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  • « Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit. Et voici : je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde. »

    Lors de ‘Renouveau 2027’ : ‘Transformés par la Parole : Lire les Écritures à partir de perspectives anabaptistes’ à Augsbourg (Allemagne) le 12 février 2017, le comité des YABs (Young AnaBaptists) a médité le texte de Matthieu 28/19–20 en partant de leur perspective locale. Les articles de cette section de Perspective sont adaptés de leurs présentations.


    Dieu nous donne de nombreux commandements : il est interdit de voler ou de tuer (Ex 20/15,13), nous devons nous efforcer de ne pas être jaloux (Ex 20/17) et de vivre dans la paix et la vérité (Rm 12/18).

    Beaucoup d’entre eux nous demandent de changer notre mode de vie : agir mieux, être plus généreux, pardonner à ceux qui nous ont offensés.

    D’autres instructions sont tournés vers les autres : prendre soin des pauvres, de ceux qui ont faim ou ont besoin de vêtements (Mt 25/34–36).

    Mais qu’en est-il de la mission que Jésus a donnée à ses disciples dans Mt 28/19–20 : ‘Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit.’

    Beaucoup de chrétiens (dont les mennonites) pensent que cette mission est l’une des plus importantes des Écritures. Grâce à ce commandement, les chrétiens sont nombreux dans le monde d’aujourd’hui. Imaginez que les disciples soient retournés dans leurs familles et à leur travail… Peut-être auraient-ils parfois pensé aux bons moments passés avec Jésus, mais les enseignements de Jésus se seraient vraisemblablement perdus peu à peu.

    Au lieu de cela, partout dans le monde, des groupes très nombreux suivent les enseignements du Christ. Nous partageons nos espoirs, notre foi et notre vision d’amour et de paix, et nous avons des occasions de communion fraternelle dans des associations comme la CMM.

    Une société multiculturelle

    Mais, étant néerlandaise, j’ai quelques problèmes pour annoncer l’Évangile. Les Pays-Bas sont une société multiculturelle. Comme dans beaucoup d’autres pays occidentaux, le nombre d’immigrants a progressivement augmenté depuis la Seconde Guerre Mondiale. Cela nous a apporté beaucoup de bonnes choses. Notre culture a été enrichie par la découverte d’autres convictions religieuses.

    Mais, comment comprendre les instructions de Jésus dans une société multiculturelle ?

    Est-ce ma responsabilité d’aller chez mon voisin ou ma voisine musulman(ne) et de lui demander de se convertir à ma propre foi ? De dire à mes amis juifs qu’ils se trompent ? Que je peux leur enseigner ce qui est juste ? Je ne le crois pas.

    J’aime parler de ma foi avec des personnes de tous horizons, cultures et religions. Mais ma foi est aussi personnelle. Il existe de nombreuses différences même chez les mennonites. Quelquefois, j’ai autant de points communs avec un ami musulman qu’avec un autre chrétien. Suis-je censé dire aux autres que c’est moi qui ait raison ?

    Il me semble qu’il vaut mieux suivre l’exemple de Jésus avec la femme samaritaine dans Jn 4. Ils se sont assis, ont bu de l’eau, et tout en conversant, ils ont aussi partagé leur foi. Je crois que c’est un exemple de vie en harmonie entre tous les êtres humains.

    Une société laïque

    Cependant, je vis non seulement dans une société multiculturelle, mais aussi dans une société laïque, où beaucoup pensent que « l’institution » de l’église est obsolète et que la foi n’a plus de sens. Alors je dis à ceux qui veulent l’entendre que je suis prédicatrice laïque dans notre église mennonite. J’invite les gens à venir écouter, pour voir si ma foi les intéresse et s’ils aimeraient aussi devenir chrétiens.

    Surtout, je crois que nos actes sont ce qu’il y a de plus fort pour montrer le sens de la foi : créer un monde meilleur et paisible. Je mets ainsi en pratique les autres dernières paroles de Jésus :

    « Mais vous recevrez de la puissance quand l’Esprit saint viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1:8).

    En m’occupant de ceux qui sont autour de moi, en agissant avec davantage de bonté que je n’en ressens, et en aidant ceux qui en ont besoin, j’essaie de ‘donner des mains et des pieds’ à cette tâche. Nous le pouvons tous.

    —Jantine Huisman est membre du comité des YABs (Young AnaBaptists). Elle fait partie de Doopsgezinde Kerk Joure (l’église mennonite Joure), une assemblée de la Algemene Doopgezinde Societeit.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2017 de Courier/Correo/Courrier.

  • « Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit. Et voici : je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde. »

    Lors de ‘Renouveau 2027’ : ‘Transformés par la Parole : Lire les Écritures à partir de perspectives anabaptistes’ à Augsbourg (Allemagne) le 12 février 2017, le comité des YABs (Young AnaBaptists) a médité le texte de Matthieu 28/19–20 en partant de leur perspective locale. Les articles de cette section de Perspective sont adaptés de leurs présentations.


    C’est l’ordre missionnaire de Jésus à ses disciples. Jésus voulait que l’évangile atteigne toutes les nations et, pour cela, il a décidé d’utiliser les êtres humains. Il s’est d’abord servi de ses disciples. Ceux-ci, à leur tour, ont fait d’autres disciples qui ont eu la même responsabilité : ‘aller et faire des disciples’. La mission de l’Église, en tant que groupe de disciples du Christ, était de propager la bonne nouvelle.

    Le mot ‘aller’ est actif. Jésus n’a pas dit : « Attendez que je vous envoie quelqu’un… », mais il a dit : « Allez et faites des disciples ». Par conséquent, si un disciple de Christ veut faire plus de disciples, il doit être proactif. Au lieu d’attendre que les autres viennent à l’église, nous devons aller dans le monde partager la bonne nouvelle avec nos voisins.

    La question est donc : comment partager la bonne nouvelle avec ceux qui m’entourent ?

    Il y a plusieurs méthodes d’évangélisation. Les trois plus connues et utilisées en Amérique du Sud sont le porte-à-porte, l’évangélisation de masse et l’évangélisation par l’amitié. Chacune de ces méthodes présente des avantages et des inconvénients, surtout en ce qui concerne le temps investi et la profondeur du travail. Cependant, toutes sont valides et peuvent être utilisées en fonction du contexte et du besoin.

    En ce qui concerne l’église des frères mennonites du Paraguay, une des méthodes utilisées est ‘l’impact social’. Les membres de l’église se consacrent à l’établissement de foyers pour les enfants dans le besoin, à la construction d’hôpitaux, d’écoles et d’églises, toujours selon les besoins de la région. En outre, l’église a mis en place une station de radio pour transmettre l’évangile et les valeurs chrétiennes.

    Par l’intermédiaire de ces organisations, nous cherchons à offrir un service de base aux personnes qui nous entourent, afin de partager l’évangile avec eux.

    Une autre méthode utilisée dans notre groupe de jeunes et dans d’autres églises au Paraguay est le football. Au Paraguay, vous ne pouvez pas jouer au volleyball, au basketball ou au baseball : il n’y a que le ‘football’ ! Et tout le monde y joue ! C’est pourquoi certaines églises, dont la nôtre, choisissent de jouer au football le samedi et le dimanche soir pour attirer les gens. Le but principal de cet événement n’est pas d’écouter une prédication ou de chanter des chants spirituels, mais de jouer au football et de se faire de nouveaux amis. Nous espérons ainsi les encourager à venir aux réunions de jeunes et à accepter le Christ comme leur Sauveur.

    Lorsque ces personnes se sentent à l’aise dans notre groupe, elles sont invitées aux réunions de jeunes ou à un groupe d’étude biblique. Parfois, elles y viennent aussi par elles-mêmes. Certaines acceptent le Christ comme leur Sauveur par un ami, d’autres pendant un culte ou un camp.

    En Amérique latine, nous croyons que l’évangélisation doit être adaptée à la culture et au contexte dans lesquels se trouve chaque église. Indépendamment de la méthode utilisée, les croyants sont motivés pour transmettre naturellement et activement leur foi personnelle en Christ.

    Pour nous, évangélisation ne signifie pas intolérance. Nous croyons que l’œuvre rédemptrice de Jésus sur la croix est le seul chemin vers le Père et vers le ciel, c’est pourquoi c’est notre devoir de partager ce message de grâce et de salut.

    Dominik Bergen, membre de l’église des frères mennonites du Paraguay, a représenté l’Amérique latine au comité des YABs depuis sa nomination au Sommet mondial de la Jeunesse lors de la 16e Assemblée à Harrisburg (États-Unis), en juillet 2015 jusqu’à la réunion du Comité exécutif à Augsbourg (Allemagne) où il a commencé à assurer la représentation régionale de l’Amérique latine. Oscar Suárez (Colombie) le remplace. Dominik a commencé des études dans un séminaire en Allemagne.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2017 de Courier/Correo/Courrier.

  • « Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit. Et voici : je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde. »

    Lors de ‘Renouveau 2027’ : ‘Transformés par la Parole : Lire les Écritures à partir de perspectives anabaptistes’ à Augsbourg (Allemagne) le 12 février 2017, le comité des YABs (Young AnaBaptists) a médité le texte de Matthieu 28/19–20 en partant de leur perspective locale. Les articles de cette section de Perspective sont adaptés de leurs présentations.


