en partie, au fait que nos cœurs ont oublié ou n’ont jamais développé leur capacité de se mettre dans la peau d’un étranger ?

    Notre principal problème n’est peut-être qu’un manque de mémoire ou d’imagination – l’incapacité de se rappeler ce que c’est d’être ‘l’autre’ qui aspire à être accueilli, ou même d’imaginer cette possibilité ? Notre cœur pourrait-il devenir un cœur d’étranger simplement en choisissant de se souvenir et d’imaginer ?

    Dans les textes hébraïques, le commandement divin de prendre soin de l’étranger est directement lié au fait que le peuple d’Israël a aussi été étranger (Dt 10:19). Dans l’Évangile de Matthieu, Jésus résume toute la Loi et les Prophètes – et ‘tout’ est un mot plutôt vaste, il convient de s’en souvenir – par la simple formule ‘Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-mêmes pour eux : c’est la Loi et les Prophètes’ (Mt 22:40). Le premier commandement nous exhorte à avoir une meilleure mémoire, le deuxième à avoir une meilleure imagination. Nous avons besoin des deux pour créer en nous un ‘cœur meilleur’. Et lorsque nous commençons à faire cela, mieux se souvenir et mieux imaginer, il devient plus facile d’aller vers l’étranger.

    L’assemblée dont je fais partie accueille neuf personnes venant de Syrie. Avec la communauté où nous vivons, nous avons passé des mois à préparer leur arrivée. Nous avons obtenu une maison, l’avons repeinte, acheté de la nourriture, des vêtements et des jouets. Nous avons développé des liens avec d’autres personnes dans notre communauté : autres églises chrétiennes, des gens de l’université, un groupe de médecins locaux et des membres de la communauté musulmane locale. Nous avons eu l’occasion de partager des repas avec les familles syriennes vivant déjà à Lethbridge, d’avoir des cours de cuisine spontanés (!) et des soirées culturelles très riches. Nous avons de nouveaux amis.

    Nous avons essayé de créer en nous un cœur d’étranger. Et ce faisant, nous avons découvert que ce n’est pas si difficile, si nous sommes prêts à nous souvenir et à imaginer…

    Ryan Dueck est pasteur de Lethbridge Mennonite Church en Alberta (Canada). La paroisse fait partie d’un groupe d’action sociale locale œcuménique qui parraine deux familles de réfugiés syriens venant s’installer à Lethbridge. Il blogue régulièrement à ryandueck.com et participe à Wondering Fair, ‘un café en ligne’ pour discuter des questions de foi.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier

  • Hospitalité : Que signifie offrir l’hospitalité en tant que disciples du Christ ?

    En septembre 2015, des photographies choquantes publiées dans les médias ont sensibilisé le monde occidental à la crise des réfugiés. Consciente de l’importance de cette question, la communion anabaptiste mondiale propose les réflexions suivantes sur le sens de l’accueil de l’étranger, spécialement lorsque des personnes d’une origine religieuse différente de la nôtre s’installent dans notre quartier.

    L’édition d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    L’hospitalité transforme

    L’histoire de Deymaand

    Fin 1970, pendant la période de l’histoire de l’Inde appelée État d’Urgence (lorsque les libertés démocratiques étaient suspendues), Deymaand, 18 ans, décida de se faire baptiser dans une église mennonite locale. Comme sa famille pratiquait une autre religion, elle s’est opposée à sa décision d’adopter la foi chrétienne. Mais Deymaand refusa de faire marche arrière et sa famille le rejeta. Deymaand décida alors de quitter son village, ce qui provoqua un rassemblement de foule. En raison de l’instabilité politique en Inde à cette période, Deymaand fut immédiatement arrêté pour éviter tout incident, et emmené à Rajnandgaon pour y être emprisonné. Un mois plus tard, l’agitation dans le village s’étant calmée, Deymaand fut libéré de prison, mais on lui ordonna de ne plus revenir dans le village.

    Désavoué par sa famille, Deymaand n’avait nulle part où aller et ne connaissait personne qui puisse le loger. Cependant le pasteur de l’assemblée mennonite de Rajnandgaon (MCR) accueillit Deymaand dans l’église et dans sa famille, comme un de ses propres fils. Deymaand décida de poursuivre des études de théologie à l’Union Biblical Seminary de Yeotmal. Il continua ensuite à servir le Seigneur par la prédication et l’enseignement de la Bible dans toute l’Inde. La MCR a soutenu Deymaand dans sa foi au Seigneur Jésus alors que sa vie et toute la paroisse étaient en danger.

    L’histoire de Sarika

    En 1990, sous la direction du pasteur Theo Philus Singh, la MCR a commencé un programme de sensibilisation dans l’État du Maharashtra, implantant de nouvelles églises dans les villages. Cette action a provoqué des réactions d’opposition et de persécution de la part des extrémistes. Les membres des églises nouvellement formées se rendaient souvent chez les membres de la MCR pour être encouragés et édifiés. L’accueil des nouveaux croyants dans leurs maisons a été connue, et a mis en danger les membres de la MCR, qui ont aussi été menacés par les fanatiques. Malgré cette opposition, ils ont rendu visite aux nouvelles églises et répondu à leurs besoins.

    Un jeune homme de la MCR avait épousé une jeune femme nommée Sarika*. Avec le temps, Sarika s’est rendu compte que son mari était alcoolique. Elle a été victime de violences physiques chez elle. Lorsqu’elle n’a plus pu supporter ces violences, Sarika a parlé au groupe de femmes de la MCR. Le conseil de l’église fit tout ce qu’il put pour réconcilier le couple, mais ses efforts furent vains. Le groupe de femmes aida alors Sarika et sa fille de neuf ans à fuir le mari violent. Elles reçurent Sarika et sa fille chez elles et les protégèrent. Elles offrirent un soutien spirituel, moral et financier.

    Aujourd’hui, 15 ans après, la fille de Sarika a reçu une bonne éducation, et elle est infirmière dans un hôpital réputé. Sarika témoigne que la MCR l’a reçue quand elle était une étrangère et l’a aidée quand elle en avait besoin. Elle est reconnaissante envers le groupe de femmes pour tout ce qu’elles ont fait pour la protéger et l’aider à s’en sortir.

