Articles de fond

L’hospitalité transforme

Elisabeth Kunjam, d’abord membre de l’Église mennonite d’Inde, est devenue membre du Conseil d’administration des Églises des Frères mennonites d’Inde en 2005, après avoir épousé Frank Sanjay. Elle est membre de la Commission Diacres de la CMM. Elle est également coordinatrice des théologiennes anabaptistes d’Asie (TTAWA), une association qui a démarré grâce à la Commission Diacres en 2012.
Date de diffusion : 
Jeudi 9 Juin 2016

Hospitalité : Que signifie offrir l’hospitalité en tant que disciples du Christ ?

En septembre 2015, des photographies choquantes publiées dans les médias ont sensibilisé le monde occidental à la crise des réfugiés. Consciente de l’importance de cette question, la communion anabaptiste mondiale propose les réflexions suivantes sur le sens de l’accueil de l’étranger, spécialement lorsque des personnes d’une origine religieuse différente de la nôtre s’installent dans notre quartier.

L'édition d'avril 2016 de Courier/Correo/Courrier explore les raisons pour lesquelles les communautés anabaptistes du monde entier se réunissent pour former la CMM. Dans les articles qui suivent, les auteurs réfléchissent à la question : Comment l’amour du Christ nous motive t-il et nous guide t-il pour aller vers les étrangers dans notre contexte local ?

L’hospitalité transforme

L’histoire de Deymaand

Fin 1970, pendant la période de l’histoire de l’Inde appelée État d’Urgence (lorsque les libertés démocratiques étaient suspendues), Deymaand, 18 ans, décida de se faire baptiser dans une église mennonite locale. Comme sa famille pratiquait une autre religion, elle s’est opposée à sa décision d’adopter la foi chrétienne. Mais Deymaand refusa de faire marche arrière et sa famille le rejeta. Deymaand décida alors de quitter son village, ce qui provoqua un rassemblement de foule. En raison de l’instabilité politique en Inde à cette période, Deymaand fut immédiatement arrêté pour éviter tout incident, et emmené à Rajnandgaon pour y être emprisonné. Un mois plus tard, l’agitation dans le village s’étant calmée, Deymaand fut libéré de prison, mais on lui ordonna de ne plus revenir dans le village.

Désavoué par sa famille, Deymaand n’avait nulle part où aller et ne connaissait personne qui puisse le loger. Cependant le pasteur de l’assemblée mennonite de Rajnandgaon (MCR) accueillit Deymaand dans l’église et dans sa famille, comme un de ses propres fils. Deymaand décida de poursuivre des études de théologie à l’Union Biblical Seminary de Yeotmal. Il continua ensuite à servir le Seigneur par la prédication et l’enseignement de la Bible dans toute l’Inde. La MCR a soutenu Deymaand dans sa foi au Seigneur Jésus alors que sa vie et toute la paroisse étaient en danger.

L’histoire de Sarika

En 1990, sous la direction du pasteur Theo Philus Singh, la MCR a commencé un programme de sensibilisation dans l’État du Maharashtra, implantant de nouvelles églises dans les villages. Cette action a provoqué des réactions d’opposition et de persécution de la part des extrémistes. Les membres des églises nouvellement formées se rendaient souvent chez les membres de la MCR pour être encouragés et édifiés. L’accueil des nouveaux croyants dans leurs maisons a été connue, et a mis en danger les membres de la MCR, qui ont aussi été menacés par les fanatiques. Malgré cette opposition, ils ont rendu visite aux nouvelles églises et répondu à leurs besoins.

Un jeune homme de la MCR avait épousé une jeune femme nommée Sarika*. Avec le temps, Sarika s’est rendu compte que son mari était alcoolique. Elle a été victime de violences physiques chez elle. Lorsqu’elle n’a plus pu supporter ces violences, Sarika a parlé au groupe de femmes de la MCR. Le conseil de l’église fit tout ce qu’il put pour réconcilier le couple, mais ses efforts furent vains. Le groupe de femmes aida alors Sarika et sa fille de neuf ans à fuir le mari violent. Elles reçurent Sarika et sa fille chez elles et les protégèrent. Elles offrirent un soutien spirituel, moral et financier.

Aujourd’hui, 15 ans après, la fille de Sarika a reçu une bonne éducation, et elle est infirmière dans un hôpital réputé. Sarika témoigne que la MCR l’a reçue quand elle était une étrangère et l’a aidée quand elle en avait besoin. Elle est reconnaissante envers le groupe de femmes pour tout ce qu’elles ont fait pour la protéger et l’aider à s’en sortir.   

Hospitalité et évangélisation

Ce ne sont que deux histoires parmi tant d’autres, des histoires de mennonites qui ont su tendre la main et accueillir des étrangers chez eux. Non seulement, ces actes ont transformé la vie de l’assemblée, mais ont aussi transformé la vie de beaucoup d’autres. Pour nous, l’hospitalité ce n’est pas seulement offrir de la nourriture et de l’eau à des étrangers, puis les laisser poursuivre leur chemin, mais être prêt à cheminer avec eux, jusque dans la vie quotidienne.

Nous avons finalement compris que l’hospitalité fait partie intégrante de l’évangélisation. Si nous ne faisons pas de place dans nos propres vies pour les autres, nous ne pouvons pas les amener à faire de la place pour le Christ dans leur vie. Accueillir les autres n’est jamais facile, car cela perturbe notre vie.

L’hospitalité, dans le contexte de l’évangélisation, remet en cause notre identité d’église. Recevoir des personnes ayant une autre religion rend plus difficile notre lutte pour ne pas se laisser influencer par les rites, les rituels et les traditions d’autres religions. Cette expérience nous apprend combien il est important d’être solidement enracinés dans le Seigneur, unis dans l’église et savoir discerner le bien du mal.

L’union de l’Église mennonite d’Inde (MCI) a pratiqué l’hospitalité dès ses débuts. Chacune d’entre elles a des témoignages à apporter. Ma propre paroisse est reconnaissante à Dieu pour les nombreux privilèges que nous ont apportés les étrangers que nous avons reçus et aidés de diverses manières. Faire partie de cette église a été formateur et a contribué à transformer ma compréhension de l’hospitalité.

Elisabeth Kunjam, d’abord membre de l’Église mennonite d’Inde, est devenue membre du Conseil d’administration des Églises des Frères mennonites d’Inde en 2005, après avoir épousé Frank Sanjay. Elle est membre de la Commission Diacres de la CMM. Elle est également coordinatrice des théologiennes anabaptistes d’Asie (TTAWA), une association qui a démarré grâce à la Commission Diacres en 2012.

Cet article est paru pour la première fois dans le numéro d'avril 2016 de Courier/Correo/Courrier 

 

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