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  • « Ne pleure pas », m’a dit un membre de mon église quand j’ai perdu un parent de manière tragique. « Lis ce verset de la Bible », continua-t-elle. Cependant, je ne pouvais pas entendre ses paroles. J’avais besoin d’une personne capable de m’écouter, prête à pleurer avec moi, prête à m’accompagner pendant ces jours de profonde douleur. Je n’avais pas besoin de leçon biblique – j’avais besoin d’un(e) ami(e).

    « Je ne crois pas aux psychologues », m’a dit le pasteur d’une assemblée locale il y a quelques années. « Les gens doivent savoir obéir à la parole de Dieu plutôt que de dépendre de ce que dit quelqu’un. Donner des conseils engendre la dépendance ». Des années plus tard, j’ai entendu un membre de sa paroisse exprimer son ressentiment pour la solitude et l’abandon qu’il a ressenti pendant la phase terminale de la maladie d’un parent. Où était son pasteur dans ces moments difficiles de souffrance, d’interrogation et de désespoir ?

    Nous avons besoin de quelqu’un qui nous accompagne pendant les périodes difficiles. Nous avons besoin du soutien d’autrui quand nous connaissons des conflits, la maladie et le décès, quand nous avons des ressentiments. Nous avons besoin de la compagnie de personnes sages pour nous aider à identifier nos faiblesses et nos forces, et à en découvrir les causes. Nous avons besoin de conseils centrés sur Christ en matière de sexualité et sur la manière de gérer notre argent, et aussi de discernement dans les moments cruciaux de prise de décision dans nos vies : se marier, élever des enfants, choisir une profession, prendre sa retraite etc.

    En d’autres termes, c’est de discipulat nous avons besoin. L’accompagnement spirituel ne donne pas de conseils ni ne dit ce qu’il faut faire ou pas ; mais marcher avec les autres de manière à les aider à prendre des décisions basées sur leur engagement à suivre le Christ, c’est cela le discipulat. C’est l’imitation du Christ dans notre vie quotidienne, et pour ce faire, nous avons besoin de l’accompagnement compatissant d’autres membres de notre communauté et du soutien de personnes formées à aider à faire face à des problèmes spécifiques.

    Aujourd’hui, dans les cercles chrétiens, le discipulat a pris différents noms : coaching, thérapie, accompagnement spirituel, mentorat etc. Cela montre à quel point il est nécessaire de trouver des personnes ayant des compétences dans des domaines spécifiques du discipulat. La dépression, par exemple, ou la dyslexie sont des difficultés nécessitant une personne formée et spécialisée.

    En fait, chacun d’entre nous a la merveilleuse occasion d’accompagner les autres dans leur processus de discipulat. Même dans des moments très difficiles, nous pouvons rester proches de ceux qui souffrent, en étant compatissants sans offrir des platitudes ou des conseils. Juste écouter. De nombreuses paroisses du Sud, qui vivent dans un contexte de violence et de souffrance, apprennent à soutenir les personnes par une écoute active. Elles ont découvert le pouvoir de guérison dans le simple fait d’être présent pour les autres sans les juger. Encore une fois, la compassion est devenue l’essentiel.

    Cependant, dans le Sud, dans de nombreux endroits, le besoin de ministères spécialisés dans l’accompagnement est énorme. Comment aborder la maladie mentale ? Comment aider dans le processus de guérison de la mémoire nécessitant des compétences spécifiques ? Comment les énormes ressources du Nord peuvent-elles être partagées avec nos églises du Sud ? Je parle ici des ressources éducatives dans les domaines de l’accompagnement psychologique, de la résolution des conflits, du mentorat, de la thérapie, etc.

    Ce numéro de Courier est une humble initiative pour inviter nos églises à parler davantage de ces questions et à le faire de façon multiculturelle. Il nous faut partager nos ressources éducatives, nos expériences et nos besoins, afin de mieux répondre ensemble à notre appel au discipulat.

    Que Dieu guide nos églises dans le monde entier à marcher avec compassion, à être des communautés de guérison prenant au sérieux leur appel au discipulat.

    César García, secrétaire général de la CMM, travaille au siège social de Bogotá (Colombie).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2017 de Courier/Correo/Courrier.

  • Comment, dans notre communion mondiale, les ‘Convictions communion’ de la CMM s’expriment-elles localement dans leur magnifique variété ?

    L’édition d’octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Comment trouver des réponses dans la Bible aux questions du XXIe siècle ? 

    Comment trouver des réponses dans la Bible aux questions du XXIe siècle ? C’est un véritable défi ! Certaines parties du message de la Bible sont très claires, et valides en tous temps. Mais parce que notre monde est en perpétuel changement, certaines questions propres au XXIe siècle nous obligent à en réévaluer d’autres parties. Comment, alors, savoir quand nous accrocher à des convictions antérieures ou quand il est temps de nous ouvrir à de nouvelles idées et pratiques ?

    Dans notre église locale, entre 2010 et 2012, nous voulions trouver des réponses à cette question concernant les thèmes de la sexualité et du mariage, et tout particulièrement les rapports sexuels avant le mariage. Ce n’est pas la seule question éthique, et bien sûr, pas la plus importante ! Mais elle concerne toutes les générations, sinon directement, au moins dans la famille plus large (l’Église).

    Étudier ensemble la Bible

    Nous savions bien que les positions et les opinions des uns et des autres varient beaucoup. Est-ce que chacun devrait simplement faire ce qu’il veut ? Ou alors, la Bible peut-elle indiquer une direction ? Les membres plus âgés espéraient que ce processus amènerait les jeunes à savoir clairement ce qui est juste. D’autres (ou des amis de leur âge), sur qui une stricte discipline ecclésiastique avait été exercée dans le passé, se sont inquiétés, se demandant si cela allait se répéter. Ce processus a donc dû commencer très prudemment. Nous avons été très heureux de voir une centaine de personnes de différentes générations se joindre au processus, faisant confiance au Saint-Esprit pour cette exploration commune. Nous avons procédé par étapes :

    1. D’abord l’étude de la Bible – personnellement et en petits groupes. Un chapitre du livre de Tim Geddert a été très utile All Right Now: ‘Dieu parle par la Bible – pourquoi entendons-nous des choses si différentes ?’
    2. Le premier soir, nous avons parlé de nos espoirs et de nos craintes, d’herméneutique, des changements culturels, et nous avons discuté des étapes prévues. Notre objectif était qu’à la fin de ce processus, nous puissions discerner ensemble ce que nous considérions comme non-négociable, et ce qui était du ressort de la liberté individuelle.
    3. Les deux soirs suivants, nous avons invité un orateur extérieur pour nous aider à avoir une meilleure compréhension des fondements bibliques sur le sexe et le mariage, et leurs implications pour notre mode de vie. Le principal résultat a été que la sexualité doit être ancrée dans une relation d’amour et à vie, caractérisée par l’unité, l’exclusivité et la stabilité.
    4. Le quatrième soir était très important, parce que c’était le moment de découvrir où nous en étions après tout ce qui avait été entendu et dit. Qu’estce qui est important pour nous ? Quels aspects de la sexualité et du mariage sont ouverts à l’interprétation personnelle et quels sont ceux qui regardent la communauté (ce n’est pas seulement une question privée) ?

    Pour le savoir, nous avons tracé une ligne et nous avons demandé à chacun de se placer sur cette ligne selon son point de vue. Notre langage corporel exprimait notre volonté de faire face à ceux avec qui nous n’étions pas d’accord ou de nous en détourner. Nous avons encouragé chacun à faire de brèves déclarations, comme « Je suis à cet endroit parce que … » La plupart d’entre nous faisions face aux autres – malgré les différences d’opinions. Nous formions un large éventail, mais nous nous sommes tous retrouvés sous la croix qui se trouve sur le mur [de l’église].

    Unis malgré nos différences

    Dans les semaines qui ont suivi, nous avons consigné les idées importantes ; elles ont été discutées à nouveau avec les anciens et les prédicateurs qui n’étaient pas tous d’accord, mais qui étaient unis pour les présenter et en discuter avec la paroisse. Une nette majorité était d’accord et a accepté le document comme guide. Ce n’est pas un document doctrinal. Il n’y a pas de réponses toutes faites à la question : « Jusqu’où un couple amoureux peut-il aller ? » mais il présente un aperçu de notre processus. Quelquefois, des responsables d’autres églises nous demandent ce guide, mais nous ne sommes pas sûrs qu’il soit bon de le faire circuler, parce que le processus est tellement important.