    Hospitalité et évangélisation

    Ce ne sont que deux histoires parmi tant d’autres, des histoires de mennonites qui ont su tendre la main et accueillir des étrangers chez eux. Non seulement, ces actes ont transformé la vie de l’assemblée, mais ont aussi transformé la vie de beaucoup d’autres. Pour nous, l’hospitalité ce n’est pas seulement offrir de la nourriture et de l’eau à des étrangers, puis les laisser poursuivre leur chemin, mais être prêt à cheminer avec eux, jusque dans la vie quotidienne.

    Nous avons finalement compris que l’hospitalité fait partie intégrante de l’évangélisation. Si nous ne faisons pas de place dans nos propres vies pour les autres, nous ne pouvons pas les amener à faire de la place pour le Christ dans leur vie. Accueillir les autres n’est jamais facile, car cela perturbe notre vie.

    L’hospitalité, dans le contexte de l’évangélisation, remet en cause notre identité d’église. Recevoir des personnes ayant une autre religion rend plus difficile notre lutte pour ne pas se laisser influencer par les rites, les rituels et les traditions d’autres religions. Cette expérience nous apprend combien il est important d’être solidement enracinés dans le Seigneur, unis dans l’église et savoir discerner le bien du mal.

    L’union de l’Église mennonite d’Inde (MCI) a pratiqué l’hospitalité dès ses débuts. Chacune d’entre elles a des témoignages à apporter. Ma propre paroisse est reconnaissante à Dieu pour les nombreux privilèges que nous ont apportés les étrangers que nous avons reçus et aidés de diverses manières. Faire partie de cette église a été formateur et a contribué à transformer ma compréhension de l’hospitalité.

    Elisabeth Kunjam, d’abord membre de l’Église mennonite d’Inde, est devenue membre du Conseil d’administration des Églises des Frères mennonites d’Inde en 2005, après avoir épousé Frank Sanjay. Elle est membre de la Commission Diacres de la CMM. Elle est également coordinatrice des théologiennes anabaptistes d’Asie (TTAWA), une association qui a démarré grâce à la Commission Diacres en 2012.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier

    Elisabeth Kunjam
  • Walter Jakobeit headshot
  • Explorer nos engagements communs

    Un des engagements de notre communion mondiale d’églises anabaptistes est de se retrouver régulièrement pour le culte. Cependant, de par notre immense diversité, cet engagement se manifeste de manières très différentes. Dans le numéro d’octobre 2013, des responsables de notre communion décrivent différentes formes de culte anabaptistes : aspects visuel et sonore, difficultés et bénédictions.

    Résister au culte du ‘Royaume magique’ nord-américain

    Dans son livre inachevé Believing Is Only the Beginning (Thomas Nelson Publishers, 2013), Rich Stearns pose la question : “Ê quoi ressemblerions-nous si nous étions nés et avions grandi dans le parc du Royaume magique et que nous n’ayons jamais vu le monde extérieur ? ». Par ‘Royaume magique’, Rich Stearns se réfère au parc d’attractions Disneyland des États-Unis, construit par la Walt Disney Corporation – un lieu associé, pour beaucoup, à des personnages imaginaires, à un monde de féérie et de fantaisie.

    Nous pourrions décrire ainsi une grande partie de l’église de l’hémisphère nord. Beaucoup d’entre nous vivent dans une sorte de pays imaginaire, très loin (et peu conscients) des combats quotidiens de ceux qui vivent dans ce que Rich Stearns appelle le ‘Royaume tragique’ : le Sud (le reste du monde).

    Malgré la disparité de nos situations, le royaume de Dieu est le dénominateur commun des royaumes magique et tragique. En tant que disciples du Christ, peu importe où nous nous trouvons géographiquement, politiquement, culturellement ou économiquement, notre loyauté va au Royaume de Dieu. Nous chrétiens partageons les mêmes objectifs. Nous voulons parler d’espérance et de grâce à ceux qui nous entourent. Nous voulons construire des passerelles pour montrer que Jésus transcende les cultures et qu’il est pertinent. Dans son Royaume, la louange reflète notre conception de Dieu. Dans le royaume du monde, les actions des êtres humains suscitent une réponse de leurs dieux. Dans le Royaume céleste, les actions de Dieu suscitent la louange et l’émerveillement pour sa création.

    Nous croyants, de toutes origines, partageons une même citoyenneté, celle du Royaume de Dieu. Par conséquent, nous devrions être unis, au niveau local, national et mondial.

    C’est la vision de l’Apôtre Paul dans Éphésiens 4/4-6. Ces trois versets contiennent sept fois le mot seul – l’unité ‘verticale’ et ‘horizontale’ des chrétiens. Il n’y a qu’un seul corps, une seule espérance, une seule foi et un seul baptême (unité horizontale) parce qu’il n’y a qu’un seul Dieu : Père, Fils et Esprit, auquel nous appartenons tous (unité verticale).

    Mais comment cela se traduit-il dans la louange, surtout dans notre communauté mondiale d’églises ?

    L’unité des chrétiens traverse le temps, l’espace et les cultures. Bien que nos lieux de vie, notre style de culte et nos conceptions de l’autorité soient différents, nous devrions discerner une unité dans la diversité des expressions théologiques. Le fait de se rassembler, par exemple, est une expression commune de notre unité, quelles que soient les différences culturelles.

    L’unité des chrétiens s’exprime aussi dans la manière dont nous vivons notre citoyenneté dans le Royaume de Dieu : la contestation de l’oppression et des injustices, et les actions pour transformer les modèles égocentriques et capitalistes en s’occupant des démunis et de notre terre sont aussi une expression de notre louange.

    Malheureusement, aujourd’hui, en Amérique du Nord, nous vivons dans une culture très individualiste. Sans se soucier de leur environnement, jeunes et vieux marchent, conduisent, mangent et même dorment, enfermés dans leur propre conversation et dans diverses formes de divertissement. Notre culture du ‘Royaume magique’ nous conduit même à banaliser le culte. Ainsi que l’affirme Tom Kraeutner dans son article de 1992, ‘adorer/louer est un verbe’, “ Nous voulons tellement faire les choses ‘bien’ pour obtenir une ‘bonne’ réponse de notre entourage, que nous passons à cote de l’essentiel : Adorer/louer Dieu « .