    J’ai grandi dans un petit village des Philippines, loin des villes, près des montagnes, des lacs et des fermes. Je vis dans une communauté où les gens sont très proches et le mode de vie très simple.

    Nous sommes orientées vers les relations. Nous partageons ce que nous avons avec nos voisins, confiants que lorsque nous aurons besoin d’aide, ils feront de même. Parfois, plusieurs générations vivent sous un même toit. Nous avons tendance à être émotifs : le filipino a des mots pour décrire des sentiments intenses que d’autres langues n’ont pas.

    Dans une communauté pauvre comme la nôtre, lorsque nous avons besoin de certaines choses, nous demandons au Seigneur. Quand un enfant est malade, nous prions pour sa guérison parce que c’est notre seule option. Lorsque l’on n’a rien, des miracles se produisent, et l’on est reconnaissant pour chaque manifestation de la grâce de Dieu, si petite soit-elle.

    Nos pasteurs ont à peine terminé leurs études secondaires, et seuls quelques responsables de notre église ont de l’instruction. Aucun d’entre eux n’est diplômé d’un séminaire mennonite. Je rêve que nos jeunes aient davantage de contacts internationaux, soient bien formés et plus unis théologiquement.

    Cela m’amène à notre texte : les instructions de Jésus à ses disciples à la fin de sa vie sur terre.

    La première étape du discipulat consiste à laisser Christ être le maître : être complètement dépendant de sa volonté comme un bateau sans pagaie ne dépendant que du vent, conserver un cœur prêt à vendre toutes possessions et à les donner aux pauvres, et cela uniquement pour suivre le Christ. C’est le cœur des disciples. Il faut être prêt à mourir pour sa foi, à tout laisser derrière soi pour mener une vie paisible dans d’autres parties du monde comme les premiers mennonites l’ont fait.

    La deuxième étape du discipulat est la formation, le processus d’apprentissage pour suivre le Christ. Le baptême ne fait pas immédiatement de nous un disciple ayant de la maturité.

    Troisièmement, être disciple signifie faire des disciples. C’est la responsabilité de tous les croyants, pas seulement des pasteurs. C’est la vocation des disciples du Christ. Jésus est allé chercher des disciples, leur a demandé de le suivre, les a instruits et a pris soin d’eux ; ensuite il leur a demandé de faire de même et de faire d’autres disciples. Ce n’est pas le don de quelques-uns seulement, c’est la responsabilité de tous.

    La passion de faire des disciples trouve sa source dans une compréhension profonde et une pleine expérience du pouvoir et de la grâce de Dieu.

    Accompagner et instruire les autres devraient se faire de manière systématique.

    Dans notre organisation de jeunesse mennonite aux Philippines, nous avons réalisé que les jeunes s’en allaient, alors nous avons créé une méthode. Ces derniers mois, cela a doublé le nombre des jeunes qui participent et a mis en place de nombreux responsables. Le concept est un cycle d’accompagnement et d’instruction mettant l’accent sur les relations et la responsabilité mutuelle.

    Nous choisissons des jeunes déjà engagés dans un ministère. Nous commençons à les former à être de bons responsables, à savoir enseigner, s’occuper des nouveaux croyants et à gérer un petit groupe. Ê mesure qu’ils sont formés et fortifiés, ils commencent à s’occuper les uns des autres, à inviter des amis, à animer leurs propres études bibliques, à parler à leurs parents, leurs frères et sœurs et leurs amis, faisant de nouveaux disciples du Christ.

    J’espère que notre culture encouragera chacun à accompagner et à être redevables mutuellement. Et je demande à ceux qui sont diplômés du séminaire, qui sont théologiens, qui ont plus d’expérience : voudriez-vous partager vos connaissances ?

    Si nous voulons rester pertinents et être la voix et les ambassadeurs de la paix dans ce monde, nous devons être plus volontaires dans notre approche en obéissant au commandement du Christ ! Nous devons nous imprégner profondément de l’amour du Christ et nous nous passionnerons pour le discipulat. Nous, les Asiatiques, nous nous multiplions en ayant des enfants, mais en tant qu’église, nous nous multiplions par le discipulat.

    —Ebenezer G. Mondez fait partie du Comité YABs (Jeunes anabaptistes). Il est membre de Lumban Mennonite Bible Church, Integrated Mennonite Church Inc., aux Philippines.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2017 de Courier/Correo/Courrier.

  • « Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit. Et voici : je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde. »
    Lors de ‘Renouveau 2027’ : ‘Transformés par la Parole : Lire les Écritures à partir de perspectives anabaptistes’ à Augsbourg (Allemagne) le 12 février 2017, le comité des YABs (Young AnaBaptists) a médité le texte de Matthieu 28/19–20 en partant de leur perspective locale. Les articles de cette section de Perspective sont adaptés de leurs présentations.

    J’ai grandi au Zimbabwe, en Afrique australe, un pays où le christianisme a été importé en même temps que la civilisation et le commerce. Dans ce contexte, je ne me suis jamais senti obligée de transmettre le message de Christ.

    L’ordre missionnaire de Jésus concernait une élite – ceux qui y étaient « appelés ». En tant que membre du corps du Christ, je devais simplement me débarrasser du péché, lire la Bible, prier et attendre d’aller au ciel. Répandre l’Évangile était le devoir de ceux qui avaient amené le christianisme au Zimbabwe. Un missionnaire était quelqu’un dont la peau était plus claire que la mienne, qui parlait une langue considérée comme supérieure à la mienne parce qu’elle n’avait aucun clic (son produit par la langue) et qui venait d’un endroit lointain. Je n’ai jamais pensé qu’un homme noir ou qu’une femme noire puisse être missionnaire.

    Un commandement à suivre

    Maintenant, je me rends compte que lorsqu’on s’est repenti, on a un devoir à remplir, un commandement à respecter : c’est de parler aux autres de Jésus-Christ.

    Quand nous commençons à suivre Jésus-Christ, nous voulons aimer comme lui, vivre comme lui, et surtout parler du royaume de Dieu comme il l’a fait quand il marchait sur la terre. Notre devoir est d’aider ceux qui sont perdus en leur faisant connaître Jésus, afin qu’il les sauve.

    Pour moi, l’ordre missionnaire de Jésus dans Mt 28/19 s’adresse à tous les disciples de Jésus-Christ. Et ce commandement joue un grand rôle dans l’expansion du royaume de Dieu.

    Faire des disciples

    Faire des disciples nous appelle à sortir de notre routine. Il faut quitter notre zone de confort. Quelquefois, il faut aborder des étrangers et leur parler de Jésus-Christ. Dans mon pays, l’accueil varie. Si l’on essaie une approche individuelle, on peut être pris pour un voleur ou quelqu’un qui n’a rien de mieux à faire. Dans mon contexte, il vaut mieux partager le message du Christ lors de croisades ou de programmes de sensibilisation et la réponse est habituellement positive.

    Faire des disciples, cela veut aussi dire ne pas choisir qui on contacte. L’évangile est pour tous. Il n’y a pas de ségrégation en ce qui concerne le message du Christ, ni envers ceux qui le partagent ni envers ceux qui le reçoivent : Jésus-Christ nous a demandé d’aller faire des disciples de toutes les nations. Peu importe la race, la tribu, la langue, le sexe ou l’âge, on n’est jamais trop jeune ou trop vieux pour parler de Christ.

    Ce n’est pas à nous de juger si les autres sont dignes ou non de recevoir le message du Christ, quelques soient notre perception des autres et notre vision de leur monde. Personne n’est trop bon ou trop mauvais pour recevoir la grâce de Dieu – c’est un don. Le Saint-Esprit transformera chaque personne pendant son cheminement spirituel.

    Vous qui cheminez sur cette terre, suivez-vous les commandements du Christ ? Une fois que l’on comprend que c’est une question de vie éternelle ou de châtiment éternel, on devient désireux de faire des disciples, dans le but de parler à autant de personnes que possible de Jésus-Christ. Si vous êtes sélectif concernant l’annonce du message de Christ, réfléchissez bien et priez, car le royaume de Dieu est ouvert à tous !

    —Makadunyiswe Ngulube est membre du comité YABs (Jeune anabaptistes). Elle vient de l’église des Frères en Christ Mount Pleasant, une assemblée d’Ibandla Labazalwane kuKristu eZimbabwe d’Harare (Zimbabwe).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2017 de Courier/Correo/Courrier.

  • Il y a une expression qui dit que l’on ne réalise pas ce que l’on a jusqu’à ce qu’on le perde, et je rajouterais, jusqu’à ce qu’il y ait un risque réel de le perdre.

    Il en est de même de nos ressources naturelles. Pendant longtemps nous avons eu accès à de l’eau propre, nous avons respiré un air pur et avons vécu dans un environnement propre et agréable. Mais quand notre ville à commencé à s’étendre, nous avons commencé à voir apparaitre des déchets autour de nous, notre air est devenu de mauvaise qualité. Tout à coup on nous dit que les rivières et les ravins d’où provient de moins en moins d’eau, sont en danger parce que le pays a vendu la terre de ces sources à des compagnies minières qui extraient de l’or, alors nous commençons à nous inquiéter.