    Chaque église locale doit passer elle-même par ce processus. Il ne sert pas à grand-chose d’adapter les résultats des autres sans ce processus. Regardant en arrière, nous avons beaucoup de raisons d’être reconnaissants, mais nous ne voulons pas cacher les expériences douloureuses ; ce mode de transformation dans la vie de l’église a été difficile. Nous n’avons pas vécu ce que nous affirmions. Des personnes ont été blessées, et il y a toujours une certaine tension.

    Cela nous maintient humbles, car il est plus facile de parler du côté positif que du côté sombre de la vie. Mais nous faisons l’expérience des deux dans l’église locale. Comme l’affirment les premiers mots des Convictions Communes : ‘Par la grâce de Dieu …’, nous allons de l’avant, mettant l’accent sur la grande vision du shalom. Riches de cette expérience, nous abordons maintenant un nouveau défi : parler de l’argent, de la richesse et des dons/ offrandes.

    Je suis sûr qu’à l’avenir, nous serons confrontés à d’autres questions éthiques. Ê chaque fois, notre point de départ est la Bible, dont ‘nous reconnaissons [qu’elle] fait autorité pour nous en matière de foi et de vie ; nous l’interprétons ensemble sous la direction de l’Esprit Saint’. Et cela signifie que nous apprenons toute notre vie, que nous n’avons pas toutes les réponses instantanément, mais que nous les cherchons ensemble.

    Emanuel Neufeld est pasteur de l’église Evangelische Mennonitengemeinde Schänzli en Muttenz (Suisse).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier 

  • Églises mennonites d’Afrique orientale

    « Dans l’expérience religieuse traditionnelle africaine, l’expression de la foi n’a jamais été comprise en termes universels », écrit Alemu Checole, assisté de Samuel Asefa, dans ‘Rythmes anabaptistes en Afrique’ (Collection Histoire Mennonite Mondiale). «Croyances et pratiques varient d’un lieu à l’autre, d’une tribu à l’autre. L’expression religieuse a toujours été comprise comme une expression de la foi luo, maasai, turkana, ou zanaki.

    « Cependant, les chrétiens africains ont accepté le christianisme parce qu’ils y ont vu un nouveau mode de vie, bien meilleur que leur mode de vie traditionnel. Par exemple, l’espérance de la vie éternelle, l’assurance du pardon des péchés, la paix et la réconciliation entre Dieu et l’humanité, leur donnent un sentiment de sécurité. La nouvelle alliance scellée par le sang du Christ les a unis dans une nouvelle communauté universelle spirituelle ».

    Dans les années 1930, Elam et Elizabeth Stauffer, et John et Ruth Moseman ont été parmi les premiers missionnaires mennonites à aller en Tanzanie (autrefois le Tanganyika) pour implanter des églises dans la région. Zedekiah Kisare, un jeune chrétien africain, était leur interprète pour les cultes.

    Des stations missionnaires ont été établies à Bukiroba, Mugango, Bumangi et Nyabasi, parmi les tribus de la région.

    Outre le partage de l’Évangile et l’implantation d’assemblées locales, une école fut construite dans chaque poste missionnaire, plusieurs hôpitaux et cliniques locales furent mis en place, et les missionnaires ont ouvert un home pour filles.

    En 1942, il y eut réveil. Lancé par un évangéliste africain, le réveil a balayé la région. « Dans l’ensemble, cette vague de réveil a touché une grande diversité de personnes de l’Afrique de l’Est. », écrivent Alemu et Samuel. « Il a créé l’unité entre les missionnaires et les Africains, et a favorisé la bonne entente et la compréhension entre les deux races. »

    Les pays d’Afrique de l’Est devinrent peu à peu indépendants du régime colonial ; il y eut une période de transition pour les missionnaires lorsque les Africains eurent accès aux responsabilités dans un cadre africain.

    En 1948, les missionnaires mennonites en Tanzanie ont discuté du développement d’une église mennonite africaine indigène avec une organisation basée sur trois ministères : évêque, pasteur et diacre.

    En 1950, les hommes ayant été prédicateurs laïcs pendant plus de 15 ans ont été ordonnés ; ils fûrent habilités à baptiser, présider la Cène et célébrer les mariages. Ezekiel Muganda, Andrea Mabeba, Zedekiah Kisare et Nashon Kawira Nyambok furent ordonnés pasteurs.

    « Le sentiment d’unité dans l’Esprit, la joie et la satisfaction de trouver des pasteurs du pays, a suscité un grand intérêt pour l’évangélisation », écrivent Alemu et Samuel. Malgré les nombreuses difficultés rencontrées par les évangélistes lorsqu’ils se déplaçaient d’un endroit à l’autre, leur ministère a produit des conversions.

    Photo: Margaret Kisare

    Lorsque la Tanzanie a obtenu son indépendance en 1961, les responsables des églises ont dû faire face à la question du nationalisme.

    Les paroisses prirent conscience de l’importance d’inculquer le sens des responsabilités à leur jeunesse. La Tanganyikan Mennonite Church Youth League a été mise en place, avec Daniel Matoka à sa tête, aidé par Shemaya Magati. Les activités des jeunes comprenaient le nettoyage de l’église, la collecte des offrandes et la participation aux programmes de l’école du dimanche, au chant et au jardinage.

    En 1964, l’Église mennonite a choisi son premier évêque tanzanien : Zedekiah Kisare, de la tribu luo. Des tensions entre tribus bantoues ont fait surface, mais leur candidat, Ezéchiel Muganda, a choisi la paix plutôt que de remettre en question les autorités, et Kisare fut ordonné en 1967, juste au moment où le socialisme était proclamé dans le pays.

    La frontière politique entre le Kenya et la Tanzanie passe à travers des zones tribales. En 1942, Ogwada Okach et Nikanor Dhaje se sentirent appelés à la traverser pour se rendre au Kenya proclamer l’évangile. Ils ont été les premiers évangélistes mennonites de Tanzanie à voyager à travers le Kenya pour créer et développer des groupes chrétiens à Bande, Nyangwaye et d’autres endroits. Dès le début, l’Église mennonite du Kenya a été « un mouvement populaire de ruraux pauvres », écrit Philip E. Okeyo dans ‘Forward in Faith’.

    Le Kenya est devenu un État indépendant en 1963. En 1965, le gouvernement a accepté la quatrième pétition envoyée par les mennonites demandant à être reconnus comme Église. Cependant, elle a continué à faire partie de l’Église de Tanzanie jusqu’en 1977, quand l’évêque Kisare a mis en place une structure pour le Kenya, en collaboration avec des pasteurs.

    En 1980, Eastleigh Fellowship Centre a ouvert ses portes à Nairobi. Ce centre communautaire comporte une bibliothèque, des salles de classe et des espaces sportifs. Il constitue ‘un témoignage et une présence chrétienne ; il donne l’occasion de conversations entre les différentes communautés religieuses, propose des loisirs constructifs et de l’aide pour les familles et les étudiants à faible revenu, améliorant ainsi leur qualité de vie’, écrivent Alemu et Samuel. Bien que les églises mennonites kenyanes aient traversé des conflits internes, ce centre leur a donné la réputation de travailler à la paix et à de bonnes relations avec les musulmans.

    En Tanzanie, les convictions mennonites sur la non-résistance ont été mises à l’épreuve par la guerre de 1978 avec l’Ouganda. Certains membres de l’église ont rejoint l’armée, mais d’autres, comme Christopher Ndege, sont restés fermes sur leurs convictions religieuses de non-résistance en dépit d’une injonction judiciaire.

    Ê cette époque, l’église, qui s’était agrandie, a élu le pasteur Ezéchias N. Saria, comme évêque pour le second diocèse. Pendant son mandat, des tensions sont apparues entre régions et entre tribus. Il y a alors eu « une sorte de stagnation dans la croissance de l’église » et une « malnutrition spirituelle » écrivent Alemu et Samuel. Maintenant, de nouveaux responsables « cherchent à apporter la paix et la réconciliation dans la KMT ».