    Utilisons notre théologie anabaptiste pour réfléchir à cette tendance. La louange est notre réponse à la Parole de Dieu et à sa création. Elle touche tous les aspects de la vie, et cette vision du monde influence nos choix en tant que disciples de Jésus. Notre accent sur la communauté et la valeur des dons de chaque personne pour le corps tout entier, est inclusif et participatif.

    Ceux d’entre nous qui vivent dans le ‘Royaume magique’ doivent reconnaître que tout ce qu’ils ont les détourne du culte. Il faut travailler beaucoup plus dur pour accorder paroles et actions. Cela m’a frappé quand j’ai comparé ces deux réflexions entendues après un culte. En Afrique, j’ai entendu : “J’aimerais que nous puissions rester et prier encore une heure. C’est si bon d’être ensemble ». En Amérique du Nord, j’ai entendu : “J’ai bien aimé le culte aujourd’hui, l’animateur du culte était super et la sono excellente. J’aimerais juste qu’ils regardent l’heure. Je suis en retard pour le déjeuner ».

    Je sais que ces commentaires sont des généralisations, et je suis reconnaissant aux nombreux Nord-Américains qui s’efforcent d’aller à contre-courant. Les ressources pour nous aider a réfléchir a qui et comment nous adorons sont abondantes. Voici quelques-unes des questions que je me pose :

    1. La forme et la fonction de notre culte reflètent-t-elles notre théologie ? Par exemple, compte tenu de notre diversité, le style ne devrait pas être un critère d’évaluation important de la forme du culte. Et pourtant, la théologie s’exprime dans le style que nous choisissons.

    2. Avons-nous exprimé toute la gamme des émotions humaines lors des cultes de l’année écoulée ? Devons-nous seulement chanter des cantiques joyeux, ou y a t-il une place pour la réflexion et la peine ? Sommes-nous tellement centrés sur un seul aspect que nous perdons la vision d’en- semble ?

    3. Notre culte exprime-t-il notre vie communautaire plutôt que l’évolution culturelle individualiste ?

    4. Sommes-nous assez créatifs pour encourager une large participation des per- sonnes présentes lorsqu’il y a des activités particulières ? L’inclusivité concerne tout le monde. Quels efforts faisons-nous pour être inclusifs ?

    5. Lorsque nous préparons nos ‘expériences’ de culte, ne nous arrive-t-il pas de trop réfléchir à ce nous allons ‘faire’ et pas assez à la vision de Dieu que nous transmettons ?

    Peut-être que, comme moi, vous avez connu des expériences particulières lors des rassemblements mondiaux de la CMM. Toutes les voix unies, qui s’élèvent et répondent à la grandeur de notre Créateur, Sauveur et Seigneur dans un culte multi-culturel, me donnent une idée du culte décrit dans le livre de l’Apocalypse. J’ai hâte de partager cet aperçu d’éternité avec mes frères et sœurs du monde entier lorsque nous nous retrouverons pour le 16e Rassemblement en 2015.

    Don McNiven (Kitchener, Ontario, Canada) est le directeur exécutif de l’International Brethren In Christ Association (IBICA), membre associe de la CMM. Il est membre du Comité de Supervision du Programme du 16e Rassemblement, et responsable des chants et des cultes.

  • Être disciple du Christ : Réflexions

    Lorsque je réfléchis à mon cheminement chrétien, un héritage précieux de mon église (Frères en Christ) est l’enseignement simple de l’obéissance du disciple du Christ. C’est un enseignement facteur de transformation, en ce qu’il demande un engagement sacrificiel et un dévouement au Christ et à sa cause.

    Le mot ‘obéissance’ signifie simplement ‘soumission à l’autorité’. C’est la volonté d’exécuter les instructions de cette autorité. C’est ainsi que les premiers anabaptistes comprenaient le discipulat. Feuilletez les pages d’un livre d’histoire sur les premiers anabaptistes et sur leurs sacrifices, et vous ne manquerez pas de remarquer que leur motivation sous-jacente était l’obéissance et la fidélité au Christ, à l’Église et aux Écritures telles qu’ils les comprenaient.

    Confesser le Christ comme Seigneur est un appel à le considérer comme la plus haute autorité dans nos vies. Par conséquent, tout ce qu’il dit doit être soigneusement accompli par ses disciples. Dans cet esprit, les premiers anabaptistes ont pris les paroles du Christ au sérieux (en particulier le Sermon sur la montagne), car ne pas le faire pourrait entraîner une grande ruine – derniers versets du sermon de Jésus (Mt 7/24-27).

    Que signifie donc être disciple du Christ ? Autrement dit, qu’est-ce que l’obéissance au Christ ?

    Une confiance qui conduit parfois à la souffrance

    La nécessité de l’obéissance est la nécessité de faire confiance à Dieu et à son Fils, Jésus-Christ. Ne pas le faire conduit potentiellement à l’idolâtrie, ce qui déplaît à Dieu. L’Ancien Testament comme le Nouveau sont émaillés de récits qui mettent l’accent sur la nécessité et l’importance de l’obéissance à Dieu et à Sa Parole.

    Étonnamment, l’obéissance à Dieu – bien que recommandée et bénie – ne conduit pas nécessairement au bonheur. En fait, elle a souvent conduit beaucoup de chrétiens à souffrir. Les premiers anabaptistes ont trouvé une source de force dans cette vérité, et ils ont persévéré. En raison de leur obéissance à Dieu, ces disciples ont souffert aux mains de ceux qui étaient opposés à la volonté de Dieu. Dans leurs souffrances, ils ont trouvé des encouragements dans les récits bibliques concernant Moïse, Elie, Daniel, Jérémie, et Shadrack, Meshack et Abednego, et surtout, dans la vie et les enseignements du Christ.

    Nos ancêtres auraient dit ‘Amen !’ aux paroles du pasteur et écrivain américain Chuck Swindoll, qui a écrit : « Lorsque vous souffrez et que vous perdez, cela ne signifie pas que vous désobéissez à Dieu. En fait, cela pourrait signifier que vous êtes au cœur de sa volonté. Le chemin de l’obéissance est souvent marqué par des moments de souffrance et de perte ».

    Mener une vie d’obéissance est un choix. Dieu ne nous contraint pas à lui obéir. Nous obéissons volontairement à Dieu en toutes circonstances, sachant que Dieu sait toujours ce qui est le mieux pour nous. Et que ce ‘mieux’ s’accomplit parfois en passant par les épreuves et les triomphes de la vie. La missionnaire Elisabeth Elliot dit : « Dieu est Dieu. Parce qu’il est Dieu, il est digne de ma confiance et de mon obéissance. Je ne trouverai le repos que dans sa sainte volonté qui est au-delà de toute compréhension ».

