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Les mennonites congolais célèbrent des ordinations de femmes

Sidonie Swana Falanga reçoit une Bible du président de la CMCo, Adolphe Komuesa, lors de son ordination à Kinshasa. Photo : Nancy Myers
Date de diffusion : 
Mardi 12 Novembre 2013

Kinshasa, RD Congo - En juillet 2012, Sidonie Swana Falanga a reçu des nouvelles qui lui ont paru trop belles pour être vraies : la Communauté Mennonite au Congo (CMCo), qui fêtait ses 100 ans, avait approuvé l'ordination des femmes !

« Je me suis demandé : est-ce une invention, un mensonge, un rêve ou un souhait ? » a-t-elle déclaré dans un entretien récent.

Comme tout confirmait que, lors de leur rencontre bisannuelle, les responsables de l'Église avaient en effet décidé d’autoriser le sacrement de l'ordination des femmes,  Sidonie Swana dit que ses doutes se sont transformés en « une petite joie et une petite tristesse, parce que cela avait pris trop longtemps ».

Selon un responsable, la question a été mise au vote lors de sept rencontres avant de passer.

Finalement, lors de la célébration de sa propre ordination un an plus tard, Swana dit que sa joie est devenue « grande et complète ».

Ce sentiment était partagé par de nombreuses personnes, parmi le millier de mennonites congolais réunis à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, le 22 septembre 2013, pour fêter les premières femmes à être ordonnées à la CMCo : Sidonie Swana et Fabienne Ngombe Kidinda.

Deux hommes ont également été ordonnés à cette occasion.

« C'est un jour très spécial pour l'Église mennonite », a dit le président de la CMCo, Adolphe Komuesa Kalunga, dans son discours.

« La porte vous est grande ouverte, » a-t-il dit aux femmes, « les barrières sont tombées ».

Eric Mukambu N'yamwisi, un pasteur de Kinshasa, a déclaré que les ordinations étaient une immense joie : « J'ai commencé à plaider pour l'ordination des femmes quand j’avais 25 ans, et j’en ai maintenant 52. Il a fallu du temps pour convaincre l'Église. »

Une troisième femme de cette union d’églises, Bercy Mundedi, a été ordonnée à Kalonda (province du Kasaï occidental), le 6 octobre, en même temps que quatre hommes.

À Kinshasa et à Kalonda, pendant le culte qui a duré cinq heures, de nombreuses chorales ont chanté, les candidats et leurs paroisses ont reçu des enseignements, des cadeaux et il y a eu beaucoup de danses. Les sermons et les témoignages ont porté sur les bases bibliques et sociales du leadership des femmes.

Réponses à l'ordination des femmes

Les responsables de la CMCo et au-delà ont exprimé à la fois un fort soutien et des regrets quant à la décision de l'Église d'ordonner des femmes.

« Nous avons pratiqué une discrimination sexuelle. Ce n'est pas bon pour l'Église », a déclaré Paul Kadima, un pasteur de Kinshasa. « Maintenant, nous mettons en pratique Galates 3/28. Dans l'Église, nous sommes tous égaux. »

Robert Irundu, président de la jeunesse de la CMCo, a dit que l'Église avait eu besoin de temps pour approuver l'ordination des femmes, « parce la CMCo voulait étudier la déclaration de Paul demandant aux femmes de se taire dans l'assemblée. Mais la Bible dit aussi qu'il n'y a pas de distinction entre hommes et femmes ».

D'autres étaient plus directs. « Beaucoup de nos pasteurs sont très conservateurs », a déclaré François Shopo lors de la rencontre à Kinshasa.

Anastasie Tshimbila, enseignante à l'Institut Biblique de Kalonda, a déclaré que la décision de 2012 avait suscité une controverse dans la région du Kasaï, où la CMCo a son siège, parce que « certaines traditions tribales oppriment les femmes ». Elle a ajouté : « Certains programmes radiophoniques appelaient à s’opposer [à l’ordination des femmes]. Mais beaucoup d’autres ont appuyé cette décision. Les femmes s'en sont félicitées ».

