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La police attaque un rassemblement de l’église mennonite au Vietnam

La chorale Bahnar de l'Église mennonite du Vietnam lors d'une fête en novembre 2012 pour marquer leur quatrième anniversaire en tant qu’église enregistrée. Cette église est également devenue membre de la Conférence Mennonite Mondiale en 2009.
Date de diffusion : 
Jeudi 3 Juillet 2014

Vietnam – la police de sécurité a agressé un large groupe de pasteurs et d’étudiants en théologie qui s’étaient réunis en juin dans leur centre religieux dans une ville de province au nord de la ville d’Ho Chi Minh. L'attaque est survenue à la veille d'une conférence de renouvellement et de cérémonies de remises de diplômes pour les étudiants d'un programme de formation en théologie.

L'Eglise Evangélique Mennonite, une église qui n’est pas officiellement enregistrée au Vietnam, se réunissait du 9 au 11 juin dans leur centre religieux sur trois étages dans la ville de Ben Cat dans la province de Binh Duong. La plupart des pasteurs étaient déjà arrivés.

Après s’être tous retirés pour la nuit sur des matelas posés à même le sol, les haut-parleurs de la police ont appelé Le Thi Phu Dung et Tran Minh Hoa à ouvrir la porte pour une « enquête administrative ». Pasteur Phu Dung est président de l'église et l'épouse de l'ancien président Nguyen Hong Quang. Hoa est le pasteur de l’église locale qui se réunit au centre.

Quelques minutes après que l'ordre ait été donné, police de sécurité a défoncé la porte. Un grand nombre d'hommes ont pris d'assaut le bâtiment, agressé des étudiants et des responsables de l'église. Toutes les 76 personnes présentes ont été embarquées dans des camions vers un poste de police.

Selon les rapports détaillés de pasteur Quang, l’invasion de la police était sans motif et les coups et arrestations étaient injustifiés. Les services de police ont cherché les locaux, détruisant certains biens. La police aurait incité des « spectateurs » à jeter des pierres sur le bâtiment, brisant des fenêtres et des tuiles du toit. Des responsables de l'église ont estimé les forces assaillantes à plus de 300 personnes. A 6h00 du matin, tous avaient été libérés. Parmi ceux qui ont été battus, 20 ont requis des soins médicaux.

Pendant plusieurs jours après le raid, des gangs ont continué à attaquer le bâtiment, jetant des briques, des pierres et des œufs pourris. Les chambres en façade ont dû être évacuées. Les personnes qui se rendaient au centre étaient arrêtées et fouillées — certaines ont eu téléphones cellulaires et  motos confisquées. De nombreuses personnes ont été incitées à quitter la zone et à ne jamais y revenir. L'eau et l'électricité ont été coupées dans la région.

La plupart des personnes arrêtées ont été convoquées de nouveau au commissariat de police pour une enquête plus poussée. Le pasteur Nguyen Hong Quang a été convoqué le 12 juin à se présenter au poste de police pour faire face aux accusations de « résistance à enquête administrative et diffamation contre les autorités exerçant leurs fonctions. » Formé en droit, Quang a qualifié cet ordre d’illégal et l’a ignoré. Le lendemain, il a été sommé d'apparaître pour faire face aux accusations de « résistance à enquête administrative et inconduite locale. » Au poste de police, Quang a rencontré certains responsables qui lui ont témoigné de la sympathie.

Les groupes religieux sont tenus d'informer les autorités locales de leurs rassemblements. Pasteur Hoa avait signalé le soir avant le raid que 29 pasteurs allaient venir et avait l'intention de présenter un rapport complet le lendemain matin.

Sans aucune résolution au niveau local, les responsables ont présenté une requête aux autorités supérieures sur l’abus de leurs droits en vertu de la loi vietnamienne.

Ils ont envoyé une « pétition d’accusation » signée par 58 responsables d'églises au ministre de la sécurité publique et à la tête du bureau d'investigation pour les peuples. La pétition détaille les cinq chefs d'accusation contre la police dont la pénétration des lieux sans mandat, l’arrestation et l’abus d'enfants, l’utilisation d’armes pour terroriser des étudiants sans défense et les coups avec la crosse d’armes reçus par certains dans l'enceinte sacrée d'un bâtiment d'église.

Bien que les incidents comme celui-ci se produisaient fréquemment au Vietnam il y a dix ou vingt ans, le gouvernement a depuis amélioré sa performance en matière de droits de l'Homme et de liberté religieuse. Un segment de la communauté mennonite du Vietnam a reçu le statut officiel d’Eglise mennonite du Vietnam en 2008. Dirigée par le pasteur Nguyen Quang Trung, cette église est devenue membre de la Conférence Mennonite Mondiale en 2009.

Nguyen Hong Quang a été président d’un autre groupe, appelé Eglise Evangélique Mennonite, ou Eglise Mennonite au Vietnam. Chaque groupe compte environ 5 000 membres, et chacun a adopté la même confession de foi mennonite.

Pasteur Quang a été franc, appelant les autorités locales à respecter la constitution nationale et le droit des peuples à la liberté religieuse. En 2004, il a été arrêté et condamné avec cinq autres responsables d'églises pour avoir « empêché un agent de la police de mener ses activités, » une accusation attrape-tout souvent portée autrefois contre les responsables religieux. Condamné à trois ans de prison, il a été amnistié après 14 mois suite à un appel international pour sa libération.

Dans le cadre du programme gouvernemental de contrôle des activités des groupes religieux, une église ne peut pas demander un statut juridique à moins d’exister depuis 20 ans. Autrement dit, elle doit fonctionner « illégalement » pendant un certain temps.

Les nouvelles églises locales peuvent demander l'autorisation d’opérer localement. Certains fonctionnaires du gouvernement ont considéré que Quang était peu coopératif et en conséquence, les fonctionnaires locaux n'ont jamais donné l'autorisation officielle pour que l’église fonctionne à Ben Cat.

Les étrangers qui sont familiers avec  les églises mennonites au Vietnam envisagent une réponse appropriée pour exprimer leur solidarité.

Article rédigé par Luke Martin, republié avec permission du Mennonite World Review

 

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Asia and Pacific

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