    C’est dans une telle vie de confiance en Dieu que l’on peut chanter en toute confiance : « Là où il me mène, je le suivrai / je vais avec lui jusqu’au bout ». En tant que disciples du Christ, nous devons comprendre que la souffrance est inévitable. Et, alors que nous ne devons pas l’accepter aveuglément, elle est pourtant un signe de vrai discipulat – de notre confiance en Dieu.

    Confiance en Dieu dans la pauvreté et l’abondance

    L’appel à l’obéissance dans l’Église a toujours été compris comme un appel à la fidélité aux Écritures ; aussi, les anabaptistes considéraient le Sermon sur la Montagne comme un guide normatif de vie avec Dieu, les uns avec les autres, avec leurs ennemis et avec les institutions telles que l’État.

    Pensez à la vie des premiers anabaptistes. La majorité d’entre eux étaient pauvres, et certains le sont devenus en raison de la persécution, conséquence de leur foi en Christ et de leur compréhension des Écritures. Il n’est pas surprenant que ces croyants aient été attirés par des passages tels que Mt 6/25-34, qui enseigne à faire confiance à Dieu qui pourvoira à tous les besoins. La survie quotidienne était réellement dans les mains de Dieu. Pour eux, Dieu était tout.

    Ces passages ont le même attrait aujourd’hui pour nos communautés qui connaissent des situations d’oppression, de conflit ou d’injustice. Pour nos frères et sœurs du monde entier dont le quotidien est fait d’incertitude, l’obéissance aux paroles du Christ n’est pas une option, c’est une marque de fidélité, une nécessité pour pouvoir persévérer.

    D’autre part, ceux qui ont le privilège d’aider les démunis par obéissance aux Écritures sont appelés à donner sans que leur main gauche sache ce que fait leur main droite. Ils sont récompensés par le Père qui voit dans le secret (Mt 6/1-4). L’obéissance signifie la fidélité aux paroles du Christ sur des questions de nature éthique. Cela demande de vérifier constamment les motivations de ses décisions et des actions qui en résultent, pour pouvoir dire avec Paul : «Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père.» (Col 3/17).

    Vivre dans la vérité sans avoir besoin de serments

    Les vrais disciples du Christ vivent dans la vérité et par la vérité. Il n’y a jamais d’excuse pour mener une vie désordonnée. La vérité doit marquer toute leur vie.

    Les premiers anabaptistes sont un exemple de vie authentique. Par exemple, ces croyants ne faisaient pas de serment. Ê cette époque, faire un serment était considéré comme l’aveu qu’un ‘oui’ n’était pas toujours un ‘oui’ et un ‘non’ pas toujours un ‘non’ (Mt 5/33-37). Les vrais chrétiens ne devraient-ils pas vivre dans la vérité tout le temps – pas seulement lorsqu’ils parlent aux représentants du gouvernement ou font des affaires ?

    Pour obéir au Christ dans un monde qui glorifiait les serments, il fallait refuser de faire des actes semblables et être prêt à en assumer les conséquences.

    Sur le chemin de l’obéissance au Christ, il y a des épines : diverses pratiques, nationales ou culturelles, dont certaines semblent inoffensives mais sont dangereuses pour la foi. En tant que chrétiens, nous ne devons jamais être naïfs. Nous devons étudier ensemble notre contexte à la lumière des Écritures et abandonner les pratiques qui nous empêchent de vivre la vérité de l’Évangile. En d’autres termes, que notre ‘oui’ soit ‘oui’ et que notre ‘non’ soit ‘non’! Notre obéissance au Christ se manifeste dans la façon dont nous répondons aux questions éthiques de notre époque.

    Un esprit d’amour, d’humilité, et non de crainte

    On ne peut parler d’obéissance chrétienne sans considérer le Christ comme notre modèle. Jésus, exprimant son obéissance à Dieu le Père, dit : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre. » (Jn 4/34). Jésus s’est soumis lui-même à l’autorité de Dieu le Père, parce qu’il l’aimait. Dans la prière sacerdotale de Jn 17/20-26, nous avons un aperçu de la relation intime de Jésus et de Dieu. Des expressions comme « comme toi, Père, tu es en moi et que je suis en toi » et « comme nous sommes un », nous montre ce qu’était leur relation. « Je t’ai connu et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître encore, afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et moi en eux » – révèle la manière dont cette intimité se manifeste dans le ministère terrestre de Jésus.

    Je veux souligner ici que l’amour entre eux était intense. Il est important de constater que Jésus obéissait à Dieu par amour non par peur ou coercition.

    Nous, nous obéissons au Christ par amour, cet intense amour que nous avons pour lui, comme le décrit cette prière puissante. Jésus était prêt à aller jusqu’au bout et à payer le prix ultime, la mort sur la croix, parce qu’il connaissait Dieu et qu’il l’aimait sans condition. L’Église de Jésus Christ aujourd’hui ne peut se démarquer qu’en reflétant la gloire de Christ, lui montrant une soumission et un amour absolu.

    En outre, cette vie d’obéissance nous demande de pratiquer une vertu très importante : l’humilité. L’hymne de Philippiens 2/5-11 nous montre le lien entre l’humilité et la véritable obéissance. Christ a eu la volonté de se défaire de sa nature divine pour devenir un être humain, un serviteur. Il a remis son autorité à celle de Dieu. Christ a écouté cette autorité supérieure afin d’effectuer la mission pour laquelle il était venu. Il a bien voulu perdre ce qui paraissait précieux et important, afin de gagner ce qu’il ne pouvait encore voir, mais qui avait une importance cosmique.

    Par conséquent, l’obéissance illustrée par le Christ se trouve (en termes romantiques) là où l’amour et l’humilité s’embrassent ! La véritable obéissance telle qu’elle est enseignée par l’Église, est la volonté de se soumettre à la Seigneurie du Christ, et, par amour pour lui et par humilité, être prêt à faire tout ce que le Seigneur nous commande de faire.