    Comme pour le Kenya, malgré les difficultés de la croissance « une église démarrée dans un village où vivait une seule communauté ethnique s’est étendue à d’autres tribus, comme les Kikuyu, les Luhya, les Mijikenda, les Nandi, les Massaï, les Somali, et d’autres, jusqu’en Ouganda », écrit Philip E. Okeyo dans ‘Forward in Faith’.

    « L’Évangile transcende toutes les cultures et devrait remettre en question notre héritage culturel, quel qu’il soit . En raison de la merveilleuse œuvre de Jésus-Christ, des millions de chrétiens d’Afrique vivent dans l’espoir, la foi et la joie. Par Jésus la puissance de la mort est vaincue ; la victoire est certaine parce que Jésus est Seigneur. L’Évangile est la Bonne Nouvelle pour la personne tout entière » écrivent Checole et Asefa.

    —Karla Braun est rédactrice de COURRIER pour la Conférence Mennonite Mondiale. Elle vit à Winnipeg (Canada).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier 

     

    Le saviez-vous ?

    Le Kenya a plus de 40 millions d’habitants.

    Sa population est constituée de 80 % de chrétiens, 7 % de musulmans, 13 % sont membres de religions africaines et d’autres groupes plus petits comme les hindous.

    La Tanzanie a plus de 50 millions d’habitants.

    Environ 70 % des habitants de Tanzanie sont ruraux.

    Pour en savoir plus sur les églises mennonites d’Afrique :

    Rythmes anabaptistes en Afrique’ Projet d’Histoire Mennonite Mondiale 1. Lapp, John A. et C. Arnold Snyder, gen. eds. Kitchener, ON : Pandora Press, 2006.
     
    Forward in Faith: History of the Kenya Mennonite Church, A Seventy-Year Journey’, 1.942 à 2.012. Ojwang, Francis S. ed. Nairobi: Église mennonite du Kenya, 2015.
     
    ‘Kanisa la Mennonite Tanzania’. » Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online. Stauffer, Elam W. et Mahlon M. Hess. 1987. Web. gameo.org
     
    ‘Kenya Mennonite Church’. Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online. Hess, Mahlon M. 1987. Web. gameo.org/
     

    Union d’Églises mennonites du Kenya

    Brethren in Christ Church Kenya Conference
    Membres 4 900
    Paroisses 25
    Siège Nakuru
    Président Samuel Muriithi (évêque)

    Christian Believers Fellowship (Beachy Amish Church)
    Membres 693
    Paroisses 16
    Siège Kisumu
    Président Marlin Stoltzfus (évêque senior)
    Christian Church International
    Membres 19 640
    Paroisses 320
    Siège Madaraka, Thika, Central
    Président Joseph Mburu Kamiri (évêque)

    Church of God in Christ, Mennonite
    Membres 139
    Paroisses 9
    * Kenya Mennonite Church
    Membres 11.800
    Paroisses 142
    Siège Nango
    Président Philip E. Okeyo (évêque modérateur)
    Unions d’Églises mennonites de Tanzanie
    * Kenya Mennonite Church
    Membres 11.800
    Paroisses 142
    Siège Nango
    Président Philip E. Okeyo (évêque modérateur)
    * Indique l’adhésion à la CMM
    Source: Répertoire mondial de la CMM 2015

     

  • Le profil anabaptiste Mondial recueille des données sur la famille de la CMM du monde entier

    Les résultats du récent Profil Anabaptiste Mondial (GAP), une vaste enquête de trois ans portant sur 24 unions d’églises membres de la Conférence Mennonite Mondiale (CMM), sont une source de joie : l’Église grandit et l’Évangile se répand ! Et les églises du Sud en sont les principaux témoins. Bien que l’enquête confirme ce que beaucoup d’entre nous savions déjà – que la croissance de la CMM se produit essentiellement en Amérique latine, en Afrique et en Asie – l’ampleur sans précédent du GAP apporte de nouvelles informations et données démographiques sur l’identité et les pratiques, offrant un niveau d’analyse qui sera utile aux églises du Nord tout autant qu’à celles du Sud pendant très longtemps.

    Les unions d’églises qui ont participé au GAP bénéficient déjà des résultats de l’enquête grâce à ces nouveaux outils et à ces nouvelles idées utiles à leurs ministères. « Beaucoup de ces informations sont très précieuses pour nous », a déclaré un assistant de recherche, Reynaldo Vallecillo de Amor Viviente (Honduras). « Elles nous aident à voir nos besoins, en particulier dans le domaine de l’enseignement. »

    Tigist Gelagle de Kristos Meserete Church, assistante de recherche en Éthiopie, est d’accord : « Le contexte culturel est important, mais notre contexte comprend également nos racines anabaptistes. C’est cela que nous voulons dire à nos églises ».

    Parrainé par l’Institute for the Study of Global Anabaptism, le GAP donne aux responsables d’églises la description la plus complète des églises membres de la CMM à ce jour. 24 unions d’églises membres de la CMM des cinq continents ont été sélectionnées pour participer au profil. Dans chacune d’elles, les responsables ont nommé un assistant de recherche pour mener l’enquête. 

    En 2013, ces assistants ont rencontré les directeurs du GAP, John D. Roth (Goshen College, Indiana) et Conrad Kanagy (Elizabethtown College, Pennsylvanie) pour définir leur méthode de recherche. Ils ont élaboré une grande partie du questionnaire, organisé autour des sept Convictions Communes de la CMM, avec des questions supplémentaires sur la démographie, ainsi que sur les croyances et les pratiques spécifiques. Le questionnaire final a ensuite été traduit de l’anglais en 26 langues, puis retraduit en anglais à des fins de comparaison et de précision.

    Les assistants de recherche ont commencé leur travail en 2013, en se rendant généralement eux-mêmes dans les paroisses sélectionnées pour expliquer en quoi consiste le GAP, organiser l’enquête et mener les entretiens. Parfois les assemblées locales étaient relativement proches les unes des autres, ou pouvaient être atteintes par courriel. Mais quelquefois, comme avec la Communauté Mennonite au Congo et la Communauté des Églises des Frères Mennonites au Congo, il fallait traverser des rivières à gué et passer de longues périodes loin de chez soi.

    Ils se sont retrouvés de nouveau en 2015 pour partager leurs expériences et les premiers résultats. Pendant l’année écoulée, Conrad Kanagy (qui a une vaste expérience de réalisation d’autres profils d’églises) a fait une analyse des données composites de toutes les unions d’églises participantes. Le profil résultant est basé sur 18 299 personnes représentant 403 paroisses.

    « [Le GAP] est un travail énorme », a déclaré Conrad Kanagy. «  C’est grâce à Dieu et aux efforts fantastiques de beaucoup que ce travail a pu être réalisé en trois ans.»

    Qui sont les églises membres de la CMM ?

    Les conclusions du GAP, qui seront publiés à la fin de l’année, identifient des points communs importants de l’église mondiale, tout en soulignant des différences majeures. Dans l’ensemble, l’enquête a révélé que les différences entre les églises du Nord (Amérique du Nord et Europe) et celles du Sud (Amérique latine, Afrique et Asie) sont plus importantes que les différences liées à l’appartenance confessionnelle.