    Notre responsabilité pour l’environnement

    C’est ce qui nous a amené à prendre au sérieux la protection de la nature et à rejoindre dans la lutte un grand nombre de personnes, pas forcément chrétiennes, mais avec un amour profond pour la nature. Nous croyons qu’il est de notre devoir d’impliquer notre église dans la lutte contre l’exploitation minière de l’or programmée dans la région de Cajamarca, avec toutes les graves implications sur l’environnement que cela représente.

    Nous avons donc commencé à participer aux manifestations « marche carnaval » pour la vie, l’eau et le contrôle de nos territoires. En plus des implications sociales et environnementales de ces actions, elles eurent également des répercussions politiques. En effet, cela a amené les régions à promouvoir la consultation populaire, pour décider si les populations veulent des concessions minières qui affectent l’environnement de leurs territoires. Le gouvernement n’a pas respecté la loi qui accorde la propriété de la partie souterraine des territoires à la nation, en octroyant ces terres sans même consulter les habitants.

    Les grandes mobilisations et le refus des communautés exprimé lors des consultations ont permis la suspension du projet et le retrait que nous espérons définitif de la société minière de Cajamarca.

    La sauvegarde de la création dans l’église

    En parallèle, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas vraiment de connaissance ni même de conscience environnementale dans nos communautés ecclésiales. nous avons donc commencé une série d’études à l’école du dimanche des adolescents, des jeunes et des adultes sur le thème de l’environnement que nous avons appelé Eco-théologie. Plusieurs d’entre nous ont partagé une réflexion sur les raisons pour lesquelles Dieu, notre Père Créateur de tout ce qui existe, nous appelle à prendre soin de sa création.

    Le sujet a suscité beaucoup d’intérêt dans notre communauté et nous avons commencé à voir de vrais engagements et initiatives de la part de nos frères et sœurs. Certains de ces efforts pouvaient paraitre inutiles mais en les considérant tous ensemble, lorsque chaque effort s’ajoute aux autres, ils commencent à avoir un effet.

    Par exemple, nous nous sommes rendus compte que nous devons recycler, en commençant dès l’origine des déchets. Cela nous a poussé à acquérir et à installer dans notre église un point écologique de tri des déchets pour faciliter leur recyclage.

    Les gens ont commencé à apporter les bouchons en plastique de leurs bouteilles d’eau ou de soda pour les rassembler et en faire don à une organisation « des bouchons pour guérir » qui les recycle et dont le profit va aux enfants cancéreux.

    Lorsque nous parlons des dommages causés à l’environnement par les piles et batteries de téléphones portables, certains frères commencèrent à apporter leurs piles usagées à l’église; il nous faut donc maintenant nous procurer un réceptacle adapté pour pouvoir ensuite les apporter au lieu approprié.

    Une sœur est de l’avis que si nous utilisons moins de papier dans notre église et que nous utilisons le projecteur au lieu de distribuer une feuille imprimée à chaque personne, nous allons contribuer à sauver quelques arbres.

    Ainsi que peu à peu, avec de petites actions comme ramasser les ordures, marcher, se déplacer à vélo, ne plus utiliser de choses jetables, ces petites choses ont commencé à être importantes pour tout le monde.

    Pendant presque un an nous avons mis l’accent sur la protection de l’environnement dans notre enseignement, et nous croyons qu’aujourd’hui, nous sommes une communauté avec un haut niveau d’engagement et de conscience écologique.

    —Jose Antonio Vaca Bello est membre de l’église mennonite chrétienne d’Ibagué à Tolima en Colombie.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2018 de Courier/Correo/Courrier.

  • Ces slogans : ‘Justice pour le climat maintenant !’ ‘Le pouvoir au peuple !’ ‘Laissez le pétrole dans le sol !’ résonnaient dans les couloirs alors que je traversais la ‘Zone bleue’ – lieu où 197 États membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC) étaient réunis en décembre 2015 pour décider de l’avenir de notre climat. C’était la première fois que j’assistais à ces négociations sur le climat, et elles se sont avérées historiques : l’Accord de Paris (un accord mondial pour sauvegarder / protéger le climat et les personnes vivant sur cette planète) a été adopté !

    C’était aussi la première fois que j’entrais en contact avec tant de communautés religieuses prônant un environnement durable et la résilience aux changements climatiques, aux côtés des communautés et des personnes les plus vulnérables. Invitées en tant qu’observatrices officielles, les communautés religieuses ont eu la possibilité, non seulement d’approcher les négociateurs à un niveau individuel pour le difficile travail de plaidoyer, mais elles ont aussi eu un créneau pour faire entendre leur voix devant un public de ministres et de chefs d’États lors d’un ‘dialogue de haut niveau’.

    Le changement climatique, ce n’est pas une ‘fake news’ (fausse nouvelle), mais une dure réalité dans le monde, ressentie surtout par nos frères et sœurs des pays du Sud. La destruction de l’environnement et les changements climatiques, intensifiés par le mode de vie des pays du Nord, sont des facteurs clés de la pauvreté. La pression continue sur nos ressources communes prive les plus pauvres et les plus vulnérables de moyens de subsistance durables et dignes – souvent à l’origine de conflits.

    La crise climatique actuelle montre clairement qu’un environnement durable, la dignité humaine et l’amélioration de la résilience des communautés les plus vulnérables sont étroitement liées et interdépendantes. Nous, mennonites et chrétiens d’Allemagne, nous nous sommes donc engagés à agir pour un [développement] durable afin de protéger la création de Dieu pour les générations futures et les moyens de subsistance de millions de personnes aujourd’hui.

    Cela commence à petite échelle, dans certaines de nos assemblées qui ont des panneaux solaires sur les toits pour réduire la consommation d’énergie fossile.

    Cela continue avec certains de nos membres qui refusent de posséder une voiture, parce que ce n’est tout simplement pas nécessaire dans les zones urbaines.

    Beaucoup de nos paroisses sont engagées dans des activités de quartier pour renforcer les communautés locales et soutenir les moins privilégiés.

    Toutes ces initiatives découlent de l’engagement à prendre soin de la merveilleuse création qui nous a été confiée.

    Cependant, il fallait que ces questions préoccupent encore davantage nos églises – énergie 100% renouvelable, consommation responsable, éducation théologique sur le développement durable et travail de sensibilisation et de mobilisation sur le plan local. En outre, être actif et impliqué dans la famille œcuménique peut élargir cet engagement local et le porter au niveau mondial. Grâce à des activités ciblées sur la scène politique pour influencer les directives et les décisions, nous pouvons protéger tout enfant de Dieu, qui n’est pas notre voisin au sens strict, mais qui est membre de la famille mondiale de Dieu.

    Revenons aux négociations sur le climat : En tant que communauté œcuménique mondiale d’églises, le Conseil œcuménique des Églises (COE) joue un rôle de premier plan parmi les communautés religieuses lors des négociations sur le climat. En 2013, l’AMG (notre union d’églises) et d’autres unions mennonites, membres du COE se sont jointes au ‘Pèlerinage Justice et Paix’, qui est proche des valeurs anabaptistes. Dans le contexte climatique, cela est devenu ‘Pèlerinage Justice et Paix climatiques’. Il s’agit de sensibiliser à la nécessité de ne pas oublier la justice climatique et de faire entendre la voix des plus faibles et des plus vulnérables dans notre communauté mondiale.

    « Nous avons besoin de la sagesse de la création », a déclaré Olav Fykse Tveit, secrétaire général du COE, lors d’un office pour la justice climatique pendant les négociations climatiques récemment à Bonn : « une sagesse qui voit la réalité et qui comprend et reconnaît l’époque dans laquelle nous vivons. Une sagesse qui […] a le courage d’agir et d’innover afin que nous puissions préparer ensemble l’avenir. »

    Notre amour pour Dieu et pour le peuple de Dieu nous incite à élever la voix, à nous tenir aux côtés des personnes vulnérables, à être politiquement actifs et à œuvrer pour un monde juste sur le plan climatique. C’est pour ces raisons que nous nous joignons au mouvement œcuménique et que nous prions tout en continuant ce pèlerinage : « Dieu de la vie, conduis-nous à la justice et à la paix ».

    –Rebecca Froese est membre d’AMG – Arbeitsgemeinschaft Mennonitischer Gemeinden in Deutschland, une union d’églises mennonites en Allemagne.


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2018 de Courier/Correo/Courrier.


    Le groupe de travail pour la protection de la création collaborera avec les églises de la CMM pour 

    a) accroître la prise de conscience de la crise climatique.

    b) proposer des façons concrètes de vivre plus écologiquement.

    c) étudier les impacts de la crise climatique sur les pays représentés.

    d) encourager le développement de capacités bibliques et théologiques en lien avec la crise climatique.

    e) élaborer un plan stratégique pour la CMM, détaillant des objectifs concrets immédiats, à moyen-terme et à long-terme.