    Aimer et prier pour ses ennemis

    Jésus n’était pas embarrassé de dire : « Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements » (Jn 14/15). Par conséquent, nous devons prendre au sérieux ce commandement important – parfois difficile – donné à chaque vrai disciple du Christ : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi, je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent [‚Ķ]. Car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense allez-vous en avoir ? [‚Ķ]. Et si vous saluez seulement vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? » (Mt 5/43-44, 46, 47)

    Ces versets sont intimidants, mais très profonds. L’Église actuelle ne peut se permettre de lire ces passages sans se livrer à l’introspection ; l’Église d’autrefois faisait de même. Il n’est donc pas étonnant que notre théologie de la non-violence soit basée sur ces passages.

    On ne peut obéir au commandement de Jésus d’aimer son ennemi, et √¥ter la vie à ce supposé ennemi. Paul écrit : « Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs [ses ennemis !]. » (Rm 5/8). Dieu a tellement aimé ses ennemis – nous – qu’au lieu de nous anéantir, il nous a donné la vie par Jésus-Christ ! L’obéissance au Christ signifie que nous devons aimer ceux qui nous persécutent et, comme Dieu, souhaiter qu’ils vivent plut√¥t qu’ils meurent.

    Il nous est demandé de prier pour ceux qui nous persécutent. Beaucoup de chrétiens croient en la puissance de la prière. Beaucoup sont en mesure de dire sans y réfléchir : « La prière change les choses ». Mais souvent, les chrétiens ne sont pas prêts à prier pour leurs ennemis. Peut-être est-ce parce qu’ils savent que la prière change les choses ? Ils ont peur que Dieu pardonne à leur ennemi. Ils préfèrent le voir souffrir ou mourir ! Ou peut-être ne veulent-ils pas que Dieu ouvre les yeux de leur ennemi à la vérité et qu’il accepte son salut ? Ils ne veulent pas partager avec leur ennemi le glorieux héritage du Royaume de Dieu.

    Quand nous prions pour nos ennemis, Dieu transforme nos sentiments négatifs envers nos ennemis. Ces sentiments cultivent l’esprit de vengeance. Par conséquent, les entretenir manifeste un esprit rebelle : « Dieu, laisse-moi tranquille ! Je vais m’occuper de mes problèmes à ma façon. »

    Nous ne devrions pas être surpris que le Christ, à la fin de son enseignement sur la prière (Mt 6/5-13), fasse une déclaration forte sur le pardon : « En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes. » (Mt 6/14-15). Cet enseignement va de pair avec l’enseignement sur l’amour des ennemis et la prière pour ceux qui nous persécutent.

    Ceux qui aiment et suivent Dieu en Christ aimeront leurs ennemis jusqu’au bout – même au prix de leur propre vie. Ils prieront pour eux, espérant les voir accepter le Christ comme Seigneur et Sauveur. Ce faisant, ils pourront être « invités au festin des noces de l’agneau ! » (Ap 19/09).

    Conclusion

    C’est cet enseignement que j’appelle mon héritage. C’est mon trésor, et je cherche à le transmettre à la génération suivante afin qu’elle puisse faire de même.

    Le monde est mieux servi par une Église obéissante, des disciples du Christ engagés à renoncer à tout pour lui afin de tout gagner (de lui). Telle est notre Église quand elle réalise qu’elle a tout ce dont elle a besoin pour être une force de transformation efficace dans le monde d’aujourd’hui.

    Danisa Ndlovu

     

    Danisa Ndlovu est président de la CMM et évêque de Ibandia Labazalwane kuKristu eZimbabwe (Église Frères en Christ du Zimbabwe).

     

  • L’inégalité économique : Explorer notre engagement commun pour le shalom

    Un des engagements de notre communion mondiale d’églises anabaptistes consiste à travailler au shalom. Nous croyons à l’engagement pour la justice et au partage de nos ressources, qu’elles soient matérielles, financières ou spirituelles. Pourtant, à cause de notre immense diversité, notre engagement prend différentes formes. Dans le numéro d’avril 2014, les responsables de notre communion analysent la manière dont les anabaptistes abordent la question de l’inégalité économique, et comment nous, en tant que disciples du Christ en quête du shalom, essayons de réduire les écarts de richesse dans nos communautés.

    La main ouverte, pas la charité

    Pe Portugal est un petit pays d’environ 92 000 kilomètres carrés. Pourtant, il a toujours été fasciné par la croissance et l’expansion. Dans le passé, nous nous sommes tournés vers la mer : nous avons découvert de nouveaux pays et nous avons connu un grand développement économique. Cette époque de la découverte et de l’exploration a donné à notre pays une perspective internationale. Il n’est pas tellement exagéré de dire que le Portugal est le tout premier pays mondial.

    Mais à un certain moment, le Portugal s’est simplement arrêté. C’est surtout à cause d’un dictateur qui a ‘gelé’ notre pays, économiquement, politiquement et socialement, pendant plus de 40 ans. Cette période de stagnation a affecté la mentalité portugaise jusqu’à ce jour.

    Lorsque le Portugal s’est libéré de la dictature le 25 avril 1974, il s’attendait à entrer dans une ère de croissance. Douze ans plus tard, lorsque nous avons rejoint l’Union européenne (UE), nous en avons immédiatement vu les avantages : des infrastructures ont été construites, des emplois ont été créés et des investissements ont renforcé notre économie. Le temps était venu pour le Portugal de ‘rattraper’ le reste de l’Europe.

    Malheureusement, les politiciens ont ignoré le revers de la médaille du développement. Année après année, le gouvernement a dépassé son budget. Sa dette a tellement augmenté que, pendant l’été 2011, l’Union européenne, la Banque européenne et le Fonds monétaire international ont dû intervenir.

    Soudain, l’économie du Portugal s’est effondrée. Le taux de chômage a augmenté de 16 % (près de 20 % selon les chiffres récents). L’émigration a repris, surtout parmi les jeunes. La lutte pour la survie est redevenue une réalité.

    Les Frères mennonites portugais ont commencé à s’en rendre compte dans leur propre communauté. Nous savions qu’il nous fallait agir. Nous avons commencé par demander à nos membres d’apporter tous les dimanches quelques petites choses qui pourraient être données à ceux qui en ont besoin. En outre, ces dernières années, nous avons reçu des dons d’Allemagne, par camion, tous les 2-3 mois. Il s’agit principalement de vêtements, de matériel électroménager et de meubles, ainsi que de nourriture. Ces dons permettent d’aider les démunis de notre ville.