    •  L’âge moyen d’un répondant à l’enquête du GAP est de 46 ans. Il y a cependant des variations importantes entre continents ; les membres d’assemblées locales d’Amérique du Nord et d’Europe ont en moyenne près de 10 ans de plus que ceux d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine. En outre, 54 % des membres des pays du Sud ont entre 18 et 45 ans. Le nombre de membres dans cette tranche d’âge permet d’envisager une croissance future de l’église, puisque c’est l’âge où les gens ont des enfants. Dans les pays du Nord, seulement 34 % des membres sont en âge de procréer.
    • Ê l’échelle mondiale, un nombre égal d’hommes et de femmes ont répondu ; ce sont plus souvent des femmes en Amérique latine et en Europe, et plus souvent des hommes en Afrique et en Asie. En Afrique, cependant, ces taux sont probablement affectés par le taux d’analphabétisme plus élevé chez les femmes. Malgré les efforts déployés par les assistants de recherche pour faire participer les membres d’église qui ne savent pas lire, les femmes analphabètes étaient rarement capables de remplir le questionnaire.
    •  62 % des répondants au GAP vivent en zone rurale. Cependant, les différences par continent sont importantes aussi. Près de 90 % des répondants asiatiques et près des deux tiers des Africains vivent dans des communautés rurales, alors qu’en Europe et en Amérique latine, les membres d’église vivent le plus souvent en zones urbaines.
    •  Il existe des disparités frappantes dans le domaine de la formation entre les groupes interrogés, un facteur qui souligne la disparité sociale et économique au sein de l’église mondiale. Dans le Sud, les niveaux d’éducation sont demeurés relativement stables, entre 46 et 58 % des membres d’église finissant l’école secondaire. Dans le Nord, cette fourchette passe de 78 à 93 %.
    •  L’âge moyen de la conversion des répondants au GAP est de 19 ans. En Amérique du Nord, la conversion peut avoir lieu à partir de 14 ans, alors qu’en Amérique latine, l’âge le plus élevé est 23 ans. Les différences d’âge reflètent probablement l’évangélisation : les nouvelles églises ont tendance à être plus actives pour attirer des membres adultes, ce qui augmente l’âge moyen. Les paroisses plus anciennes comptent plus souvent sur les conversions des enfants et des jeunes élevés dans l’église, faisant ainsi baisser l’âge moyen. [Voir ‘L’âge moyen de la conversion’]
    •  La plupart des répondants sont des chrétiens relativement nouveaux, l’Amérique latine se trouvant à l’épicentre de cette croissance. 65 % des répondants d’Amérique latine se sont convertis depuis 1991. En Afrique, 54 % des membres sont devenus chrétiens les 25 dernières années. Cependant, en Amérique du Nord, seulement 22 % des répondants se sont convertis depuis 1991. Ces constatations permettent d’expliquer la croissance remarquable des unions d’églises du Sud au cours des 25 dernières années, en particulier en Amérique latine et en Afrique. [Voir ‘Année moyenne de conversion par continent’]

    Quelles sont leurs croyances et leurs pratiques ?

    Certaines croyances et pratiques (la plupart des convictions chrétiennes anabaptistes fondamentales) sont communes à tous les répondants du GAP. Par exemple, 94 % d’entre eux affirment qu’il est très important d’être né de nouveau, et 91 % que Jésus est le seul chemin vers Dieu. De même, la grande majorité des répondants considèrent la Bible comme la Parole de Dieu.

    La méfiance en ce qui concerne le service militaire est notable. Pour 76 % des répondants, si le service militaire était obligatoire, ils refuseraient de le faire ou choisiraient un service militaire non-combattant. Dans le Nord et le Sud, un pourcentage presque identique – 61,9 % et 62 % respectivement – choisiraient l’objection de conscience.

    Mais l’enquête révèle aussi des différences majeures. Dans l’ensemble, les différences sont surtout marquées entre le Nord et le Sud, mais des différences d’ordre confessionnel et continental existent également. Par exemple, ceux qui connaissent la CMM (qui met en relation ces unions d’églises) se répartissent le long de deux lignes régionales et dénominationelles. 55 % des habitants du Sud connaissent la CMM, alors que le pourcentage est de 75 % dans le Nord ; par affiliation dénominationnelle, elle est connue de 66 % des Frères en Christ, 76 % des Frères mennonites et 46 % des mennonites.

    Si on y regarde de plus près, on trouve des nuances dans certaines des croyances et des pratiques communes. Par exemple, bien que la majorité des répondants affirment que la Bible est la Parole de Dieu, 55 % des répondants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ajoutent que la Bible doit être interprétée littéralement. Seulement 20 % des répondants nord-américains ou européens partagent ce point de vue (74 % des personnes interrogées dans le Nord ont favorisé ‘l’interprétation contextuelle de la Bible’). En outre, certaines régions attachent plus d’importance à certaines parties de l’Écriture. Les Européens et les Nord-Américains considèrent que le Nouveau Testament est plus pertinent pour eux, contre 28 % des Asiatiques, des Africains et des Latino-Américains. Les répondants du Sud considèrent que l’Ancien et le Nouveau Testaments sont aussi pertinents l’un que l’autre.

    Les dons charismatiques sont également plus fréquents dans le Sud parmi les personnes interrogées ; 84 % des répondants d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine prophétisent, parlent en langues, sont guéris miraculeusement ou libérés d’oppression démoniaque, pour seulement 31 % des répondants d’Europe et d’Amérique du Nord.

    Cependant, le Nord et le Sud ne doivent pas être considérés comme des ensembles homogènes, car il y a aussi des différences régionales importantes. Les Africains et les Asiatiques, par exemple, font plus souvent l’expérience de la libération d’oppression démoniaque, tandis que 56 % des Latino-Américains sont miraculeusement guéris d’une blessure ou d’une maladie.

    L’évangélisation personnelle, une caractéristique prédominante des premiers anabaptistes, varie de fa√ßon similaire. Alors que 51 % des répondants africains parlent de leur foi au moins une fois par semaine à des gens qui ne font pas partie de leur cercle familial ou de la paroisse, seulement 13 % des Européens font de même. 33 % des Asiatiques et 26 % des Latino-Américains invitent des amis non-chrétiens dans leur assemblée locale toutes les semaines, alors que seulement 9 % des Nord-Américains le font.

    Le GAP tend à montrer que l’évangélisation personnelle est une pratique régulière dans le Sud, mais un exercice relativement rare dans le Nord.

    Que nous apprennent ces données ?

    Comment expliquer ces différences ? Nous lisons tous la même Bible, mais nous l’interprétons différemment et nous n’accordons pas le même degré de pertinence à toutes ses parties. Nous croyons tous en la présence du Saint-Esprit parmi nous, mais l’expérience des manifestations de ce même Esprit varie beaucoup. Nous avons tous adhéré à la tradition de l’Église de paix, mais certains tolèrent le service militaire ou le r√¥le de la police alors que d’autres y résistent. Nous avons tous re√ßu la bonne nouvelle, mais certains font plus d’évangélisation que d’autres.

    Certains assistants de recherche ont fourni des explications particulières aux différences des résultats du GAP. Dans les pays qui ont connu la guerre civile, comme par exemple le Nicaragua, la Convenci√≥n de Iglesias Evangélicas Menonitas de Nicaragua a adopté une position ferme (qui est toujours la sienne) contre le service militaire. « Nous sommes conscient que nous tuerions des frères », déclare Marcos Orozco. « Il est évident que nous ne pouvons pas le faire.» Les assistants africains et asiatiques témoignent de la réalité du culte des ancêtres dans leurs contextes comme étant influencé par leur intérêt pour des passages de l’Ancien Testament décrivant des pratiques similaires.

    Pourtant, la dynamique particulière du contexte de chaque union d’églises n’explique pas complètement pourquoi de si nombreuses différences significatives révélées par les données du GAP sont divisées par une ligne Nord – Sud.

    Dans notre monde, les implications socio-économiques et politiques destructrices de cette fracture sont graves, et elles se reflètent parfois dans l’Église. En ce sens, les données de l’enquête du GAP nous appellent à la repentance. Mais elles sont également une invitation à l’émerveillement et à la louange pour les différentes fa√ßons dont l’évangile est inculturé dans chaque contexte. Et en fait, c’est une occasion unique de plus grande unité au sein de la Conférence Mennonite Mondiale.

    Les assistants de recherches ont exprimé à plusieurs reprises leur appréciation pour le sentiment d’unité acquis grâce à leur participation au GAP. Regina Mondez, des Integrated Mennonite Churches of the Philippines, dit « Malgré nos différentes langues et cultures, les chiffres communiquent [une unité] transcendant les cultures que les mots sont impuissants à communiquer ».

    Marcos Orozco est d’accord et résume les six points de la déclaration du GAP en une phrase succincte : « Nous devons apprendre des expériences des frères et s≈ìurs de la famille de l’église mondiale, en reconnaissant que nous avons tous des points forts et des points faibles qu’il nous faut renforcer ou améliorer ».