Lors de la cérémonie à Kinshasa, Madeleine Musaga, une mennonite, députée nationale qui représente Gungu dans la province du Bandundu, a déclaré : « Voir des femmes honorées est un jour sacré pour moi. Les femmes doivent garder la tête haute et les hommes doivent les soutenir. Nous, les femmes nous nous battons pour avoir des postes de responsabilité dans le monde politique, et nous devons aussi le faire dans l'Église. »

Charlotte Djimbo Ndjoko, une femme Frères mennonites vivant à Kinshasa, a déclaré que les femmes nouvellement ordonnées « ont lutté aux côtés des hommes pendant des années et des années pour cette ordination. Les hommes avaient du ressentiment. Nous rendons grâce à Dieu parce que ces hommes ont reconnu que les femmes ont un ministère pastoral et d'évangélisation. Nous sommes très heureuses. En tant que sœurs mennonites, nous les soutiendrons. Et nous invitons les autres femmes et jeunes filles à se joindre à eux. »

Vers l'ordination des femmes

La CMCo est la dernière des trois communautés mennonites au Congo à ordonner les femmes. La Communauté des Églises de Frères Mennonites au Congo le fait depuis 2000. La Communauté Évangélique Mennonite a ordonné une femme pour la première fois en juillet 2012, lors des célébrations du cinquantième anniversaire de l'Église.

Sidonie Swana, 59 ans, a obtenu un diplôme de théologie en 1995 et a longtemps eu un rôle pastoral aux côtés de son mari, le pasteur Léonard Falanga. Elle a eu un rôle clé pour organiser de femmes qui étudient la théologie, dans l'enseignement sur ​​ce sujet et pour persuader les responsables des églises et les pasteurs que l'ordination des femmes se fonde sur de solides principes bibliques.

Fabienne Ngombe, 63 ans, a obtenu son diplôme en théologie en 1998 et est pasteure adjointe dans plusieurs églises de Kinshasa depuis 2005.

Ces trois femmes ont étudié à l'Université protestante de Kinshasa, aujourd'hui Université chrétienne de Kinshasa. Bercy Mundedi, 47 ans, a obtenu son diplômé en 1996.

Bercy Mundedi dit que les femmes de sa paroisse d’origine (mennonite) à Nyanga, Kasaï Occidental, l’ont poussée à étudier la théologie. « J'ai commencé à prêcher à l'école quand j'avais 14 ans ! », dit-elle. Après ses études théologiques, elle est revenue à Nyanga pour enseigner et travailler comme aumônier à l'école, « en signe de gratitude envers ceux qui m'ont appelé. »

Elle a commencé à enseigner à l'Institut Biblique de Kalonda en 2005 ; elle, Anastasie Tshimbila et cinq hommes forment le corps enseignant. Quatre femmes sont inscrites comme étudiantes à Kalonda, un institut d’études supérieures qui forme de nombreux pasteurs de la CMCo en trois ans.

Six femmes mennonites d’Amérique du Nord (dont trois sont ordonnées, Sandy Miller et Paula Killough de Mennonite Mission Network, Elkhart - États-Unis, et Amanda Rempel, Newton - États-Unis) ont assisté aux ordinations à Kinshasa et à Kalonda sur l'invitation de responsables d'églises congolaises.

« La présence de cette délégation est signe de l'amour qui existe entre les mennonites », a déclaré Sidonie Swana.

Les trois américaines ont été invités à se joindre aux pasteurs de la CMCo pour imposer les mains et prier pour les femmes et les hommes qui étaient ordonnés.

Bien que la lutte pour l'ordination des femmes ait été longue et parfois épuisante, Sidonie Swana dit : « Nous reconnaissons que chaque chose a son temps, ainsi que le dit Ecclésiaste 3 ».

En novembre, deux autres femmes de la CMCo, Mubi Mutemba et Mundombila, seront ordonnées à Kananga, dans le Kasaï occidental.

Nancy Myers, journaliste indépendante, pour Africa Inter-Mennonite Mission, et Charlie Malembe, journaliste mennonite de Kinshasa.

Bercy Mundedi prononce la bénédiction après son ordination à Kalonda. Photo : Charlie Malembe

 

 

 

 

 

 

 

Fablienne Ngombe Kidinda reçoit un col clérical du président de la CMCo, Adolphe Komuesa, lors de son ordination à Kinshasa. Photo : Nancy Myers

 

Geographic representation: 
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