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“Le vent de l’anabaptisme souffle” les mennonites chiliens célèbrent leur croissance et leurs relations internationales

Les participants au Congrès du Cône Méridional, organisé par les églises mennonites du Chili, pendant un moment de prière. Photo : Puertachile
Date de diffusion : 
Mardi 7 Mai 2013

 

“Le vent de l’anabaptisme souffle !” Ces paroles enthousiastes de Felipe Elgueta, membre de l’Église mennonite du Chili, décrivent bien le dynamisme des églises mennonites émergeant dans différentes régions du Chili. Alors que la plupart des églises mennonites d’Amérique latine sont issues de la migration ou de la mission, les églises mennonites chiliennes sont nées grâce à leurs membres, comme les églises pentecôtistes tout au long du XXe siècle. Dans la conclusion de Mission et Migration (Collection Histoire mennonite Mondiale - Amérique latine, 2010), Jaime Prieto écrit : “Le Chili est un exemple de pays où les initiatives anabaptistes se sont développées de façon interne quand les Chiliens ont embrassé la foi et la pratique anabaptistes”.

Comment l’anabaptisme est-il arrivé au Chili ? C’est en partie grâce au chiliencanadien Jorge Vallejos, un pasteur implanteur d’églises qui, dans les années 1980, a proposé aux amis de son église chilienne d’adopter le nom de ‘mennonite’. Un peu plus tôt, Daniel Delgado, aujourd’hui président de la Iglesia Menonita Evangélica de Chile (IEMCH), avait été touché en entendant l’histoire de Dirk Willems, un martyr anabaptiste néerlandais du XVIe siècle. Il avait aussi été impressionné par le travail holistique des collaborateurs du MCC en Bolivie voisine, qui ne montraient aucune partialité en matière de religion, d’origine ethnique, de classe sociale ou de sexe. Quand ils ont découvert l’ecclésiologie anabaptiste lors d’un cours sur la Réforme radicale de Titus Guenther, Carlos Gallardo et Mónica Parada ont remarqué qu’ils partageaient la même conception de la vie de l’Église.

Les paroisses mennonites du Chili, dont certaines ont presque 25 ans, sont issues d’horizons très différents. La plupart se sont développées sur un fond pentecôtiste. Une assemblée, Iglesia Menonita Puerta del Rebaño (Église mennonite la Porte de la Bergerie), est née à Concepción dans le cadre universitaire, et a choisi d’être mennonite grâce à l’influence d’enseignants mennonites comme John Driver, César Moya et Delbert Erb. Les responsables de ce groupe sont Carlos Gallardo et Mónica Parada, deux anciens élèves du séminaire. Fait important, ces églises sont nées dans des contextes sociaux différents, ce qui rend leurs relations difficiles. Cependant, de récents développements, y compris la participation à l’organisation du Congrès anabaptiste-mennonite du Cône Méridional 2013, un rassemblement d’anabaptistes de six pays d’Amérique du Sud, a contribué à réduire la ‘distance’ entre les groupes.

Ces églises exercent toutes leur ministère dans des situations de pauvreté chronique. Leur approche communautaire est axée sur la famille, les femmes et les jeunes. Les femmes en portent l’essentiel de la responsabilité, jusqu’à 70 % de la charge de travail, selon un responsable masculin. Elles préparent les repas, rendent visite aux malades, soutiennent les familles dans le besoin et accompagnent les personnes souffrant de dépendance. Par exemple, un jeune abandonné – enfant de parents alcooliques – est arrivé un jour à l’église des Delgado. Gladys (épouse de Daniel) l’a invité chez eux. Quatre ans plus tard, il vit toujours avec eux, et participe activement à la vie et au ministère de l’église.

Ces églises ont démontré leur compassion à la suite du séisme de 2010 au Chili. Malgré leurs moyens limités, ces croyants ont chargé trois vans de ravitaillement et l’ont livré aux personnes les plus éprouvées, mennonites, mais aussi membres d’autres églises évangéliques. La Puerta a apporté des secours similaires aux communautés des environs de Concepción.

Cette petite anecdote de Daniel Delgado est révélatrice. Interrogé par un officier de police : “Qu’est-ce que fait l’église mennonite, en fin de compte ?”, Daniel a répondu : “Nous faisons votre travail, mais nous le faisons gratuitement”.

Outre leur travail social, les mennonites du Chili ont une conscience aiguë de la nécessité de partager l’évangile avec leurs voisins. Samuel Tripainao, pasteur de l’église Peñaflor et secrétaire de IEMCH, exprime ainsi le sentiment partagé par la plupart des mennonites dans ce pays : “Quand nous sortons dans la rue, notre témoignage est accompagné d’un sandwich et d’une tasse de café”. Et ils ne se limitent pas à leur communauté proche. De temps en temps, les pasteurs vont plus loin, comme en Argentine voisine, pour soutenir les assemblées soeurs et participer à l’évangélisation locale. Quand Samuel a entendu parler du conflit sur la propriété foncière dans une région où vivent de nombreux Mapuche (aborigènes), il a déclaré “Ce serait un bon endroit pour commencer une église afin d’apporter la paix et la guérison à cette communauté”.