    ‚ÄîElizabeth Miller est responsable du projet et de la communication à l’Institute for the Study of Global Anabaptism. Elle vit à Goshen (États-Unis), et est membre d’une assemblée faisant partie de Mennonite Church USA.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier 


    Unions d’églises ayant participé au GAP

    • Argentine (Iglesia Evangélica Menonita Argentina)
    • Brésil (Alian√ßa Evangélica Menonita)
    • Canada (Brethren in Christ General Conference)
    • Canada (Evangelical Mennonite Conference)
    • Colombie (Iglesias Hermanos Menonitas de Colombia)
    • Congo (Communauté Mennonite au Congo)
    • Congo (Communauté des Églises de Frères Mennonites au Congo)
    • Éthiopie (Meserete Kristos Church)
    • Allemagne (Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Br√ºdergemeinden)
    • Allemagne (Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Gemeinden in Deutschland)
    • Guatemala (Iglesia Evangélica Menonita de Guatemala)
    • Honduras (Organizaci√≥n Cristiana Amor Viviente)
    • Inde (Bihar Mennonite Mandli)
    • Inde (Conference of the MB Churches in India)
    • Indonésie (Gereja Injili di Tanah Jawa)
    • Malawi (BiC Mpingo Wa Abale Mwa Kristu)
    • Nicaragua (Convenci√≥n de Iglesias Evangélicas Menonitas)
    • Paraguay (Convenci√≥n Evangélica Hermanos Menonitas Enlhet)
    • Paraguay (Vereinigung der Mennoniten Br√ºder Gemeinden Paraguays)
    • Philippines (The Integrated Mennonite Church of the Philippines)
    • Afrique du Sud (Grace Community Church)
    • États-Unis (Brethren in Christ General Board)
    • États-Unis (U.S. Conference of Mennonite Brethren Churches)
    • Zimbabwe (BiC Ibandla Labazalwane kuKristu eZimbabwe)

    Le GAP a été traduit en 25 langues :

    •  afrikaans (Afrique du Sud)
    •  amharique (Éthiopie)
    •  bahasa d’Indonésie
    •  chichewa (Malawi)
    •  shona (Zimbabwe)
    •  dorze (Éthiopie)
    •  anglais
    •  enlhet (Paraguay)
    •  fran√ßais
    •  allemand
    •  hindi (Inde)
    •  javanais (Indonésie)
    •  kikongo (RD Congo)
    •  lingala (RD Congo)
    •  oromo (Éthiopie)
    •  portugais (Brésil)
    •  russe
    •  sindebele (Zimbabwe)
    •  espanol
    •  swahili (RD Congo)
    •  tagalog (Philippines)
    •  telugu (Inde)
    •  tshiluba (RD Congo)
    •  tumbuka (Malawi)
    •  xhosa (Afrique du Sud)
    •  yao (Malawi)

    Objectifs du GAP :

    • Développer une compréhension plus profonde de l’anabaptisme mondial.
    • Fournir des informations pour guider la mission et définir les priorités.
    • Renforcer les relations entre les églises de la CMM.
    • Guider l’élaboration des priorités de la CMM.
    • Établir une base de référence qui permettra de mesurer les changements futurs.
    • Former les responsables à mener de futurs profils d’église.

    Année moyenne de conversion par continent :

    • Amérique du Nord – 1975
    • Europe – 1982
    • Asie – 1984
    • Afrique – 1991
    • Amérique latine – 1995

    Âge moyen de la conversion par continent

    • Amérique du Nord – 13,6
    • Europe – 17,3
    • Asie – 16,3
    • Afrique – 20,7
    • Amérique latine – 23,2
  • Comment, dans notre communion mondiale, les ‘Convictions communion’ de la CMM s’expriment-elles localement dans leur magnifique variété ?

    L’édition d’octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Une approche holistique à Semarang : sollicitude pour la personne tout entière

    En Indonésie, le plus grand pays à majorité musulmane au monde, l’église mennonite répond aux besoins de la communauté audelà des religions et des classes sociales par une sollicitude pour toute la personne ; elle est soutenue par les institutions gouvernementales locales et les institutions religieuses. L’église témoigne de l’amour et de la grâce de Dieu en accueillant ses frères et sœurs musulmans et tous les membres d’autres religions. « Ce ne sont pas des ennemis ; ce sont ceux qui ont besoin de l’amour et de l’aide de Dieu, tout comme nous », dit Victor Purnomo. Il est pasteur de Jemaat Kristen Indonesia Injil Kerajaan (Évangile de l’Église du Royaume, communauté [mennonite] chrétienne indonésienne). « Sans les murs de la haine ou de la colère, l’église est en mesure de travailler de manière créative pour répondre aux besoins de la ville et, finalement, toucher le cœur de ses habitants. » Les Églises comme JKI Injil Kerajaan basent leur ministère sur de bonnes relations avec les citoyens locaux. JKI Injil Kerajaan s’adresse aux catégories sociales qui ont le plus de besoins. Elle a découvert que cette population répond rapidement, ouvertement et avec reconnaissance.

    Une approche holistique

    L’approche holistique de l’église consiste à proposer des bourses d’études pour les enfants par le biais de Sekolah Terang Bangsa (École Lumière des Nations) et à organiser une école primaire et secondaire. Ce ministère a ouvert le cœur de nombreux parents : « Si vous pouvez aimer les enfants, les parents seront très fiers parce que leurs enfants sont bien traités et valorisés », dit le pasteur Victor. La paroisse est aussi en contact avec ses voisins par le biais de ministères sociaux comme le secours aux sinistrés. « Elle doit surtout être sensible aux besoins de sa ville, et nous y répondons », dit Victor. « Quand il y a un incendie, nous sommes les premiers à apporter de la nourriture. Cela les touche vraiment. Lorsque quelqu’un n’a plus rien, nous sommes là. »

    Ces actions renforcent aussi les relations avec le gouvernement. Les fonctionnaires nous ont demandé notre aide, tout particulièrement à cause de nos installations. Lors de récentes inondations, les paroisses ont envoyé des volontaires sur des radeaux chargés de vivres et de denrées. Des membres d’autres religions [que chrétiennes] disent : « L’église est étonnante. Nos propres membres ne se soucient pas autant de nous ; l’église est la première à nous aider !»

    Prières de guérison

    Nous exerçons d’autres ministères sociaux sur les marchés de plein air où le riz, les légumes, l’huile, les vêtements et d’autres denrées sont vendus en dessous du prix courant. Des chrétiens partagent l’Évangile sur place et prient pour la guérison. Ce n’est pas une croisade, il s’agit plutôt de mettre l’accent sur le partage des valeurs bibliques. Les chrétiens chantent des chants séculaires ayant des valeurs positives ou célébrant la fierté nationale, ainsi que des chants chrétiens qui ne nomment pas explicitement le Christ. Il y a un temps de prière pour les malades, et enfin les gens découvrent que c’est le Seigneur Jésus qui les guérit.

    Dans les moments d’épreuve, ils ne se demandent pas qui accomplit la guérison pourvu qu’ils soient guéris. Des milliers de personnes ont donné leur vie au Christ sur le marché. L’église soutient ouvertement les ministères sociaux comme la distribution de nourriture les soirs de Ramadan (mois de jeûne musulman). La paroisse satellite de Permata Hijau (quartier de Green Diamond de Semarang) nourrit plus d’un millier de personnes chaque soir pendant quatre semaines par an ; elle a ouvert ses portes à des réunions, des jeux avec des prix et des histoires tirées de la Parole de Dieu. Les malades sont guéris, et les miracles amènent les gens à Christ. Constatant les fruits de ce ministère, des donateurs le soutiennent par des fonds et des provisions venant de leurs propres entreprises.

    Une réputation de respect

    Ê Pondok Pesantren (internats islamiques), des bénévoles de l’église viennent la tête couverte pour montrer qu’ils respectent leur prochain. Ils discutent de valeurs comme la vocation, l’amour et le pardon. Ê leur tour, les internats islamiques ont demandé à assister aux fêtes de Noël de l’assemblée locale. Après avoir prié selon leur propre tradition spirituelle, ces musulmans s’assoient pour écouter les programmes de Noël. Les étudiants ont remarqué que leurs amis chrétiens étaient tolérants et ne les poussaient pas à devenir chrétiens ; ils peuvent apprendre d’eux des valeurs positives.

    Cela a piqué leur intérêt. Quand les écoles fêtent des événements dans l’église, nous parlons librement de Jésus. Même les policiers soutiennent ouvertement l’église. Lorsque des extrémistes religieux ont menacé la paroisse de Semarang, ils ont été les premiers à informer ses responsables et à envoyer de l’aide. Lorsque des églises comme JKI Injil Kerajaan ont été accusées de ‘christianisation’ (prosélytisme), elles ont répondu qu’elles aidaient les plus pauvres. Une communication pacifique a été maintenue. D’autres ont ajouté que les chrétiens ne s’imposaient pas.