    Pourtant, nous voulions éviter la ‘facilité’ de faire la charité. Aussi, en octobre 2013, nous avons ouvert un magasin d’occasions, petit, mais qui se développe, grâce à l’aide de Dieu. Situé dans un quartier pauvre près de la capitale, Lisbonne, le magasin vend ce que nous recevons d’Allemagne et permet aux personnes à faible revenu d’acheter des vêtements et d’autres marchandises à un prix symbolique. Nous pensons qu’il vaut mieux que les clients paient, même très peu, plutôt que d’être assistés. Et nous avons constaté qu’en dépit de leurs problèmes financiers, ils peuvent faire des achats.

    Et si certains n’ont pas d’argent, on trouve les moyen de préserver leur dignité par l’échange : ils peuvent apporter un kilo de riz, un paquet de spaghetti ou autre chose à échanger avec ce dont ils ont besoin. Un jour, un homme sans domicile fixe de ce quartier a voulu acheter un manteau, mais il n’avait pas l’argent à ce moment-là. Nous lui avons dit qu’il pourrait payer plus tard, et nous lui avons donné le manteau. Ê la fin du mois, il est revenu au magasin pour honorer son engagement.

    Ainsi nous enseignons aux gens à être responsables, même si c’est en payant seulement des petites sommes.

    Un autre impact réel de notre petit magasin est le témoignage. Les clients sont souvent impressionnés par la façon dont nous témoignons de l’amour de Dieu. Nous avons de la littérature chrétienne gratuite pour tous ceux qui entrent, et de temps en temps, des habitants du quartier viennent à notre culte du dimanche. C’est un moyen pour eux de découvrir le Christ. Peut-être s’engageront-ils pour le Seigneur…

    Une fois par mois, nous nous réunissons avec les habitants du quartier pour un repas. C’est une occasion spéciale parce que ceux qui viennent reçoivent un repas substantiel, mais ont aussi la chance d’entendre l’Évangile pendant une quinzaine de minutes. Nous avons placé stratégiquement ce message entre le plat principal et le dessert : il y a une pause, la Parole de Dieu, et ensuite un délicieux dessert.

    Notre assemblée locale est composée de gens simples. Et pourtant, grâce à notre ADN anabaptiste – évidente dès que les Frères mennonites ont commencé leur travail au Portugal en 1984 – il est très facile de nous mobiliser pour répandre de l’amour et bénir ceux qui nous entourent. Il ne s’agit pas de faire une bonne œuvre, mais de montrer de la compassion parce que nous savons que dans le Royaume de Dieu, nous sommes tous frères et soeurs ; nous nous réunissons pour louer Dieu chaque dimanche, certains riches, et certains sans le sou, mais tous unis en Christ.

    C’est pourquoi notre communauté Frères mennonites est très engagée, heureuse de tendre la main – pas de faire la charité – pour aider ceux qui en ont besoin. Aussi nos églises grandissent, et Dieu se manifeste et change la vie des Portugais.

    José Arrais est président de l’Associação dos Irmãos Mennonitas de Portugal (Frères mennonites).

  • Quand Conrad Grebel a baptisé ses amis le 25 janvier 1525 au soir, à Zurich (Suisse), il ne pouvait imaginer que ce petit geste annonçait la naissance de la grande famille mondiale spirituelle de la Conférence Mennonite Mondiale. De Suisse, le mouvement anabaptiste s’est répandu vers le nord, en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Après la débâcle de Münster, Menno Simons a été leur ‘pasteur’, puis les mennonites ont émigré à l’est de la Prusse, et plus tard en Russie et en Ukraine. Plus tard encore, ils sont allés jusqu’en en Amérique du Nord et du Sud, et sur tous continents.

    Et partout sur le vieux continent, des mennonites sont restés. Aujourd’hui, il y a de très anciennes assemblées en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Suisse – membres de la CMM depuis le début.

    Ces vieilles églises mennonites sont porteuses de la riche histoire et tradition des anabaptistes et des mennonites des siècles passés. Pourtant, ces paroisses d’Europe occidentale passent par des moments difficiles, mais cette fois pas à cause de la persécution, mais de la sécularisation. Le nombre de membres diminue et des paroisses disparaissent car il n’y a pas suffisamment de renouvellement. Mais, bien que moins nombreuses, les assemblées restent fidèles à leur identité mennonite et anabaptiste, et accomplissent l’œuvre de Dieu, chacune dans son contexte.

    Les responsables de chaque union d’églises européenne et leurs représentants au Conseil Général de la CMM se réunissent chaque année pour discuter des développements dans leurs pays respectifs et dans la CMM. Depuis quelques années, les assemblées mennonites plus jeunes du Sud de l’Europe (Portugal, Espagne et Italie en particulier) assistent à ces rencontres, ainsi que des représentants d’Autriche et de Bavière et quelques anciennes communautés Umsiedler. Une nouvelle collaboration émerge, où les assemblées, nouvelles et séculaires apprennent les unes des autres. Les nouvelles paroisses désirent mieux connaître les racines mennonites, les anciennes sont renouvelées par la vision sur la mission, l’enthousiasme et les méthodes des plus récentes.

    Ceci a convaincu les responsables de l’importance d’intensifier les contacts entre toutes les assemblées mennonites européennes, et d’en inviter davantage, comme celles d’Ukraine et de Biélorussie. C’est pourquoi, après quelques années de discussion, ils ont décidé lors de leur réunion d’octobre 2013 à Mayence (Allemagne), d’avoir un coordonnateur mennonite européen à partir de juillet 2014. Bien que toutes les Églises n’aient pas encore décidé de leur niveau de soutien, les responsables pensent qu’il sera possible de financer ce poste au moins pour les prochaines années.

    Cette évolution est un signe d’espoir. Les communautés mennonites européennes, bien que petites, s’identifient fortement à la mission et à la tradition mennonite anabaptiste. Ensemble, qu’elles soient conservatrices ou plus libérales, évangéliques ou piétistes, elles font partie du corps mondial du Christ. En travaillant ensemble chacune avec sa propre identité, jeunes et moins jeunes assemblées apprennent les unes des autres et se soutiennent mutuellement.

    Henk Stenvers (Pays-Bas) est secrétaire de la Commission Diacres de la CMM et secrétaire général/directeur de Algemene Doopsgezinde Sociëteit (Église mennonite des Pays-Bas).