    En savoir plus

  • En ce début de troisième millénaire, l’humanité fait face à de sérieux problèmes écologiques qui menacent la vie de l’homme et de toute la création. Les conséquences du réchauffement climatique sont perceptibles dans tous les pays du monde : la pollution de l’air et de l’eau, les fortes inondations et les grandes chaleurs, etc.

    En Afrique, principalement dans les pays au sud du Sahara, les populations sont exposées à de multiples maladies à cause de la dégradation de la création et des conditions de vie. Les autres créatures, telles que les poissons, les animaux, tant domestiques que sauvages, les oiseaux, les arbres et rivières, ne sont pas épargnées. Elles sont victimes de la cupidité et de la folie humaines. Or, de même que le Seigneur nous garde, nous devons garder la création de Dieu, en prenant soin de la terre et de ses habitants ; telle est la volonté du créateur.

    1. La Bible et la sauvegarde de la création

    La Bible n’est pas muette concernant la responsabilité de l’homme à l’égard de la création. Elle est riche de leçons dans ce domaine au point que plusieurs ont été amenés à considérer la parole de Dieu comme une sorte de livre d’écologie, un manuel qui aide les chrétiens à vivre correctement sur la terre, un manuel qui nous indique « comment vivre sur la terre pour n’être pas désorientés en arrivant au ciel » (Dewitt).

    1. Fondement vétérotestamentaire

    L’Ancien Testament contient plusieurs passages bibliques qui nous renseignent sur notre responsabilité à l’égard de la création. Toutefois, le passage le plus éloquent, est celui de Gn 2/15 « l’Éternel prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder ». Ce verset pose le fondement biblique de la protection de la création. Il souligne le mandat culturel de la mission de Dieu confiée à l’homme dans le jardin d’Eden. Ce double mandat missionnaire consiste à cultiver et garder. Parlons-en succinctement :

    Cultiver – àvàd

    C’est la main même du Créateur qui a façonné les merveilles photographiées par Esther Martens autour de chez elle, au Saskatchewan. Bien que la paroisse mennonite près d’elle ait fermée, elle reste en contact avec la famille anabaptiste mondiale. Photo : Esther Martens

    Étymologiquement, ce mot tire son origine de la racine àvàd qui signifie cultiver, servir, travailler. Dans tout l’Ancien Testament àvàd n’a que ces deux significations qui reviennent au même : honorer et glorifier Dieu.

    Dans le premier cas, il s’agit de rendre un culte à Dieu, d’accomplir certains services dans l’adoration. Le second a trait au travail manuel de l’homme pour subvenir à ses besoins ou pour le compte de leur maître, dans le cas des esclaves. C’est aussi un service que l’on rend aux rois (Ex 20/9, 30/16, Lv 25/39, Dt 28/23, Ps 128/2, 24/1-2, Ac 20/35, 1 Co 16/58, 2 Th 3/8–9,11).

    Dans cette perspective, l’homme n’est pas créé pour ne rien faire. Le travail est une nécessité de sa nature, qui ne peut se développer que par le moyen de l’activité. C’est le travail qui développe l’intelligence, l’ingéniosité, toutes les forces de l’énergie et de la volonté, aussi bien que celles du corps (Rochedieu). L’homme est d’abord appelé au travail, puisque c’est la condition sine qua none de tout développement. L’homme continue l’œuvre de Dieu par le travail. L’homme et la femme vit pour travailler, car Dieu veut qu’ils soient prospéres. L’apôtre Paul dit même que « celui qui ne travaille pas ne mange pas non plus » (2 Th 3/10).

    Il sied de souligner qu’au début, le travail manuel n’est ni une malédiction ni la conséquence du péché. Il est une institution divine. Le travail vient de Dieu, car, lui-même a travaillé et travaille encore.

    Le terme àvàd, compris comme service à rendre, renvoie aussi au culte que l’homme doit rendre à Dieu. Or le véritable culte consiste à se mettre au service des autres pour le bien (Es 58/6-7 ; Jc 1/27) ; cultiver signifie obéir à la volonté et aux prescriptions de Dieu. Rochedieu estime à ce sujet « qu’il y a dans ce cas une étroite analogie entre cultiver, culte et culture. Le bon usage de la mission conduit nécessairement au service à rendre à Dieu pour sa gloire et son honneur et pour le bien-être et l’intégrité de toutes les créatures, il demande à Dieu son pain tout en se mettant au travail pour l’obtenir » .

    Dieu a placé l’homme dans le jardin, non seulement pour le cultiver, mais aussi pour le garder.

    Jepara (Indonésie) est célèbre pour ses sculptures. Yanto Bengadi fait de nombreuses sculptures décoratives, principalement sur des thèmes floraux. « Je suis convaincu qu’il faut préserver la création de Dieu pour notre propre génération » dit-il. (Il est membre de l’église mennonite GITJ de Sukodono). Photo : Yanto Bengadi

    Garder – shamar

    Ce verbe signifie : garder, surveiller, veiller sur, protéger, conserver, retenir, conserver le souvenir, observer, remarquer, tenir. Ce verbe est utilisé 126 fois dans le pentateuque, 128 fois dans les prophètes et 165 fois dans les Écritures. Dans le passage de Gn 2/15, shamar prend le sens de surveiller, préserver, prendre soin.

    De ce point de vue, la tâche de l’homme consiste à garder le jardin contre un ennemi d’une toute autre nature, qui aspire à s’en rendre maître et qui ne tardera pas à apparaitre. Cette tâche d’Adam qui ne se rapportait qu’au jardin, laisse entrevoir celle de l’humanité à l’égard de la terre.

    Le mot garder shamar se réfère tant aux bergers qui veillent sur le troupeau (1 S 17/20) qu’au fermier qui prend soin du jardin comme dans Gn 1/28 et 2/15, « l’humanité a été responsabilisée » (Roop).

    « La mission confiée par Dieu ne s’accomplit pas dans l’exploitation et la destruction de la flore et de la faune, » ecrit professeur d’ethique Jochem Douma. « Bien au contraire, l’homme n’a pas seulement affaire à des ‘ choses’ qu’il peut manipuler et déformer selon son bon plaisir pour s’enrichir, il a reçu l’administration d’une fonction déterminée par Dieu. Il s’ensuit que l’homme doit se comporter avec les autres créatures en tenant compte des caractéristiques que Dieu a accordées à chacun. »

    En tant qu’administrateur de grands biens, l’homme ne saurait prétendre passer devant pour être le propriétaire. Le monde est une création de Dieu et non de l’homme. Il est seulement le gérant d’une création qui reste la propriété de Dieu. Elle doit être gérée selon les normes de la justice divine et non selon celles que l’homme forge dans son désir de puissance.

    De nos jours, la création connait une dégradation à grande échelle qui ne doit pas laisser indifférents ceux qui s’appellent disciples de Jésus-Christ, car la survie de l’humanité actuelle et celle des générations à venir en dépend.

    Quatre tableaux (acrylique) représentent la région de Waddenzee dans la partie nord des Pays-Bas; « L’une des dernières régions désertes et naturelles de ce pays surpeuplé », explique l’artiste AnnaMarjan Bosma, membre de Doopsgezind Gemeente Leeuwarden – assemblée mennonite de Leewarden (Pays-Bas). « C’est près de chez moi et c’est un endroit magnifique pour prier. Je sens que Dieu est très près de nous ». Photos : AnnaMarjan Bosma

    Fondement néotestamentaire

    Plusieurs passages du Nouveau Testament parlent de la dimension cosmique de l’Évangile. Nous n’examinerons cependant que les textes des épitres de Paul aux Colossiens (1/15-23) et aux Romains (8/18-22).

    Le passage Col 1/15-23 affirme clairement qu’en Christ, tout (panta en grec) subsiste, parce que « tout a été créé par et pour lui » . Il décrit le lien qui existe entre le Christ de la création et le Christ de la croix. Il est celui en qui toutes choses sont réconciliées et retrouvent l’harmonie. Paul déclare hardiment que les bénéficiaires de cette harmonie retrouvée ne sont pas seulement les hommes, mais toutes choses. Cela est un acquis présent et futur.

    Dans Rm 8/18-22, Paul écrit que toute la création souffre (les êtres humains et les autres créatures), et elle attend le jour de la rédemption des fils de Dieu. Cette souffrance vient de la rébellion de l’homme contre la loi de Dieu. Car Dieu a créé un jardin luxuriant, productif, sans mauvaises herbes, un lieu de pleine santé et de vie, mais le péché a amené la maladie, la mort, les épines et les chardons. L’homme doit travailler dur pour gagner son pain car la terre nourricière est maudite. En l’espace de deux siècles (depuis le début de l’ère industrielle), l’espèce humaine a mis en question les fondements de la vie.

    Nous devons essayer d’aimer tout le monde, mais surtout rapprocher chaque enfant de Jésus, car ils peuvent apporter un grand changement dans ce monde, même si nous ne faisons que d’y passer. Bryan Diaz est membre de l’assemblée Cruising for Jésus à Cali (Colombie). Photo : Bryan Diaz, Iglesia Cruising for Jesus, Cali, Colombia.