    La police les a défendus. Des réseaux et des relations solides entre les assemblées locales et les autres institutions sont essentielles. L’église doit faire plus qu’organiser des cultes au sein de la communauté chrétienne. Elle a un potentiel pour exercer un ministère de service holistique et construire des ponts afin que les habitants de la ville puissent connaître le Christ. L’appel missionnaire de Jésus (Mt 28:18-20) est de partager l’évangile avec le monde dans l’amour pour Dieu et pour le prochain (Mt 22:35-40). Il ne s’agit pas de discuter pour savoir quel est le plus grand commandement, mais d’associer ces deux commandements.

    — Lydia C. Adi est représentante des relations internationales pour la Jemaat Kristen Indonesia Synod. Elle a une maîtrise en études interculturelles (Séminaire théologique de Fuller, ÉtatsUnis) et d’Anglais Langue Étrangère (Université de Biola, États-Unis). Avec son mari Anton K. Sidharta, pasteur à JKI Maranatha à Ungaran, ils ont fondé le Unlimited Fire JKI Youth Network et entretiennent des relations entre confessions chrétiennes de divers pays. Anton et Lydia vivent à Ungaran (Indonésie) avec leur fils, Caleb.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier

  • Comment, dans notre communion mondiale, les ‘Convictions communion’ de la CMM s’expriment-elles localement dans leur magnifique variété ?

    L’édition d’octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Notre mission et nos Convictions communes

    Notre mission en tant que chrétiens anabaptistes-mennonites est étroitement liée à notre identité. Aussi, ‘Lo que Juntos Creemos’ * présente l’essentiel pour parler avec les communautés religieuses de notre identité et de la mission que le Seigneur nous a confiée.

    Les injustices sociales, économiques et culturelles ont augmenté au Mexique. La violence fait chaque jour de nouvelles victimes. Témoigner de Jésus dans ce contexte exige de bien savoir qui nous sommes, par qui nous avons été appelés, et pour quel objectif. Il me semble que  ‘Lo que Juntos Creemos’,  répond clairement à ces questions, en particulier le point 7: Nous sommes une communauté mondiale de foi et de vie : nous dépassons les frontières de nationalité, de race, de classe, de sexe et de langue. Nous cherchons à vivre dans le monde sans nous conformer aux puissances du mal, à témoigner de la grâce de Dieu en servant les autres, à prendre soin de la création et à inviter tout être humain à connaître Jésus comme Sauveur et Seigneur.

    Dans mon église au Mexique (Conferencia de Iglesias Evangélicas Anabautistas Menonitas de México, CIEAMM), nous croyons que chaque assemblée locale et chaque communauté spirituelle est la graine et le fruit du Royaume de Jésus-Christ. Par conséquent, nous cherchons à comprendre et à vivre l’Évangile de la paix, de la justice et de la réconciliation proclamé par Jésus d’une manière (complète) intégrale. Ainsi, quand il est allé de villes en villages proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume, il a guéri toutes les maladies (Mt 9:35).

    Nous aussi, nous devons être des agents de guérison holistique dans tous les domaines de la vie communautaire et sociale. Notre mission doit s’incarner dans le monde, tout comme celle de Jésus ; il nous rappelle chaque jour que, comme le Père l’a envoyé, il nous envoie (Jn 20:21).

    La CIEAMM est consciente que chaque paroisse est soutenue par le Saint-Esprit, une vérité bien affirmée dans ‘Lo que Juntos Creemos’. Le Saint-Esprit est l’esprit du Christ qui nous appelle et nous donne la force d’exercer un ministère de compassion. Jésus a ressenti la douleur, la souffrance et a vécu dans les mêmes conditions que ses contemporains, et il a été ému de compassion. La compassion, ce n’est pas ressentir une souffrance momentanée ; c’est s’identifier aux personnes en détresse, être poussé à agir pour soulager les souffrances des êtres humains.

    Jésus était compatissant et sa profonde identification avec ceux qui souffrent l’a poussé à agir (Mt 9:36, 14:14, Mc 6:34, Mt 15:32–37, Lc 7:12–15). Si nous disons que nous suivons Jésus, nous devons aussi faire preuve de compassion.

    Nous avons fait la promotion du livret imprimé et de sa version numérique. Les paroisses affiliées à la CIEAMM ont étudié ce livret de différentes manières. Parfois, chaque chapitre a fait l’objet une leçon d’école du dimanche ; d’autres fois, les sept Convictions ont été présentées individuellement lors de prédications. Nous avons également encouragé les groupes d’étude. Notre objectif est de donner un exemplaire du livret à tout nouveau membre de l’église comme guide d’étude.

    Il y a peu de matériel en espagnol (imprimé ou numérique) sur l’identité anabaptiste et la mission. C’est pourquoi la CIEAMM considère ce livret comme un bon résumé des différentes convictions de la famille mondiale dont nous faisons partie, en particulier parce que la plupart de nos membres ont un niveau de scolarité faible ou moyen, et lisent peu.

    C’est une bénédiction, pour les membres de la CIEAMM de savoir qu’ils font partie d’une communauté mondiale, dont l’identité est centrée sur le Christ, et qui est composée de ‘saints de toutes tribus, langues, peuples et nations’ (Ap 5:9). Ce principe est fondamental pour construire des communautés de réconciliation et chercher à mettre en pratique l’Évangile de paix enseigné par Jésus-Christ.

    La vision des communautés religieuses qui composent la CIEAMM est « d’être une famille spirituelle qui reconnaît l’autorité de la Parole de Dieu, qui forme des disciples en suivant l’exemple de Jésus, guidés par le Saint-Esprit pour s’ancrer dans notre réalité ».

    Notre mission est de « servir et de refléter l’évangile de la paix suivant l’exemple de Jésus ». ‘Lo que Juntos Creemos’, est la base biblique et théologique sur laquelle nous avons développé la vision et la mission de la CIEAMM. Pour nous, anabaptistes, ce document est un outil de réflexion et d’action dans le contexte social, économique et religieux du Mexique.

    —Carlos Martínez García est journaliste et pasteur au Mexique. Il est le modérateur de la Conferencia de Iglesias Evangélicas Anabautistas Menonitas de México (CIEAMM).


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  • Comment, dans notre communion mondiale, les ‘Convictions communion’ de la CMM s’expriment-elles localement dans leur magnifique variété ?

    L’édition d’octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?
     

    Chants de la Trinité et du shalom

     
    Nous, Église Frères en Christ du Zimbabwe, partageons les convictions et les pratiques de la famille anabaptiste mondiale. Nos cantiques reflètent nos convictions, nos pensées et notre théologie. Pendant la plupart des cultes, dans les paroisses rurales et urbaines, on chante le n° 75 de notre recueil de chants en Zulu Amagama okuhlabelela: “Sinomhlobo onguJesu unothando” (Jésus est un merveilleux ami).
     
    Pendant les mois de mai et juin 2016, une enquête rapide a montré que, non seulement c’est le cantique choisi lors des réunions du conseil de district, mais que la plupart des paroissiens mentionnent qu’il revient très souvent pendant les cultes de cette période. Il est même chanté lors des veillées funèbres. Il exprime notre foi en Jésus. Ce cantique décrit le lien direct de Jésus avec Dieu : Jésus ne ressemble pas à nos autres amis ; il n’entretient pas de ressentiment ; il nous aide réellement. Il revient choisir son propre peuple. Jésus ne déçoit jamais. Il revient appeler son peuple par amour. Ceux qui le cherchent sont appelés à venir à Jésus car il les éloignera de leurs péchés.
     
    La dernière strophe appelle les croyants à marcher dans l’amour de Jésus comptant sur sa promesse d’être vainqueurs. Le cantique n° 4 du recueil Zulu est souvent utilisé par les Frères en Christ. Voici un autre chant qui décrit nos convictions concernant Dieu.
     