  • Le christianisme connaît un déclin rapide en Europe. En deux ou trois générations, nous sommes passés d’une culture d’apparence chrétienne, à une culture post-chrétienne. Les statistiques de la CMM indiquent que, globalement, l’évolution des vieilles églises mennonites d’Europe reflète cette tendance.

    L’Espagne constitue une exception : en moins de quarante ans, une nouvelle réalité a vu le jour sous la forme d’une présence anabaptiste florissante. Pour nous, cette croissance est l’œuvre souveraine de l’Esprit, pas de nos propres efforts, bien insuffisants.

    Nos frères et sœurs des vieilles églises mennonites européennes (celles qui sont originaires du XVIe siècle) trouvent notre existence encourageante et porteuse d’espoir. Nous, d’autre part, attachons de la valeur à leurs siècles de fidélité et nous sommes honorés quand ils nous intègrent dans les activités et les organisations à l’échelle continentale.

    Histoire

    Les mennonites ont été actifs en Espagne pour la première fois pendant la guerre civile espagnole (1936-1939), quand le Mennonite Relief Committee a envoyé des volontaires nord-américains pour nourrir les enfants des réfugiés de guerre. Ê la fin de la guerre, la victoire de la faction fasciste et de l’idéologie nationale-catholique, a mis fin à l’engagement des mennonites dans ce pays.

    Pendant les années 1970, il est devenu possible d’envoyer des missionnaires en Espagne. Après consultation avec les responsables des églises protestantes espagnoles, les missionnaires mennonites décidèrent initialement de coopérer avec eux plutôt que de créer une autre dénomination dans le pays. Les premiers missionnaires, John et Bonnie Driver, ont été appréciés pour la fraîcheur de leur message profondément biblique, aux accents anabaptistes que beaucoup de jeunes évangéliques ont trouvé particulièrement intéressants. John et Bonnie sont restés en Espagne de 10 à 15 ans, avant de retourner en Amérique du Sud, où leur longue carrière missionnaire a atteint son point culminant.

    Pendant ce temps, la première église mennonite était née à Barcelone. Les personnes qui l’ont lancée étaient venues de Bruxelles (Belgique), où ils avaient émigré, et s’étaient joint à une assemblée mennonite issue d’une mission américaine. Au début, José Luis Suárez était à la tête de ce groupe, et en a été le pasteur pendant de nombreuses années jusqu’à sa retraite.

    Pendant ces mêmes années, il s’est produit un mouvement de conversions chez les adolescents dans l’Église catholique à Burgos. Mettant l’accent sur la musique, les arts et la vie communautaire, ce mouvement a secoué toute la ville. John Driver a été l’une des nombreuses personnes invitées à parler à Burgos, et son approche de l’enseignement de Jésus a frappé l’imagination de ces jeunes chrétiens.

    Quand trois ‘anciens’ du mouvement ont fait un voyage aux États-Unis pour visiter des communautés chrétiennes radicales, ils ont rencontré Dionisio et Connie Byler (Argentine). Dionisio étudiait au séminaire mennonite d’Elkhart (Indiana), et ils ont invité sa famille à venir à Burgos pour continuer le ministère d’enseignement des Driver. Les Byler vivent à Burgos depuis 1981, soutenus par le Mennonite Mission Network. Au milieu des années 1990, le groupe, à l’origine catholique, est devenu mennonite.

    Plus tard, dans les années 1980, il y eut une brève mais intense activité missionnaire des Frères Mennonites (MB), dans la région de Madrid. Cet effort a porté quelques fruits, mais actuellement, il n’y a pas d’église MB en Espagne.

    Des missionnaires Frères en Christ d’Amérique du Nord (BIC), Bruce et Merly Bundy, vinrent à Madrid dans les années 1990, inaugurant une nouvelle ère d’influence anabaptiste dans le pays. Grâce entre autres à leurs efforts, il y a maintenant deux églises BIC dans la région de Madrid. Plus récemment, Juan et Lucy Ferreira (Venezuela) ont commencé un groupe BIC à Tenerife (Îles Canaries), rattaché aux églises BIC de Madrid.

    Au début de ce siècle, l’Organización Cristiana Amor Viviente (une union d’églises mennonites du Honduras) a envoyé Antonio et Irma Montes en mission en Espagne. De leur travail sont nées deux églises en Catalogne et un petit groupe à Madrid.

    Rencontres mennonites et Association fraternelle

    Depuis les années 1980, ces différents groupes – dispersés dans des villes éloignées les unes des autres – ont décidé de se connaître mieux et de cultiver leur identité anabaptiste mennonite. Depuis 1992, cette relation s’est approfondie lors des Encuentros mennonitas Españoles (EME), qui ont lieu tous les deux ans.

    Après quelques années, nous avons constitué une association fraternelle, appelée Anabautistas, mennonitas y Hermanos en Cristo – España (AMyHCE). Nous participons à la FEREDE, l’association des églises protestantes d’Espagne (où nous sommes reconnus comme l’une des « familles confessionnelles » du protestantisme espagnol) et à la CMM. Nous sommes uniques car toutes nos églises, avec leurs diverses connexions aux confessions anabaptistes historiques, participent à la CMM ensemble avec une représentation unique.

    Trois autres églises se sont jointes à nous. Bien qu’elles n’aient jamais eu de lien formel avec une dénomination anabaptiste à l’extérieur du pays, elles se retrouvent dans l’enseignement et la pratique de cette branche du christianisme.

    Enfin, notre identité anabaptiste/mennonite a été renforcée par les relations avec les vieilles églises mennonites européenne. En 2006, par exemple, le Congrès Mennonite Européen (CME) s’est tenu à Barcelone, réunissant les mennonites de tout le continent européen pour se soutenir mutuellement et dialoguer.

    Des caractéristiques exceptionnelles

    Comme cet aperçu historique le montre, en dépit de sa petite taille, l’une des caractéristiques de l’AMyHCE est sa grande diversité, diversité dans les liens avec les dénominations anabaptistes du monde, mais aussi diversité d’accent et de pratique. Par exemple, dans nos communautés, il est possible de trouver des pratiques pentecôtistes, mais également des doutes concernant l’émotivité. Théologiquement, il y a parmi nous des tendances fondamentalistes tout autant que libérales, mais aussi une ‘troisième voie anabaptiste’, qui explore d’autres façons de comprendre la foi chrétienne.

