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Le rôle de l’Écriture aujourd’hui et demain

Des mennonites du monde entier célèbre la puissance transformatrice de la Parole lors de la première rencontre de ‘Renouveau 2027’ à Augsbourg (Allemagne), en février 2017. Photo : Wilhelm Unger.
Date de diffusion : 
Jeudi 1 Février 2018

Au XVIe siècle, certains des plus grands esprits théologiques ont commencé à lire la Bible autrement. Le texte lui-même n’avait pas changé, mais en raison de leur expérience dans l’Église catholique romaine, de leur propre étude de l’Écriture et de l’œuvre du Saint-Esprit dans leur vie, ils ont commencé à comprendre différemment la grâce de Dieu et l’offre gratuite du salut.

Parmi ceux qui se sont engagés à réformer l’Église, certains voulaient une réforme plus radicale de la théologie et de la pratique, et désiraient retourner aux types de communautés décrites dans le Nouveau Testament. Ce sont les hommes et les femmes qui sont devenus anabaptistes. Beaucoup d’entre eux ont perdu la vie en raison de leur témoignage.

Disciples de Jésus

Les premiers anabaptistes étaient essentiellement des lecteurs radicaux de la Bible. Ils pensaient que le règne de Dieu devait être centré sur l’Église plutôt que sur l’État, et croyaient que le corps du Christ devait témoigner de manière visible de sa propre citoyenneté. Ils se considéraient comme les disciples de Jésus de leur époque. Ainsi, ils accordaient un poids particulier à l’enseignement de Jésus, à son invitation à être généreux, à son appel à aimer ses ennemis, à son encouragement à participer à l’œuvre de Dieu : la guérison, la justice et l’espoir. Ils formaient des églises de croyants basées sur la confession de foi des personnes adultes. Ils pratiquaient l’entraide et la discipline dans l’église.

Notre tradition théologique et nos pratiques religieuses, à nous, descendants spirituels de ces premiers radicaux, sont caractérisées par ces idées. Mais, près de 500 ans plus tard, nous vivons dans un contexte très différent. Dans mon contexte américain, la séparation de l’Église et de l’État est passée d’un concept théologique concernant les loyautés appropriées à un concept politique intégré dans une constitution.

Les anciens ennemis – les Églises qui ont persécuté les premiers anabaptistes – sont maintenant devenues frères et sœurs participant à des entreprises communes telles que la mission, des projets de développement communautaire, des services sociaux, de santé et des programmes éducatifs.

Nous continuons à être témoins de la disparition de la chrétienté, une réalité politique et culturelle qui avait privilégié le christianisme, mais a également invité – en fait encouragé – les compromis. À sa place se sont développées une société de plus en plus sécularisée et une Église de plus en plus sécularisée.

Relire la Bible dans une perspective radicale

Néanmoins, le présent nous appelle aussi à la lecture radicale de la Bible dans l’esprit des premiers anabaptistes. Le texte n’a pas changé, mais les temps ont changé. Ils nous appellent à réexaminer la Parole de Dieu et notre propre tradition théologique pour y discerner la sagesse de vivre en tant que chrétiens dans le monde et inviter tous les humains à devenir disciples de Jésus et enfants de Dieu.

Une imagination active et le courage de prendre des responsabilités

L’anabaptisme est aussi nécessaire au XXIe siècle qu’il l’était au XVIe siècle. La question de l’allégeance – à Dieu ou à l’État - n’a pas disparu. Pour ceux d’entre nous qui vivent aux États-Unis avec son énorme puissance militaire, la tentation est particulièrement forte de compter sur l’État pour être protégés.

Nous nous sommes habitués à nos privilèges. Dans mon contexte, nous luttons avec une société de plus en plus sécularisée et son impact sur les églises. Nous sommes à l’aise dans le monde. Il est parfois difficile pour nous de résister à l’attrait d’une société de consommation pour vivre des vies de simplicité et de générosité. Malheureusement, même dans notre propre tradition, nous nous opposons sur des différences théologiques plutôt que de nous unir pour proclamer le message que Jésus sauve vraiment, et que par lui, les personnes et les communautés peuvent être transformées.

Il nous faut une imagination fertile pour discerner comment nos assemblées pourraient vivent leur appel à être le corps du Christ, et du courage pour être des leaders. La Bible a toujours quelque chose à dire sur ces sujets.

Décentrer l’anabaptisme

Quelque chose d’autre a changé. Pendant des siècles, l’anabaptisme en tant que mouvement théologique était principalement le fait des traditions historiques de l’Église mennonite et anabaptiste. Mais aujourd’hui, l’anabaptisme est adopté par un groupe divers de chrétiens liés par des réseaux plutôt que par des dénominations et qui font connaissance par des publications et des sites internet. Des chrétiens du monde entier ont découvert les idées bibliques ayant donné naissance au mouvement anabaptiste, et tentent de les mettre en pratique dans leurs propres communautés de foi.

Ces néo-anabaptistes – ou ‘anabaptistes nus’ pour reprendre le terme de Stuart Murray – restent souvent dans leurs propres traditions religieuses, mais sont attirés par l’orientation et les pratiques théologiques qui caractérisent depuis longtemps les communautés anabaptistes. Il est passionnant de vivre à un moment où les ‘anciens’ et les ‘nouveaux’ anabaptistes se réunissent pour explorer, étudier, apprendre les uns des autres, répandre l’amour et se mettre au service des autres. Cela me remplit d’espoir pour l’Église et pour le monde.

Il est important, je pense, de lire la Bible dans l’optique de la pensée et de la pratique anabaptiste, non seulement pour retourner vers le passé ou honorer nos ancêtres spirituels, mais pour que nous puissions vivre fidèlement comme disciples de Jésus au XXIe siècle. Que Dieu nous donne le courage de ces premiers réformateurs radicaux !

Valerie G. Rempel est professeure à Fresno Pacific Biblical Seminary, Fresno (États-Unis), et membre de College Community Church, Clovis, Californie (États-Unis).

Cet article est paru pour la première fois dans le numéro octobre 2017 de Courier/Correo/Courrier.