    Nous croyons au shalom

     
    Le shalom est une des convictions qui nous identifient à la famille anabaptiste du monde entier. Cette conviction s’exprime de diverses manières. D’abord, c’est l’absence de guerre et de
    conflits au niveau communautaire et national. Le Zimbabwe a connu de telles périodes. Feu l’évêque Steven Ndlovu était à la tête de notre église pendant les troubles au Matabeleland dans les années 1980.
     
    Il a mobilisé les responsables nationaux des dénominations [chrétiennes] pour rencontrer Joshua Nkomo et Robert Mugabe, ce qui a débouché sur la cessation du conflit
    sanglant entre les dissidents soutenant Nkomo et la Cinquième Brigade des forces de défense du Zimbabwe. (Ce récit est rapporté dans The Gender of Piety de Wendy Urban-Mead.) Les responsables de l’église n’ont pas pris parti dans le conflit, mais se sont exprimés en faveur du shalom du Seigneur.
     
    Mme Madlela a vécu le shalom à un niveau personnel. Elle a échappé miraculeusement à un incendie dans sa maison.Quand elle a vu l’incendiaire entre les mains
    de la police, elle a dit : « Mon fils, pourquoi essaies-tu de me tuer quand je ne t’ai pas fait de tort ? Je ne t’en tiens pas rancune. 
     
    Je prie simplement que le Seigneur touche ton cœur et que tu connaisses sa puissance salvatrice. » Les hymnes de l’Église Frères en Christ affirment que nous croyons en un Dieu trinitaire. Nous les chantons avec ferveur. Lorsque nous chantons, nous affirmons ce que nous croyons ensemble en tant qu’anabaptistes pour suivre Jésus et vivre le shalom.
     
    Bekithemba Dube est conférencier à l’institut Biblique de Ekuphileni à la mission de Mtshabezi, une des plus grandes stations missionnaires des Frères en Christ du Zimbabwe. Il a enseigné au Government Teachers’ College ; il a coordonné les programme VIH / SIDA de la BICC au Zimbabwe ; et pendant de nombreuses années, il a traduit les sermons en anglais ou ndebele. Lui et sa femme ont un fils adulte qui enseigne dans l’une des écoles de la mission.
     
    Zoulou :
    Woza Thixo Wethu
     
    1. Woza Thixo Wethu
    Onga Mandla
    ethu usisize;
    Baba obusayo
    Wena onqobayo,
    Wena osizayo,
    Usibheke.
     
    2. JesuMbusu Wethu
    Nqobizithazethu,
    Uzahlule;
    Vez ‘Amandla Akho
    abakho Ukuhleng ‘
    Inhliziyo yabo
    Ime kuwe.
     
    3. Moya oyingcwele
    Woza usihole,
    Sibusise;
    Uzihlanzisise
    ‘Zinhliziyo Zethu;
    Ube phezu kwethu
    Silungise.
     
    4. Nkulunkulu wedwa,
    Abathathu ‘Munye,
    Mananjalo!
    Ubukhosi bonke
    Naw ‘Amandla Onke,
    Nal ‘udumolonke,
    Kungo kwakho.
     
     
     
    Français :
    Viens à nous, notre Dieu
     
    1. Viens à nous, notre Dieu, toi qui es notre
    force,
    Viens à notre aide maintenant.
    Toi le Père, notre seigneur,
    Toi qui es vainqueur,
    Toi qui es notre aide,
    Porte tes regards sur nous.
     
    2. Jésus notre seigneur,
    défais nos ennemis ;
    Vaincs les tous,
    manifeste ta puissance,
    La rédemption pour tous les tiens,
    Que leur cœur reste ferme en toi.
     
    3. Saint-Esprit, viens
    et conduis-nous,
    Viens et bénis nous,
    Purifie notre cœur,
    Descends sur nous.
    Rends-nous justes.
     
    4. Dieu trinitaire.
    Tiens ferme à jamais.
    Ê toi est le royaume,
    La puissance et la gloire.
     
     
     
     
     
     
     
     

     

     

  • Comment, dans notre communion mondiale, les ‘Convictions communion’ de la CMM s’expriment-elles localement dans leur magnifique variété ?

    L’édition d’octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

    Jésus au centre dans une époque  en perpétuel changement

    L’Église d’Amérique du Nord connaît une évolution rapide. Beaucoup disent que ces changements sont aussi importants que ceux de la Réforme du XVIe siècle.Les convictions traditionnelles sont remises en question. Les anciennes structures ne fonctionnent plus. De nouvelles formesm d’église émergent. En période de changement, les convictions de base donnent du courage, de la stabilité et une base pour développer de nouvelles directions. Les sept ‘Convictions communes’ des anabaptistes contribuent à cette sorte de fondement.

    Jésus est Seigneur

    Dans certaines de nos églises, on met un accent nouveau (central pour cette nouvelle réforme) sur Jésus comme Seigneur. Tout comme nos ancêtres anabaptistes ont redécouvert un Jésus vivant après avoir été figé pendant des siècles dans le mystère et les rituels, aujourd’hui l’accent est mis davantage suivance au quotidien d’un Jésus vivant.

    Souvent Jésus Seigneur est souligné plus encore que Jésus Sauveur ; c’est bien [de la tentation] de suivre d’autres seigneurs dont nous avons besoin d’être sauvés ! La déclaration « Jésus est le Fils de Dieu » de la Conviction commune n° 2 est souvent mal comprise, surtout par mes amis musulmans. Il y a environ 13 000 croyants musulmans dans la communauté canadienne où je vis.

    Ils ont tendance à comprendre ‘Fils de Dieu’ en termes de biologie et de procréation plutôt qu’en termes de proximité relationnelle. Je préfère dire « Jésus, le Messie, est le meilleur chemin pour comprendre Dieu ». Mes amis musulmans peuvent comprendre et reconnaître Jésus comme un être humain qui a été rempli de l’Esprit de Dieu. Cela peut faciliter un dialogue concernant la façon dont nous ouvrons nos vies à un Dieu source de vie abondante et de force, en Jésus-Christ.

    Jésus est paix

    En Amérique du Nord, nous avons des désaccords et divisions, nombreux,probablement liés à des approches différentes d’interprétation de l’Écriture. Certaines églises et certains membres ont une approche plutôt littérale et ‘plate’ de la Bible. Ils ont tendance à considérer les enseignements de l’Ancien Testament et des épîtres comme de même importance que les enseignements de Jésus. La Conviction commune n° 4 est utile pour nous encourager à interpréter les Écritures à la lumière de Jésus-Christ. Nous sommes consternés par la culture des armes à feu qui s’est développée aux États-Unis et qui débouche sur la violence.

    La Conviction commune n° 5, qui met l’accent sur la paix, la justice et le partage des ressources, doit être soulignée toujours et encore. Pendant la guerre du Vietnam, le district de l’Ouest de la General Conference Mennonite Church (États-Unis) a organisé des camps d’entraînement pré-conscription, invitant tous les jeunes de 17 ans de la région à y assister. Ces sessions ont enseigné clairement l’origine des conflits et la base biblique de la paix. La plupart des participants ont choisi des alternatives à l’engagement dans la guerre. Nous avons besoin de moyens nouveaux et créatifs aujourd’hui pour que jeunes et plus âgés apprennent les uns aux autres les chemins de la paix.

    Jésus est enseignant

    Une question constante en Amérique du Nord (et probablement dans le monde) est : « Comment renforcer notre compréhension anabaptiste spécifique de la foi chrétienne tout en insistant aussi sur l’unité avec les autres chrétiens ? Comment devenir plus forts dans notre foi sans développer un esprit de compétition et de critique à l’égard de membres d’autres confessions ou d’autres religions ? » Parallèlement aux Convictions communes de la CMM, trois valeurs fondamentales ont été identifiées : ‘Jésus est au centre de notre foi’, ‘la communauté est au centre de notre vie’ et ‘La réconciliation est au centre de notre mission’.

    Ces trois valeurs fondamentales, qui l’étaient aussi pour le mouvement anabaptiste et l’Église primitive, ont pris une importance renouvelée grâce au livret : ‘Qu’est-ce qu’un chrétien anabaptiste ?’, publié par le Mennonite Mission Network en 2008, et traduit en plus de 20 langues. Mennonite Church USA a utilisé ces trois valeurs comme base de son ‘Plan déterminé’ à long terme. De nombreuses paroisses les ont utilisées dans leurs brochures pour définir leur identité. Les pasteurs ont prêché sur ces thèmes et les groupes d’étude ont trouvé que le livret était utile pour expliquer ce que signifie être chrétien.