Un rapport sur les mennonites chiliens serait incomplet sans référence au renouveau anabaptiste qui se produit au sein de l’Union des Églises Évangéliques Baptistes du Chili (UBACH). Omar Cortés (qui travaille avec Mennonite Church Canada Witness et Mennonite Mission Network U.S. et est professeur dans un séminaire baptiste) a joué un rôle central dans ce mouvement. Grâce à son enseignement sur la Réforme radicale, Omar a aidé l’église baptiste à redécouvrir ses racines d’église de paix. En 2008, UBACH et Mennonite Church Canada ont commencé à développer une relation d’églises soeurs. Il reste à voir si cette tendance se poursuivra avec les nouveaux responsables d’UBACH.

En visitant une nouvelle communauté, qui a commencé avec deux professeurs de séminaire baptiste, nous avons découvert une grande vitalité dans ce mouvement de renouveau. Ces chrétiens sont extrêmement intéressés par l’ecclésiologie et la pratique anabaptistes, et incluent les thèmes de la paix, de la justice et de la compassion dans leurs chants et leur liturgie.

Il faut encore mentionner deux autres initiatives dans le sud du Chili. Une église a été implantée à Valdivia par trois femmes : Wanda Sieber, Marlene Dorigoni et Waleska Villa, de l’Église mennonite d’Argentine (Patagonie), l’autre, également dans cette région, sous la conduite de Mike et Nancy Hostetter, d’Eastern Mennonite Mission.

Jusqu’à peu, les mennonites du Chili se sentaient isolés des autres anabaptistes, mais c’est en train de changer grâce aux visites de responsables de missions mennonites et d’enseignants d’Amérique du Nord et des pays voisins. La participation des membres au Congrès du Cône Méridional et au Rassemblement de 2009 de la CMM a aussi contribué à vaincre ce sentiment d’isolement. En raison de ces liens, l’Église Évangélique Mennonite du Chili est récemment devenue le 100e église membre de la CMM.

Une autre étape importante dans la vie des églises mennonites chiliennes a été franchie cette année quand elles ont accueilli pour la première fois le Congrès du Cône Méridional. Cette rencontre a réuni des hommes, des femmes et des jeunes pour accomplir les tâches quotidiennes de cuisine, de service et de nettoyage, ainsi que pour organiser et présider les programmes.

Les multiples facettes du ministère des mennonites chiliens entraînent un certain nombre de difficultés. Tout d’abord, ils ont besoin de plus de personnes (des jeunes surtout) prêtes à exercer des responsabilités. La plupart des responsables sont des aînés, et une nouvelle génération devra reprendre le flambeau. Cependant, aujourd’hui la formation des plus jeunes à un service futur se limite au travail auprès des enfants et des jeunes.

En outre, les responsables actuels ont peu de formation biblique et théologique. Ce qui est plus grave, c’est que la nouvelle génération n’a pratiquement pas la possibilité de recevoir une meilleure formation. La Puerta (Concepción) fait exception avec un étudiant inscrit à un séminaire de théologie.

Une troisième difficulté est de conserver les membres individuels et les paroisses. À l’heure actuelle, il y a presque autant de membres qui partent que de membres qui arrivent.

Enfin, l’égalité des sexes continue à être un défi pour beaucoup de ces assemblées, en particulier dans le domaine du leadership pastoral.

La participation à l’Église formée par la famille mennonite plus large contribue à rompre leur isolement. Cela devrait se traduire par une plus grande ouverture aux autres dénominations.

Néanmoins, le vent de l’anabaptisme continue à souffler dans les églises mennonites du Chili, qui sont encouragées par l’appui des mennonites du monde entier. Les églises chiliennes ouvrent les yeux d’autres mennonites sur ce que signifie être anabaptiste. Ces rencontres sont une occasion formidable de partager des dons complémentaires. Les églises plus anciennes, mieux fondées bibliquement et théologiquement, peuvent partager leur sagesse et leur expérience, tandis que les jeunes églises chiliennes offrent le bénéfice de perspectives nouvelles découlant de la lecture de la Bible avec des yeux neufs.

-Titus Guenther, professeur associé de théologie et de mission à la Canadian Mennonite University (Winnipeg), et Karen Loewen Guenther, enseignante à la retraite et auteur, sont actuellement au Chili avec Mennonite Church Canada Witness.

 

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Latin America and Caribbean