    La création souffre et soupire les douleurs de l’enfantement à cause de l’activité humaine : la destruction des espaces naturelles et l’urbanisation, l’extinction des espèces, la détérioration des sols, la transformation des ressources naturelles, les déchets et les produits dangereux, la pollution à grande échelle, l’altération de l’équilibre planétaire, la dégradation humaine et culturelle, le réchauffement climatique, l’insalubrité dans les grandes villes des pays en voie de développement etc. Ce sont de graves maux dont souffre la création.

    Or, le mandat que Dieu a confié à l’être humain consiste à cultiver et garder le jardin. Mais en réalité l’homme ne fait que cultiver et exploiter la terre sans se préoccuper du second volet du mandat culturel de garder le don de Dieu sachant que le vrai propriétaire du cosmos est Dieu qui a créé toutes choses pour sa gloire. Et s’il nous a donné les bienfaits de la création pour que nous en jouissions de manière responsable, nous devons veiller à ne pas porter atteinte à sa fécondité.

    En revanche, si nous agissons selon l’enseignement biblique à ce sujet, nous vivrons heureux et nous offrirons aux générations futures un avenir radieux.

    1. Les avantages de suivre l’enseignement biblique sur la sauvegarde de la création

    L’enseignement biblique sur la sauvegarde de la création a plusieurs avantages. Il nous permet de :

    • Bannir l’ignorance face à notre responsabilité par rapport à la protection de la création. Plus nous sommes renseignés sur les dégradations et les destructions infligées à la terre de notre Seigneur, plus nous sommes obligées de revoir notre responsabilité comme gérants et administrateurs de notre planète et de ses habitants. Nous comprenons que Dieu est le créateur de tout l’univers (Gn 1/1), qui lui rend un témoignage éloquent (Ps 19) ; toute la création appartient à Dieu (Dt 10/14 ; Ps 24/1 ; 1 Co 10/26) qui l’aime et en prend soin, donnant eau et nourriture à toutes les créatures Ps 104 ; Ac 14/17), comme il a donné aussi le Christ Jésus (Jn 3/16). Nous sommes assurés que le seigneur nous bénit et nous garde (Ps 104 ; Nb 6/24–26).
    • Accorder à nous-mêmes et au sol un repos sabbatique c’est-à-dire le temps du rétablissement et de la jouissance des fruits de la création de Dieu (Ex 20/23, Lv 25/26). Tout comme Dieu pourvoit aux besoins de ses créatures, nous devons le faire également, en leur permettant d’être fécondes et de se multiplier Gn 1/22 ; 28/17 ; 9/1–7), et ne pas ajouter ‘maison sur maison’ (Es 5/8).
    • Participer aux efforts consentis par les uns et les autres pour arrêter les dégradations rapides de la création qui menacent le monde. Car les conséquences de ces dégradations sont dramatiques tant pour l’espèce humaine que les autres espèces.
    • Ouvrer dans la perspective du développement durable, d’être appelés à travailler pour notre développement, sans compromettre celui des générations futures.

    La Iglesia Menonita Fuente de Vida de Jac√≥ (Costa Rica), propose des ateliers gratuits o√π les enfants et les adultes font de l’artisanat à partir de matériaux recyclés. « Grâce à ces ateliers, nous essayons de sensibiliser le public à la protection de l’environnement dans le cadre de notre responsabilité [de chrétien] », dit la pasteure Sandra Campos. Photos : Sandra Campos

    1. Les co√ªts de la sauvegarde de la création

    √Ä l’échelle planétaire, les gouvernements mondiaux sont divisés sur les questions liées à la protection de l’environnement. Les pays capitalistes et les pays les plus industrialisés du monde sont les plus grands pollueurs. Ils ne parlent pas le même langage quant à la question du réchauffement climatique, qui pourtant est une véritable menace pour l’avenir du monde. L’année passée (2017), les États-Unis, l’un des pays les plus industrialisés du monde, se sont retiré des accords de Paris sur le réchauffement climatique.

    Les États les plus industrialisés doivent mettre de côté leur égo, changer leur vision du monde pour espérer changer la face du monde. C’est à ce prix que les moyens financiers peuvent être mobilisés pour arrêter les dégradations de la création dont les conséquences sont globales. Chaque État doit être conscient des sérieux problèmes écologiques qui menacent l’existence de la création.

    En République Démocratique du Congo (RDC), la situation écologique est dramatique. En effet, depuis le génocide au Rwanda en 1994, l’est du pays a accueilli des milliers de réfugiés armés, qui ont saccagé la faune et la flore du pays. Les guerres successives ont contribué à la dégradation de l’environnement. Les parcs nationaux de Virunga et de Garamba sont devenus les repaires des groupes armés locaux et étrangers qui continuent à tuer les gorilles des montagnes, les okapis, les hippopotames, etc.

    Dans les villes comme Kinshasa, la situation environnementale est dramatique : Kinshasa, appelée autrefois ‘Kin la belle’ est qualifiée par les Kinois eux-mêmes de ‘Kin la poubelle’ (Nzuzi). L’insalubrité règne partout. Les bouteilles en plastiques sont jetées partout, dans les caniveaux, les ruisseaux et les rivières. L’érosion a déjà emporté certaines parties des quartiers de la ville.

    Cette insalubrité est à la base de maladies mortelles comme la typho√Øde, le paludisme, le choléra etc. Au moment o√π j’écrit, une épidémie de choléra sévit dans l’un des quartiers les plus défavorisés et peuplés de la ville de Kinshasa, le quartier Camp-Luka situé dans les communes de Ngaliema et Kintambo.

    Face à cette situation, l’État congolais en général et le gouvernement provincial de Kinshasa en particulier, sont impuissants. Selon le gouverneur de la ville, le gouvernement provincial n’a pas les moyens financiers et matériels d’assurer l’assainissement quotidien de la ville. Les efforts consentis par le gouvernement et les personnes de bonne volonté sont une goutte d’eau dans l’océan.

    Le co√ªt de la protection de la création exige à la fois des moyens financiers importants et le changement de mentalité des populations.Près du village de Wamba, à l’est de Kinshasa (République Démocratique du Congo), une ferme sert à pour financer un nouveau bâtiment pour la paroisse Frères mennonite du village. Ici, trois cultures – ma√Øs, manioc et arachide – poussent ensemble dans le même champ, mais sont récoltées à des périodes différents. Des femmes mennonites de Kinshasa passent deux semaines de temps en temps pour y travailler et rester avec d’autres chrétiens du village. Photo : J. Nelson Kraybill

    1. La contribution des églises mennonites à la protection de la création en République Démocratique du Congo.

    Les dégradations de la création en RDC sont étroitement liées aux cultures et aux besoins alimentaires et économiques des populations de chaque province. Par exemple, dans les régions du Kasa√Ø et du Sud-Ouest du Kwango, l’exploitation artisanale du diamant a complètement modifié la flore et l’hydrographie et certaines espèces animales sauvages ont complètement disparu.

    Dans un tel environnement, les efforts des responsables mennonites consistent à conscientiser les membres et les populations locales au changement de mentalité et de la perception du monde vis-à-vis de la création, à la lumière de l’enseignement biblique.

    Grâce au programme ‘Évangélisation et Santé communautaire’, les pasteurs et les membres des églises locales sont sensibilisés à travailler pour leur propre développement, mais aussi à la protection de la création et à la lutte contre l’insalubrité. Par exemple nous avons demandé à tous les pasteurs de Kinshasa d’assainir régulièrement la cour et l’environnement immédiat de leurs paroisses, de construire des installations hygiéniques dignes de ce nom et de planter des arbres dans la cour lorsque l’espace le permet. Après quelques visites effectuées dans différentes paroisses, ce travail est déjà efficace.

    En outre, les jeunes mennonites s’associent à d’autres jeunes pour lutter contre l’insalubrité et les érosions de Kinshasa. Ce travail se fait avec les moyens du bord : sacs, bèches etc. Les années passées, grâce aux efforts de nos jeunes, les paroisses de Lonzo dans le quartier Camp-Luka, la commune de Ngaliema et la paroisse Mfila situées dans le quartier Delvaux de la même commune ont pu être sauvées des gigantesques érosions qui les menaçaient de disparition.

    Conclusion

    « Cette photo me rappelle le Psaume 46:11 : ‘Arrêtez [cessez-immobilisez-vous], et reconnaissez que je suis Dieu’ », dit Shena Yoder, membre de la First Mennonite Church à Middlebury, (Indiana, États-Unis), originaire des Philippines. Elle aime prendre des photos de plantes qui sont généralement négligées. Photo : Shena Yoder

    Dans le contexte de la RDC, les églises chrétiennes en générale et les mennonites en particulier, ont une lourde responsabilité par rapport à la protection de la création. Les responsables chrétiens et les fidèles des églises locales doivent être davantage enseignées sur le thème de la sauvegarde de la création. Ils doivent aussi mener des actions concrètes allant dans le sens de sa protection. Les responsables ecclésiastiques doivent jouer leur rôle prophétique en interpellant les dirigeants politiques concernant les dégradations de l’environnement.