    Bien que peu nombreuses, nos églises n’ont pas négligé le service et les missions. Pendant des années, l’assemblée de Burgos a été connue pour son centre de réhabilitation des toxicomanes, tandis que celle de Barcelone gère des foyers pour personnes âgées et handicapés mentaux. La paroisse de Burgos a créé un foyer pour enfants au Bénin, et s’occupe des ex enfants-soldats en Côte-d’Ivoire. Ce ministère en Afrique est béni par le soutien d’autres personnes et églises.

    Depuis nos débuts dans les années 1970, nous mettons l’accent sur l’exploration biblique et théologique dans le courant mennonite ou anabaptiste. Cela s’exprime dans les ministères d’enseignement et de littérature, imprimée et sur internet. Et depuis 2010, Antonio González, pasteur de l’une des paroisses BIC, dirige avec d’autres anabaptistes un petit centre d’études théologiques, Centro Teologico Koinonia (CTK), qui cherche à former une nouvelle génération de responsables.

    Il y a d’autres accents clairement anabaptistes dans nos communautés :

    • L’assemblée locale est une famille étroitement unie qui pratique l’aide mutuelle.
    • Jésus est Enseignant et Exemple, ainsi que Sauveur et Seigneur.
    • La non-violence et l’objection au service militaire.
    • Une théologie pragmatique, plutôt que dogmatique, intéressée davantage à suivre personnellement Jésus qu’à faire des déclarations théoriques doctrinales.

    Avenir

    Cette nouvelle croissance du christianisme anabaptiste/mennonite en Espagne comporte d’importants défis. Dans les 10-15 prochaines années, la plupart des paroisses devront faire face à un relais générationnel important en matière de leadership. De nouveaux responsables se lèveront, ou viendront d’autres églises. Ces responsables de deuxième génération auront-ils une identité claire au-delà de l’identité chrétienne évangélique ? Le centre d’études CTK espère contribuer à répondre à cette question.

    En outre, le christianisme protestant en général, et anabaptiste/mennonite en particulier, en tant que christianisme non-catholique, est relativement nouveau en Espagne. Ce n’est pas un hasard s’il est arrivé précisément au moment où le peuple espagnol a commencé à reconsidérer l’ancien lien entre identité espagnole et religion catholique romaine. Mais l’affaiblissement du catholicisme ne signifie pas nécessairement l’ouverture à d’autres formes de christianisme. Il est plutôt le signe de la tendance européenne post-chrétienne à considérer l’existence humaine sous un angle profondément athée. La superstition et la crédulité sont en hausse.

    La culture dominante n’est pas nécessairement hostile au christianisme, mais elle le considère comme totalement inintéressant ou même d’un niveau primaire embarrassant. Le défi pour nos églises (et pour nos églises sœurs) est de trouver un moyen de faire jaillir l’étincelle de l’intérêt, de la curiosité et de l’engagement. C’est essentiellement un appel à une église qui déborde de vie et de la présence de l’Esprit de Dieu.

    Nous n’avons pas l’illusion de pouvoir allumer la flamme de l’intérêt, de la conviction et la passion pour le Christ avec notre propre témoignage ou nos ressources humaines. Mais bien s√ªr, nous mettons notre énergie et nos ressources dans cette direction. Nous ne vivons pas dans l’illusion que prier génère une réponse automatique de Dieu. Pourtant, nous redoublons notre engagement à prier, implorant Dieu à genoux de répandre son Esprit sur ce pays.

    En dernière analyse, cette jeune pousse de christianisme anabaptiste/mennonite en Europe partage avec les anciennes églises-sœurs d’origine anabaptiste la réalité que notre survie même – pour ne pas mentionner notre croissance – dépend absolument de la grâce de Dieu. Elle seule peut nous garantir un avenir.

    Paradoxalement, c’est précisément la raison de notre espérance, de notre confiance et de notre foi en un avenir pour nos églises.

    Dionisio Byler écrit et enseigne à la Faculté de Théologie Protestante d’El Escorial, près de Madrid. Il est secrétaire de l’AMyHCE depuis sa création.


    Être anabaptiste ou mennonite en Espagne

    Agustín Melguizo
    Pasteur, Communautés Anabaptistes Unies (Burgos)

    Certaines des exigences anabaptistes ont été acceptées par la plupart des églises évangéliques auxquelles je suis lié : p. ex. la séparation de l’Église et de l’État et le baptême des adultes. Cela implique de collaborer avec différentes églises chrétiennes, avec lesquelles nous avons des différences, mais aussi beaucoup en commun.

    Cela signifie aussi de regarder autour de nous pour apporter la lumière de Jésus à ceux qui sont ouverts, et par le témoignage personnel et communautaire, et présenter une conversion qui concerne tous les domaines de la vie, dont le discipulat.

    David Becerra
    Pasteur, Église mennonite de Barcelone

    Je suis mennonite parce qu’un jour, j’ai découvert que le message et la vie de Jésus demandent une non-violence radicale. Cette lecture de l’Évangile m’a amené à être objecteur de conscience [au service militaire].

    Je suis mennonite parce qu’un jour, le pasteur de la paroisse mennonite de Barcelone m’a surpris en s’agenouillant devant moi et en me lavant les pieds. Cela m’a montré ce qu’est la vraie autorité : servir les autres (comme un esclave).

    Dans le contexte espagnol, être mennonite, c’est comprendre et vivre l’Évangile différemment, en mettant l’accent sur le Christ et son message de réconciliation.

    Antonio González
    pasteur et théologien, BIC

    Pour moi, être anabaptiste en Espagne n’est pas un hasard biographique, mais un choix. Pendant un temps, le Seigneur m’a conduit à rechercher un modèle vrai et radical de christianisme.Ce n’était pas d’abord le choix d’une église locale ou d’une dénomination. Mon chemin avec le Seigneur (et sans lui) et ma recherche théologique m’ont amené vers la vie communautaire de Jésus et des apôtres. Beaucoup de chrétiens sans doute, aujourd’hui, cherchent à retourner à leurs origines. Toutefois, ils ont tendance à oublier certains aspects du message de Jésus, comme le pacifisme et la dimension communautaire de la foi, qui sont pour moi essentiels, même s’ils ont été oubliés par les principaux courants du christianisme occidental.