    Dann Pantoja, de PeaceBuilders Community Inc. (Philippines), dit : « Nous les avons adoptés comme notre vision du monde ». Après un atelier en Thaïlande, les participants ont dit : « Maintenant, nous savons enfin ce que signifie être un chrétien mennonite ! » Tout en enseignant les Convictions communes et les trois valeurs fondamentales, je crois qu’il est impératif d’admettre qu’aucun d’entre nous n’a toute la vérité. Nous devons apprendre les uns des autres. En approfondissant ensemble ce que nous croyons, nous devenons plus forts. 

    Les Convictions communes des anabaptistes dans le monde définissent clairement ce que nous croyons. Elles nous aident à déterminer nos relations avec Dieu, les uns avec les autres, et avec toute la terre. Ê leur tour, ces relations nous aident à orienter nos actions. Les premiers chrétiens et les premiers anabaptistes vivaient leurs convictions avec courage, même si cela signifiait la persécution et la mort. Que ces convictions nous aident aussi à nous remplir de l’amour et du courage dont nous avons besoin pour suivre Jésus dans ces temps de changement.

    Palmer Becker été au service de l’Église toute sa vie, en tant que pasteur, missionnaire, secrétaire exécutif d’union d’églises et éducateur. Il est l’auteur de ‘Qu’est-ce qu’un chrétien anabaptiste ?’ et ‘Anabaptist Essentials : Ten signs of a unique Christian Faith’ (à paraître). Palmer et son épouse Ardys vivent à Kitchener, Ontario (Canada). Ils ont quatre enfants adultes.

  • Pour méditer :

    • Profil Anabaptiste Mondial: Faire grandir l’unité: une occasion exceptionnelle

    Perspectives :

    Dans notre communion mondial, les ‘Convictions communes’ de la CMM s’expriment localement dans leur magnifique variété

    Profil d’une région :

    • Eastern Africa
  • Comment créer l’unité entre les différentes nations ou communautés ? Depuis la Tour de Babel, de nombreuses méthodes ont été essayées. Dans cette histoire biblique, les peuples tentent de réaliser l’unité avec une vision commune et en travaillant pour un même but, et, comme nous le savons, l’entreprise échoue.

    Avoir une histoire commune est une autre stratégie pour créer l’unité. Une histoire unifiée décrivant une origine commune positive peut se révéler un élément de cohésion. Cependant, il est très difficile de trouver un récit stimulant impliquant des peuples ou des cultures différentes.

    Une alternative – parfois tentée en politique et en religion – est d’éliminer toutes les différences et de promouvoir une seule manière de voir la vie, anéantissant ainsi la diversité. L’histoire a souvent montré l’échec cette alternative.

    Les églises essaient parfois de rédiger une confession de foi à laquelle un groupe de personnes doit adhérer afin de déterminer clairement qui appartient au groupe ou qui est à l’extérieur. Malheureusement, les confessions de foi ont parfois été utilisées dans ce sens.

    Lorsque l’on considère les résultats des recherches du ‘Profil anabaptiste mondial’ (GAP), nous pouvons nous poser la question : Comment faciliter l’unité entre les groupes si divers de la CMM ?

    Depuis plusieurs années, les églises membres de la CMM ont été impliquées dans un processus de recherche destiné à définir leur identité aujourd’hui en tant qu’anabaptistes. Dans ce numéro du Courrier, sont présentées des conclusions de cette enquête. Comme l’un des articles le suggère, cette diversité au sein de notre famille mondiale devient une occasion unique de plus grande unité.

    Pourtant, comment cette unité est-elle possible ?

    Ce ne sont pas nos ‘Convictions communes’, qui ont émergé ces dernières années exprimant notre expérience de la suivance de Jésus dans chaque contexte, car les églises membres de la CMM marchent dans l’unité depuis plus de 75 ans sans ce texte.

    Ce n’est pas non plus une histoire commune. Bien que les églises anabaptistes s’identifient à la Réforme radicale du XVIe siècle, la complexité des origines de notre foi est aussi étonnante que notre diversité actuelle.

    Selon les Écritures, il n’y a qu’une explication possible. L’unité de notre communauté mondiale n’est pas le résultat des efforts humains. C’est le don de Dieu dont nous pouvons profiter aujourd’hui grâce à l’œuvre du Saint-Esprit parmi nous. La vraie communion n’est pas le fruit de lois ou de formalités institutionnelles, mais de l’œuvre du Christ sur la croix, lorsque Dieu a créé un nouveau peuple composé de nombreuses races, tribus, langues et cultures.

    Aujourd’hui, il n’est possible de s’asseoir à la même table de communion et d’apprécier la beauté de notre diversité que si nous le faisons autour de l’Agneau de Dieu, le centre de notre foi et le fondement de notre unité.

    Venez célébrer avec nous le miracle de l’unité et la beauté de notre diversité !

    César García, secrétaire général de la CMM, travaille au siège social à Bogotá (Colombie).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’octobre 2016 de Courier/Correo/Courrier.

  • Qu’évoque pour vous le mot hospitalité ? Moi, ce mot me rappelle une visite sur un autre continent.

    Je pensais que les Colombiens étaient hospitaliers jusqu’au jour où j’ai été accueilli par une famille dans un autre pays. C’était tout simplement incroyable : la quantité et la qualité des aliments qu’ils m’ont offerts, leurs efforts pour que je me sente bien accueilli, chaque détail de ma chambre, leurs questions, leur respect et leur désir de me donner tout ce dont je pouvais avoir besoin.

    Cependant, plus que toute autre chose, c’est leur attitude qui m’a touché. Avec une grande générosité, ils étaient prêts à tout moment à servir leurs invités.

    L’hospitalité est la capacité de prêter attention à un invité. C’est très difficile parce que nous sommes préoccupés par nos propres besoins. Nos préoccupations nous empêchent de tourner notre attention vers les autres. Si le péché est la focalisation de l’âme sur elle-même, comme le dit Augustin d’Hippone, alors une vie sans péché est une vie tournée vers les autres. En d’autres termes, vivre l’hospitalité c’est vivre sans péché.

    Jésus en est le meilleur exemple. Par sa vie et sa mort sur la croix, Dieu entre dans le monde des humains. Avec compassion, il dirige son attention sur les autres plutôt que sur lui-même. C’est par la souffrance de Jésus que Dieu partage le fait d’être mortel, la fragilité et la vulnérabilité de l’humanité. Et, dans l’Apocalypse, Jésus partage sa gloire avec la multitude de toutes les nations qui viennent l’adorer.

    L’attention que porte Jésus aux autres leur apporte la guérison, qu’ils soient maltraités, qu’ils connaissent la douleur ou la souffrance. Ni l’injustice de ses blessures, ni la réalité de son triomphe final et de sa seigneurie ne le conduisent à se préoccuper de lui-même. Il est là pour réconforter, conseiller et guider les autres. Jésus est venu pour servir, non pour être servi – et ce, même dans sa gloire.

    Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la crise des réfugiés dans le monde entier : notre appel à exercer l’hospitalité en tant que corps du Christ nous invite à révéler la présence de Dieu au sein de la souffrance et de la douleur. C’est un appel à apporter espoir, guérison, accompagnement et soins. C’est un appel à tourner notre attention vers ceux qui sont persécutés, malades et sans toit. Même si nous avons des problèmes personnels, l’appel à servir les autres demeure. Indépendamment de notre pauvreté, de notre manque de ressources, de nos désaccords, de nos conflits, de nos projets et de nos plans, l’appel à s’occuper des autres demeure.

    C’est la raison pour laquelle ce numéro de Courier / Correo / Courrier aborde ce sujet.

    Si j’avais été si bien reçu par cette famille, ce n’était pas seulement en raison de leur culture, mais aussi parce que c’est ainsi qu’elle avait compris la vie avec le Christ.

    Que Dieu conduise notre communauté mondiale à répondre aux autres avec la même attitude, faisant l’expérience de Dieu révélé par notre Seigneur Jésus-Christ !

    —César García, secrétaire général de la CMM, travaille à son siège à Bogotá (Colombie).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2016 de Courier/Correo/Courrier.