    Le contexte de nos frères et sœurs du Nord est différent de celui du Sud. Toutefois, la lutte contre les dégradations de la création est une affaire commune. Car ses conséquences sont, non seulement locales, mais mondiales. C’est pourquoi, les expériences des frères du Nord peuvent servir aux frères du Sud qui sont les plus exposés aux méfaits de la détérioration de la création de Dieu.

    Historiquement, les mennonites sont attachés au travail de la terre (cultiver et garder) ; les expériences des uns et des autres dans ce domaine peuvent renforcer nos liens de fraternité et de partage. Je souhaite qu’une commission dénommée ‘Développement et Sauvegarde de la Création’ soit créée au sein de la CMM pour mettre à jamais notre empreinte en tant que communauté de foi attachée aux enseignements du Christ.

    ‚ÄîKukedikila Ndunzi Muller est représentant provincial de la Communauté des Églises des Frères Mennonites à Kinshasa, enseignant au Centre Universitaire de Missiologie (Kinshasa), et doctorant en développement holistique.

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’avril 2018 de Courier/Correo/Courrier.

    Bibliographie sommaire

    Dewitt, C.B., L’environnement et le chrétien (Quebec :Ed. la clairière). 1995

    Douma, J., Bible et écologie (France : kerygma). 1991

    RocheDieu, C., Les trésors de la Genèse (Geneve : Emma√ºs)

    Roop, E.,F, Genesis, Believers church Bible commentary (Scottdale : Herald Press) 1987

    Nzuzi, Lelo Kinshasa, ville et environnement (paris: harmattan). 2009

    Katalamu, Mobi ’ protection durable de l’environnement’ (Kinshasa : CUM). 2016

    Harimenshi, P.,B., ’ Mission et écologie’ (Kinshasa : CUM). 2002

  • ‘Renouveau 2027’ est le nom que la CMM a choisi pour désigner la décennie de rencontres qui commémoreront les cinq siècles d’existence de notre communauté spirituelle. Pendant ces 10 années, nous aimerions mettre l’accent sur les perspectives mondiales, œcuméniques et transculturelles de notre histoire.

    Nous nous souviendrons du passé afin de regarder vers l’avenir. Comme l’a souligné l’auteur colombien Gabriel García Márquez : « Ce qui importe dans la vie, ce n’est pas ce qui vous arrive, mais ce dont vous vous souvenez et la manière dont vous vous en souvenez ». Nous voulons souligner l’importance de nos racines afin de remercier Dieu pour l’héritage spirituel que nous avons reçu. En même temps, nous souhaitons nous approcher de notre Seigneur dans un esprit de repentance et de renouveau, apprenant du passé afin de grandir dans notre relation avec Dieu ici et maintenant, et dans les années à venir.

    Lors de la première rencontre, ‘Transformés par la Parole : Lire les Écritures dans une perspectives anabaptiste’, nous avons exploré le rôle qu’ont joué l’affirmation de Martin Luther, sola-scriptura, les idéaux monastiques d’imitation du Christ dans notre propre tradition, et comment les Écritures sacrées continuent à être pertinentes pour notre communauté spirituelle mondiale aujourd’hui.

    Pendant cette journée à Augsbourg (Allemagne), j’ai gardé à l’esprit une œuvre artistique que j’avais vue dans une des assemblées mennonites d’Amsterdam (voir la couverture). Sur la chaire au centre du sanctuaire, il y a une Bible ouverte et en mouvement. Les pages sortent et entrent dans la Bible, et volent tout autour de la pièce.

    Cette œuvre montre l’Écriture comme un texte vivant qui intègre nos propres histoires par l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est ainsi qu’est rapportée l’histoire des premiers disciples dans les Actes. L’accent anabaptiste sur l’imitation du Christ nous invite à voir l’Écriture comme un scénario pour notre propre vie, ou une pièce de théâtre à vivre et à mettre en pratique quotidiennement.

    Cependant la Bible n’a pas toujours été vue ainsi dans notre histoire anabaptiste.

    Le plus souvent, nous avons utilisé le texte sacré comme un outil pour mesurer l’orthodoxie doctrinale des autres, provoquant ainsi la division et la fragmentation au sein du corps du Christ. Cela s’est produit trop souvent dans nos églises chaque fois que nous constations que nos perspectives sur les Écritures ne coïncidaient pas.

    Nous avons souvent ignoré les passages nous invitant à vivre le don de l’unité au sein de la diversité. Nous avons négligé le don de la communion en dépit de, et grâce à, la diversité. Nous en sommes malheureusement venus à croire que nos divergences éthiques ou doctrinales étaient une raison suffisante pour briser le corps du Christ.

    Aujourd’hui, tout en remerciant Dieu de l’accent mis sur l’interprétation communautaire et centrée sur le Christ, et la mise en pratique de l’Écriture, nous devons garder une attitude repentante envers les divisions qui existent parmi nous, en raison d’une approche inadéquate de la lecture des Écritures. Cherchons le renouvellement qui vient d’un cœur contrit, capable de reconnaître notre péché et son impact sur l’unité dans l’église.

    Ma prière est qu’aujourd’hui, notre compréhension de la Bible soit renouvelée par le texte vivant qui parle maintenant ; que nous puissions voir que notre division est un péché qui doit être éradiqué. Que notre désir de vivre et de mettre en pratique la Bible aujourd’hui nous unisse dans un esprit d’interdépendance.

    Puissions-nous être transformés par la Parole !

    —César García, secrétaire général de la CMM, travaille au siège social de Bogotá (Colombie).

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2017 de Courier/Correo/Courrier.
  • Comment l’Église devrait-elle réfléchir à la santé mentale ?

    Notre état mental est lié à notre corps et à notre esprit, et, comme eux, peut être en mauvaise santé. Dans la partie ‘Perspectives’ de ce numéro, des responsables et des praticiens de la santé d’églises anabaptistes du monde entier traitent du rôle des églises dans la prise en charge de la santé mentale de leurs fidèles.

    Les églises, communautés de guérison

    Depuis le milieu des années 1960, la Colombie a été engagée dans un conflit armé forçant environ 7 millions d’hommes, de femmes et d’enfants à quitter leur foyer et entraînant la disparition de plus de 60 000 personnes et la mort de près de 600 000 civils. Certaines de ces personnes, fuyant vers les grandes villes, sont venues dans nos églises. Elles sont arrivées avec les forces et les ressources que la vie leur avait données, mais aussi chargées du poids de tristesse de la perte de leur communauté. Elles se demandaient aussi souvent comment un Dieu aimant pouvait-il permettre que cela leur arrive. Elles désiraient la justice, et elles avaient peur – une peur souvent justifiée – que la menace qu’elles fuyaient ressurgisse dans la ville où elles se trouvaient.

    Nos églises anabaptistes et nos organisations colombiennes ont réalisé qu’il est ‘important de répondre aux besoins spirituels, psychologiques et sociaux des personnes qui venaient vers elles. En collaboration avec le MCC, ces églises ont commencé à réfléchir à la façon de procéder. Les membres ont reçu une bonne formation avec le programme STAR de Eastern Mennonite University, et du matériel de guérison du stress et des traumatismes fournis par le MCC.

    Nous avons choisi l’assemblée locale comme centre de notre action, considérant qu’elle a le potentiel de devenir lieu de guérison. Nous avons uni nos efforts (Frères en Christ, Frères Mennonites et Églises mennonites) et créé la Coordination des Églises pour une Action Psychosociale (CEAS) : une ressource pour que les paroisses puissent accueillir les victimes qui se présentent.

    Comment être un lieu de guérison

    En 2012, le CEAS a entrepris d’interroger des personnes déplacées participant activement à une assemblée anabaptiste. Ces entretiens visaient à définir les qualités des églises permettant de connaître la guérison (spirituelle, psychologique, sociale et même physique) et ce, même dans une situation de déplacement forcé. Ils permettaient également à voir ce que les paroisses pourraient faire de plus.

    Les réponses montrent qu’il est incroyablement simple pour les assemblées locales d’être un lieu de guérison. Les membres permettent à la présence de Dieu de guérir les personnes traumatisées et de retrouver un sens à la vie en les accueillant et en leur manifestant un intérêt sincère, en leur offrant un lieu sécurisé, en écoutant leur peine et leur souffrance et en les encourageant à reconstruire leur vie. C’est par la paroisse qu’elles rencontrent le Christ et peuvent renforcer leur relation avec Dieu.

    Les témoignages reflètent ce qui a été identifié par la psychiatre Judith Herman et la thérapeute Carolyn Yoder de STAR, qui soulignent que la sécurité, le fait de reconnaître ce qui s’est passé et la reconnexion sociale sont des éléments clés du processus de guérison. Quand le sens qu’une personne donnait à sa vie est ébranlé, vivre au sein d’une assemblée spirituelle acceptante aide à le retrouver ou en construire un autre, et à avancer vers la guérison.

    Lorsqu’on lit la Bible à partir de la perspective du traumatisme et de la résilience, on discerne l’angoisse et le désir de Dieu des Israélites chassés de leur foyer (Lm 3, Ps 79, 137) et de Job quand il a tout perdu (Jb 2, 19), la foi et la résilience des Psaumes (Ps 23, 91), l’espérance contenue dans

    les messages des prophètes (Mi 4/1–4) et de Jésus incarnant l’amour de Dieu (Jn 1/1–14, Ep 2/17–19). Nous comprenons que les églises sont chargées de poursuivre cette œuvre d’amour et de réconciliation (Ep 1/23, 2 Co 5/18–20).

    Retrouver sa dignité transforme

    Andres (nom changé) est arrivé à l’église mennonite de Teusaquillo à Bogota, rempli de colère et de crainte, redoutant qu’à tout moment ceux qui ont tué son frère et son père surgissent dans les rues de Bogota. Se sentant bien accueilli, et accepté tel qu’il était, Andres a commencé à s’ouvrir à la communauté. La possibilité d’explorer de nouvelles options lui a permis de surmonter sa haine et il a retrouvé la dignité dans la reconstruction de sa propre vie. Le témoignage d’Andres montre quelle importance peut avoir une église accueillante, prête à écouter les témoignages et à offrir un lieu où grandir dans la communauté et dans la foi.

    Le projet d’entrevue a abouti à un guide d’étude destiné à aider les assemblées à devenir des communautés de guérison. Il commence à être utilisé par les églises mennonites et Frères Mennonites de Colombie. Ce livret s’avère utile non seulement pour les victimes de traumatismes, mais aussi pour tous ceux qui font l’expérience de la souffrance, du rejet et de la perte pour connaître la transformation vers une plénitude de vie. Les témoignages, les textes bibliques et les exercices contenus dans la brochure sont applicables à tous.

    La Colombie a commencé à mettre en œuvre des accords de paix. Les paroisses doivent maintenant relever le défi d’intégrer les ex-combattants et d’avancer vers la réconciliation. Les victimes veulent la vérité et la justice. De nouvelles formes de violence armée apparaissent. Dans ce contexte, les assemblées locales, communautés de guérison, peuvent contribuer de manière significative à la consolidation de la paix. Offrir les conditions favorables au pardon et à la repentance peut aider à briser le cycle de la violence. La guérison des traumatismes peut mettre fin à l’intériorisation de la souffrance subie et à la victimisation. L’acceptation favorise le lien social et aide à construire la communauté.

    Les assemblées locales avec un message de salut ont longtemps été des lieux de guérison et d’espoir. Ce projet documente des expériences spécifiques de paroisses, identifie des apprentissages qui servent d’outils pédagogiques pour renforcer la capacité des assemblées à favoriser la communauté et la guérison.

    —Nathan Toews et Paul Stucky collaborent en Colombie avec la Coordination des Églises pour une Action Psychosociale (CEAS), financée par le MCC. Nathan travaille avec le MCC en Amérique latine et Paul coordonne le CEAS tout en étant le représentant régional des Andes auprès de la CMM.

    PDF de « Iglesia Acogedora y Sanadora » guide d’e?tude en espagnol

    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro avril 2017 de Courier/Correo/Courrier

  • La vie renait dans un cimetière ! 

    Des expressions anabaptistes variées poussent dans le sol dur de la Thaïlande 

    « La Thaïlande : cimetière de la mission » : cette expression a résonné aux oreilles des missionnaires en route vers la Thaïlande pendant des décennies… Heureusement, Dieu voit les choses autrement ! Une vision différente émerge enfin – et les anabaptistes y ont une place ! 

    Premières graines  

    Il y a 201 ans, Ann Judson (l’épouse d’Adoniram Judson) avait appris suffisamment leur langue pour parler de l’évangile aux prisonniers siamois (thaï) en Birmanie. Douze ans plus tard, en 1828, les premiers missionnaires protestants sont arrivés en Thaïlande, 260 ans après les premiers prêtres catholiques. 

    Pour les catholiques comme pour les protestants, les années 1800 sont des années de dévouement et de persévérance incroyables. Les missionnaires se heurtent à une cohésion sociale presque impénétrable, bâtie sur un mélange de bouddhisme et de brahmanisme, ainsi que des racines profondes d’animisme qui rajoutent une raison de craindre le changement (ce qui est toujours le cas). De même que le peuple thaïlandais a démontré une capacité inégalée à résister à la colonisation grâce à une diplomatie impeccable, il s’est montré résolument attaché à sa déclaration d’identité implicite : « Être thaïlandais c’est être bouddhiste ». 

    En 1880, Dieu a de nouveau utilisé les bases établies en Birmanie pour bénir la Thaïlande. Trois évangélistes de la tribu Karen (en Birmanie) furent accompagnés par un vieux missionnaire jusque dans un village en Thaïlande où ils rencontrèrent un homme qui avait rêvé la nuit précédente que trois enseignants apporteraient la Parole de Dieu. Il avait attendu toute la journée. Cinq cents Karens se repentirent et crurent. 

    Les années 1900 ont apporté les nouveaux défis du libéralisme d’un côté et d’un évangile tronqué de l’autre. Des associations d’églises ont émergé, dont la plus importante est l’Église du Christ en Thaïlande (CCT), fruit d’un siècle de travail des presbytériens. Les missionnaires ont construit des écoles. Le climat social est resté hostile au témoignage évangélique. La seconde moitié du XXe siècle a vu se déployer une nouvelle énergie et une vision holistique : un afflux de missionnaires de Overseas Missionary Fellowship expulsés de Chine, a permis au Nord de la Thaïlande de devenir un centre de travail fructueux parmi les ‘tribus des montagnes’. Puis les influences pentecôtistes ont commencé à faire leur chemin en Thaïlande. Dans les années 1980, le centre de la Thaïlande a vu pour la première fois une église indigène croître très rapidement. 

    Les premiers témoignages anabaptistes 

    En 1960, c’est le MCC qui a apporté le premier témoignage anabaptiste avec un contact modeste en Thaïlande. Au cours des 15 années suivantes, le MCC a placé des volontaires PAX (objecteurs de conscience américains accomplissant un service alternatif à l’étranger) et il a acheté des produits artisanaux locaux pour les vendre aux États-Unis. 

    Le MCC s’est de plus en plus engagé dans la région pendant ce que les Vietnamiens appellent ‘la guerre américaine’. En 1975, en partenariat avec l’Église du Christ en Thaïlande, le MCC a commencé à apporter des secours aux réfugiés, à explorer les possibilités de placement d’enseignants et à s’occuper de développement agricole. Il devait aussi aider le CCT à discerner le rôle de l’Église dans la société thaïlandaise à propos de la défense des droits de l’homme, car jusque là ce n’était pas tant la préoccupation de l’Église. La présence du MCC en Thaïlande a été sporadique au cours des années suivantes. Bien qu’un génocide massif ait eu lieu au Cambodge en 1977, un rapport du MCC indiquait seulement que « ce qui se passe … n’est pas toujours vérifiable ». En 1979, toute l’étendue de l’horreur a été révélée et le nombre de réfugiés arrivant en Thaïlande s’est accru de façon dramatique. Le MCC a eu un rôle clé dans les camps et dans le processus de retour des réfugiés laotiens, hmongs, cambodgiens et vietnamiens. 

    Selon un ancien missionnaire de cette époque, ce furent des années de renouveau. ‘Les paroles et les actes allaient de pair, et Dieu faisait ses merveilles. L’enthousiasme pour le témoignage holistique de beaucoup de responsables thaïlandais d’aujourd’hui est né dans ces camps. Outre le travail d’éducation à la paix et le plaidoyer en faveur des droits de l’homme liés aux événements de Birmanie, ce travail dans les camps a continué jusqu’à ce que le MCC ferme son bureau en 1995. 

    Pendant ce temps, d’autres missions anabaptistes commençaient à s’intéresser à la Thaïlande. Des membres de Brethren in Christ World Missions firent un voyage exploratoire en 1986, suivi par l’envoi d’un couple missionnaire en 1987. Ce couple put obtenir un emploi dans un institut technique à la périphérie de Bangkok, et donc être financièrement indépendants. Leur travail était de développer des relations interculturelles pour partager l’Évangile et encourager la formation de responsables autochtones par le biais du discipulat. 

    En 1990, La Eastern Mennonite Mission envoya un missionnaire pour explorer la situation. Une équipe se forma en 1992 et le couple Tobin s’engagea pour 10 ans. En 1995, il était prêt à vivre parmi les Isaan parlant lao, dans l’une des provinces les plus reculées de la Thaïlande rurale. L’église Life Enrichment très inculturée, avec ses cultes dans des petits groupes et ses responsables locaux autonomes, est née et continue à grandir dans de nouveaux villages. 

    Mennonite Brethren Missions / Services International (maintenant Mission MB) fit aussi un voyage exploratoire en 1991. Les pionniers qu’ils envoyèrent prirent la décision de s’installer dans la province de Nan dans le nord de la Thaïlande pour travailler avec les Khmus. Le couple Schmidt et leurs collègues exercèrent un ministère centré sur l’évangélisation, l’éducation et le développement agricole dans les villages. Le long de la frontière Thaï-Lao, de nombreuses personnes vinrent à Christ parmi les Khmu.  

    Le travail s’enracine 

    Finalement, aucune de ces nouvelles organisations anabaptistes ne s’associa au CCT, malgré les bonnes relations que le MCC avait entretenues au fil des ans. Chaque mission fit son propre chemin avec de nouveaux partenaires et sa politique personnelle d’obtention de visas. La Evangelical Fellowship of Thailand s’est révélée une alliée encourageant l’implantation d’églises à travers le pays. Le responsable des Eastern Mennonite Missions Global Ministries, David Shenk, a encouragé les travailleurs de l’EMM à prioriser les relations avec les anabaptistes pour souligner la valeur de la ‘communauté’. Ainsi, les responsables des équipes ont fait de nombreux voyages pour prier et s’encourager mutuellement. Un modèle de retraites régulières a ouvert la voie à l’accueil des nouveaux collaborateurs. 

    En 1998, la General Conference Mennonite Church (COM) envoya le couple Houmphan (lao/canadien), pour travailler avec l’équipe de l’EMM. Ê la fin de leur premier mandat, ils commencèrent leur propre implantation d’église ailleurs à Isaan avec le MC Canada Witness. 

    En janvier 2001, Team 2000 arriva. Ces trois couples Frères Mennonites s’engagèrent à travailler ensemble pendant 10 ans et ouvrirent un orphelinat et une église au sud de Bangkok. Ils ont eu la vision que 28 missionnaires viendraient les rejoindre ; ceux-ci ont maintenant des relations avec plusieurs responsables locaux et les communautés émergentes dans différentes régions du pays. 

    Vers la même époque, le couple Myer, les nouveaux responsables BIC, arrivèrent. Invités et encouragés par l’EMM, ils commencèrent à travailler dans la capitale provinciale d’Ubon Ratchathani, à seulement 50 kilomètres de l’équipe de l’EMM. Ils développèrent des conceptions de ministère très compatibles, et cette proximité s’avéra providentielle, permettant aux équipes de se soutenir mutuellement dans des moments terribles. 

    Pendant ce temps, le Mennonite Mission Network avait envoyé des missionnaires à un autre endroit d’Isaan, et la Rosedale Mennonite Mission (RMM) renforça sa présence à Bangkok avec des responsables de deuxième génération, fruits de l’engagement de longue date de la RMM en Amérique centrale. Virginia Mennonite Missions était récemment devenue partenaire de l’église Life Enrichment pour former un avant-poste missionnaire parmi les Isaan à Bangkok. Un groupe d’anabaptistes conservateurs avait construit une école de formation missionnaire anabaptiste – l’Institute of Global opportunities (IGo) – à Chiang Mai. Ainsi, au moins à Chiang Mai, les anabaptistes sont connus pour leur ‘head covering’ (coiffe) et leurs familles nombreuses, sans parler de leur zèle pour l’évangile. 

    Tous ces groupes mettent l’accent sur le discipulat ; ils ont tous des expériences très riches de la puissance du Saint-Esprit manifestée par la guérison et la délivrance de l’oppression démoniaque. 

    Relations entre les groupes 

    Bien qu’il y ait périodiquement des conversations sur une organisation anabaptiste commune, la décision de se lier à une structure qui pourrait être ressentie comme lourde ou artificielle n’a pas encore été prise. La plupart des groupes s’engagèrent plutôt à simplement rester en relation. 

    Outre des réunions deux fois par an des responsables d’équipe (Conseil de Référence anabaptiste), il y eu trois rassemblements animés de croyants anabaptistes thaïlandais et lao. Au fil des générations, des relations chaleureuses se sont construites au-delà des divisions culturelles et socio-économiques de longue date, ainsi que des différences de ‘culture d’église’ entre mennonites et anabaptistes. Ces rencontres ont débouché sur la traduction de ressources anabaptistes en thaïlandais : la Confession de Foi Mennonite, et ‘Qu’est-ce qu’un chrétien anabaptiste ?’ de Palmer Becker. La confession de foi des International Mennonite Brethren (ICOMB) a également été traduite en thaï. Plus récemment, le livre de Richard Showalter contenant les récits des premières initiatives missionnaires en Asie ainsi que les histoires des premiers martyrs anabaptistes a été traduit en thaï. 

    Dans un contexte où l’évangile de la prospérité gagne du terrain, cette compréhension de la foi anabaptiste est d’une grande valeur. 

    Identité anabaptiste 

    Pour nourrir l’identité anabaptiste, de bonnes relations et ressources à long terme sont importantes, cependant l’identité est surtout le fruit de l’expérience. 

    Lorsque l’église Life Enrichment au sud d’Ubon Ratchathaniétait ébranlée par l’accident qui a co√ªté la vie à John Hertzler, responsable de l’équipe de l’EMM, l’église a été amenée à vivre une profonde démarche de pardon. Elle passa des mois à partager l’évangile avec le chauffeur dont l’imprudence avait causé l’accident. L’événement le plus marquant fut la présence des parents de John le jour du baptême du chauffeur. L’église vit ces croyants fidèles accueillir avec bonté cet homme dans la famille spirituelle. 

    Plus tard, l’église se réunit pour entendre Truman Hertzler enseigner l’histoire anabaptiste. Il parla des échecs de ses prédécesseurs qui perdirent des opportunités d’évangéliser en raison de leur légalisme et de leur léthargie. Pourtant, souligna t-il, la persévérance dans les difficultés et les yeux tournés vers Jésus-Christ, le seul fondement, (1 Co 3/11) conduit toujours vers une vision renouvelée et à l’obéissance à l’appel de Dieu. Dans la salle, un à un, les chrétiens se sont levés : « Nous le sommes aussi ! Peu importe ce nous aurons à souffrir ou combien de fois nous faiblirons et échouerons, si c’est cela être anabaptistes, alors nous sommes anabaptistes ! » De cette tombe est sortie la vie ! 

    Outre les communautés qui naissent du travail des missionnaires sur place, un autre courant de témoignage anabaptiste autochtone en Thaïlande provient des anciens réfugiés Hmong qui s’étaient installé aux États-Unis. Beaucoup se sont affiliés à MC USA. Ils ont formé leur propre Hmong Mennonite Churches Mission et attendent avec enthousiasme le jour où les Hmong, dont les villages sont dispersés sur les montagnes du Nord-Ouest de la Thaïlande, pourront revendiquer une identité anabaptiste. 

    Ê partir de 2005, cette impulsion a été renforcée par des visites d’enseignement de pasteurs nord-américains et de collaborateurs du Mennonite Mission Network ainsi que de l’aide à des projets de construction. Ainsi, ces chrétiens hmong, qui ont longtemps fait partie du CCT, ont commencé à réaliser que leur propre théologie a de fortes affinités avec l’anabaptisme. 2016 s’est avéré être une année significative car un nouveau ‘Hmong district 20’ s’est maintenant joint à la CMM, comme district de la CCT. Ils ont recherché cette affiliation parce que, selon Nelson Kraybill, « Ils veulent revendiquer explicitement la compréhension anabaptiste de l’Église et la développer, y compris la non-violence ». 

    Ceux qui ont observé ces églises remarquent la variété des pratiques qui font de leur présence un don au sein de la CMM : le travail pour la paix dans le cadre de l’évangélisation, l’hospitalité, la gestion financière, la générosité, la passion pour l’enseignement de la Bible et la formation des responsables. Des représentants de la CMM et du MMN seront présents en Thaïlande lorsque leur participation sera officialisée en avril 2017. 

    Bien que les chrétiens ne constituent encore que 1,2 pour cent de la population en Thaïlande, nous nous attendons à être bénis dans les années à venir par ces divers courants de témoignage anabaptiste s’entrecroisent et s’enrichissent mutuellement. Que Que Dieu continue à permettre à sa beauté et à la vie de la résurrection de sortir de ce ‘cimetière’ ! 

    ‚ÄîCarol Tobin et son mari Skip ont travaillé en Thaïlande de 1989 à 2009 pour implanter des églises et faire un travail administratif régional avec l’EMM. Résidant maintenant à Harrisonburg (États-Unis), Carol continue d’avoir une relation étroite avec la Thaïlande en tant que directrice régionale de l’Asie avec Virginia Mennonite Missions. 


    Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d’ Courier/Correo/Courrier April 2017


    Nom:  Hmong 7e District de l’Église du Christ en Thaïlande * 
    Membres:  1 733 
    Paroisses:  23 
    Président:  Pornchai Banchasawan 
    Nom:  Mission Khmu  
    Membres:  39 250 
    Paroisses:  430 
    Président : Phone Keo Keovilay 
    Nom:  Église Life Enrichment  
    Membres:  199 
    Paroisses:  16 
    Président: Pasteur Somchai Phanta 
    Nom:  Thaïlande Mennonite Brethren Foundation 
    Membres:  1 600 
    Paroisses:  20 
    Président : Ricky Sanchez 
    *Vote du Comité exécutif lors des réunions de février 2017 pour l’admission en tant que membre. Données de la carte du monde de la CMM, 6 février 2017. 
    Source: Répertoire de la CMM 2015